ADISQ 2020: survivre à la grande dépression

J’espère que je ne recevrai pas de poursuite d’un regroupement de profs d’histoire en nommant ce qui suit la grande dépression. Et attendez-vous à être déprimés durant votre lecture. Je vous rapporterai quelques moments cocasses pour casser la tristesse ambiante, mais je ne sais pas si ça va être assez. Ça fait longtemps que l’ADISQ est mon moment musical préféré de l’année. Je m’ennuie des années où ma seule déception était celle de ne pas voir mes artistes favoris remporter les Félix. En 2020, ça fait plus mal que ça.

On ne fera pas comme si on n’avait pas passé l’année devant notre écran. Les photos de ce texte sont toutes les photos de ma télé. Quand les choses se passent dans l’écran, il faut parfois se résigner à capturer l’essence même du climat dans lequel on vit. Et c’est peut-être même une mise en abyme que d’illustrer cet article sur le Premier gala et le Gala de l’ADISQ à l’aide de photos de cadrage de télé. Une œuvre dans une œuvre où l’on parle des œuvres de l’année…

Le Premier gala de l’ADISQ

«Il n’y a pas de collègue, pas de public, on n’est pas en direct», nous annonce d’emblée l’animateur Pierre Lapointe muni d’une tenue on ne peut plus au point: moi aussi devant l’imminence de la fin du monde je voudrais qu’on me vêtisse d’objets contondants pour me défendre.

En symbiose avec l’année qu’on vit, l’introduction du gala nous montre une série d’artistes en nomination qui parlent à leur téléphone on qu’on nous sert en montage pixélisé au son inégal. «Moi j’fais pas de musique par exemple», dit  Yannick De Martino, nommé pour Spectacle de l’année – Humour. Inquiète-toi pas, Yannick, on est plusieurs, depuis plusieurs années à se demander pourquoi les Olivier sont invités à l’ADISQ!

Le numéro d’ouverture nous montre le groupe Salebarbes et on a la confirmation que, si on avait été invités, on n’aurait pas été déçus par rapport aux cheveux de Jonathan Painchaud.

Les Hay Babies se joignent à la partie avec les tenues les plus cool qu’on n’a jamais vues de notre vie. L’Internet nous apprendra plus tard que les tenues, elles les ont cousues elles-mêmes. J’ai juste une question, ici: les filles, je peux-tu être une Hay Babies moi aussi? 

C’est toujours avec son adéquate tenue de brontosaure que Pierre Lapointe nous parle de l’augmentation de l’offre des spectacles en Facebook live durant les 8 derniers mois, une offre qui est, selon moi, l’équivalent médical d’un diachylon de Spiderman sur une fracture ouverte de la hanche.

Pierre prononcera aussi les mots que tout le monde va dire et redire en cherchant un sens, en se demandant s’il y en a vraiment un: «notre industrie est à rebâtir».

Et c’est le début de ce que j’appellerai le constat «L’Amérique pleure, pis c’est vrai!» avec le premier trophée décerné aux Cowboys fringants, pour Antipodes, l’Album meilleur vendeur de l’année.

C’est autour d’un feu de camp qui est loin d’être assez chaud pour réchauffer l’âme de la culture Québ que le groupe procède à des remerciements standards. 

L’Album traditionnel de l’année est celui de Salebarbes: Live Au Pas Perdus

On est toujours satisfaits du cuir chevelu de Painchaud et que dire de la moustache à deux étages?

En regardant la salle du Corona où le house band s’exécute, pas de public, je ne peux m’empêcher de dire «bon enfin de la place pour montrer le house band». Sont toujours cachés dans le noir, en arrière d’un décor de Moment Factory, mais LÀ, c’est leur moment. Bravo.

C’est Dominique Fils-Aimé, récipiendaire du prix d’Album Jazz de l’année 2019, qui vient remettre le prix 2020.

C’est Jacques Kuba Séguin et son album Migrations qui l’emportent! Dans sa vidéo de remerciement, il dit: «merci à mes enfants, surtout à ma grande fille Ella». Donc les enfants, si papa vous a toujours dit qu’il n’avait pas de préféré, c’est ici que vos rêves cassent en morceaux. 

«On a été testés par les évènements», dit Jacques. Nous, on espère juste que t’as pas été testé COVID positif.

Le Spectacle de l’année interprète est celui de Véronic Dicaire qui reçoit étonnamment son premier Félix en carrière. Elle parle des 27 personnes qui la suivent en tournée tout le temps. De mon côté, je m’adresse aux 27: «ça roule la PCU?»

L’Album ou DVD de l’année Jeunesse est remis à celui qui ne change jamais de chapeau, mais on espère au moins qu’il le lave de temps en temps: Arthur L’Aventurier et L’aventure au bout du monde en Australie. Une chose est sûre, avec cette vidéo pour enfant, il a visé juste. Si on peut pu jamais aller nulle part, on va au moins aller en Australie avec Arthur. C’est tout ce qu’il nous reste.

Son remerciement contient la phrase que j’ai toujours haïe, mais que j’haïs encore plus en 2020: «Merci la vie».

Depuis le début du texte, je vous épargne quand même pas pire en termes de dépression, mais je dois mettre quelque chose au clair tout de suite: Le Premier gala de l’ADISQ nous montre durant toute la soirée, de petites entrevues avec des artistes d’ici qui nous racontent leur tristesse de ne plus faire de show, leurs remises en question, leurs idées folles de s’ouvrir une boulangerie, un potager urbain ou un magasin de vélos. Tout le monde a l’air d’amorcer sa quatrième saison de dépression saisonnière. Des bands nous disent qu’ils ne se sont même pas vus entre eux, séparés par des zones rouges, jaunes et oranges. Confinés dans les univers virtuels respectifs où les jams ne sont jamais vraiment des jams.

Ça pourrait être déjà assez triste de même, mais les pubs entre les remises de prix, c’est: la fille qui est partie en ambulance pour sa COVID le jour de sa fête, une madame qui a besoin d’une prescription pour ses infections urinaires chroniques, un gars qui tripe tellement sur le porc du Québec qu’il réveille sa chum en pleine nuit comme un sociopathe pour avoir la recette, un couple qui se sépare et qui pleure devant sa fille alors que toute la petite famille marche «sur des œufs» (mais pour vrai là! LE PLANCHER, C’EST DES ŒUFS) pour donner vie à la métaphore «marcher sur des œufs» de la manière la plus triste jamais vue. 

Miro et Sarahmée nous font une prestation agréable. Si l’humeur était à -4, on est rendus à 2 sur une échelle de 1 à Luc Senay.

Corridor s’est fait voler le trophée d’Album rock de l’année qui est rentré à la maison avec les Cowboys fringants pendant que l’Amérique pleurait de cette situation.

Mon seul point dans mon pool de l’ADISQ pour cette soirée-là, je le dois à la talentueuse Alexandra Stréliski qui est l’Artiste québécoise ayant le plus rayonné hors Québec. En guise de remerciement, elle nous sert une vidéo triste où on la voit se balader avec Inscape, son album, dans des rues européennes désertes. C’est ça, en 2020, rayonner à l’étranger. En termes de tristesse, cette scène arrive juste après celle où Kate laisse tomber Léo dans l’eau glaciale en gardant le radeau de fortune pour elle. 

Charles Richard Hamelin remporte son cinquième Félix avec celui de l’Album de l’année Classique soliste et petit ensemble: Chopin – ballades et impromptus.

L’Album de l’année Classique orchestre et grand ensemble est Pulsations d’Angèle Dubeau et la Pieta. «C’est mon 44e album», déclare-t-elle sans dire son âge.

Nomadic Massive monte sur scène juste avant que Flore Laurentienne perde le Félix d’album instrumental de l’année aux mains de Gregory Charles, ce qui suscite chez moi l’envoi de ce genre de message:

Comme j’attends Noël depuis le début de la pandémie (c’est la seule fête qui me rattache encore à un semblant de magie), je suis ravie qu’Isabelle Boulay gagne le Félix d’Album de l’année – Réinterprétation pour En attendant Noël.

L’Album de l’année autre langue est celui de Nikamu Mamuitun et si jamais vous n’avez pas entendu la chanson Tout un village, il faut remédier à ça maintenant, pleurer un peu et se ressaisir comme on peut après.

Pierre présente des prix devant le Mac – sûrement habillé par le MAC aussi, c’est de l’art, ça – avec Roxane Bruneau.

L’Album de l’année country est celui de Patrick Norman qui remercie plein de monde d’être venu à Nashville. Si t’es dans l’industrie pis que t’as pas été invité à Nashville par Pat, je t’invite à te poser des questions.

Le spectacle de l’année Humour est celui de Sam Breton, puis une bourse de 5000 $ est remise à l’un des artistes détenant sa première nomination cette année. On connaissait pas mal tout le monde sur la liste, sauf les gagnants: Le Diable à Cinq.

Le symptôme dépressif s’accentue lors de la pause publicitaire suivante avec des gens habillés en jaune pour parler de beurre de peanut. Je sais que les temps sont durs, mais sont payés combien? Écrivez-moi si vous savez.

Zal Sissokho repart avec le Félix de l’Album de l’année Musique du monde et Elisapie remporte celui du meilleur Spectacle autre langue.

Vous pouvez maintenant détourner le regard si les rencontres Zoom commencent à vous faire vomir dans votre bouche un petit peu. Le Spectacle de l’année anglophone est celui de Patrick Watson qui est présent avec sa gang: unis, mais séparés. 

Comme si l’état psychologique collectif en chute libre avait besoin d’un autre Zoom.

C’est sûrement pour faire remonter l’indice de bonheur des Québécois que P’tit Belliveau arrive. Dans sa vidéo de pandémie, après sa perfo, il dit – deux fois plutôt qu’une – qu’il vit sa vinaigrette. Merci man.

Alicia Moffet et Fouki viennent chanter pour les 18-24, puis le Zoom de Patrick Watson revient avec le prix d’Album anglophone de l’année.

Des feux pour voir de Marie-Pierre Arthur est sacré meilleur album Alternatif de l’année et Choix de la critique.

Entre deux remises de prix, Fouki nous dit que 2020, c’est comme tomber dans une bouteille d’alcool fort que tu ne connais pas, mais tu passes à travers quand même et le lendemain tu ne te souviens de rien. À date, je n’ai trouvé personne qui a eu une meilleure idée que lui.

Alors que les vidéoclips inventifs ont déferlé sur nous plus vite que la COVID l’aurait fait au Bal en Blanc, c’est pourtant un clip qui nous montre une danse en ligne dans un bar de campagne qui a remporté le Félix de Vidéoclip de l’année. L’Amérique pleure, pis c’est vrai.

LISEZ NOTRE ARTICLE PRÉ-ADISQ INTITULÉ «COVID-19: 10 affaires qu’on ne verra pas à l’ADISQ cette année parce qu’on regarde ça à distance» 

Le Gala de l’ADISQ

On a surnommé le gala du dimanche le festival du follow spot sur les toits de Montréal, du moins pour l’ouverture du gala durant laquelle toutes les lumières et les drones de la ville avaient été sollicités. De toute façon, il ne se passe rien d’autre ces temps-ci alors l’ADISQ avait le premier choix.

Louis-José Houde fait son numéro d’ouverture dans un studio de Radio-Canada devant un public aussi nombreux qu’à une messe du dimanche en ces temps où l’astrologie a remplacé la religion. 

Il ne nous présente pas pour autant un numéro approuvé par le clergé, lançant des flèches à tous ceux qui ont été dans les médias pour les mauvaises raisons durant l’année. «Bon qui qui reste? Ceux qui ne sont pas en prison, faites du bruit», dit-il avant de mentionner qu’il pensait être seul avec Renée Martel ce soir étant donné les délits commis en 2020 par les artistes d’ici. «Ce soir, y’aura pas d’hommage aux grands disparus. Sont tous vivants», mentionne-t-il également étant donné que les disparus sont disparus pour des raisons légales et ne sont pas morts, comme dans le bon vieux temps.

«J’ai dit oui pour animer le gala le 12 mars. Je ne pensais pas que ça finirait en PowerPoint», dit Louis-José devant une poignée d’artistes en dépression.

«Les gens veulent faire l’amour, c’est la tendance», dit-il ensuite en faisant des jokes de graines. Émile Bilodeau a l’air de dire «iiiiii va pas là».

Steven Guilbeault, nous fait son petit message de ministre et on réalise qu’il est fatigué comme nous tous. C’est pas comme si le Patrimoine canadien était si prenant ces temps-ci, Steven! Dors un peu!

Louis-Jean Cormier, désormais porteur de chapeau, nous interprète Je me moi, une chanson d’actualité puisque la pandémie nous a inévitablement menés à un repli sur nous-mêmes.

Le premier prix est remis à KNLO pour le meilleur album rap de l’année et tout le monde a un petit malaise cardiaque quand il reste à sa place. Eh oui! Les remerciements se font directement à la chaise du gagnant cette année. KNLO fait des salutations à tout le monde, même à La Mauricie.

Au retour de la pause c’est Marie-Pierre Arthur qui vient chanter Tiens-moi mon cœur et sa perfo est covid-friendly et demeure en mode bulle familiale : c’est son fils qui danse.

Louis-José y va d’un petit numéro sur la deuxième job que pourrait occuper chaque artiste: «Lisa Leblanc, elle pourrait être n’importe quoi pis ça serait l’fun. Broder un napperon, changer ta fournaise. Je la truste dans toute. C’est l’inverse de Kaïn. Eux j’les truste dans rien. C’est sûrement des bonnes personnes, mais ça m’a pas l’air porté sur le deadline

Robert Charlebois vient présenter le prix d’album Adulte contemporain. Il en profite pour dire à Louis-José qu’il le trouve drôle avec cette expression, jamais entendue avant, que l’on va désormais adopter: «Tu me fais pacter».

Assez troublant, dans cette catégorie, d’entendre back à back Yé midi kek part de Kaïn, puis Tatouage de Pierre Lapointe. On ne s’imagine pas que c’est possible comme adversaires. 

C’est le rebaptisé «Jean-Louis Cormier» qui gagne.

Eli Rose et Marc Dupré nous proposent un duo improbable, puis Louis-José fait des jokes sur la consommation de drogue des artistes, notamment en leur annonçant que la cocaïne coûte désormais trop cher pour leur budget en mode PCU.

L’Album folk de l’année est L’étrange pays de Jean Leloup.

Après, je me demande vraiment pourquoi la Révélation de l’année est présentée par Mazda. T’as pas de char quand t’es Révélation de l’année.

Installée en mode «piano bar» sur un piano de plus de deux mètres de long pour respecter les règles, la Révélation de l’année 2003 Ariane Moffatt présente un numéro d’intro avec Louis-José puis c’est la Révélation 2019, Alexandra Stréliski qui présente Eli Rose, la gagnante, qui est surprise pour vrai et qui se vide de ses larmes sous les recommandations d’Alexandra qui la réconforte à l’autre bout de la salle, à une distance de type «autre indicatif régional téléphonique».

L’Album pop de l’année est celui de Marc Dupré. On a ensuite droit à une bonne pub sur la gestion de patrimoine avec un homme pour qui c’est une passion, la gestion de patrimoine.

On apprend aussi qu’il est possible de louer un chauffe-eau.

Puis le meilleur numéro de 2020 est celui présenté par Anachnid, Flore Laurentienne et Matt Holubowski. Un trio bien pensé et bien distancé comme seule 2020 est capable de le faire.

Louis-José rit du mot «RÉINVENTER» avec raison, alors qu’on a passé les huit derniers mois à regarder les shows les plus tristes au monde sur Internet.

Robert Charlebois repart avec le Félix du meilleur Spectacle auteur-compositeur-interprète. «Avec Ben Dion, adieu les problèmes de son», dit-il pour remercier son soundman. J’aimerais ça le rencontrer, Ben. Il remercie également Louise Forestier. «Louise, 50 ans d’amitié! La prochaine fois qu’on va chanter La fin du monde, ça va être une chanson bubble gum comparé aux horreurs qui nous affligent.» En fait, il aurait probablement été plus adéquat de dire: la prochaine fois qu’on va chanter La fin du monde, ça va l’être pour vrai.

Je me demande si ce Félix pourra être remis l’an prochain même si on aura eu 4,7 semaines de shows au total durant l’année et aucune véritable tournée.

On a ensuite droit à une pub de vin d’épicerie et à une autre pub qui nous montre une fille qui fait du lavage, mais que son linge pue pareil. Le clou du spectacle publicitaire: une pub de fuites urinaires qui a jouée six fois durant la soirée. Rien pour te permettre de fuir tes problèmes…

La vie d’écran, ça permet de faire un medley de Pauline Julien, au siècle dernier, qui chante avec Pierre Lapointe aujourd’hui, puis Isabelle Boulay, sur scène, qui chante avec une Monique Leyrac en noir et blanc.

Profiter du fait que notre vie est désormais virtuelle pour faire un medley qui mêle deux siècles différents: je dis oui.

Kent Nagano présente le prix Artiste autochtone de l’année en mode vidéo dans une pièce avec autant d’écho qu’un sous-marin. Elisapie l’emporte et fait un touchant discours qui est le seul que le chronomètre sonore ne coupera pas.

La Chanson de l’année est L’Amérique pleure des Cowboys fringants. Le groupe nous livre le mensonge du jour dans ses remerciements: «Merci d’avoir joué nos tounes à la radio et beaucoup de musique Québ durant toute l’année». NOPE.

On assiste ensuite à l’une des pubs les plus tristes depuis celles des banques alimentaires: une pub de banque avec Deux par deux rassemblés de Pierre Lapointe version piano en noir et blanc qui nous montre des travailleurs de divers milieux qui ne vont pas s’en sortir durant la crise sanitaire.

L’Auteur-compositeur de l’année est Louis-Jean Cormier, le Groupe de l’année est Les Cowboys fringants

Isabelle Boulay, qui était là pour le numéro avec Pierre Lapointe plus tôt n’est pas là pour la remise du prix d’Interprète féminine de l’année dans laquelle elle est nommée.

ÉTAIT-ELLE EN HOLOGRAMME TANTÔT? Ou est-elle allée se coucher avant sa catégorie?

C’est la grandiose Alexandra Stréliski qui remporte la statuette. «J’ai trop bu de Bulles de nuit», dit-elle comme si elle était à O.D. à l’autre poste. Elle aborde une fois de plus la douceur, parce que c’est pas mal juste ça qu’il nous reste cette année. «J’ai hâte de vous revoir à côté de ce cauchemar», ajoute-t-elle. Nous aussi.

Émile Bilodeau est l’Interprète masculin de l’année et il fait son discours, écrit sur une feuille quadrillée sans lever les yeux. Voyons, Émile! T’as pas appris ton exposé oral!

Il termine par «Vive le Québec libre!» pour faire plaisir à sa date: son petit frère, mais aussi, avouons-le, pour se faire plaisir à lui-même. Et en cette année sans plaisir, qui serions-nous pour juger ce comportement?

Louis-José Houde termine avec la phrase la plus 2020 possible: «Y’a tellement de Purell dans’ place que tout le monde est stérile».

À l’image de la musique durant la dernière année, l’ADISQ était là malgré tout. Mais les trous dans la salle, semblables aux trous dans les salles de spectacles (lorsqu’elles sont ouvertes) nous amènent à croire de moins en moins à de plus en plus de choses. Les derniers VRAIS shows, non-distancés, qu’on a vus au début du mois de mars dernier nous semblent déjà anachroniques. Approcher les autres, sans masque, que ce soit pour dire bonjour ou pour faire un mushpit, est une idée complètement déjantée, illusoire et probablement passible d’une amende. 

La musique est la solution à beaucoup de sentiments négatifs. Espérons qu’elle saura nous faire passer à travers la grande dépression.

Mourir à petit feu (de Rammstein) au Rockfest

Je reviens du Rockfest, que je visitais pour la toute première fois, et devrais m’en remettre tranquillement pas vite d’ici la prochaine édition. Montebello m’aura offert une fin de semaine bien occupée, fidèle à sa réputation. Comme vous vous en doutez, les dérapes auront été fort nombreuses. J’ai donc décidé de dresser un portrait plus global du festival dans les lignes qui suivront, tout en relatant tout de même au passage les quelques rares moments dont je me souviens les shows qui m’ont le plus marqué!

J’arrive au Rockfest jeudi soir vers 18 h, après avoir fait pas loin de trois heures de route dans le trafic avec un char plus ou moins efficace. Le temps de récupérer mon laissez-passer, je me rends compte que je suis déjà en train de rater la première des deux prestations de Jérémy Gabriel, un incontournable assuré. Je décide donc de tout simplement lancer mon stock de camping dans la forêt près de mon terrain pour gagner le site principal à la course. J’arrive alors qu’il ne reste que deux chansons, soit une reprise de Don’t Stop Believin’ de Journey et notre chanson préférée à Feu à volonté, I Don’t Care. Le public, déjà bien torché, s’en donne à cœur joie, allant même jusqu’à monter un violent wall of death durant l’interprétation sentie du hit. Ça donne le ton à ce qui suivra.

Je quitte peu après la prestation, le temps de retourner à mon terrain de camping et de monter ma tente, une décision éclairée vu que je n’aurais clairement pas réussi à le faire deux ou trois heures plus tard… Je reviens rapidement, juste à temps pour attraper les dernières chansons du solide Bernard Adamus. Même si la Saint-Jean ne se déroulera que deux jours plus tard, on sent bien l’esprit patriotique de notre Fête nationale planer sur le site du Rockfest. Parce que quoi de mieux pour célébrer notre Québec qu’une couple de milliers de personnes ben torchées qui varge dans la bouette, hein!?! Dommage que Parizeau n’ait jamais pu y assister de son vivant. La soirée se déroule par la suite assez bien et de façon particulièrement tight pour un festival de cette envergure. Ça m’étonnera tout le long de mon séjour.

Points marquants du jeudi:

Jérémy Gabriel, pas Koriass, Robert Charlebois qui m’a fait pleurer en chantant Lindbergh, la caliss de grosse averse qui a noyé ma tente dès le jour 1.

Parce que oui, il a plu qu’el criss vers la fin du jeudi soir. J’étais déjà rentré à ma tente à ce moment, mais semblerait-il que le show des Cowboys Fringuants a même dû être retardé. C’est donc fort d’une nuit de 45 minutes sur des bancs de char inconfortables et vêtu de vêtements humides que je me lève vers 9 h vendredi matin.

Le temps de déjeuner au Four Loko, je me mets tranquillement pas vite en chemin vers le site, marchant entre des corps morts dans les parcs et des flaques de vomi un peu partout dans la rue, pour être sûr de ne pas manquer l’hommage à Watatow et D-Natural. C’est assurément une bonne décision parce que je me retrouve seul devant la scène Tony Sly à 11 h pour assister à la probante reprise de la chanson-thème de l’émission par l’actrice porno Vandal Vyxen et ses acolytes en fluo. Suivront ensuite trois chansons de D-Natural et une section varia nous présentant des covers de Limp Bizkit et autres Cypress Hill chantés notamment par un dude avec une grosse horloge Corona comme pendentif. Du génie bien ficelé.

Vandal Vyxen fait une entrée fluorescente au Rockfest. / Crédit : Mathieu Aubre
Vandal Vyxen fait une entrée fluorescente au Rockfest. / Photo: Mathieu Aubre

Trois minutes plus tard, c’est au tour du groupe Ta Mère de fouler les planches du Rockfest. Ils offrent une courte prestation de quelques-unes de leurs meilleures chansons, tous vêtus de robes. Je trashe allègrement sur du Mario Pelchat, mais je reste un peu sur ma faim: pas entendu Le temps des cathédrales en live. Les festivaliers commencent à arriver peu à peu, l’averse venant de se terminer, et je décide de quitter, le temps d’aller sécher ma tente et dormir un peu.


Je reviens à temps pour attraper les dernières chansons du mythique Wu-Tang Clan, auquel je ne m’intéresserai toutefois pas autant qu’il l’aurait mérité. C’est que juste après suivra la performance de Metalord et du Petit Jérémy sur la scène Headrush avoisinante et je décide de m’y rendre en avance afin de tâter le pouls de la foule:

«- Toi, t’es pour ou contre Jérémy Gabriel métal ?

– Complètement contre. Ça a pas d’affaire à se passer au Rockfest, ça. Moi je pense qu’on devrait jamais mêler pop pis métal. Je m’attends à ce qui se fasse calisser des canettes de bière dans la face.»

«Pour ou contre les apparitions du Petit Jérémy au Rockfest ?

– Fucking pour. À date, son show de la Saint-Jean, c’est ce qui m’a le plus fait rire en fin de semaine.»

«T’as pensé quoi de la prestation de Jérémy ?

– Bah, on dira ce qu’on voudra, mais il chante quand même juste, même si ça reste de la marde, ce qu’il chante.»

Fin de la conversation

Le show commence, alors que plusieurs membres du public scandent «Mike Ward» de concert. C’est le groupe de Québec Metalord qui entame le tout, avec du vieux métal bien gras. La performance est honnêtement très bonne, même si elle se fera tout de même totalement éclipser par la reprise de I Don’t Care version métal, qui viendra conclure le show. Je considère dès lors ma fin de semaine rentabilisée.

La pluie aura su rendre le site du Rockfest particulièrement propre. / Crédit : Mathieu Aubre
La pluie aura su rendre le site du Rockfest particulièrement propre. / Photo: Mathieu Aubre

Un début de soirée un peu flou s’ensuit, duquel je n’ai retrouvé qu’un enregistrement de moi qui dit «On oublie souvent à quel point AFI c’est de la caliss de marde», et je reviendrai finalement à mes esprits pour le show des Offsprings. Qu’on tripe ou pas sur leur musique, il faut quand même avouer qu’ils offrent des très bons spectacles avec constance dans un mood de party. Le genre de chose que tu veux voir dans un festival et que je suis heureux de retrouver pour une troisième fois, et ce, même s’ils jouent toujours les mêmes chansons depuis quelques années. Enchaînant les hits punk-rock qui les a fait connaître et les quelques tracks plus deeps au passage, le groupe originaire de la Californie reste fidèle à ses habitudes de bon animateur de foule et je ressors bien satisfait. Suivra ensuite, sur une note moins mythique, un show de Deadly Apples auquel je prêterai une oreille assez peu attentive en allant remplir mes réserves de bouteilles d’eau un peu plus loin sur le site.

AFI/Photo: Alexandre Duhamel-Gingras
AFI/Photo: Alexandre Duhamel-Gingras

C’est finalement à Rammstein, la principale tête d’affiche de l’édition 2017, de conclure la soirée sur la scène principale. Même si je n’aime pas particulièrement la musique des Allemands, on m’avait déjà parlé en bien de leurs performances scéniques et je décide d’aller au moins voir quelques chansons. Le tout commence avec un énorme rideau noir, sur lequel s’affichera un compte à rebours dans les minutes précédant le début du spectacle avant de tomber majestueusement sur un fond de feu d’artifice. Ça fesse déjà fort. Lâchant un simple «Bonjour» poli en arrivant sur scène, la bande de Till Lindemann se lance dans l’interprétation de ses classiques et je comprends rapidement pourquoi le groupe est si renommé et que je ferais bien de rester jusqu’à la fin.

Rammstein/Photo: Alexandre Duhamel-Gingras
Rammstein/Photo: Alexandre Duhamel-Gingras

C’est sur une scène reformée à 100% pour s’adapter à leurs éclairages parfaitement coordonnés, que le groupe offre un spectacle dont je ne pense jamais revenir. Ils sont équipés de plusieurs machines diverses visant principalement à crisser du feu, des confettis et des feux d’artifice partout. Alors que le guitariste est muni d’un instrument lance-flammes, le claviériste joue par moments sur un orgue qui lance de la boucane et le chanteur s’envolera finalement pendant la dernière chanson avec de gigantesques ailes de métal qui crache, elles aussi, du feu. Sans (presque) parler – trois très courtes interventions en français en presque 1 h 30 de spectacle!– , le groupe aura offert le show le plus tight et intelligent au niveau de la scénographie qu’il est possible d’imaginer. Je passerai les trois heures suivantes à ne reparler que de ce moment en marchant dans un Montebello déjà assez bien saccagé.

Points marquants du vendredi:

Metalord, les flaques de bouette dans lesquelles je patauge avec allégresse en gougounes, The Offsprings, le feu infini de Rammstein.

Le réveil de cette dernière journée de festival est assez difficile. Après trois courtes heures de sommeil, je décide d’aller déjeuner avec des amis à l’autre bout de la ville. À force d’attendre que tout le monde se lève, je finis par manquer avec énormément de tristesse l’apparition de Louis-Paul Gauvreau. On quitte plutôt vers 11 h 30 pour aller voir Anti-Flag qui offre un réveil assez solide. Le groupe punk, qui amorçait au Québec sa tournée nord-américaine estivale, semble bien en forme et heureux de se présenter devant nous, même s’il ne cessera de saluer Montréal tout au long du set.

Leur force est visiblement la musique, pas la géographie. Notons aussi leur très cool cover de Should I Stay or Should I Go des Clash qui me fera bien danser. On profite par la suite du seul spot avec un peu d’ombre et de bonne odeur: la tente Pizza Pizza. On y écoute tranquillement August Burns Red qui nous torche les tympans. Un set vraiment solide, même si je ne compte pas en réécouter régulièrement. Je me déplace ensuite, question de me calmer un peu les nerfs, vers le show de Pup, excellente formation canadienne qui attirera un bon public même si elle se produit sur une petite scène.

August Burns Red/Photo: Alexandre Duhamel-Gingras
August Burns Red/Photo: Alexandre Duhamel-Gingras

Je quitte ensuite brièvement, le temps d’aller me rafraîchir un peu, vue la température élevée de la journée, et je reviens à temps pour attraper la fin de Eagles of Death Metal et le début de la prestation de Reverend Horton Heat. Le trio présente un show solide, mais malheureusement devant un public assez réduit. Les Texans en feront également sourciller plus d’un, vu le caractère un peu marginal et rétro de leur musique psychobilly. Je quitte peu avant la fin pour retourner au stage principal, où Good Charlotte vient présenter sa musique au facteur involontairement lol bien élevé. Sur une bonne brosse de Rockfest, c’est un show bien à propos.

Le temps de faire une entrevue avec un dude déguisé en Jésus et des vidangeurs de toilettes, de manquer à ma plus grande tristesse Megadeth, d’aller souper et de regarder des ambulanciers tenter d’aider un gars avec des mains pleines de sang et une conscience visiblement en vacances, je suis de retour sur le site pour voir un peu d’Exterio. L’après-midi bat des records de pertinence à date, et je me dis que le show, que j’avais déjà vu au Desbouleaux Fest l’an dernier, est toujours pas devenu meilleur depuis… Quoi de mieux pour introduire les excellents Alexisonfire sur la scène principale, hein!?! Le groupe canadien donnera un sans-faute à ses fans très nombreux sur le site, devant une série de moshpit un peu effrayants à regarder pour les porteurs de sandales. Ça fait changement des shows cutes de Dallas Green dans les églises de Sainte-Thérèse, mettons. De mon bord, je me permets un seul trash dans la boue pour This Could Be Anywhere In The World, ma préférée du groupe (et la préférée d’une bonne partie du public qui chante les bouts plus calmes en chœur).


Prochain spectacle sur ma liste: At the Drive-In. L’alcool faisant un peu trop bien sa job, je décide toutefois de faire un vox-pop interminable et particulièrement con avec des membres du public plutôt que d’écouter le show. Dommage parce que j’en recevrai de bons commentaires le lendemain! Arrive finalement le moment que j’attendais avec le plus d’impatience dans toute cette fin de semaine: Queens of the Stone Age! Le groupe, qui ferme la grosse scène, vient nous présenter principalement des pièces de Like Clockwork pour mon plus grand plaisir, l’album étant vraiment génial à la base. Si l’ouverture sur Song for the Dead (si je me trompe pas) offre une belle continuité avec les shows précédents, je constate quand même des réactions un peu mitigées dans le public: même si la troupe de Josh Homme n’a sélectionné que ses hits qui brassent ou se dansent le plus, la musique n’est pas assez violente pour certains membres de l’audience. Personnellement, j’ai énormément de plaisir quand même à observer une performance bien rodée et à découvrir un peu de nouveau matériel du groupe au passage. C’est sûr que c’est pas Rammstein, mais ça reste un bon show quand même.

Par contre, celui que je trouverai le plus intéressant à regarder en ce samedi soir, c’est Iggy Pop, sur la scène Jagermeister. Ne faisant pas ses 70 ans et étant toujours aussi dénudé du haut du corps, le pionnier de la punk enchaîne ses hits, repris par des musiciens talentueux. Si QOTSA marquait par une exécution carrée et rodée au quart de tour, on sent plutôt un certain laisser-aller contrôlé chez le groupe qui accompagne Iggy, surtout du côté des solos et des interventions. La présence scénique hypnotique du principal intéressé reste également à souligner et conclura de très belle façon la portion musicale du festival pour moi. La portion festive se poursuivra encore pendant quelques heures, par contre…

Points marquants du samedi:

Anti-Flag, August Burns Red, Alexisonfire, Queens of the Stone Age, Iggy Pop.

Au final, le Rockfest, c’est quoi? Une ville saccagée par plein de cons? Des policiers qui s’en sacrent à un niveau record? Un rassemblement de food-trucks offrant du gras à perte de vue? Une occasion de faire beaucoup de drogues en vidant toutes les épiceries du village de leurs réserves d’alcool cheap?

Le Rockfest, c’est un peu tous ces clichés à la fois, mais ça demeure vraiment professionnel côté organisation en offrant des spectacles de grande qualité, même s’ils sont parfois niaiseux ou très kitsch. Et si on dresse parfois un portrait peu reluisant et stéréotypé de son public, il reste, dans bien des cas, fort sympathique. C’est donc une belle fin de semaine mouvementée dans la bouette et la poussière que j’ai déjà hâte de revivre l’an prochain.

Détecteur de mensonges «Le Festif! de Baie-St-Paul»

Du 23 au 26 juillet dernier se déroulait la sixième édition du Festif! au cœur de Baie-Saint-Paul. Cette grande fête musicale qui prend d’assaut le centre de la municipalité de Charlevoix est l’occasion pour plus d’une aventure abracadabrante.

 

Sachant que Patrice L’Écuyer était trop occupé à décompresser de son animation de gala au ComédiHa! il y a deux semaines, Feu à Volonté à décidé de m’envoyer dans une formule rappelant celle du fameux animateur de jeux à Radio-Canada. Dans cette revue, vous verrez trois histoires farfelues dont seulement deux sont réellement arrivées. Pourrez-vous trouver laquelle?

Dans le cadre du Festif!

1 J’ai failli me faire écraser au milieu de la foule par un dandy à vélo

À prime abord, Le Festif! charme par sa programmation éclectique, mélangeant avec brio des artistes bien établis et célébrités locales en besoin criant de visibilité à grande échelle. Cependant, c’est une fois sur le site que l’on découvre la force de l’organisation du festival. Entre les performances de la grande Scène Desjardins, les spectateurs ont droit à des prestations impromptues de nombreux artistes. Certains d’entre eux ont été de bons coups, comme Caltâr-Bateau, The Seasons ou encore la fanfare punk What Cheer? Brigade, provenant de Providence, Rhode Island, qui a sans nul doute été une grande révélation pour plusieurs festivaliers. Je soupçonne d’ailleurs que ces derniers aient joué pendant vingt-quatre heures sans interruption dans les rues de Baie-Saint-Paul du samedi soir au dimanche, ce qui ajoute à leur charme et à l’émerveillement qu’ils causent.

Toutefois, les performances d’entre-actes n’ont pas toujours été du même calibre. La pause entre les performances de Groenland et de Marie-Pierre Arthur, le jeudi soir, a permis aux festivaliers présents de faire la connaissance d’un amuseur public dont l’attrait principal est d’avoir une bicyclette antique de type grand-bi, une belle moustache et un chapeau haut-de-forme. Si son accueil a été acclamé par des spectateurs criant «Monopoly! Monopoly!» en voyant son accoutrement, on s’est lassé bien vite de cette distraction, d’autant plus que le cycliste se promenait sans crier gare au milieu de la foule. Sans doute que plusieurs, dont moi, ont craint pour leur intégrité physique.

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Photo: Étienne Galarneau

2 Je me suis fait renvoyer du site après m’être battu avec des joueurs de vuvuzela

Contrairement à de nombreux autres festivals, Le Festif! semble, pour un observateur externe, bien se mélanger à la vie courante des résidents de Baie-Saint-Paul. Les rues sont propres (on remercie les verres consignés réutilisables), les gens sont souriants et tout le monde se respecte. Il y a cependant, comme partout, quelques exceptions. Lors du spectacle de Robert Charlebois, mes voisins de derrière ont eu l’éclair de génie de souffler, vis-à-vis ma tête, dans une trompette de carnaval à plusieurs reprises pour accompagner le légendaire Garou le fou qui chantait Je reviendrai à Montréal. La musicienne improvisée s’est excusé d’avoir soufflé si près de mon oreille, mais, lorsque je lui ai souligné que la chanson n’était peut-être pas la meilleure pour ce genre d’intervention sonore, elle m’a demande «dans laquelle ça serait mieux?». Aucune. Fait ça entre les chansons.

Photo: Jérémie Dubé-Lavigne
Photo: Jérémie Dubé-Lavigne

L’histoire aurait pu en rester là si je n’avais pas croisé les mêmes énergumènes au spectacle de Sweet Grass et Bernard Adamus dans le sous-sol de l’église de Baie-Saint-Paul. Souffler dans son engin au milieu d’une salle pleine, pendant que le chanteur de Brun s’égosille, m’a prouvé que certaines personnes ne se soucient peu de leur voisin. Le lendemain, lorsque j’ai aperçu quelqu’un sur le point de souffler pour ponctuer les musiciens de la Scène Desjardins, ma patience, sans doute affectée par l’alimentation festivalière, a flanché, de même que mon civisme. J’ai obtempéré et décidé de rester éloigné de la grande scène pour la fin des festivités, ce qui n’était pas si grave: je voyais très bien la scène de la cuisine de mon logement pour la fin de semaine et j’ai pu jouer à la pétanque avec Élixir de Gumbo, mais sans Dylan Perron, que l’on soupçonnait être parti à la SAQ pour préparer sa fin de soirée.

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Photo: Étienne Galarneau

3 J’ai vu des citoyens déranger la performance de Louis-Philippe Gingras pour acheter des cigarettes

La série «Les Imprévisibles» du Festif! est sans doute l’élément le plus excitant de la grande fête musicale de Baie-Saint-Paul. Les festivaliers armés de l’application mobile de l’événement pouvaient recevoir une notification indiquant l’ajout de certains spectacles secrets. Si certains ont été déçus que la grande rumeur voulant que Jean Leloup performe dans le cadre de cette série se soit avérée fausse, les plus chanceux des spectateurs ont pu profiter de quelques grands moments de félicité musicale. En commençant par Karim Ouellet autour d’un feu à minuit le jeudi soir, la série a vu défiler Fred Fortin, Louis-Philippe Gingras, Dylan Perron et Élixir de Gumbo ainsi que Mara Tremblay dans des lieux aussi inusités qu’un sous-sol de dépanneur ou le milieu de la rue principale. Quelques chanceux ont aussi pu profiter d’un «off-spectacle caché» avec une performance intime de Caltâr-Bateau (encore eux!) dans la cour du Gîte Terre-Ciel.

Photo: Jérémie Dubé-Lavigne
Photo: Jérémie Dubé-Lavigne

Du point de vue de l’inusité, c’est Louis-Philippe Gingras qui gagne le premier prix. Derrière le comptoir du dépanneur L’Accommodation, le chanteur abitibien en a profité pour casser quelques nouvelles chansons d’un album qui paraîtra en 2016. On souligne aussi sa pièce finale, une composition qu’il a, semble-t-il, complétée la journée même qu’il a interprétée a cappella, avec les solos de batterie, les riffs de guitare et le texte délirant parlant d’une résidente du boulevard Saint-Laurent. Cette charmante performance n’a pourtant pas ému les Baie-Saint-Paulois qui entraient quand même dans le dépanneur en souhaitant acheter leurs paquets de MacDonald King Size sans attendre la fin des chansons. On remercie et félicite pour sa patience le commis, assis à côté du chanteur, qui agissait comme employé du dépanneur et roadie.

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Photo: Étienne Galarneau

LE MENSONGE EST…

L’affirmation numéro 2!

Évidemment. L’ambiance du Festif! est trop détendue et joviale pour en venir à une intervention musclée contre des spectateurs irrespectueux. Les autres détails de l’histoire sont, par contre, absolument véridiques. Ces différentes opportunités et la détente générale font de ce festival un incontournable du calendrier estival du mélomane. En plus, si j’avais été chassé du site, j’aurais manqué Philippe Fehmiu qui se faisait aller l’arrière-train sur la scène avec la moitié de la foule pendant que Loud Lary Ajust interprétait son succès ONO. Ce que je n’aurais voulu manquer pour rien au monde.

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Photo: Étienne Galarneau

FEQ: Finale en beauté

Pour ma dernière soirée au Festival d’été de Québec, j’avais initialement prévu aller voir Interpol, groupe que je veux voir en spectacle depuis déjà quelque mois. Retour sur une soirée de terribles déceptions et de magnifiques surprises.

*Avertissement: la prochaine critique va être à 100 % contraire à celle de La Presse. De rien.

Après avoir annulé leur dernier spectacle à Montréal en février dernier à cause d’une tempête de neige de trois jours et ne jamais avoir annoncé de reprise en ville, exception faite d’un passage hors de prix à Osheaga, Interpol me tentait vraiment.

Ça fait que je me suis pointé au Parc de la Francophonie un peu avant 19 h, également séduit par le reste du line up post-punk de rêve. Premiers de la liste, les montréalais de Heat s’amènent sur scène pour un set mélangeant adroitement leur vieux matériel et les nouveautés, plus shoegaze, qu’on pourra entendre sur leur prochain album. Avec ses réserves de flegme infini, le chanteur Susil Sharma parle peu, mais reste efficace, et rappelle un Lou Reed en grande forme.

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Peu après, les plus psych Viet Cong prennent la relève. Comme plusieurs, je m’attendais à un set assez dark et post-punk, à l’image de leur premier album, mais ils ont plutôt offert au public une musique très expérimentale et néo-psychédélique à souhait. Enchaînant des chansons extraites de Viet Cong, nouveau matériel et improvisations épiques, le groupe rend un produit peu accessible, mais oh combien satisfaisant.

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C’est aussi ce qu’aurait finalement dû faire Interpol. On comprend que vous êtes de New York et que ce n’est pas trop la mode chez vous de bouger durant un set, mais il y a toujours ben des limites. Le groupe offre une performance musicalement impeccable, mais évacue totalement le concept de show, l’air de se foutre au maximum du public. Déception intense, puisque je suis un grand fan. Je suis parti après une trentaine de minutes, direction les Plaines.

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C’est là que Patrick Watson, totalement à l’opposé, a vraiment compris l’essence du spectacle. Avec une scénographie impressionnante, une bonne vingtaine de musiciens en accompagnement et nul autre que Marie-Pierre Arthur comme choriste, l’artiste revisite son répertoire. Clou du spectacle: alors qu’il entame Je te laisserai des mots, seule pièce francophone de son imposante discographie, Watson est rejoint sur scène par Robert Charlebois, avec qui il chante ensuite une reprise totalement éclatée de Lindberg. Moment d’extase qui m’a donné des frissons, contrairement à la froideur je-m’en-foutiste d’Interpol.

Belle conclusion pour une semaine de spectacles au Festival d’été de Québec. Remercions l’organisation, en attendant déjà avec impatience la prochaine édition!