Mourir à petit feu (de Rammstein) au Rockfest

Je reviens du Rockfest, que je visitais pour la toute première fois, et devrais m’en remettre tranquillement pas vite d’ici la prochaine édition. Montebello m’aura offert une fin de semaine bien occupée, fidèle à sa réputation. Comme vous vous en doutez, les dérapes auront été fort nombreuses. J’ai donc décidé de dresser un portrait plus global du festival dans les lignes qui suivront, tout en relatant tout de même au passage les quelques rares moments dont je me souviens les shows qui m’ont le plus marqué!

J’arrive au Rockfest jeudi soir vers 18 h, après avoir fait pas loin de trois heures de route dans le trafic avec un char plus ou moins efficace. Le temps de récupérer mon laissez-passer, je me rends compte que je suis déjà en train de rater la première des deux prestations de Jérémy Gabriel, un incontournable assuré. Je décide donc de tout simplement lancer mon stock de camping dans la forêt près de mon terrain pour gagner le site principal à la course. J’arrive alors qu’il ne reste que deux chansons, soit une reprise de Don’t Stop Believin’ de Journey et notre chanson préférée à Feu à volonté, I Don’t Care. Le public, déjà bien torché, s’en donne à cœur joie, allant même jusqu’à monter un violent wall of death durant l’interprétation sentie du hit. Ça donne le ton à ce qui suivra.

Je quitte peu après la prestation, le temps de retourner à mon terrain de camping et de monter ma tente, une décision éclairée vu que je n’aurais clairement pas réussi à le faire deux ou trois heures plus tard… Je reviens rapidement, juste à temps pour attraper les dernières chansons du solide Bernard Adamus. Même si la Saint-Jean ne se déroulera que deux jours plus tard, on sent bien l’esprit patriotique de notre Fête nationale planer sur le site du Rockfest. Parce que quoi de mieux pour célébrer notre Québec qu’une couple de milliers de personnes ben torchées qui varge dans la bouette, hein!?! Dommage que Parizeau n’ait jamais pu y assister de son vivant. La soirée se déroule par la suite assez bien et de façon particulièrement tight pour un festival de cette envergure. Ça m’étonnera tout le long de mon séjour.

Points marquants du jeudi:

Jérémy Gabriel, pas Koriass, Robert Charlebois qui m’a fait pleurer en chantant Lindbergh, la caliss de grosse averse qui a noyé ma tente dès le jour 1.

Parce que oui, il a plu qu’el criss vers la fin du jeudi soir. J’étais déjà rentré à ma tente à ce moment, mais semblerait-il que le show des Cowboys Fringuants a même dû être retardé. C’est donc fort d’une nuit de 45 minutes sur des bancs de char inconfortables et vêtu de vêtements humides que je me lève vers 9 h vendredi matin.

Le temps de déjeuner au Four Loko, je me mets tranquillement pas vite en chemin vers le site, marchant entre des corps morts dans les parcs et des flaques de vomi un peu partout dans la rue, pour être sûr de ne pas manquer l’hommage à Watatow et D-Natural. C’est assurément une bonne décision parce que je me retrouve seul devant la scène Tony Sly à 11 h pour assister à la probante reprise de la chanson-thème de l’émission par l’actrice porno Vandal Vyxen et ses acolytes en fluo. Suivront ensuite trois chansons de D-Natural et une section varia nous présentant des covers de Limp Bizkit et autres Cypress Hill chantés notamment par un dude avec une grosse horloge Corona comme pendentif. Du génie bien ficelé.

Vandal Vyxen fait une entrée fluorescente au Rockfest. / Crédit : Mathieu Aubre
Vandal Vyxen fait une entrée fluorescente au Rockfest. / Photo: Mathieu Aubre

Trois minutes plus tard, c’est au tour du groupe Ta Mère de fouler les planches du Rockfest. Ils offrent une courte prestation de quelques-unes de leurs meilleures chansons, tous vêtus de robes. Je trashe allègrement sur du Mario Pelchat, mais je reste un peu sur ma faim: pas entendu Le temps des cathédrales en live. Les festivaliers commencent à arriver peu à peu, l’averse venant de se terminer, et je décide de quitter, le temps d’aller sécher ma tente et dormir un peu.


Je reviens à temps pour attraper les dernières chansons du mythique Wu-Tang Clan, auquel je ne m’intéresserai toutefois pas autant qu’il l’aurait mérité. C’est que juste après suivra la performance de Metalord et du Petit Jérémy sur la scène Headrush avoisinante et je décide de m’y rendre en avance afin de tâter le pouls de la foule:

«- Toi, t’es pour ou contre Jérémy Gabriel métal ?

– Complètement contre. Ça a pas d’affaire à se passer au Rockfest, ça. Moi je pense qu’on devrait jamais mêler pop pis métal. Je m’attends à ce qui se fasse calisser des canettes de bière dans la face.»

«Pour ou contre les apparitions du Petit Jérémy au Rockfest ?

– Fucking pour. À date, son show de la Saint-Jean, c’est ce qui m’a le plus fait rire en fin de semaine.»

«T’as pensé quoi de la prestation de Jérémy ?

– Bah, on dira ce qu’on voudra, mais il chante quand même juste, même si ça reste de la marde, ce qu’il chante.»

Fin de la conversation

Le show commence, alors que plusieurs membres du public scandent «Mike Ward» de concert. C’est le groupe de Québec Metalord qui entame le tout, avec du vieux métal bien gras. La performance est honnêtement très bonne, même si elle se fera tout de même totalement éclipser par la reprise de I Don’t Care version métal, qui viendra conclure le show. Je considère dès lors ma fin de semaine rentabilisée.

La pluie aura su rendre le site du Rockfest particulièrement propre. / Crédit : Mathieu Aubre
La pluie aura su rendre le site du Rockfest particulièrement propre. / Photo: Mathieu Aubre

Un début de soirée un peu flou s’ensuit, duquel je n’ai retrouvé qu’un enregistrement de moi qui dit «On oublie souvent à quel point AFI c’est de la caliss de marde», et je reviendrai finalement à mes esprits pour le show des Offsprings. Qu’on tripe ou pas sur leur musique, il faut quand même avouer qu’ils offrent des très bons spectacles avec constance dans un mood de party. Le genre de chose que tu veux voir dans un festival et que je suis heureux de retrouver pour une troisième fois, et ce, même s’ils jouent toujours les mêmes chansons depuis quelques années. Enchaînant les hits punk-rock qui les a fait connaître et les quelques tracks plus deeps au passage, le groupe originaire de la Californie reste fidèle à ses habitudes de bon animateur de foule et je ressors bien satisfait. Suivra ensuite, sur une note moins mythique, un show de Deadly Apples auquel je prêterai une oreille assez peu attentive en allant remplir mes réserves de bouteilles d’eau un peu plus loin sur le site.

AFI/Photo: Alexandre Duhamel-Gingras
AFI/Photo: Alexandre Duhamel-Gingras

C’est finalement à Rammstein, la principale tête d’affiche de l’édition 2017, de conclure la soirée sur la scène principale. Même si je n’aime pas particulièrement la musique des Allemands, on m’avait déjà parlé en bien de leurs performances scéniques et je décide d’aller au moins voir quelques chansons. Le tout commence avec un énorme rideau noir, sur lequel s’affichera un compte à rebours dans les minutes précédant le début du spectacle avant de tomber majestueusement sur un fond de feu d’artifice. Ça fesse déjà fort. Lâchant un simple «Bonjour» poli en arrivant sur scène, la bande de Till Lindemann se lance dans l’interprétation de ses classiques et je comprends rapidement pourquoi le groupe est si renommé et que je ferais bien de rester jusqu’à la fin.

Rammstein/Photo: Alexandre Duhamel-Gingras
Rammstein/Photo: Alexandre Duhamel-Gingras

C’est sur une scène reformée à 100% pour s’adapter à leurs éclairages parfaitement coordonnés, que le groupe offre un spectacle dont je ne pense jamais revenir. Ils sont équipés de plusieurs machines diverses visant principalement à crisser du feu, des confettis et des feux d’artifice partout. Alors que le guitariste est muni d’un instrument lance-flammes, le claviériste joue par moments sur un orgue qui lance de la boucane et le chanteur s’envolera finalement pendant la dernière chanson avec de gigantesques ailes de métal qui crache, elles aussi, du feu. Sans (presque) parler – trois très courtes interventions en français en presque 1 h 30 de spectacle!– , le groupe aura offert le show le plus tight et intelligent au niveau de la scénographie qu’il est possible d’imaginer. Je passerai les trois heures suivantes à ne reparler que de ce moment en marchant dans un Montebello déjà assez bien saccagé.

Points marquants du vendredi:

Metalord, les flaques de bouette dans lesquelles je patauge avec allégresse en gougounes, The Offsprings, le feu infini de Rammstein.

Le réveil de cette dernière journée de festival est assez difficile. Après trois courtes heures de sommeil, je décide d’aller déjeuner avec des amis à l’autre bout de la ville. À force d’attendre que tout le monde se lève, je finis par manquer avec énormément de tristesse l’apparition de Louis-Paul Gauvreau. On quitte plutôt vers 11 h 30 pour aller voir Anti-Flag qui offre un réveil assez solide. Le groupe punk, qui amorçait au Québec sa tournée nord-américaine estivale, semble bien en forme et heureux de se présenter devant nous, même s’il ne cessera de saluer Montréal tout au long du set.

Leur force est visiblement la musique, pas la géographie. Notons aussi leur très cool cover de Should I Stay or Should I Go des Clash qui me fera bien danser. On profite par la suite du seul spot avec un peu d’ombre et de bonne odeur: la tente Pizza Pizza. On y écoute tranquillement August Burns Red qui nous torche les tympans. Un set vraiment solide, même si je ne compte pas en réécouter régulièrement. Je me déplace ensuite, question de me calmer un peu les nerfs, vers le show de Pup, excellente formation canadienne qui attirera un bon public même si elle se produit sur une petite scène.

August Burns Red/Photo: Alexandre Duhamel-Gingras
August Burns Red/Photo: Alexandre Duhamel-Gingras

Je quitte ensuite brièvement, le temps d’aller me rafraîchir un peu, vue la température élevée de la journée, et je reviens à temps pour attraper la fin de Eagles of Death Metal et le début de la prestation de Reverend Horton Heat. Le trio présente un show solide, mais malheureusement devant un public assez réduit. Les Texans en feront également sourciller plus d’un, vu le caractère un peu marginal et rétro de leur musique psychobilly. Je quitte peu avant la fin pour retourner au stage principal, où Good Charlotte vient présenter sa musique au facteur involontairement lol bien élevé. Sur une bonne brosse de Rockfest, c’est un show bien à propos.

Le temps de faire une entrevue avec un dude déguisé en Jésus et des vidangeurs de toilettes, de manquer à ma plus grande tristesse Megadeth, d’aller souper et de regarder des ambulanciers tenter d’aider un gars avec des mains pleines de sang et une conscience visiblement en vacances, je suis de retour sur le site pour voir un peu d’Exterio. L’après-midi bat des records de pertinence à date, et je me dis que le show, que j’avais déjà vu au Desbouleaux Fest l’an dernier, est toujours pas devenu meilleur depuis… Quoi de mieux pour introduire les excellents Alexisonfire sur la scène principale, hein!?! Le groupe canadien donnera un sans-faute à ses fans très nombreux sur le site, devant une série de moshpit un peu effrayants à regarder pour les porteurs de sandales. Ça fait changement des shows cutes de Dallas Green dans les églises de Sainte-Thérèse, mettons. De mon bord, je me permets un seul trash dans la boue pour This Could Be Anywhere In The World, ma préférée du groupe (et la préférée d’une bonne partie du public qui chante les bouts plus calmes en chœur).


Prochain spectacle sur ma liste: At the Drive-In. L’alcool faisant un peu trop bien sa job, je décide toutefois de faire un vox-pop interminable et particulièrement con avec des membres du public plutôt que d’écouter le show. Dommage parce que j’en recevrai de bons commentaires le lendemain! Arrive finalement le moment que j’attendais avec le plus d’impatience dans toute cette fin de semaine: Queens of the Stone Age! Le groupe, qui ferme la grosse scène, vient nous présenter principalement des pièces de Like Clockwork pour mon plus grand plaisir, l’album étant vraiment génial à la base. Si l’ouverture sur Song for the Dead (si je me trompe pas) offre une belle continuité avec les shows précédents, je constate quand même des réactions un peu mitigées dans le public: même si la troupe de Josh Homme n’a sélectionné que ses hits qui brassent ou se dansent le plus, la musique n’est pas assez violente pour certains membres de l’audience. Personnellement, j’ai énormément de plaisir quand même à observer une performance bien rodée et à découvrir un peu de nouveau matériel du groupe au passage. C’est sûr que c’est pas Rammstein, mais ça reste un bon show quand même.

Par contre, celui que je trouverai le plus intéressant à regarder en ce samedi soir, c’est Iggy Pop, sur la scène Jagermeister. Ne faisant pas ses 70 ans et étant toujours aussi dénudé du haut du corps, le pionnier de la punk enchaîne ses hits, repris par des musiciens talentueux. Si QOTSA marquait par une exécution carrée et rodée au quart de tour, on sent plutôt un certain laisser-aller contrôlé chez le groupe qui accompagne Iggy, surtout du côté des solos et des interventions. La présence scénique hypnotique du principal intéressé reste également à souligner et conclura de très belle façon la portion musicale du festival pour moi. La portion festive se poursuivra encore pendant quelques heures, par contre…

Points marquants du samedi:

Anti-Flag, August Burns Red, Alexisonfire, Queens of the Stone Age, Iggy Pop.

Au final, le Rockfest, c’est quoi? Une ville saccagée par plein de cons? Des policiers qui s’en sacrent à un niveau record? Un rassemblement de food-trucks offrant du gras à perte de vue? Une occasion de faire beaucoup de drogues en vidant toutes les épiceries du village de leurs réserves d’alcool cheap?

Le Rockfest, c’est un peu tous ces clichés à la fois, mais ça demeure vraiment professionnel côté organisation en offrant des spectacles de grande qualité, même s’ils sont parfois niaiseux ou très kitsch. Et si on dresse parfois un portrait peu reluisant et stéréotypé de son public, il reste, dans bien des cas, fort sympathique. C’est donc une belle fin de semaine mouvementée dans la bouette et la poussière que j’ai déjà hâte de revivre l’an prochain.

Rockfest 2017 : dévoilement bourgeois

Moment absurde de ma semaine: je me présente au Ritz-Carlton à 11h30 dans le but d’assister à une conférence de presse animée par Simon Durivage pour le dévoilement de la programmation 2017 du Rockfest de Montebello. L’invitation précisait également de privilégier la tenue de gala, ce que je n’ai pas fait contrairement à mon collègue Mathieu Aubry.

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Mathieu Aubry/Photo: Mathieu Aubre

Arrivés tôt, on se rue sur le petit buffet très biscuité qui contient thé, café, gâteau aux fruits confits et petits gâteaux au fromage avec de l’or dessus. J’en ai pris quatre et je prévois chier riche ce soir.

Mathieu Aubry/Photo: Mathieu Aubre
Mathieu Aubry/Photo: Mathieu Aubre
Certains s'en donnent à cœur joie, comme Francine Grimaldi, arrivée juste à temps pour les derniers morceaux./Photo: Mathieu Aubre
Certains s’en donnent à cœur joie, comme Francine Grimaldi, arrivée juste à temps pour les derniers morceaux./Photo: Mathieu Aubre

Question d’utiliser mon privilège de journaliste professionnel, je vais m’asseoir directement à l’avant, le plus près de l’animateur possible et je profite des nombreuses commodités qui nous sont offertes, comme le crayon du Ritz-Carlton que j’ai rapporté chez moi par erreur et cette bouteille d’eau tout droit sortie d’une épicerie fine.

Photo: Mathieu Aubre
Photo: Mathieu Aubre

Vers 11h35, Simon Durivage vient prendre le micro pour s’adresser à la foule. Et le moment tant attendu arrive: on nous annonce les trois têtes d’affiche! Le premier nom à sortir en est un très gros: rien de moins que Jérémy Gabriel qui viendra interpréter une version métal de son excellent single I Don’t Care, que nous vous avions critiqué il y a quelques mois. Autre gros nom: D-Natural qui viendra visiblement baragouiner quelques-uns de ses plus grands hits. À noter que nous ne savons pas si le terme hit s’applique à la présente situation. Finalement, ce sera le retour en force de Deadly Apples, le band d’Alex Martel, le fondateur du festival. Il s’est programmé en première partie de Rammstein. Rien de trop beau!

« Vous savez, les membres de Rammstein sont nés en Allemagne de l'Est et utilisent de la pyrotechnie! »
«Vous savez, les membres de Rammstein sont nés en Allemagne de l’Est et utilisent de la pyrotechnie!»/Photo: Mathieu Aubre

Mention honorable également à l’intriguant hommage à Watatatow. Je suis toutefois fortement déçu de ne pas avoir été appelé pour participer, malgré mon déguisement d’Halloween de 2012.

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Plus sérieusement, il y aura quand même un gros line-up cette année avec la présence desdits Rammstein, de Queens of the Stone Age, Megadeth, Iggy Pop, The Offsprings, Wu-Tang Clan, Bad Religion, Anti-Flag, Mononc’ Serge et Anonymus, August Burns Red, Killswitch Engage, Grimskunk et Eagles of Death Metal, à qui l’on souhaite un show moins explosif que celui de leur dernier passage à Paris. Près de 125 bands feront donc partie de la programmation 2017 du festival rock ‘n’ roll, comme nous le décrit si bien Simon.

La conférence terminée, je me joins à nos collègues  de FAV, Aubry et Olivier Boisvert-Magnen, ainsi qu’à Dany Gallant de CISM, pour aller réaliser quelques entrevues. Ne trouvant plus Simon, nous décidons d’approcher Gilbert Rozon à la place. Il nous révèle qu’il consomme du mush pour s’intoxiquer lorsque nous lui posons la question «mosh pit ou mush?».

Gilbert Rozon: « Je prends clairement le mush! »/Photo: Mathieu Aubre
Gilbert Rozon: «Je prends clairement le mush!»/Photo: Mathieu Aubre

Revenant parmi nous quelques instants plus tard, Simon nous dit que, lui, pour sa part, il prend les deux options.

Photo: Mathieu Aubre
Dany, Olivier, Simon et Aubry/Photo: Mathieu Aubre

Je quitte la tête haute vers 12h30: j’ai côtoyé la haute société culturelle québécoise. J’ai aussi déjà hâte de retrouver mon boy Simon pour aller faire un wall of death avec lui durant le show de Good Charlotte et probablement boire d’énormes quantités de Four Loko. Yessir Miller!

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Le Rockfest de Montebello 2017 aura lieu du 22 au 25 juin prochain. Pour la programmation complète du festival, incluant les génies de Ta Mère, c’est par ici!

Découverte musicale: Core Option

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Sortir de ses habitudes, ça fait du bien de temps en temps! Les gens me connaissent surtout pour mon attirance envers les découvertes musicales européennes voire plutôt britanniques…

Mais voici une découverte locale que j’ai faite il y a quelques semaines, un groupe du nom de Core Option. Avec un nom comme celui-là, nous ne pouvons nous attendre à de belles petites ballades tristounettes. Nous pourrions peut-être penser un brin à de la musique électronique (ce terme étant utilisé dans le monde de l’informatique), mais il s’agit pourtant d’un rock pesant.

Fortement inspirée du rock alternatif à la Red Hot Chili Peppers avec une touche de Queens of The Stone Age, à la limite Korn, la formation montréalaise a offert son tout premier show le 26 juillet dernier à l’Alizé.

Malgré une balance de son plus ou moins adéquate au début, le public a été charmé. Peu à peu, l’énergie de la foule a vogué vers la scène. Amateurs de chansons tranquilles s’abstenir. Guitares loud, voix parfois à la Rammstein et inspirations de la scène hardcore métal ont retentis. L’ambiance trash était palpable tant dans la musique que dans les interactions avec le public.

Bien que c’était leur premier concert, les membres de Core Option ont su démontrer que le potentiel était bel et bien présent. Pour le moment, vous pouvez écouter leur premier extrait Azur Dream, en attente d’un EP en production actuellement.

Les 25 meilleurs albums de 2013

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2013 aura été une forte année musicale. Depuis nos débuts il y a 4 ans, c’est la première fois qu’autant d’albums différents ont été cités par nos collaborateurs dans notre tentative de faire un bilan de fin d’année. Pour être précis, ce sont 131 albums qui se sont retrouvés sur notre longue liste de fin d’année.

C’est donc une année musicale très variée qui se termina dans une dizaine de jours. Avant d’entamer votre traditionnel décompte du nouvel an, profitez de ces 25 meilleurs albums de l’année 2013 tels que choisis par notre équipe.

Nous nous reverrons en 2014, avec un paquet de belles surprises.

:)

#25 Yeezus – Kanye West [Roc-A-Fella/Def Jam Records]


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« What fun is life if you don’t talk shit, right ? » – Kanye West, à Las Vegas, le 25 octobre dernier. Cette citation pourrait effectivement s’appliquer à toute l’année que vient de connaître Kanye West, en devenir son slogan. En lançant cette boutade en concert, il s’adressait à la turbulente campagne qu’il a connue pour le lancement de son excellent dernier album, Yeezus, à l’industrie des médias ainsi qu’à celle de la mode.

Kanye West s’est lancé dans du rap électro-industriel, et le résultat est solide. Il nous amène dans les sombres recoins de son esprit, où il rage contre les politiques raciales et discute avec Jésus, entre autres choses.

Le gars est mégalomaniaque, mais plus souvent qu’autrement, il dit la vérité. Et il challenge ceux qui ne sont pas capables de l’entendre.

« I’m standing up and I’m telling you I am Warhol. I am the #1 most impactful artist of our generation. I am Shakespeare in the flesh. Walt Disney. Nike. Google. »

Compris ?

-JFT

 

#24 Queens of the Monkeys


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Queens of the Stone Age et Arctic Monkeys ont bien fait parler d’eux en 2013. Les deux groupes ont tous les deux sorti des albums très attendus, et ce, avec succès.

… Like Clockwork s’est trouvé à être un retour en force de QOTSA par son originalité et, en quelque sorte, la réinvention du groupe par un changement dans leurs structures et sonorités tout en restant celui que les fans aiment depuis la première heure.

AM était également très attendu puisque les membres de la formation anglaise avaient annoncé ce nouvel album comme étant un changement de direction avec de nouvelles influences. Dès sa sortie, tous les regards se sont rués vers AM et autant les fans que la critique ont adoré ce nouvel effort qui a reconfirmé leur talent et leur pertinence.

Les univers de ces deux groupes s’entrecroisent fréquemment. Josh Homme a produit un album des Arctic Monkeys et il gravite autour d’eux depuis quelques années. Il fait même deux apparitions sur AM. Alex Turner affirme admirer Homme et il a prêté sa voix sur If I Had a Tail. L’omniprésence et l’influence mutuelle sur leurs univers respectifs leur ont valu une position conjointe dans notre palmarès.

-AD

 

#23 Sunbather – Deafheaven [Deathwish]


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Deafheaven est un des chefs de file d’une vague de groupes de black métal jeunes et originaux qui s’éloignent beaucoup du style des Burzum et autres Mayhem qui ont fait naître le genre. Sunbather vous fera passer par toute une gamme d’émotions : la musique, belle et presque rêveuse, contraste avec la férocité du chanteur George Clarke et ses paroles mélancoliques. Le deuxième album de Deafheaven est un must de 2013, autant à cause de la qualité du matériel que parce que c’est un aperçu d’une scène qui pourrait dépasser les limites de la musique métal sous peu.

-JL

 

#22 Woman – Rhye [Universal Music]


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Woman de Rhye se dégage par ses habiles harmonies et ses orchestrations d’une grande richesse lyrique. Cette musique est brillamment portée à un niveau supérieur grâce à la voix essentiellement marquée d’une sincérité et d’une vulnérabilité déconcertantes. Cette chaude et douce voix est d’autant plus saisissante du fait qu’elle est celle d’un homme : Mike Milosh.

Ce premier album du groupe est un exercice très réussi d’instrumentations finement arrangées où le dosage et la discrétion forment une oeuvre homogène et cohérente. Avec Woman, nous avons assisté cette année à la naissance d’un groupe fort prometteur pour les années à venir. La barre sera haute!

-MSL

 

#21 Run the Jewels – Run the Jewels [Fool’s Gold]


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Killer Mike et El-P aiment jouer les vilains. Pour eux le vilain est un être mal compris et sous-apprécié au sein de notre société judéo-chrétienne. Pour eux la cause du vilain est noble et ils admirent le choix qu’a fait Magnéto de ne pas se laisser rabaisser par les humains. Dans la philosophie runthejewelsienne, le vilain dépasse le héros par une plus grande humanité.

En passant, les deux hommes révélaient en entrevue que l’animal préféré de El-P est la baleine et celui de Mike l’éléphant, les deux hommes aiment ce qui est gros et ça s’entend dans leur musique.

-CB

 

#20 Tomorrow’s Harvest – Boards of Canada  [Warp]


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Cela faisait quelques années que le duo Boards of Canada ne nous avait pas transportés dans son univers. Ces maîtres de la texture électronique ont repris d’assaut nos écouteurs cette année avec Tomorrow’s Harvest, une ode aux trames sonores de films. Dès les premières notes du disque, on comprend que le duo n’est pas là pour nous offrir de jolies mélodies, mais bien pour nous accompagner dans un séjour quelque peu intense.

Écouter Tomorrow’s Harvest, c’est s’aventurer à tâtons dans un brouillard épais. La première expérience est inquiétante, mais les suivantes sont transcendantes.

-WFB

 

#19 Major Arcana – Speedy Ortiz [Carpark]


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Ça prenait bien un disque de rock sale, gracieuseté d’un jeune groupe américain, dans ce palmarès. Major Arcade de Speedy Ortiz remplit à merveille ce mandat du groupe post-90’s d’inspiration Pavement et Sonic Youth avec ses guitares pesantes, ses rythmes qui se cassent dans tous les coins et leur not giving much fucks attitude. Major Arcana sonne comme une guitare désaccordée (ce qui est probablement le cas) accrochée derrière un pick-up qui roule à 130 km/h sur l’autoroute.

Oh, et la balade No Below est l’une des plus belles de 2013.

-OM

 

#18 Virgins – Tim Hecker [Kranky/Paper Bags Records]


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Avec son douzième album, Virgins, Tim Hecker a le mérite de nous avoir offert l’un des disques les plus imposants et déstabilisants de 2013. L’« artiste des sons » y propose une musique se trouvant à l’extérieur du cadre théorique et pratique de la musique populaire. Virgins est le fruit d’une démarche sérieuse ayant donné naissance à une musique cérébrale et glauque composée avec finesse. Pour créer Virgins, Hecker n’a utilisé que des appareils électroniques.

Il en émane des paysages sonores touffus, souvent musclés et toujours raffinés. Écouter Virgins est une expérience exigeante, mais quiconque décide de relever le défi en sortira grandi.

-AGB

 

#17 Mala – Devendra Banhart 


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Le 8e album du chic hippie nous transporte dans toutes les directions, du jazz au rock en passant par le folk aux accents latins. Le meilleur exemple de ce mélange des styles musicaux se retrouve dans la chanson Your Fine Petting Duck. Débutant sur une combinaison superposant un air sixties surf et une voix féminine rappelant M.I.A, la chanson éclate par la suite dans un house music chanté en allemand. Cette fusion un peu débile de tous ces trucs donne un résultat étonnamment bon.

L’album est suave, les arrangements musicaux sont ensoleillés, les morceaux débordent de tendresse et les paroles mélancoliques de Banhart chantées en trois langues (anglais, espagnol, allemand) nous prennent aux tripes… Qui dit-mieux?

-MC

 

#16 Repave – Volcano Choir [Jagjaguwar]


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À défaut d’avoir un nouvel album de Bon Iver cette année – le groupe est en hiatus pour une durée indéterminée – on a eu un nouveau Volcano Choir, autre projet de l’un des producteurs et musiciens les plus en vue des dernières années, Justin Vernon.

Malgré les efforts que fait le groupe en spectacle pour réduire au maximum l’attention portée à Vernon, ce Repave, 2e album de Volcano Choir, sonne particulièrement comme du Bon Iver, avec sa voix chaude qui vient à l’avant-plan des chansons travaillées jusqu’au moindre détail. C’est riche, grandiose, tout en crescendo.

Justin Vernon confirme encore une fois qu’il est la figure de proue du folk rock indépendant de notre génération.

-JFT

 

#15 Trouble Will Find Me – The National  [4AD]


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Musicalement plus ambitieux que les précédents albums de The National, Trouble Will Find Me aurait pu s’installer dans le confort des bases solides d’un groupe qui en est à son sixième album. Il faut une, deux et plusieurs écoutes pour apprécier les nuances, se laisser amadouer par tout ce qui rend cet album plus « fini » que les autres. Même si le tourment hurlé du chanteur Matt Berninger a fait place au son introspectif d’une voix soufflée à l’oreille, chaque mélodie demeure troublante, chaque texte révèle les contours d’un univers qui devient peu à peu tangible, une poésie à plusieurs sens qui nous mêle et nous touche à la fois.

En 2013, The National a atteint un point culminant du raffinement de son art.

EJ

 

#14 Fade – Yo La Tengo [Matador]


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Grand habitué des tops de fin d’année, le couple Kaplan/Hubley nous refait le coup avec son 13e essai paru dans les tout premiers élans de 2013. Pour l’occasion, le groupe d’Hoboken qui soufflera ses trente chandelles en 2014 a retenu les services de John McEntire (The Sea & Cake, Tortoise) pour guider ses récits mélodiques. Construit autour des conversations intimes du couple, Fade se montre aventureux et varié musicalement.

Déploiement d’inspirations krautrock sur le 1er extrait (Stupid Things) et longues installations sonores pour meubler les antipodes de l’album. Loin de se complaire ou de s’asseoir sur son impressionnant catalogue, Yo La Tengo comble les attentes (toujours très élevées) de ses loyaux fervents en dévoilant un autre chapitre de sa pop pure et intelligente.

-MSJ

 

#13 Settle – Disclosure [PMR/Island]


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Comment ces deux jeunes frères sortis d’on ne sait trop où et qui forment le duo Disclosure ont-ils pu faire un album house si efficace et bien ficelé, avec d’indéniables hooks et autres affinités pop (lui allouant ipso facto une place à la radio) demeurera toujours une question. C’est l’attention portée à la section rythmique à saveur garage qui rend Disclosure si différent de la dance music qui envahit habituellement notre quotidien. La basse ainsi que les percussions (munies d’un léger swing) sont mises en évidence et ne sont pas cachées sous une tonne d’effets sonores abrutissants.

La présence de collaborateurs de qualité tels que Sam Smith, AlunaGeorge, Jamie Woon et Jessie Ware contribua également à approfondir la musique de l’excellent album Settle.

-MON

 

#12 Modern Vampires of the City – Vampire Weekend 


vampire-weekend-modern-vampires-of-the-cityMettons les choses au clair. Vampire Weekend est un groupe de hipsters écouté par des hipsters qui ont la plupart du temps moins de 25 ans et qui fréquentent ou ont fréquenté les bancs des universités. Enfin, c’est le stéréotype qui colle au groupe depuis la sortie de son disque homonyme en 2008. Et les stéréotypes ont parfois un fond de vérité. Pourtant, c’est la troisième fois que le groupe sort un disque et c’est la troisième fois qu’on arrive à la même conclusion. « Vampire Weekend » n’invente rien, mais fait de la bonne musique qui utilise intelligemment des références culturelles de son époque.

Modern Vampires of the City est ce cliché Instagram de vous que vous montrerez un jour à vos enfants. Il sera difficile d’expliquer la popularité des filtres sépia. La seule chose dont vous serez certains, c’est qu’il fallait être là pour comprendre.

-WFB

 

#11 Reflektor – Arcade Fire [Merge]


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Les critiques se sont battus dans la bouette à la sortie de Reflektor. Il faut dire qu’après l’apothéose de The Suburbs en 2010, Arcade Fire avait trois choix : proposer un son différent, se planter ou être sérieusement au-dessus de tout ce qui existe. C’est la première avenue qui a été choisie, et pour le mieux. En écoutant Reflektor, tu mets tes plus beaux apparats et tu danses… et tu aimes ça. Et quelques fois, tu te sens emporté par un son orchestral, un hymne religieux qui vient te chercher, peu importe ta religion, et tu te dis que tu ne sais pas trop quel genre de lien tu peux faire avec les œuvres précédentes, mais Arcade Fire te touche encore, différemment.

Amen.

-EJ

 

#10 6 Feet Beneath the Moon – King Krule [True Panther Sounds]


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King Krule a réussi à se démarquer en 2013 grâce à son premier album 6 Feet Beneath the Moon, qui se trouve à être un amalgame de styles très efficace. Cet opus mélange le rock, des éléments de punk, le rap et le jazz de manière très ingénieuse et originale. Archy Marshall est également un parolier bien articulé et créatif. Il réussit à créer des atmosphères planantes et poétiques. Il bénéficie actuellement d’un bon buzz un peu partout dans les scènes underground. La sortie de cet opus très réussi le place aisément en 10e position de notre palmarès annuel.

-AD

 

#9 Acid Rap – Chance the Rapper [Indépendant]


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Chancelor Bennett vient de rentrer dans l’histoire. C’est le premier rappeur à percer le club très sélect des 10 meilleurs albums de l’année de Feu à Volonté. Club très sélect, car c’est un peu au monde culturel ce que le 357C est au monde politique québécois, tenons-nous le pour dit ! Profitons des 40 mots qu’il nous reste pour apprécier la référence à Othello sur Acid Rain.

« The richest man rocks the snatch-less necklace / Spineless bitches in backless dresses / Wore my feelings on my sleeveless / My weed seedless, my tress leafless »

-CB

 

#8 Wakin on a Pretty Daze – Kurt Vile [Matador]


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Avant de nous donner Daniel Brière, Philadelphie nous a offert Kurt Vile. Le chanteur a réalisé l’un des plus beaux albums de 2013, Wakin on a Pretty Daze, succédant à l’inégal Smoke Ring for my Halo.

Tissé de longues pièces planantes et d’un rock qui fait clin d’œil aux années 70, c’est l’album parfait à écouter lorsqu’on revient crevé d’une longue journée au boulot. Dès les premières notes de la pièce titre de l’album, on relaxe en se laissant bercer par la voix nonchalante de Kurt Vile, pour plonger dans un autre monde, porté par les envolées de guitare. Un rock de stoner à écouter à jeun (ou pas).

CCP

 

#7 Push the Sky Away – Nick Cave and the Bad Seeds 


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La réputation de Nick Cave n’est plus à faire. Pourtant le 15e album du grand chanteur avec les Bad Seeds, Push the Sky Away, est peut-être le meilleur de sa carrière. L’univers lugubre, mystérieux et sensuel de Cave y est à son paroxysme. La poésie du chanteur est à couper le souffle. Sur la pièce fleuve Jubilee Street, il déclare son amour pour une prostituée et c’est époustouflant.

En mars dernier, le chanteur a su démontrer lors de son passage enflammé au Métropolis qu’il savait mieux que jamais défendre un album sur scène, à 55 ans. Profitez de Nick Cave maintenant, quelque chose me dit qu’il ne pourra pas être aussi intense encore très longtemps…

-CCP

 

#6 Julia With Blue Jeans On – Moonface [Jagjaguwar]


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Personne ne se plaindra du virage qu’a pris Moonface avec Julia with Blue Jeans On. Le Montréalais Spencer Krug a délaissé cette fois-ci les lourdes percussions, les synthés et les guitares, pour se concentrer sur un son épuré. Du piano classique, un grave vibrato et un ton dolent viennent appuyer une trame narrative à se déchirer le coeur.

Spencer Krug, ex-membre de Wolf Parade, démontre avec le dernier effort de son projet solo la grandeur de son talent, entre les rythmes envoûtants et les envolées dramatiques de Everyone is Noa, Everyone is the Ark, deuxième pièce, et de Julia With Blue Jeans On, sixième pièce de l’album, par exemple.

Julia With Blue Jeans On est un album de confessions, de regrets puis de solitude, exprimés par des paroles crues dans la fluidité d’un son d’une beauté inexprimable.

-EL

 

#5 Dream River – Bill Callahan [Drag City]


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Dream River de Bill Callahan est une œuvre magistrale de rock intimiste et organique. Faisant un pied de nez au son synthétique qui domine la musique populaire depuis quelques années, Callahan et ses musiciens optent pour la chaleur et la profondeur d’instruments tels que la guitare acoustique et électrique, la basse, le violon, la batterie et la flûte. De plus, ne serait-ce que pour la voix grave et chaleureuse du musicien et sa plume bien affûtée, Dream River vaut certainement le coup.

Enfin, la question n’est plus de savoir si Callahan est l’un des plus importants auteurs-compositeurs-interprètes de son époque, mais bien de savoir quelle place se taillera-t-il dans l’histoire du genre.

AGB

 

#4 Field of Reeds – These New Puritans [Infectious Music]


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These New Puritans n’a jamais été un groupe qui respectait les conventions musicales. Ils ont toujours créé des albums étranges, très hors du commun. Fields of Reeds ne fait pas exception à cette règle. On dirait une sorte de laboratoire sonore qui expérimente avec les meilleurs moments de David Bowie, Brian Eno ou Radiohead. C’est une sorte d’émule de Kid A, qui mélange l’électronica, le krautrock, le new age, l’IDM, l’art rock et je ne sais trop quoi.

Ce n’est évidemment pas facile d’accès, donc n’offrez Field of Reeds en cadeau qu’à des passionnés de musique. Mais tous ceux qui pénétreront dans l’univers de These New Puritans y resteront. À jamais.

-OM

 

#3 Psychic – Darkside [Other People/Matador]


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Édifié autour de la rencontre fortuite de deux plasticiens de formation, Darkside se veut un laboratoire ingénieux soustrait aux lois de la pesanteur et de la perspective. Vaste composition auditive aux assemblages intentionnellement cadencés, Psychic vient confirmer ce que plusieurs avaient évoqué à la suite de la parution du premier effort de Nicolas Jaar. Le jeune homme possède un imaginaire qu’il serait impossible de réduire au silence.

Appuyé par le multi-instrumentiste Dave Harrington (qui, par moment, se donne des allures de David Gilmour), Jaar confère des couleurs progressives et krautrock à ses structures qui font tout à l’exception de se réclamer du passé. Des 45 minutes qui composent ce premier enregistrement complet se dégagent un désir frappant de textures et un minutieux travail de mixage latent.

Devant une telle réalisation, il aurait été regrettable que l’aventure ne se limite qu’à une seule tentative de trois titres. Avec Psychic, le tandem JaarHarrington signe une des constitutions audio les plus profondes et déstabilisante des derniers mois. Aussi à explorer, leur relecture bien personnelle de Random Access Memories de Daft Punk.

Et pour ceux qui souhaiteraient vivre les nouvelles perspectives avancées par le duo, ils doivent se produire au Théâtre Corona le 14 janvier.

-MSJ

 

#2 Overgrown – James Blake [Polydor]


James Blake nous prouve cette fois sa force musicale et toute sa maturité artistique avec Overgrown. Un album extrêmement complexe, où les voix, les synthétiseurs et les claviers forment une symbiose parfaite pour donner un son plein qui nous envahit l’esprit. Des rythmes progressifs de I Am Sold et du beat de Digital Lion, à l’électro de Voyeur et au lyrisme de Our Love Comes Back, pas besoin de vous expliquer plus longuement pourquoi Overgrown est en deuxième position.

Sensibilité qui transperce la voix, harmonies fusionnelles, une touche de soul, une touche de dub, nous sommes dans un univers distinct et unique, propulsés dans le monde d’un musicien qui a trouvé son style et sa signature. Contrairement à son album homonyme sorti en 2012 où les rythmes étaient parfois cassés et défaillants, on entend dans Overgrown une fluidité grandiose.

La preuve de toute la polyvalence de ce jeune auteur-compositeur britannique se trouve dans Life Round Here, To the Last, Retrograde et Dim. Du gospel, du RnB et même un peu de folk ne font que confirmer la délicatesse d’un assemblage compliqué et la finesse de l’exécution vocale sur Overgrown.

-EL

 

#1 Random Access Memories – Daft Punk [Columbia]


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« Y a-t-il encore un humain dans cette salle? » C’est une question que nous aurions pu nous poser l’an dernier à la même date lors de la conception de notre palmarès. Avec le retour en force des synthétiseurs depuis le début des années 2000, on ne retrouve plus beaucoup d’humanité dans la musique de nos jours. Même du côté de Kanye West qui se veut – enfin, lui le croit – l’artiste d’une génération, l’usage d’un instrument est une méthode de composition désuète. L’heure est au sampling, au « 808 » et à tout ce qu’un ordinateur peut nous amener de nouveau. Alors, comment nous retrouver dans tout ce brouhaha électronique où le robot est roi? Et bien 2013 nous a répondu avec l’album avec la touche la plus humaine depuis des lustres. L’ironie? Elle est composée par un duo de Français qui s’est fait connaître en se déguisant en robots.

Les Daft Punk ont revêtu leurs costumes pour nous offrir leur premier album en huit longues années. Et quel disque ce fut! Random Access Memories est un hommage à la musique et au temps. Non seulement on retrouve des clins d’œil à toutes les décennies musicales, mais aussi des compositions tournées vers le futur. Giorgio by Moroder est un exemple parfait de ce à quoi aspirait le duo avec son nouvel opus. Construite sur une entrevue avec Giorgio Moroder, cette pièce explore l’évolution de la musique des années 70 jusqu’à aujourd’hui.

Random Access Memories est un album qui revient aux sources et qui permet de nous questionner sur ce qu’est la musique d’aujourd’hui. Comme critique et comme adepte de musique, je n’écoute pas ce disque pour son message, mais comme moyen de transport. Que cela soit pour marcher jusqu’au travail, pour passer la nuit dans un club ou encore pour traverser mon année 2013, la musique me permet de voyager tout en hochant de la tête. Il y a quelque chose d’humain dans la musique après tout.

-WFB

Queens of the Stone Age – …Like Clockwork

On aurait souhaité un autre Songs for the Deaf, mais au final, on se retrouve plutôt avec un autre Era Vulgaris

Queens-of-the-stone-age-like-clockworkUne belle pochette rougeâtre similaire à celle de Songs for the Deaf (Interscope, 2002), la présence de Dave Grohl derrière la batterie pour guider les troupes et une réconciliation inespérée avec son complice des grandes occasions (Nick Oliveri). Tout était en place pour nous laisser croire que Josh Homme nous offrirait enfin une suite à l’une des concoctions stoner les plus achevées de la dernière décennie. Pas que les derniers intermèdes musicaux de l’homme au carnet d’adresses sans fin aient été si désastreuses, mais on regrettait constamment les éléments fondamentaux qu’Oliveri pouvait amener au groupe. Mordant, couilles et sueur.

Malgré les sept années qui se sont écoulées depuis la parution du mitigé Era Vulgaris (Interscope, 2007), Homme n’a jamais totalement cessé de se faire entendre. Un album (suivi d’une tournée) au sein du super trio Them Crooked Vultures et un autre aux commandes d’Eagle of Death Metal l’auront éloigné de ce retour sur disque qui était pourtant prévu depuis 2008.

Comme à l’accoutumée, avec cette sixième tentative (et première chez Matador), Queens of the Stone Age mise sur une liste d’invités attrayante pour susciter l’intérêt des mélomanes. Trent Reznor, qui à la base devait produire l’œuvre, apparaît sur deux titres. Rien de surprenant considérant qu’il avait rejoint Grohl et Homme en studio pour les besoins d’une scène longue et futile tirée de l’excellent documentaire Sound City. Collaborateurs incontournables, Mark Lanegan et Nick Oliveri se font discrets sur deux autres titres, tandis qu’Alex Turner (Arctic Monkeys) appuie celui qui avait jadis ajouté un peu de muscles à son album Humbug (Domino, 2009).

D’une perspective plus improbable, les voix de Jake Shears (Scissor Sisters) et Elton John viennent se confondre et se perdre dans un décor sonore qui leur convient plus ou moins. Un gros gaspillage de redevances…

Pour sa part, Grohl est sous-exploité sur six des dix pièces de …Like Clockwork. Ses battements qui d’ordinaire sont inventifs et énergiques demeurent ici assez génériques. La guitare de Homme (tel un Link Wray moderne) détonne et saisit à quelques occasions, mais on est encore loin des rythmes fougueux et stoner qui caractérisaient les premiers enregistrements du groupe. I Sat by the Ocean (pop à souhait), My God Is the Sun (la pédale bien appuyée au tapis) et la pièce titre constituent les morceaux phares de …Like Clockwork. Pour cette dernière, le groupe peut remercier le réalisateur britannique James Lavelle (Unkle) pour l’approfondissement d’une vulnérabilité bien sentie.

Un bonheur éphémère et sans réelle surprise qui demande une écoute distraite pour en profiter pleinement. À quand le retour définitif de Nick Oliveri?

Les meilleurs vidéoclips du mois de mai

avec la gracieuse participation de Charles Boutaud

Boards Of Canada – Reach For The Dead

Le mariage parfait entre l’audio et le visuel. Déjà que la musique de Boards Of Canada est à la base très cinématographique, l’ajout de belles images au look vieillot nous le rappellent encore plus.

La vidéo commence avec un simple « hum » ambiant, puis le son d’une grosse caisse vient donner le rythme. Le duo écossais est reconnu pour son utilisation d’instruments électroniques analogues, et leur première pièce du prochain album n’en fait pas exception.

Les images nous emmènent dans le désert. Au fil de l’évolution de la chanson, on nous fait découvrir de bâtiments abandonnés, pour finalement nous faire savourer la belle lumière du soleil. Contents de vous revoir, Boards Of Canada.


Chris Hadfield – Space Oddity

L’astronaute canadien Chris Hadfield est une des plus sympathiques personnalités que la nation – et la planète – ait connue ces dernières années. Sur Twitter, il nous a épaté tout le long de son périple dans l’espace d’extraordinaires photos prises du haut de sa station spatiale, et il continue de le faire.

Sa version de la pièce Space Oddity de Davie Bowie est sans contredit le moment marquant de son aventure, du moins pour nous, ici sur Terre. Ce n’est pas le montage qui épate, mais bien le charisme de Hadfield. Son interprétation, bien que simple, est touchante et on se surprend à ressentir quelques dressements de poils.


Queens Of The Stone Age – … Like Clockwork

On s’ennuyait de Queens Of The Stone Age, mais on peut avancer que l’attente aura été méritée. C’est du moins ce qui ressort du visionnement de ce court-métrage, qui est en fait le montage de plusieurs vidéos récemment publiées des chansons qui paraîtront sur …Like Clockwork.

Ces clips animés donnent la chair de poule. Ce beau travail est dessiné par l’artiste auparavant quasi inconnu Boneface, du Royaume-Uni, et par Liam Brazier, qui a donné vie aux personnages.


Flynt et Orelsan – Mon pote

Francis Cutter réalise un clip un peu parfait pour Mon pote de Flynt et Orelsan. Un hommage au septième art. On passe Des Visiteurs à Pulp Fiction et c’est justement un mash-up d’un peu tous les films que j’ai envie de voir/revoir avec mon pote. (Même s’il manque Astérix et Obélix : Mission Cléopatre ! « Et c’est une bonne situation ça, scribe? »)


Nosaj Thing x Chance the Rapper – Songs From Scratch

Un produit intéressant d’une collaboration réussie entre Yours Truly et Adidas, mais surtout entre Nosaj Thing et Chance the Rapper. C’est toujours cool de voir comment les artistes travaillent.

Aussi, on sait maintenant que ce n’est pas le fantôme mélancolique hantant Here my Dear de Marvin Gaye, mais Nosaj Thing qui a produit la deuxième moitié de Pusha Man. Une des meilleures pièces de l’année dans le monde du rap.


Lighting Dust – Diamond

Au début, je pensais que c’était une vidéo d’aquaforme, mais finalement c’est de la nage synchronisée. Je n’ai pas beaucoup de talent en ce qui concerne les sports nautiques, c’est une des hontes de ma vie, parce que je suis quand même un poisson (je parle du signe astrologique bien entendu).

Je suis meilleur pour simplement écouter la chanson de Lighting Dust. Un diamant certes, mais aussi un morceau de cachemire, une voix de soie, une broderie qui vient s’agencer parfaitement dans la douce courtepointe auditive des Rhye et Daughter pour cet été !

 

Dave Grohl : au-delà de Nirvana

par Mathieu Saint-Jean

La semaine dernière, les Foo Fighters sont revenus avec une septième parution, Wasting Light, un album qui marque la réunion de trois copains qui, vingt ans plus tôt, enregistraient l’album le plus significatif des années 90 : Nevermind. Pour souligner le tout, je vous offre un survol des collaborations les plus réussies de Dave Grohl à travers les années.

Nirvana – Marigold (Heart-Shaped Box 1993)

Composition de Grohl qui se retrouvait originalement sur la cassette Pocketwatch parue en 1992 sous le pseudonyme de Late!. Le morceau fut réenregistré en février 1993 durant les sessions d’enregistrement d’In Utero. Tout comme la reprise de Seasons in the Sun (le moribond de Jacques Brel) enregistrée à la même époque, on écarte la chanson de la version finale du troisième album du trio. Les fans pourront néanmoins se la procurer en tant que face-b du simple Heart-Shaped Box. À noter qu’il s’agit de la seule pièce rattachée à Nirvana sur laquelle Kurt Cobain n’est pas présent.

Scream – Gods Look Down (Fumble 1993)

Morceau qui se retrouve sur le cinquième et dernier album de cette formation hardcore de Washington, qui aura permis à Grohl de perfectionner son jeu derrière la batterie. Gods Look Down demeure l’une des toutes premières compositions de Grohl (l’album fut enregistré en 1989). De plus, il s’agit de sa première apparition en tant que chanteur principal.

Mike Watt – Against the 70’s (Ball-Hog or Tugboat 1995)

Collaboration qui marque la fin du silence dans lequel Grohl et Krist Novoselic s’étaient plongés depuis la mort de Cobain. Aux côtés d’Eddie Vedder (à la voix), ils viendront donner un coup de main sur le premier simple solo de l’ex-bassiste des Minutemen. La contribution de Novoselic à l’orgue Farfisa donnera une bonne idée de la tangente qu’il empruntera deux ans plus tard avec son projet Sweet 75.

Foo Fighters – I’ll Stick Around (Foo Fighters 1995)

J’ai toujours aimé penser que le grunge était né officiellement le jour où Grohl s’était joint à Nirvana et qu’il était mort après la parution du premier album des Foo Fighters. Comme sur son projet Late!, Grohl y joue de tous les instruments (à l’exception de la guitare de Greg Dulli sur X-Static) et envoie un message plus que clair à la veuve de Cobain sur I’ll Stick Around: I Don’t Owe You Anything! Quelque part entre les Pixies, Gary Numan, The Afghan Whigs et les Killing Joke. Un incontournable pour tout fan de grunge!

Queens of the Stone Age – Go with the Flow (Songs for the Deaf 2002)

Pour leur troisième album, Josh Hommes et Nick Oliveri réussissent à convaincre Grohl de délaisser les sessions de One by One afin de se joindre à eux en studio. Il faut dire que les gars se connaissaient déjà bien, puisque les Queens avaient eu comme mission de réchauffer la foule lors de la dernière tournée des Foo Fighters. Les gars auront gagné leur pari, puisque jamais le groupe de Hommes n’aura atteint une telle symbiose. Une rencontre parfaite qui, encore une fois, démontrait tout le côté créatif du jeu de Grohl à la batterie.

Probot – Shake your Blood (Probot 2004)

Après des années à offrir ses services à diverses formations, Grohl décide finalement de se faire plaisir. Il conçoit l’album métal de ses rêves. Un album où il reçoit l’aide de ses chanteurs favoris afin d’appuyer ses bruyantes compositions. Du bon vieux Lemmy au montréalais Denis  »Snake » Bélanger (Voivoid), Grohl trouve encore une bonne raison de punir brutalement ses peaux de batterie.

Nine Inch Nails – You Know What You Are (With Teeth 2005)

Avant de lancer des albums somnifères, Trent Reznor aura eu la brillante idée d’inviter Grohl à venir se défouler en studio. Résultat, la batterie sonne aussi juste qu’un métronome sur les stéroïdes. On se fait un joli EP avec les sept pièces où l’on peut entendre Grohl et on balance l’album complet bien loin!

Them Crooked Vultures – Dead End Friends (Them Crooked Vultures, 2009)

À défaut d’avoir pu rencontrer son idole (John Bonham), Grohl pourra toujours se vanter d’avoir jammé avec celui qui complétait la section rythmique de Led Zeppelin (John Paul Jones). Une collaboration qui permet de comprendre (ou d’entendre) que Bonzo aura eu une influence beaucoup signifiante que les tatouages qui ornent les bras du batteur. À écouter très fort!