Random Recipe + NASA Said Yes: jam de 2019

La soirée commençait bien parce que, ma crew et moi avions gagné nos billets dans un quiz musical thématique «années 80» organisé par CHYZ 94.3 au Griendel une micro de Québec très sympathique. Merci à Bret Michaels et à Soupir, car grâce à Talk Dirty to me et à Larmes de Métal, on se ramasse à Random Recipe.

Celles et ceux qui ont connu le défunt Cercle à Québec seront content.es d’apprendre que la salle mythique est de retour sous la bannière d’une autre ancienne salle mythique, le D’Auteuil. Bon, c’est une vieille nouvelle, mais c’était ma première fois dans cette salle pour un spectacle depuis la réouverture.

Aller voir un spectacle de Random Recipe, en 2019, ce n’est plus comme y aller il y a 10 ans. Depuis Fold It! Mold It!, le climat politique et social a changé et on retrouve presque autant de gars que de filles dans la crowd.

«C’est cool de voir qu’on est rendus à un point où des gars peuvent s’identifier à un band de filles!» s’exclamera d’ailleurs Frannie en entrant sur scène.

Photo: Laurie Boivin

Effectivement, aller voir Random Recipe c’est, au-delà de la bonne musique, une occasion d’entendre des filles assumées et engagées qui habitent la scène avec verve et panache.

Dès les premières notes, la foule est conquise par le groove et dès les premiers verses, elle l’est par la profondeur des paroles. En introduisant la pièce Hey Boy tirée de leur dernier album, par exemple, Fab et Frannie montrent leurs couleurs à leur public. Avec une certaine ironie, elles parlent de l’exercice de pensée derrière le titre qui consiste à mettre en garde les hommes en prévision du moment inévitable où les femmes renverseront le patriarcat. Volontairement provocateur, mais généreux en pistes de réflexion!

Ce n’est d’ailleurs pas le seul élément généreux durant le spectacle. D’une énergie impressionnante, le groupe fait cadeau aux gens de Québec d’un set allongé, rythmé par les shooters de gin que lui offre le public. C’est donc un rappel quasiment aussi long que le spectacle qui nous est servi. Au menu, des titres rarement interprétés sur cette tournée et des expériences uniques comme une interprétation a capella dans la foule et un long jam avec les membres de NASA Said Yes qui ouvraient pour eux!

Photo: Laurie Boivin

Bref un show mémorable qui passera à l’histoire pour celles et ceux qui y étaient.

NASA Said Yes

Nous étions sans doute plusieurs à découvrir le quatuor funk de Québec NASA Said Yes lors de cette prestation en première partie. Accompagnés pour l’occasion de quelques invités en les personnes d’Aura J. aux chœurs et des rappeurs KJT et Nayka sur un titre, le groupe a su rapidement réchauffer la salle.

Avec ses pièces aux accents disco et motown, NASA Said Yes a clairement su gagner le cœur de plusieurs. Après tout, une énergie contagieuse, un groove indéniable et un cover de Boule Noire sont les ingrédients indissociables du succès. Ça vaut la peine d’aller jeter une oreille à leur bandcamp!

Photo: Laurie Boivin

Soirée mélange du randonneur au FEQ

Planning éclectique le 10 juillet: de la pop enfantine, du spleen de rockeuse et du blues de virtuoses. Un mix énergique parfait pour le festivalier actif.

Voyou // Salomé Leclerc

Le voici, le beau gosse de l’hexagone qui vient offrir les chansons de son album Les bruits de la ville. Pas de chance pour le loubard, son orchestre ne l’a pas suivi. Il les remplace par des instruments et des décorations en papier de plantes et fleurs. On ne sait si lesdites décorations sont agencées à la personnalité de chacun des membres de son groupe.

Voyou, seul dans sa jungle de cartons / Photo: Julien St-Georges Tremblay
La danse de l’araignée au plafond / Photo: Julien St-Georges Tremblay

Compensant peut-être pour l’absence de ses copains et copines, le jeune truand gesticule et grimace autant que le générique de Watatatow pendant ses chansonnettes. Je suis dans une émission pour enfants. Ça fait du bien.

De la musique parfaite pour les créatures magiques / Photo: Julien St-Georges Tremblay

La meilleure bricoleuse du star-système québécois, Salomé Leclerc, arrive sur la scène à 19h30. Avec son rock la fois doux et pesant, elle jette une pénombre agréablement mélancolique sur la Place d’Youville.
Son cover de Cohen qu’elle ajoute à Entre parenthèses impose une écoute attentive. Je suis hypnotisé. Je n’ai donc pas pris de photos.

*** Translation de la Place d’Youville à la Scène de la place George V (je n’y aperçois aucun des 5 George)***

Pour ceux et celles désirant éviter les bécosses de plastique festivalières, les toilettes du Hilton sont un excellent arrêt pour toute occasion. Le temps de se faire une beauté ou de boire une excellente Labatt Bleue tempérée. Un incontournable.

L’indice de party est à la hausse au Hilton / Photo: Julien St-Georges Tremblay

(Presque) Steve Hill // Buddy Guy

Désaltéré par mon stop au Hilton, j’arrive à temps pour entendre les derniers accords de Steve Hill, aussi puissants que le moteur de la Harley de son ami Ti-Cuir .

21h20. Buddy Guy arrive. Dès qu’il rentre sur scène, la foule est pâmée. L’octogénaire va donner ce qu’il sait le mieux faire: le blues. Il le répétera plusieurs dizaines de fois. Probablement qu’on avait compris la première fois, mais il semble tellement content de nous le redire qu’on excuse la répétition.

Une icône en fusion avec son public / Photo: Julien St-Georges Tremblay

Il lance des regards espiègles et se secoue le bassin comme s’il n’avait que 70 ans. Je suis charmé, même par ses blagues paternalistes à propos de l’époque avant le rap.

Gardes-y les dents! Je l’aime d’amour!

Ma voisine Sylvie
Pas besoin de «pic», une serviette fera l’affaire / Photo: Julien St-Georges Tremblay

Il utilise judicieusement tout son corps pour créer de la distorsion sur sa six cordes. Derrière son dos, avec ses dents (pendant un cover de Jimi Hendrix), avec une serviette, une baguette de batterie avec ses fesses, il trouve le blues partout. On a l’impression d’assister à un spectacle des Harlem Globetrotters.

I’ve come here to have some fun. Not for you to fuck up that song!

Buddy Guy

Quelqu’un devrait expliquer à Buddy qu’en parlant de la ville de Québec comme du «Canada» il sera déçu. Il l’apprend à la dure lorsqu’il demande à la foule de participer aux chansons et qu’elle ne lui rend que de timides baragouinages en anglais.

Un Guy déçu par nos talents de chant / Photo: Julien St-Georges Tremblay

Buddy est frustré, on le comprend, mais rien n’y fait, même si on essaye tous avec ardeur. Tout ce qu’on entend c’est un silence gêné de quelques milliers de personnes se sentant coupables. Heureusement notre buddy, Buddy, ressort son sourire et conclut un spectacle mémorable. J’ai hâte déjà hâte d’aller voir son hologramme à la 80e édition du FEQ.

4 personnes que vous verrez au FEQ

Les rap-connaisseurs

Vous pourrez profiter de ce rapjeu avec une légende vivante ou apprécier les playbacks d’exception d’un dropout de Harvard avant de virer su’l top à l’AfterFEQ. Célébrer les victoires du rap queb le 13 juillet au parc de la Francophonie, pour finalement réaliser que le Roi Heenok leur a péter les chevilles.

Les fans de la playlist «Alternative/ Indie/ Mellow vibes» du café de quartier trop chou

Vous en aurez pour votre passe  avec CHVRCHES et Alt-J le 5 juillet sur les plaines et Lou Doillon avec Chet Faker le 4 juillet au Parc de la Francophonie!

Les nostalgiques

  • Si tu veux reconnecter avec le gars qui avait des dreadlocks durant ton secondaire, il sera surement dans le moshpit de Blink-182 et The Offspring sur les plaines le 14 juillet.
  • Veux-tu être écoeuré de Dégénération gratuitement à la Place d’Youville? Le FEQ s’occupe de toi!
  • Si vous cherchez les wet dreams de la génération X, ils seront au Parc de francophonie le 13 juillet en train de regarder Moist. Vous êtes avertis!
  • Pour sa carte blanche j’espère qu’Éric Lapointe arrivera en catamaran sur le fleuve comme le maître des eaux sensuels, du cuir et de la rage qu’il est.

Les amateurs de potins

Vous entendrez les histoires de Sandrine dans la file aux toilettes qui racontent à sa chum qu’elle allait au secondaire avec Les Louanges à Lévis pis qu’ils se textent, genre, à chaque fois qu’il vient en ville.

Fiesta et psychédélisme nocture à Québec

En fin de semaine passée, Québec accueillait la cinquième édition des Nuits psychédéliques, un festival qui présente, oh surprise, le meilleur de la musique psych québécoise. Retour sur l’une des trois soirées qui nous prouve que le rock est encore vivant!

J’arrive à Québec vendredi plutôt que jeudi et je regrette amèrement d’avoir manqué le show des Martyrs de marde qui était semble-t-il excellent. Ce sera pour une prochaine fois.

Je me présente donc à la Méduse, complexe artistique multidisciplinaire incontournable de la Basse-Ville, pour la soirée Illumination, qui présente sur une même scène Lemongrab, Technicolor Blood, Wizaard, Paul Jacobs, Vulvets et Ponctuation. Gros line-lup!

Lemongrab ouvre la soirée devant une salle encore assez éparse et je me demande vite pourquoi. Je ne connaissais pas le band, mais je suis rapidement surpris par leur fougue et les robes vintages des deux chanteuses du groupe. Ça rappelle quasiment les 5 6 7 8’s de Kill Bill ou le côté slacker cool des Sex Bob-Omb de Scott Pilgrim. La soirée commence sur les chapeaux de roue avec du gros calibre dans tout les cas et la messe punk-rock, souvent rétro, peut difficilement mieux augurer.

Par la suite, c’est le quatuor montréalais Technicolor Blood qui prend la relève. Plus près d’un genre de The Smiths post-punk, le groupe détonne un peu avec Lemongrab, dans une énergie plus grise et brute. Ça reste loin d’être mauvais, mais comme à quelques autres occasions durant la soirée, je me dis que l’ordre des bands aurait pu être modifié pour mieux mettre en valeur les talents de chacun. Reste qu’on a droit à quelques beaux solos et quelques découvertes, considérant que le band n’a que deux chansons disponibles en écoute sur son Bandcamp actuellement.

C’est ensuite Wizaard qui prend le contrôle des speakers de la Méduse pour nous offrir un rock bien funky et rempli de claviers. Encore une fois, le show est un peu weird, placé juste après Technicolor Blood, alors que Wizaard se démarque normalement par une énergie plus colorée. Là ce sont les guitares moins puissantes qui finissent toutefois par ressortir et donner l’impression que le show tombe un peu à plat par moments. Dommage, parce que du côté de la présentation et de l’exécution, c’est vraiment loin d’être mauvais.

Le groupe qui suivra sera d’ailleurs aux antipodes. On m’avait toujours présenté Paul Jacobs comme un monstre d’énergie, un vrai rockeur à la Iggy Pop et je ne l’avais pas encore constaté par moi-même. Je dois dire que les gens étaient loin de m’avoir menti: c’est un show presque plus éreintant pour le public que pour la bande qui se présente à nous. Je lance les premiers moshpits de la soirée, alors que Jacobs s’égosille sur scène en se lançant un peu partout avec une belle fougue. Sur scène, c’est pas parfait, mais c’est justement le côté parfois brouillon qui finit vraiment par faire le charme du show le plus psychédélique de la soirée so far. C’est une présentation qui, dans son style, finit par être quasi-parfaite dans son genre tellement elle remplit bien son mandat. Je tripe solide et je vous passe maintenant la balle: allez voir Paul Jacobs sans faute! S/o en terminant à son guitariste avec la strap de guitare la plus courte que j’ai jamais vue. C’était beau!

Encore une fois, l’énergie en dents de scie va venir sévir pour la suite. Ça devait honnêtement être un peu intimidant pour les Vulvets de passer après ça. Les filles relèvent toutefois assez bien le défi, mais leur proposition plus rétro et un peu plus calme s’impose moins bien et on commence à entendre un peu plus les discussions de fond de salle. Dommage parce que les filles testaient des nouvelles versions de certaines de leurs vieilles chansons, dans une formule plus grungy qui est loin de me déplaire.

Dernier, mais non le moindre, Ponctuation vient conclure la soirée québécoise. Le band originaire de Québec s’offre à un public conquis d’avance. Moi-même grand fan du dernier album, Mon herbier du monde entier, lancé plus tôt cette année, je me sens bien servi puisque la plupart des chansons en sont directement tirées. Le groupe joue bien, avec énergie, et se laisse de la place pour des chansons parfois quelque peu jamées, ce que j’apprécie bien vu le talent de ses membres. Vient finalement le moment du rappel, qui se termine sur Météo, titre que je réclamais à grands cris déplaisants depuis le tout début du show. Je ressors bien satisfait de cette seconde soirée du festival, avant d’aller m’attaquer à une bien étrange soirée psytrance à La Cuisine…

Le lendemain, c’est le moment de la troisième et dernière soirée du festival, qui présente son volet stoner, toujours à la Méduse. Les mottés en tout genre s’y sont donné rendez-vous et les punks côtoient les métalleux du dimanche entre quelques hippies chevelus. Un beau rendez-vous pour les divers publics qui peuvent être attirés par le genre. Les artistes sur le line-up? Godhead Lizard, The Death Wheelers, Milanku, Monobrow et Grand Morne. Je quitte avant la fin pour aller mixer à La Cuisine, mais j’ai le temps de voir le show de Godhead Lizard qui est assez intéressant. Loin d’être la proposition la plus originale en terme de stoner, la musique du groupe reste fort honnête et l’exécution sans trop de fausses notes. Le chanteur énergique vient nous offrir quelques poses très rock et le guitariste de belles nuances entre un rock planant et des solos plus abrupts. C’est visiblement un bon band pour commencer la soirée, surtout vu qu’ils sont originaires de la Vieille Capitale.

Que retenir des Nuits psychédéliques? Que le Québec rock encore, de un, et pis qu’il y a encore moyen de trouver des beaux petits festivals conviviaux dans la province. Alors que tous les festivals tendent à devenir plus gros, plus professionnels et à essayer de signer les plus gros noms possible, au risque d’avoir la même maudite prog que le reste des festivals, les Nuits visent plutôt la qualité; un mandat bien précis, se démarquant même de Distorsion qui vise pourtant la même proposition musicale. Belle job d’enrobage visuel, aussi, avec des projections en direct faites par Louis-Robert Bouchard qui sont honnêtement assez fantastiques et viennent vraiment servir la musique dans une formule bien complémentaire. Shout out donc à cette petite organisation qui, on l’espère, saura continuer à tirer son épingle du jeu à l’avenir.

L’ouragan Albarn ravage Québec

Ayant maintenant une étiquette de montréalocentriste accolée à ma petite personne pour le reste de ma vie à la suite à mes aventures d’hier, je décide de me rattraper et de retourner découvrir Québec en journée. Le touriste en moi, tanné après 20 minutes des touristes pas en moi, décide finalement d’aller se bencher plus tôt que prévu initialement près de la scène Fibe, question de découvrir Québec via ses artistes à la place. Ça fait plus professionnel de même anyways…

Ma soirée commence donc à 17 h avec le groupe pop Émeraude à la scène Fibe. Le quatuor de Québec vient y présenter plusieurs nouvelles chansons qui, si j’ai bien compris, sortiront ou seront enregistrées en septembre. Au final, je peux pas mal juste vous annoncer clairement que vous pourrez voir du nouveau contenu du band passer bientôt si vous êtes fans. Sinon, pour ce qui est du show en soit, je trouve qu’il prend un peu de temps à bien démarrer, mais les dernières chansons, plus funky, s’avèrent solides. On a même droit à un moment de pyrotechnie en conclusion alors que le bassiste du groupe tape des feux de Bengale allumés sur son instrument et sur celui du guitariste. Un moment qui compense largement pour la fin de Metallica que j’ai manquée hier…

C’est ensuite à Mauves de prendre part à l’aventure FDLSECDQ! Les gars, qui n’ont pas trop trop l’air sur la poudre, quoi qu’en dise leur compte Facebook, semblent en pleine forme. Multipliant les interventions un peu fuck all et donc bien à mon goût sur les lunettes de Julien Déry, ils se permettent également de jouer de la musique tout ce qu’il y a de plus «folk et électro», comme nous l’apprend la description du «radio-roman» de Bell à côté de la scène. À un certain moment, une intro de toune nous fait hésiter et divise mon groupe d’amis: certains se mettent à chanter Black Betty d’un band dont tout le monde a oublié le nom, alors que je privilégie plutôt Dégénérations de Mes Aïeux. Multipliant les solos acérés et se passant bien la balle, Déry et Alexandre Martel leadent leur perfo vers la gloire, surtout avec leur finale de feu. Au final, c’est le genre de show qui donne le goût de fumer des battes dans un show de métal à Rimouski.

On se déplace éventuellement vers un cimetière avoisinant pour un prédrink un peu étrange avant de finalement se rendre sur les Plaines où joue à ce moment-là Danny Brown. Oui, il est en train de jouer à notre arrivée, mais c’est sa dernière toune. J’aurai quand même le temps de trasher en débile pendant deux minutes sur Attak de Rustie, chanson qui finit habilement par «Bitch, suck my dick». Meilleure façon de conclure un show, sans même parler après.

Après une attente relativement courte, Gorillaz vient prendre la relève avec tout leur génie et c’est réellement le Damon Albarn show qui débute. L’Anglais a tous les projecteurs et les caméras braqués sur lui du début à la fin et il le rend bien, multipliant les déplacements très théâtraux sur la scène. De mon côté, je tripe dès le début du show alors que ça ne prendra que trois chansons pour qu’on entende ma préférée de Humanz, soit Ascension avec Vince Staples. Sinon, les hits se succèdent, bien mélangés avec le nouveau matériel, sur fond de projections toujours bien réalisées pour ajouter encore plus de mouvement à un ensemble qui aurait pu s’avérer un peu statique dans le cas contraire. Si Albarn, son mélodica et son bassiste bougent pas mal, reste que les percussionnistes et la chorale, judicieusement placés un étage plus haut, ne peuvent pas vraiment le faire.

Éventuellement, la formation arrive au moment d’exécuter Submission et l’on verra sans surprise Kelela et Danny Brown, qui assuraient les premières parties, venir assurer en personne leurs featurings respectifs: un moment assez cool du spectacle.

Semblant finir assez tôt, la bande se permet un rappel, et restera pas mal la seule à l’avoir fait cette semaine sur les Plaines. Si les autres groupes ont préféré exécuter un bloc efficace, Albarn aura sélectionné la tradition et on le lui pardonnera sans problème puisque ce sera vraiment le seul temps mort de la soirée.

Le setlist devient alors encore plus orienté vers les grosses tracks de la discographie du groupe. À Kids With Guns, je me garde toutefois des petites réserves alors qu’il s’agit clairement d’un plagiat de Un enfant avec une arme à feu du très célèbre duo québécois SOS Tandem, hormis le solo de drum très bien exécuté qui viendra la conclure. Suivra Clint Eastwood, chantée sans hésitation par une foule en liesse sur laquelle Albarn lancera plein d’eau. Le groupe conclura finalement juste après par Demon Days, un excellent choix vu la charge émotive qu’il transporte. Si certains seront fâchés de devoir quitter sans entendre Feel Good Inc, il reste que le court spectacle aura été réellement très bon. Je le place dans mon top 5 à vie, aux côtés de Rammstein, Roger Waters, Kikagaku Moyo et Radiohead si je les avais vus.

Pour compenser, j'ai volé cette pancarte à des jeunes. / Photo : Catherine Genest
Pour compenser, j’ai volé cette pancarte à des jeunes./Photo: Catherine Genest

Question de bien finir la soirée sous une thématique never ending Gorillaz, je me déplace ensuite à La Cuisine, où DJ Laurentia, alias de la journaliste culturelle Catherine Genest, présente un set thématique rempli de remix du groupe anglais. C’est une playlist efficace, bien boostée aux hits funkys et dansants, qui accompagnera donc ma nuit jusqu’aux petites heures!

Citation de la soirée: «On a longtemps pensé changer pour Vidéotron, mais là, le choix est clair; pour nous c’est Bell Fibe.» – Alexandre Martel en commençant le set de Mauves

Programme de la dernière journée de demain: Atsuko Chiba, The Dizzy Brains, Mondo Cozmo, Muse.

Une AG de Radio X sur les Plaines

Un nouveau record du monde a été battu hier lors du show de Metallica alors que rien de moins que 130 000 toebats se sont réunis sur les Plaines d’Abraham. On nageait dans le royaume du mononcle saoul et du quarantenaire de la classe moyenne ayant momentanément oublié la notion de respect dans son pick-up: le rêve quoi. Retour sur une soirée qui a donné raison à tous mes préjugés de Montréalais.

Je quitte mon chez-moi d’accueil vers 14 h, question d’aller rejoindre un ami qui avait dormi devant la gate des Plaines pour s’assurer d’être dans les premiers entrés sur le site. Je suis alors déjà conscient que je me lance dans une mission plus que périlleuse, digne d’un véritable Bear Grylls urbain. Il fait en effet particulièrement chaud et ensoleillé, et si je me suis muni d’un agréable lunch composé de salade de pâte, j’ai oublié de partir avec la source de vie par excellence: de l’eau.

Rendu sur le site, je suis évidemment trop pauvre pour en acheter et commence à sécher tout en cherchant mon téméraire chum. J’apprends finalement qu’en grand génie, il a oublié sa passe à Montréal et est en train de se taper un aller-retour à ce moment précis. Si je me fie à Garou, je serai au moins enfin en mesure d’aimer. Je réussis finalement à repérer un autre ami, et on va s’installer dans l’inconfortable moton de colons pour un bon deux heures. #livingthedream

On assiste alors à des scènes surréalistes: un paquet de dudes entre 30 et 50 ans sont installés sur des chaises de camping en chest partout, calant de la Coors Light et de la Molson Ex à la tonne, écoutant du Metallica trop fort sur des speakers et s’envoyant chier l’un l’autre parce que c’est comme ça que les vrais mâles agissent.

Régulièrement, on voit des gens trop saouls et/ou déshydratés qui doivent quitter pour éviter l’hospitalisation et d’autres qui passent près de se battre parce qu’un groupe plus en avant a invité du monde à se joindre. Question de combattre l’insanité ambiante, des jeunes ont apporté un jeu d’anneaux qu’ils lancent dans la foule. Autre rare moment de bonheur collectif: un hélicoptère passe pas loin et tout le monde se met à crier comme des Mongols, comme dirait Jean-Sébastien Girard. À ce moment-là, la file s’étend jusqu’à Sao Paulo.

Camion gris / Crédit capture d'écran : Romain Thibaud
Camion gris/Capture d’écran: Romain Thibaud

L’organisation ouvre finalement les portes un peu plus tôt que prévu, soit vers 17 h 30, et l’on doit alors se frayer un chemin à travers un véritable dépotoir. Les gens situés à l’avant n’ont en effet pas pris le temps de se débarrasser proprement de leurs déchets et on retrouve même des bouteilles remplies d’urine un peu partout.

Je vous laisse imaginer l’odeur, surtout lorsque tout a macéré depuis quelques heures à 27 degrés. Personnellement, je tombe éventuellement sur une glacière dans laquelle je trouve deux canettes de Pepsi encore intactes. Le nectar est doux, et je suis heureux de pouvoir m’abreuver sans avoir à pisser dans un serpent, comme dans la vidéo ci-dessous. Un autre, plus aventureux, décide de boire les fonds de bouteilles de bière qu’il trouve. Je reste persuadé qu’il est mort moins d’une heure plus tard, quand l’équipe d’urgence évacuera en ambulance une personne pas trop loin de moi. Je réussis finalement à entrer en terre promise vers 17 h 50.

Après deux heures debout, je décide d’aller m’asseoir dans la section colline du site et on tombe finalement sur un spot juste à côté d’un Beauceron bien en forme et jasant. Pas de problème, je me dis, ça va faire passer le temps. Après 30 minutes, il se lance sur le glissant sujet de «je me demande ce qui se passerait si y’avait un attentat terroriste en ce moment». Prévoyant, un dude juste à côté décide de lui offrir un joint pour changer subtilement de sujet. Je lui lance un regard reconnaissant. Et au moment où le premier allait reparler, Metalord monte sur scène. Sauvé par le gong!

Le groupe que j’avais découvert au Rockfest joue aujourd’hui sans le Petit Jérémy, un avantage notable côté crédibilité. Dans le même ordre d’idée, le fait que 70 % de leur répertoire sonne comme du vieux Metallica viendra leur promettre un succès inégalé devant une foule venue témoigner de son adoration sans bornes aux idoles trash.

Le set se déroule bien, les gars étant assez talentueux, et le public se laisse embarquer par le groupe local dans une aventure bien métallique. Seul le conglomérat de matantes dans lequel je suis installé ne semble pas voir d’un aussi bon œil le groupe, et je ne comprends pas l’intérêt de venir voir un show de métal si tu n’aimes pas le genre. Encore une fois, je suis étonné par la relation quasi-malsaine qu’entretient Québec avec le band de LA.

C’est ensuite au tour de Voivod, band mythique au Québec ayant également bénéficié d’un succès international dans les années 80-90, ne l’oublions pas. D’ailleurs, pour poursuivre dans la minute geek, Wikipédia nous apprend ceci: «Le Voivod est un chevalier-vampire-androïde de l’ère post-nucléaire. Inspiré d’une légende transylvanienne, cet antihéros est sorti tout droit de l’imaginaire de Away, le batteur, auteur et illustrateur du groupe.» Merci, Wikipédia.

Le band n’a pas vraiment besoin de travailler pour aller chercher le public, déjà conquis. Même sans Denis D’amour, décédé en 2009, le groupe réussit à rendre justice à sa gloire d’antan. Seul Snake semble avoir perdu un peu de sa voix, mais on se console en écoutant le drum, toujours aussi solide et incompréhensible à la fois. Naviguant dans leur vaste catalogue, les gars en profitent pour jouer un mélange de trash, de chansons un peu plus prog et même d’un vieux rock’n’roll pour l’occasion. Un show qui vient au final presque concurrencer ce qui suivra!

À ce moment, je décide d’aller rejoindre du monde dans la foule. Grave erreur, puisque je perdrai non seulement ma place assise, mais je ne retrouverai jamais qui que ce soit. C’est beaucoup de gens 125 000 personnes, quand même! C’est donc seul et me fiant principalement sur un écran de projection que j’aborde le concert de Metallica.

Avant même la traditionnelle intro d’Ennio Morricone, les fans sont déjà too much. Le Messie est en ville et, l’espace d’un instant, on pourra oublier toutes ces histoires de Troisième lien et d’enverdeurs montréalais. Au moment de leur entrée sur scène, je me dis que les gars du band sont aussi laids en vrai que sur photo et n’ont vraiment pas l’air plus intelligents non plus. Mais qui se ressemble s’assemble, qu’on dit, hein! Enchaînant les hits dès le départ, le groupe s’assure déjà une réponse dithyrambique de la foule. Après une heure de show, Hetfield annonce que le groupe va maintenant commencer à jouer des tounes heavy, comme si le show ne l’était pas encore assez.

Personnellement, je garde quelques réserves par rapport à tout cela. Les interventions manquent de mordant et le rythme du show laisse un peu à désirer. De plus, des séquences instrumentales, bien souvent inutiles, viennent ponctuer les changements de costumes ou certaines chansons. Je pense ici par exemple à un moment où les gars jouent laborieusement sur de très gros tambours sans que ça soit impressionnant pour deux cennes, ou encore à la séquence où Kirk jouera de la guitare rythmique funk pendant une minute pour aucune raison…

Je vous avouerai toutefois que j’ai manqué l’orgie pyrotechnique finale, préférant quitter pour aller écouter Jacques Greene, un artiste qui entre un peu plus dans le mandat de FAV. Par contre, si je me garde quelques réserves, spécifions que le public ne semblait en avoir aucune.

Le temps de me rendre au Cercle, je tombe sur un show de Tintamarre. On m’explique que Greene ne jouera pas avant 24 h 30, et que j’aurais donc pu rester sur les Plaines et voir du feu autrement que sur de très laides projections.

Je décide tout de même d’entrer voir un peu le groupe et je tombe sur une foule de hippies et de rastas en sueur et qui sentent à mon humble avis pire que le dépotoir de l’après-midi. Les moshpits, ça fait travailler l’odorat. Le groupe ne m’intéressant pas particulièrement, je rentre plutôt chez moi. Minuit et demi, c’est l’heure de mon dernier autobus, je vous le rappelle…

Citation de la soirée: «J’espère qu’il nous fera pas un Bob Bissonnette!» – Un dude en voyant l’hélicoptère passer.

Programme de demain: Mauves, Kelala, Danny Brown, Gorillaz, DJ Laurentia.

Un CHSLD sur les Plaines : The Who à Québec

Après deux soirées de petite jeunesse, j’ai décidé, hier, de me confronter à une foule plus mûre sur les Plaines lors du très nostalgique show des Who, qui entamaient à Québec leur nouvelle tournée sur le continent américain. Retour sur une soirée pleine de vieux.

Surprise et étonnement: en arrivant sur les Plaines à 18 h 15, je m’attends à me retrouver pris derrière une interminable file d’attente et à potentiellement manquer le début du show. Que nenni: il n’y a presque personne sur le site à mon arrivée. Profitant de cette rare occasion, je vais me bencher directement à l’avant du stage. Ça l’air que les Who attirent un public qui aime bien souper avant de sortir.

Ce sont les très canadiens The Dirty Nil qui ont la tâche de réchauffer le public disparate. Faisant dans le Weezer et un genre de résumé de tout ce late 90’s rock que j’ai manqué en étant semi-né, le band a un peu de difficulté à venir me chercher. C’est qu’on dirait qu’on connaît déjà toutes les chansons sans pourtant jamais les avoir entendues une seule fois. Le genre de band qui doit scorer aux Juno, mais pas au Québec dans le fond. Le seul bout où je réussis vraiment à triper fort, c’est durant le cover de Surrender de Cheap Trick qui vient conclure le set. Ceci dit, il y a quand même du bon chez le Nil sale: leur bassiste, lorsqu’il porte des lunettes de soleil en forme de coeur, ressemble étrangement à Paul Cèxe et utilise même une panoplie de moves s’apparentant à ceux de la star québécoise. Comme quoi les 40 années et plus de carrière de ce dernier auront réellement servi à inspirer une génération. Sinon, le style rock assumé du chanteur est aussi à souligner, lui qui chante et joue en mâchant de la gomme balloune et ne boit qu’un litre de Nicolas Laloux directement à la bouteille pendant tout le show.

C’est ensuite à la bande anglaise des Struts de prendre le relais. Visiblement de plus en plus habitué à des grosses scènes de festival, le groupe ne semble pas intimidé à son entrée sur scène et occupe bien l’espace pour nous pitcher son néo-glam efficace directement au visage. Avec ses allures de Freddy Mercury hipster, le chanteur Luke Spiller prend bien le temps d’énergiser la foule avant de lancer une batch de chansons que les fans de CHOM auraient reconnues sans aucun problème. Si le public de Québec semble moins à l’aise avec le catalogue, il ne se fait toutefois pas prier pour danser un peu et participer dans la bonne humeur. Tout en sueur, Spiller teste quelques costumes, alors que le reste du groupe semble s’être habillé chez Eva B, un bonus selon moi. Après 40 minutes bien remplies et presque sans temps morts, le groupe promet finalement de revenir bientôt, confiant au passage aux Plaines maintenant bien remplies qu’il préfère le public nord-américain aux Anglais. Les gens semblent bien heureux du compliment.

Après une demi-heure d’attente, c’est maintenant le temps du CHSLD anglais de The Who de venir visiter Québec. Faisant tous leurs 70 ans avancés, sauf John Entwistle qui a inexplicablement l’air d’avoir rajeuni depuis sa dernière tournée, le groupe en arrache un peu sur les premières chansons. Après nous avoir avertis de ne pas fumer près du stage pour ne pas provoquer d’allergies chez Roger Daltrey et de nous gâter sur les muffins au pot, puis de «Rester calme here come The Who» avec des grosses projections en typo laide, les gars sont peu loquaces. Pete Townshend semble aussi pris d’Alzheimer soudain, alors qu’il n’a plus trop l’air de comprendre l’ordre de son set de pédales. Finalement, tout s’arrange et les hits début-60’s s’enchaînent en ouverture. À Join Together, le solo de guimbarde me fait comprendre la très grande influence de Mes Aïeux sur le band, et je me dis que l’arrière-grand-père devenu millionnaire et ayant connu l’époque yéyé de Stéphane Archambault est probablement Roger.

Sans arrêter d’alterner entre des After Effects laids et des images d’archives très cool en guise de projections, le mythique groupe se rend éventuellement jusqu’à Quadrophenia, qui ne sera malheureusement pas diffusée en quadriphonie sur les Plaines. Dommage que l’organisation du festival ait sous-estimé le potentiel de cette sonorisation si efficace, rentable, et ayant bénéficié d’une durée de vie exceptionnelle. Au moment où je pense au savoureux gag suivant pour mon retour («Ils ont vraiment tous l’air sur le bord de mourir, surtout Keith Moon»), un hommage vidéo à Moon, mais aussi à John Lennon, est présenté au public et je me dis que je devrais garder le tout pour moi, par respect pour les morts.

La fin du show se révèle particulièrement forte en succès, avec l’enchaînement Pinball Wizard / Baba O’Riley / Won’t Get Fooled Again. Roger commence aussi à retrouver un peu de sa voix égarée dans les limbes de la vieillesse, pour notre plus grand plaisir collectif. Après avoir fait semblant de se piquer à l’héroïne sur Baba – probablement un hommage caché à CSI –, il réussit à pousser à la perfection son cri de mort sur WGFA et le public ne se peut plus. Je m’inclus d’ailleurs dans le public à ce moment-là. La soirée se termine là-dessus et il est finalement déjà trop tard pour aller voir Big Brave, ma seule déception. Je me gâterai dans le métal demain de toute façon.

Citation de la soirée: «Kent Nagano!» – Un dude en voyant le vieux pianiste chinois du band sur les écrans géants pendant l’intro de Love, Reign Over Me. J’ai ri fort.

Programme de demain: Metalord, Voivod, mes impôts, mes taxes, Metallica, Jacques Greene.

Pétard mouillé : pluie et consternation sur les Plaines

Après une première soirée somme toute tranquille au «Festival de la saison en cours de Québec» hier, je m’attendais à en virer une plus mouvementée pour la deuxième. Premièrement parce que j’ai pris «une ou deux bières» pour bien commencer le tout, et deuxièmement parce que c’était nul autre que Dead Obies, Anderson .Paak et Kendrick Lamar que je m’en allais voir. Rien de moins! Retour sur une soirée remplie d’étonnements.

Le plan bière se déroule chez une amie où l’on attend d’autres amis avant de se rendre sur les Plaines d’Abraham pour un des line-up hip-hop les plus béton qu’on ait pu voir au Québec. Au final, tout le monde abdique à la dernière minute et on se retrouve à devoir partir un peu après 19 h. La file d’attente monstre faisant également très bien son boulot, on arrivera sur les Plaines cinq petites minutes après la fin de la prestation de Dead Obies.

Petite déception en commençant, certes, mais elle est un peu atténuée par le spectacle que nous offre deux groupes de jeunes devant le site. Le premier, prévoyant et généreux, avait apporté un ballon de plage pour divertir la foule nombreuse qui attendait pour entrer. Le second, plus taquin, a décidé de garder le ballon pour lui. S’ensuivront des menaces d’échauffourées qui feront dire à une madame près de moi: «Ben tabarnak, toute ça pour une criss de baloune!» Elle était crue, la madame du Lac-Saint-Jean!

Tout ce beau monde-là finit éventuellement par entrer dans la paix et l’harmonie et l’on constate dès lors que le public est jeune. Mais au point où je me sens vieux… et spécifions que je suis assez loin de pouvoir qualifier mon âge de vénérable. Une bonne partie du public ne semble pas encore majeure ou tout simplement habituée à voir des shows. Je me dis à ce moment que je risque de pouvoir récolter quelques anecdotes savoureuses sans trop forcer. Le temps de rejoindre un autre joyeux luron, on se dirige vers le milieu du parterre pour se préparer à l’arrivée du prince Paak.

Et c’est tout sourire qu’il arrive sur scène, débutant par un beau «Bonjour, motherfuckers!». Je ris déjà assez fort, phénomène qui se répétera d’ailleurs régulièrement dans les 45 minutes qui suivront. C’est un Paak en forme que l’on a devant nous, vêtu d’un chandail de hockey particulièrement laid**, et visiblement heureux de visiter la Vieille Capitale pour la première fois. Commençant avec son matériel plus électronique en termes de production, le rappeur occupe le devant de la scène de belle façon, dansant de façon bien sensuelle pour le plaisir de tous. Nous le verrons d’ailleurs passer à l’acte avec son pied de micro durant Heart Don’t Stand A Chance. Selon nos informations, le pied était d’ailleurs consentant.

Paak se déplace bientôt vers son endroit de prédilection: un drum placé en coin, un peu reculé sur la scène. Le plus étonnant dans tout ça, c’est qu’il réussit tout de même à bien remplir l’espace, pourtant immense de la scène Bell! Encore une fois en bonne forme, il n’hésite pas à flasher un peu avec quelques moves de baguettes assez audacieux pour un gars déjà occupé à rapper et à jouer des passes pas si faciles sans regarder ses mains. Perso, je suis impressionné.

Au final, Paak revisite sa discographie, présentant au passage un ou deux morceaux traps que je ne connais pas, en plus de reprendre la pièce Glowed Up de Kaytranada dans une version R&B particulièrement efficace. Une prestation vraiment convaincante, presque sans failles, qui vient prouver le statut de Paak comme l’un des leaders du rap récent.

Après une petite demie-heure d’attente, c’est au tour du roi Kendrick de se pointer sur la scène, mais pas avant la désormais traditionnelle projection des aventures de Kung-Fu Kenny, l’adepte du Turtle style. Ça donne le ton pour un show qui commencera directement avec des hits: l’enchaînement DNA, Element, King Kunta saura convaincre tout le monde que ce qui s’en vient relèvera de la légende.

Quoique pas tant, finalement… Dès la fin de King Kunta, une première pause un peu weird survient, puis se répétera à la chanson d’après, avant de simplement engendrer une pause de cinq bonnes minutes après Untitled 2. Sans trop donner d’explications, Kendrick s’excuse aux fans, mais le momentum de la performance restera affecté pour un bon moment encore. Notre vibe est pas mal morte. Seul et minuscule au milieu d’une scène enfumée, il a du mal à insuffler une forte dose d’énergie à son public, mais réussit tout de même à le faire dans les minutes qui suivront. Plusieurs mushpits dans le public en témoigneront. Et c’est à ce moment que le quota weird de ma soirée prend son envol.

Kendrick décide d’arrêter en plein milieu de MAAD City pour se rendre près de la zone VIP et crier aux spectateurs qui y sont de partir s’ils sont pour ne pas danser plus que ça. Consternation: le rappeur s’en est pris aux gens avec du cash et potentiellement au maire Labeaume! J’obtiendrai à ce moment, ma citation du jour* par une fille faisant partie d’un groupe que je surnommerai affectueusement «Les petits chanteurs du Mont-Royal».

Je me retrouve à ce moment-ci de la soirée entre deux groupes particuliers. Le premier est une gang de jeunes BWG qui semblent vivre le moment de leur vie, chantant très fort les paroles des chansons. Le problème, c’est qu’elles ne chantent pas toutes très bien et ne parlent visiblement pas anglais. Le résultat est donc un peu triste au final. De l’autre côté, l’option est plus drôle: un gars s’amuse durant toute la fin du show à crier des verses de Lary Kidd par dessus Kendrick. Du grand génie! Et au moment où l’on s’attend justement à ce que le spectacle prenne une autre coche, vu que le public embarque de plus en plus et que l’énergie est revenue à son comble, Kendrick quitte tout simplement la scène, quelques chansons avant la fin de son set et sur la très calme Love.

Il n’offrira pas de rappel et plusieurs sortiront tristes de ne pas avoir entendu Bitch Don’t Kill My Vibe, après avoir vécu un moment d’incompréhension générale. Remercions donc 99Scenes pour les faux espoirs sur le setlist. Mon constat sur le show: bon, mais il manquait honnêtement beaucoup de rythme à la présentation pour qu’elle relève de la réputation que l’on se fait du rappeur. Il s’est honnêtement fait damer le pion, et de loin, par Anderson .Paak.

Question de ne pas finir la soirée sur cette note un peu décevante, on décide de se lancer dans une épopée pour se rendre jusqu’au Cercle, où mixent les gars de Voyage Funktastique. Épopée parce qu’on vivra un lot de moments assez WTF en chemin, à commencer par un spectacle de ballons géants devant l’Assemblée nationale. Circuler entre un dragon, une maison avec des jambes de femme et une créature quelconque avec des criss de gros tits est une expérience que je qualifierai tout simplement de surprenante…

En continuant notre route, on tombe sur les filles de Vulvets, qui nous invitent à un match de lutte en nous montrant les collants de lutteuse qu’elles portent sous leur robe et je commence vraiment à nager dans l’incompréhension, et quoi de mieux qu’une poutine décevante au Ashton pour me débarrasser de ce sentiment! Je réussis finalement à arriver au Cercle, pour me rendre dans un sous-sol assez épars pour le dj set. Malheureusement un peu déçu par le mood du public qui ne semble pas reconnaître le talent de Walla P et Dr Mad, je monte à l’étage pour écouter quelques chansons de Socalled.

Quoi de plus St-Roch qu’un juif qui parle franglais et interprète des chansons à répondre avec un accent jazz, me direz-vous? Et je vous répondrai: «pas grand-chose!» Honnêtement, Socalled s’en tire super bien devant une salle remplie à rebord, enchaînant avec humour de longues interventions et des chansons souvent jammées avec ses excellents musiciens. S’autoproclamant Kendrick Lamar, il contrôle bien le public pour arriver à faire un Yves Lambert de lui-même et caller tout le monde sur Bootycaller. Je quitte après cette chanson, mais en restant convaincu que la suite a dû être bien bonne. Maudite RTC!

*Citation du jour: «Y’a dit aux VIP  »Get the fuck out, esti de laids »! Il leur a dit ça, Kendrick!» -Une fière représentante des Petits chanteurs du Mont-Royal

Programme de demain: Never More Than Less, Crown the Empire, Pierce the Veil. Ça va brasser pas mal plus, mettons.

**J’ai pas de photos comme d’hab, mais y’en a probablement 2-3 millions sur Snapchat pis Instagram. Bienvenue au 21e siècle, la gang!