Larlo sur les rives psychédéliques du lac Témiscamingue

Larlo

L’année au Témiscamingue

Indépendant

***

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Samuel L.-Audet joue de la guitare et de ses cordes vocales pour le groupe Tendre. Larlo, c’est quand L.-Audet décide de se faire plaisir en solo. L’année au Témiscamingue est le titre de son premier album, paru la semaine passée. Pas de traces d’une section de mouches noires (j’ai vérifié dans les crédits), seulement une pop lourde de distorsion psychédélique.

«Tu es jeune et faible/Mais emmène-moi» – Souffle grave

Ce qui m’accroche dès le départ, c’est la voix. Toutes les paroles sortent de la caverne d’Arlo. Il n’hésite pas non plus à rejoindre les hauteurs pour creuser des vallées à coups de changements de registres. Le résultat est extrêmement théâtral. L’exagération sans fausses notes. Un flirt maîtrisé entre agréable et dissonant. Il oscille entre le mélodique et la proclamation terrifiante. J’ai rarement entendu parler de vacances de manière aussi dramatique que sur la pièce… Vacance.

Un des déclencheurs d’écriture aurait été le diagnostic d’Alzheimer de sa grand-mère. Aucune allusion claire. Les seuls indices prennent la forme de textes qui dépeignent un monde inquiétant et frivole. Tapi dans l’ombre ou derrière un accord, le malheur guette.

«Couché dans tes moments simples, je ne partirai pas» – Cheville blanche

La légèreté du chant de Lilah Mercader, sa coéquipière de Tendre, insuffle un peu de fragilité au tout. Sa désinvolture éthérée contrebalance parfaitement le baryton du premier. Durant Vacance, Mercader réalise des vocalises dont on se rappelle instantanément. Même phénomène avec le riff lent de Souffle grave. Je me suis mis à siffler les mélodies après seulement une écoute. Je crois que j’ai gossé mon entourage au courant des derniers jours.

J’ai réécouté plusieurs fois, avec engouement, la galette dans son entièreté. Comme ses cris discordants sur Tu te changes, l’artiste de Montréal a le secret d’un maléfice musical terriblement efficace. Larlo est un mélodramatique tranquille, l’excès d’émotion donnant de la gravité à tout le projet. Il a produit une pop garage qu’il dirige avec comme un bluesman excentrique. Difficile de résister.

Half Baked danse bien le punk

Half Baked

Rhizome

A Billion Records/Outside Distribution

*** 1/2

Rhizome pochette - Half Baked

Rhizome, c’est le dernier album des Montréalais Half-Baked. Il est en fait constitué de deux EPs. Rhizome, qui a été enregistré dernièrement, se joint à La prochaine fois, le feu, paru en 2012. En situation de fête dansante l’album occasionne les mouvements de foule suivants: la première moitié de la galette remplit la piste de danse tandis que la deuxième débute le mosh pit.

Sur Beau bike, on entend «Mais chu safe/Moi chu safe/ Ouais chu safe/ Chu prudent.»Les textes m’ont accroché particulièrement. Le monde est présenté avec naïveté et humour. Ça donne un portrait franc qui penche avec plaisir vers l’absurdité. Les images s’incrustent rapidement dans le cerveau comme les mélodies: «Non, mais veux-tu bin me dire/Avec tes skis dans le bain/Qu’est-ce que tu penses qui va se passer quand t’auras finis de fuir?»

Tu fais l’amour comme on fait des chaussures est tellement pop-punk. Une vraie ballade rock parfaite pour la beach. Un refrain qui sonne comme de la grenadine qu’on verserait sur les frettes d’une belle six cordes. Pour l’anecdote, la vidéo suggérée après le clip de Tu fais l’amour comme on fait des chaussures est Loser de Beck… Coïncidence du Big Data? Sûrement, mais je trouve tout de même que l’algorithme a raison de lier les deux chansons.

La deuxième section de l’album commence avec Vieux renard trop souvent piégé (les titres, comme tous les textes d’ailleurs, me font penser à la poésie d’Avec pas d’casque  dans l’univers de Mad Max). Le growl durant Mauvais herbe hors-la-loi et Drunk contraste violemment avec les premières pièces quand on y réfléchit après coup. Pourtant, lorsque l’on écoute le microsillon sans arrêt la transition du pop-punk au hardcore nous apparaît complètement naturelle. Half Baked est à l’aise dans les deux univers.

Si j’avais à choisir une section favorite, ça serait la plus dansante. Mais tsé, moi je suis un doux.

Critique de l’album Sainte-Luce du groupe Le Havre

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Troisième parution de la formation Le Havre, Sainte-Luce est un album ramassé et foutrement bien foutu qui, à ma grande surprise, est complètement passé sous le radar de pas mal tous les journalistes musicaux au Québec.

le-havre-sainte-luce(C’est pas mal pour ça que j’en parle en fait. Quand c’est bon faut que quelqu’un en parle t’sais.)

Mis sur la mappe par la chanson Translucide parue leur EP Lulibérine (2011) qui les voyaient émuler Karkwa et sonner post-rock/jazzy/planant comme la plupart des groupes formés de finissants en musique au Québec, Le Havre est revenu à la charge en 2012 avec son premier album, Au pire. Sans être un chef d’œuvre, il présentait des pièces folk/prog/rock qui comptaient sur des passages très intéressants (les 3 dernières minutes de Terrain vague, le riff du verse de Sous-sol, l’intro de Léviter de fatigue, la chanson Vieilles bribes). Par contre, ceux-ci étaient minés par des choix artistiques questionnables, autant au niveau sonore que visuel; voir pochette ci-dessous.

Puis, en ce début de mai 2014 est arrivé l’album SainteLuce, enregistré à Sainte-Luce-sur-Mer (d’où le titre) au chalet familial du leader du groupe, Charles-David Dubé.

Sur SainteLuce, les pièces sont concises, efficaces, pas de flafla. L’album forme un tout. Une belle petite collection de bonbons indie-rock aux relents jazz. Un régal pour mélomane.

L’album débute avec À rebours une ballade douce-amère qui aborde la séparation. Puis vient Makandrei (Marc-André prononcé avec un accent enfantin?) ainsi qu’Avant la bombe et son chorus imparable enrichi du clavier de Charles Richard-Hamelin. Ni un ni l’autre joue sur des nuances de rythmique haletante et de moments plus calmes en abordant de nouveau le thème de la séparation. Alors qu’arrive Séoul, une chanson construite en crescendo et basée sur un riff à la rythmique tortueuse qui est l’une des meilleures du disque.

Sur Nuit #2, Le Havre évoque Land of Talk alors que la voix d’Eugénie Boivin remplace celle de Charle-David Dubé. Nord-Sud est la chanson la plus « dansable » du disque alors que la section rythmique formée d’Oli Bernatchez et de Gab Prieur s’illustre particulièrement. L’album se clôt avec la chanson instrumentale Sainte-Luce qui pourrait quasiment être samplée par un rappeur amateur de beat vieille école.

Avec cet album, je crois que le groupe prouve son unicité sur la scène rock franco-québécoise et j’espère que cette critique permettra au groupe d’atteindre de nouveaux auditeurs. Ils le méritent bien.

Écoutez l’album Sainte-Luce juste là :

Critique de l’album Everyday Robots de Damon Albarn

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Le prolifique Damon Albarn revisite son passé dans un tout premier album solo qui est teinté d’electronica, tout en restant très organique, humain et sensible.

damon-albarn-everyday-robotsCela fait plus de 20 ans que Damon Albarn fait de la musique dans l’œil du public. Il a été au sein de nombreux groupes et collectifs au courant de sa carrière : Blur, Gorillaz, The Good, The Bad & The Queen, Rocket Juice & The Moon, Africa Express, etc. Il a même coécrit l’opéra Dr. Dee. Cela dit, 2014 marque la toute première fois où celui-ci lance un album sous son propre nom. Il affirme lui-même qu’il n’avait jamais pensé que ça allait arriver un jour. Il adore jouer dans des groupes et ne se voyait pas comme un artiste solo. Comment ce projet s’est-il alors concrétisé ? C’est au courant de l’hiver dernier alors qu’il était en studio avec Bobby Womack (Damon a coproduit son album) que ce dernier expérimentait des trucs à temps perdu. Son bon ami et boss de XL Recordings, Richard Russell, était derrière la console. Rapidement, ils se sont retrouvés avec plusieurs démos intéressantes. Se demandant avec qui et comment l’artiste allait porter ce nouveau projet à terme, le producteur a alors confié à Damon qu’il avait envie de le produire en tant qu’artiste solo. Damon, qui affirme avoir toujours subconsciemment voulu éviter ça, a finalement décidé d’y réfléchir. Après mûre réflexion, il s’est dit que si l’album devait porter son nom, il devait faire quelque chose de très personnel et qui allait musicalement s’éloigner de tous ses projets précédents.

Après avoir annoncé ses intentions à Richard Russell, ils se sont retrouvés au studio 13 dans le West London pour composer et enregistrer ce qui allait devenir Everyday Robots. Leurs rôles respectifs étaient clairement définis : Richard allait agir à titre de producteur et Damon était l’artiste. Pour la première fois depuis longtemps, Damon se concentrait uniquement sur la musique et confiait toutes les tâches studio à quelqu’un d’autre sans s’en mêler.

Finalement paru en avril 2014, le produit final est une œuvre sombre, intime et paisible. Des influences electronica, indie rock et de world music s’entremêlent habilement sur une trame généralement délicate. Sur une période de 46 minutes, l’ancien leader de Blur revisite différentes périodes de son passé.

Ce qui saisit de prime abord lorsqu’on écoute l’album, c’est le ton très posé, délicat et intime qu’on y retrouve. Les trois premières pièces (Everyday Robots, Hostiles, Lonely Press Play) incarnent cette énergie à la perfection. L’album se démarque de ce que Damon Albarn offre habituellement par sa proximité. On a carrément l’impression d’être assis à côté de lui en studio tout au long de cet opus. Cette intimité donne beaucoup de chaleur. Et contrairement à Blur et Gorillaz où on avait l’habitude de voir le principal intéressé en pleine possession de ses moyens, on le retrouve ici sensible, vulnérable et esseulé. Le tout est livré sur un fond de musique electronica, tantôt organique, tantôt synthétique.

Damon est maintenant âgé de 46 ans et il semble prendre du recul sur ce qu’il a accompli jusqu’à présent. Cela se reflète sur l’album. Il offre une musique douce, épurée et plutôt sombre. Cela dit, malgré son ton lourd, on s’y sent bien. C’est comme si on avait mélangé un peu de Lou Reed avec des influences de Flying Lotus et de Ghostpoet. Les chansons réussissent à créer des atmosphères flottantes et légères.

Ce qui crée en partie la magie d’Everyday Robots, ce sont les histoires personnelles derrière les chansons. Elles donnent une dimension très humaine aux morceaux. Par exemple, sur Mr. Tembo, Damon Albarn a été inspiré par un voyage qu’il a fait en Tanzanie. Il allait rejoindre des amis et ceux-ci avaient décidé d’héberger temporairement un bébé éléphant, nommé Mr. Tembo, dont la mère avait été tuée récemment par des braconniers. Lors d’une soirée où il s’est retrouvé seul avec le pachyderme, il a pris son ukulele et a improvisé une chanson pour lui. L’animal l’observait et le reniflait avec sa trompe. À la fin de la chanson, l’animal se serait déféqué dessus (!). Au milieu de l’album, il revisite ses années où il consommait de drogues dures. The Selfish Giant parle d’une nuit en Écosse alors qu’il était en tournée avec Blur en 1996. De manière encore plus crue, dans You and Me, il y va encore plus en profondeur en relatant ses expériences avec l’héroïne. Sur Photographs (You Are Taking Now), il parle d’un évènement qui a eu lieu en 1999 à Devon alors que des milliers de gens s’étaient réunis pour prendre en photo un phénomène naturel qui n’a finalement pas été perçu. Les milliers de flashs d’appareils photo réunis ont créé à eux seuls un phénomène en soi qui a marqué Damon. Sur Hollow Ponds, il redécouvre certains lieux qui ont marqué son enfance. Bref, les exemples sont nombreux. Chaque ligne de l’album a été vécue et, par la suite, écrite avec attention.

Il est également intéressant de voir la manière dont l’album a été fait. Il est léger, mais a été fait avec le souci du détail. Il est séparé en trois parties par deux interludes (Parakeet et Seven High), ce qui rend le tout encore plus facile à digérer. Il est aussi intéressant de voir comment les effets et percussions ont été utilisés pour créer des atmosphères légères et flottantes. Par exemple, les percussions recréent l’effet de battements cardiaques ralentis sur You and Me, ce qui crée l’ambiance lourde et tout à fait appropriée. Des effets de bruits d’eau sont aussi trouvés un peu partout au courant de l’album. On les retrouve notamment sur Hollow Ponds et The History of a Cheating Heart. Ils ajoutent de la légèreté et quelque chose de réconfortant. D’ailleurs, le thème de l’eau est omniprésent, que ce soit dans les sonorités, les paroles ou même les titres de chansons. Damon raconte qu’il allait souvent s’isoler dans sa demeure à Devon, près de la mer. Cette dernière l’inspirait beaucoup lorsqu’il se retrouvait pris de court avec des paroles incomplètes.

Au final, Everyday Robots est une œuvre réussie où on peut voir Damon Albarn sous un autre jour. L’ensemble de l’aspect humain, la douceur, la musique plus épurée (mais variée) et les détails bien placés en font un opus franchement bien monté et plutôt fascinant. C’est un album qui charme par sa finesse. Cela dit, ceux qui ont aimé cet artiste pour sa flamboyance et ses artifices vont peut-être rester sur leur faim. Damon se montre encore prolifique et efficace, digne de l’artiste qu’il est : quelqu’un qui sait se réinventer et rester pertinent au fil des ans.

Critique du EP Crave de Dear Criminals

Dear Criminals - Crave

S’aventurant sur le même sentier musical que sur Weapons, son précédent EP paru en août dernier, la formation montréalaise Dear Criminals refait surface avec Crave, un EP proposant une électro-pop épurée de qualité.

Dear Criminals - CraveD’emblée, Dear Criminals est le projet de musiciens expérimentés. Le trio compte sur l’apport du multi-instrumentiste Charles Lavoie de b.e.t.a.l.o.v.e.r.s. et de Frannie Holder et Vincent Legault, deux membres du groupe Random Recipe. Alors que les deux premiers partagent le micro pour ainsi livrer des harmonies vocales symbiotiques, Vincent Legault signe les arrangements.

Dominés par les appareils électroniques de toute sorte et les synthétiseurs, les arrangements de Vincent Legault sont épurés sans pour autant délaisser la pop. À titre indicatif, la musique de Dear Criminals rappelle beaucoup celle de l’excellent groupe britannique The xx. L’aspect éthéré et atmosphérique des ambiances sonores construites par Vincent Legault ainsi que la voix masculine et féminine ne font que justifier la comparaison. Ainsi, sans proposer quoi que ce soit d’original, Dear Criminals a le crédit de composer de la musique intimiste et d’être l’un des rares groupes québécois à suivre ce courant musical.

Pour revenir sur la prestation vocale de Charles Lavoie et Frannie Holder, tout comme les arrangements, la chanteuse et le chanteur préconisent un registre intimiste. On retrouve une certaine vulnérabilité et tendresse dans la voix de Frannie Holder. Quant à la voix de Charles Lavoie, celle-ci épouse les mêmes registres que celle de sa partenaire. Ensemble, les deux voix profèrent une belle ampleur aux compositions. La plus grande qualité de leur livraison est la chimie, la complémentarité palpable qui unit les deux interprètes.

Parmi les six chansons qui composent Crave, quelques-unes se démarquent du lot. La composition titrée Petite Mort a des allures de trame sonore apocalyptique. Ses guitares lugubres et aériennes donnent une ampleur glauque et plutôt appréciable à cette très bonne chanson. De plus, la plus pop et moins épurée pièce intitulée Rose est très accrocheuse.

Au final, la réalisation soignée et l’atmosphère intimiste que propose Crave font de ce disque une œuvre appréciable. Maintenant, on a l’intense envie d’entendre ce que peut faire Dear Criminals sur un album complet.

Ce soir : Marc-Antoine Larche au Cabaret du Mile-End dans le cadre de Vue sur la relève

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Pour ceux qui l’auraient raté dans le cadre des Francouvertes, Marc-Antoine Larche va présenter les chansons de son dernier album au Cabaret du Mile-End ce soir, dans le cadre de Vue sur la relève. Éliminé de la première ronde des Francouvertes il y a quelques semaines à la grande déception/surprise de ma collègue, Larche a pourtant un premier album (dispo sur Bandcamp) très bien qui devrait plaire aux fans de Louis-Jean Cormier et cie.

C’est ce soir au Cabaret du Mile-End , à 20h, en compagnie de Maritza, Shawn Jobin et Kite Trio.

Pour écouter son album Les petits effondrements, c’est juste là :

Nouveau vidéoclip des Soeurs Boulay pour la chanson Cul-de-sac

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J’ai arrêter d’écouter le dernier album de The War on Drugs pendant 3 minutes pour regarder le dernier clip des Soeurs Boulay, sorti ce matin. Réalisé par Didier Charette, la vidéo propose les deux soeurs en mode road trip qui ont ben du fun, à la fois dans le futur que dans le présent. C’est pas mal cute. Écoutez ça juste en bas.

Et Le poids des confettis (Grosse boîte) s’achète à peu près partout.