ÉLECTIONS AMÉRICAINES: 10 tounes Québ pour passer à travers ta soirée électorale

On sait que la soirée ne sera pas facile. Quand les États-Unis toussent, le Canada attrape le rhume. Si y’a une maladie qu’on n’a pas envie de repogner, c’est celle de Trump: la COVID ou l’aveuglement volontaire généralisé. Pour vous aider à vivre votre soirée comme il se doit, l’équipe de FAV vous offre cette liste musicale de qualité. Bonne chance!

Campagne – Mononc’ Serge

On vous apprend rien si on vous dit que le vote rural risque de nous chier dans les mains un peu comme si on était en date derrière le cul d’une vache à L’Amour est dans le pré. À ce moment, il nous faudra une toune de campagne.

Le mythe de la démocratie – Vulgaires Machins.

Ça se passe d’explications.

L’Amérique pleure – Les Cowboys Fringants

Viendra inévitablement un moment dans votre soirée où vous aurez besoin de shake it off, comme dirait Taylor Swift. Et à cet instant-là, il sera bon de savoir qu’une danse en ligne est à portée de la main, même pour les débutants. Il sera même possible de pleurer au passage.

Gros tas d’marde – GrimSkunk

On se le souhaite pas, mais ça se pourrait que la fin de soirée nécessite ce succès que l’on perçoit comme une métaphore d’une réélection.

Amère America – Luc de Larochellière

32 ans plus tard, cette chanson reste criante d’actualité. Elle nous rappelle que les États-Unis sont les seuls à blâmer pour leur destin. Après tout, ce sont eux qui votent pour leurs dirigeants.

Place de la République – Coeur de pirate

Vous nous direz que ce n’est pas une chanson politique. Vous n’avez pas tort. Mais quand vous entendrez ces paroles, vous allez comprendre où on veut en venir:

J’ai voulu prendre le plus grand risque
Un soir qui m’a rendue bien triste

Mexico – Kaïn

Y va arriver quoi avec le mur si Trump perd? Envoyer les gars de Kaïn en éclaireurs au Mexique nous semble une bonne option.

Une lettre – Pierre Lapointe

Là où Trump risque de gosser, c’est par rapport à la validité des votes postaux. On voudrait envoyer Pierre Lapointe en soutien. Dans le même avion que Kaïn idéalement.

Mots d’Église – Comment Debord

La fin de soirée viendra avec des mots d’église et ce sera correct. Si vous avez envie de garder ça legit, allez-y avec cette chanson qui vous explique comment garder à l’intérieur votre TABARNAK bien senti.

Comme une fin du monde – Le Couleur

Dans l’éventualité où il faudra assimiler une autre évidence que la fin approche, Le Couleur nous accompagnera jusqu’à la fin. Jusqu’à la fin du monde.

Bonne soirée électorale!

ADISQ 2020: survivre à la grande dépression

J’espère que je ne recevrai pas de poursuite d’un regroupement de profs d’histoire en nommant ce qui suit la grande dépression. Et attendez-vous à être déprimés durant votre lecture. Je vous rapporterai quelques moments cocasses pour casser la tristesse ambiante, mais je ne sais pas si ça va être assez. Ça fait longtemps que l’ADISQ est mon moment musical préféré de l’année. Je m’ennuie des années où ma seule déception était celle de ne pas voir mes artistes favoris remporter les Félix. En 2020, ça fait plus mal que ça.

On ne fera pas comme si on n’avait pas passé l’année devant notre écran. Les photos de ce texte sont toutes les photos de ma télé. Quand les choses se passent dans l’écran, il faut parfois se résigner à capturer l’essence même du climat dans lequel on vit. Et c’est peut-être même une mise en abyme que d’illustrer cet article sur le Premier gala et le Gala de l’ADISQ à l’aide de photos de cadrage de télé. Une œuvre dans une œuvre où l’on parle des œuvres de l’année…

Le Premier gala de l’ADISQ

«Il n’y a pas de collègue, pas de public, on n’est pas en direct», nous annonce d’emblée l’animateur Pierre Lapointe muni d’une tenue on ne peut plus au point: moi aussi devant l’imminence de la fin du monde je voudrais qu’on me vêtisse d’objets contondants pour me défendre.

En symbiose avec l’année qu’on vit, l’introduction du gala nous montre une série d’artistes en nomination qui parlent à leur téléphone on qu’on nous sert en montage pixélisé au son inégal. «Moi j’fais pas de musique par exemple», dit  Yannick De Martino, nommé pour Spectacle de l’année – Humour. Inquiète-toi pas, Yannick, on est plusieurs, depuis plusieurs années à se demander pourquoi les Olivier sont invités à l’ADISQ!

Le numéro d’ouverture nous montre le groupe Salebarbes et on a la confirmation que, si on avait été invités, on n’aurait pas été déçus par rapport aux cheveux de Jonathan Painchaud.

Les Hay Babies se joignent à la partie avec les tenues les plus cool qu’on n’a jamais vues de notre vie. L’Internet nous apprendra plus tard que les tenues, elles les ont cousues elles-mêmes. J’ai juste une question, ici: les filles, je peux-tu être une Hay Babies moi aussi? 

C’est toujours avec son adéquate tenue de brontosaure que Pierre Lapointe nous parle de l’augmentation de l’offre des spectacles en Facebook live durant les 8 derniers mois, une offre qui est, selon moi, l’équivalent médical d’un diachylon de Spiderman sur une fracture ouverte de la hanche.

Pierre prononcera aussi les mots que tout le monde va dire et redire en cherchant un sens, en se demandant s’il y en a vraiment un: «notre industrie est à rebâtir».

Et c’est le début de ce que j’appellerai le constat «L’Amérique pleure, pis c’est vrai!» avec le premier trophée décerné aux Cowboys fringants, pour Antipodes, l’Album meilleur vendeur de l’année.

C’est autour d’un feu de camp qui est loin d’être assez chaud pour réchauffer l’âme de la culture Québ que le groupe procède à des remerciements standards. 

L’Album traditionnel de l’année est celui de Salebarbes: Live Au Pas Perdus

On est toujours satisfaits du cuir chevelu de Painchaud et que dire de la moustache à deux étages?

En regardant la salle du Corona où le house band s’exécute, pas de public, je ne peux m’empêcher de dire «bon enfin de la place pour montrer le house band». Sont toujours cachés dans le noir, en arrière d’un décor de Moment Factory, mais LÀ, c’est leur moment. Bravo.

C’est Dominique Fils-Aimé, récipiendaire du prix d’Album Jazz de l’année 2019, qui vient remettre le prix 2020.

C’est Jacques Kuba Séguin et son album Migrations qui l’emportent! Dans sa vidéo de remerciement, il dit: «merci à mes enfants, surtout à ma grande fille Ella». Donc les enfants, si papa vous a toujours dit qu’il n’avait pas de préféré, c’est ici que vos rêves cassent en morceaux. 

«On a été testés par les évènements», dit Jacques. Nous, on espère juste que t’as pas été testé COVID positif.

Le Spectacle de l’année interprète est celui de Véronic Dicaire qui reçoit étonnamment son premier Félix en carrière. Elle parle des 27 personnes qui la suivent en tournée tout le temps. De mon côté, je m’adresse aux 27: «ça roule la PCU?»

L’Album ou DVD de l’année Jeunesse est remis à celui qui ne change jamais de chapeau, mais on espère au moins qu’il le lave de temps en temps: Arthur L’Aventurier et L’aventure au bout du monde en Australie. Une chose est sûre, avec cette vidéo pour enfant, il a visé juste. Si on peut pu jamais aller nulle part, on va au moins aller en Australie avec Arthur. C’est tout ce qu’il nous reste.

Son remerciement contient la phrase que j’ai toujours haïe, mais que j’haïs encore plus en 2020: «Merci la vie».

Depuis le début du texte, je vous épargne quand même pas pire en termes de dépression, mais je dois mettre quelque chose au clair tout de suite: Le Premier gala de l’ADISQ nous montre durant toute la soirée, de petites entrevues avec des artistes d’ici qui nous racontent leur tristesse de ne plus faire de show, leurs remises en question, leurs idées folles de s’ouvrir une boulangerie, un potager urbain ou un magasin de vélos. Tout le monde a l’air d’amorcer sa quatrième saison de dépression saisonnière. Des bands nous disent qu’ils ne se sont même pas vus entre eux, séparés par des zones rouges, jaunes et oranges. Confinés dans les univers virtuels respectifs où les jams ne sont jamais vraiment des jams.

Ça pourrait être déjà assez triste de même, mais les pubs entre les remises de prix, c’est: la fille qui est partie en ambulance pour sa COVID le jour de sa fête, une madame qui a besoin d’une prescription pour ses infections urinaires chroniques, un gars qui tripe tellement sur le porc du Québec qu’il réveille sa chum en pleine nuit comme un sociopathe pour avoir la recette, un couple qui se sépare et qui pleure devant sa fille alors que toute la petite famille marche «sur des œufs» (mais pour vrai là! LE PLANCHER, C’EST DES ŒUFS) pour donner vie à la métaphore «marcher sur des œufs» de la manière la plus triste jamais vue. 

Miro et Sarahmée nous font une prestation agréable. Si l’humeur était à -4, on est rendus à 2 sur une échelle de 1 à Luc Senay.

Corridor s’est fait voler le trophée d’Album rock de l’année qui est rentré à la maison avec les Cowboys fringants pendant que l’Amérique pleurait de cette situation.

Mon seul point dans mon pool de l’ADISQ pour cette soirée-là, je le dois à la talentueuse Alexandra Stréliski qui est l’Artiste québécoise ayant le plus rayonné hors Québec. En guise de remerciement, elle nous sert une vidéo triste où on la voit se balader avec Inscape, son album, dans des rues européennes désertes. C’est ça, en 2020, rayonner à l’étranger. En termes de tristesse, cette scène arrive juste après celle où Kate laisse tomber Léo dans l’eau glaciale en gardant le radeau de fortune pour elle. 

Charles Richard Hamelin remporte son cinquième Félix avec celui de l’Album de l’année Classique soliste et petit ensemble: Chopin – ballades et impromptus.

L’Album de l’année Classique orchestre et grand ensemble est Pulsations d’Angèle Dubeau et la Pieta. «C’est mon 44e album», déclare-t-elle sans dire son âge.

Nomadic Massive monte sur scène juste avant que Flore Laurentienne perde le Félix d’album instrumental de l’année aux mains de Gregory Charles, ce qui suscite chez moi l’envoi de ce genre de message:

Comme j’attends Noël depuis le début de la pandémie (c’est la seule fête qui me rattache encore à un semblant de magie), je suis ravie qu’Isabelle Boulay gagne le Félix d’Album de l’année – Réinterprétation pour En attendant Noël.

L’Album de l’année autre langue est celui de Nikamu Mamuitun et si jamais vous n’avez pas entendu la chanson Tout un village, il faut remédier à ça maintenant, pleurer un peu et se ressaisir comme on peut après.

Pierre présente des prix devant le Mac – sûrement habillé par le MAC aussi, c’est de l’art, ça – avec Roxane Bruneau.

L’Album de l’année country est celui de Patrick Norman qui remercie plein de monde d’être venu à Nashville. Si t’es dans l’industrie pis que t’as pas été invité à Nashville par Pat, je t’invite à te poser des questions.

Le spectacle de l’année Humour est celui de Sam Breton, puis une bourse de 5000 $ est remise à l’un des artistes détenant sa première nomination cette année. On connaissait pas mal tout le monde sur la liste, sauf les gagnants: Le Diable à Cinq.

Le symptôme dépressif s’accentue lors de la pause publicitaire suivante avec des gens habillés en jaune pour parler de beurre de peanut. Je sais que les temps sont durs, mais sont payés combien? Écrivez-moi si vous savez.

Zal Sissokho repart avec le Félix de l’Album de l’année Musique du monde et Elisapie remporte celui du meilleur Spectacle autre langue.

Vous pouvez maintenant détourner le regard si les rencontres Zoom commencent à vous faire vomir dans votre bouche un petit peu. Le Spectacle de l’année anglophone est celui de Patrick Watson qui est présent avec sa gang: unis, mais séparés. 

Comme si l’état psychologique collectif en chute libre avait besoin d’un autre Zoom.

C’est sûrement pour faire remonter l’indice de bonheur des Québécois que P’tit Belliveau arrive. Dans sa vidéo de pandémie, après sa perfo, il dit – deux fois plutôt qu’une – qu’il vit sa vinaigrette. Merci man.

Alicia Moffet et Fouki viennent chanter pour les 18-24, puis le Zoom de Patrick Watson revient avec le prix d’Album anglophone de l’année.

Des feux pour voir de Marie-Pierre Arthur est sacré meilleur album Alternatif de l’année et Choix de la critique.

Entre deux remises de prix, Fouki nous dit que 2020, c’est comme tomber dans une bouteille d’alcool fort que tu ne connais pas, mais tu passes à travers quand même et le lendemain tu ne te souviens de rien. À date, je n’ai trouvé personne qui a eu une meilleure idée que lui.

Alors que les vidéoclips inventifs ont déferlé sur nous plus vite que la COVID l’aurait fait au Bal en Blanc, c’est pourtant un clip qui nous montre une danse en ligne dans un bar de campagne qui a remporté le Félix de Vidéoclip de l’année. L’Amérique pleure, pis c’est vrai.

LISEZ NOTRE ARTICLE PRÉ-ADISQ INTITULÉ «COVID-19: 10 affaires qu’on ne verra pas à l’ADISQ cette année parce qu’on regarde ça à distance» 

Le Gala de l’ADISQ

On a surnommé le gala du dimanche le festival du follow spot sur les toits de Montréal, du moins pour l’ouverture du gala durant laquelle toutes les lumières et les drones de la ville avaient été sollicités. De toute façon, il ne se passe rien d’autre ces temps-ci alors l’ADISQ avait le premier choix.

Louis-José Houde fait son numéro d’ouverture dans un studio de Radio-Canada devant un public aussi nombreux qu’à une messe du dimanche en ces temps où l’astrologie a remplacé la religion. 

Il ne nous présente pas pour autant un numéro approuvé par le clergé, lançant des flèches à tous ceux qui ont été dans les médias pour les mauvaises raisons durant l’année. «Bon qui qui reste? Ceux qui ne sont pas en prison, faites du bruit», dit-il avant de mentionner qu’il pensait être seul avec Renée Martel ce soir étant donné les délits commis en 2020 par les artistes d’ici. «Ce soir, y’aura pas d’hommage aux grands disparus. Sont tous vivants», mentionne-t-il également étant donné que les disparus sont disparus pour des raisons légales et ne sont pas morts, comme dans le bon vieux temps.

«J’ai dit oui pour animer le gala le 12 mars. Je ne pensais pas que ça finirait en PowerPoint», dit Louis-José devant une poignée d’artistes en dépression.

«Les gens veulent faire l’amour, c’est la tendance», dit-il ensuite en faisant des jokes de graines. Émile Bilodeau a l’air de dire «iiiiii va pas là».

Steven Guilbeault, nous fait son petit message de ministre et on réalise qu’il est fatigué comme nous tous. C’est pas comme si le Patrimoine canadien était si prenant ces temps-ci, Steven! Dors un peu!

Louis-Jean Cormier, désormais porteur de chapeau, nous interprète Je me moi, une chanson d’actualité puisque la pandémie nous a inévitablement menés à un repli sur nous-mêmes.

Le premier prix est remis à KNLO pour le meilleur album rap de l’année et tout le monde a un petit malaise cardiaque quand il reste à sa place. Eh oui! Les remerciements se font directement à la chaise du gagnant cette année. KNLO fait des salutations à tout le monde, même à La Mauricie.

Au retour de la pause c’est Marie-Pierre Arthur qui vient chanter Tiens-moi mon cœur et sa perfo est covid-friendly et demeure en mode bulle familiale : c’est son fils qui danse.

Louis-José y va d’un petit numéro sur la deuxième job que pourrait occuper chaque artiste: «Lisa Leblanc, elle pourrait être n’importe quoi pis ça serait l’fun. Broder un napperon, changer ta fournaise. Je la truste dans toute. C’est l’inverse de Kaïn. Eux j’les truste dans rien. C’est sûrement des bonnes personnes, mais ça m’a pas l’air porté sur le deadline

Robert Charlebois vient présenter le prix d’album Adulte contemporain. Il en profite pour dire à Louis-José qu’il le trouve drôle avec cette expression, jamais entendue avant, que l’on va désormais adopter: «Tu me fais pacter».

Assez troublant, dans cette catégorie, d’entendre back à back Yé midi kek part de Kaïn, puis Tatouage de Pierre Lapointe. On ne s’imagine pas que c’est possible comme adversaires. 

C’est le rebaptisé «Jean-Louis Cormier» qui gagne.

Eli Rose et Marc Dupré nous proposent un duo improbable, puis Louis-José fait des jokes sur la consommation de drogue des artistes, notamment en leur annonçant que la cocaïne coûte désormais trop cher pour leur budget en mode PCU.

L’Album folk de l’année est L’étrange pays de Jean Leloup.

Après, je me demande vraiment pourquoi la Révélation de l’année est présentée par Mazda. T’as pas de char quand t’es Révélation de l’année.

Installée en mode «piano bar» sur un piano de plus de deux mètres de long pour respecter les règles, la Révélation de l’année 2003 Ariane Moffatt présente un numéro d’intro avec Louis-José puis c’est la Révélation 2019, Alexandra Stréliski qui présente Eli Rose, la gagnante, qui est surprise pour vrai et qui se vide de ses larmes sous les recommandations d’Alexandra qui la réconforte à l’autre bout de la salle, à une distance de type «autre indicatif régional téléphonique».

L’Album pop de l’année est celui de Marc Dupré. On a ensuite droit à une bonne pub sur la gestion de patrimoine avec un homme pour qui c’est une passion, la gestion de patrimoine.

On apprend aussi qu’il est possible de louer un chauffe-eau.

Puis le meilleur numéro de 2020 est celui présenté par Anachnid, Flore Laurentienne et Matt Holubowski. Un trio bien pensé et bien distancé comme seule 2020 est capable de le faire.

Louis-José rit du mot «RÉINVENTER» avec raison, alors qu’on a passé les huit derniers mois à regarder les shows les plus tristes au monde sur Internet.

Robert Charlebois repart avec le Félix du meilleur Spectacle auteur-compositeur-interprète. «Avec Ben Dion, adieu les problèmes de son», dit-il pour remercier son soundman. J’aimerais ça le rencontrer, Ben. Il remercie également Louise Forestier. «Louise, 50 ans d’amitié! La prochaine fois qu’on va chanter La fin du monde, ça va être une chanson bubble gum comparé aux horreurs qui nous affligent.» En fait, il aurait probablement été plus adéquat de dire: la prochaine fois qu’on va chanter La fin du monde, ça va l’être pour vrai.

Je me demande si ce Félix pourra être remis l’an prochain même si on aura eu 4,7 semaines de shows au total durant l’année et aucune véritable tournée.

On a ensuite droit à une pub de vin d’épicerie et à une autre pub qui nous montre une fille qui fait du lavage, mais que son linge pue pareil. Le clou du spectacle publicitaire: une pub de fuites urinaires qui a jouée six fois durant la soirée. Rien pour te permettre de fuir tes problèmes…

La vie d’écran, ça permet de faire un medley de Pauline Julien, au siècle dernier, qui chante avec Pierre Lapointe aujourd’hui, puis Isabelle Boulay, sur scène, qui chante avec une Monique Leyrac en noir et blanc.

Profiter du fait que notre vie est désormais virtuelle pour faire un medley qui mêle deux siècles différents: je dis oui.

Kent Nagano présente le prix Artiste autochtone de l’année en mode vidéo dans une pièce avec autant d’écho qu’un sous-marin. Elisapie l’emporte et fait un touchant discours qui est le seul que le chronomètre sonore ne coupera pas.

La Chanson de l’année est L’Amérique pleure des Cowboys fringants. Le groupe nous livre le mensonge du jour dans ses remerciements: «Merci d’avoir joué nos tounes à la radio et beaucoup de musique Québ durant toute l’année». NOPE.

On assiste ensuite à l’une des pubs les plus tristes depuis celles des banques alimentaires: une pub de banque avec Deux par deux rassemblés de Pierre Lapointe version piano en noir et blanc qui nous montre des travailleurs de divers milieux qui ne vont pas s’en sortir durant la crise sanitaire.

L’Auteur-compositeur de l’année est Louis-Jean Cormier, le Groupe de l’année est Les Cowboys fringants

Isabelle Boulay, qui était là pour le numéro avec Pierre Lapointe plus tôt n’est pas là pour la remise du prix d’Interprète féminine de l’année dans laquelle elle est nommée.

ÉTAIT-ELLE EN HOLOGRAMME TANTÔT? Ou est-elle allée se coucher avant sa catégorie?

C’est la grandiose Alexandra Stréliski qui remporte la statuette. «J’ai trop bu de Bulles de nuit», dit-elle comme si elle était à O.D. à l’autre poste. Elle aborde une fois de plus la douceur, parce que c’est pas mal juste ça qu’il nous reste cette année. «J’ai hâte de vous revoir à côté de ce cauchemar», ajoute-t-elle. Nous aussi.

Émile Bilodeau est l’Interprète masculin de l’année et il fait son discours, écrit sur une feuille quadrillée sans lever les yeux. Voyons, Émile! T’as pas appris ton exposé oral!

Il termine par «Vive le Québec libre!» pour faire plaisir à sa date: son petit frère, mais aussi, avouons-le, pour se faire plaisir à lui-même. Et en cette année sans plaisir, qui serions-nous pour juger ce comportement?

Louis-José Houde termine avec la phrase la plus 2020 possible: «Y’a tellement de Purell dans’ place que tout le monde est stérile».

À l’image de la musique durant la dernière année, l’ADISQ était là malgré tout. Mais les trous dans la salle, semblables aux trous dans les salles de spectacles (lorsqu’elles sont ouvertes) nous amènent à croire de moins en moins à de plus en plus de choses. Les derniers VRAIS shows, non-distancés, qu’on a vus au début du mois de mars dernier nous semblent déjà anachroniques. Approcher les autres, sans masque, que ce soit pour dire bonjour ou pour faire un mushpit, est une idée complètement déjantée, illusoire et probablement passible d’une amende. 

La musique est la solution à beaucoup de sentiments négatifs. Espérons qu’elle saura nous faire passer à travers la grande dépression.

Gala de l’ADISQ 2019: personne a fini en prison selon nos sources

C’était la meilleure soirée de l’année à la Salle Wilfrid-Pelletier dimanche. Le soir où tout le monde se dit «Hey j’aimerais ça gagné plus qu’une demi-cenne par écoute sur Spotify pour pouvoir me payer une robe de soirée. Retour sur l’ADISQ 2019.

Sur le tapis rouge, Lou-Adriane Cassidy et son conjoint Anatole, acceptent de répondre à nos questions après avoir parlé de leur tenue à thématique «La Matrice».

Avec qui voulez-vous le plus faire le party ce soir?

«Avec notre gang. Personne d’autre.» – Lou-Adriane

«Dumas.» – Anatole

Qu’avez-vous fait aujourd’hui qui n’avait aucun rapport avec «se préparer pour le gala»?

«On a commencé à écouter Shoah, un documentaire de 10 heures sur l’Holocauste par Claude Lanzmann.» – Anatole

«C’est vrai! Comme ça on n’aura pas le choix d’avoir du fun à soir.» – Lou-Adriane

Vos habits ont coûté plus cher ou moins cher que le loyer?

«Plus cher.» – Lou-Adriane

«Moins cher.» – Anatole

Les 2Frères ne sont pas avec Mario Pelchat, donc aucune crainte à avoir. On les arrête alors pour jaser.

Avec qui voulez-vous le plus faire le party ce soir?

«Émile Bilodeau il est tout le temps crinqué. Il laisse pas la fête s’éteindre trop facilement. C’est un bout-en-train.»

C’est stressant, un gala. Qu’avez-vous mangé pour vous préparer le système digestif?

«Un déjeuner chez McDo. Un souper fast food au Complexe Desjardins.»

*FAV et Le Guide alimentaire canadien se dissocient de ces suggestions.

Si vous aviez un trophée à donner ce soir. Ce serait à qui et pour quelle catégorie?

«Groupe de l’année. À Bleu Jeans Bleu

Vos habits ont coûté plus cher ou moins cher que le loyer?

«Nos vêtements valent beaucoup moins cher que notre loyer.»

Alexandra Stréliski est tout sourire avec son veston en écailles de poisson doré (aucun poisson n’est mort pour la confection du vêtement).

C’est stressant, un gala. Qu’as-tu mangé pour te préparer le système digestif?

«C’est tout un défi de manger, Élise. Tu veux que ça passe bien. J’ai pris une petite moitié de soupe tonkinoise et du quinoa.»

Avec qui veux-tu le plus faire le party ce soir?

«Ariane Moffatt. Mon coup de cœur. On s’est rencontrées dans un photoshoot et on riait à la seconde 1.»

Tes habits ont coûté plus cher ou moins cher que le loyer?

«Mon suit vaut… le même prix que mon loyer.»

Photo: Élise Jetté

La grande dame Salomé Leclerc s’arrête quelques minutes pour jaser avec nous.

Qu’as-tu fait aujourd’hui qui n’avait aucun rapport avec «se préparer pour le gala»?

«J’ai rempli une demande de subvention.» *voir l’alinéa «les artistes se font voler»

Avec qui veux-tu le plus faire le party ce soir?

«Bleu Jeans Bleu.»

C’est stressant, un gala. Qu’as-tu mangé pour te préparer le système digestif?

«Moi, j’aime manger! Faut que je me contrôle. Beaucoup de yogourt avec des noix. Une boîte de thon pour dîner. Un oeuf et du fromage mal coupé parce que j’étais stressée.»

Tes habits ont coûté plus cher ou moins cher que le loyer?

«Je l’ai eue en spécial. La robe, pas le loyer.»

«On va tous mourir aujourd’hui», disent des admirateurs en pâmoison devant Rick Pagano. Juste au moment où tout le monde losait sa shit, la madame de la gestion du tapis demande à tout le monde de rentrer dans la salle. Fiou.

Photo: Élise Jetté

C’est Loud qui a la lourde tâche d’ouvrir la soirée. Il est vêtu de son coton ouaté de Paris pour montrer que malgré le Félix remis à Hubert Lenoir mercredi, lui aussi il a «rayonné hors Québec».

Sarahmée et Souldia suivent, juchés aux mezzanines comme s’ils allaient faire une cascade. La cascade ne vient guère. Tout le monde est secrètement déçu.

Fouki, lui, est sur scène. Vertige? Peur de se faire pousser en bas du balcon? Notre étude ne le dit pas. Koriass arrive déguisé en abeille qui s’entraîne afin de clore le numéro.

Photo de TV

C’est ensuite l’arrivée triomphale de Louis-José Houde qui réveille la foule. «Y’est 8h04, Mario Pelchat est déjà en tabarnak», dit l’animateur avant de dire qu’il y a une possibilité de marge d’erreur à cette soirée parce que Herby Moreau est là. Nous, on a vu Herby acheter des hot-dogs au Pool Room à 3h du matin. Si ça, c’est pas une erreur…

LJ rappelle à tout le monde le tour de magie d’Hubert l’an dernier. «Se mettre le trophée dans yeule, c’était drôle une fois. C’était son idée. On va pas commencer à se rentrer le Félix dans tous les orifices. Félix Leclerc a de la famille. J’ai animé dans une garderie et au Gala de l’ADISQ. Même discours.»

Au retour de la pause, Marie-Mai fait un remake de La Matrice. Y a-t-il eu bisbille avec le couple Cassidy-Martel questionné plus haut? Notre équipe d’enquête n’avait pas le budget d’aller là.

Photo de TV

Pendant ce temps, dans la salle de presse Johanne, de la SODEC achète les journalistes avec des biscuits maison.

Photo: Élise Jetté

«J’aimerais souligner la progression géographique de Fouki», annonce Louis-José avant de nous parler du siège EE du rappeur. L’artiste qui était au fond de la salle l’an dernier a fait «60 pieds de travail cette année», selon l’animateur. Il se moque aussi de son devis de loge, la liste des choses qu’il souhaite avoir en loge lorsqu’il est en show: «Citron et miel. Pour la gorge, sûrement. Trois paquets de 25 cigarettes. Décide», ordonne-t-il à celui qui se détruit/adoucit la trachée de manière inquiétante et bipolaire.

Les nommés dans la drôle de catégorie «Album – Adulte contemporain» sont trois monuments (Ginette, Rivard et Charlebois) et deux super girls (Lou-Adriane Cassidy et Ingrid St-Pierre).

«J’ai regardé dans le dictionnaire et contemporain, ça veut dire vieux. J’ai amené mon ami coroner, annonce la gagnante Ginette Reno. Si jamais j’ai un crise cardiaque, il peut toujours constater le décès.» C’est toujours ça de gagné.

Album de l’année  – Adulte contemporain

C’est la fin du monde à tous les jours de Lou-Adriane Cassidy

Et voilà de Robert Charlebois

À jamais de Ginette Reno GAGNANTE

L’origine de mes espèces de Michel Rivard

Petite plage d’Ingrid St-Pierre

Au retour de la pause c’est Ariane Moffatt et Les Louanges qui mash up leur vie en tête à tête décalé dans un cylindre futuriste. Ariane est en body suit et Vincent en chemise hawaïenne et lunettes miroir: «C’EST TU L’ÉTÉ?», que tout le monde se demande.

«J’tu tout seul qui ai passé l’été à expliquer Les Louanges à des baby boomers?», demande LJ, perplexe. Non.

Louis-José s’assoit ensuite au piano bar d’Ariane Moffatt pour faire un hommage à (feu) Musique Plus. «C’était la marge avant la marge: c’est un peu se frotter sur du monde avant #metoo». Wow.

Photo de TV

Cœur de pirate passe l’Halloween pour venir annoncer les nommés de la catégorie Album rap.

Photo: Élise Jetté

Album de l’année – Rap

Le sens des paroles d’Alaclair Ensemble GAGNANT

ZayZay de Fouki

La nuit des longs couteaux de Koriass

Tout ça pour ça de Loud

Survivant de Souldia

Alaclair décide de rapper le décompte qui leur est imposé sur l’écran.

En salle de presse, ils boivent du Pares Balta. On les comprend.

Une photographe quinquagénaire doit leur dire: «restez concentrés svp.» Rien de mieux pour discipliner six boys issus du rap.

Hubert Lenoir vient livrer l’offrande reçue l’an dernier: c’est Alexandra Stréliski qui est sacrée Révélation de l’année.

Révélation de l’année

Lou-Adriane Cassidy

Jérôme 50

Les Louanges

Alexandra Stréliski GAGNANTE

Sarahmée

«Il ne faut pas sous-estimer la force de la douceur», assure-t-elle avec douceur. Oui, oui, c’était un boutte doux.

Elisapie et elle s’exécutent dans un duo digne d’une soundtrack de documentaire nommé aux Oscars.

Florent Vollant gagne la première statuette octroyée pour «Artiste autochtone de l’année». «On vient en amis», dit-il tout sourire.

Artiste autochtone de l’année

Elisapie

Maten

Matiu

Shauit

Florent Vollant GAGNANT

Les Trois Accords ouvre les yeux de Simon puis Pierre Lapointe demande à tous les autres d’ouvrir les leurs: «Pour un million d’écoutes de Je déteste ma vie sur Spotify, j’ai eu 500 $», dit-il afin d’éveiller les députés qui dorment. «Les artistes se font voler.»*

Cœur de pirate frôle l’ACV au moment de sa victoire pour Album pop de l’année.

Album de l’année – Pop

Perfecto de Bleu Jeans Bleu

En cas de tempête, ce jardin sera fermé de Cœur de pirate GAGNANTE

Papillon de Lara Fabian

Elle et moi de Marie-Mai

Petites mains précieuses d’Ariane Moffatt

Et c’est le conteur Fred Pellerin qui part avec le Félix d’Album folk.

Album de l’année – Folk

Disparition de Guillaume Beauregard

Hélas Végas de David Marin

Dans le noir de Safia Nolin

Après de Fred Pellerin GAGNANT

Retour à Walden, Richard Séguin sur les pas de Thoreau de Richard Séguin

Il ne se met pas le trophée dans la bouche, il se le met dans la face.

Photo: Élise Jetté

Gagnant du Spectacle de l’année – Auteur-compositeur-interprète, Michel Rivard parle pendant un nombre de minutes exagéré pendant que la musique anxiogène se fait aller.

Spectacle de l’année – Auteur-compositeur-interprète

Nos idéaux de Dumas

Rester forts de Marc Dupré

Darlène de Hubert Lenoir

Une année record de Loud

L’origine de mes espèces de Michel Rivard GAGNANT

«C’est la toute première auteure-compositrice-interprète québécoise qui viendra remettre le prochain prix. Il aurait été compliqué d’avoir la vraie, car elle est morte. Voici La Bolduc, Debbie Lynch-White», explique Louis-José.

«Là j’ai un petit papier parce que je ne suis plus capable d’exister, lance Alexandra Stréliski au moment où elle réceptionne la statuette. Maman, merci de m’avoir amenée à des cours de piano beau temps mauvais temps. Papa, merci d’avoir écouté de la musique classique. Je suis partie d’une période très sombre. Le brouillard peut se dissiper. Emmanuelle, c’est pas ma blonde, c’est ma gérante.» Toutes des choses importantes, qui ont été dites ici.

Auteur ou compositeur/Auteure ou compositrice de l’année

Koriass

Salomé Leclerc

Les Louanges

Ariane Moffatt

Alexandra Stréliski GAGNANTE

En salle de presse, Alexandra passe par toute la gamme des émotions.

D’abord «Hein? Mais là, voyons?!!»

Photo: Élise Jetté

Ensuite «J’ai les cheveux plus longs que Félix!»

Photo: Élise Jetté

Puis, finalement, «Wow, ils ont pas lésiné sur le doré!»

Photo: Élise Jetté

La chanson de l’année est celle de Roxane Bruneau, un texte où il est question de faire les choses en grand en faisant la vaisselle. «J’ai mangé deux Tylenol aujourd’hui», lance-t-elle, utilisant sa tribune pour glorifier les choix sains.

Photo: Élise Jetté

Chanson de l’année

Léo Gagné de 2Frères

Tu trouveras la paix d’Artistes variés

Des p’tits bouts de toi de Roxane Bruneau GAGNANTE

Fous n’importe où de Charlotte Cardin et Cri

Tout le monde de Corneille

Dans la nuit de Cœur de pirate et Loud

La tempête de Marc Dupré

Pitou de Les Louanges

Ouvre tes yeux Simon! de Les Trois Accords

Fallait y aller de Loud

Le Groupe de l’année est tout en jeannnnnsssss d’habitude, mais là, c’est l’heure des beaux vestons. Les boys de Bleu Jeans Bleu montent chercher un prix qui témoigne d’un effort d’assiduité de plus de six ans. «On sait qu’on sort de nulle part pour certains, mais on a commencé il y a 6 ans. Si j’ai oublié quelqu’un je vous appelle demain», promet Claude Cobra.

Photo: Élise Jetté

Groupe ou duo de l’année

2Frères

Alaclair Ensemble

Bleu Jeans Bleu GAGNANT

Les cowboys fringants

Les Trois Accords

Béatrice, pas encore remise de son premier trophée de la soirée est d’autant plus sul’ cul d’être Interprète féminine de l’année.

Interprète féminine de l’année

Cœur de pirate GAGNANTE

Lara Fabian

Marie-Mai

Ariane Moffatt

Ginette Reno

Loud récolte le même trophée du côté des boys.

Interprète masculin de l’année

Marc Dupré

Éric Lapointe

Hubert Lenoir

Loud GAGNANT

Fred Pellerin

«On appelle ça un Hochelag’ toxedo», dit Loud pour justifier son crewneck. Je sais que c’est un prix individuel, mais merci à Ajust et Ruffsound.

Les deux Interprètes de l’année pensaient sûrement que ces Félix venaient avec une sentence de prison à vie, comme en témoigne cette photo:

Photo: Élise Jetté

À la fin du gala, on comprend que ça n’a pas été facile pour tout le monde, cette soirée-là, notamment en découvrant ces offrandes laissées aux derniers passants: des napkins, Souldia, un kleenex souillé et 2,50$ (?).

Photo: Élise Jetté

Dans le party post-gala, il se passe «des choses», comme d’habitude.

Photo: Élise Jetté

Comme d’habitude, voici les meilleures phrases qu’on a entendues:

«Je suis nouvellement député. Je vais servir vos intérêts. Plus de vin?»

«J’ai perdu ma game de frisbee contre Jérôme 50 sur la Place des Festivals.»

«Les kids de La Voix Junior savent pas les paroles de Gayé

«Je viens de recevoir une proposition d’une chanteuse d’un certain âge.»

«Je me cherche un beigne. C’est qui ce gars-là, qui était nominé, mais qui a juste mangé des beignes finalement?»

Photo: Élise Jetté

Au niveau du soulier, à 2h du matin, c’était pu facile pour personne.

Photo: Élise Jetté

Mais c’était un beau gala.

Le Premier Gala de l’ADISQ: trash métal et père Noël

En arrivant au MTelus mercredi soir, la première personne qu’on a vue, c’est le père Noël. Certains diront que c’était Nicolas Noël pour sa nomination dans la catégorie Album ou DVD Jeunesse pour Les livres des enfants du monde, mais dans tous les cas, il nous donnait vraiment envie d’aller nous assoir sur ses genoux pour demander un Xbox. Voici notre retour sur le pré-party-de-Noël-de-l’Halloween-de-l’industrie-de-la-musique.

Le père Noël/Photo: Élise Jetté

Le numéro d’ouverture nous donne d’abord la chance d’applaudir très fort et en même temps Pierre Lapointe, Voivod et Éric Lapointe. La dernière fois qu’on a vu autant de diversité, c’est dans les pubs du NPD.

«Maman et papa Voivod, ça fait quatorze albums qu’ils sortent (depuis 1982)», explique Pierre Lapointe, à ceux qui n’auraient pas été élevés dans le merveilleux monde du trash métal.

Pierre y va ensuite d’un résumé de la dernière année qui contient notamment ceci:

«Cette année, Yannick Nézet-Séguin a signé un contrat à vie avec l’Orchestre Métropolitain. Qui fait ça?», demande Pierre Lapointe, ahuri devant ce mariage civil orchestral. 

Il explique ensuite aux novices-nommés «comment ça marche», le party de dimanche prochain: le Gala de l’ADISQ. Il dit entre autres que la soirée peut finir :

a) dans un bain avec Ariane Moffatt

b) en apprenant à fumer du pot avec Luc De Larochellière

c) etc.

C’est dans cet esprit qu’il énonce son fantasme du party de l’ADISQ de dimanche prochain: «Loud est assez réservé. Ça lui ferait du bien de sortir de sa coquille. Si quelqu’un peut le faire partir un petit train sur la piste de danse…», demande Pierre.

Quand À Jamais de Ginette Reno est couronné Album – Meilleur vendeur, Tout le monde attend impatiemment le commentaire sexu-cochon de Mme Reno. C’est son style. 

«Pierre, tu sais comment je t’aime», dit-elle plutôt à l’animateur de la soirée. Ginette aurait-elle troqué les jokes de cul pour les remarques d’amour? Est-elle en train de devenir plus sérieuse avec l’âge? On espère que non. 

La famille d’Alaclair Ensemble est le Vidéoclip de l’année. Dans la salle de presse, les boys s’envoient des «c’est toi qui me fais briller», «non, c’est toi qui me fais briller». C’est plus doux que vous pensez le rap.

Alaclair Ensemble/Photo: Élise Jetté

La moitié des gars suggèrent que le chèque octroyé avec le trophée sera réinvesti dans un autre clip. L’autre moitié affirme que ça servira à payer les couches et le CPE.

«Jamais vu quelqu’un payé aussi cher pour une chemise grise», disent les gars à propos du vêtement de Maybe Watson.

Délivrance d’Éric Lapointe est l’Album rock de l’année. «J’ai chaud», annonce Éric en montant sur scène.

Le duo qui monte récupérer le trophée d’Album ou DVD jeunesse pour La course des tuques est vraiment heureux. Ils disent le mot «extraordinaire» onze fois.

Extraordinaire duo/Photo: Élise Jetté

Ines Talbi frôle l’anévrisme en récoltant deux prix pour le projet La Renarde, un hommage à Pauline Julien: Spectacle de l’année – Interprète et Album réinterprétation. «Sophie Cadieux m’a prêté une robe. Salut Ginette Reno», dit-elle alors qu’on l’empêche de savourer son deux minutes à grands coups de «bip-bip-bip» de sortie de scène. Au moment de la photo en salle de presse, le groupe crie «Pauline» au lieu de «sexe». Il y a tellement de respect ici.

La Renarde/Photo: Élise Jetté

Le Black bloc vient faire une perfo de Safia Nolin, puis c’est le moment de remettre le trophée d’Album traditionnel de l’année.

Safia?/Photo de télé: Élise Jetté

C’est Notre album solo par Le Vent du Nord et De Temps Antan qui l’emporte. «Ce qu’on fait, c’est votre musique nationale», déclare-t-elle. Ce sont eux les responsables du retour en force du Bloc. Pas Éric Lapointe.

Le Vent du Nord et De Temps Antan/Photo: Élise Jetté

Charles-Richard Hamelin ne laisse aucune chance à personne en musique classique et repart avec les deux statuettes (Classique soliste et petits ensembles et Orchestre et grands ensembles). C’est vraiment un gars avec qui il fait bon être «ensemble». «Il est bien conservé pour son âge», remarquons-nous alors qu’il monte sur scène au moment où on dit que Beethoven gagne pour Sonates pour violon et pour piano no. 6, 7 et 8

L’Album jazz de l’année est celui de Dominique Fils-Aimé. Puis Alexandra Stréliski part avec le Félix d’Album instrumental de l’année. «Aimez-vous donc», dit-elle en fin de discours.

Alexandra Stréliski/Photo: Élise Jetté

Pierre Lapointe revient sur scène pour expliquer aux novices comment faire une invasion de domicile pour créer l’after-party de l’ADISQ. Fallait être là pour avoir le truc.

Souldia passe Go et réclame 5000 $ pour avoir été le préféré parmi ceux qui sont nommés pour la première fois.

Quand on remet le prix d’Album country de l’année, tout ce qu’on remarque, c’est qu’un album (qui n’a pas gagné) s’appelle Quand on s’est rencountry.

Paul Daraîche et sa famille gagnent le trophée. 

Millimetrik s’en retourne avec le prix d’Album électro et Simon Leblanc gagne le prix d’humour du gala de musique.

Jesse Mac Cormack/Photo: Élise Jetté

Florent Vollant s’exécute puis Jesse Mac Cormack gagne Album de l’année – anglophone pour Now. «Ça va être beau dans mon studio. Criss. Merci. C’est cool», dit-il.

Hubert Lenoir/Photo: Élise Jetté

Les remerciements de Milk and Bone pour Spectacle anglophone de l’année sont exécutés par Pierre Lapointe juste avant qu’on dise à Hubert que c’est lui qui a le plus rayonné hors Québec cette année. «Ça fait deux secondes que je suis dans le paysage, donc merci», dit-il. En salle de presse, il rangera cérémonieusement son trophée dans sa mallette d’homme d’affaires plutôt que dans sa bouche.

La mallette/Photo: Élise Jetté

Rapadou Kreyol de Wesli est l’Album de musique du monde de l’année et The Ballad of The Runaway Girl d’Elisapie est le meilleur Album – autre langue, un trophée qui fait réellement tomber tous les stigmas (?)

Wesli/Photo: Élise Jetté
Elisapie/Photo: Élise Jetté
Les Louanges/Photo: Élise Jetté

L’Album alternatif de l’année et le Choix de la critique, c’est La nuit est une panthère de Les Louanges, un album qui n’est pas facile à prononcer pour le Canada anglais comme on a pu le constater durant toutes les étapes du Polaris. «J’ai trouvé sur ma route un autre Félix. Félix Petit», explique Vincent Roberge, reconnaissant envers le gars qui l’a aidé à faire son album.

«Bravo à tout le monde aussi», s’exclame-t-il avant de quitter la scène. Tout le monde, tout le monde? Merci, Vincent. On va le prendre. Et bon anniversaire.

FÉDÉRALES 2019: La playlist d’Yves-François Blanchet

À quelques jours des élections, Feu à volonté a utilisé l’apport de ses journalistes d’enquête pour déterminer quelle musique se retrouve sur les playlists des chefs des principaux partis fédéraux. Voici un bon moyen pour l’électeur moyen de choisir son camp avant lundi. Aujourd’hui: Yves-François Blanchet

1 Dr. Strangeluv – Blonde Redhead

Le chef bloquiste s’est offert une cure d’image à l’occasion des débats télévisés nationaux. Les observateurs coast to coast ont noté, même en anglais, son ton professoral voire une dégaine de bon docteur calme et au-dessus de ses affaires. Même au Canada anglais, il s’est exprimé un quelque chose comme de l’amour pour un séparatiste.

2 Deux Par Deux Rassemblés (Remix de Jérôme Minière) – Pierre Lapointe

Qui parle encore de Martine Ouellet? La fougueuse ingénieure s’est cassé les dents en passant au leadership du Bloc. Il paraît pourtant loin, déjà, ce douloureux février 2018 qui a vu 70% de la députation démissionner d’un coup. Blanchet a ramené l’ordre dans le troupeau, et hormis quelques moutons noirs qui auront à se nettoyer la langue, tout le monde marche au pas du chef. (Si l’on conseille le remix de Minière, c’est bien que les sondages indiquent poindre un Bloc redevenu solide comme le roc.)

3 Utopia – Björk

Yves-François Blanchet est ce soldat qu’on envoie au front dans une quête tragique qu’il n’aura jamais le pouvoir d’accomplir. Comment le fait-il? Où trouve-t-il l’élan pour se lever le matin, beurrer ses toasts et porter une nation entière sur son dos? L’utopie est une drogue dure. Espérons que cette envolée de flûte donne des ailes à notre Blanchet national.

4 Anticosti – Catherine Leduc

Blanchet était ministre de l’Environnement dans le cabinet Marois alors que celui-ci a lancé des travaux exploratoires sur l’île d’Anticosti, dans l’espoir (finalement vain) de trouver des hydrocarbures. C’est une épine à son pied et une faille sur son flanc environnemental, mais surtout une source de beef: Anticosti, ce n’est pas un jardin d’Éden, disait récemment le chef bloquiste pour défendre son bilan, soulevant l’ire de John Pineault, maire d’Anticosti. On précise que pour sauver des sous, vaut mieux opter pour la viande de chevreuil que celle de bœuf dans votre prochain séjour sur l’île, quitte à gunner vous-même votre animal – cela rendra service.

5 Nous après nous – Les soeurs Boulay

«Le Québec, c’est nous». C’est aussi s’gunner un chevreuil sur Anticosti et verser quelques larmes après.

6 Western Questions – Timber Timbre

Dans l’hypothèse d’un Bloc ragaillardi au Parlement… Pourrait-on voir une résurgence de sentiments autonomistes à l’ouest? À quand la Ceinture céréalo-gazière Alberto-Manitobaine???

7 The Comeback – Alex Cameron

Blanchet s’est efficacement recyclé en communicateur et analyste politique, notamment au Club des Ex, depuis sa défaite au comté de Johnson en 2014. C’est dans Beloeil-Chambly que se prépare le plus gros comeback politique de l’année.

8 Mal aux mains – Corridor

S’il ne porte pas la nation sur son dos, Yves-François Blanchet doit ben la porter à bout de bras. Ceci place énormément de pression sur les mains, qui doivent agripper solidement pour éviter que le «nous» ne s’écrase en bouillie sur le plancher des vaches, éparpillé en multitude de «moi» sans direction commune.

9 Sortie/Exit – Philippe B

Le chef bloquiste dort d’un sommeil profond et apaisé. Il sait qu’au 21 octobre en soirée, lui et ses candidats auront le plus grand des sourires en sonnant la sortie pour l’essentiel des députés néodémocrates de la province.

10 Pâle cristal bleu – Peter Peter

Je n’ai pas d’enfant à endoctriner, mais si j’en avais un, je le ferais, et je lui apprendrais les choses sous cette forme: Les bleus foncés, c’est les méchants. Les bleus pâles, c’est les gentils.

LA PLAYLIST DE JUSTIN TRUDEAU, ICI

LA PLAYLIST D’ANDREW SCHEER, ICI

LA PLAYLIST D’ELIZABETH MAY, ICI

LA PLAYLIST DE MAXIME BERNIER, ICI

LA PLAYLIST DE JAGMEET SINGH, ICI

ADISQ 2018: selon une source fiable, il est impossible d’avaler un Félix au complet

Dimanche soir à l’ADISQ, Hubert Lenoir a été couronné roi et la seule reine qu’on pourrait couronner est Klô Pelgag, comme aucune autre femme n’a gagné de statuette. Cela dit, on aime le duo royal que ça donne. On a regardé le gala dans la salle de presse de la Place des Arts. Voici notre retour sur cette soirée d’Halloween de gala.

Par Élise Jetté et Marielle Normandin Pageau

Sur le tapis rouge, on a plusieurs questions à poser aux artistes qui défilent en tenues de soirée.

Lydia Képinski est la première qu’on arrête.

Lydia Képinski/Photo: Élise Jetté

C’est quoi l’item de ta tenue que t’as le plus hâte d’enlever?

– Mes chaînes lol.

Qu’est-ce que t’as mangé aujourd’hui?

– Je suis allée au IGA du Complexe Desjardins et j’ai acheté de la mâche, un type de laitue! Avec du cresson, de la guacamole et du saumon fumé. J’ai tout mélangé ça.

Si t’étais pas à l’ADISQ, ce soir, tu serais où?

– Chez nous, en train de me dire «Pourquoi tout le monde boude mon album?»

Est-ce que ta tenue coûte plus ou moins cher que ton loyer?

– Vraiment moins! C’était tout un deal et mes bracelets m’ont coûté 5 $ chacun.

Avec qui tu voudrais le plus chiller durant l’after-party?

– J’aimerais ça avoir un triangle amoureux avec les 2Frères.

Les artistes finissent tous par se faire bumper du red carpet pour préserver la sécurité du premier ministre Justin Trudeau qui va défiler et, après tout, c’est lui la vraie vedette de la soirée (???).

Émile Bilodeau avec son agent Louis-Pierre/Photo: Élise Jetté

On décide donc de faire un off-tapis avec Émile Bilodeau:

C’est quoi l’item de ta tenue que t’as le plus hâte d’enlever?

– J’ai fait beaucoup de blagues sur le fait que j’étais commando donc pour être conséquent avec ça, je pourrais enlever mes bobettes.

Qu’est-ce que t’as mangé aujourd’hui?

– J’ai mangé des pâtes, mais ils ont mis plus de budget dans le cachet de Louis-José Houde que dans le craft. C’était moyen.

(Laurent Paquin pogne les fesses d’Émile au passage dans notre off-tapis.)

Si t’étais pas à l’ADISQ, ce soir, tu serais où?

– J’ai vu Safia, sur Instagram qui était en train de downloader Red Dead redemption. J’irais vraiment jouer avec elle.

Est-ce que ta tenue coûte plus ou moins cher que ton loyer?

– C’est Frank & Oak qui m’a fourni ça. C’est gratuit!

Avec qui tu voudrais le plus chiller durant l’after-party?

Yann Perreau serait dur à suivre sur les shooters.

On finit par attraper Tire le Coyote avant de se faire déloger par le premier ministre:

Tu as gagné ton premier Félix cette semaine (Album folk de l’année). Il est où en ce moment?

– Là, il est sur l’ilot central dans la cuisine parce que les seules tablettes à la maison sont pas assez solides pour le tenir. Mes enfants se le passent donc ça fait la job pour le moment.

C’est quoi l’item de ta tenue que t’as le plus hâte d’enlever?

– Tout! Mais je dirais le haut surtout.

Qu’est-ce que t’as mangé aujourd’hui?

– On a mangé une pizza au Parvis et un déjeuner au Complexe Desjardins, au Tutti Frutti, c’était très glamour.

Finalement, tous les artistes sont officiellement évincés du tapis pour laisser passer Justin.

Rien à signaler d’autre sur la carpette rouge à part cette fille qui était venue pour se marier. L’histoire ne dit pas si elle a réussi.

La mariée/Photo: Élise Jetté

On se rend donc dans la salle de presse et on révise nos cours de secourisme au cas où on aurait à performer un accouchement:

Une femme enceinte/Photo: Élise Jetté

Le gala commence avec quatre favoris des radios de salles d’attente: Guylaine Tanguay, Maxime Landry, Mario Pelchat et Martine St-Clair. Ils enchaînent à eux seuls des extraits des 39 chansons de l’année des 39 dernières années. Le concept des enchaînements, c’est Trois petits chats avec quelques failles. Le mot qui finit l’extrait nous amène sur le mot qui commence l’extrait. Nous, on aurait préféré Trois petits chats.

Louis-José Houde nous parle de sa nervosité: «Je suis TRÈS TRÈS TRÈS nerveux… Ben non! C’est ma 13e année, j’ai fumé un bat avec 2Frères avant de rentrer. Sont drôles finalement!»

Louis-José Houde/Photo: Élise Jetté

Il explique également que c’est un peu niaiseux de se tromper de côté quand tu sors de scène: «Ça fait 40 ans que c’est côté jardin, potager, les légumes, osti. Regardez ce que font les autres et faites pareil.»

Il juge la propreté des Félix en suggérant que personne n’embrasse sa statuette: «Embrasser un Félix, c’est comme embrasser une poignée de porte au Rockfest le dimanche soir.»

Puis, comme LJ nous parle souvent de sa soeur qui vit à l’étranger et qui lui demande qui sont les artistes d’ici, il nous explique ce qu’il a dû répondre concernant Hubert Lenoir: «Prends Iggy Pop, Joe Bocan et Francis Reddy et brasse très fort.»

Les artistes en nomination dans la catégorie Révélation de l’année y vont chacun d’une perfo. Certains sont convaincants et d’autres non.

Puis, Louis-José remercie Justin Trudeau, dans la salle, pour la légalisation du pot, soulignant que ceci pourrait avoir une influence sur les discours durant la soirée.

Et le prix le moins bien nommé de la soirée est le premier: Adulte contemporain. C’est Pierre Lapointe qui se voit décerner le trophée des grandes personnes pour La science du coeur. Nous, on lui fait remarquer que son album avec les Beaux Sans-Coeur est quant à lui très peu adulte contemporain. Il a l’air d’accord.

Pierre Lapointe/Photo: Élise Jetté

Après la pause, Pierre Lapointe et Galaxie nous proposent un mash-up spectaculaire de leurs oeuvres respectives. Dans nos têtes, musicalement, c’est l’histoire d’un gars en peine d’amour qui décide d’aller à la SQDC et il part sur tout un trip qu’il n’avait pas prévu et finalement termine son buzz sur une bonne petite sieste.

Sans surprise, le trophée de Révélation de l’année est décerné à Hubert Lenoir. «Je suis venu te dire que tu as gagné», nous dira Émile Bilodeau, récipiendaire du même prix un an avant. Et Hubert s’adresse à ceux qui ont toujours quelque chose à dire: «Les gens qui trouvent que je suis différent. On est tous différents. Au nom de la jeunesse, je veux vous dire que vous êtes wacks en esti.»

Hubert Lenoir/Photo: Élise Jetté

«Mon pays, ce n’est pas un pays c’est une pétrolière», dit Yann Perreau à Justin Trudeau avant de décerner le prix d’Album pop de l’année à Hubert.

En parlant des jeunes cools dont il fait partie, Hubert dit: «Y’est trop tard. On est là, on s’en vient vous chercher.»

2Frères/Photo: Élise Jetté

2Frères gagne le trophée de Groupe ou duo de l’année, ce qui permet à Mario Pelchat, pendant un instant, de respirer son gaz égal.

L’Album rap de l’année est celui de Loud qui, comme lors de sa remise de prix de mercredi dernier est en train de vivre le plus beau jour de sa vie comme en témoigne cette photo.

Loud/Photo: Élise Jetté

À noter, aussi, que les gens du rap ont toujours froid. En effet, la gang de Loud monte sur scène avec des manteaux d’hiver. Des garçons frileux!

Isabelle Boulay et Tire le coyote font un maudit beau duo.

Puis, Yvon Deschamps monte sur scène et raconte la fois où Félix Leclerc a vu le trophée pour la première fois: «Je savais pas que j’avais des totons!»

Le Spectacle de l’année interprète est Demain matin Montréal m’attend. La troupe obtient aussi le prix pour la meilleure photo de groupe. Ils sont aussi bien cordés que sur la photo de classe de maternelle de madame Françoise.

La classe/Photo: Élise Jetté

Le Spectacle de l’année auteur-compositeur-interprète est celui de Philippe Brach. Lorsqu’il nomme les gens de son équipe, il fait juste des bruits bizarres. «On dirait que je travaille juste avec des onomatopées», dit-il. en effet.

Philippe Brach/Photo: Élise Jetté

L’hommage à Harmonium fait brailler tout le monde et on nous fait une mosaïque vidéo de type 2002 qui commence avec Céline, mais qui se poursuit avec le peuple sur la toune Un musicien parmi tant d’autres.

Le truc de la longévité selon Serge Fiori: «Faites des tounes de 15 minutes avec des paroles que personne comprend.»

Hubert revient choquer les matantes et Mario Pelchat en avalant la moitié d’un Félix, celui de Chanson de l’année. #deepthroat «J’ai juste de l’amour à vous donner», dira le gagnant à qui il manquera une main:

Hubert/Photo: Élise Jetté

L’Auteur-compositeur de l’année est Philippe Brach. Un peu plus tard, en salle de presse, on s’imagine qu’il va se battre avec Serge Fiori, mais finalement, ils se disent des mots d’amour.

Serge et Brach/Photo: Élise Jetté

L’Interprète féminine de l’année est Klô Pelgag, qui ira de poésie sur scène: «Soyez fous. La musique, c’est pas un concours, ça devrait toujours suffire.»

Comme Klô Pelgag est la seule femme qui a gagné un trophée au gala, dimanche, c’est à elle qu’on a décidé de jaser en salle de presse.

Klô Pelgag et Patrice Michaud/Photo: Élise Jetté

Au moment où on attend pour lui parler, elle est en train d’expliquer à un autre journaliste que son habillement n’est pas un statement:

«Les femmes ont le droit de porter des pantalons depuis 1920! Tout le monde est déguisé ce soir, sauf Philippe Brach, je l’ai déjà vu avec ce chandail-là. Peu importe ce que je mets, les gens vont avoir une opinion. Y’a des femmes qui ont du poil dans le visage, aussi, vous savez! Je voulais avoir du fun. J’ai essayé plein de belles choses, mais rien me faisait rire. J’ai choisi la tenue qui me faisait rire.»

On demande à Klô si c’était un trophée qu’elle voulait avoir, celui d’Interprète féminine de l’année. Si c’était sur sa checklist de vie: «Faut pas toujours s’attendre à être récompensés pour nos efforts. On mérite pas plus un trophée que les infirmières qui font un travail de merde et qui finissent par faire un burn-out d’avoir tout donné. La musique, c’est une grande gestion du cerveau. Il faut se parler à soi-même pour ne pas le faire dans ce but-là, dans le but de gagner quelque chose. Il ne faut pas courir après les trophées. Je voudrais qu’on en donne aux profs qui travaillent dans des écoles pourries. C’est eux les héros.»

L’Interprète masculin de l’année est Patrice Michaud qui s’adresse à ses enfants: «Ils sont toujours contents quand je ramène une nouvelle madame toute nue à la maison.» Il nous dira, en salle de presse que son t-shirt a été mépris pour un chandail de Serge Fiori. C’est Jésus, finalement.

À la fin de la soirée, tout le monde laisse traîner son trophée partout.

Trophée qui traîne/Photo: Élise Jetté

Trophée qui traîne/Photo: Élise Jetté

Comme à chaque année, on trouve une façon de s’inviter à l’after-party. Voici les meilleures phrases entendues là-bas, mais elles demeureront toutes anonymes.

– Quelqu’un a un t-shirt propre pour Émile Bilodeau?

– Je suis pompette, mais écris pas ça dans ton article.

– Y’a pas de bar à bonbons cette année, je suis ben déçu.

– Ils ont mis le DJ dans les airs cette année pour pas qu’on fasse de demandes spéciales.

Claude Bégin cherche Hubert Lenoir, l’as-tu vu?

– Mon bout préféré du gala, c’était Notre-Dame-de-Paris.

– J’ai vu Kaïn près des pad thaï.

– Il y a aucun moyen de recycler les bols en plastique du bar à poutine. Pas écolo ben ben.

– Pouvez-vous mettre du Beyonce au lieu des Cowboys fringants?

Lydia avait mentionné qu’elle voulait passer l’after-party dans un triangle amoureux avec 2Frères. Finalement, elle a passé du temps avec nous et sa gérante Noémie habillée en latex dans le photobooth. C’est un beau prix de consolation.

Photobooth ADISQ

Vous aurez fini par comprendre pourquoi notre article sort 36 h en retard: on s’est couchées à 3 h du matin.

Mais ça valait la peine.

LISEZ  NOTRE COMPTE-RENDU DU PREMIER GALA DE L’ADISQ.

Pierre Lapointe: un homme libéré

Vendredi soir à L’Esco, Pierre Lapointe s’est entouré de ses Beaux Sans-Coeur, mais aussi d’Herby Moreau pour nous présenter une version libérée de sa personnalité. Devant une salle comble, où s’empiétaient quelques fans et plusieurs personnes «du milieu», celui qu’on connaît pour sa poésie et ses douces mélodies a plutôt vanté les mérites du sexe anal sur des airs rock n’ roll.

Photo : Laurent Champoussin vis Facebook / Pierre Lapointe

Je connais L’Esco de fond en comble, ou presque. On pourrait même dire que j’y ai grandi. Mais ce soir, le bar me paraît inconnu.

Au plafond, des centaines de guirlandes rouges, bleues et blanches se croisent d’un mur à l’autre. Sur la scène, des pompons de mêmes couleurs couvrent les instruments. Dans la pièce, aucun itinérant n’est présent. Me serais-je trompée d’endroit?

Non, je suis bel et bien au coin de Mont-Royal et de Saint-Denis, à quelques pas du feu Amir. La présence d’un artiste de catégorie A a cependant déguisé le sous-sol de quelques mètres carrés en salle de spectacle plutôt distinguée. Si Pierre Lapointe souhaitait vivre une expérience rock underground, l’objectif sera difficilement atteignable. Les véritables adeptes de L’Esco n’ont pas de réel intérêt pour la mise en scène sophistiquée ni l’habitude de se procurer des billets à 30 $.

Ce bar-spectacle partage cependant beaucoup plus de points communs avec le rock garage que l’anthologique Étoile Dix-30. Le chanteur d’Alma à l’accent français sort inévitablement de sa zone de confort avec ce projet musical, qui a donné naissance à l’album Ton corps est déjà froid. Cet exercice hors du commun met en lumière l’intelligence de Pierre Lapointe. Malgré son succès, le propulsant depuis quelques années entre Paris et Montréal, il a décidé de se challenger, et cela, c’est tout en son honneur.

En dévalant les quatre marches du sinistre Escogriffe, je présente néanmoins certaines réserves. À mon sens, cet opus de douze pièces, que j’ai écouté à quelques reprises avant d’arriver, est particulièrement inégal. À l’instar de quelques chroniqueurs musicaux, je suis loin de louanger cet album que je juge beaucoup trop produit pour le style souhaité. Je considère que Ton corps est déjà froid se situe, certes, quelque part entre l’Étoile Dix-30 et L’Esco, mais un peu plus vers le Nord.

Le grivois Pierre Lapointe réveille certains stock-ups

Le spectacle prend du temps à s’activer. Pendant les dix premières minutes, les Beaux Sans-Coeur interprètent les quatre mesures de la pièce titre de l’album, Ton corps est déjà froid, qui équivaut au Décompte, la dernière pièce de l’album. Le public hoche discrètement la tête, alors que moi, je bouge déjà comme s’il n’y avait pas de lendemain, et ce, malgré les regards remplis de jugement. (#livingyoungnwildnfree)

La représentation prend forme lorsque Pierre Lapointe arrive sur scène, vêtu, comme ses musiciens, d’un ensemble blanc paré de franges. Avec son style un peu cow-boy, il interprète la chanson maîtresse de l’album. L’impressionnante assurance du chanteur, mariée à sa voix aussi ténébreuse que sensuelle, me secoue. Je me sens tout à coup extrêmement chanceuse de prendre part à cet évènement. Après tout, cet artiste est un monument.

Le public restera très stoïque pendant l’heure, même si je tente d’entamer un mouvement, ou plutôt un moshpit. Herby Moreau décide même de quitter la salle après seulement quelques pièces. C’MON HERBY!

Je me surprends finalement à kiffer grave. Le projet «bulle» de Lapointe et des Beaux Sans-Coeur s’anime véritablement en version live. Plusieurs des pièces sont en fin de compte d’incontestables vers d’oreille et surtout, beaucoup plus garage sur scène. J’aime particulièrement Sous ses cheveux et Chienne Chimère. Les reprises «punk» de La sexualité et Je déteste ma vie, en rappel, sont de vrais bijoux.

Les interventions grivoises de Pierre Lapointe ponctuent avec justesse la soirée. Dans ses spectacles antérieurs et même dans La science du coeur, dont la tournée se poursuit actuellement, on décèle l’humour de l’artiste. Ce soir, il le confirme, notamment avec la dédicace de La voix d’un homme: «Pour les futurs enculés du Québec», lance-t-il après avoir vanté les mérites du sexe anal aux hommes, qu’ils soient hétérosexuels ou homosexuels. Ah! Enfin, je retrouve mon Esco adoré.

Mon cynisme s’est finalement dissipé. J’ai tellement aimé ma soirée que j’ai acheté une broche à l’effigie de Pierre Lapointe pour mettre sur mon coat de jeans. À mon sens, il a manqué de scream et de body surfing. Par contre, avec l’impassibilité des gens présents, cela n’aurait sans doute pas été une bonne idée.

J’ai bien hâte de voir où cette bulle le mènera. Somme toute, je le félicite pour son audace. Mais bon, il en a sûrement rien à faire que Laurence Godcharles le complimente.

Le buffet : Pierre Lapointe flotte dans ses Alphabits

Chaque semaine, on vous envoie la dose de nouveautés locales qui ont potentiellement passé sous votre radar la semaine passée. C’est un gros buffet à volonté avec plein d’affaires: servez-vous.

10/10 pour le côté éducatif, mon Pierre, mais tu peux compter sur moi pour ne pas présenter ton Alphabet à un enfant. «C, toi ô blanche cocaïne», c’est pas nécessairement une rime adéquate pour mon poupon.

Faut pas travailler trop trop fort pour produire un gros hit quand on s’appelle Jérôme 50 (aka Jérôme Saint-Kant, aka Jérôme Charette-Pépin).

On est vraiment très ok avec l’idée que Mon Doux Saigneur devienne un pilier du néo-yacht rock québécois. Faut juste que ce mouvement se développe. Allez la gang, on sait que vous pouvez. Écoutez comme Tempérance, c’est du bonbon.

Meditations I est le premier de trois EP par FOXTROTT, mais on sait pas si les autres vont être Meditations II et Meditations III.

On s’est fait voler tous les jeux de mots pour annoncer la toune C’pas les raisons qui manquent de Simon Kearney vu qu’on était aux Francos (ex: «C’PAS LES RAISONS QUI MANQUENT POUR ÉCOUTER CE CLIP»).
Pour vrai, c’est full cruel :'(

Carl-Éric Hudon ne danse pas, mais toi tu peux en écoutant ses tounes sur le EP qui s’appelle environ de même.

C’est la saison où les abandons d’animaux se font fréquents. On vous rappelle que ce sont des êtres vivants. Si jamais vous oubliez, regardez ce clip de Thierry Bruyère.