ADISQ 2020: survivre à la grande dépression

J’espère que je ne recevrai pas de poursuite d’un regroupement de profs d’histoire en nommant ce qui suit la grande dépression. Et attendez-vous à être déprimés durant votre lecture. Je vous rapporterai quelques moments cocasses pour casser la tristesse ambiante, mais je ne sais pas si ça va être assez. Ça fait longtemps que l’ADISQ est mon moment musical préféré de l’année. Je m’ennuie des années où ma seule déception était celle de ne pas voir mes artistes favoris remporter les Félix. En 2020, ça fait plus mal que ça.

On ne fera pas comme si on n’avait pas passé l’année devant notre écran. Les photos de ce texte sont toutes les photos de ma télé. Quand les choses se passent dans l’écran, il faut parfois se résigner à capturer l’essence même du climat dans lequel on vit. Et c’est peut-être même une mise en abyme que d’illustrer cet article sur le Premier gala et le Gala de l’ADISQ à l’aide de photos de cadrage de télé. Une œuvre dans une œuvre où l’on parle des œuvres de l’année…

Le Premier gala de l’ADISQ

«Il n’y a pas de collègue, pas de public, on n’est pas en direct», nous annonce d’emblée l’animateur Pierre Lapointe muni d’une tenue on ne peut plus au point: moi aussi devant l’imminence de la fin du monde je voudrais qu’on me vêtisse d’objets contondants pour me défendre.

En symbiose avec l’année qu’on vit, l’introduction du gala nous montre une série d’artistes en nomination qui parlent à leur téléphone on qu’on nous sert en montage pixélisé au son inégal. «Moi j’fais pas de musique par exemple», dit  Yannick De Martino, nommé pour Spectacle de l’année – Humour. Inquiète-toi pas, Yannick, on est plusieurs, depuis plusieurs années à se demander pourquoi les Olivier sont invités à l’ADISQ!

Le numéro d’ouverture nous montre le groupe Salebarbes et on a la confirmation que, si on avait été invités, on n’aurait pas été déçus par rapport aux cheveux de Jonathan Painchaud.

Les Hay Babies se joignent à la partie avec les tenues les plus cool qu’on n’a jamais vues de notre vie. L’Internet nous apprendra plus tard que les tenues, elles les ont cousues elles-mêmes. J’ai juste une question, ici: les filles, je peux-tu être une Hay Babies moi aussi? 

C’est toujours avec son adéquate tenue de brontosaure que Pierre Lapointe nous parle de l’augmentation de l’offre des spectacles en Facebook live durant les 8 derniers mois, une offre qui est, selon moi, l’équivalent médical d’un diachylon de Spiderman sur une fracture ouverte de la hanche.

Pierre prononcera aussi les mots que tout le monde va dire et redire en cherchant un sens, en se demandant s’il y en a vraiment un: «notre industrie est à rebâtir».

Et c’est le début de ce que j’appellerai le constat «L’Amérique pleure, pis c’est vrai!» avec le premier trophée décerné aux Cowboys fringants, pour Antipodes, l’Album meilleur vendeur de l’année.

C’est autour d’un feu de camp qui est loin d’être assez chaud pour réchauffer l’âme de la culture Québ que le groupe procède à des remerciements standards. 

L’Album traditionnel de l’année est celui de Salebarbes: Live Au Pas Perdus

On est toujours satisfaits du cuir chevelu de Painchaud et que dire de la moustache à deux étages?

En regardant la salle du Corona où le house band s’exécute, pas de public, je ne peux m’empêcher de dire «bon enfin de la place pour montrer le house band». Sont toujours cachés dans le noir, en arrière d’un décor de Moment Factory, mais LÀ, c’est leur moment. Bravo.

C’est Dominique Fils-Aimé, récipiendaire du prix d’Album Jazz de l’année 2019, qui vient remettre le prix 2020.

C’est Jacques Kuba Séguin et son album Migrations qui l’emportent! Dans sa vidéo de remerciement, il dit: «merci à mes enfants, surtout à ma grande fille Ella». Donc les enfants, si papa vous a toujours dit qu’il n’avait pas de préféré, c’est ici que vos rêves cassent en morceaux. 

«On a été testés par les évènements», dit Jacques. Nous, on espère juste que t’as pas été testé COVID positif.

Le Spectacle de l’année interprète est celui de Véronic Dicaire qui reçoit étonnamment son premier Félix en carrière. Elle parle des 27 personnes qui la suivent en tournée tout le temps. De mon côté, je m’adresse aux 27: «ça roule la PCU?»

L’Album ou DVD de l’année Jeunesse est remis à celui qui ne change jamais de chapeau, mais on espère au moins qu’il le lave de temps en temps: Arthur L’Aventurier et L’aventure au bout du monde en Australie. Une chose est sûre, avec cette vidéo pour enfant, il a visé juste. Si on peut pu jamais aller nulle part, on va au moins aller en Australie avec Arthur. C’est tout ce qu’il nous reste.

Son remerciement contient la phrase que j’ai toujours haïe, mais que j’haïs encore plus en 2020: «Merci la vie».

Depuis le début du texte, je vous épargne quand même pas pire en termes de dépression, mais je dois mettre quelque chose au clair tout de suite: Le Premier gala de l’ADISQ nous montre durant toute la soirée, de petites entrevues avec des artistes d’ici qui nous racontent leur tristesse de ne plus faire de show, leurs remises en question, leurs idées folles de s’ouvrir une boulangerie, un potager urbain ou un magasin de vélos. Tout le monde a l’air d’amorcer sa quatrième saison de dépression saisonnière. Des bands nous disent qu’ils ne se sont même pas vus entre eux, séparés par des zones rouges, jaunes et oranges. Confinés dans les univers virtuels respectifs où les jams ne sont jamais vraiment des jams.

Ça pourrait être déjà assez triste de même, mais les pubs entre les remises de prix, c’est: la fille qui est partie en ambulance pour sa COVID le jour de sa fête, une madame qui a besoin d’une prescription pour ses infections urinaires chroniques, un gars qui tripe tellement sur le porc du Québec qu’il réveille sa chum en pleine nuit comme un sociopathe pour avoir la recette, un couple qui se sépare et qui pleure devant sa fille alors que toute la petite famille marche «sur des œufs» (mais pour vrai là! LE PLANCHER, C’EST DES ŒUFS) pour donner vie à la métaphore «marcher sur des œufs» de la manière la plus triste jamais vue. 

Miro et Sarahmée nous font une prestation agréable. Si l’humeur était à -4, on est rendus à 2 sur une échelle de 1 à Luc Senay.

Corridor s’est fait voler le trophée d’Album rock de l’année qui est rentré à la maison avec les Cowboys fringants pendant que l’Amérique pleurait de cette situation.

Mon seul point dans mon pool de l’ADISQ pour cette soirée-là, je le dois à la talentueuse Alexandra Stréliski qui est l’Artiste québécoise ayant le plus rayonné hors Québec. En guise de remerciement, elle nous sert une vidéo triste où on la voit se balader avec Inscape, son album, dans des rues européennes désertes. C’est ça, en 2020, rayonner à l’étranger. En termes de tristesse, cette scène arrive juste après celle où Kate laisse tomber Léo dans l’eau glaciale en gardant le radeau de fortune pour elle. 

Charles Richard Hamelin remporte son cinquième Félix avec celui de l’Album de l’année Classique soliste et petit ensemble: Chopin – ballades et impromptus.

L’Album de l’année Classique orchestre et grand ensemble est Pulsations d’Angèle Dubeau et la Pieta. «C’est mon 44e album», déclare-t-elle sans dire son âge.

Nomadic Massive monte sur scène juste avant que Flore Laurentienne perde le Félix d’album instrumental de l’année aux mains de Gregory Charles, ce qui suscite chez moi l’envoi de ce genre de message:

Comme j’attends Noël depuis le début de la pandémie (c’est la seule fête qui me rattache encore à un semblant de magie), je suis ravie qu’Isabelle Boulay gagne le Félix d’Album de l’année – Réinterprétation pour En attendant Noël.

L’Album de l’année autre langue est celui de Nikamu Mamuitun et si jamais vous n’avez pas entendu la chanson Tout un village, il faut remédier à ça maintenant, pleurer un peu et se ressaisir comme on peut après.

Pierre présente des prix devant le Mac – sûrement habillé par le MAC aussi, c’est de l’art, ça – avec Roxane Bruneau.

L’Album de l’année country est celui de Patrick Norman qui remercie plein de monde d’être venu à Nashville. Si t’es dans l’industrie pis que t’as pas été invité à Nashville par Pat, je t’invite à te poser des questions.

Le spectacle de l’année Humour est celui de Sam Breton, puis une bourse de 5000 $ est remise à l’un des artistes détenant sa première nomination cette année. On connaissait pas mal tout le monde sur la liste, sauf les gagnants: Le Diable à Cinq.

Le symptôme dépressif s’accentue lors de la pause publicitaire suivante avec des gens habillés en jaune pour parler de beurre de peanut. Je sais que les temps sont durs, mais sont payés combien? Écrivez-moi si vous savez.

Zal Sissokho repart avec le Félix de l’Album de l’année Musique du monde et Elisapie remporte celui du meilleur Spectacle autre langue.

Vous pouvez maintenant détourner le regard si les rencontres Zoom commencent à vous faire vomir dans votre bouche un petit peu. Le Spectacle de l’année anglophone est celui de Patrick Watson qui est présent avec sa gang: unis, mais séparés. 

Comme si l’état psychologique collectif en chute libre avait besoin d’un autre Zoom.

C’est sûrement pour faire remonter l’indice de bonheur des Québécois que P’tit Belliveau arrive. Dans sa vidéo de pandémie, après sa perfo, il dit – deux fois plutôt qu’une – qu’il vit sa vinaigrette. Merci man.

Alicia Moffet et Fouki viennent chanter pour les 18-24, puis le Zoom de Patrick Watson revient avec le prix d’Album anglophone de l’année.

Des feux pour voir de Marie-Pierre Arthur est sacré meilleur album Alternatif de l’année et Choix de la critique.

Entre deux remises de prix, Fouki nous dit que 2020, c’est comme tomber dans une bouteille d’alcool fort que tu ne connais pas, mais tu passes à travers quand même et le lendemain tu ne te souviens de rien. À date, je n’ai trouvé personne qui a eu une meilleure idée que lui.

Alors que les vidéoclips inventifs ont déferlé sur nous plus vite que la COVID l’aurait fait au Bal en Blanc, c’est pourtant un clip qui nous montre une danse en ligne dans un bar de campagne qui a remporté le Félix de Vidéoclip de l’année. L’Amérique pleure, pis c’est vrai.

LISEZ NOTRE ARTICLE PRÉ-ADISQ INTITULÉ «COVID-19: 10 affaires qu’on ne verra pas à l’ADISQ cette année parce qu’on regarde ça à distance» 

Le Gala de l’ADISQ

On a surnommé le gala du dimanche le festival du follow spot sur les toits de Montréal, du moins pour l’ouverture du gala durant laquelle toutes les lumières et les drones de la ville avaient été sollicités. De toute façon, il ne se passe rien d’autre ces temps-ci alors l’ADISQ avait le premier choix.

Louis-José Houde fait son numéro d’ouverture dans un studio de Radio-Canada devant un public aussi nombreux qu’à une messe du dimanche en ces temps où l’astrologie a remplacé la religion. 

Il ne nous présente pas pour autant un numéro approuvé par le clergé, lançant des flèches à tous ceux qui ont été dans les médias pour les mauvaises raisons durant l’année. «Bon qui qui reste? Ceux qui ne sont pas en prison, faites du bruit», dit-il avant de mentionner qu’il pensait être seul avec Renée Martel ce soir étant donné les délits commis en 2020 par les artistes d’ici. «Ce soir, y’aura pas d’hommage aux grands disparus. Sont tous vivants», mentionne-t-il également étant donné que les disparus sont disparus pour des raisons légales et ne sont pas morts, comme dans le bon vieux temps.

«J’ai dit oui pour animer le gala le 12 mars. Je ne pensais pas que ça finirait en PowerPoint», dit Louis-José devant une poignée d’artistes en dépression.

«Les gens veulent faire l’amour, c’est la tendance», dit-il ensuite en faisant des jokes de graines. Émile Bilodeau a l’air de dire «iiiiii va pas là».

Steven Guilbeault, nous fait son petit message de ministre et on réalise qu’il est fatigué comme nous tous. C’est pas comme si le Patrimoine canadien était si prenant ces temps-ci, Steven! Dors un peu!

Louis-Jean Cormier, désormais porteur de chapeau, nous interprète Je me moi, une chanson d’actualité puisque la pandémie nous a inévitablement menés à un repli sur nous-mêmes.

Le premier prix est remis à KNLO pour le meilleur album rap de l’année et tout le monde a un petit malaise cardiaque quand il reste à sa place. Eh oui! Les remerciements se font directement à la chaise du gagnant cette année. KNLO fait des salutations à tout le monde, même à La Mauricie.

Au retour de la pause c’est Marie-Pierre Arthur qui vient chanter Tiens-moi mon cœur et sa perfo est covid-friendly et demeure en mode bulle familiale : c’est son fils qui danse.

Louis-José y va d’un petit numéro sur la deuxième job que pourrait occuper chaque artiste: «Lisa Leblanc, elle pourrait être n’importe quoi pis ça serait l’fun. Broder un napperon, changer ta fournaise. Je la truste dans toute. C’est l’inverse de Kaïn. Eux j’les truste dans rien. C’est sûrement des bonnes personnes, mais ça m’a pas l’air porté sur le deadline

Robert Charlebois vient présenter le prix d’album Adulte contemporain. Il en profite pour dire à Louis-José qu’il le trouve drôle avec cette expression, jamais entendue avant, que l’on va désormais adopter: «Tu me fais pacter».

Assez troublant, dans cette catégorie, d’entendre back à back Yé midi kek part de Kaïn, puis Tatouage de Pierre Lapointe. On ne s’imagine pas que c’est possible comme adversaires. 

C’est le rebaptisé «Jean-Louis Cormier» qui gagne.

Eli Rose et Marc Dupré nous proposent un duo improbable, puis Louis-José fait des jokes sur la consommation de drogue des artistes, notamment en leur annonçant que la cocaïne coûte désormais trop cher pour leur budget en mode PCU.

L’Album folk de l’année est L’étrange pays de Jean Leloup.

Après, je me demande vraiment pourquoi la Révélation de l’année est présentée par Mazda. T’as pas de char quand t’es Révélation de l’année.

Installée en mode «piano bar» sur un piano de plus de deux mètres de long pour respecter les règles, la Révélation de l’année 2003 Ariane Moffatt présente un numéro d’intro avec Louis-José puis c’est la Révélation 2019, Alexandra Stréliski qui présente Eli Rose, la gagnante, qui est surprise pour vrai et qui se vide de ses larmes sous les recommandations d’Alexandra qui la réconforte à l’autre bout de la salle, à une distance de type «autre indicatif régional téléphonique».

L’Album pop de l’année est celui de Marc Dupré. On a ensuite droit à une bonne pub sur la gestion de patrimoine avec un homme pour qui c’est une passion, la gestion de patrimoine.

On apprend aussi qu’il est possible de louer un chauffe-eau.

Puis le meilleur numéro de 2020 est celui présenté par Anachnid, Flore Laurentienne et Matt Holubowski. Un trio bien pensé et bien distancé comme seule 2020 est capable de le faire.

Louis-José rit du mot «RÉINVENTER» avec raison, alors qu’on a passé les huit derniers mois à regarder les shows les plus tristes au monde sur Internet.

Robert Charlebois repart avec le Félix du meilleur Spectacle auteur-compositeur-interprète. «Avec Ben Dion, adieu les problèmes de son», dit-il pour remercier son soundman. J’aimerais ça le rencontrer, Ben. Il remercie également Louise Forestier. «Louise, 50 ans d’amitié! La prochaine fois qu’on va chanter La fin du monde, ça va être une chanson bubble gum comparé aux horreurs qui nous affligent.» En fait, il aurait probablement été plus adéquat de dire: la prochaine fois qu’on va chanter La fin du monde, ça va l’être pour vrai.

Je me demande si ce Félix pourra être remis l’an prochain même si on aura eu 4,7 semaines de shows au total durant l’année et aucune véritable tournée.

On a ensuite droit à une pub de vin d’épicerie et à une autre pub qui nous montre une fille qui fait du lavage, mais que son linge pue pareil. Le clou du spectacle publicitaire: une pub de fuites urinaires qui a jouée six fois durant la soirée. Rien pour te permettre de fuir tes problèmes…

La vie d’écran, ça permet de faire un medley de Pauline Julien, au siècle dernier, qui chante avec Pierre Lapointe aujourd’hui, puis Isabelle Boulay, sur scène, qui chante avec une Monique Leyrac en noir et blanc.

Profiter du fait que notre vie est désormais virtuelle pour faire un medley qui mêle deux siècles différents: je dis oui.

Kent Nagano présente le prix Artiste autochtone de l’année en mode vidéo dans une pièce avec autant d’écho qu’un sous-marin. Elisapie l’emporte et fait un touchant discours qui est le seul que le chronomètre sonore ne coupera pas.

La Chanson de l’année est L’Amérique pleure des Cowboys fringants. Le groupe nous livre le mensonge du jour dans ses remerciements: «Merci d’avoir joué nos tounes à la radio et beaucoup de musique Québ durant toute l’année». NOPE.

On assiste ensuite à l’une des pubs les plus tristes depuis celles des banques alimentaires: une pub de banque avec Deux par deux rassemblés de Pierre Lapointe version piano en noir et blanc qui nous montre des travailleurs de divers milieux qui ne vont pas s’en sortir durant la crise sanitaire.

L’Auteur-compositeur de l’année est Louis-Jean Cormier, le Groupe de l’année est Les Cowboys fringants

Isabelle Boulay, qui était là pour le numéro avec Pierre Lapointe plus tôt n’est pas là pour la remise du prix d’Interprète féminine de l’année dans laquelle elle est nommée.

ÉTAIT-ELLE EN HOLOGRAMME TANTÔT? Ou est-elle allée se coucher avant sa catégorie?

C’est la grandiose Alexandra Stréliski qui remporte la statuette. «J’ai trop bu de Bulles de nuit», dit-elle comme si elle était à O.D. à l’autre poste. Elle aborde une fois de plus la douceur, parce que c’est pas mal juste ça qu’il nous reste cette année. «J’ai hâte de vous revoir à côté de ce cauchemar», ajoute-t-elle. Nous aussi.

Émile Bilodeau est l’Interprète masculin de l’année et il fait son discours, écrit sur une feuille quadrillée sans lever les yeux. Voyons, Émile! T’as pas appris ton exposé oral!

Il termine par «Vive le Québec libre!» pour faire plaisir à sa date: son petit frère, mais aussi, avouons-le, pour se faire plaisir à lui-même. Et en cette année sans plaisir, qui serions-nous pour juger ce comportement?

Louis-José Houde termine avec la phrase la plus 2020 possible: «Y’a tellement de Purell dans’ place que tout le monde est stérile».

À l’image de la musique durant la dernière année, l’ADISQ était là malgré tout. Mais les trous dans la salle, semblables aux trous dans les salles de spectacles (lorsqu’elles sont ouvertes) nous amènent à croire de moins en moins à de plus en plus de choses. Les derniers VRAIS shows, non-distancés, qu’on a vus au début du mois de mars dernier nous semblent déjà anachroniques. Approcher les autres, sans masque, que ce soit pour dire bonjour ou pour faire un mushpit, est une idée complètement déjantée, illusoire et probablement passible d’une amende. 

La musique est la solution à beaucoup de sentiments négatifs. Espérons qu’elle saura nous faire passer à travers la grande dépression.

Longue liste du Polaris 2020: ENTREVUE avec la directrice du Prix Claire Dagenais

La longue liste du Prix de musique Polaris a été annoncée ce midi. La nouvelle directrice générale du prix Claire Dagenais, qui a commencé son mandat en mars dernier après avoir travaillé auprès du fondateur Steve Jordan durant dix ans, était accompagnée de 40 artistes nommés dans les années précédentes afin de révéler les 40 albums préférés du jury.

Claire Dagenais, directrice générale du Prix Polaris

On a jasé avec la nouvelle queen du Polaris la semaine dernière.

Comment s’est passée la transition de ton ancien poste vers celui de QUEEN du Polaris?

Je ne sais pas si je m’appellerais la queen (rire). Steve m’avait informée qu’il allait partir et comme j’ai été la première employée, il voulait que je prenne les rênes. J’ai une intuition assez forte quand on doit prendre des décisions importantes et je suis toujours ouverte aux initiatives de parités. J’ai beaucoup contribué au recrutement de juges lorsqu’on a voulu essayer de se rapprocher d’une parité homme-femme, entre autres.

Qu’est-ce que la pandémie a changé dans le processus menant à la liste?

Il a fallu que je garde mes anciennes tâches et que je prenne le rôle de leader en même temps, parce qu’on n’a pas eu le temps d’engager. C’est moi qui prends les décisions finales dans l’organisation, mais je ne suis pas quelqu’un qui croit tout connaitre. J’écoute le jury, j’écoute les experts. Et le jury a vraiment écouté la musique autrement cette année. C’est difficile d’écouter la musique pour ce qu’elle est sans les évènements sociaux qui l’entourent. 

Qui sont ces gens qui ont choisi les 40 albums cette année?

Toi! (Rire) Ça fait quelques années que tu es là! Il y a des nouveaux venus, mais je tiens à souligner le travail des jurés qui reviennent année après année. Ils sont vraiment dévoués, les discussions sont intenses, mais respectueuses et bien recherchées. J’apprends beaucoup à propos de la musique en écoutant et en lisant les suggestions. C’est vraiment une source de découverte axée sur la communauté. Je suis toujours impressionnée par le niveau d’éducation des membres du jury, voir comment les gens écoutent et comprennent les albums et tout ce qui en ressort. Ils sont 201 personnes dans tout le pays. Ils viennent de différents milieux et ils ont des goûts différents. Au total, ils ont proposé 223 albums. J’ai tellement confiance quand j’écoute le jury.

Comment décrirais-tu la liste dévoilée aujourd’hui?

Si on compare la Longue liste d’il y a dix ans à celles qu’on a depuis quelques années, il y a un changement dans l’ambiance générale, les choix sociaux que le jury fait. Au-delà d’aimer ou non un artiste ou un album, j’aime que les membres se questionnent sur les raisons pour lesquelles ils donnent de l’importance à un artiste ou à un autre. Cette année, comme dans les années passées, la musique est une réflexion sur la vie et sur la culture, mais au bout du compte, tous les choix sont des bons albums, et les choix 41 à 80 auraient autant pu faire partie de la liste. Il y a quelque chose pour tout le monde. Chaque personne a au moins un album sur la Longue liste qui va pouvoir devenir son préféré. En contrepartie, si quelqu’un aimait la liste au complet, ça voudrait dire qu’on aurait mal fait notre job.

Comment la remise du grand prix aura-t-elle lieu à l’automne?

On veut vraiment prendre le temps d’organiser quelque chose de spécial pour faire honneur à chaque album et que les 10 artistes de la Courte liste puissent avoir leur moment de gloire pour qu’ils rayonnent auprès du plus grand auditoire possible. Même si les mesures sanitaires vont nous empêcher de faire un gala, on est en train de trouver une manière responsable de faire briller nos artistes.

Voici la Longue Liste des nommés 2020

Allie XCape God

AnachnidDreamweaver

AquakultreLegacy

Marie-Pierre Arthur – Des feux pour voir

BackxwashGod Has Nothing To Do With This Leave Him Out Of It

Badge Époque EnsembleBadge Époque Ensemble

BegoniaFear

P’tit BelliveauGreatest Hits Vol. 1

CaribouSuddenly

Daniel CaesarCASE STUDY 01

Chocolat – Jazz engagé

Louis-Jean Cormier Quand la nuit tombe

CorridorJunior

dvsnA Muse In Her Feelings

Jacques GreeneDawn Chorus

Sarah HarmerAre You Gone

Ice Cream FED UP

Junia-TStudio Monk

KaytranadaBubba

Flore LaurentienneVolume 1

Cindy LeeWhat’s Tonight To Eternity?

Men I Trust Oncle Jazz

Nêhiyawaknipiy

OBUXUMRe-Birth

Owen PallettIsland

PantayoPantayo

Lido PimientaMiss Colombia

Joel Plaskett44

William PrinceReliever

Jessie Reyez BEFORE LOVE CAME TO KILL US 

Riitataataga

Andy ShaufThe Neon Skyline

Super Duty Tough WorkStudies in Grey

U.S. GirlsHeavy Light

Leif VollebekkNew Ways

WaresSurvival

The WeekndAfter Hours

WHOOP-SzoWarrior Down

Witch ProphetDNA Activation

Zen BambooGLU

La Courte liste (10 albums) sera dévoilée le 15 juillet.

Revoyez le dévoilement ici:

50 nuances de Marie-Pierre Arthur

Marie-Pierre Arthur

Des feux pour voir

Simone Records

****

Quand on pense à Marie-Pierre Arthur on pense au folk, à la pop, à des textes sensibles et à une voix enveloppante. Tout ce qu’on retrouve et bien plus dans Des feux pour voir. Sur ce quatrième album, paru le 24 janvier dernier, on entend l’affranchissement. On sent aussi une prise de risques, qu’on devine savamment calculés.

Marie-Pierre Arthur est une artiste grégaire, même si cela fait une décennie qu’elle s’est lancée en mode solo. Chacune des pièces – il y a en a huit sur ce dernier opus – est une courtepointe où le texte, la composition et les arrangements sont une oeuvre plurielle. Des feux pour voir est coréalisé par François Lafontaine, sa tendre moitié, Samuel Joly et elle-même. Les textes sont encore une fois cosignés par Gaële, qui est apparement le deuxième hémisphère de son cerveau d’écriture, mais Laurence Nerbonne, Émilie Laforest et Louis–Jean Cormier y ont également contribué. 

La pléthore d’artistes ayant collaboré à l’album explique comment l’autrice-compositrice-interprète arrive à nous amener à tellement d’endroits variés en si peu de pistes. Ça sonne funk, psyché, prog, new wave et grungy. 

On passe aisément du mode taper du pied à danser en pleine rue, tout en étant constamment ému.e. Et le tout culmine en une respiration, qu’on retient un peu, avant de s’abandonner. Puis on met l’album sur repeat, pour tenter d’en prendre la pleine mesure.

Petite-Vallée 2018 JOUR 1: 18 ans et plus… y’a de la boisson

La route 132 n’a plus de secret pour nous: on a roulé toute la journée, hier, pour se rendre jusqu’à Petite-Vallée, en Gaspésie, pour le début du Festival en chanson. Sur la route, rien de digne de mention hormis l’inextricable histoire océanique qui nous captive: à un moment donné durant le périple, le fleuve est devenu salé. Merci Pêches et Océans Canada.

Pas que ça de fascinant… Également sur la route, un village nommé Manche-d’Épée. On imagine la conversation:

– Ouin, je viens de me partir un village, j’aime ben mon épée.

– Ha ouin, tu devrais nommé le village Épée.

– Je sais pas, j’aime ben les traits d’union aussi.

– Manche-d’Épée?

Sinon, un arrêt à la Maison du spaghetti, à Rimouski, nous permet de découvrir quelques bijoux dont cette pub de Nez Rouge mettant en vedette Louis-José Houde:

Louis-José/Photo: Élise Jetté

On passe aussi par un vignoble, parce qu’en campagne, les vignobles, c’est une richesse naturelle.

Un vignoble/Photo: Élise Jetté

Une fois à Petite-Vallée, le premier chapiteau qui nous accueille est celui de Grande-Vallée où les 300 enfants de la chorale de la Petite école de la chanson sont réunis pour nous faire brailler de beauté pendant deux heures.

Avant ça, la ministre de la Culture Marie Montpetit vient droper 6,5 millions pour reconstruire le Théâtre de la Vieille Forge.

Pauline Marois vient également nous raconter un voyage d’enfance en Gaspésie et elle nous dit que ses amis politiciens ont sorti leur monnaie aussi pour ce grand chantier.

Je pense qu’ils vont avoir assez de sous pour reconstruire, finalement, mais ils économisent quand même:

Économies/Photo: Élise Jetté

Tout le spectacle se déroule bien pour les enfants, sauf quelques-uns qui ont très chaud et qui font des signes comme s’ils allaient perdre connaissance. À la tête de la chorale, Danielle Vaillancourt fait un travail colossal de gestion: avez-vous déjà fait ça, gérer 300 enfants en même temps juste en bougeant les bras?

Les beaux/Photo: Élise Jetté

Les enfants sont spectaculaires et on souhaite les adopter dès leur première toune, particulièrement ceux qui n’ont pas de palettes, ceux qui n’en peuvent plus de leur t-shirt et ceux qui baillent.

Mes préférés/Photo: Élise Jetté

Mes préférés/Photo: Élise Jetté

Mes préférés/Photo: Élise Jetté

Marie-Pierre Arthur et Louis-Jean Cormier se joignent aux festivités à la toute fin, Marie-Pierre reprenant le flambeau de Steph Boulay, l’an dernier, qui avait du mal à parler, émue. L’entièreté de la salle peut relate: tout le monde braille depuis le début du show.

Marier-Pierre Arthur/Photo: Élise Jetté

Au moment d’entrer au chapiteau de la Vieille Forge, on est ébahis: c’est la Cadillac des chapiteaux! Notre entrée dans la zone Théâtre, où Hubert Lenoir chantera, est accompagnée par la toune I Drove All Night de Céline.

Alan Côté, le grand manitou du Festival, demande à la foule de lui fournir la liste de commanditaires: «Avez-vous votre programme? J’ai oublié la liste pis je me rappelle juste de Québécor pis Sirius XM.»

Alan/Photo: Élise Jetté

Il nous présente également la bière officielle de l’évènement et on en profite pour y goûter. C’est ben bon.

Bière/Photo: Élise Jetté

Dans la petite salle de fortune, tout est aménagé comme dans le feu Théâtre: une zone de danse au centre et des tables et chaises sur les côtés. L’émotion est palpable chez tous ceux qui n’en sont pas à leur premier festival.

Les spectateurs, une centaine de personnes, ont plein de place pour danser et il y a une bonne vibe d’école primaire: beaucoup de minis humains très excités de rencontrer le «Le Bowie du Québec », tel que nommé par Alan. La maigre foule n’empêchera pas Hubert de faire du bodysurfing (sur deux personnes).

Hubert Lenoir/Photo: Élise Jetté

Pendant le spectacle, Lou-Adriane Cassidy, qui fait partie du band d’Hubert en plus de poursuivre sa carrière solo, sort une bouteille en plastique et on pense pendant un instant qu’elle boit du lait.

Lou/Photo: Élise Jetté

C’est toutefois un instrument de musique de fortune.

Hubert offre une danse aux tables à quelques madames choyées.

Hubert Lenoir/Photo: Élise Jetté

Puis, il se verse sur la tête quelques bières prises dans la foule. La normale.

On aurait pu imaginer que le spectacle serait plus dépouillé que celui du Club Soda il y a deux semaines, par contre, les trous béants au parterre ne font que décupler l’énergie titanesque du chanteur.

Après une toune, son micro est brisé: il arrête pas de tout lancer. Il sonde la foule: «Vous venez presque tous de Montréal? C’est facile de venir de Montréal.» C’est vrai.

Il parle de pénis et d’identité sexuelle devant les enfants. Puis il s’élance avec sa nouvelle toune, un témoignage de son passage à la télé et du regard des autres sur lui. «À moitié garçon, à moitié fille ou à moitié mort», dit-il. Un futur succès.

En présentant son band, Hubert parle de son pianiste qui «fait normalement du jazz ou du Keith Kouna», puis il présente son virtuose du saxophone André Larue, de quoi se mêler entre le Festival de Jazz et Petite-Vallée… ou même Granby:

«J’aimerais que l’an prochain, le Festival de la chanson de Granby soit le festival de Jazz je Granby! Ha mais on n’est pas à Granby!» – Hubert.

Il quitte la scène en chantant a capella un extrait de I Will Always Love You et de Time of Your Life avec une bouteille de fort dans les mains. Bonne nuit les jeunes!

Nous souhaitons bonne chance à tous les parents qui devront expliquer maints concepts de grandes personnes à leurs enfants après que ceux-ci aient entendu Hubert. On attend vos histoires!

Random Recipe: Girl Power

Après une longue absence, Random Recipe était de retour au Club Soda dans le cadre de Montréal en Lumière pour inaugurer son nouvel album Distractions.

Le groupe s’est montré discret ces dernières années, et fête déjà ses 10 ans. Il y a 10 ans, je n’avais pas encore goûté à ma première poutine; autant dire que leur répertoire m’était peu familier. C’était d’ailleurs une des inquiétudes du groupe: leurs fans les avaient-ils oubliés? Une crainte vite effacée en voyant la salle bien remplie et l’enthousiasme ambiant perceptible.

Pas de première partie ce soir, mais une horde d’invitées en prévision, en commençant par Marie-Pierre Arthur qui les accompagnera toute la soirée, la basse autour du cou et le sourire aux lèvres. On rentre vite dans le vif du sujet avec un enchaînement de leurs plus grands hits. Alors que le déni de l’hiver est dans toutes les têtes depuis quelques semaines, Random Recipe a décidé de nous propulser en été, avec sa gaieté engagée.

Random Recipe/Photo: Maxime Plantady

Random Recipe/Photo: Maxime Plantady

Dès le premier refrain, une des chanteuses me donne une impression de déjà-vu. Le genre de sentiment qui te donne envie de googler.

Mais après quelques minutes, bingo: Dear Criminals que j’ai vu dans cette même salle en octobre dernier! Je dégaine Wikipédia pour m’autocongratuler de cette déduction et effectivement, c’est bien le projet parallèle de Frannie Holder, dans un style différent, mais tout aussi accrocheur.

Mais revenons dans l’instant présent, où les deux chanteuses sautent sur scène avec une énergie massive, et donnent beaucoup de challenge à l’autofocus de ma caméra. Le bouillonnement sur scène est d’ailleurs très contrasté avec l’énergie de la foule. Quand on arrive à compter le nombre exact de mains levées durant une chanson, on ne peut pas vraiment parler de surexcitation. C’est ce qui arrive, en semaine, avec un public de trentenaires, un verre de pinot noir à la main et les pensées accaparées par le travail à essayer de se rappeler s’ils ont bien rempli leur feuille de temps en partant.

Mais l’acharnement du groupe finit par être récompensé. La meute de loups au pied de la scène se réveille et commence à crier à gorge déployée son enthousiasme sur la chanson Hey Boy à mi-spectacle. Trois danseuses viennent nous présenter un waacking ultra-dynamique dans des tenues ultra-colorées et finissent même par voler la vedette aux musiciens.

Random Recipe/Photo: Maxime Plantady

Random Recipe/Photo: Maxime Plantady

L’éclairage aussi est de toute beauté et a donc fait honneur à l’événement Montréal en Lumière. À un point tel que j’en retiens le nom de l’éclairagiste pendant les remerciements: donc Mathieu Roy, si tu nous lis: bravo!

La deuxième partie du show est consacrée aux titres de ce nouvel album réalisé grâce à une campagne de sociofinancement. L’occasion de découvrir une musique très écrite, toujours aussi énergique, faisant place à la diversité et où les femmes sont à l’honneur. 

Avec un concert généreux d’une heure et demie, le trio affirme son retour sur scène et montre qu’il a encore des choses à dire et de l’énergie à revendre.

Et pour finir une photo du setlist, gentiment prêté par un ingénieur du son.

 

 

 

 

10 questions dans le Microphone avec Louis-Jean Cormier

Où peut-on retrouver Marie-Pierre Arthur, Fanny Bloom, Dumas, Fred Fortin, Laurence Jalbert, Daniel Lavoie, Patrice Michaud, Marjo, Alex Nevsky, Karim Ouellet, Yann Perreau et Vincent Vallières en un seul et même endroit? Dans le studio de Louis-Jean Cormier qui les conviait l’an dernier autour de son Microphone à Télé-Québec afin de reprendre certains de leurs succès! L’album-compilation de quinze chansons est maintenant disponible en version numérique sur étiquette Zone3 Musique.

Rencontre avec le maître d’orchestre!

1 C’est quoi le secret d’une bonne reprise?

Travailler spontanément et instinctivement, voir si la chanson nous ouvre une nouvelle porte, respecter le sens du texte, la mélodie. Mais il faut aussi en profiter pour trouver un nouvel habitat musical qui va porter différemment ces mots-là. C’est comme ça que je nourris mon côté auteur-compositeur. Il y a des moments où je réinvente la chanson et, au final, ça va faire ressortir un passage du texte qui passait un peu plus inaperçu.

2 T’es tu déjà trompé sur le sens du texte?

Oui! Avec Richard Séguin, dans la saison 2. J’étais trop excité et je me suis laissé emporter. La version originale de Journée d’Amérique, là, musicalement, c’est joyeux, mais dans cette toune, il fait froid, y’est cassé, y’est accoté le long d’un mur et il cherche un peu d’azur. Ça ne va pas du tout! J’ai mis la chanson encore plus pépé, mais j’aurais eu l’occasion rêvée de l’amener encore plus dark.

3 Qu’est-ce que t’aimes le plus dans Microphone?

On a du temps comme jamais pour parler de notre métier! Tout ce qui se fait d’autre dans les tribunes de musique à la télé, ça ressemble à: Bon, ok, toi tu sors un album. 3, 4, ok, go, joue! Sinon, tu vas être dans un concours amateur, tu vas chanter entre deux numéros d’humour. Là on a un show de variétés qui prend une tournure de documentaire-spectacle. L’image est belle. C’est bien fait en maudit!

4 Comment tu te sens quand tu proposes une nouvelle version d’une toune à son auteur?

C’est stressant et ça l’est encore plus avec des amis proches. On est en train de rentrer dans l’intimité du créateur. Il y a des gens qui sont plus campés que d’autres. Ils sont indélogeables dans leur façon de faire. Vallières, par exemple, tu peux pas aller n’importe où avec ses tounes. Je préfère la version originale de sa chanson L’amour c’est pas pour les peureux, mais une valse blues plus soul, ce qu’on a fait pour Vallières, c’est vraiment spécial, parce qu’il va pas là d’instinct!

5 Dans l’épisode avec Fred Fortin, tu parles beaucoup de ton admiration pour lui. Qu’est-ce qui te fascine le plus chez lui?

Depuis que je suis tout petit (ben, j’avais 17 ans quand il a sorti son premier album), je trouve que c’est un super musicien et un bon raconteur. Il est campé dans son accent, dans son joual, dans sa façon de faire tout en délicatesse. Il peut dire «bobettes sales» ou «t’es un ange cornu»… Il va toujours te sortir une phrase qui fesse en criss. Il est jamais en train de se travestir.

6 Est-ce qu’il y a des chansons qui ne sont pas « reprenables »?

Y’a des intouchables. Des pièces que j’aimerais pas tirebouchonner parce que c’est trop beau. Mais encore là, tout est possible. Ça prend le flash de la réinterprétation.

7 Microphone, c’est le seul endroit à la télévision québécoise où on peut voir des musiciens jaser de musique pendant un bon moment. Qu’est-ce que t’as retenu de plus percutant dans ces discussions?

La saison 2 est plus fraîche dans ma mémoire. Il y a entre autres Paul Daraîche qui nous avoue avoir été dépendant au crack et que sa blonde l’a sauvé.

8 Et le moment le plus touchant?

Richard Séguin qui explique la différence entre le bon et le mauvais doute et qui parle de la nécessité de douter. Martha Wainwright qui raconte que les gens qui nous suivent vont toujours garder en mémoire la première fois qu’ils nous ont vus. Dans leur tête on reste jeune tout le temps. Même si on préfère faire nos nouvelles chansons, il faut revenir à notre matériel plus nostalgique parce qu’il veut dire quelque chose pour les auditeurs.

9 Dans la nouvelle saison, à venir le 1er mars, quelle reprise gagne la médaille d’or?

Cap enragé de Zachary Richard, on a fait quelque chose de fantastique avec ça. Sinon, en fin d’épisode, avec Richard Séguin, Salomé Leclerc et Alexandre Désilets, on a fait La chanson démodée de Gilles Vigneault dans une vibe sénégalaise tribale. Séguin joue du verre à vin (rires). Il y a aussi Lara Fabian qui chante Je t’aime, c’est fou raide. On en a fait une balade à la Diana Ross en 1971. Doux et soul. Au lieu de hurler «je t’aime», elle chuchote. C’est la seule perfo qui a eu une ovation debout.

10 Quel est le rôle de Microphone dans le paysage télévisuel actuel?

Ça doit juste jouer un rôle d’entraînement. En ce moment, Télé-Québec joue un rôle avec Belle et Bum et Microphone. J’aimerais ça que l’autre diffuseur public fasse un effort considérable en ce sens. Je ne veux pas insulter personne, mais les gens qui font de la musique sont les mieux placés pour conceptualiser un show de musique…

Vrai!

L’album de la saison 1 est déjà disponible. En plus des artistes invités, on y entend aussi Mathieu Désy à la contrebasse, Marc-André Larocque à la batterie et aux percussions et Alex McMahon à la direction musicale, au piano, aux claviers et aux percussions. 

La deuxième saison de Microphone sera en ondes dès le 1er mars à 20 h à Télé-Québec.

La saison 1 sera en rediffusion à partir du 23 avril.

Les aventures d’Aubre et Aubry au FME : JOUR 1

C’était hier la première journée du traditionnel rendez-vous musical automnal en Abitibi où ont été dépêchés une trâlée de journalistes, incluant pas mal de monde de Feu à volonté.

Olivier et Élise ayant d’autres obligations, c’est sur Mathieu Aubre et son simili-homonyme et nouveau membre de l’équipe Mathieu Aubry qu’est tombée la tâche de vous rapporter aussi professionnellement que possible les événements de la fin de semaine.

La journée commence tôt, genre très tôt. L’autobus réservé aux médias partant de Montréal à 7h, on se lève tôt et on s’occupe de la meilleure façon qui soit: des drinks à 9 heure du matin et des bandes-dessinées, gracieuseté d’Olivier.

Un artiste à l'oeuvre. Crédit: Antoine Bordeleau.
Un artiste à l’oeuvre. Crédit: Antoine Bordeleau.

Aussi très agréable à noter comme divertissement: une télévision nous retransmet en direct les images filmées par une caméra judicieusement placée devant l’autobus. Les pauses se multiplient, dont un dîner très allongé qui se termine pour nous en partie de frisbee dans un stationnement de station-service, et le trajet se conclut finalement vers 17h15 avec notre arrivée au centre d’accueil du festival à Rouyn-Noranda.

On se met déjà aussi dans le bain du festival avec de la musique un peu partout, y compris dans des endroit incongrus.

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Un lavabo musical. Crédit: Aubry

Une navette nous amène ensuite à notre chambre d’hôtel, située non loin du site principal.

Aubre: Je découvre notre chambre de motel avec beaucoup de plaisir en me brûlant avec l’eau de la douche aux réglages sensibles.

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Heureux de savoir que si j’avais vraiment brûlé, j’aurais été protégé par un équipement à la fine pointe de la technologie. Crédit: Aubre

Maintenant propre et frais, je transfère vers la 7e rue, lieu de festivités principal du FME où l’on retrouve plusieurs scènes et un dj booth que j’aurai le plaisir de visiter dans les prochains jours. Je traîne un peu avec l’équipe du site ecoutedonc.ca et j’en profite pour rencontrer pas mal l’industrie musicale québécoise au grand complet dans le public. Je continue comme ça jusqu’au début du show de Québec Redneck Bluegrass Project.

Aubry: À 20h, le groupe est en charge d’ouvrir le festival. La foule semble particulièrement apprécier l’énergie du quatuor bluegrass, qui ne se fait pas prier pour tenter de faire lever le party. Le chanteur du groupe, Jean-Philippe Tremblay, AKA «JP le pad», s’occupe de nous rappeler que la soirée est jeune et qu’elle risque de s’éterniser. «Tu m’as pas l’air du monde qui travaille demain», claironne-t-il à tue-tête. Les festivaliers semblent visiblement avoir pris congé demain à les entendre lui répondre. Et lui de rajouter visiblement heureux: «On es tu ben, colasse» et d’entreprendre Tsé quand ça va ben. La table est mise pour les quatre prochain jours.

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QRBP. Crédit: Aubry

Aubre: Après quelques chansons de QRBP, je décide de me déplacer vers l’Agora des arts, salle aménagée dans une église, question de voir la performance de Charlotte Cardin. Je ne suis visiblement pas le seul à avoir eu cette idée parce que je me ramasse dans une file avec une trentaine de représentants des médias à attendre que la salle se vide un peu de sa capacité maximale.

Aubry: Marie-Pierre Arthur et Galaxie sont les artistes suivants à fouler la scène extérieure. 10 musiciens, 2 drums, une percussion. Ça déménage pour cette deuxième et dernière collaboration scénique entre eux, la première remontant aux Francofolies, cet été.

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MPA + Galaxie. Crédit: Aubry

Savant mélange de rock et de pop. Le son lourd et garage des musiciens de Galaxie ajoute une sonorité qui met les textes et la voix de Marie-Pierre Arthur en valeur. Une chimie naturelle semble opérer entre les artistes. Sans oublier les voix libidinales des choristes. Même Michelle Blanc se prête à la danse dans le parterre.

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Ça brasse au FME. Crédit: Aubry

Aubre: À 23h, Rouge Pompier monte sur la Scène lounge Hydro-Québec, minuscule stage extérieur placé sur la 7e. Aubry me fait d’ailleurs remarquer son look vaguement olympique.

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On est loin de Rio. Crédit: Aubry

On atteint assez rapidement un public vraiment trop nombreux pour l’espace réservé vu que le show est gratuit et il devient rapidement impossible d’essayer de partir un pit viable. Je le sais pour l’avoir tenté à deux reprises… Finalement, seul le traditionnel circle pit triomphe, mais pour moins de deux minutes et je finis seul à courir en cercle autour d’une genre de très grosse table tournante. Pas le meilleur show pour le groupe, que j’ai déjà vu 4 fois cette été, mais tout de même bien amusant.

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Jessy est en forme. Crédit: Aubry

Aubry: Entre les spectacles, Aubre en profite pour se rafraîchir le gosier.

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Le Bacchus des temps modernes. Crédit: Aubry

Après tous ces spectacles extérieurs, direction le Petit théâtre du vieux Noranda  pour le doublé Black Legary et We are Wolves. Le plafond de slinky de la salle nous subjugue et nous ramène en enfance. Toutefois, impossible de les attraper. Demain, courte échelle afin d’en décrocher un et de jouer.

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Slinky. Crédit: Aubry

Aubre: Juste avant l’arrivée des loups, on a droit à une performance d’un groupe assez méconnu: Black Legary. C’est en fait un trio formé de deux acolytes de Patrick Watson et du musicien derrière le projet Blood and Glass. Le résultat: un trio batterie et deux basses qui fait un savant mélange de rock et d’influences un peu jazzy par moment. Sans être incroyable et novatrice, leur musique est tout de même bien exécutée et fait passer le temps en attendant le trio montréalais que tous voulaient voir. Sauf moi, qui, malheureusement exténué par le reste de la journée, est parti se coucher comme un con. Je vous laisse donc avec Aubry pour la suite du programme.

Aubry: We are Wolves s’occupe de conclure la soirée en arrivant sur scène vers 1h15, masqué. Après tout, le règlement P-6 a été invalidé par la Cour Supérieure du Québec.

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Notre projet d’Halloween. Crédit: Aubry

Puisant à travers tous ses albums sans exceptions (Non-Stop je te plie en deux (1 chanson), Total Magique (4), Invisible Violence (5), La Mort Pop Club (3)), le trio punk électro nous gâte. En prime, deux chansons du prochain album à sortir le 30 septembre prochain (Wicked Games et Wrong) en plus du cover de Black Sabbath, Paranoid. Ça trashait, le son était bon. Un autre spectacle à la hauteur pour We are Wolves.

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Une setlist de champions. Photo: Aubry

Évidemment, après cette première journée et étant donné que les bars sont fermés, une poutine chez Morasse s’impose avant le dodo pour bien récupérer en prévision du lendemain.

Artefact : La Voix de Valleyfield (scusez-la…)

«C’est beau Valleyfield. Y’a plein de Sea-Doo», me fait remarquer Jean-Étienne Colin-Marcoux de Beat Sexü tout de suite après leur performance qui ouvrait hier la cinquième édition du festival campivallensien. Une soirée qui ne comporte pas que des Sea-Doo, mais aussi de la bonne musique.

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Artefact. Crédit: Mathieu Aubre

Fort de mes apprentissages de la semaine dernière et de la quatrième édition, je n’ai pas pris mon vélo cette année. Ce sont plutôt le train de banlieue à direction de la gare de Vaudreuil, puis mon amie Ève-Laurence avec sa voiture, qui m’amèneront jusqu’au parc Delpha-Sauvé. On salue d’ailleurs cette dernière, principalement parce qu’elle agira comme mon hôte pour la fin de semaine, mais également comme photographe pour mes articles.

J’arrive donc sur le site d’Artefact sans encombre et prêt pour le bal. Arrivé un peu d’avance, je prends le temps de faire comme à mon habitude le tour des kiosques d’exposants, en plus grand nombre cette année. On y retrouve une offre vraiment variée, allant des sacs en cuir a fixer dans son cadre de vélo au stand de tatouages au henné. Perso, je m’achète quelques bonbons et des saucisses avant d’aller m’extasier devant un nouveau concept de feu: une roue de la fortune, mais qui fait systématiquement gagner des shooters. Ça sent le concept d’entrevue…

À 19 h tapant, Beat Sexü, sous sa formation très renouvelée, monte sur scène pour offrir aux quelques festivaliers arrivés sur le site leur dance-punk/électro-funk repimpé. On entend durant le set quelques nouvelles chansons, pas mal de covers tirés de leur album Open House QC, que je trouve plus convaincant en live, et une conclusion sur deux extraits de leur premier EP Première fois: moment fort sympathique laissant toujours place au plaisir et aux paillettes.

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Beat Sexü. Crédit : Ève-Laurence Miron

La foule commence à arriver et à se masser tout près du stage dans les minutes suivantes, rapport que Valleyfield semble aimer La Voix, et par conséquent Charlotte Cardin, anciennement Goyer. La chanteuse vient principalement présenter les chansons de son EP Big Boy, paru en juillet, mais fait tout de même un petit détour via des chansons qu’elle avait interprétées durant le concours télévisé. La foule est conquise, moi pas. Malgré tout, pour ce qui est du reste de son setlist, je suis agréablement surpris, au point d’acheter son album après le spectacle. Une performance assez hypnotisante pour celle qui n’a pas vraiment la voix de James Blake, quoi qu’en dise l’animateur du festival.

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Charlotte Cardin. Crédit : Ève-Laurence Miron

Je quitte rapidement pour aller interviewer les membres de Beat Sexü en train de jouer au mini-golf du festival, ce qui m’occasionnera un retard pour la prestation suivante: celle de Laurence Nerbonne. Pas trop mon style, probablement à cause de l’utilisation de xylophone et de cloche à vache électronique, mais le public semble bien aimer les courts passages reggaeton. Notons aussi que la chanteuse a enfin assumé que Lary Kidd ne se pointerait finalement jamais dans tous ses shows pour sa part de Balade Luxueu$e et a, pour la première fois, rappé elle-même avec un succès assez resplendissant. La perfo se conclut finalement après 45 minutes sur une orgie d’air horn un peu weird. Je me sentais vaguement à Ibiza, mais avec plus de linge.

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Marie-Pierre Arthur. Crédit: Ève-Laurence Miron

Clou de la soirée: Marie-Pierre Arthur vient prendre la relève, accompagnée de quelques musiciens, dont François Lafontaine. Pourquoi je précise? Parce que, comme à son habitude, il va éventuellement passer cinq bonnes minutes à gosser avec son vocoder comme il le fait depuis toujours à la grande surprise d’absolument personne. MPA, elle, criera des remerciements dans son micro pour la prochaine heure, enchaînant les chansons de son dernier album et ses vieux succès, le tout avec un nombre excessif de solos de drum et de guitare. On n’est pas à Woodstock, gang. Pas besoin que chacune de vos tounes ait l’air d’une conclusion de show de Led Zeppelin. Le meilleur moment du spectacle, à mon avis, reste ce chandail bien orthographié.

T-shirt. Crédit : Mathieu Aubre
T-shirt. Crédit : Mathieu Aubre

Je sais pas si c’est que je suis pas le public visé, mais je reste honnêtement vraiment froid sur cette conclusion. Histoire de me réchauffer, je décide d’aller faire un tour à l’after-party, haut lieu de karaoké.

Notons déjà l’engagement politique de la Bibliothèque café-bistro, lieu d’accueil de la soirée.

Un beau tient-porte:

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Brian. Crédit: Mathieu Aubre

Je passe assez rapidement, le temps de chanter mon éternel succès Psycho Killer des Talking Heads, avant de quitter.

Belle soirée, donc, pour commencer cette cinquième édition de la grande fête musicale sur le lac. On remet ça ce soir avec une formule moins pop en compagnie de Claude Cobra (Bleu Jeans Bleu), Mon Doux Saigneur, Simon Kingsbury, Fred Fortin et Plants & Animals.