ADISQ 2020: survivre à la grande dépression

J’espère que je ne recevrai pas de poursuite d’un regroupement de profs d’histoire en nommant ce qui suit la grande dépression. Et attendez-vous à être déprimés durant votre lecture. Je vous rapporterai quelques moments cocasses pour casser la tristesse ambiante, mais je ne sais pas si ça va être assez. Ça fait longtemps que l’ADISQ est mon moment musical préféré de l’année. Je m’ennuie des années où ma seule déception était celle de ne pas voir mes artistes favoris remporter les Félix. En 2020, ça fait plus mal que ça.

On ne fera pas comme si on n’avait pas passé l’année devant notre écran. Les photos de ce texte sont toutes les photos de ma télé. Quand les choses se passent dans l’écran, il faut parfois se résigner à capturer l’essence même du climat dans lequel on vit. Et c’est peut-être même une mise en abyme que d’illustrer cet article sur le Premier gala et le Gala de l’ADISQ à l’aide de photos de cadrage de télé. Une œuvre dans une œuvre où l’on parle des œuvres de l’année…

Le Premier gala de l’ADISQ

«Il n’y a pas de collègue, pas de public, on n’est pas en direct», nous annonce d’emblée l’animateur Pierre Lapointe muni d’une tenue on ne peut plus au point: moi aussi devant l’imminence de la fin du monde je voudrais qu’on me vêtisse d’objets contondants pour me défendre.

En symbiose avec l’année qu’on vit, l’introduction du gala nous montre une série d’artistes en nomination qui parlent à leur téléphone on qu’on nous sert en montage pixélisé au son inégal. «Moi j’fais pas de musique par exemple», dit  Yannick De Martino, nommé pour Spectacle de l’année – Humour. Inquiète-toi pas, Yannick, on est plusieurs, depuis plusieurs années à se demander pourquoi les Olivier sont invités à l’ADISQ!

Le numéro d’ouverture nous montre le groupe Salebarbes et on a la confirmation que, si on avait été invités, on n’aurait pas été déçus par rapport aux cheveux de Jonathan Painchaud.

Les Hay Babies se joignent à la partie avec les tenues les plus cool qu’on n’a jamais vues de notre vie. L’Internet nous apprendra plus tard que les tenues, elles les ont cousues elles-mêmes. J’ai juste une question, ici: les filles, je peux-tu être une Hay Babies moi aussi? 

C’est toujours avec son adéquate tenue de brontosaure que Pierre Lapointe nous parle de l’augmentation de l’offre des spectacles en Facebook live durant les 8 derniers mois, une offre qui est, selon moi, l’équivalent médical d’un diachylon de Spiderman sur une fracture ouverte de la hanche.

Pierre prononcera aussi les mots que tout le monde va dire et redire en cherchant un sens, en se demandant s’il y en a vraiment un: «notre industrie est à rebâtir».

Et c’est le début de ce que j’appellerai le constat «L’Amérique pleure, pis c’est vrai!» avec le premier trophée décerné aux Cowboys fringants, pour Antipodes, l’Album meilleur vendeur de l’année.

C’est autour d’un feu de camp qui est loin d’être assez chaud pour réchauffer l’âme de la culture Québ que le groupe procède à des remerciements standards. 

L’Album traditionnel de l’année est celui de Salebarbes: Live Au Pas Perdus

On est toujours satisfaits du cuir chevelu de Painchaud et que dire de la moustache à deux étages?

En regardant la salle du Corona où le house band s’exécute, pas de public, je ne peux m’empêcher de dire «bon enfin de la place pour montrer le house band». Sont toujours cachés dans le noir, en arrière d’un décor de Moment Factory, mais LÀ, c’est leur moment. Bravo.

C’est Dominique Fils-Aimé, récipiendaire du prix d’Album Jazz de l’année 2019, qui vient remettre le prix 2020.

C’est Jacques Kuba Séguin et son album Migrations qui l’emportent! Dans sa vidéo de remerciement, il dit: «merci à mes enfants, surtout à ma grande fille Ella». Donc les enfants, si papa vous a toujours dit qu’il n’avait pas de préféré, c’est ici que vos rêves cassent en morceaux. 

«On a été testés par les évènements», dit Jacques. Nous, on espère juste que t’as pas été testé COVID positif.

Le Spectacle de l’année interprète est celui de Véronic Dicaire qui reçoit étonnamment son premier Félix en carrière. Elle parle des 27 personnes qui la suivent en tournée tout le temps. De mon côté, je m’adresse aux 27: «ça roule la PCU?»

L’Album ou DVD de l’année Jeunesse est remis à celui qui ne change jamais de chapeau, mais on espère au moins qu’il le lave de temps en temps: Arthur L’Aventurier et L’aventure au bout du monde en Australie. Une chose est sûre, avec cette vidéo pour enfant, il a visé juste. Si on peut pu jamais aller nulle part, on va au moins aller en Australie avec Arthur. C’est tout ce qu’il nous reste.

Son remerciement contient la phrase que j’ai toujours haïe, mais que j’haïs encore plus en 2020: «Merci la vie».

Depuis le début du texte, je vous épargne quand même pas pire en termes de dépression, mais je dois mettre quelque chose au clair tout de suite: Le Premier gala de l’ADISQ nous montre durant toute la soirée, de petites entrevues avec des artistes d’ici qui nous racontent leur tristesse de ne plus faire de show, leurs remises en question, leurs idées folles de s’ouvrir une boulangerie, un potager urbain ou un magasin de vélos. Tout le monde a l’air d’amorcer sa quatrième saison de dépression saisonnière. Des bands nous disent qu’ils ne se sont même pas vus entre eux, séparés par des zones rouges, jaunes et oranges. Confinés dans les univers virtuels respectifs où les jams ne sont jamais vraiment des jams.

Ça pourrait être déjà assez triste de même, mais les pubs entre les remises de prix, c’est: la fille qui est partie en ambulance pour sa COVID le jour de sa fête, une madame qui a besoin d’une prescription pour ses infections urinaires chroniques, un gars qui tripe tellement sur le porc du Québec qu’il réveille sa chum en pleine nuit comme un sociopathe pour avoir la recette, un couple qui se sépare et qui pleure devant sa fille alors que toute la petite famille marche «sur des œufs» (mais pour vrai là! LE PLANCHER, C’EST DES ŒUFS) pour donner vie à la métaphore «marcher sur des œufs» de la manière la plus triste jamais vue. 

Miro et Sarahmée nous font une prestation agréable. Si l’humeur était à -4, on est rendus à 2 sur une échelle de 1 à Luc Senay.

Corridor s’est fait voler le trophée d’Album rock de l’année qui est rentré à la maison avec les Cowboys fringants pendant que l’Amérique pleurait de cette situation.

Mon seul point dans mon pool de l’ADISQ pour cette soirée-là, je le dois à la talentueuse Alexandra Stréliski qui est l’Artiste québécoise ayant le plus rayonné hors Québec. En guise de remerciement, elle nous sert une vidéo triste où on la voit se balader avec Inscape, son album, dans des rues européennes désertes. C’est ça, en 2020, rayonner à l’étranger. En termes de tristesse, cette scène arrive juste après celle où Kate laisse tomber Léo dans l’eau glaciale en gardant le radeau de fortune pour elle. 

Charles Richard Hamelin remporte son cinquième Félix avec celui de l’Album de l’année Classique soliste et petit ensemble: Chopin – ballades et impromptus.

L’Album de l’année Classique orchestre et grand ensemble est Pulsations d’Angèle Dubeau et la Pieta. «C’est mon 44e album», déclare-t-elle sans dire son âge.

Nomadic Massive monte sur scène juste avant que Flore Laurentienne perde le Félix d’album instrumental de l’année aux mains de Gregory Charles, ce qui suscite chez moi l’envoi de ce genre de message:

Comme j’attends Noël depuis le début de la pandémie (c’est la seule fête qui me rattache encore à un semblant de magie), je suis ravie qu’Isabelle Boulay gagne le Félix d’Album de l’année – Réinterprétation pour En attendant Noël.

L’Album de l’année autre langue est celui de Nikamu Mamuitun et si jamais vous n’avez pas entendu la chanson Tout un village, il faut remédier à ça maintenant, pleurer un peu et se ressaisir comme on peut après.

Pierre présente des prix devant le Mac – sûrement habillé par le MAC aussi, c’est de l’art, ça – avec Roxane Bruneau.

L’Album de l’année country est celui de Patrick Norman qui remercie plein de monde d’être venu à Nashville. Si t’es dans l’industrie pis que t’as pas été invité à Nashville par Pat, je t’invite à te poser des questions.

Le spectacle de l’année Humour est celui de Sam Breton, puis une bourse de 5000 $ est remise à l’un des artistes détenant sa première nomination cette année. On connaissait pas mal tout le monde sur la liste, sauf les gagnants: Le Diable à Cinq.

Le symptôme dépressif s’accentue lors de la pause publicitaire suivante avec des gens habillés en jaune pour parler de beurre de peanut. Je sais que les temps sont durs, mais sont payés combien? Écrivez-moi si vous savez.

Zal Sissokho repart avec le Félix de l’Album de l’année Musique du monde et Elisapie remporte celui du meilleur Spectacle autre langue.

Vous pouvez maintenant détourner le regard si les rencontres Zoom commencent à vous faire vomir dans votre bouche un petit peu. Le Spectacle de l’année anglophone est celui de Patrick Watson qui est présent avec sa gang: unis, mais séparés. 

Comme si l’état psychologique collectif en chute libre avait besoin d’un autre Zoom.

C’est sûrement pour faire remonter l’indice de bonheur des Québécois que P’tit Belliveau arrive. Dans sa vidéo de pandémie, après sa perfo, il dit – deux fois plutôt qu’une – qu’il vit sa vinaigrette. Merci man.

Alicia Moffet et Fouki viennent chanter pour les 18-24, puis le Zoom de Patrick Watson revient avec le prix d’Album anglophone de l’année.

Des feux pour voir de Marie-Pierre Arthur est sacré meilleur album Alternatif de l’année et Choix de la critique.

Entre deux remises de prix, Fouki nous dit que 2020, c’est comme tomber dans une bouteille d’alcool fort que tu ne connais pas, mais tu passes à travers quand même et le lendemain tu ne te souviens de rien. À date, je n’ai trouvé personne qui a eu une meilleure idée que lui.

Alors que les vidéoclips inventifs ont déferlé sur nous plus vite que la COVID l’aurait fait au Bal en Blanc, c’est pourtant un clip qui nous montre une danse en ligne dans un bar de campagne qui a remporté le Félix de Vidéoclip de l’année. L’Amérique pleure, pis c’est vrai.

LISEZ NOTRE ARTICLE PRÉ-ADISQ INTITULÉ «COVID-19: 10 affaires qu’on ne verra pas à l’ADISQ cette année parce qu’on regarde ça à distance» 

Le Gala de l’ADISQ

On a surnommé le gala du dimanche le festival du follow spot sur les toits de Montréal, du moins pour l’ouverture du gala durant laquelle toutes les lumières et les drones de la ville avaient été sollicités. De toute façon, il ne se passe rien d’autre ces temps-ci alors l’ADISQ avait le premier choix.

Louis-José Houde fait son numéro d’ouverture dans un studio de Radio-Canada devant un public aussi nombreux qu’à une messe du dimanche en ces temps où l’astrologie a remplacé la religion. 

Il ne nous présente pas pour autant un numéro approuvé par le clergé, lançant des flèches à tous ceux qui ont été dans les médias pour les mauvaises raisons durant l’année. «Bon qui qui reste? Ceux qui ne sont pas en prison, faites du bruit», dit-il avant de mentionner qu’il pensait être seul avec Renée Martel ce soir étant donné les délits commis en 2020 par les artistes d’ici. «Ce soir, y’aura pas d’hommage aux grands disparus. Sont tous vivants», mentionne-t-il également étant donné que les disparus sont disparus pour des raisons légales et ne sont pas morts, comme dans le bon vieux temps.

«J’ai dit oui pour animer le gala le 12 mars. Je ne pensais pas que ça finirait en PowerPoint», dit Louis-José devant une poignée d’artistes en dépression.

«Les gens veulent faire l’amour, c’est la tendance», dit-il ensuite en faisant des jokes de graines. Émile Bilodeau a l’air de dire «iiiiii va pas là».

Steven Guilbeault, nous fait son petit message de ministre et on réalise qu’il est fatigué comme nous tous. C’est pas comme si le Patrimoine canadien était si prenant ces temps-ci, Steven! Dors un peu!

Louis-Jean Cormier, désormais porteur de chapeau, nous interprète Je me moi, une chanson d’actualité puisque la pandémie nous a inévitablement menés à un repli sur nous-mêmes.

Le premier prix est remis à KNLO pour le meilleur album rap de l’année et tout le monde a un petit malaise cardiaque quand il reste à sa place. Eh oui! Les remerciements se font directement à la chaise du gagnant cette année. KNLO fait des salutations à tout le monde, même à La Mauricie.

Au retour de la pause c’est Marie-Pierre Arthur qui vient chanter Tiens-moi mon cœur et sa perfo est covid-friendly et demeure en mode bulle familiale : c’est son fils qui danse.

Louis-José y va d’un petit numéro sur la deuxième job que pourrait occuper chaque artiste: «Lisa Leblanc, elle pourrait être n’importe quoi pis ça serait l’fun. Broder un napperon, changer ta fournaise. Je la truste dans toute. C’est l’inverse de Kaïn. Eux j’les truste dans rien. C’est sûrement des bonnes personnes, mais ça m’a pas l’air porté sur le deadline

Robert Charlebois vient présenter le prix d’album Adulte contemporain. Il en profite pour dire à Louis-José qu’il le trouve drôle avec cette expression, jamais entendue avant, que l’on va désormais adopter: «Tu me fais pacter».

Assez troublant, dans cette catégorie, d’entendre back à back Yé midi kek part de Kaïn, puis Tatouage de Pierre Lapointe. On ne s’imagine pas que c’est possible comme adversaires. 

C’est le rebaptisé «Jean-Louis Cormier» qui gagne.

Eli Rose et Marc Dupré nous proposent un duo improbable, puis Louis-José fait des jokes sur la consommation de drogue des artistes, notamment en leur annonçant que la cocaïne coûte désormais trop cher pour leur budget en mode PCU.

L’Album folk de l’année est L’étrange pays de Jean Leloup.

Après, je me demande vraiment pourquoi la Révélation de l’année est présentée par Mazda. T’as pas de char quand t’es Révélation de l’année.

Installée en mode «piano bar» sur un piano de plus de deux mètres de long pour respecter les règles, la Révélation de l’année 2003 Ariane Moffatt présente un numéro d’intro avec Louis-José puis c’est la Révélation 2019, Alexandra Stréliski qui présente Eli Rose, la gagnante, qui est surprise pour vrai et qui se vide de ses larmes sous les recommandations d’Alexandra qui la réconforte à l’autre bout de la salle, à une distance de type «autre indicatif régional téléphonique».

L’Album pop de l’année est celui de Marc Dupré. On a ensuite droit à une bonne pub sur la gestion de patrimoine avec un homme pour qui c’est une passion, la gestion de patrimoine.

On apprend aussi qu’il est possible de louer un chauffe-eau.

Puis le meilleur numéro de 2020 est celui présenté par Anachnid, Flore Laurentienne et Matt Holubowski. Un trio bien pensé et bien distancé comme seule 2020 est capable de le faire.

Louis-José rit du mot «RÉINVENTER» avec raison, alors qu’on a passé les huit derniers mois à regarder les shows les plus tristes au monde sur Internet.

Robert Charlebois repart avec le Félix du meilleur Spectacle auteur-compositeur-interprète. «Avec Ben Dion, adieu les problèmes de son», dit-il pour remercier son soundman. J’aimerais ça le rencontrer, Ben. Il remercie également Louise Forestier. «Louise, 50 ans d’amitié! La prochaine fois qu’on va chanter La fin du monde, ça va être une chanson bubble gum comparé aux horreurs qui nous affligent.» En fait, il aurait probablement été plus adéquat de dire: la prochaine fois qu’on va chanter La fin du monde, ça va l’être pour vrai.

Je me demande si ce Félix pourra être remis l’an prochain même si on aura eu 4,7 semaines de shows au total durant l’année et aucune véritable tournée.

On a ensuite droit à une pub de vin d’épicerie et à une autre pub qui nous montre une fille qui fait du lavage, mais que son linge pue pareil. Le clou du spectacle publicitaire: une pub de fuites urinaires qui a jouée six fois durant la soirée. Rien pour te permettre de fuir tes problèmes…

La vie d’écran, ça permet de faire un medley de Pauline Julien, au siècle dernier, qui chante avec Pierre Lapointe aujourd’hui, puis Isabelle Boulay, sur scène, qui chante avec une Monique Leyrac en noir et blanc.

Profiter du fait que notre vie est désormais virtuelle pour faire un medley qui mêle deux siècles différents: je dis oui.

Kent Nagano présente le prix Artiste autochtone de l’année en mode vidéo dans une pièce avec autant d’écho qu’un sous-marin. Elisapie l’emporte et fait un touchant discours qui est le seul que le chronomètre sonore ne coupera pas.

La Chanson de l’année est L’Amérique pleure des Cowboys fringants. Le groupe nous livre le mensonge du jour dans ses remerciements: «Merci d’avoir joué nos tounes à la radio et beaucoup de musique Québ durant toute l’année». NOPE.

On assiste ensuite à l’une des pubs les plus tristes depuis celles des banques alimentaires: une pub de banque avec Deux par deux rassemblés de Pierre Lapointe version piano en noir et blanc qui nous montre des travailleurs de divers milieux qui ne vont pas s’en sortir durant la crise sanitaire.

L’Auteur-compositeur de l’année est Louis-Jean Cormier, le Groupe de l’année est Les Cowboys fringants

Isabelle Boulay, qui était là pour le numéro avec Pierre Lapointe plus tôt n’est pas là pour la remise du prix d’Interprète féminine de l’année dans laquelle elle est nommée.

ÉTAIT-ELLE EN HOLOGRAMME TANTÔT? Ou est-elle allée se coucher avant sa catégorie?

C’est la grandiose Alexandra Stréliski qui remporte la statuette. «J’ai trop bu de Bulles de nuit», dit-elle comme si elle était à O.D. à l’autre poste. Elle aborde une fois de plus la douceur, parce que c’est pas mal juste ça qu’il nous reste cette année. «J’ai hâte de vous revoir à côté de ce cauchemar», ajoute-t-elle. Nous aussi.

Émile Bilodeau est l’Interprète masculin de l’année et il fait son discours, écrit sur une feuille quadrillée sans lever les yeux. Voyons, Émile! T’as pas appris ton exposé oral!

Il termine par «Vive le Québec libre!» pour faire plaisir à sa date: son petit frère, mais aussi, avouons-le, pour se faire plaisir à lui-même. Et en cette année sans plaisir, qui serions-nous pour juger ce comportement?

Louis-José Houde termine avec la phrase la plus 2020 possible: «Y’a tellement de Purell dans’ place que tout le monde est stérile».

À l’image de la musique durant la dernière année, l’ADISQ était là malgré tout. Mais les trous dans la salle, semblables aux trous dans les salles de spectacles (lorsqu’elles sont ouvertes) nous amènent à croire de moins en moins à de plus en plus de choses. Les derniers VRAIS shows, non-distancés, qu’on a vus au début du mois de mars dernier nous semblent déjà anachroniques. Approcher les autres, sans masque, que ce soit pour dire bonjour ou pour faire un mushpit, est une idée complètement déjantée, illusoire et probablement passible d’une amende. 

La musique est la solution à beaucoup de sentiments négatifs. Espérons qu’elle saura nous faire passer à travers la grande dépression.

Longue liste du Polaris 2020: ENTREVUE avec la directrice du Prix Claire Dagenais

La longue liste du Prix de musique Polaris a été annoncée ce midi. La nouvelle directrice générale du prix Claire Dagenais, qui a commencé son mandat en mars dernier après avoir travaillé auprès du fondateur Steve Jordan durant dix ans, était accompagnée de 40 artistes nommés dans les années précédentes afin de révéler les 40 albums préférés du jury.

Claire Dagenais, directrice générale du Prix Polaris

On a jasé avec la nouvelle queen du Polaris la semaine dernière.

Comment s’est passée la transition de ton ancien poste vers celui de QUEEN du Polaris?

Je ne sais pas si je m’appellerais la queen (rire). Steve m’avait informée qu’il allait partir et comme j’ai été la première employée, il voulait que je prenne les rênes. J’ai une intuition assez forte quand on doit prendre des décisions importantes et je suis toujours ouverte aux initiatives de parités. J’ai beaucoup contribué au recrutement de juges lorsqu’on a voulu essayer de se rapprocher d’une parité homme-femme, entre autres.

Qu’est-ce que la pandémie a changé dans le processus menant à la liste?

Il a fallu que je garde mes anciennes tâches et que je prenne le rôle de leader en même temps, parce qu’on n’a pas eu le temps d’engager. C’est moi qui prends les décisions finales dans l’organisation, mais je ne suis pas quelqu’un qui croit tout connaitre. J’écoute le jury, j’écoute les experts. Et le jury a vraiment écouté la musique autrement cette année. C’est difficile d’écouter la musique pour ce qu’elle est sans les évènements sociaux qui l’entourent. 

Qui sont ces gens qui ont choisi les 40 albums cette année?

Toi! (Rire) Ça fait quelques années que tu es là! Il y a des nouveaux venus, mais je tiens à souligner le travail des jurés qui reviennent année après année. Ils sont vraiment dévoués, les discussions sont intenses, mais respectueuses et bien recherchées. J’apprends beaucoup à propos de la musique en écoutant et en lisant les suggestions. C’est vraiment une source de découverte axée sur la communauté. Je suis toujours impressionnée par le niveau d’éducation des membres du jury, voir comment les gens écoutent et comprennent les albums et tout ce qui en ressort. Ils sont 201 personnes dans tout le pays. Ils viennent de différents milieux et ils ont des goûts différents. Au total, ils ont proposé 223 albums. J’ai tellement confiance quand j’écoute le jury.

Comment décrirais-tu la liste dévoilée aujourd’hui?

Si on compare la Longue liste d’il y a dix ans à celles qu’on a depuis quelques années, il y a un changement dans l’ambiance générale, les choix sociaux que le jury fait. Au-delà d’aimer ou non un artiste ou un album, j’aime que les membres se questionnent sur les raisons pour lesquelles ils donnent de l’importance à un artiste ou à un autre. Cette année, comme dans les années passées, la musique est une réflexion sur la vie et sur la culture, mais au bout du compte, tous les choix sont des bons albums, et les choix 41 à 80 auraient autant pu faire partie de la liste. Il y a quelque chose pour tout le monde. Chaque personne a au moins un album sur la Longue liste qui va pouvoir devenir son préféré. En contrepartie, si quelqu’un aimait la liste au complet, ça voudrait dire qu’on aurait mal fait notre job.

Comment la remise du grand prix aura-t-elle lieu à l’automne?

On veut vraiment prendre le temps d’organiser quelque chose de spécial pour faire honneur à chaque album et que les 10 artistes de la Courte liste puissent avoir leur moment de gloire pour qu’ils rayonnent auprès du plus grand auditoire possible. Même si les mesures sanitaires vont nous empêcher de faire un gala, on est en train de trouver une manière responsable de faire briller nos artistes.

Voici la Longue Liste des nommés 2020

Allie XCape God

AnachnidDreamweaver

AquakultreLegacy

Marie-Pierre Arthur – Des feux pour voir

BackxwashGod Has Nothing To Do With This Leave Him Out Of It

Badge Époque EnsembleBadge Époque Ensemble

BegoniaFear

P’tit BelliveauGreatest Hits Vol. 1

CaribouSuddenly

Daniel CaesarCASE STUDY 01

Chocolat – Jazz engagé

Louis-Jean Cormier Quand la nuit tombe

CorridorJunior

dvsnA Muse In Her Feelings

Jacques GreeneDawn Chorus

Sarah HarmerAre You Gone

Ice Cream FED UP

Junia-TStudio Monk

KaytranadaBubba

Flore LaurentienneVolume 1

Cindy LeeWhat’s Tonight To Eternity?

Men I Trust Oncle Jazz

Nêhiyawaknipiy

OBUXUMRe-Birth

Owen PallettIsland

PantayoPantayo

Lido PimientaMiss Colombia

Joel Plaskett44

William PrinceReliever

Jessie Reyez BEFORE LOVE CAME TO KILL US 

Riitataataga

Andy ShaufThe Neon Skyline

Super Duty Tough WorkStudies in Grey

U.S. GirlsHeavy Light

Leif VollebekkNew Ways

WaresSurvival

The WeekndAfter Hours

WHOOP-SzoWarrior Down

Witch ProphetDNA Activation

Zen BambooGLU

La Courte liste (10 albums) sera dévoilée le 15 juillet.

Revoyez le dévoilement ici:

Entrevues de crise, série balcons: Dave Chose

Alors que cette quarantaine commence à s’étirer tranquillement pas vite, Dave Chose a plutôt décidé de profiter de l’occasion pour nous offrir un nouveau simple, Poffes, magnifiquement mis en vidéo par Phil Beauséjour (regardez ça, c’pas pire pentoute!). Dans le cadre de cette nouvelle série d’entrevues de balcon, je me suis dit que ce serait une bonne occasion pour rencontrer l’homme derrière l’artiste. Comme on est quasi-voisins dans le magnifique quartier Centre-Sud, Dave m’a plutôt offert de se rendre sous mon balcon puisque c’est un peu bruyant devant chez lui selon ses dires.

L’idée me parait excellente et on décide de faire ça de même. On se donne donc rendez-vous pour 16h07, 13 minutes avant l’heure sacrée pour certains consommateurs de services essentiels #SQDC. Afin de le remercier pour son déplacement parce que c’est pas tous les jours qu’un artiste se déplace chez vous pour une entrevue, je lui prépare un petit paquet cadeau, tout à fait dans l’air du temps, afin qu’on puisse partager de quoi. 

Escouade sécurité-bonheur/Photo: Nicolas Simard

Après une sieste probablement plus que méritée, Dave Chose me rejoint sous mon balcon.

Nicolas: Le dernier repas que tu as mangé, c’était quoi?

Dave Chose: Oh…j’ai mangé une tranche de pain pas toastée avec de la margarine pis un Cup-A-Soup Kimchi. C’était pas… c’était correct. Honnêtement, je mange quand même souvent ça, je me fais pas tant à manger dans vie. 

N: Ton état d’esprit en ce moment?

Dave Chose/Photo: Nicolas Simard

D: Ça dépend des jours, hier j’angoissais un peu. C’était la première fois que je me sentais pas full ben. C’parce que sinon on dirait ça change pas grand chose tant que ça dans mon train de vie. On dirait que c’est juste de ne plus avoir la possibilité. J’ai pu la possibilité de faire quequ’chose si ça m’tente de faire quequ’chose même si je le ferai pas nécessairement.

N: La dernière folie que l’isolement t’a fait faire?

D: Ouh, criss…j’ai jamais vraiment trippé là-dessus les affaires de filtres de faces. Là, j’suis complètement addict à ça. J’en envoie à tout l’monde! Ça n’a juste pas rapport. J’espère pas trop les tanner.

N: Comment tu trouves le timing pour le lancement de ton dernier simple Poffes?

D: C’était là que ça d’vait sortir. On s’est demandé si on le sortait pareil pis j’étais comme… c’est plus des b-sides, ça fait un an que ces chansons-là dorment sur un disque dur. Pis ça fait comme un an que je parlais à mon label… c’est un fond de tiroir que j’aimais full. Un fond de tiroir dont j’étais fier. Y’en a une qui est pas déprimante sur deux fait que ça valait la peine de les sortir.

N: La première personne que tu as hâte de serrer dans tes bras?

D: Oh my god! J’aime ça c’question-là. Je me souviens pu c’est quand la dernière fois qu’j’ai donné pis reçu un câlin. J’pense ça fait comme… possiblement deux semaines?! C’est long deux semaines quand même. J’ai hâte de faire un câlin à ma mère. Beaucoup. 

N: La première chose que tu comptes faire quand la vie aura repris son cours normal?

D: Des shows! J’ai fuckin’ hâte de jouer man. J’ai vraiment hâte de jouer. Sinon, j’ai l’impression que j’sais pas, peut-être que ça va faire que j’vais m’trouver une nouvelle passion. J’vais peut-être me mettre à faire de l’escalade en extérieur ou j’vais peut-être commencer à jouer au soccer, faire de l’exercice. 

N: Quelle est ta toune qui réconforterait le plus les gens en ce moment?

D: Hey my god, ça dépend quel genre de réconfort tu cherches. Si t’as besoin d’un réconfort agressif mettons, j’pense que la toune Que’que chose peut faire l’affaire.

Si mettons tu as envie de casser des affaires parce que tu as l’goût d’péter des trucs, j’pense que ça, ça peut faire l’affaire. Si t’as plus envie de pleurer, parce que ça aussi ça fait du bien j’trouve, peut-être Le Grand Départ.

C’est une toune de livreur de dépanneur fait que, j’sais pas… les dépanneurs sont pas fermés man! Moi j’pensais qu’ils allaient fermer, j’capotais man! J’étais comme: «Va falloir que j’m’achète un cartoon de cigarettes.». Une chance qu’il y a des clopes à l’épicerie. Faut pas que les déps ferment, c’est genre ma principale source de… j’achète tout là-bas. Dont les ramen, les clopes, la bière, les chips. J’ai mangé des bretzels aussi aujourd’hui.

N: L’album de quelqu’un d’autre que tu suggères pour passer au travers?

D: Ces temps-ci, j’ai écouté le dernier de Louis-Jean (Cormier) pis j’ai vraiment, vraiment, vraiment trippé. Pis sinon, c’est pas encore sorti, y’a des sessions lives de Larynx. C’est le projet d’Alexandre Larin, le chanteur de Rust Eden, pis man, honnêtement, moi, j’trouve ça fou fou fou fou fou, c’qui fait. Genre de mood Syd Barrett, un peu absurde, j’trouve ça débile.

N: Quand tout ça va être terminé, est-ce qu’il y a un artiste avec qui tu aurais envie de faire ton premier spectacle post-quarantaine?

D: Avec Larynx, clairement. D’ailleurs, j’pense que, vu que ma mère habite à cinq heures et demie de route, c’est peut-être à lui que j’vais faire un câlin le premier. Si ça lui tente bien sûr.

N: Merci pour ton temps. Pis, pour terminer, est-ce que tu pourrais nous enregistrer un petit message d’espoir?

D: Yes, ça va m’faire plaisir!

Petite-Vallée 2018 JOUR 1: 18 ans et plus… y’a de la boisson

La route 132 n’a plus de secret pour nous: on a roulé toute la journée, hier, pour se rendre jusqu’à Petite-Vallée, en Gaspésie, pour le début du Festival en chanson. Sur la route, rien de digne de mention hormis l’inextricable histoire océanique qui nous captive: à un moment donné durant le périple, le fleuve est devenu salé. Merci Pêches et Océans Canada.

Pas que ça de fascinant… Également sur la route, un village nommé Manche-d’Épée. On imagine la conversation:

– Ouin, je viens de me partir un village, j’aime ben mon épée.

– Ha ouin, tu devrais nommé le village Épée.

– Je sais pas, j’aime ben les traits d’union aussi.

– Manche-d’Épée?

Sinon, un arrêt à la Maison du spaghetti, à Rimouski, nous permet de découvrir quelques bijoux dont cette pub de Nez Rouge mettant en vedette Louis-José Houde:

Louis-José/Photo: Élise Jetté

On passe aussi par un vignoble, parce qu’en campagne, les vignobles, c’est une richesse naturelle.

Un vignoble/Photo: Élise Jetté

Une fois à Petite-Vallée, le premier chapiteau qui nous accueille est celui de Grande-Vallée où les 300 enfants de la chorale de la Petite école de la chanson sont réunis pour nous faire brailler de beauté pendant deux heures.

Avant ça, la ministre de la Culture Marie Montpetit vient droper 6,5 millions pour reconstruire le Théâtre de la Vieille Forge.

Pauline Marois vient également nous raconter un voyage d’enfance en Gaspésie et elle nous dit que ses amis politiciens ont sorti leur monnaie aussi pour ce grand chantier.

Je pense qu’ils vont avoir assez de sous pour reconstruire, finalement, mais ils économisent quand même:

Économies/Photo: Élise Jetté

Tout le spectacle se déroule bien pour les enfants, sauf quelques-uns qui ont très chaud et qui font des signes comme s’ils allaient perdre connaissance. À la tête de la chorale, Danielle Vaillancourt fait un travail colossal de gestion: avez-vous déjà fait ça, gérer 300 enfants en même temps juste en bougeant les bras?

Les beaux/Photo: Élise Jetté

Les enfants sont spectaculaires et on souhaite les adopter dès leur première toune, particulièrement ceux qui n’ont pas de palettes, ceux qui n’en peuvent plus de leur t-shirt et ceux qui baillent.

Mes préférés/Photo: Élise Jetté

Mes préférés/Photo: Élise Jetté

Mes préférés/Photo: Élise Jetté

Marie-Pierre Arthur et Louis-Jean Cormier se joignent aux festivités à la toute fin, Marie-Pierre reprenant le flambeau de Steph Boulay, l’an dernier, qui avait du mal à parler, émue. L’entièreté de la salle peut relate: tout le monde braille depuis le début du show.

Marier-Pierre Arthur/Photo: Élise Jetté

Au moment d’entrer au chapiteau de la Vieille Forge, on est ébahis: c’est la Cadillac des chapiteaux! Notre entrée dans la zone Théâtre, où Hubert Lenoir chantera, est accompagnée par la toune I Drove All Night de Céline.

Alan Côté, le grand manitou du Festival, demande à la foule de lui fournir la liste de commanditaires: «Avez-vous votre programme? J’ai oublié la liste pis je me rappelle juste de Québécor pis Sirius XM.»

Alan/Photo: Élise Jetté

Il nous présente également la bière officielle de l’évènement et on en profite pour y goûter. C’est ben bon.

Bière/Photo: Élise Jetté

Dans la petite salle de fortune, tout est aménagé comme dans le feu Théâtre: une zone de danse au centre et des tables et chaises sur les côtés. L’émotion est palpable chez tous ceux qui n’en sont pas à leur premier festival.

Les spectateurs, une centaine de personnes, ont plein de place pour danser et il y a une bonne vibe d’école primaire: beaucoup de minis humains très excités de rencontrer le «Le Bowie du Québec », tel que nommé par Alan. La maigre foule n’empêchera pas Hubert de faire du bodysurfing (sur deux personnes).

Hubert Lenoir/Photo: Élise Jetté

Pendant le spectacle, Lou-Adriane Cassidy, qui fait partie du band d’Hubert en plus de poursuivre sa carrière solo, sort une bouteille en plastique et on pense pendant un instant qu’elle boit du lait.

Lou/Photo: Élise Jetté

C’est toutefois un instrument de musique de fortune.

Hubert offre une danse aux tables à quelques madames choyées.

Hubert Lenoir/Photo: Élise Jetté

Puis, il se verse sur la tête quelques bières prises dans la foule. La normale.

On aurait pu imaginer que le spectacle serait plus dépouillé que celui du Club Soda il y a deux semaines, par contre, les trous béants au parterre ne font que décupler l’énergie titanesque du chanteur.

Après une toune, son micro est brisé: il arrête pas de tout lancer. Il sonde la foule: «Vous venez presque tous de Montréal? C’est facile de venir de Montréal.» C’est vrai.

Il parle de pénis et d’identité sexuelle devant les enfants. Puis il s’élance avec sa nouvelle toune, un témoignage de son passage à la télé et du regard des autres sur lui. «À moitié garçon, à moitié fille ou à moitié mort», dit-il. Un futur succès.

En présentant son band, Hubert parle de son pianiste qui «fait normalement du jazz ou du Keith Kouna», puis il présente son virtuose du saxophone André Larue, de quoi se mêler entre le Festival de Jazz et Petite-Vallée… ou même Granby:

«J’aimerais que l’an prochain, le Festival de la chanson de Granby soit le festival de Jazz je Granby! Ha mais on n’est pas à Granby!» – Hubert.

Il quitte la scène en chantant a capella un extrait de I Will Always Love You et de Time of Your Life avec une bouteille de fort dans les mains. Bonne nuit les jeunes!

Nous souhaitons bonne chance à tous les parents qui devront expliquer maints concepts de grandes personnes à leurs enfants après que ceux-ci aient entendu Hubert. On attend vos histoires!

10 questions dans le Microphone avec Louis-Jean Cormier

Où peut-on retrouver Marie-Pierre Arthur, Fanny Bloom, Dumas, Fred Fortin, Laurence Jalbert, Daniel Lavoie, Patrice Michaud, Marjo, Alex Nevsky, Karim Ouellet, Yann Perreau et Vincent Vallières en un seul et même endroit? Dans le studio de Louis-Jean Cormier qui les conviait l’an dernier autour de son Microphone à Télé-Québec afin de reprendre certains de leurs succès! L’album-compilation de quinze chansons est maintenant disponible en version numérique sur étiquette Zone3 Musique.

Rencontre avec le maître d’orchestre!

1 C’est quoi le secret d’une bonne reprise?

Travailler spontanément et instinctivement, voir si la chanson nous ouvre une nouvelle porte, respecter le sens du texte, la mélodie. Mais il faut aussi en profiter pour trouver un nouvel habitat musical qui va porter différemment ces mots-là. C’est comme ça que je nourris mon côté auteur-compositeur. Il y a des moments où je réinvente la chanson et, au final, ça va faire ressortir un passage du texte qui passait un peu plus inaperçu.

2 T’es tu déjà trompé sur le sens du texte?

Oui! Avec Richard Séguin, dans la saison 2. J’étais trop excité et je me suis laissé emporter. La version originale de Journée d’Amérique, là, musicalement, c’est joyeux, mais dans cette toune, il fait froid, y’est cassé, y’est accoté le long d’un mur et il cherche un peu d’azur. Ça ne va pas du tout! J’ai mis la chanson encore plus pépé, mais j’aurais eu l’occasion rêvée de l’amener encore plus dark.

3 Qu’est-ce que t’aimes le plus dans Microphone?

On a du temps comme jamais pour parler de notre métier! Tout ce qui se fait d’autre dans les tribunes de musique à la télé, ça ressemble à: Bon, ok, toi tu sors un album. 3, 4, ok, go, joue! Sinon, tu vas être dans un concours amateur, tu vas chanter entre deux numéros d’humour. Là on a un show de variétés qui prend une tournure de documentaire-spectacle. L’image est belle. C’est bien fait en maudit!

4 Comment tu te sens quand tu proposes une nouvelle version d’une toune à son auteur?

C’est stressant et ça l’est encore plus avec des amis proches. On est en train de rentrer dans l’intimité du créateur. Il y a des gens qui sont plus campés que d’autres. Ils sont indélogeables dans leur façon de faire. Vallières, par exemple, tu peux pas aller n’importe où avec ses tounes. Je préfère la version originale de sa chanson L’amour c’est pas pour les peureux, mais une valse blues plus soul, ce qu’on a fait pour Vallières, c’est vraiment spécial, parce qu’il va pas là d’instinct!

5 Dans l’épisode avec Fred Fortin, tu parles beaucoup de ton admiration pour lui. Qu’est-ce qui te fascine le plus chez lui?

Depuis que je suis tout petit (ben, j’avais 17 ans quand il a sorti son premier album), je trouve que c’est un super musicien et un bon raconteur. Il est campé dans son accent, dans son joual, dans sa façon de faire tout en délicatesse. Il peut dire «bobettes sales» ou «t’es un ange cornu»… Il va toujours te sortir une phrase qui fesse en criss. Il est jamais en train de se travestir.

6 Est-ce qu’il y a des chansons qui ne sont pas « reprenables »?

Y’a des intouchables. Des pièces que j’aimerais pas tirebouchonner parce que c’est trop beau. Mais encore là, tout est possible. Ça prend le flash de la réinterprétation.

7 Microphone, c’est le seul endroit à la télévision québécoise où on peut voir des musiciens jaser de musique pendant un bon moment. Qu’est-ce que t’as retenu de plus percutant dans ces discussions?

La saison 2 est plus fraîche dans ma mémoire. Il y a entre autres Paul Daraîche qui nous avoue avoir été dépendant au crack et que sa blonde l’a sauvé.

8 Et le moment le plus touchant?

Richard Séguin qui explique la différence entre le bon et le mauvais doute et qui parle de la nécessité de douter. Martha Wainwright qui raconte que les gens qui nous suivent vont toujours garder en mémoire la première fois qu’ils nous ont vus. Dans leur tête on reste jeune tout le temps. Même si on préfère faire nos nouvelles chansons, il faut revenir à notre matériel plus nostalgique parce qu’il veut dire quelque chose pour les auditeurs.

9 Dans la nouvelle saison, à venir le 1er mars, quelle reprise gagne la médaille d’or?

Cap enragé de Zachary Richard, on a fait quelque chose de fantastique avec ça. Sinon, en fin d’épisode, avec Richard Séguin, Salomé Leclerc et Alexandre Désilets, on a fait La chanson démodée de Gilles Vigneault dans une vibe sénégalaise tribale. Séguin joue du verre à vin (rires). Il y a aussi Lara Fabian qui chante Je t’aime, c’est fou raide. On en a fait une balade à la Diana Ross en 1971. Doux et soul. Au lieu de hurler «je t’aime», elle chuchote. C’est la seule perfo qui a eu une ovation debout.

10 Quel est le rôle de Microphone dans le paysage télévisuel actuel?

Ça doit juste jouer un rôle d’entraînement. En ce moment, Télé-Québec joue un rôle avec Belle et Bum et Microphone. J’aimerais ça que l’autre diffuseur public fasse un effort considérable en ce sens. Je ne veux pas insulter personne, mais les gens qui font de la musique sont les mieux placés pour conceptualiser un show de musique…

Vrai!

L’album de la saison 1 est déjà disponible. En plus des artistes invités, on y entend aussi Mathieu Désy à la contrebasse, Marc-André Larocque à la batterie et aux percussions et Alex McMahon à la direction musicale, au piano, aux claviers et aux percussions. 

La deuxième saison de Microphone sera en ondes dès le 1er mars à 20 h à Télé-Québec.

La saison 1 sera en rediffusion à partir du 23 avril.

Festif! 2017 JOUR 2 : party de saucisses

En cette seconde journée du Festif!, les éléments se sont déchaînés et l’univers a testé nos capacités d’adaptation. De la pluie froide aux grandes chaleurs, nous avons tout bravé pour assister aux spectacles bucoliques de Charlevoix, et ce, dans un contexte où il était impossible de boire sa bière vraiment froide et impossible de manger ses saucisses vraiment chaudes.

Par Élise Jetté, Mathieu Aubry, Marielle Normandin et Catherine Guay

La première chose qu’on vit en se réveillant dans une tente suffocante à odeur aigre-douce, c’est apercevoir un grand fessier (celui de notre collègue), échoué sur un matelas de sol avec pour seule couverture un crewneck de Brown. Dépourvu d’oreiller, l’homme-déchet ronronne dans la quiétude du camping.

Après avoir découvert les meilleurs scones de l’univers au Café Charlevoix, on se rend au quai sous la pluie bipolaire pour notre premier spectacle de la journée: Louis-Jean Cormier.

Louis-Jean Cormier/Photo: Élise Jetté
Louis-Jean Cormier/Photo: Élise Jetté

Constatant la présence d’un public massif malgré la pluie, Louis-Jean questionne celui-ci afin de savoir quelle drogue le rend si apte à tolérer le mauvais temps: «Le Festif!, c’est des hippies sul mush», dira-t-il.

Devant nous, ce gars-là se paye la traite: il se ramène une version audio complète du spectacle. Il filme même pas. Un gars qui vit dans le passé…

Ce gars/Photo: Élise Jetté
Ce gars/Photo: Élise Jetté

Également dans le passé, LJ se gâte avec des tounes de Karkwa, dont Le pyromane, à son plus grand bonheur et au grand bonheur d’un gars qui crie entre chaque toune: «UN RETOUR DE KARKWA SVP».

Il terminera en remerciant tout le monde, mais surtout les filles qui se sont présentées avec des t-shirts blancs.

Surprise, ensuite! Peter Henry Phillips donne un show au bout du quai sous un soleil radieux et devant une marée haute. Seulement une apparition surprise de Dobacaracol aurait pu accoter la symbiose mer-ciel.

Peter Henry Phillips/Photo: Élise Jetté
Peter Henry Phillips/Photo: Élise Jetté

Durant une pause entre deux chansons, sa fille de quatre ou cinq ans s’approche pour lui faire un câlin et lui donner de l’eau, détrônant ainsi Saratoga au top des affaires les plus cutes qui existent.

Une foule compacte sur la rue Saint-Adolphe nous accueille au show de Beyries qui se déroule sur le balcon d’une certaine Jacqueline. La rue, supposément fermée à la circulation ne l’est pas vraiment et on se retrouve pris au piège avec notre voiture. «Non», répondront tous les habitants du coin à la question «Puis-je me stationner ici?» Une sympathique fille nous laisse mettre la voiture dans un endroit exigu formé de pièces de bois. On se croirait chez Rona. Ici la crise du bois d’oeuvre ne frappe pas.

Beyries/Photo: Élise Jetté
Beyries/Photo: Élise Jetté

Finalement, on voit plus de têtes que de Beyries, mais c’est toujours aussi envoûtant. Un enfant perdu ira réclamer une mère au micro. L’histoire ne dit pas combien de femmes ont réclamé l’enfant.

Par la suite, nous nous rendons au Saint-Pub pour faire déguster les bières du terroir à We Are Wolves. Une discussion qui portera surtout sur l’étymologie des mots latins. Vidéo à voir sur Feu à volonté la semaine prochaine.

We Are Wolves/Photo: Élise Jetté
We Are Wolves/Photo: Élise Jetté

La pluie nous happe autant que Batlam sur une piste cyclable et nous tentons de rejoindre Lydia Képinski pour lui servir la superficie de Paul Cagelet en saucisses. Comme tous les artistes de la relève, elle a faim. Elle engloutit le plat comme s’il n’y avait pas de lendemain.

Lydia Képinski/Photo: Élise Jetté
Lydia Képinski/Photo: Élise Jetté

Comme il fait chaud et qu’on ne peut obtenir de bière à la bonne température depuis 2 jours, nous sommes proactifs et nous nous soulageons comme nous pouvons.

La fraîcheur/Photo: Mathieu Aubry
La fraîcheur/Photo: Mathieu Aubry

Il pleut beaucoup. Nous préparons donc l’arche en cas d’inondation. Le test drive est concluant.

Noé/Photo: Gaëlle Lachappelle
Noé/Photo: Gaëlle Lachapelle

Au dépanneur, on réalise avec soulagement que 2Frères joue pas au Festif!, mais…

2Frères/Photo: Élise Jetté
2Frères/Photo: Élise Jetté

Au camping, nous sirotons quelques bières, fraîches cette fois, en écoutant la tête d’affiche Xavier Rudd qui se produit sur la scène à quatre kilomètres de nous. Une expérience sensorielle hors du commun.

On rencontre ensuite ce gars-là qui propose de nous percer le nez avec une punaise et un peu de vodka. Un gars qui sait accommoder les touristes.

Piercing/Photo: Élise Jetté
Piercing/Photo: Élise Jetté

À la scène Sirius XM, on danse et on crie sur We Are Wolves. On trashe en douceur et, on regarde pas à la dépense: on lance des Écocup qui valent tous deux dollars. #richesse

1/3 de We Are Wolves/Photo: Élise Jetté
1/3 de We Are Wolves/Photo: Élise Jetté

Dans le sous-sol de l’église, les Dales Hawerchuk transpirent l’expérience. Un show réussi. Quand y’a du body surfing entre les tounes, c’est signe que ça marche bien. Un autre indice valable: les paramédics qui arrivent pendant Mais où est donc carnior? pour vérifier que tout est correct. C’est très rock.

Dales Hawerchuk/Photo: Catherine Guay
Dales Hawerchuk/Photo: Catherine Guay

À la scène Radio-Canada, Karim Ouellet, maintenant blond, fait son show avec cette nouvelle allure de Sisqo. Un beau prince qui enchaîne surtout des vieux classiques de Fox. #nostalgie

Karim/Photo: Catherine Guay
Karim/Photo: Catherine Guay

Qualité Motel, pas mal meilleur que Valaire, nous groove la fin de soirée. On a l’impression d’être dans une discothèque. Le plancher de danse take over la scène et la sécurité s’inquiète que ça finisse comme le show de Migos au FEQ. Gros moment de virtuosité quand on entend Think Of You de Gregory Charles. Rouge FM peut aller se rhabiller.

Qualité Motel/Photo: Élise Jetté
Qualité Motel/Photo: Élise Jetté

On finit ça pas en beauté, au sous-sol de l’église, avec un Xavier Caféïne qui a hâte que ça finisse pour retourner à l’Esco. On découvre que ce sont uniquement les chansons connues qui sont agréables. Confus, Xavier demande l’aide du public: «J’ai-tu pris de la MD ou de la kétamine? Ça vient de kicker in».

Notre deuxième soir se termine dans la tente-palais MEC avec un paquet de saucisses crues, un gin-tonic et de la moutarde.

Carte blanche généralisée avec Louis-Jean Cormier

Avec son nouveau spectacle Les passages secrets, Louis-Jean Cormier se donne carte blanche et donne aussi cette carte magique à son public. Le Théâtre Fairmount était le terrain de jeu de LJ et de ses convives à qui on permettait de faire tout ce qu’ils voulaient. Retour sur une soirée où le rythme n’était pas donné à tout le monde.

Louis-Jean Cormier/Photo: Élise Jetté
Louis-Jean Cormier/Photo: Élise Jetté

Le mystère était complet quant au contenu de ce spectacle où on aurait pu s’attendre autant à une revisite des classiques de Cormier version danse contemporaine qu’à un théâtre de marionnettes maniées par les membres de (feu) Karkwa. C’était le néant: «C’est un spectacle où vous savez pas ce qui va arriver. Même moi je sais pas ce qui va se passer», dit d’emblée Louis-Jean.

C’est exactement à ce moment qu’il aurait fallu se méfier. «T’as le droit de chanter les bouttes que tu connais même pas», dit dès le départ l’auteur-compositeur devant une foule pendue à ses lèvres qui n’attendait qu’un signe pour transformer le Théâtre Fairmount en karaoké.

On se demande ensuite s’il s’agira d’un cours de yoga réinventé quand LJ s’apprête à commencer: «Connectez avec la Terre. Avec le moment présent.» Ces personnes dépourvues de chaises sont bien placées pour suivre la leçon ou bien ils s’installent pour un sit-in.

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Contre toute attente, c’est L’ascenseur qui commence et non une salutation au soleil rythmée par un chant de baleine. Puis c’est Bull’s eye avec un intermède sexu-groovy et C’EST LÀ que la décadence débute. Durant tout le spectacle, Louis-Jean enlèvera d’abord son veston, puis, étape par étape, il détachera des boutons de sa chemise. Et Gisèle (nom fictif), à ma droite, vit quelque chose qu’elle n’a pas vécu depuis un long moment: elle est très émoustillée.

Louis-Jean, vous le connaissez déjà. Gisèle sera donc le personnage principal de ce qui suit.

C’est pendant Si tu reviens que LJ prononce la phrase fatidique. «Tu peux y aller plus fort quand tu chantes», dit-il à son public qui entonne déjà de manière bien insupportable tous les mots dans chansons. Gisèle obéit.

Et pendant Transistors on réalise que Gisèle est toujours vraiment proche de dire le bon mot, mais jamais vraiment proche de chanter sur la bonne note. Et LJ s’élance et parle de nudité pour l’une des nombreuses fois du spectacle. «Je me sens nu sans les ex-détenus et les drogués qui sont avec moi d’habitude sur scène», dit-il en parlant des musiciens qui l’accompagnent en temps normal. «Ooooohhh», s’écrie Gisèle telle une adolescente qui pousse les portes du 281 le soir de son 18e anniversaire.

Comparant son spectacle à un véhicule tout-terrain qui peut emprunter les routes de campagne, Louis-Jean fait un parallèle avec Les grandes artères où on a l’habitude de le voir se promener. Ma grand-mère mélange Louis-José Houde et Louis-Jean Cormier. Heureuse de ne pas l’avoir amenée à ce spectacle coquin. On aurait eu de la misère à s’en sortir.

Tête première, Faire semblant, Traverser les travaux et St-Michel s’enchaînent et Gisèle fait sa propre poésie, utilise sa carte blanche. Ainsi, le soleil tombe dans la TERRE, on a le corps gris sur un fond PÊCHE et le pied sur le TRAIN.

Et, probablement parce qu’il constate les lacunes vocales du groupe, Louis-Jean se lance dans une leçon de chant sur Tout le monde en même temps. Parce qu’il dira des gros mots comme «ta yeule», il se sentira vite comme un gars de hip-hop: «Vis ta vie pis reste en vie», chantera-t-il même, entre deux refrains. Gisèle est confuse.

Louis-Jean Cormier/Photo: Élise Jetté
Louis-Jean Cormier/Photo: Élise Jetté

Soulignant qu’il pensait à Karkwa tout à l’heure pendant qu’il était en chest (frénésie de Gisèle au mot chest) dans sa loge, Louis-Jean enchaîne avec Le pyromane et Moi-léger. Gisèle connait pas Karkwa pantoute donc elle va faire pipi. Le monstre et Un refrain trop long nous amène lentement vers la fin du spectacle gorgé de frivolités. Et tel Rémi Girard, Louis-Jean nous remercie «Merci d’être là, fidèles au poste, prêts au combat», puis il termine avec La fanfare.

Pour chanter Ce soir l’amour est dans tes yeux lors du rappel, Louis-Jean fait monter sur scène la fille qui s’agite le plus dans la salle: Amélie. Elle se fait chanter la pomme par LJ et Gisèle est ben jalouse. Que doit faire Amélie sur scène? «Tu peux faire comme si tu jouais une asperge à l’Espace Go dans une mise en scène de Serge Denoncourt», dit Louis-Jean. Notre ami veut terminer par une demande spéciale. Il se fait demander Heureux d’un printemps, mais refuse, puis poursuit avec Les chansons folles et Deux saisons trois quarts, durant lesquelles Gisèle aura un besoin intrinsèque de moucher tout son fin fond nasal.

TOP 2015 FRANCO positions 10 à 1

On prendra pas de résolutions, parce qu’on se trouve ben corrects de même. Toutefois, c’est quand même l’heure des bilans pour 2015. Voici donc nos albums francophones locaux préférés de l’année.

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10 Les Soeurs Boulay – 4488 de l’Amour

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Près de trois ans après la sortie de l’album qui les a fait connaître (Le poids des confettis), Les soeurs Boulay ont rappliqué cette année avec 4488 de l’Amour, un élan émotif et engagé soutenu par les guitares électriques (Jesse Mac Cormack, Gabriel Gratton), les batteries (Vincent Carré, Samuel Joly) et les instruments à vent (Renaud Gratton, Jérôme Dupuis-Cloutier). Le duo nous entraîne dans l’anecdote tendre et les souvenirs déconstruits et lissés. Pour ce second album qui est souvent le moment où «ça passe ou ça casse» les filles amène le folk là où il ne va pas souvent. C’est doux. (ÉLISE JETTÉ)

9 Bernard Adamus – Sorel Soviet So What 

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En 2015, le coloré Bernard Adamus a préféré renforcer le côté musical de son œuvre folk-country et c’est avec son savoureux deuxième album Sorel Soviet So What qu’il ajoute des couches et de la texture à son œuvre déjantée. On n’a pas perdu le côté mordant pour autant: on parle quand même de lolos sur le premier extrait. (ALEXANDRE DEMERS)

8 Ponctuation – La réalité nous suffit

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Deuxième album des deux bums de Québec, La réalité nous suffit a été enregistré sur un 8 tracks et ça paraît. Rappelant parfois Ty Segall ou The Oh Sees, les mecs nous offrent une sonorité crado, fuzzy et psyché, bref, les frères Chiasson sont maintenant les maîtres incontestables du garage québécois. (MATHIEU CATAFARD)

Saratoga – Saratoga

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Une contrebasse, une guitare et les douces voix de Chantal Archambault et de Michel-Olivier Gasse: il n’en faut pas plus pour qu’opère le charme. Ces cinq chansons feutrées, comme des bribes de vie, sont la preuve que du minimalisme peut jaillir une infinie beauté. De la musique qui va droit au cœur. (CAROLINE BERTRAND)

6 Louis-Jean Cormier – Les grandes artères

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Le musicien à la voix enveloppante et empreinte de sensibilité démontre encore une fois l’immensité de son talent, pour ne pas dire sa virtuosité. Poignantes et enlevantes, ses mélodies rock et folk extrêmement bien ficelées, toutes plus mémorables les unes que les autres, font fi de moule. Bref, tout ce qu’il touche se transforme en or. (CAROLINE BERTRAND)

5 Caltâr-Bateau – La bavure des possessions

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Il y a du beau bon monde sur ce projet-là, l’ami! C’est un album riche en bon. Les voix se superposent à merveille comme des guimauves sur un chocolat chaud. C’est un album riche en textes. Je ne saurai quoi dire d’autre que La bavure des possessions est un album riche en toute. Si t’es dans l’autobus et que tu écoutes l’album, je te donne la permission de mettre le volume au maximum afin que tous puissent l’écouter, surtout si c’est la chanson Rouge maladie, c’est ma pref. (NOÉMIE ST-LAURENT-SAVARIA)

4 Rosie Valland – Partir avant 

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Le premier album d’un auteur-compositeur est souvent un amalgame de sentiments passés vécus et jamais évacués. Ces émotions brutes donnent naissance à des pièces sensibles, à fleur de peau. C’est dans cet état de libération que Partir avant est né, abordant tous les sujets qui auraient dû être abordés, disant les mots qui auraient dû être dits. Avec son complice Jesse Mac Cormack, Rosie Valland met de l’avant un aspect fonceur de sa personnalité, dévoilant ses histoires comme un livre ouvert et maniant les arrangements comme une reine. (ÉLISE JETTÉ)

3 Philippe Brach – Portraits de famine

philippebrach

Il n’en perd pas de temps ce Brach! Un peu plus d’un an après la sortie de son premier album, il est revenu à la charge avec un autre disque où la divagation prend de l’ampleur. Se décollant légèrement des morceaux plus poignants il prend une tangente un peu fucked up et nous catapulte ailleurs. Totalement. Gros fun de mon côté: pouvoir enfin entendre la pièce Alice sur disque et non seulement en concerts. Outre-passant les règles du bon goût, Philippe Brach prouve une fois de plus que le cadre, c’est pour les autres. Allons colorier maintenant! (ÉLISE JETTÉ)

2 Safia Nolin – Limoilou

safia nolin

Limoilou est l’album québécois le plus déchirant de l’année. À fleur de peau, Safia Nolin y  chante son quotidien terne, sans éclat, comme pour se libérer de ses tourments et tenter d’y trouver un peu de lumière. Grâce à lui, la chanteuse est devenue, en quelques mois seulement, la nouvelle coqueluche de la chanson québécoise. (OLIVIER BOISVERT-MAGNEN)

1 Jean Leloup – À Paradis City

jeanleloup

Porté par l’humilité désarmante de son créateur, qui raconte sans pudeur sa descente aux enfers et sa peur de la mort, À Paradis City est l’album de la rédemption et de la consécration pour Jean Leloup. Touchant sans être larmoyant, ce huitième opus repose sur des arrangements simples et des compositions folk universelles, parfois empreintes d’un groove saisissant. Au même titre que Le Dôme, À Paradis City est une œuvre de premier plan dans la carrière extrêmement remplie de ce maître de la chanson d’ici. (OLIVIER BOISVERT-MAGNEN)

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