FME 2020, jour 2 & 3: la fin ou le début du monde

Parce qu’on était loin d’être remis de notre karma de cul de la veille, on a commencé notre vendredi au FME en mangeant chacun une pomme parce que s’il y a une chose que tu peux manger pour raligner tes chakras, pas mal certain que c’est le fruit chaudement recommandé pour éloigner le médecin pour toujours.

Par Julien Roche et Élise Jetté

La voiture est tombée en panne à nouveau entre deux entrevues avec des artistes du FME. Le vendredi après-midi a donc été consacré à magasiner et installer une batterie de char. On ne peut pas dire qu’on n’est pas fiers de l’avoir installée nous-mêmes avec un outil acheté sur le fly dans la rangée 38 du Canadian Tire de Rouyn.

Élise teste ladite batterie en se rendant au fin fond de l’oubli, au lac Flavrian où Rosie Valland s’exécute pour le 5 à 7.

Comme si quelqu’un de mal intentionné voulait nous narguer, les sièges offerts aux spectateurs sont des pneus de voiture. Very funny, FME, very funny.

De la provocation/Photo: Élise Jetté

Au moment où l’on arrive sur place, une dame inconnue est en train de chanter et de jouer du piano. C’est avec une attitude circonspecte que nous allons nous asseoir en nous disant quand même «c’est pas Rosie, ça.»

C’était finalement la mairesse de Rouyn venue pour démontrer qu’elle peut accueillir quelques milliers de citoyens de zones covidiennes avec le sourire.

Au moment où Rosie s’installe au clavier, elle remarque que la mairesse a changé son set up. «Scusez, c’est la mairesse qui est venue jouer», dit-elle. Un sabotage volontaire? J’investiguerais.

Comme son album est sorti très peu de temps avant la pandémie, Rosie est heureuse de regagner la scène. C’est un duo avec son amoureux Frédéric Levac qu’elle nous présente en toute simplicité alors que la pluie s’en mêle. «Il faisait vraiment beau avant que tu arrives», m’annonce la bénévole à l’entrée. Avec la chance qui ne nous court vraiment pas après, on n’est pas surpris.

Rosie Valland/Photo: Élise Jetté

Rosie Valland nous annonce une sortie en novembre: un EP acoustique piano-voix inspiré par un show auquel nous avons assisté à La Chapelle l’hiver dernier. Une expérience sans micro et sans ampli qui donnait à voir la version la plus pure de la musique.

Rosie Valland/Photo: Élise Jetté

Pendant ce temps, Jonathan Personne s’exécute à la presqu’île du lac Osisko, réplique rouynorandienne de l’amphithéâtre de Pompéi, sous un ciel chamailleur où un immense nuage gris ponctue la lumière dorée d’averses intermittentes. On tirera grand bénéfice des chaleurs californiennes du rock de Personne, fraîchement équipé de son nouvel album Disparitions, déjà un de nos préférés cette année. Jonathan Robert transforme tout ce qu’il touche en or, c’est pas compliqué – un fait passablement frustrant pour les humains ordinaires que nous sommes, condamnés à l’insuffisance devant ce demi-dieu du rock. 

Jonathan Personne/Photo: Julien Roche

À 19 h, Le Couleur se donne en prestation secrète à l’intersection des rues Principale et Perreault. La température enfin radieuse sied parfaitement à leur électro-pop franchement plus rock qu’à l’habitude. Au détour d’un des nombreux licks de funk du guitariste Tellier, on se désole intérieurement de la foule engagée mais éparse: Le Couleur a du stock pour faire groover une foule d’un millier, et ils l’auraient fait avec brio dans un FME régulier. On se promet, pour l’après-covid, de revoir ce band avec une foule à la hauteur de ses ambitions.

Le Couleur/Photo: Julien Roche
Les Louanges/Photo: Élise Jetté

Rendez-vous, ensuite, avec Les Louanges à l’Agora des Arts, un spectacle qui affichait complet après trois minutes de libération des billets. Vincent Roberge met très peu de temps à établir pourquoi il est le nouveau roi du sexe au Québec en déformant sa figure sinueuse en déhanchements lascifs et maîtrisés. Pendant que tous les ovaires dans la salle tournent à trois cents tours-minute, on prend la mesure de l’ascension vertigineuse du band: c’est seulement deux ans plus tôt qu’on entendait, à Rouyn, et en primeur, la riche matière de l’album La Nuit est une panthère, véritable gamechanger pour le R&B francophone. Il nous parle d’ailleurs de cette soirée norandienne où il vivait son premier show avec une file à l’extérieur.

Les Louanges/Photo: Élise Jetté

«J’ai atteint mon premier million, j’ai des bagues maintenant», nous ment-il au milieu du set alors que le sax se fait aller comme si la musique allait mourir demain.

«Comment ça va Rouyn?, mais putain, ça ressemble à un vrai concert», dit Roberge avec un accent français pêché au début de la pandémie durant ses frasques européennes. Il fait quelques réflexions au sujet de notre absence de sueur en ces temps restrictifs en ce qui a trait au mouvement (c’est toujours un show assis). «Moi je vais suer pareil», annonce-t-il alors qu’on voit déjà ses mouvements de bassins dignes de Dirty Dancing.

Les Louanges/Photo: Élise Jetté

Vincent finit son show masqué. Parce que.

La salle au complet quitte rangée par rangée et tout le monde a envie de faire l’amour. C’est l’effet Louanges.

Les Louanges/Photo: Élise Jetté
Backxwash/Photo: Élise Jetté

Notre soirée se termine au Cabaret de la dernière chance pour le spectacle de Backxwash qui attire les meilleures prédictions en ce qui concerne une victoire au Polaris 2020. Parmi les choisis de la shortlist, l’artiste s’exécute sur la petite scène, ébahie par l’intérêt viscéral des convives, captivées par autant d’aplomb.

Backxwash/Photo: Élise Jetté

C’est en quelque sorte le triomphe de la musique devant tout le reste. Beaucoup de messages réussissent à passer dans ses textes et c’est avec elle qu’on termine la soirée.

Samedi, rendez-vous aux abords du lac Flavrian, en début de soirée, pour la rencontre la plus exploratoire de cette 18e édition du FME. Encore une fois, une lourde chape de gris couvre nos têtes, de sorte qu’en dépit du temps initialement sec, tout le monde a prévu de quoi se protéger de la pluie. Mathieu David Gagnon, figure centrale du projet Flore Laurentienne, prend d’ailleurs la parole pour nous remercier d’être là: le spectacle n’a tenu qu’à un fil, menacé par une brève et intense averse d’après-midi. 

Flore Laurentienne/Photo: Julien Roche

Forte d’un quatuor à cordes et d’une montagne de claviers, la formation à sept présente la plupart du matériel de l’album Volume 1 à un parterre muré dans le plus grand des silences. Pas celui du désintérêt – cette scène étant la plus excentrée du festival, les gens qui sont ici ont VRAIMENT envie d’y être – mais celui d’une intense attention, d’un respect total. Lents crescendos, percussions feutrées, violons tantôt piqués, tantôt en canon, lignes mélodiques patiemment construites: tout dans cette musique invite à une écoute active et entière.

Quand l’acide kick in/Photo: Julien Roche

Puis la pluie, en crescendo puis en trombe, s’invite parmi nous. On sent grandir dans l’air le dilemme des spectateurs: rester sur place, stoïques, à subir le frisson pour l’amour de la musique, ou chercher refuge sous les résineux environnants? On y voit le signe d’une grande appréciation qu’autant aient subi volontairement cette Flotte Laurentienne (merci à Émilie Rioux de CHYZ 94,3 pour ce flash!) qui atteint un vertigineux sommet avec Fleuve No. 3  avant d’être récompensée en toute fin de parcours par une radieuse éclaircie. 

Oui/Photo: Julien Roche

Au golf, c’est Maude Audet qui garde captifs les spectateurs qui se concentrent sur le show pour ne pas mourir de froid. L’auteure-compositrice-interprète prend d’ailleurs à de nombreuses reprises le pouls de la foule, hésitant à mettre fin à la prestation pour permettre aux fans de se réchauffer dans leur char. Mais tout le monde en redemande. «On est là et on est plus forts que la pluie», dit simplement Maude, optimiste.

Elle demande d’ailleurs, dans toute sa bonté, aux spectateurs de s’avancer alors qu’ils n’ont pas le droit de quitter leur petit poteau.

À la fin, elle nous offre la dernière toune, car «ce serait un peu niaiseux de sortir de scène et d’aller mettre mon masque dans ma van en attendant le rappel», dit Maude.

Le froid et la pluie nous étaient passés de bord en bord, on a donc décidé d’aller goûter les plaisirs de l’Italie au Mikes.

Même une fois rendus au paradis de la pâte, on était rendus trop épais pour comprendre le code QR du menu. Le FME peut avoir cet effet: te mener bien haut et te lancer au fond du baril la dernière journée quand tu commences déjà à sentir la nostalgie arriver.

Heureusement, ils nous ont laissé manger pareil.

On n’a pas eu la chance d’aller voir Gab Bouchard pour son set, mais on lui a parlé quand même. De toute façon, on l’aimait déjà comme en témoigne notre retour sur son lancement que vous pouvez lire ici.

On avait littéralement tout donné ensuite. Notre samedi se termine donc par un film de James Bond version pour malentendants sur le câble de l’hôtel et une bonne nuit de sommeil à 21h45. On n’a plus vingt ans!

La route du retour s’est faite d’un trait, sans panne ni crevaison. Seulement avec un mal de dos et une salutation émotive au Point S sans qui nous n’aurions pas vécu cette ivresse musicale de 3 jours.

Le facteur COVID-19 a été un incontournable de ce curieux FME, et les règles des sécurité sanitaire ont été appliquées magistralement par le staff du festival, dont les membres portaient le masque en permanence. Pas plus de relâche pour les festivaliers: masque obligatoire lors de tous les déplacements dans les lieux publics, intérieurs ET extérieurs; places assises et assignées dans tous les parterres intérieurs; capacités de visiteurs fortement réduites, voire littéralement décimées: de ~35 000 pré-covid à ~3000 en 2020. Dans les circonstances, c’est un immense honneur d’avoir même été invités à le couvrir en tant que membres des médias. On n’a aucun doute que la santé publique soufflait fort à la nuque de l’organisation du FME, a fortiori considérant que l’Abitibi-Témiscamingue au grand complet n’avait même pas eu 200 cas au total depuis le début de la pandémie. Si une éclosion se déclare dans les prochains jours, les festivaliers seront premiers dans la liste de suspects; c’est une perspective qui nous pèse avec une lourdeur croissante depuis notre retour.

Si la pandémie est une neige folle qui s’est abattue sur le milieu du spectacle, le FME avait la lourde tâche de se parer de raquettes et de tracer le sentier pour toute une ribambelle d’artistes, organisateurs, diffuseurs et autres acteurs essentiels qui s’attaqueront à la tâche de redémarrer, à petits pas, l’industrie de la musique live au Québec. La PCU, ce n’est pas une saine manière de vivre, pas plus qu’il n’est sain pour la musique de n’avoir aucune scène à meubler.

Merci infiniment à l’organisation du FME, à la population rouynorandienne pour l’accueil et l’aventure en tous points hors du commun. On dit que l’on est toujours plus conscients de ce qu’on aime une fois qu’on l’a perdu. Cette fin de semaine, le FME nous a plutôt démontré qu’on aime la musique de manière démesurée une fois qu’on la retrouve. Merci aux organisateurs du festival et aux artistes de nous avoir aussi bien accueillis à bras ouverts que s’ils avaient réellement eu le droit de nous ouvrir les bras. Vous nous avez permis de recommencer à rêver au prochain festival.

À l’an prochain, Rouyn. En espérant te voir la face (démasquée) cette fois.

Lisez notre retour sur le JOUR 1 du FME

TOP 2019 FRANCO positions 20 à 11

Fin d’année = renouveau. Greta Thunberg, notamment, doit se dire que 2019 lui a pas mal soufflé dans l’dos et que 2020 is the one. Nous autres, nos psychologues sont d’avis qu’on vit dans le passé. On n’est pas rendus à la nouvelle décennie. Voici donc la belle musique qu’on a vue naître en 2019: Les positions 20 à 11 de nos albums/EP francophones préférés de l’année.

20 Saratoga – Ceci est une espèce aimée

Avec ce deuxième album, Saratoga offre probablement une des plus belles collections de chansons du répertoire de ses deux membres Chantal Archambault et Michel-Olivier Gasse. Ceci est une espèce aimée, c’est des textes remplis de sincérité, des mélodies poignantes et sans doute l’un des albums les plus réconfortants de l’année. À écouter en prenant son temps un dimanche après-midi à regarder la neige tomber par la fenêtre. C’est feutré, c’est doux, ça nous rend nostalgique et amoureux. (RAPHAËL BOIVIN)

19 LaF – Citadelle

Avec Citadelle, LaF nous prouve qu’on peut chanter sur un album de rap et que ce n’est pas obligé de passer par l’auto-tune pour que ça sonne bien. Les gentils Bkay, Jah Maaz et Mantisse poussent la note sur les gentilles productions de BLVDR, Bnjmn. Lloyd et Oclaz pour nous offrir un album lumineux, positif et décomplexé qui peut plaire à un public de 7 à 77 ans, comme un bon jeu de société que toute la famille aime. Du gros fun, mais sans le danger! (NICOLAS SIMARD)

18 Safia Nolin – Reprise Vol.2

Cet album est sorti cette année durant mes vacances aux Îles-de-la-Madeleine avec ma mère et ma grand-mère. Inutile de dire qu’il fut écouté à maintes reprises durant les 15 heures de route qui nous séparaient de la maison au retour. Bien que ma mère ait trouvé que La soirée est encore jeune faisait passer la route plus vite que Reprises Vol.2, elle a trouvé vraiment audacieuse l’idée de reprendre Céline Dion. «Ça prend du courage et c’est bien fait», a-t-elle déclaré. Claudette, ma grand-mère, était pour sa part très heureuse de fredonner sa pref’ Marie-Denise Pelletier au sortir du traversier où elle avait peur que je scratche le toit de son auto. Cela dit, les pièces s’enchaînent comme des chants d’espoir, des ritournelles qu’on a assez chantées au karaoké pour pouvoir sing along avec Safia et ses chums de filles. Le piano d’Alexandra Stréliski et la voix de Pomme se mêlent à tout ça comme si ça avait toujours été prévu comme ça. On aime les chansons originales de Safia, mais personne ne gère la reprise comme elle. (ÉLISE JETTÉ)

17 Les Louanges  – Expansion Pack

Ce EP porte vraiment bien son nom. Tout en gardant le son RnB-franco-jazzy de son album La nuit est une panthère, ce petit bijou montre un désir d’éclater les frontières, d’expérimenter avec les sons, avec les styles et avec des gens. Les Louanges nous transportent dans un univers juste assez fucké su’é bords, où l’on retrouve des beats de trap, des rappeurs et les chill vibes de Vincent Roberge qui font du bien. (SARA-DANIELLE FAUCHER)

16 Robert Nelson – Nul n’est roé en son royaume

Y’a pas juste le ruisseau qui est motivé. Y’a aussi le Bobby Nel qui nous arrive par le chemin du roé avec un premier album flambant neu. Un projet plus sombre et personnel que dans le passé, mais qui prouve encore qu’il est dominant tel un Jacques Plante du rap Québ. En spectacle, il profite de la pièce Luciole pour expliquer ce qu’est le «Dutch Reach». Donc si tu sais pas c’est quoi en lisant ces lignes, please google that en l’honneur de Bernard Carignan! Peace. (FRANÇOIS LARIVIÈRE)

15 Eman – Maison

Eman complète avec une exceptionnelle intelligence sa transition de bum à pousseux de poussette, sur fond de pop ou de rap. Ses mots décrivent un quotidien rythmé par les engagements d’un père et d’un artiste conscient de ses forces, tout en aspirant à mieux. Une des grosses annonces est l’ouverture de son club de lecture nocturne post-trap: « Catch moi late night en train de lire un livre dans la cour». Il devrait y inviter l’humble french catholique François Legault pour qu’il commence à avoir du sens. (JULIEN ST-GEORGES-TREMBLAY)

14 Fred Fortin – Microdose 

Le Jeannois nous a fait l’honneur de la plus belle surprise de l’année avec cette dose macro de récits folk-rock. Les narrations au Je, sourires en coin question de désamorcer le blues, s’acoquinent des suspects habituels (Langevin, Lafontaine, Grass) qui complètent ici une Microdose plus sensible et moins pop que le précédent Ultramarr. On chouchoute déjà Fortin pour son total dénuement d’artifices – heureux de voir que rien ne le presse de saboter une formule gagnante. (JULIEN ROCHE)

13 Bleu Jeans Bleu – Perfecto

Y’a tu quelqu’un d’autre qui est pu capable d’entendre «hey» sans répliquer «t’es tu ben dans ton coton ouaté»? C’est probablement le hit de l’année, mais cette chanson n’est pas la seule à nous faire vibrer sur le troisième album de Bleu Jeans Bleu, Perfecto. Bien qu’ils aiment écrire des textes légers et humoristiques (ils parlent tout le temps de bouffe, je relate), les Bleus ont la composition savante et manient avec brio les grooves solides et les mélodies accrocheuses. Perfecto s’écoute d’une traite dans un road trip pour gueuler dans son char en dansant sur son siège (en cuir).  (SARA-DANIELLE FAUCHER)

12 Lary Kidd – Surhomme

Après avoir perdu le Contrôle sur son précédent album, Lary Kidd s’impose tel un Hercule des temps modernes avec ce second effort en solo. Réalisé par le tandem Ajust et Ruffsound, ce nouvel opus nous offre d’excellents beats qui n’ont rien à envier à ceux de nos voisins du Sud. Influencée autant par les productions lo-fi de New York que par les productions grandioses à la Kanye West, la réalisation permet d’assurer une certaine cohérence entre les titres malgré les différentes ambiances offertes. Lary Kidd livre ici ses textes les plus engagés, dénonçant dans le virage certains travers de notre société, sans toutefois se montrer moralisateur et démontre ici toute la justesse de sa plume. (NICOLAS SIMARD)

11 Alaclair Ensemble – AMERICA Volume 2

Après tous les projets 2019 d’Alaclair Solos, la gang de minces vient tout juste de nous livrer une galette surprise au seuil de nos portes sans faire Ding Dong. Cet album, qui a été écrit et enregistré lors de leur tournée, nous démontre encore une fois qu’ils sont aussi big que Céline sur la scène rap Québ. Autant sur l’Île qu’en banlieue, et même au ciel (surtout le 7ième), on s’crinque, on chill, on vibe dès les premières notes. Take a seat and enjoy because the soucoupe is about to pop off! (FRANÇOIS LARIVIÈRE)

À VENIR SUR FAV: 

Gala de l’ADISQ 2019: personne a fini en prison selon nos sources

C’était la meilleure soirée de l’année à la Salle Wilfrid-Pelletier dimanche. Le soir où tout le monde se dit «Hey j’aimerais ça gagné plus qu’une demi-cenne par écoute sur Spotify pour pouvoir me payer une robe de soirée. Retour sur l’ADISQ 2019.

Sur le tapis rouge, Lou-Adriane Cassidy et son conjoint Anatole, acceptent de répondre à nos questions après avoir parlé de leur tenue à thématique «La Matrice».

Avec qui voulez-vous le plus faire le party ce soir?

«Avec notre gang. Personne d’autre.» – Lou-Adriane

«Dumas.» – Anatole

Qu’avez-vous fait aujourd’hui qui n’avait aucun rapport avec «se préparer pour le gala»?

«On a commencé à écouter Shoah, un documentaire de 10 heures sur l’Holocauste par Claude Lanzmann.» – Anatole

«C’est vrai! Comme ça on n’aura pas le choix d’avoir du fun à soir.» – Lou-Adriane

Vos habits ont coûté plus cher ou moins cher que le loyer?

«Plus cher.» – Lou-Adriane

«Moins cher.» – Anatole

Les 2Frères ne sont pas avec Mario Pelchat, donc aucune crainte à avoir. On les arrête alors pour jaser.

Avec qui voulez-vous le plus faire le party ce soir?

«Émile Bilodeau il est tout le temps crinqué. Il laisse pas la fête s’éteindre trop facilement. C’est un bout-en-train.»

C’est stressant, un gala. Qu’avez-vous mangé pour vous préparer le système digestif?

«Un déjeuner chez McDo. Un souper fast food au Complexe Desjardins.»

*FAV et Le Guide alimentaire canadien se dissocient de ces suggestions.

Si vous aviez un trophée à donner ce soir. Ce serait à qui et pour quelle catégorie?

«Groupe de l’année. À Bleu Jeans Bleu

Vos habits ont coûté plus cher ou moins cher que le loyer?

«Nos vêtements valent beaucoup moins cher que notre loyer.»

Alexandra Stréliski est tout sourire avec son veston en écailles de poisson doré (aucun poisson n’est mort pour la confection du vêtement).

C’est stressant, un gala. Qu’as-tu mangé pour te préparer le système digestif?

«C’est tout un défi de manger, Élise. Tu veux que ça passe bien. J’ai pris une petite moitié de soupe tonkinoise et du quinoa.»

Avec qui veux-tu le plus faire le party ce soir?

«Ariane Moffatt. Mon coup de cœur. On s’est rencontrées dans un photoshoot et on riait à la seconde 1.»

Tes habits ont coûté plus cher ou moins cher que le loyer?

«Mon suit vaut… le même prix que mon loyer.»

Photo: Élise Jetté

La grande dame Salomé Leclerc s’arrête quelques minutes pour jaser avec nous.

Qu’as-tu fait aujourd’hui qui n’avait aucun rapport avec «se préparer pour le gala»?

«J’ai rempli une demande de subvention.» *voir l’alinéa «les artistes se font voler»

Avec qui veux-tu le plus faire le party ce soir?

«Bleu Jeans Bleu.»

C’est stressant, un gala. Qu’as-tu mangé pour te préparer le système digestif?

«Moi, j’aime manger! Faut que je me contrôle. Beaucoup de yogourt avec des noix. Une boîte de thon pour dîner. Un oeuf et du fromage mal coupé parce que j’étais stressée.»

Tes habits ont coûté plus cher ou moins cher que le loyer?

«Je l’ai eue en spécial. La robe, pas le loyer.»

«On va tous mourir aujourd’hui», disent des admirateurs en pâmoison devant Rick Pagano. Juste au moment où tout le monde losait sa shit, la madame de la gestion du tapis demande à tout le monde de rentrer dans la salle. Fiou.

Photo: Élise Jetté

C’est Loud qui a la lourde tâche d’ouvrir la soirée. Il est vêtu de son coton ouaté de Paris pour montrer que malgré le Félix remis à Hubert Lenoir mercredi, lui aussi il a «rayonné hors Québec».

Sarahmée et Souldia suivent, juchés aux mezzanines comme s’ils allaient faire une cascade. La cascade ne vient guère. Tout le monde est secrètement déçu.

Fouki, lui, est sur scène. Vertige? Peur de se faire pousser en bas du balcon? Notre étude ne le dit pas. Koriass arrive déguisé en abeille qui s’entraîne afin de clore le numéro.

Photo de TV

C’est ensuite l’arrivée triomphale de Louis-José Houde qui réveille la foule. «Y’est 8h04, Mario Pelchat est déjà en tabarnak», dit l’animateur avant de dire qu’il y a une possibilité de marge d’erreur à cette soirée parce que Herby Moreau est là. Nous, on a vu Herby acheter des hot-dogs au Pool Room à 3h du matin. Si ça, c’est pas une erreur…

LJ rappelle à tout le monde le tour de magie d’Hubert l’an dernier. «Se mettre le trophée dans yeule, c’était drôle une fois. C’était son idée. On va pas commencer à se rentrer le Félix dans tous les orifices. Félix Leclerc a de la famille. J’ai animé dans une garderie et au Gala de l’ADISQ. Même discours.»

Au retour de la pause, Marie-Mai fait un remake de La Matrice. Y a-t-il eu bisbille avec le couple Cassidy-Martel questionné plus haut? Notre équipe d’enquête n’avait pas le budget d’aller là.

Photo de TV

Pendant ce temps, dans la salle de presse Johanne, de la SODEC achète les journalistes avec des biscuits maison.

Photo: Élise Jetté

«J’aimerais souligner la progression géographique de Fouki», annonce Louis-José avant de nous parler du siège EE du rappeur. L’artiste qui était au fond de la salle l’an dernier a fait «60 pieds de travail cette année», selon l’animateur. Il se moque aussi de son devis de loge, la liste des choses qu’il souhaite avoir en loge lorsqu’il est en show: «Citron et miel. Pour la gorge, sûrement. Trois paquets de 25 cigarettes. Décide», ordonne-t-il à celui qui se détruit/adoucit la trachée de manière inquiétante et bipolaire.

Les nommés dans la drôle de catégorie «Album – Adulte contemporain» sont trois monuments (Ginette, Rivard et Charlebois) et deux super girls (Lou-Adriane Cassidy et Ingrid St-Pierre).

«J’ai regardé dans le dictionnaire et contemporain, ça veut dire vieux. J’ai amené mon ami coroner, annonce la gagnante Ginette Reno. Si jamais j’ai un crise cardiaque, il peut toujours constater le décès.» C’est toujours ça de gagné.

Album de l’année  – Adulte contemporain

C’est la fin du monde à tous les jours de Lou-Adriane Cassidy

Et voilà de Robert Charlebois

À jamais de Ginette Reno GAGNANTE

L’origine de mes espèces de Michel Rivard

Petite plage d’Ingrid St-Pierre

Au retour de la pause c’est Ariane Moffatt et Les Louanges qui mash up leur vie en tête à tête décalé dans un cylindre futuriste. Ariane est en body suit et Vincent en chemise hawaïenne et lunettes miroir: «C’EST TU L’ÉTÉ?», que tout le monde se demande.

«J’tu tout seul qui ai passé l’été à expliquer Les Louanges à des baby boomers?», demande LJ, perplexe. Non.

Louis-José s’assoit ensuite au piano bar d’Ariane Moffatt pour faire un hommage à (feu) Musique Plus. «C’était la marge avant la marge: c’est un peu se frotter sur du monde avant #metoo». Wow.

Photo de TV

Cœur de pirate passe l’Halloween pour venir annoncer les nommés de la catégorie Album rap.

Photo: Élise Jetté

Album de l’année – Rap

Le sens des paroles d’Alaclair Ensemble GAGNANT

ZayZay de Fouki

La nuit des longs couteaux de Koriass

Tout ça pour ça de Loud

Survivant de Souldia

Alaclair décide de rapper le décompte qui leur est imposé sur l’écran.

En salle de presse, ils boivent du Pares Balta. On les comprend.

Une photographe quinquagénaire doit leur dire: «restez concentrés svp.» Rien de mieux pour discipliner six boys issus du rap.

Hubert Lenoir vient livrer l’offrande reçue l’an dernier: c’est Alexandra Stréliski qui est sacrée Révélation de l’année.

Révélation de l’année

Lou-Adriane Cassidy

Jérôme 50

Les Louanges

Alexandra Stréliski GAGNANTE

Sarahmée

«Il ne faut pas sous-estimer la force de la douceur», assure-t-elle avec douceur. Oui, oui, c’était un boutte doux.

Elisapie et elle s’exécutent dans un duo digne d’une soundtrack de documentaire nommé aux Oscars.

Florent Vollant gagne la première statuette octroyée pour «Artiste autochtone de l’année». «On vient en amis», dit-il tout sourire.

Artiste autochtone de l’année

Elisapie

Maten

Matiu

Shauit

Florent Vollant GAGNANT

Les Trois Accords ouvre les yeux de Simon puis Pierre Lapointe demande à tous les autres d’ouvrir les leurs: «Pour un million d’écoutes de Je déteste ma vie sur Spotify, j’ai eu 500 $», dit-il afin d’éveiller les députés qui dorment. «Les artistes se font voler.»*

Cœur de pirate frôle l’ACV au moment de sa victoire pour Album pop de l’année.

Album de l’année – Pop

Perfecto de Bleu Jeans Bleu

En cas de tempête, ce jardin sera fermé de Cœur de pirate GAGNANTE

Papillon de Lara Fabian

Elle et moi de Marie-Mai

Petites mains précieuses d’Ariane Moffatt

Et c’est le conteur Fred Pellerin qui part avec le Félix d’Album folk.

Album de l’année – Folk

Disparition de Guillaume Beauregard

Hélas Végas de David Marin

Dans le noir de Safia Nolin

Après de Fred Pellerin GAGNANT

Retour à Walden, Richard Séguin sur les pas de Thoreau de Richard Séguin

Il ne se met pas le trophée dans la bouche, il se le met dans la face.

Photo: Élise Jetté

Gagnant du Spectacle de l’année – Auteur-compositeur-interprète, Michel Rivard parle pendant un nombre de minutes exagéré pendant que la musique anxiogène se fait aller.

Spectacle de l’année – Auteur-compositeur-interprète

Nos idéaux de Dumas

Rester forts de Marc Dupré

Darlène de Hubert Lenoir

Une année record de Loud

L’origine de mes espèces de Michel Rivard GAGNANT

«C’est la toute première auteure-compositrice-interprète québécoise qui viendra remettre le prochain prix. Il aurait été compliqué d’avoir la vraie, car elle est morte. Voici La Bolduc, Debbie Lynch-White», explique Louis-José.

«Là j’ai un petit papier parce que je ne suis plus capable d’exister, lance Alexandra Stréliski au moment où elle réceptionne la statuette. Maman, merci de m’avoir amenée à des cours de piano beau temps mauvais temps. Papa, merci d’avoir écouté de la musique classique. Je suis partie d’une période très sombre. Le brouillard peut se dissiper. Emmanuelle, c’est pas ma blonde, c’est ma gérante.» Toutes des choses importantes, qui ont été dites ici.

Auteur ou compositeur/Auteure ou compositrice de l’année

Koriass

Salomé Leclerc

Les Louanges

Ariane Moffatt

Alexandra Stréliski GAGNANTE

En salle de presse, Alexandra passe par toute la gamme des émotions.

D’abord «Hein? Mais là, voyons?!!»

Photo: Élise Jetté

Ensuite «J’ai les cheveux plus longs que Félix!»

Photo: Élise Jetté

Puis, finalement, «Wow, ils ont pas lésiné sur le doré!»

Photo: Élise Jetté

La chanson de l’année est celle de Roxane Bruneau, un texte où il est question de faire les choses en grand en faisant la vaisselle. «J’ai mangé deux Tylenol aujourd’hui», lance-t-elle, utilisant sa tribune pour glorifier les choix sains.

Photo: Élise Jetté

Chanson de l’année

Léo Gagné de 2Frères

Tu trouveras la paix d’Artistes variés

Des p’tits bouts de toi de Roxane Bruneau GAGNANTE

Fous n’importe où de Charlotte Cardin et Cri

Tout le monde de Corneille

Dans la nuit de Cœur de pirate et Loud

La tempête de Marc Dupré

Pitou de Les Louanges

Ouvre tes yeux Simon! de Les Trois Accords

Fallait y aller de Loud

Le Groupe de l’année est tout en jeannnnnsssss d’habitude, mais là, c’est l’heure des beaux vestons. Les boys de Bleu Jeans Bleu montent chercher un prix qui témoigne d’un effort d’assiduité de plus de six ans. «On sait qu’on sort de nulle part pour certains, mais on a commencé il y a 6 ans. Si j’ai oublié quelqu’un je vous appelle demain», promet Claude Cobra.

Photo: Élise Jetté

Groupe ou duo de l’année

2Frères

Alaclair Ensemble

Bleu Jeans Bleu GAGNANT

Les cowboys fringants

Les Trois Accords

Béatrice, pas encore remise de son premier trophée de la soirée est d’autant plus sul’ cul d’être Interprète féminine de l’année.

Interprète féminine de l’année

Cœur de pirate GAGNANTE

Lara Fabian

Marie-Mai

Ariane Moffatt

Ginette Reno

Loud récolte le même trophée du côté des boys.

Interprète masculin de l’année

Marc Dupré

Éric Lapointe

Hubert Lenoir

Loud GAGNANT

Fred Pellerin

«On appelle ça un Hochelag’ toxedo», dit Loud pour justifier son crewneck. Je sais que c’est un prix individuel, mais merci à Ajust et Ruffsound.

Les deux Interprètes de l’année pensaient sûrement que ces Félix venaient avec une sentence de prison à vie, comme en témoigne cette photo:

Photo: Élise Jetté

À la fin du gala, on comprend que ça n’a pas été facile pour tout le monde, cette soirée-là, notamment en découvrant ces offrandes laissées aux derniers passants: des napkins, Souldia, un kleenex souillé et 2,50$ (?).

Photo: Élise Jetté

Dans le party post-gala, il se passe «des choses», comme d’habitude.

Photo: Élise Jetté

Comme d’habitude, voici les meilleures phrases qu’on a entendues:

«Je suis nouvellement député. Je vais servir vos intérêts. Plus de vin?»

«J’ai perdu ma game de frisbee contre Jérôme 50 sur la Place des Festivals.»

«Les kids de La Voix Junior savent pas les paroles de Gayé

«Je viens de recevoir une proposition d’une chanteuse d’un certain âge.»

«Je me cherche un beigne. C’est qui ce gars-là, qui était nominé, mais qui a juste mangé des beignes finalement?»

Photo: Élise Jetté

Au niveau du soulier, à 2h du matin, c’était pu facile pour personne.

Photo: Élise Jetté

Mais c’était un beau gala.

Le Premier Gala de l’ADISQ: trash métal et père Noël

En arrivant au MTelus mercredi soir, la première personne qu’on a vue, c’est le père Noël. Certains diront que c’était Nicolas Noël pour sa nomination dans la catégorie Album ou DVD Jeunesse pour Les livres des enfants du monde, mais dans tous les cas, il nous donnait vraiment envie d’aller nous assoir sur ses genoux pour demander un Xbox. Voici notre retour sur le pré-party-de-Noël-de-l’Halloween-de-l’industrie-de-la-musique.

Le père Noël/Photo: Élise Jetté

Le numéro d’ouverture nous donne d’abord la chance d’applaudir très fort et en même temps Pierre Lapointe, Voivod et Éric Lapointe. La dernière fois qu’on a vu autant de diversité, c’est dans les pubs du NPD.

«Maman et papa Voivod, ça fait quatorze albums qu’ils sortent (depuis 1982)», explique Pierre Lapointe, à ceux qui n’auraient pas été élevés dans le merveilleux monde du trash métal.

Pierre y va ensuite d’un résumé de la dernière année qui contient notamment ceci:

«Cette année, Yannick Nézet-Séguin a signé un contrat à vie avec l’Orchestre Métropolitain. Qui fait ça?», demande Pierre Lapointe, ahuri devant ce mariage civil orchestral. 

Il explique ensuite aux novices-nommés «comment ça marche», le party de dimanche prochain: le Gala de l’ADISQ. Il dit entre autres que la soirée peut finir :

a) dans un bain avec Ariane Moffatt

b) en apprenant à fumer du pot avec Luc De Larochellière

c) etc.

C’est dans cet esprit qu’il énonce son fantasme du party de l’ADISQ de dimanche prochain: «Loud est assez réservé. Ça lui ferait du bien de sortir de sa coquille. Si quelqu’un peut le faire partir un petit train sur la piste de danse…», demande Pierre.

Quand À Jamais de Ginette Reno est couronné Album – Meilleur vendeur, Tout le monde attend impatiemment le commentaire sexu-cochon de Mme Reno. C’est son style. 

«Pierre, tu sais comment je t’aime», dit-elle plutôt à l’animateur de la soirée. Ginette aurait-elle troqué les jokes de cul pour les remarques d’amour? Est-elle en train de devenir plus sérieuse avec l’âge? On espère que non. 

La famille d’Alaclair Ensemble est le Vidéoclip de l’année. Dans la salle de presse, les boys s’envoient des «c’est toi qui me fais briller», «non, c’est toi qui me fais briller». C’est plus doux que vous pensez le rap.

Alaclair Ensemble/Photo: Élise Jetté

La moitié des gars suggèrent que le chèque octroyé avec le trophée sera réinvesti dans un autre clip. L’autre moitié affirme que ça servira à payer les couches et le CPE.

«Jamais vu quelqu’un payé aussi cher pour une chemise grise», disent les gars à propos du vêtement de Maybe Watson.

Délivrance d’Éric Lapointe est l’Album rock de l’année. «J’ai chaud», annonce Éric en montant sur scène.

Le duo qui monte récupérer le trophée d’Album ou DVD jeunesse pour La course des tuques est vraiment heureux. Ils disent le mot «extraordinaire» onze fois.

Extraordinaire duo/Photo: Élise Jetté

Ines Talbi frôle l’anévrisme en récoltant deux prix pour le projet La Renarde, un hommage à Pauline Julien: Spectacle de l’année – Interprète et Album réinterprétation. «Sophie Cadieux m’a prêté une robe. Salut Ginette Reno», dit-elle alors qu’on l’empêche de savourer son deux minutes à grands coups de «bip-bip-bip» de sortie de scène. Au moment de la photo en salle de presse, le groupe crie «Pauline» au lieu de «sexe». Il y a tellement de respect ici.

La Renarde/Photo: Élise Jetté

Le Black bloc vient faire une perfo de Safia Nolin, puis c’est le moment de remettre le trophée d’Album traditionnel de l’année.

Safia?/Photo de télé: Élise Jetté

C’est Notre album solo par Le Vent du Nord et De Temps Antan qui l’emporte. «Ce qu’on fait, c’est votre musique nationale», déclare-t-elle. Ce sont eux les responsables du retour en force du Bloc. Pas Éric Lapointe.

Le Vent du Nord et De Temps Antan/Photo: Élise Jetté

Charles-Richard Hamelin ne laisse aucune chance à personne en musique classique et repart avec les deux statuettes (Classique soliste et petits ensembles et Orchestre et grands ensembles). C’est vraiment un gars avec qui il fait bon être «ensemble». «Il est bien conservé pour son âge», remarquons-nous alors qu’il monte sur scène au moment où on dit que Beethoven gagne pour Sonates pour violon et pour piano no. 6, 7 et 8

L’Album jazz de l’année est celui de Dominique Fils-Aimé. Puis Alexandra Stréliski part avec le Félix d’Album instrumental de l’année. «Aimez-vous donc», dit-elle en fin de discours.

Alexandra Stréliski/Photo: Élise Jetté

Pierre Lapointe revient sur scène pour expliquer aux novices comment faire une invasion de domicile pour créer l’after-party de l’ADISQ. Fallait être là pour avoir le truc.

Souldia passe Go et réclame 5000 $ pour avoir été le préféré parmi ceux qui sont nommés pour la première fois.

Quand on remet le prix d’Album country de l’année, tout ce qu’on remarque, c’est qu’un album (qui n’a pas gagné) s’appelle Quand on s’est rencountry.

Paul Daraîche et sa famille gagnent le trophée. 

Millimetrik s’en retourne avec le prix d’Album électro et Simon Leblanc gagne le prix d’humour du gala de musique.

Jesse Mac Cormack/Photo: Élise Jetté

Florent Vollant s’exécute puis Jesse Mac Cormack gagne Album de l’année – anglophone pour Now. «Ça va être beau dans mon studio. Criss. Merci. C’est cool», dit-il.

Hubert Lenoir/Photo: Élise Jetté

Les remerciements de Milk and Bone pour Spectacle anglophone de l’année sont exécutés par Pierre Lapointe juste avant qu’on dise à Hubert que c’est lui qui a le plus rayonné hors Québec cette année. «Ça fait deux secondes que je suis dans le paysage, donc merci», dit-il. En salle de presse, il rangera cérémonieusement son trophée dans sa mallette d’homme d’affaires plutôt que dans sa bouche.

La mallette/Photo: Élise Jetté

Rapadou Kreyol de Wesli est l’Album de musique du monde de l’année et The Ballad of The Runaway Girl d’Elisapie est le meilleur Album – autre langue, un trophée qui fait réellement tomber tous les stigmas (?)

Wesli/Photo: Élise Jetté
Elisapie/Photo: Élise Jetté
Les Louanges/Photo: Élise Jetté

L’Album alternatif de l’année et le Choix de la critique, c’est La nuit est une panthère de Les Louanges, un album qui n’est pas facile à prononcer pour le Canada anglais comme on a pu le constater durant toutes les étapes du Polaris. «J’ai trouvé sur ma route un autre Félix. Félix Petit», explique Vincent Roberge, reconnaissant envers le gars qui l’a aidé à faire son album.

«Bravo à tout le monde aussi», s’exclame-t-il avant de quitter la scène. Tout le monde, tout le monde? Merci, Vincent. On va le prendre. Et bon anniversaire.

Les Louanges Expansion Pack: L’extension de l’été

Co-réalisé par Les Louanges et son ami Félix Petit, le mini-album Expansion Pack arrive comme l’automne après l’été très chaud, c’est-à-dire tel un vent de fraîcheur bien mérité. 

Vincent Roberge n’a plus besoin de présentation. L’auteur-compositeur-interprète fait tourner des têtes à travers le Québec, mais aussi à Paris et à Austin. La première chanson du EP sortie plus tôt ce mois-ci, Attends-moi pas, relate d’ailleurs cette vie de tournée que le musicien mène depuis le début de l’été. Il n’a pas fini de visiter le monde ni d’avoir de plus en plus de succès. 

Expansion Pack compte quatre autres pistes toutes aussi planantes les unes que les autres. Attends-moi pas donne le ton à l’album. Comme sur ses autres chansons, la poésie des Louanges est particulièrement accessible, car tous les Québécois peuvent s’identifier à ses textes. 

En plus des métaphores, on vibre au rythme de la deuxième chanson du EP, Parc Ex. Oubliez les vidéos un peu étranges de ASMR sur YouTube, Parc Ex est comme un massage de tête.

La flûte et le saxophone nous transportent dans cet univers où les genres se mêlent et où la tête ne se pose plus de question. «J’avais pas seulement soif de toi, mais aussi faim», chante-t-il. Vincent Roberge prouve qu’avec Les Louanges, il crée son propre style.

Avec des analogies de tennis et du synthétiseur, Les yeux sur la balle est une autre pièce intelligente du mini-album. C’est tout à fait brillant de mêler Les Louanges au rap. Deux fois plutôt qu’une sur l’EP, le chanteur se joint à un rappeur pour créer des morceaux uniques et denses. Dans Les yeux sur la balle, c’est Robert Nelson qui happe l’auditeur par son flow particulier.

Bien que Vincent Roberge n’ait besoin de personne pour créer une chanson originale, la collaboration de Marky Lavender sur Drumz est bien accueillie. La programmation électronique de Robert Robert ajoute un côté dance au groove du duo. 

Le court instrumental Arbois, laisse l’auditeur avec un sourire pour la fin du disque. «Tout va bien, tout va bien», résonne la voix d’une personne visiblement défoncée provenant sûrement d’un message laissé sur une boîte vocale. Effectivement, tout va bien. On ne peut que se sentir détendu et euphorique à la fois après l’écoute. 

Vincent Roberge a compris que pour réussir, il faut s’inventer soi-même et être incomparable à ce qui se fait déjà. Avec cette dernière oeuvre, Les Louanges continue de montrer qu’il est the next big thing à surveiller non seulement au Canada, mais en Europe et aux États-Unis.

Festif! 2019 JOUR 1: «J’aime donc ben ça, le Festif!»

Jeudi matin, notre périple commence à Montréal alors qu’il faut aller chercher Julien Roche dans un chantier de construction sur Berri. La première conversation de la journée est avec un gars de la construction qui dit: «J’vais te faire remorquer».

Par Élise Jetté et Julien Roche

C’est au Hart de Saint-Anne-de-Beaupré que Julien dit pour la première fois «J’aime donc ben ça, le Festif!»

Il en finit par se demande c’est quoi son allégeance politique.

Québec ou Canada?/Photo: Élise Jetté

C’est à cet endroit qu’on fait le meilleur achat du week-end, une dépense de 7,50 $:

L’achat/Photo: Julien Roche

On a quand même eu peur. Une des entrées est fermées à cause que ce gars-là fait du ciment. Deux madames sont d’ailleurs prises dans l’entre-deux-portes. Au Hart, tu peux perdre ton âme ou ton sens de l’orientation.

Le faiseur de ciment/Photo: Élise Jetté

Pour le premier show de la fin de semaine, on se rend au Germain, où la salle est remplie de nos potentiels grands-parents. Sur scène, c’est un conventum de la promotion 1989: Luc De Larochellière et ses boys de l’époque dont Gérard Cyr, au clavier, qu’il n’avait pas vu depuis 25 ans au moment où il l’a appelé pour le revival de Amère America. «En attendant, il a fait Pin-Pon, Télé Pirate, Cornemuse et le Cirque du Soleil. Il se croyait désormais à la retraite», dit Luc avec tendresse.

Gérard Cyr/Photo: Élise Jetté

Assis dans la salle sombre, nous nous imaginons l’appel qui est survenu il y a quelques mois:

  • Ouais Gérard? C’est Luc.
  • Luuuuuc? Luc Senay?
  • Nenon, Luc De Larochellière. On faisait de la musique dans le temps.
  • Mais là ça fait 25 ans que tu m’as pas appelé.
  • Ben j’avais perdu ton numéro.
  • T’es pas sur Facebook?
  • Non, non, les Russes…
  • Bon ben on se refait-tu des tounes que personne a entendu depuis le début des années 2000?
  • Ok.

La basse et le drum nous ramènent tout de suite dans le char de nos parents en 1993. Un velours confortable, accentué par le saxophone sexy et la voix imperturbable de Luc qui n’a pas pris une ride contrairement à son band.

Luc De Larochellière/Photo: Élise Jetté

Moment d’autodérision, alors que Luc entame la toune Le trac du lendemain qu’il a écrite à 19 ans. Des rimes riches qui suscitent une belle introspection: «Je faisais rimer brique et Coke classique», rigole l’artiste. «J’aime donc ben ça, le Festif!», dit encore Julien, qui en est sa première expérience au festival.

Nous nous déplaçons à l’extérieur en affrontant le soleil qui provoque un contraste aussi grand que si on avait regardé une éclipse solaire sans la petite boîte.

Les Louanges. Les Louanges. Les Louanges. «Ça va Vincent Roberge?», qu’on se dit alors qu’il installe déjà la barre haute même si on est juste jeudi à 18h.

Les Louanges/Photo: Élise Jetté

Il a pris une assurance béton depuis quelques mois, dansant de manière à émoustiller ses dames. Il faudra d’ailleurs se ressaisir à quelques reprises, notamment alors qu’il s’exécute pour un solo de limbo:

Les Louanges/Photo: Élise Jetté

Il casse une nouvelle toune et annonce un EP pour l’automne. «C’est une comète en pleine ascension, s’émerveille Julien Roche avant de dire « J’aime donc ben ça, le Festif! »»

Les Louanges/Photo: Élise Jetté

En plus de faire vivre un moment exquis à tout le monde – petits et grands – il semble apprécier son moment aussi, remarquant que tout le monde chante les paroles: «J’en déduis qu’on s’est déjà rencontrés.»

On s’en va à la roulotte pour assister au 10e anniversaire de La Patère rose.

La Patère rose/Photo: Élise Jetté

Julien ne voit qu’une seule chanson, car il drop ses lunettes dans la toilette chimique. Il les contemple l’espace de deux secondes, en se demandant si elles vont flotter… et il se rappelle qu’il en a apporté une deuxième paire. «Toutes mes lunettes sont cheap. Je m’en sépare aisément», dit-il.

«J’aime donc ben ça, le Festif!» – Julien

La chanson L’éponge est très touchante, Fanny se souvenant de l’écriture de celle-ci, alors que le trio était au cégep. «Ça fait presque la moitié de ma vie», dit-elle. La nostalgie nous submerge. Tout est coloré et magnifique. La Patère is back!

Qualité Motel fait ensuite lever le party comme une machine à mousse dans un dance club de Montérégie. Ils ramènent des classiques de la culture pop. Les beats sont irrésistibles. «Je suis arrivé au show à reculons, j’ai fini par m’offrir, tout dansant, à la caméra. Genre de chose qui arrive une fois aux cinq ans», s’exclame Julien. «J’aime donc ben ça, le Festif!», ajoute-t-il.

Libérez le trésor, I Wear My Sunglasses At Night, Party de gars de Mixmania… rares sont les hits qui n’ont pas été entendus.

Alexandra Strélinski est celle qui fait culminer notre dernière journée après un kraft dinner aux saucisses cuisiné à 22h alors que toutes les cuisines de restos nous disent qu’on a manqué notre chance de manger.

Ils ont mis le piano d’Alexandra sur l’eau dans un jardin et des projections sont envoyées partout sur l’eau et autour. C’est Montréal complètement cirque, mais version musique classique. On n’a pas été assez tough pour rester jusqu’à la fin, mais on a dormi comme des bébés grâce au piano cinématographique de la grandiose artiste.

(Le comité santé & sécurité de Feu à volonté vous recommande de souper plus tôt que 22 h, a fortiori au tout premier jour du festival.)

«On aime donc ben ça, le Festif!»

Le buffet: Paupière dans le festin pharaonique

Chaque semaine, on vous envoie la dose de nouveautés locales qui ont potentiellement passé sous votre radar la semaine passée. C’est un gros buffet à volonté avec plein d’affaires: servez-vous.

D’un point de vue tout à fait personnel, ça fait depuis le tout premier show de Paupière à Coup de coeur Francophone en 2016 (me semble) que j’ai la maudite toune qui parle de Toutankhamon dans tête. Finalement elle s’appelle pas Toutankhamon, mais Howard Carter. Comme quoi, hein!

L’ancien (?) représentant chanteur des Mexican Candies, Thierry Larose, en a surpris plusieurs aux Francouvertes lundi dernier (il est actuellement premier au palmarès). Dans son répertoire figurait ce premier extrait, Cache-cou.

L’Amalgame propose quelque chose de Concret (sorry not sorry pour le jeu de mots ¯\_(ツ)_/ )¯

Mon coeur paré passera partout, de dire Antoine Corriveau, mais passera-t-il dans les grosses radios? On sait pas. Mais dans vos yeux, avec ce vidéoclip, pour sûr.

Belle allégorie, mon Les Louanges, alors que tu montres un chantier de construction dans ton nouveau clip pour Wescott, similaire à LA CARRIÈRE QUE TU AS CONSTRUITE EN UN AN BRAVO!

Reine de la jeune country music locale, Sara Dufour vous invite Chez Té Mille avec le single de son album à paraître le 12 avril.

GAMIQ 2018: les prédictions de l’équipe

C’est ce dimanche qu’on saura qui sont les indépendants alternatifs favoris du Québec. Feu à volonté vous fait ses prédictions.

Élise Jetté

Artiste de l’année

Lydia Képinski parce qu’elle a quand même produit une monnaie à son effigie cette année en plus de sortir un premier album. Grosse année.

Révélation de l’année

Choses Sauvages parce que même si toutes les femmes savent danser, ma seule danse, cette année, c’est La valse des trottoirs.

Chanson de l’année

Chez Françoise de Dave Chose, car ma grand-mère voudrait lui faire de la soupe.

François Larivière

Artiste de l’année

Lydia Képinski juste parce que cette fille-là est parfaite pis que ça s’écoute bien dans la douche le matin.

Révélation de l’année

Choses Sauvages, car Tommy Bélisle est très cute pis j’aime le Barbie’s Resto Bar Grill.

Chanson de l’année

Chez Françoise de Dave Chose, car je l’ai vu en show à l’Esco pis j’aimerais ça qu’il soit genre mon beau-frère.

Mathieu Aubry

Artiste de l’année

Lydia Képinski parce que c’est frais, imagé, rythmé, parfois triste, impossible de ne pas tomber en amour avec 1er juin. Fini, le 1er juillet, on déménage le 1er juin, jour de sa fête.

Révélation de l’année

Les Louanges, car à l’instar d’un strip-tease, il a publié un single à la fois jusqu’à la nudité directe de La nuit est une panthère.

Chanson de l’année

Chez Françoise de Dave Chose parce que c’est une chanson d’amour de paquetés exposant la sensualité de partager le vice à deux, entre autres dans l’bed.

Camille Avery-Benny

Artiste de l’année

Lydia Képinski parce que j’étais déjà séduite avant que 2018 commence, mais un album encensé, neuf vidéos, et un Cinéma L’Amour plus tard, je pense que le Lucien est plus que mérité.

Révélation de l’année

Zach Zoya, car c’était déjà un exploit de sortir de Rouyn-Noranda, mais il a prouvé toute l’année qu’à 19 ans, il a l’étoffe d’un grand.

Chanson de l’année

Chez Françoise de Dave Chose parce que c’est une des seules chansons d’amour que je pourrais écouter en boucle à perpétuité.

Laurence Godcharles

Artiste de l’année

Fouki parce que c’est la nouvelle affaire.

Révélation de l’année

Helena Deland parce que c’est trop bon et qu’en plus c’est worldwide.

Chanson de l’année

Chez Françoise de Dave Chose, parce qu’elle est dans plein de playlists Spotify.

Alexandre Demers

Artiste de l’année

Lydia Képinski,  car en plus de drop un des albums marquants de l’année, elle sort un vidéoclip ben space de toutes ses chansons. Et ça, c’est pas rien. Sa formule indie pop aux occasionnelles touches électros frappe droit au cœur et se démarque par son originalité, son audace et son approche décomplexée. Surtout lorsqu’elle se met à chanter l’air des Mystérieuses Cités d’or. Une belle brise de fraîcheur. Lydia se mérite une belle étoile dans son cahier Canada.

Révélation de l’année

Les Louanges parce que, tout droit sorti des Francouvertes, le bon Vincent se recentre avec pertinence et force sur sa proposition R&B/électro/hip-hop à thématique féline sur son tout premier album studio. La panthère va rugir de la savane de la relève et mettre la patte sur le trophée pas clair fait avec de la bière.

Chanson de l’année

Vintage à l’os de Seba et Horg, car malgré les bons choix, il n’y a rien qui rentre aussi creux dans le fond de la tête que du vintage à l’os. Ça renoue aussi assez bien avec les vieilles traditions du genre. C’est tout.

Julien St-Georges Tremblay

Artiste de l’année

Fouki parce que les gentils gagnent tout le temps.

Révélation de l’année 

Les Louanges, car Vincent Roberge a réussi à rendre funky le trajet du bus L2 de Lévis, c’est un exploit qui mérite définitivement un prix.

Chanson de l’année 

Chez Françoise de Dave Chose. Si elle gagne, j’en fais la chanson officielle de mon bar clandestin.

Le GAMIQ aura lieu ce dimanche 25 novembre au Café Campus.

Les billets sont ici et les nommés ici.

Vous pouvez connaître les prédictions de la grand-mère d’Élise ici.

On s’y voit!