GAMIQ 2020: ma grand-mère se prononce

Je n’ai pas serré ma grand-mère dans mes bras depuis le mois de janvier et je ne l’ai pas vue en personne depuis la zone rouge montréalaise. Je la laisse tranquille dans sa zone orange. Elle a quand même accepté de passer une heure au téléphone avec moi pour que je lui fasse écouter les nommés du GAMIQ 2020. C’est vous dire à quel point les aînés ont besoin d’un coup de fil de temps en temps! J’ai profité de l’occasion pour ressortir une photo de mes archives personnelles (probablement en 2010), au moment où je faisais écouter de la musique à Claudette (de mémoire, c’était Martin Léon).

Claudette en 2010 écoutant Les atomes/Photo: Élise Jetté

ARTISTE DE L’ANNÉE

Bon enfant

Élise: Bon, grand-maman, t’as l’oreille bien collée sur ton téléphone? Ça commence!

Claudette: Oui, je suis prête. Quand j’aurai chaud à l’oreille droite, je changerai pour l’oreille gauche. Comme ça ça va être égal pour tout le monde.

É: Parfait! Là on va écouter les nommés comme Artiste de l’année. C’est comme le plus gros prix, donc t’as le droit d’être sévère. On commence avec un groupe qui s’appelle Bon enfant. La chanson que tu vas entendre, c’est Ménage du printemps.

C: Le titre fonctionne très bien parce que ça me donne le goût de faire mon ménage justement! Ils sont combien dans ce groupe?

É: Ils sont cinq. Deux filles, trois gars. Et t’as vu un des gars à La Voix.

C: C’est sûrement celui qui avait un chapeau de cowboy, ça fonctionnerait avec le style.

É: T’as tout compris.

C: J’aime beaucoup ça, Bon enfant!

Note de Claudette pour Bon enfant: 8/10

Corridor

É: Alors là, on change de style. Le groupe s’appelle Corridor.

C: C’est pas la chanson de Laurence Jalbert?

É: Non, malheureusement. La chanson que je te fais entendre s’appelle Domino.

C: C’est intéressant.

É: Intéressant comme la couleur de ton vomi après avoir bu de la slush ou intéressant comme un coucher de soleil d’automne?

C: Je ne suis pas certaine. Mais tes deux options sont pas mal aux antipodes, je trouve. Franchement! J’aime beaucoup qu’on entende de nombreux instruments. Ça parait qu’ils sont plusieurs et que tout le monde fait du bon travail. J’aime moins le fait que je n’entende pas très bien les paroles parce que la voix est en arrière-plan.

Note de Claudette pour Corridor: 7/10

KNLO

É: Grand-maman, on va maintenant entendre du rap Québ.

C: Du quoi?

É: Du rap Québ, du rap québécois.

C: Pourquoi tu dis pas tes mots au complet?

É: Je vais te faire entendre la chanson Ça fait mal de KNLO.

C: Je l’ai vu lui à l’ADISQ. Je le trouve tellement drôle. Bon, lui on comprend tout ce qu’il dit! J’aime beaucoup ça. Et le rythme nous rend de bonne humeur. C’est important ces temps-ci.

Note de Claudette pour KNLO: 9/10

LaF

É: On reste dans le rap Québ avec LaF, la chanson Eastman.

C: Comme la ville?

É: Oui.

C: Ils disent qu’ils boivent chaque jour. C’est pas l’idéal. Moi je bois juste du vin quand tu viens me voir, donc là, ça fait longtemps que j’ai pas bu de vin, mais j’ai quelques bouteilles de ton vin préféré pour quand tu vas venir.

É: J’ai hâte.

C: Je trouve ça vraiment bon, LaF. J’aime beaucoup le titre parce que j’aime cette ville. Et j’aime le mélange de l’accent français avec l’accent québécois. C’est pas souvent qu’on entend ça.

La note de Claudette pour LaF: 8/10

Les Deuxluxes

É: On va finir avec un duo qui s’appelle Les Deuxluxes. C’est un gars et une fille habillés vraiment funky. Comme la photo de grand-pa et toi à l’Halloween en 85.

C: Ha ben là, ça c’est un style que j’aime!

É: La chanson qu’on va écouter s’appelle Everything of Beauty.

C: Pour la voix et le style, ce sont mes préférés, mais je préfère la musique en français.

É: Ils chantent en français des fois!

La note de Claudette pour Les Deuxluxes: 8/10

VERDICT: Selon Claudette, c’est KNLO l’artiste de l’année.

ALBUM FOLK DE L’ANNÉE

Basia Bulat – Are you In Love?

É: Là, grand-maman, on est rendues à la catégorie Album folk de l’année. J’ai pensé que t’aimerais pas mal les artistes dans cette catégorie. La première s’appelle Basia Bulat. Son album s’appelle Are you In Love? et la chanson que tu vas entendre s’appelle Your Girl.

C: C’est donc ben beau ça. Une belle voix. C’est doux à entendre. Je trouve ça étrange qu’elle ne soit pas plus connue.

La note de Claudette pour Basia Bulat: 9/10

Chandail de loup – Sul bord

É: Voici maintenant le groupe Chandail de loup, l’album Sul bord et la chanson Dansé nu.

C: Ça je trouve ça ben niaiseux. En plus, ils disent pas les mots au complet. Comme toi! C’est parce qu’ils viennent de Montréal?

É: Ils viennent de Val-David, donc c’est dur à dire…

La note de Claudette pour Chandail de loup: 6/10

Foisy – Mémoires

É: On va entendre un autre artiste qui s’appelle Foisy. Son album s’appelle Mémoires et la chanson que je te fais jouer, s’appelle Les anniversaires.

C: C‘est qui donc l’artiste que j’avais trouvé déprimé la dernière fois qu’on a fait ça? Je le trouvais triste.

É: Antoine Corriveau. C’est lui qui a réalisé l’album de Foisy.

C: Ils faudrait que tu leur donnes une petite tape dans le dos la prochaine fois que tu parles avec eux.

É: Parfait!

C: J’aime beaucoup ça, mais je pense qu’il pourrait essayer d’être plus gai pour la prochaine fois. Peut-être un peu plus d’Émile Bilodeau dans sa voix.

É: Je vais lui faire le message.

La note de Claudette pour Foisy: 8/10

Leif Vollebekk – New Ways

É: Lui c’est Leif Vollebekk. Son album s’appelle New Ways et la chanson que tu entends s’appelle Hot Tears.

C: Ça réchauffe, on dirait, écouter ça. Je pense que je le recommanderais pour les gens en hiver, mais pas en été.

La note de Claudette pour Leif Vollebekk: 7/10

Mathieu Bérubé – Roman savon

É: On va entendre Les fleurs du tapis de Mathieu Bérubé. Son album s’appelle Roman-savon.

C: Il est drôle lui. Il savait pas que roman-savon, ça veut dire des émissions pas très bonnes. Il voulait nous annoncer un mauvais album?

É: Je pense pas que c’était son objectif!

C: Je pense que c’est ma voix d’homme favorite à date. Il a la voix de quelqu’un de gentil. Et j’aime beaucoup la batterie. Ça me fait bouger un peu.

La note de Claudette pour Mathieu Bérubé: 8/10

Maude Audet – Tu ne mourras pas

É: Là c’est Maude Audet. Son album s’appelle Tu ne mourras pas et la chansons c’est Tu trembleras encore.

C: Ah la belle Maude! Son chum est assez drôle! J’aime ça, ça sonne comme la musique de mon temps. Comme Renée Martel.

La note de Claudette pour Maude Audet: 8/10

Mon doux saigneur – Horizon

É: On va maintenant entendre un groupe qui s’appelle Mon doux saigneur. L’album s’appelle Horizon et la chanson aussi.

C: Oh wow, c’est harmonieux ça. C’est comme si les musiciens étaient tous des spécialistes virtuoses et qu’ils avaient la chimie parfaite entre eux. La voix est l’fun. On n’entend pas souvent des voix comme ça. C’est pas une grosse voix, mais elle est toujours juste.

La note de Claudette pour Mon doux saigneur: 9/10

Saratoga – Ceci est une espèce aimée

É: On va entendre le duo Saratoga. Leur album s’appelle Ceci est une espèce aimée et la chanson, c’est Morceaux.

C: Oh la la. Ça c’est de la belle poésie. Eux autres leur force, c’est vraiment les mots. J’aimerais lire leurs textes.

É: L’album viens avec un livre des textes. Je vais te l’apporter.

C: J’aime vraiment beaucoup ça. Ça doit bien s’écouter pendant une tempête de neige.

La note de Claudette pour Saratoga: 8/10

Tomas Jensen – Les rêves sont faits

É: On va entendre Tomas Jensen avec Le fil qui vient de l’album Les rêves sont faits.

C: Ça me fait penser à du jazz. J’aime vraiment pas ça le jazz.

É: Moi ton commentaire me fait penser à cette vidéo des Appendices:

La note de Claudette pour Tomas Jensen: 6/10

Travelling Headcase – Songs For The Broken

É: Le dernier groupe s’appelle Travelling Headcase, la chanson s’appelle Baie Deception et l’album se nomme Songs For The Broken.

C: La voix pourrait être dérangeante sur le long terme, mais le style est original.

La note de Claudette pour Travelling Headcase: 7/10

VERDICT: Selon Claudette, les meilleurs albums folk de l’année sont ceux de Basia Bulat et de Mon doux Saigneur.

RÉVÉLATION DE L’ANNÉE

Anachnid

É: Dernière catégorie, grand-maman. On va y aller pour la Révélation de l’année. La première artiste, c’est Anachnid, c’est une artiste autochtone. La chanson s’appelle Sky Woman.

C: Mais moi j’aime beaucoup Elisapie.

É: T’as pas besoin de choisir, grand-maman. Tu peux aimer les deux.

C: C’est vrai. Elle j’aime ça, mais on dirait qu’elle marmonne un peu.

La note de Claudette pour Anachnid: 8/10

Backxwash

É: Donc là, elle c’est Backxwash. Elle a gagné le prix Polaris. Celui pour lequel je fais le jury chaque année.

C: Ah oui, ok je suis curieuse.

É: La chanson s’appelle Devil in a Moshpit, ça veut dire Le diable danse ou quelque chose de même.

C: Elle danse avec le diable. C’est pour ça qu’elle est aussi fâchée! Il y a beaucoup de colère dans sa musique. Je ne suis pas certaine, mais c’est juste à cause de l’agressivité.

La note de Claudette pour Backxwash: 7/10

Bermuda

É: La prochaine s’appelle Bermuda. La chanson qu’on va entendre s’appelle Beach Bodé.

C: C’est drôle, ça! Ça swing! Ça me fait penser à l’été sur le bord de la plage, donc j’aime ça. C’est comme quand on était en vacances ensemble. C’était le bon temps. Je l’aime, elle. Elle me fait sentir bien et elle me rappelle des bons souvenirs.

La note de Claudette pour Bermuda: 9/10

NOBRO

É: Alors maintenant, ça va être un peu plus intense. On change de registre. Ce sont quatre filles. Le groupe s’appelle NOBRO et la chanson s’appelle Marianna

C: Au téléphone, c’est pas l’idéal pour écouter ça, mais je pense que j’aimerais voir un spectacle. C’est très entraînant et on a besoin de chansons comme celle-là pour bouger.

La note de Claudette pour NOBRO: 9/10

P’tit Belliveau

É: Le dernier artiste s’appelle P’tit Belliveau, c’est un Acadien de la Nouvelle-Écosse. La chanson s’appelle Income Tax.

C: Ça prend des sous-titres, hein, cette chanson-là.

É: Ça tombe bien, il y en a dans ses clips.

C: Très bonne idée. Y’est de bonne humeur lui là. Je trouve qu’il fait des belles façons. Un jeune homme qui semble gentil. Il me rappelle nos vacances dans les Maritimes.

La note de Claudette pour P’tit Belliveau: 8/10

VERDICT: Selon Claudette, la Révélation de l’année est Bermuda ou NOBRO

Le GAMIQ 2020 aura lieu ce dimanche 6 décembre à 20h.

Évidemment, le gala est numérique. Vous pouvez obtenir votre billet gratuit ici.

Lisez les choix de Claudette au GAMIQ 2018

Lisez les choix de Claudette au GAMIQ 2017

ADISQ 2020: survivre à la grande dépression

J’espère que je ne recevrai pas de poursuite d’un regroupement de profs d’histoire en nommant ce qui suit la grande dépression. Et attendez-vous à être déprimés durant votre lecture. Je vous rapporterai quelques moments cocasses pour casser la tristesse ambiante, mais je ne sais pas si ça va être assez. Ça fait longtemps que l’ADISQ est mon moment musical préféré de l’année. Je m’ennuie des années où ma seule déception était celle de ne pas voir mes artistes favoris remporter les Félix. En 2020, ça fait plus mal que ça.

On ne fera pas comme si on n’avait pas passé l’année devant notre écran. Les photos de ce texte sont toutes les photos de ma télé. Quand les choses se passent dans l’écran, il faut parfois se résigner à capturer l’essence même du climat dans lequel on vit. Et c’est peut-être même une mise en abyme que d’illustrer cet article sur le Premier gala et le Gala de l’ADISQ à l’aide de photos de cadrage de télé. Une œuvre dans une œuvre où l’on parle des œuvres de l’année…

Le Premier gala de l’ADISQ

«Il n’y a pas de collègue, pas de public, on n’est pas en direct», nous annonce d’emblée l’animateur Pierre Lapointe muni d’une tenue on ne peut plus au point: moi aussi devant l’imminence de la fin du monde je voudrais qu’on me vêtisse d’objets contondants pour me défendre.

En symbiose avec l’année qu’on vit, l’introduction du gala nous montre une série d’artistes en nomination qui parlent à leur téléphone on qu’on nous sert en montage pixélisé au son inégal. «Moi j’fais pas de musique par exemple», dit  Yannick De Martino, nommé pour Spectacle de l’année – Humour. Inquiète-toi pas, Yannick, on est plusieurs, depuis plusieurs années à se demander pourquoi les Olivier sont invités à l’ADISQ!

Le numéro d’ouverture nous montre le groupe Salebarbes et on a la confirmation que, si on avait été invités, on n’aurait pas été déçus par rapport aux cheveux de Jonathan Painchaud.

Les Hay Babies se joignent à la partie avec les tenues les plus cool qu’on n’a jamais vues de notre vie. L’Internet nous apprendra plus tard que les tenues, elles les ont cousues elles-mêmes. J’ai juste une question, ici: les filles, je peux-tu être une Hay Babies moi aussi? 

C’est toujours avec son adéquate tenue de brontosaure que Pierre Lapointe nous parle de l’augmentation de l’offre des spectacles en Facebook live durant les 8 derniers mois, une offre qui est, selon moi, l’équivalent médical d’un diachylon de Spiderman sur une fracture ouverte de la hanche.

Pierre prononcera aussi les mots que tout le monde va dire et redire en cherchant un sens, en se demandant s’il y en a vraiment un: «notre industrie est à rebâtir».

Et c’est le début de ce que j’appellerai le constat «L’Amérique pleure, pis c’est vrai!» avec le premier trophée décerné aux Cowboys fringants, pour Antipodes, l’Album meilleur vendeur de l’année.

C’est autour d’un feu de camp qui est loin d’être assez chaud pour réchauffer l’âme de la culture Québ que le groupe procède à des remerciements standards. 

L’Album traditionnel de l’année est celui de Salebarbes: Live Au Pas Perdus

On est toujours satisfaits du cuir chevelu de Painchaud et que dire de la moustache à deux étages?

En regardant la salle du Corona où le house band s’exécute, pas de public, je ne peux m’empêcher de dire «bon enfin de la place pour montrer le house band». Sont toujours cachés dans le noir, en arrière d’un décor de Moment Factory, mais LÀ, c’est leur moment. Bravo.

C’est Dominique Fils-Aimé, récipiendaire du prix d’Album Jazz de l’année 2019, qui vient remettre le prix 2020.

C’est Jacques Kuba Séguin et son album Migrations qui l’emportent! Dans sa vidéo de remerciement, il dit: «merci à mes enfants, surtout à ma grande fille Ella». Donc les enfants, si papa vous a toujours dit qu’il n’avait pas de préféré, c’est ici que vos rêves cassent en morceaux. 

«On a été testés par les évènements», dit Jacques. Nous, on espère juste que t’as pas été testé COVID positif.

Le Spectacle de l’année interprète est celui de Véronic Dicaire qui reçoit étonnamment son premier Félix en carrière. Elle parle des 27 personnes qui la suivent en tournée tout le temps. De mon côté, je m’adresse aux 27: «ça roule la PCU?»

L’Album ou DVD de l’année Jeunesse est remis à celui qui ne change jamais de chapeau, mais on espère au moins qu’il le lave de temps en temps: Arthur L’Aventurier et L’aventure au bout du monde en Australie. Une chose est sûre, avec cette vidéo pour enfant, il a visé juste. Si on peut pu jamais aller nulle part, on va au moins aller en Australie avec Arthur. C’est tout ce qu’il nous reste.

Son remerciement contient la phrase que j’ai toujours haïe, mais que j’haïs encore plus en 2020: «Merci la vie».

Depuis le début du texte, je vous épargne quand même pas pire en termes de dépression, mais je dois mettre quelque chose au clair tout de suite: Le Premier gala de l’ADISQ nous montre durant toute la soirée, de petites entrevues avec des artistes d’ici qui nous racontent leur tristesse de ne plus faire de show, leurs remises en question, leurs idées folles de s’ouvrir une boulangerie, un potager urbain ou un magasin de vélos. Tout le monde a l’air d’amorcer sa quatrième saison de dépression saisonnière. Des bands nous disent qu’ils ne se sont même pas vus entre eux, séparés par des zones rouges, jaunes et oranges. Confinés dans les univers virtuels respectifs où les jams ne sont jamais vraiment des jams.

Ça pourrait être déjà assez triste de même, mais les pubs entre les remises de prix, c’est: la fille qui est partie en ambulance pour sa COVID le jour de sa fête, une madame qui a besoin d’une prescription pour ses infections urinaires chroniques, un gars qui tripe tellement sur le porc du Québec qu’il réveille sa chum en pleine nuit comme un sociopathe pour avoir la recette, un couple qui se sépare et qui pleure devant sa fille alors que toute la petite famille marche «sur des œufs» (mais pour vrai là! LE PLANCHER, C’EST DES ŒUFS) pour donner vie à la métaphore «marcher sur des œufs» de la manière la plus triste jamais vue. 

Miro et Sarahmée nous font une prestation agréable. Si l’humeur était à -4, on est rendus à 2 sur une échelle de 1 à Luc Senay.

Corridor s’est fait voler le trophée d’Album rock de l’année qui est rentré à la maison avec les Cowboys fringants pendant que l’Amérique pleurait de cette situation.

Mon seul point dans mon pool de l’ADISQ pour cette soirée-là, je le dois à la talentueuse Alexandra Stréliski qui est l’Artiste québécoise ayant le plus rayonné hors Québec. En guise de remerciement, elle nous sert une vidéo triste où on la voit se balader avec Inscape, son album, dans des rues européennes désertes. C’est ça, en 2020, rayonner à l’étranger. En termes de tristesse, cette scène arrive juste après celle où Kate laisse tomber Léo dans l’eau glaciale en gardant le radeau de fortune pour elle. 

Charles Richard Hamelin remporte son cinquième Félix avec celui de l’Album de l’année Classique soliste et petit ensemble: Chopin – ballades et impromptus.

L’Album de l’année Classique orchestre et grand ensemble est Pulsations d’Angèle Dubeau et la Pieta. «C’est mon 44e album», déclare-t-elle sans dire son âge.

Nomadic Massive monte sur scène juste avant que Flore Laurentienne perde le Félix d’album instrumental de l’année aux mains de Gregory Charles, ce qui suscite chez moi l’envoi de ce genre de message:

Comme j’attends Noël depuis le début de la pandémie (c’est la seule fête qui me rattache encore à un semblant de magie), je suis ravie qu’Isabelle Boulay gagne le Félix d’Album de l’année – Réinterprétation pour En attendant Noël.

L’Album de l’année autre langue est celui de Nikamu Mamuitun et si jamais vous n’avez pas entendu la chanson Tout un village, il faut remédier à ça maintenant, pleurer un peu et se ressaisir comme on peut après.

Pierre présente des prix devant le Mac – sûrement habillé par le MAC aussi, c’est de l’art, ça – avec Roxane Bruneau.

L’Album de l’année country est celui de Patrick Norman qui remercie plein de monde d’être venu à Nashville. Si t’es dans l’industrie pis que t’as pas été invité à Nashville par Pat, je t’invite à te poser des questions.

Le spectacle de l’année Humour est celui de Sam Breton, puis une bourse de 5000 $ est remise à l’un des artistes détenant sa première nomination cette année. On connaissait pas mal tout le monde sur la liste, sauf les gagnants: Le Diable à Cinq.

Le symptôme dépressif s’accentue lors de la pause publicitaire suivante avec des gens habillés en jaune pour parler de beurre de peanut. Je sais que les temps sont durs, mais sont payés combien? Écrivez-moi si vous savez.

Zal Sissokho repart avec le Félix de l’Album de l’année Musique du monde et Elisapie remporte celui du meilleur Spectacle autre langue.

Vous pouvez maintenant détourner le regard si les rencontres Zoom commencent à vous faire vomir dans votre bouche un petit peu. Le Spectacle de l’année anglophone est celui de Patrick Watson qui est présent avec sa gang: unis, mais séparés. 

Comme si l’état psychologique collectif en chute libre avait besoin d’un autre Zoom.

C’est sûrement pour faire remonter l’indice de bonheur des Québécois que P’tit Belliveau arrive. Dans sa vidéo de pandémie, après sa perfo, il dit – deux fois plutôt qu’une – qu’il vit sa vinaigrette. Merci man.

Alicia Moffet et Fouki viennent chanter pour les 18-24, puis le Zoom de Patrick Watson revient avec le prix d’Album anglophone de l’année.

Des feux pour voir de Marie-Pierre Arthur est sacré meilleur album Alternatif de l’année et Choix de la critique.

Entre deux remises de prix, Fouki nous dit que 2020, c’est comme tomber dans une bouteille d’alcool fort que tu ne connais pas, mais tu passes à travers quand même et le lendemain tu ne te souviens de rien. À date, je n’ai trouvé personne qui a eu une meilleure idée que lui.

Alors que les vidéoclips inventifs ont déferlé sur nous plus vite que la COVID l’aurait fait au Bal en Blanc, c’est pourtant un clip qui nous montre une danse en ligne dans un bar de campagne qui a remporté le Félix de Vidéoclip de l’année. L’Amérique pleure, pis c’est vrai.

LISEZ NOTRE ARTICLE PRÉ-ADISQ INTITULÉ «COVID-19: 10 affaires qu’on ne verra pas à l’ADISQ cette année parce qu’on regarde ça à distance» 

Le Gala de l’ADISQ

On a surnommé le gala du dimanche le festival du follow spot sur les toits de Montréal, du moins pour l’ouverture du gala durant laquelle toutes les lumières et les drones de la ville avaient été sollicités. De toute façon, il ne se passe rien d’autre ces temps-ci alors l’ADISQ avait le premier choix.

Louis-José Houde fait son numéro d’ouverture dans un studio de Radio-Canada devant un public aussi nombreux qu’à une messe du dimanche en ces temps où l’astrologie a remplacé la religion. 

Il ne nous présente pas pour autant un numéro approuvé par le clergé, lançant des flèches à tous ceux qui ont été dans les médias pour les mauvaises raisons durant l’année. «Bon qui qui reste? Ceux qui ne sont pas en prison, faites du bruit», dit-il avant de mentionner qu’il pensait être seul avec Renée Martel ce soir étant donné les délits commis en 2020 par les artistes d’ici. «Ce soir, y’aura pas d’hommage aux grands disparus. Sont tous vivants», mentionne-t-il également étant donné que les disparus sont disparus pour des raisons légales et ne sont pas morts, comme dans le bon vieux temps.

«J’ai dit oui pour animer le gala le 12 mars. Je ne pensais pas que ça finirait en PowerPoint», dit Louis-José devant une poignée d’artistes en dépression.

«Les gens veulent faire l’amour, c’est la tendance», dit-il ensuite en faisant des jokes de graines. Émile Bilodeau a l’air de dire «iiiiii va pas là».

Steven Guilbeault, nous fait son petit message de ministre et on réalise qu’il est fatigué comme nous tous. C’est pas comme si le Patrimoine canadien était si prenant ces temps-ci, Steven! Dors un peu!

Louis-Jean Cormier, désormais porteur de chapeau, nous interprète Je me moi, une chanson d’actualité puisque la pandémie nous a inévitablement menés à un repli sur nous-mêmes.

Le premier prix est remis à KNLO pour le meilleur album rap de l’année et tout le monde a un petit malaise cardiaque quand il reste à sa place. Eh oui! Les remerciements se font directement à la chaise du gagnant cette année. KNLO fait des salutations à tout le monde, même à La Mauricie.

Au retour de la pause c’est Marie-Pierre Arthur qui vient chanter Tiens-moi mon cœur et sa perfo est covid-friendly et demeure en mode bulle familiale : c’est son fils qui danse.

Louis-José y va d’un petit numéro sur la deuxième job que pourrait occuper chaque artiste: «Lisa Leblanc, elle pourrait être n’importe quoi pis ça serait l’fun. Broder un napperon, changer ta fournaise. Je la truste dans toute. C’est l’inverse de Kaïn. Eux j’les truste dans rien. C’est sûrement des bonnes personnes, mais ça m’a pas l’air porté sur le deadline

Robert Charlebois vient présenter le prix d’album Adulte contemporain. Il en profite pour dire à Louis-José qu’il le trouve drôle avec cette expression, jamais entendue avant, que l’on va désormais adopter: «Tu me fais pacter».

Assez troublant, dans cette catégorie, d’entendre back à back Yé midi kek part de Kaïn, puis Tatouage de Pierre Lapointe. On ne s’imagine pas que c’est possible comme adversaires. 

C’est le rebaptisé «Jean-Louis Cormier» qui gagne.

Eli Rose et Marc Dupré nous proposent un duo improbable, puis Louis-José fait des jokes sur la consommation de drogue des artistes, notamment en leur annonçant que la cocaïne coûte désormais trop cher pour leur budget en mode PCU.

L’Album folk de l’année est L’étrange pays de Jean Leloup.

Après, je me demande vraiment pourquoi la Révélation de l’année est présentée par Mazda. T’as pas de char quand t’es Révélation de l’année.

Installée en mode «piano bar» sur un piano de plus de deux mètres de long pour respecter les règles, la Révélation de l’année 2003 Ariane Moffatt présente un numéro d’intro avec Louis-José puis c’est la Révélation 2019, Alexandra Stréliski qui présente Eli Rose, la gagnante, qui est surprise pour vrai et qui se vide de ses larmes sous les recommandations d’Alexandra qui la réconforte à l’autre bout de la salle, à une distance de type «autre indicatif régional téléphonique».

L’Album pop de l’année est celui de Marc Dupré. On a ensuite droit à une bonne pub sur la gestion de patrimoine avec un homme pour qui c’est une passion, la gestion de patrimoine.

On apprend aussi qu’il est possible de louer un chauffe-eau.

Puis le meilleur numéro de 2020 est celui présenté par Anachnid, Flore Laurentienne et Matt Holubowski. Un trio bien pensé et bien distancé comme seule 2020 est capable de le faire.

Louis-José rit du mot «RÉINVENTER» avec raison, alors qu’on a passé les huit derniers mois à regarder les shows les plus tristes au monde sur Internet.

Robert Charlebois repart avec le Félix du meilleur Spectacle auteur-compositeur-interprète. «Avec Ben Dion, adieu les problèmes de son», dit-il pour remercier son soundman. J’aimerais ça le rencontrer, Ben. Il remercie également Louise Forestier. «Louise, 50 ans d’amitié! La prochaine fois qu’on va chanter La fin du monde, ça va être une chanson bubble gum comparé aux horreurs qui nous affligent.» En fait, il aurait probablement été plus adéquat de dire: la prochaine fois qu’on va chanter La fin du monde, ça va l’être pour vrai.

Je me demande si ce Félix pourra être remis l’an prochain même si on aura eu 4,7 semaines de shows au total durant l’année et aucune véritable tournée.

On a ensuite droit à une pub de vin d’épicerie et à une autre pub qui nous montre une fille qui fait du lavage, mais que son linge pue pareil. Le clou du spectacle publicitaire: une pub de fuites urinaires qui a jouée six fois durant la soirée. Rien pour te permettre de fuir tes problèmes…

La vie d’écran, ça permet de faire un medley de Pauline Julien, au siècle dernier, qui chante avec Pierre Lapointe aujourd’hui, puis Isabelle Boulay, sur scène, qui chante avec une Monique Leyrac en noir et blanc.

Profiter du fait que notre vie est désormais virtuelle pour faire un medley qui mêle deux siècles différents: je dis oui.

Kent Nagano présente le prix Artiste autochtone de l’année en mode vidéo dans une pièce avec autant d’écho qu’un sous-marin. Elisapie l’emporte et fait un touchant discours qui est le seul que le chronomètre sonore ne coupera pas.

La Chanson de l’année est L’Amérique pleure des Cowboys fringants. Le groupe nous livre le mensonge du jour dans ses remerciements: «Merci d’avoir joué nos tounes à la radio et beaucoup de musique Québ durant toute l’année». NOPE.

On assiste ensuite à l’une des pubs les plus tristes depuis celles des banques alimentaires: une pub de banque avec Deux par deux rassemblés de Pierre Lapointe version piano en noir et blanc qui nous montre des travailleurs de divers milieux qui ne vont pas s’en sortir durant la crise sanitaire.

L’Auteur-compositeur de l’année est Louis-Jean Cormier, le Groupe de l’année est Les Cowboys fringants

Isabelle Boulay, qui était là pour le numéro avec Pierre Lapointe plus tôt n’est pas là pour la remise du prix d’Interprète féminine de l’année dans laquelle elle est nommée.

ÉTAIT-ELLE EN HOLOGRAMME TANTÔT? Ou est-elle allée se coucher avant sa catégorie?

C’est la grandiose Alexandra Stréliski qui remporte la statuette. «J’ai trop bu de Bulles de nuit», dit-elle comme si elle était à O.D. à l’autre poste. Elle aborde une fois de plus la douceur, parce que c’est pas mal juste ça qu’il nous reste cette année. «J’ai hâte de vous revoir à côté de ce cauchemar», ajoute-t-elle. Nous aussi.

Émile Bilodeau est l’Interprète masculin de l’année et il fait son discours, écrit sur une feuille quadrillée sans lever les yeux. Voyons, Émile! T’as pas appris ton exposé oral!

Il termine par «Vive le Québec libre!» pour faire plaisir à sa date: son petit frère, mais aussi, avouons-le, pour se faire plaisir à lui-même. Et en cette année sans plaisir, qui serions-nous pour juger ce comportement?

Louis-José Houde termine avec la phrase la plus 2020 possible: «Y’a tellement de Purell dans’ place que tout le monde est stérile».

À l’image de la musique durant la dernière année, l’ADISQ était là malgré tout. Mais les trous dans la salle, semblables aux trous dans les salles de spectacles (lorsqu’elles sont ouvertes) nous amènent à croire de moins en moins à de plus en plus de choses. Les derniers VRAIS shows, non-distancés, qu’on a vus au début du mois de mars dernier nous semblent déjà anachroniques. Approcher les autres, sans masque, que ce soit pour dire bonjour ou pour faire un mushpit, est une idée complètement déjantée, illusoire et probablement passible d’une amende. 

La musique est la solution à beaucoup de sentiments négatifs. Espérons qu’elle saura nous faire passer à travers la grande dépression.

TOP 2019 FRANCO positions 10 à 1

Fin d’année = renouveau. Greta Thunberg, notamment, doit se dire que 2019 lui a pas mal soufflé dans l’dos et que 2020 is the one. Nous autres, nos psychologues sont d’avis qu’on vit dans le passé. On n’est pas rendus à la nouvelle décennie. Voici donc la belle musique qu’on a vue naître en 2019: Les positions 10 à 1 de nos albums/EP francophones préférés de l’année.

10 Les sœurs Boulay – La mort des étoiles

La phrase «que restera-t-il de nous après nous?» s’est insérée dans l’année 2019 comme dans une chaussure faite sur mesure. Notre conscience de la suite, notre peur de la fin et notre espérance pour plus beau ont embrassé avec candeur les mots des soeurs Boulay qui ont proposé un troisième album étoffé et audacieux. Sur scène, les arrangements se sont déployés comme de grands navires remplis de possibilités. Il y aura au moins ça pour nous garder au chaud après la mort du reste. (ÉLISE JETTÉ)

9 Philémon Cimon – Pays 

Un album transformatif pour Cimon chez qui a poussé une barbe et une conscience historique, plongeant ici dans le ventre infini du Charlevoix de son enfance. Il pose cette fois son vibrato tout vulnérable sur des histoires situées à l’Isle-aux-Coudres ou au village de Saint-Joseph-de-la-Rive dont il se fait un touchant ambassadeur, appuyé par quelques plumes de la lignée familiale. Soulignons l’apport de Lucile Cimon, grand-mère de Philémon, qui pose sa voix sur Les Éboulements en fermeture. Un album-racines, sorti de manière indépendante, où Cimon jette le pont entre son histoire propre et celle du Pays. (JULIEN ROCHE)

8 Lou-Adriane Cassidy – C’est la fin du monde à tous les jours

Quoi de mieux qu’une magnifique voix, des textes évocateurs et des arrangements efficaces? Sûrement le premier album de Lou-Adriane Cassidy C’est la fin du monde à tous les jours. Sur ce délicieux album, Lou-Adriane nous fait voyager entre l’amour et la mort grâce à une voix puissance. Les textes nous font vaciller dans un amalgame d’émotions qui ne laisse pas dans l’indifférence. Un album qui lui a permis de récolter deux nominations au dernier gala de l’ADISQ. (MATHIEU AUBRY)

7 Maybe Watson – Enter the dance

Que tu sortes downtown ou à Santa Monica avec ta team, Juulie, Heidy ou Pablo Meza, t’as pas le choix d’entrer dans la danse avec ce nouveau projet de Maybe Watson aka Baby. Pour ce dernier Alaclair Solo de l’année, y’a plusieurs bons coups à mentionner. Entre autres, shouts à la websérie homonyme qui aura servi d’outil promo au lancement et props aux fous beats de ce cher Gab Fruits, qui nous donne une solide collabo avec Wats. Les Pokémons n’ont qu’à bien se tenir! (FRANÇOIS LARIVIÈRE)

6 Laura Babin – Corps coquillage

Qu’arrive-t-il quand notre corps devient un coquillage? Non, on n’y entend pas la mer, mais on y entend un son qu’on se doit d’écouter au complet. La nonchalance bien dosée de Laura Babin a su se coller à sa guitare électrique et sa poésie audacieuse. On y a trouvé la fougue au féminin et les arrangements savants qui transcendent le rock pour en faire du doux. À la plage, tout le monde! (ÉLISE JETTÉ)

5 Corridor – Junior 

Ce fou désir de faire du Women en français a mené les gars de Corridor tout droit vers le catalogue de Sub Pop (!) où ils s’offrent d’ailleurs une page d’histoire en s’y produisant dans la langue de Molière. Un peu moins Viet Cong, un peu plus d’Omni dans cet album qui, quoique confectionné dans une relative urgence, s’avère leur plus cohésif et lumineux jusqu’ici. Le dialogue des guitares avec leur jangle signature, tirant davantage cette fois du kaléidoscope que d’une grisaille post-punk, précise les contours d’un rock hypnotique ascendant shoegaze qui, de la West Coast américaine à l’Europe, cumule confortablement les Air Miles. Junior, mais majeur.(JULIEN ROCHE)

4 Jean Leloup – L’étrange pays 

Chaque fois qu’il sort un nouvel album, c’est comme si enfin tout le monde au Québec était d’accord sur un point: on est toujours heureux d’entendre du nouveau Jean Leloup. Avec L’étrange paysJohn TheWolf s’est permis de laisser sa voix et sa guitare sèche bien en évidence, laissant de côté tout arrangement ou enregistrement studio. Même si certaines pistes sont tellement homemade qu’on y entend le bruit d’une notification sur son cellulaire, ça nous rapproche encore plus de l’artiste qu’est Leloup, comme s’il venait chanter dans notre salon le temps d’une couple de tounes. L’étrange pays, c’est comme si t’étais devenu Best Friend avec la vedette la plus cool du Québec. (ELISABETH MOTTARD)

3 Chocolat – Jazz Engagé

D’un rock crasse jouissif qui fonctionne à merveille avec des passages de psych-folk délicats. Jazz engagé c’est un rêve éveillé chaotique qui peut inquiéter, mais dont on veut savoir la fin à tout prix. En fermant les yeux entre deux solos de saxophone, on peut apercevoir Réjean Ducharme, un masque de BDSM sur le visage, en train de faire du body-surfing pendant Raining Blood. Peut-être par accident, mais assurément en s’en foutant, les chocolatiers du rock québécois ont réalisé leur meilleur album. (JULIEN ST-GEORGES-TREMBLAY)

2 KNLO – Sainte-Foy

Quand Amadit est parue au mois de mai 2019, c’était déjà annonciateur de la bonne nouvelle et signe que l’album à paraître allait être générateur de grandes grouillades. Déçu.e.s ne nous fûmes pas. KNLO a mis trois ans à nous offrir du matériel solo après Long jeu. Je ne sais pas pour vous, mais Sainte-Foy a vraiment été la trame de mon été. D’ailleurs on se demande encore pourquoi les radios commerciales ne se sont pas empressées de s’emparer de cette délicieuse galette. En même temps, ça lui confère une espèce d’aura privée. Comme s’il était juste à nous. C’est permis de rêver.(ÉMILIE PELLETIER GRENIER)

1 Laurence-Anne – Première apparition

J’étais au lancement de Laurence-Anne l’hiver dernier et également à son Bye Bye 2019 aux Katacombes ce mois-ci et je reviens sur une phrase que j’ai dite dès la sortie de l’album: il y a quelque chose de grand qui se trouve dans cette Première apparition et on espère qu’il n’y aura jamais de disparition. La poésie de Laurence-Anne est fluide et s’étend d’un bout à l’autre d’un disque dense, mais varié, bercé par la musique d’un band qui équivaut à se promener en voiture de luxe. La singularité de cette apparition n’a pas trouvé d’égal en 2019. C’est une médaille d’or. (ÉLISE JETTÉ)

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Des Frères à Ch’val à KNLO: Voyage au coeur du Québec d’antan et d’aujourd’hui

Pour le 33e anniversaire de Coup de Coeur francophone, les programmateurs ont cru bon nous offrir une soirée rendant hommage à la musique francophone sous toutes ses formes, des années 90 jusqu’à aujourd’hui. Ce pèlerinage en terres connues se divise en deux arrêts bien distincts. Avant de voyager dans le futur avec KNLO et Robert Nelson au Ausgang, on retourne d’abord dans le passé puisque se déroule toute une veillée d’antan dans le Quartier des Spectacles. Le show sous le signe de la nostalgie rassemble trois groupes phares de la scène ROCK au Québec: Vilain Pingouin, Noir Silence et les Frères à Ch’val.

Maaaaaalaaaaaaadeeeeeeeee! N’est-ce pas? On prend le train (de métro) sans hésiter pour se rendre au Club Soda en espérant qu’il y ait une petite épluchette de bananes en fin de soirée. Ça aurait été difficile de trouver de meilleurs ambassadeurs de l’époque où l’on pouvait tout dire sans que ça choque personne.

Photo: Nicolas Simard

C’est sous la bannière Légion 90 que ces trois groupes phares sont rassemblés et le spectacle commence assez tôt puisqu’on apprend entre les branches que Rudy Caya doit se coucher tôt maintenant. Malheureusement, on manque tout du spectacle de Vilain Pingouin sauf la meilleure partie, la séance d’autographes à la table de merch. Certains fans en ressortiront même marqués à jamais.

Capture d’écran: Riff Tabaracci

En entrant dans la salle, on est tout droit plongés dans les années 90. L’odeur de l’endroit rappelle l’odeur du bar à l’intérieur duquel on fumait des clopes en vidant des quilles de Laurentide entre chums. Les chaînes retenant les portefeuilles sont légion et le cuir est à l’honneur dans cette foule aux cheveux blancs ou teints. Le public étant assez âgé, on dénote rapidement un grand manque de chaises dans la salle par rapport au nombre de gens qui veulent ou qui devraient s’asseoir. De plus, les gens sont soit sourds ou portent des bouchons donc tout le monde parle fort, même durant l’entracte. 

Le présentateur de la soirée, tout de cuir vêtu (étonnant!), nous annonce l’arrivée prochaine de Noir Silence et il paraitrait qu’ils sont ben contents d’être là pis que «ça va se démontrer solide».

Alors que Noir Silence entame sa première pièce, on est tout de suite frappés par les propos de la chanson. Les paroles nous rappellent qu’il n’y avait rien de mal de chanter que sa «nouvelle prof remplie bien son décolleté» à l’époque où le PQ était au top. On court d’ailleurs un risque constant lorsque vient le temps de prendre des photos et on craint que certains spectateurs nous attendent au rack à bécyk à la fin de la soirée.

Photo: Nicolas Simard

«On vient tout juste de lancer notre première compilation qui regroupe nos moins pires chansons. On va vous en faire une qui parle de boisson pis de party!» lance Jean-François Dubé, humble malgré lui. Y a-t-il y a beaucoup de leurs chansons qui ne parlent pas de boisson ou de party? La question se pose sauf qu’on manque de temps pour vérifier. Le groupe en profite aussi pour remercier Carlos, son gérant des vingt dernières années: «c’est grâce à lui si on est encore ensemble… pis qu’on n’a pas 200 enfants partout au Québec. Merci Carlos!» Le tout se termine sur ce qui est possiblement un des plus grands malaises de cette soirée lorsque JF nous demande de répéter après lui: «Check mes muuuuuscles, j’ai un gros pick-up!» avant de conclure que «ça marche pas mal plus en région cette phrase-là…» C’est un peu ça aussi notre Québec.

Pendant l’entracte, on en profite pour aller traîner dans le coin des tables de marchandises plutôt que d’attendre désespérément le début des Frères à Ch’val. En regardant tour à tour les t-shirts offerts aux trois tables de merch, il est possible de croire que les groupes ont eu un maudit bon deal sur un lot de t-shirts noirs Gildan et / ou que c’est le même gars qui s’occupe d’imprimer les t-shirts.

Photo: Nicolas Simard
Photo: Nicolas Simard
Photo: Nicolas Simard

L’attente tire à sa fin et le maître de cérémonie vient nous servir un avertissement avant les Frères à Ch’val. Peut-être est-ce un trigger warning à cause des propos controversés de la pièce J’aime mon voisin, mais il n’en est rien. Il nous demande plutôt: d’«oublier le côté humoristique des Frères. Parce qu’on vit à une époque où on est tous divisés, le message des Frères est tout autre: c’est d’être capable de vivre ensemble pis de faire le party!» On aime-tu ça faire le party au Québec? Et les Frères sont là pour nous le rappeler parce que certaines habitudes restent immuables dans notre Québec actuel. Les Frères à Ch’val embarquent finalement sur le stage et débutent leur spectacle avec une nouvelle chanson qui parle de la température, encore une habitude qui n’a pas changé dans notre bon Québec. Le look des Frères sur scène se rapproche du look des vendeurs de beedies au Mont-Royal le dimanche après-midi. L’un des membres ressemble quant à lui au beau-frère de Slash qui aurait opté pour le banjo plutôt que pour la guit’ électrique.

Photo: Nicolas Simard

Les années 1990, c’étaient ben le fun, mais il est grand temps de revenir à notre époque et de cesser de vivre dans le passé. Direction, le Ausgang. Le transport en commun nous semble la meilleure solution afin de voyager adéquatement dans le temps. Rien de mieux qu’une balade en Azur dans les vieux tunnels de métro mal aérés pour faire le lien entre le passé et le présent. Le chantier de construction qui nous attend à notre sortie du métro est un autre douloureux signe que plus ça change, plus c’est pareil, notre Québec.

Photo: Nicolas Simard

L’arrivée dans les années 2000 est brusque alors qu’on est confrontés à un line-up à l’entrée nous menant à un deuxième line-up pour le vestiaire nous menant à un troisième line-up au bar. Notre patience est mise à rude épreuve sauf qu’on en profite pour écouter la performance de Robert Nelson d’une oreille attentive. Le nouveau spectacle du président du Bas-Canada se trouve à mi-chemin entre une conférence de croissance personnelle et une soirée de contes avec Fred Pellerin, le tout entrecoupé de chansons et de bruits de fusils. Une formule que certains fans adorent pendant que d’autres restent sur leur faim et s’impatientent: «OK, LÀ C’T’ASSEZ! On veut des tounes!». Cette division dans la foule n’est pas sans rappeler le Québec en 1995: déchiré à cause du référendum. Il s’agit probablement d’un excès de nostalgie de notre part, une nostalgie ravivée par notre passage dans les années 90. 

Photo: Nicolas Simard

Accompagné sur scène par Caro et Vlooper, KNLO nous offre les pièces de son dernier opus, Sainte-Foy, et en profite pour nous lancer certains de ses styles gratuits (freestyle) qui ont fait sa renommée. La température dans la salle grimpe aussi rapidement que le niveau des eaux dans les dernières années et encore, un questionnement nous frappe. Si on n’avait pas autant tripé sur nos picks-ups dans les années 90, est-ce qu’on en serait là aujourd’hui? KNLO s’empare au même moment d’une bouteille d’eau en plastique et déclare: «Loud prend à peu près 49 gorgées pendant un show, j’peux ben en prendre juste une.»  Ça nous déçoit de voir qu’il ne s’agit pas d’une bouteille réutilisable puisqu’on imaginait KNLO avoir une conscience environnementale sans failles, le temps ayant fait avancer les mentalités. Mais non! La soirée se poursuit malgré les douloureux souvenirs et questionnements qui ont parsemé ce voyage. KNLO et Robert Nelson ferment ce long périple temporel avec La Famille. Pendant ce temps, on se projette dans 30 ans en espérant que les artistes d’aujourd’hui auront grandi avec nous et que l’adage «plus ça change, plus c’est pareil» ne soit plus qu’un lointain souvenir pour notre Québec.

Photo: Nicolas Simard

Buffet: KNLO dans le food court de Place Laurier (aujourd’hui Laurier Québec)

Chaque semaine, on vous envoie la dose de nouveautés locales qui ont potentiellement passé sous votre radar la semaine passée. C’est un gros buffet à volonté avec plein d’affaires: servez-vous.

Avec Etienne Galarneau

Même si elle est peu appétissante comme banlieue, KNLO a décidé de chanter au sujet de Sainte-Foy sur son nouvel album prévu pour juin. Le premier extrait, Amadit, nous donne envie de trouver le gros hôtel de ville commandé par Andrée Boucher très cute et chaleureux.

Frank Custeau est Mort et personne respecte ses funérailles, ayoye, super chien.

Bonsound a lancé le premier mini-album de l’artiste électro-pop montréalais Antony Carle, The Moment. Le spectacle de lancement à Montréal aura lieu le 23 mai au Diving Bell.

Visrei est le projet de Donovan Nguon, nouvelle recrue à joindre les rangs de Lisbon Lux Records. Il se présente avec Visible, un extrait qui se retrouvera aux côtés de quatre autres titres sur Kin, un premier EP dont la sortie est prévue le 28 juin prochain.

Le savais-tu ? La grosse soul est à la mode. Le savais-tu ? Razalaz a ta dose.

Le diable est parmi nous. Me semblait aussi que tout allait mal! Ça prenait Oktoplut pour l’annoncer.

AMERO arrive de la tradition de M.I.A. et de Princess Nokia. Délectez-vous de ce puissant extrait.

Langues et crudités dans le clip de Danger Is No Friend of Mine de San James, nouveau candidat dans la course au hit de l’été.

Le seul sujet qui existe à part Maxime Bernier qui veut ramener le débat sur l’avortement: La finale de Game of Thrones! Charles-Baptiste rend un hommage aux femmes puissantes et invite Pierre Kwenders à chanter en dothraki, la langue imaginaire de la mythique Reine des Dragons sur la pièce Khaleesi.

Douceur et introspection avec le nouveau projet Maison H.

Si t’as manqué le Mardi gras, c’est en reprise ici grâce au Winston Band. On ne peut pas en dire autant de Noël ou Pâques!

On se demande vraiment à quel moment de l’année ce clip a été tourné, parce que c’est pas vrai qu’il a fait assez beau pour aller sur un toit récemment. dope.gng présente Gran Turismo, le 2e extrait de l’album Fiend à paraitre en juin.

Les (feu) Orange O’Clock Hey Major offrent Goldfellas. Oui, ce sont des frères.

TOUTE se passe pour Organ Mood qui évoile Indivisible, le premier extrait d’un album à paraître à l’automne 2019 chez Dare To Care Records, ET le groupe annonce l’ajout de deux nouveaux membres et lance un clip.

Après s’être consumé tel un Phénix dans les flammes du rap québécois, Dramatik renait de ses cendres. Le lancement aura lieu au Ministère le 29 mai.

QUÉBEC CITY IS CALLING! PIS ON RÉPOND à Lane et cet EP annonciateur de bonnes choses.

ON APPELLE L’ÉTÉ, maintenant, avec Ingrid St-Pierre et Heartstreets qui offrent ce magnifique clip. À noter que Kourtney Kardashian approuve Ingrid via Instagram.

Et finalement! Une playlist made in Québec par Kirouac qui s’inspire de la liste belge Forcing club en lançant trefor club sur Spotify. Ça regroupe les plus récents morceaux du rap gentil montréalais.

5 raisons pour lesquelles tu devrais connaître D-track

D-Track/Photo: Courtoisie

Personne n’aime se faire faire la morale. Plutôt que de te demander où tu te cachais ces dernières années pour ne pas connaître le maître lyriciste David Dufour alias D-track, j’ai rapatrié quelques arguments pour t’encourager à t’y mettre aussi rapidement que possible. Dans le cadre d’une rencontre tout sauf formelle, autour d’un nacho qui a pris froid parce que je me suis chargée de le faire jaser, le rappeur originaire de l’Outaouais n’a fait qu’alimenter ma certitude: il faut aider les mécréants.

Il t’a récemment pondu un EP hommage à Charles Aznavour

Entre deux projets et un peu par hasard, D-track a fait la connaissance du prolifique producteur Nicholas Craven (lui aussi originaire de l’Outaouais). Prolifique est le bon mot puisqu’il ne faut qu’un bref coup d’œil à son Soundcloud pour se rendre compte que le beatfaiseur, qu’on décrit comme un travailleur acharné ermite, propose une nouvelle piste presque chaque jour.

Craven et D-track ont trouvé en Aznavour un terrain commun de création. De cette rencontre impromptue est né, en moins d’un mois, le EP Shahnour, i.e. le prénom de l’artiste franco-arménien. Nicholas Craven, reconnu pour son approche davantage minimaliste, permet au rappeur de coucher ses verses sur une instrumentation riche.

D-track décrit par ailleurs le parcours d’Aznavour, ainsi que sa démarche, comme étant «très hip-hop». Il affirme partager son côté DIY (Do It Yourself). Le rappeur se reconnaît aussi, en quelque sorte, dans la trajectoire du grand homme de la chanson française. L’auteur-compositeur-interprète, varlopé à ses débuts, a su garder la tête haute et montrer de quel bois il se chauffait.

Pour en rajouter une couche, on se rappelle que Charles s’est porté à la défense de la scène hip-hop et de sa verve.

«Tu ne peux pas ne pas aimer Aznavour», conclut habilement D-track. À ceux qui se servent d’applications de rencontres, on devrait peut-être songer à intégrer à sa description/bio: «si tu n’aimes ni ne connais Charles Aznavour, on n’est peut-être pas fait pour partager quoi que ce soit».

Il maîtrise la langue comme pas un

David Dufour se décrit comme un «lexiste». S’attarder à ses paroles, c’est constater une pléthore d’habiles jeux de mots, d’allitérations et d’assonances.

Autant d’entourloupettes linguistiques tissées autour d’un propos intelligent.

J’viens du temps où Nas chantait « New York State of Mind » /
Je vous parle d’un temps qu’les millenials pourront jamais connaître /
Yo ramenez-moi à l’époque où y’avait pas Spotify /
Où on étai pas saoulé par le Web, gang de alcoo-like ! /
Dans mon after-life, je chill avec Charles /
Parce que y’en a très peu dans ce bas monde qui écrivent avec charme .

Il est hautement sous-estimé

Et toi, as-tu l’impression d’être sous-estimé?, moi de lui demander. «J’aime mieux être underrated qu’overrated». N’est-ce pas? S’ensuivit une discussion sur cette étiquette d’émergence qu’on continue de lui coller, lui qui cumule plusieurs années de métier. Il voit ces paires d’oreilles à conquérir comme un moteur, qui le pousse à être au sommet de son art.

«À chaque album, j’ai l’impression que j’émerge [mais] c’est peut-être mieux d’émerger que d’être sur la terre ferme.» Et il semblerait qu’on finit d’émerger quand on est «rendu là». Mais effectivement, comme il le souligne, «c’est quoi être rendu là?». Question rhétorique, s’il en est une. Et surtout, qu’y a-t-il après qu’on soit rendu, là?

Il fait ce qu’il aime (pis il t’encourage à faire de même)

«Je fais ce que j’aime», a-t-il répété à plusieurs reprises. Tel un mantra, qui le protège peut-être du glissement vers quelque chose de moins en harmonie avec sa personne. L’artiste autosuffisant fait également fièrement remarquer qu’il arrive depuis déjà au moins cinq ans à vivre et à faire vivre grâce à ses mots et ses beats.  

Il t’attend avec un autre album, à paraître en mars

Déjà? Oui. Un nouvel objet qui lui donne toujours l’impression qu’il est meilleur que le précédent; gage d’amélioration selon lui.

En mars prochain donc, il accouchera de Dieu est un Yankee. Un album sur lequel on pourra entendre des collaborations notamment avec Koriass, Knlo et Dominique Fils-Aimé. Ça promet.

Mais ne te sens pas coupable. La question ce n’est pas tellement de savoir ce que tu peux faire pour D-track autant que ce que D-track peut faire pour toi.

Aie pas peur de crier ton nom sur tous les toits, sur tous les coins / 
Si tu veux l’faire bin fais-le /
Sois le réal de ton film /
Concentre-toi sur les choses que t’aimes /
Si faut prend sdu café du Tim /
Avant que les lumières s’éteignent /
Comme le RZA fais ton tang /
Défonce toutes les serrures des chambers /
Pour marquer l’monde des lettres comme un timbre.

LA JOIE, la construction déconstruite d’Eman & Vlooper

Eman X Vlooper

LA JOIE

7e Ciel Records

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eman

Il y a quelques mois, j’ai vu une série d’évènements isolés sur le web qui, mis dans une même trame narrative, m’ont bien fait rire.

À la sortie de DAMN. de Kendrick Lamar, quelqu’un soulignait sur Facebook que son flow dans LOVE. se rapprochait de celui de Dead Obies dans Allo Allo tiré du EP Air Max. Quelqu’un commente que c’est signe qu’ils sont en avance sur leur temps. Fast forward quelques jours. À Everyday Struggle, émission de débats sur la culture hip-hop présentée quotidiennement via le site web Complex, le rappeur Joe Budden défend que DAMN. n’est pas un album innovateur, car Kendrick ne fait que reprendre les formules qu’Outkast avait créées dix ans auparavant. Pour pouvoir être considéré comme le meilleur de tous les temps, il faut apporter quelque chose de neuf sur la table, défend-il.

Qu’est-ce que c’est, en fait, être en avance sur son temps dans le panorama musical actuel et dans le rap québécois? Ce n’est peut-être pas activement qu’ils l’ont fait, mais c’est effectivement la question à laquelle répondent Eman & Vlooper avec leur nouvel effort 3XL – LA JOIE, ou LA JOIE tout court. Plus lumineux, plus organique, mais aussi plus complexe, le nouvel album est à la fois un prolongement harmonieux et une brusque mutation de XXL (2014).

On peut donner dans l’harmonie et dans la rupture? Il semblerait que oui. Avec LA JOIE, le duo continue le jeu de la déconstruction du rap keb, autant au niveau du son que du mythos. Si l’écriture automatique qui a fait le délice des auditeurs de la première galette n’est pas autant mis de l’avant par les promoteurs de l’album, le côté «flux de conscience» est bien en avant, frisant presque l’improvisation (si seulement Eman était un meilleur freestyleur, selon ce qu’on peut voir en ligne et son propre aveu sur l’album de KNLO). Le texte est décomplexé, mais le flow est complexe, alors que le MC se promène entre les différents registres et tons que ses cordes vocales peuvent atteindre.

Ce qui revient parfois chez Eman? On peut penser à son tranchant «Fuck le rap / Chaque fois qu’j’écoutes s’qu’y disent, ben j’trouve ça dégueulasse» dans Dookie, sur XXL, qui semble être une trame de fond constante sur LA JOIE. Que ce soit en adressant la question de la valeur de la célébrité dans l’outro de Nom de famille («T’as combien d’likes / Compte complet / Combien de likes? / You think you’re cool? / You’re not») ou en expliquant qu’il ne considère pas son parcours comme un modèle à suivre dans Comme nous («J’veux mourir vieux avec la femme que j’aime / Pis j’veux d’autres enfants, je l’ai tu dit? / Ça serait cool qu’y soient pas comme moi pis qu’y’étudient»), Eman veut montrer les revers de son statut et peut-être indiquer que s’il est satisfait de son destin, l’intégrité et le contrôle de sa destinée demeurent des valeurs importantes et, avouons-le, peut-être pas les plus glamours.

Cette même Comme nous est la première des nombreuses ruptures musicales que Vlooper fournit sur l’album. L’intro Love rappelle, en quelque part, la pièce Waves parue en avril 2016, avec son hook autotuné, mais s’enchaîne avec l’autre, qui ressemble à une déconstruction g-funk. Une sonorité qui revient d’ailleurs plus loin dans l’écoute sur Lundi, qui ressemble plus à un hommage piu piu au son californien des années 90. La joie a des saveurs trap, Nom de famille emprunte au jazz modal, Copy/Paste semble appartenir à la même famille que Nat King Cole sur le premier album du duo, La p’tite équipe a une couleur old school qui est accentuée par la reprise du refrain de La Force de Comprendre de Dubmatique par Modlee.

Malgré tout, tout fonctionne et tout colle. L’album ressemble à une missive de la part d’Eman et de Vlooper où ils font une synthèse de tout ce que le Alaclair High nous a montré au-delà des blagues lors des sept dernières années pour ensuite faire table rase de tout ce qu’on a. Où amener le rap au-delà de ses faux prophètes, ses fausses représentations et ses sonorités? On tire partout, on ne fait pas de quartiers et, surtout, on explore. L’album montre également la chimie entre le MC et le producer, alors que des titres comme Journée (matin) mettent principalement de l’avant Vlooper en tant que membre à part entière du duo. Son nom n’est pas seulement dans l’intitulé du projet parce qu’il fait toutes les productions, mais parce qu’il a un apport créatif et un impact notable dans l’expérience d’écoute.

LA JOIE est probablement l’un des albums les plus déconcertants, invitants et intrigants de l’année. Mais est-ce que c’est un hit? Il m’aura fallu peut-être quatre ou cinq écoutes de plus qu’à l’habitude pour essayer de trouver rimes et raisons de cet opus. Est-ce qu’on aura un succès radio? Peut-être pas. Mais on peut s’assurer qu’on est en avance sur son temps, ici.

Il est disponible dès aujourd’hui.

Fuir la Formule E et dormir sur du carton à La Grosse Lanterne

Nous nous sommes expatriés en nature, le week-end dernier, pour vivre une expérience non mouillée à La Grosse Lanterne. Les espaces, verts, les arbres… «qu’existe-t-il de mieux que des chauves-souris pis la maladie de Lyme pour passer un bon week-end», entendra-t-on en arrivant sur le site. Pas grand-chose, honnêtement! On était très déçus (NOT) de manquer la Formule E et de se rendre dans un village où la moissonneuse-batteuse est plus commune que la voiture électrique. Retour sur une fin de semaine qui commence dans une file d’attente bidirectionnelle pas claire. 

La confusion/Photo: Élise Jetté
La confusion/Photo: Élise Jetté

Par Mathieu Aubre, Élise Jetté et Marielle Normandin-Pageau

L’arrivée en voiture via les chemins de terre est remplie de douceur. Quand on dit douceur, on parle de la barbe du gars à l’entrée du stationnement qui accueille les automobilistes. En termes de douceur, sa barbe est à 9/12 rouleaux dans l’échelle Charmin.

Dans les deux files d’attente où l’on baigne dans la confusion, les filles devant nous mentionnent au responsable une bonne dizaine de fois qu’elles dormiront dans leur auto et que c’est ben hippie de faire ça.

On voit aussi que Philippe Fehmiu est arrivé, signe flagrant que les festivités peuvent commencer.

Fehmiu/Photo: Élise Jetté
Fehmiu/Photo: Élise Jetté

On a appris beaucoup de choses à La Grosse Lanterne, mais la première, c’est qu’on ne peut pas faire de jokes à la sécurité. Le gars qui fouille nos 15 sacs de cosmétiques à la recherche d’une bombe (ou d’une bouteille de Grand Marnier), fait à peu près la même face que les gardiennes de prison d’Unité 9, alors qu’on affirme haut et fort que nos items illégaux sont vraiment bien cachés de toute façon.

Sur le site, on est vite captivés par Foresta Lumina qui s’est déplacé de Coaticook à Béthanie pour l’occasion.

Marielle dans Foresta Lumina/Photo: Élise Jetté
Marielle dans Foresta Lumina/Photo: Élise Jetté

Une fois arrivés au campement, on réalise rapidement que, à côté de notre tente 5 étoiles, une sans-abri essaie difficilement d’élire domicile. On lui offrira refuge dans notre palais.

La pauvre sans-abri/Photo: Élise Jetté
La pauvre sans-abri/Photo: Élise Jetté

Le premier spectacle qu’on réussit à voir est celui de Beyries, probablement au grand désarroi du père d’Émile Bilodeau qui nous écrit à chaque fois qu’on manque un spectacle de son fils. On a tout essayé, man. Y’avait du trafic à cause de la Formule E.

Beyries/Photo: Élise Jetté
Beyries/Photo: Élise Jetté

De retour de Toronto où elle a participé musicalement au Lolë White Tour, Beyries incite la foule à la méditation et au recueillement. Elle est en train de voler le titre de Saratoga et des vidéos de chats dans la catégorie «les affaires les plus cutes qui existent». Les chansons de Landing, son album paru cet hiver, coulent doucement sur le public captif qui a pris d’assaut le gazon tel un troupeau de pucerons dans un jardin luxuriant.

Un peu après son spectacle, on discutera avec la musicienne et choriste qui l’accompagne, Judith Little-Daudelin, qui nous mentionnera l’ironie de se retrouver autour d’une zone de recharge électrique alors qu’il n’y pas de zone de refill d’eau potable.

Recharge-toi/Photo: Élise Jetté
Recharge-toi/Photo: Élise Jetté

Devant le show de Tire le coyote, on mange des croquettes de pois chiches du Landry & Filles. Un gars devant nous, avec ses pantalons de randonnée beiges, semble méditer. Son ami s’approche et lui demande s’il médite. «Man, moi je médite tout le temps», rétorque-t-il, en parfaite symbiose avec le décor enchanteur.

Tire Le Coyote/Photo: Élise Jetté
Tire le coyote/Photo: Élise Jetté

Tire le coyote finira en nous présentant ses musiciens, dont Ashton Kutcher. Puis, il conclura avec la pièce Moissonneuse-batteuse, la chanson favorite de tous les animaux de la ferme croisés en route vers Béthanie. Probablement a-t-il mis fin à sa prestation parce qu’il a réalisé qu’il avait oublié d’enlever les kleenex qui étaient dans sa guitare:

Tire le coyote/Photo: Élise Jetté
Tire le coyote/Photo: Élise Jetté

En marge de ce spectacle, on réalise que les cheveux bicolores sont en vogue cette saison.

La mode/Photo: Marielle NP
La mode/Photo: Marielle NP

Et on voit aussi Klô Pelgag, qui est là, mais avec une autre face.

Klô, mais avec une autre face/Photo: Marielle NP
Klô, mais avec une autre face/Photo: Marielle NP

Pendant The Franklin Electric, ensuite, on se sent un peu comme en secondaire 4 quand on écoutait les Goo Goo Dolls. Plus tard dans la soirée, quelques discussions nous amènent à conclure que ce band est un mélange de Edward Sharpe and the Magnetic Zeros (moins sur la dope), de Train et de plein d’autres bands du genre. C’est pas nécessairement une mauvaise chose.

The Franklin Electric/Photo: Élise Jetté
The Franklin Electric/Photo: Élise Jetté

Visiblement sur la même drogue que tous ceux qui sont restés dans la reconstitution de Foresta Lumina toute la fin de semaine, le chanteur nous dira: «I don’t know how the fuck I feel».

Pendant tout ce temps-là, la tente où l’on se trouve est tenue avec du foin et personne semble inquiet. On est vraiment en milieu rural.

La sécurité/Photo: Marielle NP
La sécurité/Photo: Marielle NP

Aussi, vu le sol accidenté, on ne peut jamais poser notre bière par terre, ce qui fait qu’on est pas mal toujours en train de boire.

On prend une petite pause dans un espace fermé: dans la Cosy Bubble

Selon le gars qui veille sur ladite tente, plus communément appelée la tente-vagin: «Charlotte Cardin à une voix incroyable… tous les autres artistes québécois ont aucune voix.»

Photo: youtube
Photo: youtube

La fameuse Charlotte nous fait des tounes qu’on connait pas parce que sinon elle va juste faire six chansons. Soucieuse de plaire à un public familial, elle nous dira, à mi-parcours que «c’est la dernière chanson qui dit fuck.»

Elle prend le temps de nous expliquer le tournage de son clip en Islande afin d’établir une comparaison réelle avec la température de ses mains (il fait 10), mais, au fond, c’est parce que c’est le moment où elle «doit prendre 15 à 20 minutes pour accorder sa guitare.»

Charlotte Cardin/Photo: Élise Jetté
Charlotte Cardin/Photo: Élise Jetté

Le jeune chérubin Aliocha viendra nous faire une de ses tounes avec Charlotte. Il est down avec ça, mais elle, elle n’est pas sûre qu’elle est down:

Aliocha et Charlotte/Photo: Élise Jetté
Aliocha et Charlotte/Photo: Élise Jetté

Tous se déplacent ensuite vers la scène forestière de l’Auberge qui nous proposera des sets de djs jusqu’aux petites heures du matin. La difficile tâche d’ouvrir le bal revient à Ryan Playground, étonnant, puisqu’elle est la plus solide du line-up. Qu’à cela ne tienne, elle s’en tire extrêmement bien dans sa tâche de réveiller un peu le public endormi par le groove lancinant, mais pas trop de party de Charlotte Cardin. Alors que tout le monde se marche sur les pieds, on réussit quand même tous à se faire une petite place pour danser comme s’il n’y avait pas de lendemain sur l’agréable mix de pop 90’s et de house qui nous est proposé. Le set s’interrompt finalement après à peine plus d’une heure à notre grand désarroi.

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Photo floue de Ryan Playground (parce que tout était flou pour tout le monde à cette heure-là)

Walla P prend la relève, et si le gars reste extrêmement talentueux, son set fait un peu mal. On passe d’un 120 à 140 bpm soutenu à des grooves boogies pas mal plus lents pour une partie de la soirée et les ardeurs du public semblent redescendre un peu. De son avis, Walla P croit qu’il en demande peut-être un peu trop à la crowd hétérogène de la Grosse Lanterne, lui qui est habitué à un public plus connaisseur de son g-funk. Le moment de son set qui fera d’ailleurs le plus danser sera justement la fin, alors qu’il mettra quelques gros bangers, incluant du Anderson .Paak et quelques gros noms du rap-queb, sur une rythmique plus rapide.

Dernier, mais non le moindre, c’est le rappeur et producteur GrandBuda qui conclut la soirée. Avec un set beaucoup plus trap et rempli de percussions latines et afro-caribéennes, le party finit par lever à des nouveaux sommets. On apprécie surtout le segment où il enchaîne 5-6 remixes de Bad and Boujee de Migos back à back.

Mais le meilleur moment du set restera quand le dj doit appeler au micro les amis d’un certain Étienne Murphy, perdu et ayant visiblement besoin d’aide parce que trop sur le party. Un vrai guerrier qui se mérite le titre de festivalier #1 de l’édition 2017 selon Feu à volonté.

Notre soirée se termine autour du feu, à 3 h, alors qu’on essaie de créer un mouvement de foule pour chanter du Mes Aïeux. Personne veut nous suivre. On déguste donc du pain, du houmous et des Pringles saveur mystère dans la tente. Le wild life.

Au réveil samedi, on mange des bines au milieu de nos restants de festin de la veille.

Festin/Photo: Élise Jetté
Festin/Photo: Élise Jetté

Seul à bord du bateau Feu à volonté pour le début de la journée, Mathieu profite des activités des G.O. qui réveillent le monde à coups de mégaphone (ils donnent pas des coups, ils crient dedans). C’est lors d’une baignade qu’il rencontre Étienne Murphy en personne! Il jouera ensuite des percussions sur ses cuisses auprès d’un band improvisé muni de deux guitares et d’un ukulélé.

Dès 13 h, Knlo commence sa perfo avec une chorégraphie de couple avec Caro Dupont. Selon une source correct-sûre, Akena Okoko et sa bande seraient un peu hangover, et on ressent effectivement une énergie un peu plus basse qu’à l’habitude de la part du groupe au début du spectacle. La situation finit toutefois par se replacer rapidement, alors que les hits s’enchaînent avec efficacité. Knlo finit par profiter de la foule réceptive pour tester une nouvelle chanson qui traite de la technologie et qui s’intitule La technologie. On danse avec allégresse sur ce nouveau hit, tout en criant les nombreux bouts à répondre qui nous sont envoyés.

Un enchaînement totalement réussi stylistiquement parlant: les Deuxluxes prennent possession du stage de l’Auberge, tout juste après leur arrivée triomphale en quatre-roues.

Les Deuxluxes/Photo: Élise Jetté
Les Deuxluxes/Photo: Élise Jetté

Le deuxième show de couple de l’avant-midi (14 h en festival, c’est le matin) se passe excessivement bien. Les hanches se dénouent et les gens commencent à oublier qu’ils sont encore un peu endoloris de leur nuit sur la roche avec des matelas en carton. Mission réussie pour les Montréalais, qui s’en tirent extrêmement bien autant du côté musical que durant les interventions. Un bon moment, surtout en considérant que le groupe n’avait pas de pacing en commençant!

La fête change ensuite de scène et on quitte l’ombre bénéfique de la forêt pour la chaleur assez prononcée de la clairière où se trouve la scène principale. C’est le trio Ragers qui y joue, accompagné pour l’occasion de quelques acolytes. Devant une foule assez éparse et un peu assommée par le soleil, le trio essaie quand même de motiver les troupes de son mieux. Si la mission prend un peu de temps à s’accomplir. Spécifions que ce n’est toutefois aucunement dû à un manque de talent ou de qualité musicale, parce que ces deux aspects sont au rendez-vous. Jake PST, solide dans ses interventions de rappeur remplaçant, mène bien le show et le fun est au rendez-vous.

Plus tranquille, c’est ensuite Gabrielle Shonk qui prend le flambeau. Accompagnée de sa bande habituelle, y compris Jessie Caron qu’elle nous présentera à peu près huit fois durant le show, elle vient offrir son folk-country-chansons-pop aux festivaliers.

Gabrielle Shonk/Photo: Élise Jetté
Gabrielle Shonk/Photo: Élise Jetté

Il n’y a d’ailleurs pas que de son guitariste dont elle parlera souvent: les explications entourant son premier album et l’absence de stock sur son Bandcamp auront aussi droit au traitement répétitif. Pas grave, la musique sauve la donne, alors qu’elle présente un show un peu plus rock et énergique qu’à l’habitude. En tutoyant le public, une manoeuvre qui refroidit au moins 67 % de la foule, elle nous mentionnera que son été est chargé et qu’elle aimerait ça, elle aussi, «avoir une vie et une tente pour faire du camping.»

C’est accompagné d’un bassiste ouvertement féministe que Geoffroy s’emparera ensuite de la scène:

The Future is female/Photo: Élise Jetté
The Future is female/Photo: Élise Jetté

L’auteur-compositeur post-La-Voix enchaînera les pièces électro-folk de son album Coastline et fera également un saut en arrière avec une chanson de son EP Soaked In Gold. Il fera plusieurs allusions à sa joie d’être là, notamment en nous disant: «mes mamelons sont tout petits en ce moment.»

Geoffroy/Photo: Élise Jetté
Geoffroy/Photo: Élise Jetté

Selon une étude scientifique, deux personnes sur trois avaient très hâte qu’il se mette en camisole.

Geoffroy/Photo: Élise Jetté
Geoffroy/Photo: Élise Jetté

Andy Shauf et ses complices montent sur scène tel un jazz band de cégep. Le show au complet donne l’impression d’avoir été scénarisé par Wes Anderson, autant du côté des costumes que de l’installation super centrée et statique des musiciens. Shauf, d’ailleurs, pourrait aisément se recycler en ventriloque, ces neuf photos ayant été prises à six minutes d’intervalle.

Andy Shauf/Photos: Élise Jetté
Andy Shauf/Photos: Élise Jetté

Les arrangements sont toutefois extrêmement au point, tout comme l’exécution, fidèle à ce qu’on entend sur album. Étrange de constater que la plus grande partie de la foule qui était massée pour entendre Geoffroy a quitté les lieux, laissant un parterre clairsemé pour Andy.

On est allés faire un power nap pendant le set de Poirier parce qu’on se sentait pas trop comme en 2002, contrairement à cette chemise:

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Une chemise qui voulait retourner en 2002

Pendant le show de Dead Obies, Philippe Fehmiu avait mis son poncho.

Poncho
Poncho

Le set est conventionnel et réussi, laissant place à un peu de nouveauté et beaucoup de classiques qui soulèvent la foule qui, elle, est obnubilée par la coiffe de Joe Rocca.

Joe
Joe/Photo: Élise Jetté

Pendant ce temps, Geoffroy écoute le show, déguisé en annonce de Gap.

Une pub de Gap
Une pub de Gap

Après avoir viré fous sur Tony Hawk à la fin du set, on décide de courir jusqu’à l’Auberge parce qu’il fait froid et parce qu’on veut bien voir Duchess Says. La soirée se déroulera avec le quota de génie que l’on attend du groupe. Après un début un peu calme, les gens récupèrent leurs repères au moment où Annie-Claude leur envoie une grosse bâche blanche sur la tête. On aura même droit à un petit bout de show en-dessous de ladite bâche quand la chanteuse s’y rendra pour lâcher sa meilleure quote de la soirée: «Esti que c’est bon, quand même!»

Annie-Claude sous ses cheveux
Annie-Claude sous ses cheveux/Photo: Élise Jetté

Le show se poursuit dans l’incompréhension et la découverte, surtout pour une amie à nous, qui ne les connaissait pas avant, et qui semble vivre un moment d’extase suprême en sautant à la corde à danser-LED. Le tout se conclut finalement sur Annie-Claude, seule sur scène, qui nous avoue avoir un peu de misère à suivre tout ce qui se passe avant de quitter pour laisser place au dj set de l’excité Radiant Baby à qui on prêtera notre unique chargeur de iPhone, nous rendant ainsi responsables d’une partie de son succès.

Nous allons dormir alors que, au loin, des gens peu habiles interprètent The Scientist de Coldplay, Dégénérations de Mes Aïeux ou encore Hey Baby de DJ Otzi sans trop de logique apparente, une berceuse alcoolisée qui nous enverra dans les bras de Morphée.

Le lendemain matin, on réalise que ce gars-là n’est jamais sorti de sa tente. Faut croire qu’il était bien.

Un gars resté couché
Un gars resté couché