ADISQ 2020: survivre à la grande dépression

J’espère que je ne recevrai pas de poursuite d’un regroupement de profs d’histoire en nommant ce qui suit la grande dépression. Et attendez-vous à être déprimés durant votre lecture. Je vous rapporterai quelques moments cocasses pour casser la tristesse ambiante, mais je ne sais pas si ça va être assez. Ça fait longtemps que l’ADISQ est mon moment musical préféré de l’année. Je m’ennuie des années où ma seule déception était celle de ne pas voir mes artistes favoris remporter les Félix. En 2020, ça fait plus mal que ça.

On ne fera pas comme si on n’avait pas passé l’année devant notre écran. Les photos de ce texte sont toutes les photos de ma télé. Quand les choses se passent dans l’écran, il faut parfois se résigner à capturer l’essence même du climat dans lequel on vit. Et c’est peut-être même une mise en abyme que d’illustrer cet article sur le Premier gala et le Gala de l’ADISQ à l’aide de photos de cadrage de télé. Une œuvre dans une œuvre où l’on parle des œuvres de l’année…

Le Premier gala de l’ADISQ

«Il n’y a pas de collègue, pas de public, on n’est pas en direct», nous annonce d’emblée l’animateur Pierre Lapointe muni d’une tenue on ne peut plus au point: moi aussi devant l’imminence de la fin du monde je voudrais qu’on me vêtisse d’objets contondants pour me défendre.

En symbiose avec l’année qu’on vit, l’introduction du gala nous montre une série d’artistes en nomination qui parlent à leur téléphone on qu’on nous sert en montage pixélisé au son inégal. «Moi j’fais pas de musique par exemple», dit  Yannick De Martino, nommé pour Spectacle de l’année – Humour. Inquiète-toi pas, Yannick, on est plusieurs, depuis plusieurs années à se demander pourquoi les Olivier sont invités à l’ADISQ!

Le numéro d’ouverture nous montre le groupe Salebarbes et on a la confirmation que, si on avait été invités, on n’aurait pas été déçus par rapport aux cheveux de Jonathan Painchaud.

Les Hay Babies se joignent à la partie avec les tenues les plus cool qu’on n’a jamais vues de notre vie. L’Internet nous apprendra plus tard que les tenues, elles les ont cousues elles-mêmes. J’ai juste une question, ici: les filles, je peux-tu être une Hay Babies moi aussi? 

C’est toujours avec son adéquate tenue de brontosaure que Pierre Lapointe nous parle de l’augmentation de l’offre des spectacles en Facebook live durant les 8 derniers mois, une offre qui est, selon moi, l’équivalent médical d’un diachylon de Spiderman sur une fracture ouverte de la hanche.

Pierre prononcera aussi les mots que tout le monde va dire et redire en cherchant un sens, en se demandant s’il y en a vraiment un: «notre industrie est à rebâtir».

Et c’est le début de ce que j’appellerai le constat «L’Amérique pleure, pis c’est vrai!» avec le premier trophée décerné aux Cowboys fringants, pour Antipodes, l’Album meilleur vendeur de l’année.

C’est autour d’un feu de camp qui est loin d’être assez chaud pour réchauffer l’âme de la culture Québ que le groupe procède à des remerciements standards. 

L’Album traditionnel de l’année est celui de Salebarbes: Live Au Pas Perdus

On est toujours satisfaits du cuir chevelu de Painchaud et que dire de la moustache à deux étages?

En regardant la salle du Corona où le house band s’exécute, pas de public, je ne peux m’empêcher de dire «bon enfin de la place pour montrer le house band». Sont toujours cachés dans le noir, en arrière d’un décor de Moment Factory, mais LÀ, c’est leur moment. Bravo.

C’est Dominique Fils-Aimé, récipiendaire du prix d’Album Jazz de l’année 2019, qui vient remettre le prix 2020.

C’est Jacques Kuba Séguin et son album Migrations qui l’emportent! Dans sa vidéo de remerciement, il dit: «merci à mes enfants, surtout à ma grande fille Ella». Donc les enfants, si papa vous a toujours dit qu’il n’avait pas de préféré, c’est ici que vos rêves cassent en morceaux. 

«On a été testés par les évènements», dit Jacques. Nous, on espère juste que t’as pas été testé COVID positif.

Le Spectacle de l’année interprète est celui de Véronic Dicaire qui reçoit étonnamment son premier Félix en carrière. Elle parle des 27 personnes qui la suivent en tournée tout le temps. De mon côté, je m’adresse aux 27: «ça roule la PCU?»

L’Album ou DVD de l’année Jeunesse est remis à celui qui ne change jamais de chapeau, mais on espère au moins qu’il le lave de temps en temps: Arthur L’Aventurier et L’aventure au bout du monde en Australie. Une chose est sûre, avec cette vidéo pour enfant, il a visé juste. Si on peut pu jamais aller nulle part, on va au moins aller en Australie avec Arthur. C’est tout ce qu’il nous reste.

Son remerciement contient la phrase que j’ai toujours haïe, mais que j’haïs encore plus en 2020: «Merci la vie».

Depuis le début du texte, je vous épargne quand même pas pire en termes de dépression, mais je dois mettre quelque chose au clair tout de suite: Le Premier gala de l’ADISQ nous montre durant toute la soirée, de petites entrevues avec des artistes d’ici qui nous racontent leur tristesse de ne plus faire de show, leurs remises en question, leurs idées folles de s’ouvrir une boulangerie, un potager urbain ou un magasin de vélos. Tout le monde a l’air d’amorcer sa quatrième saison de dépression saisonnière. Des bands nous disent qu’ils ne se sont même pas vus entre eux, séparés par des zones rouges, jaunes et oranges. Confinés dans les univers virtuels respectifs où les jams ne sont jamais vraiment des jams.

Ça pourrait être déjà assez triste de même, mais les pubs entre les remises de prix, c’est: la fille qui est partie en ambulance pour sa COVID le jour de sa fête, une madame qui a besoin d’une prescription pour ses infections urinaires chroniques, un gars qui tripe tellement sur le porc du Québec qu’il réveille sa chum en pleine nuit comme un sociopathe pour avoir la recette, un couple qui se sépare et qui pleure devant sa fille alors que toute la petite famille marche «sur des œufs» (mais pour vrai là! LE PLANCHER, C’EST DES ŒUFS) pour donner vie à la métaphore «marcher sur des œufs» de la manière la plus triste jamais vue. 

Miro et Sarahmée nous font une prestation agréable. Si l’humeur était à -4, on est rendus à 2 sur une échelle de 1 à Luc Senay.

Corridor s’est fait voler le trophée d’Album rock de l’année qui est rentré à la maison avec les Cowboys fringants pendant que l’Amérique pleurait de cette situation.

Mon seul point dans mon pool de l’ADISQ pour cette soirée-là, je le dois à la talentueuse Alexandra Stréliski qui est l’Artiste québécoise ayant le plus rayonné hors Québec. En guise de remerciement, elle nous sert une vidéo triste où on la voit se balader avec Inscape, son album, dans des rues européennes désertes. C’est ça, en 2020, rayonner à l’étranger. En termes de tristesse, cette scène arrive juste après celle où Kate laisse tomber Léo dans l’eau glaciale en gardant le radeau de fortune pour elle. 

Charles Richard Hamelin remporte son cinquième Félix avec celui de l’Album de l’année Classique soliste et petit ensemble: Chopin – ballades et impromptus.

L’Album de l’année Classique orchestre et grand ensemble est Pulsations d’Angèle Dubeau et la Pieta. «C’est mon 44e album», déclare-t-elle sans dire son âge.

Nomadic Massive monte sur scène juste avant que Flore Laurentienne perde le Félix d’album instrumental de l’année aux mains de Gregory Charles, ce qui suscite chez moi l’envoi de ce genre de message:

Comme j’attends Noël depuis le début de la pandémie (c’est la seule fête qui me rattache encore à un semblant de magie), je suis ravie qu’Isabelle Boulay gagne le Félix d’Album de l’année – Réinterprétation pour En attendant Noël.

L’Album de l’année autre langue est celui de Nikamu Mamuitun et si jamais vous n’avez pas entendu la chanson Tout un village, il faut remédier à ça maintenant, pleurer un peu et se ressaisir comme on peut après.

Pierre présente des prix devant le Mac – sûrement habillé par le MAC aussi, c’est de l’art, ça – avec Roxane Bruneau.

L’Album de l’année country est celui de Patrick Norman qui remercie plein de monde d’être venu à Nashville. Si t’es dans l’industrie pis que t’as pas été invité à Nashville par Pat, je t’invite à te poser des questions.

Le spectacle de l’année Humour est celui de Sam Breton, puis une bourse de 5000 $ est remise à l’un des artistes détenant sa première nomination cette année. On connaissait pas mal tout le monde sur la liste, sauf les gagnants: Le Diable à Cinq.

Le symptôme dépressif s’accentue lors de la pause publicitaire suivante avec des gens habillés en jaune pour parler de beurre de peanut. Je sais que les temps sont durs, mais sont payés combien? Écrivez-moi si vous savez.

Zal Sissokho repart avec le Félix de l’Album de l’année Musique du monde et Elisapie remporte celui du meilleur Spectacle autre langue.

Vous pouvez maintenant détourner le regard si les rencontres Zoom commencent à vous faire vomir dans votre bouche un petit peu. Le Spectacle de l’année anglophone est celui de Patrick Watson qui est présent avec sa gang: unis, mais séparés. 

Comme si l’état psychologique collectif en chute libre avait besoin d’un autre Zoom.

C’est sûrement pour faire remonter l’indice de bonheur des Québécois que P’tit Belliveau arrive. Dans sa vidéo de pandémie, après sa perfo, il dit – deux fois plutôt qu’une – qu’il vit sa vinaigrette. Merci man.

Alicia Moffet et Fouki viennent chanter pour les 18-24, puis le Zoom de Patrick Watson revient avec le prix d’Album anglophone de l’année.

Des feux pour voir de Marie-Pierre Arthur est sacré meilleur album Alternatif de l’année et Choix de la critique.

Entre deux remises de prix, Fouki nous dit que 2020, c’est comme tomber dans une bouteille d’alcool fort que tu ne connais pas, mais tu passes à travers quand même et le lendemain tu ne te souviens de rien. À date, je n’ai trouvé personne qui a eu une meilleure idée que lui.

Alors que les vidéoclips inventifs ont déferlé sur nous plus vite que la COVID l’aurait fait au Bal en Blanc, c’est pourtant un clip qui nous montre une danse en ligne dans un bar de campagne qui a remporté le Félix de Vidéoclip de l’année. L’Amérique pleure, pis c’est vrai.

LISEZ NOTRE ARTICLE PRÉ-ADISQ INTITULÉ «COVID-19: 10 affaires qu’on ne verra pas à l’ADISQ cette année parce qu’on regarde ça à distance» 

Le Gala de l’ADISQ

On a surnommé le gala du dimanche le festival du follow spot sur les toits de Montréal, du moins pour l’ouverture du gala durant laquelle toutes les lumières et les drones de la ville avaient été sollicités. De toute façon, il ne se passe rien d’autre ces temps-ci alors l’ADISQ avait le premier choix.

Louis-José Houde fait son numéro d’ouverture dans un studio de Radio-Canada devant un public aussi nombreux qu’à une messe du dimanche en ces temps où l’astrologie a remplacé la religion. 

Il ne nous présente pas pour autant un numéro approuvé par le clergé, lançant des flèches à tous ceux qui ont été dans les médias pour les mauvaises raisons durant l’année. «Bon qui qui reste? Ceux qui ne sont pas en prison, faites du bruit», dit-il avant de mentionner qu’il pensait être seul avec Renée Martel ce soir étant donné les délits commis en 2020 par les artistes d’ici. «Ce soir, y’aura pas d’hommage aux grands disparus. Sont tous vivants», mentionne-t-il également étant donné que les disparus sont disparus pour des raisons légales et ne sont pas morts, comme dans le bon vieux temps.

«J’ai dit oui pour animer le gala le 12 mars. Je ne pensais pas que ça finirait en PowerPoint», dit Louis-José devant une poignée d’artistes en dépression.

«Les gens veulent faire l’amour, c’est la tendance», dit-il ensuite en faisant des jokes de graines. Émile Bilodeau a l’air de dire «iiiiii va pas là».

Steven Guilbeault, nous fait son petit message de ministre et on réalise qu’il est fatigué comme nous tous. C’est pas comme si le Patrimoine canadien était si prenant ces temps-ci, Steven! Dors un peu!

Louis-Jean Cormier, désormais porteur de chapeau, nous interprète Je me moi, une chanson d’actualité puisque la pandémie nous a inévitablement menés à un repli sur nous-mêmes.

Le premier prix est remis à KNLO pour le meilleur album rap de l’année et tout le monde a un petit malaise cardiaque quand il reste à sa place. Eh oui! Les remerciements se font directement à la chaise du gagnant cette année. KNLO fait des salutations à tout le monde, même à La Mauricie.

Au retour de la pause c’est Marie-Pierre Arthur qui vient chanter Tiens-moi mon cœur et sa perfo est covid-friendly et demeure en mode bulle familiale : c’est son fils qui danse.

Louis-José y va d’un petit numéro sur la deuxième job que pourrait occuper chaque artiste: «Lisa Leblanc, elle pourrait être n’importe quoi pis ça serait l’fun. Broder un napperon, changer ta fournaise. Je la truste dans toute. C’est l’inverse de Kaïn. Eux j’les truste dans rien. C’est sûrement des bonnes personnes, mais ça m’a pas l’air porté sur le deadline

Robert Charlebois vient présenter le prix d’album Adulte contemporain. Il en profite pour dire à Louis-José qu’il le trouve drôle avec cette expression, jamais entendue avant, que l’on va désormais adopter: «Tu me fais pacter».

Assez troublant, dans cette catégorie, d’entendre back à back Yé midi kek part de Kaïn, puis Tatouage de Pierre Lapointe. On ne s’imagine pas que c’est possible comme adversaires. 

C’est le rebaptisé «Jean-Louis Cormier» qui gagne.

Eli Rose et Marc Dupré nous proposent un duo improbable, puis Louis-José fait des jokes sur la consommation de drogue des artistes, notamment en leur annonçant que la cocaïne coûte désormais trop cher pour leur budget en mode PCU.

L’Album folk de l’année est L’étrange pays de Jean Leloup.

Après, je me demande vraiment pourquoi la Révélation de l’année est présentée par Mazda. T’as pas de char quand t’es Révélation de l’année.

Installée en mode «piano bar» sur un piano de plus de deux mètres de long pour respecter les règles, la Révélation de l’année 2003 Ariane Moffatt présente un numéro d’intro avec Louis-José puis c’est la Révélation 2019, Alexandra Stréliski qui présente Eli Rose, la gagnante, qui est surprise pour vrai et qui se vide de ses larmes sous les recommandations d’Alexandra qui la réconforte à l’autre bout de la salle, à une distance de type «autre indicatif régional téléphonique».

L’Album pop de l’année est celui de Marc Dupré. On a ensuite droit à une bonne pub sur la gestion de patrimoine avec un homme pour qui c’est une passion, la gestion de patrimoine.

On apprend aussi qu’il est possible de louer un chauffe-eau.

Puis le meilleur numéro de 2020 est celui présenté par Anachnid, Flore Laurentienne et Matt Holubowski. Un trio bien pensé et bien distancé comme seule 2020 est capable de le faire.

Louis-José rit du mot «RÉINVENTER» avec raison, alors qu’on a passé les huit derniers mois à regarder les shows les plus tristes au monde sur Internet.

Robert Charlebois repart avec le Félix du meilleur Spectacle auteur-compositeur-interprète. «Avec Ben Dion, adieu les problèmes de son», dit-il pour remercier son soundman. J’aimerais ça le rencontrer, Ben. Il remercie également Louise Forestier. «Louise, 50 ans d’amitié! La prochaine fois qu’on va chanter La fin du monde, ça va être une chanson bubble gum comparé aux horreurs qui nous affligent.» En fait, il aurait probablement été plus adéquat de dire: la prochaine fois qu’on va chanter La fin du monde, ça va l’être pour vrai.

Je me demande si ce Félix pourra être remis l’an prochain même si on aura eu 4,7 semaines de shows au total durant l’année et aucune véritable tournée.

On a ensuite droit à une pub de vin d’épicerie et à une autre pub qui nous montre une fille qui fait du lavage, mais que son linge pue pareil. Le clou du spectacle publicitaire: une pub de fuites urinaires qui a jouée six fois durant la soirée. Rien pour te permettre de fuir tes problèmes…

La vie d’écran, ça permet de faire un medley de Pauline Julien, au siècle dernier, qui chante avec Pierre Lapointe aujourd’hui, puis Isabelle Boulay, sur scène, qui chante avec une Monique Leyrac en noir et blanc.

Profiter du fait que notre vie est désormais virtuelle pour faire un medley qui mêle deux siècles différents: je dis oui.

Kent Nagano présente le prix Artiste autochtone de l’année en mode vidéo dans une pièce avec autant d’écho qu’un sous-marin. Elisapie l’emporte et fait un touchant discours qui est le seul que le chronomètre sonore ne coupera pas.

La Chanson de l’année est L’Amérique pleure des Cowboys fringants. Le groupe nous livre le mensonge du jour dans ses remerciements: «Merci d’avoir joué nos tounes à la radio et beaucoup de musique Québ durant toute l’année». NOPE.

On assiste ensuite à l’une des pubs les plus tristes depuis celles des banques alimentaires: une pub de banque avec Deux par deux rassemblés de Pierre Lapointe version piano en noir et blanc qui nous montre des travailleurs de divers milieux qui ne vont pas s’en sortir durant la crise sanitaire.

L’Auteur-compositeur de l’année est Louis-Jean Cormier, le Groupe de l’année est Les Cowboys fringants

Isabelle Boulay, qui était là pour le numéro avec Pierre Lapointe plus tôt n’est pas là pour la remise du prix d’Interprète féminine de l’année dans laquelle elle est nommée.

ÉTAIT-ELLE EN HOLOGRAMME TANTÔT? Ou est-elle allée se coucher avant sa catégorie?

C’est la grandiose Alexandra Stréliski qui remporte la statuette. «J’ai trop bu de Bulles de nuit», dit-elle comme si elle était à O.D. à l’autre poste. Elle aborde une fois de plus la douceur, parce que c’est pas mal juste ça qu’il nous reste cette année. «J’ai hâte de vous revoir à côté de ce cauchemar», ajoute-t-elle. Nous aussi.

Émile Bilodeau est l’Interprète masculin de l’année et il fait son discours, écrit sur une feuille quadrillée sans lever les yeux. Voyons, Émile! T’as pas appris ton exposé oral!

Il termine par «Vive le Québec libre!» pour faire plaisir à sa date: son petit frère, mais aussi, avouons-le, pour se faire plaisir à lui-même. Et en cette année sans plaisir, qui serions-nous pour juger ce comportement?

Louis-José Houde termine avec la phrase la plus 2020 possible: «Y’a tellement de Purell dans’ place que tout le monde est stérile».

À l’image de la musique durant la dernière année, l’ADISQ était là malgré tout. Mais les trous dans la salle, semblables aux trous dans les salles de spectacles (lorsqu’elles sont ouvertes) nous amènent à croire de moins en moins à de plus en plus de choses. Les derniers VRAIS shows, non-distancés, qu’on a vus au début du mois de mars dernier nous semblent déjà anachroniques. Approcher les autres, sans masque, que ce soit pour dire bonjour ou pour faire un mushpit, est une idée complètement déjantée, illusoire et probablement passible d’une amende. 

La musique est la solution à beaucoup de sentiments négatifs. Espérons qu’elle saura nous faire passer à travers la grande dépression.

La pop urbaine d’Eli Rose qui rafraîchit

Eli Rose

Eli Rose

Barclay

***1/2

Deux ans après son hit Soleil qui l’a fait connaître en solo post projet Eli et Papillon, Eli Rose sort un premier album complet, contenant plusieurs singles qu’on a délicieusement entendu tourner cet été. C’est de la soft pop urbaine: les prod qui dropent contrastent avec la voix doucereuse d’Eli. On est loin de l’indie pop qu’elle faisait en 2010 avec son ancien duo. La chanteuse a décidé de recommencer à zéro, et ça lui va extrêmement bien. 

L’album autobaptisé est une collaboration entre Eli Rose et plusieurs grosses pointures montréalaises et américaines, dont Ruffsound (Loud), Banx & Ranx (Sean Paul), Billboard (Britney Spears, Shakira) et Mike Clay (Clay and Friends). Elle est ben gearée, comme on dit.

L’album ouvre avec trois singles sortis cette année, soit Tôt ou Tard, Origami et Carrousel. Trois pièces solidement faites, que je ne me tanne pas d’écouter. «Tu es la beauté, le mal en même temps, mais tu m’as sauvée du mal en même temps». La fragilité et la nostalgie, des sons rythmés qui donnent envie de bouger et des mélodies accrocheuses sont à l’honneur.

Origami est la pièce maîtresse selon moi: une production au goût du jour, merci aux beatmakers qui savent manier textures et sons artificiels pour innover. C’est en effet un son très actuel, un mélange tendance de pop, de trap et de hip-hop, que l’on entend beaucoup chez les anglos, mais rarement au Québec. C’est l’fun d’entendre de la chanson francophone qui déroge du modèle chansonnier-guitare-voix. On est dans une langue et une culture propres à nous, et c’est vraiment rafraîchissant. La superposition de la voix de Fouki vient ajouter une texture intéressante à la chanson, une autre dimension à la voix légère d’Eli Rose. 

Le reste de l’album se situe à peu près dans les mêmes eaux, chaque chanson contenant des hooks qui restent en tête. Les textes tournent autour d’un amour passé qu’on comprend avoir été malsain. On y entend de belles métaphores, tout en restant dans l’accessibilité.

Demi-Tour, enfant du milieu, arrive comme un vent de fraîcheur après plusieurs pièces dans le même range de bpm et de tonalité. Ça change du reste; on crinque tout un peu plus haut et on lâche son fou. 

J’aime aussi beaucoup Avalanche, avec sa mélodie bien ficelée et le side chain des synthétiseurs à la fin. 

L’album se termine sur une ballade piano-voix, un choix dont je ne suis pas fan. Chapeau pour la vulnérabilité, le désir de se mettre à nu, mais je trouve qu’il manque de nuances vocales, de profondeur, d’élasticité. C’est à peu près le seul bémol que j’apporterais à cet album à mon sens très bon, actuel, rafraîchissant. 

Festif! 2019 JOUR 2: vendre du rêve et chasser les horcruxes

C’est vers 8h bien tapantes que la deuxième journée du Festif! débute, avec des techniciens un brin zélés qui décident de tester les speakers avec une grande sélection mp3 de leur cru.

Par Élise Jetté et Julien Roche

Se faire blaster la Trololo song de Eduard Khil autour de 8h15 le matin, c’est un réveil qui fait grincer quelques dents chez les campeurs du gîte TerreCiel.

De passage aux toilettes, Julien croise bien des gens qui partagent le what-the-fuck suspendu à son visage. Élise, activée par ses trois heures de sommeil, sort de la tente en bobettes pour s’exprimer.

Sara Dufour/Photo: Élise Jetté

Sara Dufour prend la scène autour de 11 h en nous partageant d’abord sa passion pour l’amour et les petits moteurs, et blâme candidement ses ex d’avoir manqué de gaz pour la suivre, elle qui «tire fort avec son petit deux-temps». À ce moment, nos tentes sont environ exactement le sidestage.

Le sidestage/Photo: Élise Jetté

Sans doute inspirés par Dufour qui a longtemps cassé son espagnol au soundcheck, on se commande des huevos rancheros au resto qui font une job correcte.

Laurence-Anne/Photo: Élise Jetté

Direction Laurence-Anne au bout du Quai Bell. La marée basse souffle une whiff algue & sel qui nous rappelle qu’on est loin de Montréal.

Laurence-Anne’s band/Photo: Élise Jetté

Y’a quelque chose des algues qui va bien à Laurence-Anne. Y’a beaucoup de floral chez elle, en fait – les tatouages, le champ lexical, la pochette de Première apparition. Tout son band porte les couleurs jaune et mauve de son incroyable outfit des Lakers du West Island. La foule est encore un peu endormie, mais la funk aquatique de C’est un virus arrive à délier les jambes.

Un band qui a compris la thématique/Photo: Élise Jetté

Devant une foule en milieu de vie et vendue d’avance, Ariane Moffatt chasse les nuages et fait briller le soleil…. un peu trop même.

Ariane Moffatt/Photo: Élise Jetté

Pour une première fois de ce Festif, le soleil sort son calibre maximal et on en paie les frais. Les quelques génies qui ont eu la bonne idée d’écouter le spectacle en flotteur, en kayak ou bien le cul dans la rivière profitent d’un rafraîchissement qu’on jalouse beaucoup.

L’un des fils d’Ariane, lui, n’est pas impressionné.

Not impressed/Photo: Élise Jetté

Ce gars-là tente par tous les moyens de voir le show sans payer.

Retour au coeur du festival dans la chaude chaleur chaleureuse pour retrouver Comment Debord et son funk tendre, tantôt soul, tantôt disco. Le groupe décide de casser beaucoup de nouvelles tounes. Il n’y a qu’un seul EP enregistré à se mettre sous la dent, mais la bande fait un spectacle comme si un album s’en venait. Comme si un album s’en venait? Hé ho, comme si un album s’en venait?

Comment Debord/Photo: Julien Roche

Julien se laisse gagner par un petit stress en apprenant que son nom n’est pas sur la liste des choyés qui pourront voir Bleu Jeans Bleu directement sur l’eau. L’activité nautique est sold out depuis belle lurette pour avoir le luxe de vivre le tout assis dans une trip. 

Bleu Jeans Bleu/Photo: Julien Roche

On inscrit gentiment son nom sur la liste de réserve en attendant qu’un no-show lui permette de se faufiler… Mais une fois sur les lieux, il trouve facilement le moyen de marcher dans l’eau (ou sur l’eau, tel Jésus). Tout compte fait, le bonheur est grand, les jarrets dans l’eau, libre d’exister sans gilet de sauvetage. Bleu Jeans Bleu envoie les hits. Cette nouvelle scène, installée pour le 10e anniversaire du festival est facilement dans notre top 3 du week-end.

La foule aquatique/Photo: Julien Roche

Avant même le rappel, Claude Cobra est dévêtu pour faire une bombe…. Pour mieux revenir sur le stage, essuyé par son équipe à la vitesse d’un arrêt aux puits au circuit Gilles-Villeneuve. 

Le comité santé et sécurité de Feu à Volonté vous déconseille cependant de sauter à l’eau et de revenir sur une scène électrifiée.

Stéphanie Boulay/Photo: Élise Jetté

Stéphanie Boulay et Safia Nolin sont les hôtesses d’un plateau double au Germain question de vivre, grâce à l’air climatisé, un choc thermique digne d’une infusion corporelle dans la glace sèche.

C’est l’émotivité de Steph Boulay qui nous capte en premier, notamment avec la dernière chanson, Je pourrai plus jamais, destinée à son neveu et durant laquelle l’enfant de Bianca Gervais pousse un petit cri cute d’enfant. Toute est dans toute.

Safia Nolin/Photo: Élise Jetté

Safia est en formule full band avec notamment Joseph Marchand qui prend pas de break pantoute, lui qui était sur scène avec Ariane Moffat le même jour.

Joseph Marchand/Photo: Élise Jetté

Safia nous raconte qu’elle a acheté 40$ de bonbons dans une confiserie alors qu’elle n’aime pas ça tant que ça les bonbons. Un enfant dans la foule est jaloux. «Un jour tu auras 18 ans et tu pourras t’acheter tes propres bonbons», dit Safia.

Safia Nolin/Photo: Élise Jetté

Pomme se joint à elle pour Lesbian Break Up Song qui parle d’«être lesbienne et avoir le coeur brisé.» Safia tente de nous voler des punchs de Stranger Things et nous donne aussi le punch du Roi Lion: «Mufasa meurt au début».

Elle invite également son ami Philémon Cimon «un joyau de Charlevoix» pour la chanson Le chien le coq et le cheval tirée de l’album Pays de Philémon. «Il a vu mes fesses tantôt», dit Safia en parlant de son ami qui manque de timing pour rentrer dans une loge.

Safia et Philémon/Photo: Élise Jetté

En fin de spectacle, Safia avoue qu’elle n’a jamais eu de bouteille d’eau sportive comme celle distribuée durant Le Festif. «J’ai le goût de faire comme les joueurs de hockey», dit-elle en mimant de se splasher la face d’eau.

Elle demande à son public de lui offrir ce dont elle a été témoin au show d’Éric Lapointe:

Puis elle conclut en disant «C’est l’fun de voir que les gens s’intéressent encore à la musique triste francophone». C’est vrai, ça. Quand elle annonce la dernière chanson du rappel, une petite fille derrière moi dit à sa mère «C’est sa dernière chanson. Il faut bien l’apprécier». C’est encore vrai, ça.

Sur la route du retour, on croise un artiste qui s’adonne à la peinture d’un entrejambe féminin au coeur du festival.

Noune sur toile/Photo: Élise Jetté

Notre soirée se termine par une quête que l’on pourrait comparer à celle de la collecte des horcruxes dans Harry Potter 7. Dans l’histoire qui nous occupe, les horcruxes sont des indices qui mènent au feu de camp/show secret du Hangar 29. Au bout de la quête: un show de Geoffroy.

Une enquête sur Google Maps nous guide vers un point sur la carte situé à 24 minutes de marche du centre-ville. Déterminés, nous suivons la rue principale, puis nous traversons une autoroute et nous remettons nos vies en question dans une cour lugubre et déserte de Super C adjacent à un Dollarama. Le festival mis en scène dans le film Midsommar vous semble terrifiant? Avez-vous déjà cherché Geoffroy dans une cour déserte de Super C?

On passe 48 minutes à se demander si on l’aime tant que ça, Geoffroy. Puis, chaque fois qu’un élément du décor fait en sorte qu’on pense avoir trouvé un indice de présence ou un semblant de répit, on crie: YES! ON EST ARRIVÉS. Devant l’évidence qu’on n’est pas arrivés, Julien devra souvent se repentir en disant: «Désolé. J’essaye juste de vendre du rêve.»

Sur la route, on croise 6 vomis. En voici deux.

Vomi 1/Photo: Élise Jetté
Vomi double/Photo: Élise Jetté

À notre retour de la quête qui, si on continue le comparatif avec Harry Potter 7 aurait fait en sorte que Harry serait mort, on se réconcilie avec ce qu’il nous reste de vie avec les Vulgaires Machins.

Ils offrent une performance survoltée, mais après notre grande excursion, on a les jambes un peu trop molles pour renverser le capitalisme.

On finit donc le tout dans un nuage de cannabis au show de Fouki. Le public est tel qu’on se croirait à la jonction de la 15 et la 40 à 17h un lundi.

On termine notre soirée avec Bob au bar clandestin. Non, on n’a peur de rien.

Bob

LISEZ NOTRE RÉCIT DU JOUR 1

Le buffet: Les Marmottes Aplaties sentent la Coupe

Chaque semaine, on vous envoie la dose de nouveautés locales qui ont potentiellement passé sous votre radar la semaine passée. C’est un gros buffet à volonté avec plein d’affaires: servez-vous.

La nouvelle du jour: après Maybe Watson, c’est au tour des Marmottes Aplaties de faire leur hymne à la Sainte Flanelle.

VICTIME joue le tout pour le tout avec son nouvel extrait dansant et déconstruit Diego. Surprenant comme tout, on y prend goût.

Dead Obies a fait paraître son nouvel album Dead. et ce clip, Doo Wop, qui se passe dans un party. Étiez-vous invités?

Feu à volonté aimait Zagata avant qu’il reprenne son vrai nom pour aller à La Voix. Voici son nouvel EP sur lequel il chante en français. Ça ne battra jamais Kill Me One More Time, mais go Jesse, go!

Liana, la fille la plus cool de Québec, lance un premier extrait d’un album à paraître cette année. Ça s’appelle Red Light et la lumière est rouge dans le clip.

Cooler est la cinquième parution de l’album-vidéo Presse-jus. Donzelle anime deux soirées au Cinéma Moderne, le 21 février (COMPLET) et le 1er mars. Au même moment, sera présenté la première canadienne du court métrage Donzelle, un portrait intimiste de l’artiste et de sa communauté réalisé par Marina Hufnagel et Rina Zimmering, en collaboration avec l’INIS.

Une semaine après la St-Valentin, on vous souhaite de trouver une tendre moitié qui vous estime comme les gars de Caravane pensent que Ma blonde va changer le monde (ou, ici, Leurs blondes, on présume).

Fouki nous sort un hymne à la gayance et la zayté internationale avec Budapest, premier single de son album à venir intitulé ZayZay (ça s’invente pas un nom de même).

Pour les bienfaits du Buffet, ça aurait été le fun que La Force reprenne Moi je mange, mais c’est un autre cover d’Angèle Arsenault qu’elle a choisi. DRÔLE DE DÉCISION.

Flying Hórses présentera ce vendredi son nouvel album Reverie. Tourné dans les Rocheuses et dans le nord de l’État de New York, Isolation est le dernier clip vidéo du groupe. C’est beau comme un rêve.

Ça plane pour Clay and Friends

Sous un ciel d’avions de papier géants, Mike Clay et sa bande ont fait du Ministère l’ambassade officielle de Verdun lors du lancement de son petit dernier, mercredi soir.

Maniant l’art de faire «remuer les popotins», Clay and Friends a rassemblé près de 300 personnes prêtes à déployer leurs meilleurs moves sur le boulevard Saint-LaurentDans la salle pleine à craquer, la formation montréalaise a offert un spectacle de presque deux heures mêlant les pièces déjà classiques de ses projets précédents à ses nouveaux sons tirés de La Musica Popular de Verdun.

LISEZ NOTRE CRITIQUE DE L’ALBUM 

Hotboxé par une machine à fumée, Le Ministère a vibré au rythme de la guitare, de la basse, du clavier et du synthé, mais particulièrement du beatbox brillamment livré par Adel Kazi. Si la foule n’avait pas déjà été debout, le groupe se serait sans doute mérité un standing ovation à la suite d’une courte, mais énergique performance instrumentale qui a exalté le public.

FouKi
FouKi fait son truc sur un air de trompette signé Mike Clay / Photo: Katherine Avery-Benny

Outre la présence de Maripier Morin parmi l’auditoire, on a eu droit à une apparition du popular rappeur FouKi, venu interpréter une version pas tout à fait sur la note de son verse sur Undercover. Des fans presque euphoriques n’ont toutefois pas semblé lui en tenir rigueur.

Manifestement dans son élément, Clay and Friends en a mis plein la vue et les oreilles, mais s’en est aussi mis plein le gosier. Flasque à la main pour Clay et joint à la bouche pour Kazi, les membres de la formation ont livré une chaude performance, en pleine possession de leurs moyens.

Mike Clay à travers les brumes / Photo: Katherine Avery-Benny

C’était la dernière fois que l’on pouvait entendre le flow habile de Mike Clay sur la chanson Dans ma cité, que le groupe ne jouera apparemment plus, selon son chanteur. Reste à voir si le refrain interprété en totalité par les spectateurs a su convaincre la formation de s’accrocher à ce succès paru sur son premier album, Conformopolis

TOP 2018 FRANCO positions 20 à 11

La fin d’année, c’est le moment de repartir à neuf, comme Yes Mccan, avec un nouveau nom, notamment. En grands nostalgiques, on préfère encore parler du passé. Voici les positions 20 à 11 de nos albums/EP francophones préférés de l’année.

20 Pierre Lapointe et les Beaux Sans-Cœur – Ton corps est déjà froid

 

Pierre Lapointe a surpris tout le monde le 24 août dernier en sortant un album rock sur lequel il joint sa voix aux instruments des Beaux Sans-Cœur: Philippe Brault, Nicolas Basque, Vincent Legault et José Major. C’est un album qui nous permet d’entendre Lapointe dans un état différent, et pas seulement parce qu’il porte un suit en cuirette «qui respire pas ben ben» pour chanter. Plusieurs pièces nous amènent dans les aléas du rock garage, aux abords du punk, mais tout en demeurant aux confins de l’univers de la chanson à texte. Un bel exploit. (ÉLISE JETTÉ)

19 Fuudge – Les matricides 

Une poésie brutale qui fait du bien, mais en même temps qui me donne envie de faire de la vitesse sur la route, mais en faisant attention. Des fois t’as besoin de te mettre dans un mood weird et deep, sans que ça t’affecte trop mentalement. (MARIELLE NORMANDIN PAGEAU)

18 Ponctuation – Mon herbier du monde entier

Écrit de manière un peu éparpillée entre une tournée internationale, de brefs retours à la maison et des répétitions diverses, Mon herbier du monde entier se dresse comme une espèce de collage de pièces garage-rock faisant le tour d’une intéressante variété d’états d’esprit disparates. Toujours ancré dans sa formule inspirée des années 1960, le band pousse ici occasionnellement ses explorations stylistiques dans le stoner-rock et l’alternatif, faisant de ce troisième album un projet qui brille par son efficacité. Ce possible dernier projet de la formation de Québec prouve toute l’étendue du talent du band (désormais essentiellement mené par Guillaume Chiasson) tout en gardant le petit edge qu’on lui connait. Yessir Miller! (ALEXANDRE DEMERS)

17 Ariane Zita – J’espère que tu vas mieux 

L’EP qui touche les cœurs de tous ceux qui l’écoutent et le réécoutent. Elle a lancé cet EP au début de l’été et ce fut un moment idéal pour nos cœurs fraîchement sortis d’un hiver assez brutal. Île Dorval te fera pleurer d’amour et J’espère que tu vas mieux te fera pleurer de cuteness. (MARIELLE NORMANDIN PAGEAU)

16 Antoine Corriveau – Feu de forêt 

C’est dans le cadre de son spectacle de Coup de coeur francophone en novembre qu’Antoine a offert officiellement cet EP qui N’EST PAS une lumière au bout d’un lugubre tunnel musical pour le musicien contrairement à ce que pourrait laisser croire sa photo de presse dans le soleil du matin. On est heureux que cet EP ne soit pas tombé dans l’oubli comme son premier EP paru en 2008 et nommé Entre quatre murs. «La photo de la pochette, c’est moi, dans un bain, dans un Brault & Martineau», a confié Antoine durant le spectacle de novembre. (ÉLISE JETTÉ)

15 Dave Chose – Dave Chose 

Débutant au son austère de l’orgue l’album de Dave Chose m’a plus fait penser à Plume Latraverse et Dinosaur Jr. qu’à une messe dominicale. En bon clown triste, le rockeur raconte un quotidien dont la banalité peut parfois être aussi terrifiante ou ridicule que les pires sermons de curé. Une écriture ironique, juste, soutenue par des arrangements qui allient des moments grandioses à la vulnérabilité de l’intime. (JULIEN ST-GEORGES TREMBLAY)

14 FouKi – Zay 

Le jeune montréalais Fouki signe avec Zay son premier album avec l’étiquette 7ième ciel. Avec son acolyte et compositeur QuietMike, il livre un album de bonne qualité et bien enfumé par la SQDC. À l’instar d’un bon projet rap, le montréalais s’entoure de quelques collaborateurs, apportant un vent de fraîcheur à sa voix singulière. Un album qui demande quelques écoutes attentives pour bien y capter les différentes subtilités. Un artiste qui a une énergie incontrôlable sur scène.  (MATHIEU AUBRY)

13 Bolduc Tout Croche – Grande santé 

«Personne n’est libre tant que tout l’monde n’est pas libre.» Ce n’est qu’une seule des grandes vérités qui se trouvent sur ce troisième album de Bolduc Tout Croche, une analogie mélancolique et philosophique dans laquelle se mêlent habilement les mots doux et brutaux. Si tu ne restes jamais accroché au country, essaye celui-ci. Si tu joues à la balle, tu vas comprendre des affaires que les autres comprendront pas. C’est un privilège. (ÉLISE JETTÉ)

12 Zouz – EP 2 

Orchidées est dans mon top 3 des meilleures chansons 2018. Zouz nous offre de très hauts niveaux d’intensité en show; j’ai des frissons jusque dans l’ongle du petit orteil. Cet EP nourrit mes sessions de cuisine lorsque je ne veux pas trop cuire mon quinoa. (MARIELLE NORMANDIN PAGEAU)

11 Anatole – Testament 

Le squelette est mort, puis ressuscite dans un univers sombre dans lequel la voix d’Alex Martel luit avec mystère. Aux sons de la batterie électronique et de la guitare mélodramatique, Testament nous entraîne à un rythme effréné vers la piste de danse, où tous peuvent devenir invincibles. (JULIEN ST-GEORGES TREMBLAY)

À VENIR SUR FAV: 

  • TOP 2018 FRANCO POSITIONS 10 à 1 – mercredi
  • TOP 2018 ANGLO/INSTRU POSITIONS 20-11 – jeudi
  • TOP 2018 ANGLO/INSTRU POSITIONS 10 à 1 – vendredi

GAMIQ 2018: les prédictions de l’équipe

C’est ce dimanche qu’on saura qui sont les indépendants alternatifs favoris du Québec. Feu à volonté vous fait ses prédictions.

Élise Jetté

Artiste de l’année

Lydia Képinski parce qu’elle a quand même produit une monnaie à son effigie cette année en plus de sortir un premier album. Grosse année.

Révélation de l’année

Choses Sauvages parce que même si toutes les femmes savent danser, ma seule danse, cette année, c’est La valse des trottoirs.

Chanson de l’année

Chez Françoise de Dave Chose, car ma grand-mère voudrait lui faire de la soupe.

François Larivière

Artiste de l’année

Lydia Képinski juste parce que cette fille-là est parfaite pis que ça s’écoute bien dans la douche le matin.

Révélation de l’année

Choses Sauvages, car Tommy Bélisle est très cute pis j’aime le Barbie’s Resto Bar Grill.

Chanson de l’année

Chez Françoise de Dave Chose, car je l’ai vu en show à l’Esco pis j’aimerais ça qu’il soit genre mon beau-frère.

Mathieu Aubry

Artiste de l’année

Lydia Képinski parce que c’est frais, imagé, rythmé, parfois triste, impossible de ne pas tomber en amour avec 1er juin. Fini, le 1er juillet, on déménage le 1er juin, jour de sa fête.

Révélation de l’année

Les Louanges, car à l’instar d’un strip-tease, il a publié un single à la fois jusqu’à la nudité directe de La nuit est une panthère.

Chanson de l’année

Chez Françoise de Dave Chose parce que c’est une chanson d’amour de paquetés exposant la sensualité de partager le vice à deux, entre autres dans l’bed.

Camille Avery-Benny

Artiste de l’année

Lydia Képinski parce que j’étais déjà séduite avant que 2018 commence, mais un album encensé, neuf vidéos, et un Cinéma L’Amour plus tard, je pense que le Lucien est plus que mérité.

Révélation de l’année

Zach Zoya, car c’était déjà un exploit de sortir de Rouyn-Noranda, mais il a prouvé toute l’année qu’à 19 ans, il a l’étoffe d’un grand.

Chanson de l’année

Chez Françoise de Dave Chose parce que c’est une des seules chansons d’amour que je pourrais écouter en boucle à perpétuité.

Laurence Godcharles

Artiste de l’année

Fouki parce que c’est la nouvelle affaire.

Révélation de l’année

Helena Deland parce que c’est trop bon et qu’en plus c’est worldwide.

Chanson de l’année

Chez Françoise de Dave Chose, parce qu’elle est dans plein de playlists Spotify.

Alexandre Demers

Artiste de l’année

Lydia Képinski,  car en plus de drop un des albums marquants de l’année, elle sort un vidéoclip ben space de toutes ses chansons. Et ça, c’est pas rien. Sa formule indie pop aux occasionnelles touches électros frappe droit au cœur et se démarque par son originalité, son audace et son approche décomplexée. Surtout lorsqu’elle se met à chanter l’air des Mystérieuses Cités d’or. Une belle brise de fraîcheur. Lydia se mérite une belle étoile dans son cahier Canada.

Révélation de l’année

Les Louanges parce que, tout droit sorti des Francouvertes, le bon Vincent se recentre avec pertinence et force sur sa proposition R&B/électro/hip-hop à thématique féline sur son tout premier album studio. La panthère va rugir de la savane de la relève et mettre la patte sur le trophée pas clair fait avec de la bière.

Chanson de l’année

Vintage à l’os de Seba et Horg, car malgré les bons choix, il n’y a rien qui rentre aussi creux dans le fond de la tête que du vintage à l’os. Ça renoue aussi assez bien avec les vieilles traditions du genre. C’est tout.

Julien St-Georges Tremblay

Artiste de l’année

Fouki parce que les gentils gagnent tout le temps.

Révélation de l’année 

Les Louanges, car Vincent Roberge a réussi à rendre funky le trajet du bus L2 de Lévis, c’est un exploit qui mérite définitivement un prix.

Chanson de l’année 

Chez Françoise de Dave Chose. Si elle gagne, j’en fais la chanson officielle de mon bar clandestin.

Le GAMIQ aura lieu ce dimanche 25 novembre au Café Campus.

Les billets sont ici et les nommés ici.

Vous pouvez connaître les prédictions de la grand-mère d’Élise ici.

On s’y voit!

GAMIQ 2018: les choix de ma grand-mère

L’an dernier, j’ai visité ma grand-mère et j’ai eu envie de lui parler du GAMIQ qui arrivait à grands pas. Elle a pogné d’quoi avec Beyries et Louis-Philippe Gingras. Elle attend toujours une dédicace de la part de Louis-Philippe, d’ailleurs. J’ai décidé de répéter l’exercice avec les artistes de cette année. Claudette strikes again. Voici son opinion sur les nommés 2018.

Claudette/Photo: Élise Jetté

– Grand-maman, tu te rappelles de ce qu’on avait fait ensemble pour le GAMIQ l’an dernier?

– Oui, oui, je me rappelle, on avait écouté Émile Bilodeau. Il a l’air tellement gentil, lui. Je vais les connaître ceux de cette année?

– On va voir.

ARTISTE DE L’ANNÉE

FOUKI

– Ça se pourrait que tu l’aies entendu, mais peut-être que non. Le premier c’est Fouki

– Ok. Il vient d’où?

– Montréal Est. La chanson que je te fais écouter s’appelle Gayé, ça veut dire avoir fumé du pot.

– Oh! Comme à la SQDC?

– Exactement…

– J’aime pas ça.

JESUSLESFILLES

Jesuslesfilles. C’est drôle ça. Je sais pas si c’est un groupe catholique.

– Je pense que non.

– La musique est belle. C’est qui lui, Daniel? C’est le chanteur?

– Non, c’est une entité quelconque. Pas vraiment un humain. Ils sont spéciaux, les gens de Jesuslesfilles.

– J’aime ça. Là je comprends les paroles et ils ont les cheveux longs comme dans mon temps.

KEITH KOUNA

– Il est Québécois? Il a l’air d’avoir un nom des États-Unis.

– C’est un Québ.

– Tu connais, Plastique Bertrand? Il est un peu comme lui.

– Un petit genre, oui.

– Mais quand il chante plus doucement, ça me fait penser à Noir Silence.

– Eh ben!

LYDIA KÉPINSKI

– Enfin, une fille!

– Je vais te faire écouter Les balançoires.

– Yes, sa vidéo, est un karaoké!

– Ma passion du karaoké était quelque chose d’héréditaire. Révélation!

– Ha ben oui! Elle, elle est très bonne, Lydia. Elle est jeune?

– La mi-vingtaine!

– Je trouve qu’elle a des belles paroles comparée aux autres. Elle a une belle exubérance.

MILK AND BONE

– Un duo de filles, pour finir.

– Comment ça je les ai jamais vues à la télé?

– Je pense qu’elles sont déjà allées à En direct de l’univers.

– Ha ok! Elles sont deux soeurs, ces filles-là?

– Non.

– Elles sont très jolies. Tu les as vues en spectacle quand t’es allée en Abitibi (FME)?

– Oui, je vais te montrer comme c’était cool sur scène (14min.38).

– J’aime moins ça parce que je comprends moins l’anglais.

LE VERDICT

– Celui qui gagne, c’est Keith Kouna, Je crois qu’il a une belle voix, il sait vraiment bien jouer de la guitare. Lydia, est mon deuxième choix.

RÉVÉLATION DE L’ANNÉE

CHOSES SAUVAGES

– C’est un peu inquiétant comme nom de groupe.

– Inquiète-toi pas, grand-maman. On va écouter La valse des trottoirs.

– Ils sont originaux. Mais là, c’est pas une valse cette chanson-là.

– Non. Est-ce que tu les trouves cutes?

– Peut-être pour toi, mais ils ont pas l’air ben sages. J’aime ça, mais je ne pense pas que ça va être mes préférés.

DAVE CHOSE

– J’imagine que c’est pas son vrai nom?

– Bien vu, grand-maman.

– Il a l’air triste. Faudrait le réconforter. Comme Antoine Corriveau l’an dernier. Je pourrais lui faire ma soupe aux légumes. Ça marche avec toi pour le réconfort.

– C’est vrai, ça.

HELENA DELAND

– C’est la seule fille de la catégorie?

– Oui.

– Je trouve ça très beau et mélancolique. J’aimerais avoir son album.

– Je vais te le donner à Noël.

LES LOUANGES

– Lui non plus, c’est pas son vrai nom?

– Il s’appelle Vincent. La chanson, c’est Tercel.

– Comme l’auto?

– Oui.

(Mon grand-père, Yvan, fait irruption dans la pièce.)

Yvan: – C’est un bon char, ça.

Claudette: – On écrit un article, dérange-nous pas.

– On va écouter aussi Encéphaline.

– Mais là, lui je l’aime beaucoup. Pourquoi je le vois pas à la télé comme Émile Bilodeau?

– Ça s’en vient. Il faut être patient.

ZACH ZOYA

– Son nom, ça ressemble à de la sauce soya. Je pense qu’il dit des gros mots, mais je ne comprends pas tout.

– T’aimes pas ça?

– Non.

LE VERDICT

Helena Deland, c’est ma préférée. Mais Les Louanges, il est bon aussi. Il pourrait venir souper.

Le GAMIQ aura lieu ce dimanche 25 novembre au Café Campus.

Les billets sont ici et les nommés ici.

Ma grand-mère ne sera pas là. Mais elle invite tous les gagnants à Noël. Elle fait un solide coq au porc.

Claudette voudrait avoir plus de succès avec ses prédictions cette année. Elle est ben déçue d’avoir rien gagné l’an dernier. Yvan, lui, pense que Les Louanges devrait gagner toutes les catégories parce que la Tercel 96, c’est un maudit bon choix de véhicule.