ÉLECTIONS AMÉRICAINES: 10 tounes Québ pour passer à travers ta soirée électorale

On sait que la soirée ne sera pas facile. Quand les États-Unis toussent, le Canada attrape le rhume. Si y’a une maladie qu’on n’a pas envie de repogner, c’est celle de Trump: la COVID ou l’aveuglement volontaire généralisé. Pour vous aider à vivre votre soirée comme il se doit, l’équipe de FAV vous offre cette liste musicale de qualité. Bonne chance!

Campagne – Mononc’ Serge

On vous apprend rien si on vous dit que le vote rural risque de nous chier dans les mains un peu comme si on était en date derrière le cul d’une vache à L’Amour est dans le pré. À ce moment, il nous faudra une toune de campagne.

Le mythe de la démocratie – Vulgaires Machins.

Ça se passe d’explications.

L’Amérique pleure – Les Cowboys Fringants

Viendra inévitablement un moment dans votre soirée où vous aurez besoin de shake it off, comme dirait Taylor Swift. Et à cet instant-là, il sera bon de savoir qu’une danse en ligne est à portée de la main, même pour les débutants. Il sera même possible de pleurer au passage.

Gros tas d’marde – GrimSkunk

On se le souhaite pas, mais ça se pourrait que la fin de soirée nécessite ce succès que l’on perçoit comme une métaphore d’une réélection.

Amère America – Luc de Larochellière

32 ans plus tard, cette chanson reste criante d’actualité. Elle nous rappelle que les États-Unis sont les seuls à blâmer pour leur destin. Après tout, ce sont eux qui votent pour leurs dirigeants.

Place de la République – Coeur de pirate

Vous nous direz que ce n’est pas une chanson politique. Vous n’avez pas tort. Mais quand vous entendrez ces paroles, vous allez comprendre où on veut en venir:

J’ai voulu prendre le plus grand risque
Un soir qui m’a rendue bien triste

Mexico – Kaïn

Y va arriver quoi avec le mur si Trump perd? Envoyer les gars de Kaïn en éclaireurs au Mexique nous semble une bonne option.

Une lettre – Pierre Lapointe

Là où Trump risque de gosser, c’est par rapport à la validité des votes postaux. On voudrait envoyer Pierre Lapointe en soutien. Dans le même avion que Kaïn idéalement.

Mots d’Église – Comment Debord

La fin de soirée viendra avec des mots d’église et ce sera correct. Si vous avez envie de garder ça legit, allez-y avec cette chanson qui vous explique comment garder à l’intérieur votre TABARNAK bien senti.

Comme une fin du monde – Le Couleur

Dans l’éventualité où il faudra assimiler une autre évidence que la fin approche, Le Couleur nous accompagnera jusqu’à la fin. Jusqu’à la fin du monde.

Bonne soirée électorale!

6 chansons pour revisiter la carrière de Pete Seeger

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Pete Seeger s’est éteint à l’âge de 94 ans le 27 janvier dernier. Le maître du folk américain laisse derrière lui un héritage musical exceptionnellement riche. Grand défenseur de la justice sociale, il consacrera une bonne partie de ses chansons et de sa vie à celle-ci. Accompagné de son fidèle banjo, il chantera tout au long de sa carrière à la défense des ouvriers, des droits civiques, de l’écologisme et contre la guerre et le racisme. Ami proche du chanteur folk militant Woody Guthrie, il fera des tournées à travers les États-Unis à ses côtés en chantant pour les paysans et les ouvriers. Étant membre du parti communiste dans les années 1950, Pete Seeger subira la paranoïa du maccarthysme et aura plusieurs troubles avec la justice américaine durant cette époque.

Devenu très populaire au début des années 1950, il deviendra une icône pour la nouvelle génération de groupes folk américains des années 1960 (Peter Paul & Mary, Joan Baez, Johnny Mitchell, Bob Dylan). Seeger sera l’un des fondateurs du Newport Folk Festival en 1959. Ce festival allait regrouper les plus grands noms de la chanson folk contestataire et il deviendra un lieu culte de la contre-culture américaine.

L’un de ses plus grands admirateurs fut Bruce Springsteen. The Boss enregistra un album nommé We Shall Over Come: The Seeger Sessions en 2006 dans lequel il reprend treize titres de Seeger. Il chantera aussi avec Pete lors de la cérémonie de l’élection du président Barack Obama en 2009. Pete Seeger trouva une bonne partie de son inspiration dans les chansons traditionnelles américaines. Son style de folk lent accompagné d’un chant aux refrains accrocheurs et simples lui permettait d’avoir une interaction intime entre lui et son public. Cet homme souriant avait une énergie et un charisme unique qui souleva les foules.

Chapeau bien bas monsieur Seeger…

 

Where Have All The Flowers Gone (1955)

«Where have all the soldiers gone, long time passing?
Where have all the soldiers gone, long time ago?
Where have all the soldiers gone?
Gone to graveyards, everyone.
Oh, when will they ever learn?
Oh, when will they ever learn? »

 

We Shall overcome (1963)

«Oh, deep in my heart,
I do believe
We shall overcome, some day.»

 

This Land Is Your Land (Reprise de Woody Guthrie) (2009)

«While all around me a voice was sounding,
This land was made for you and me.»

 

If I had Hammer – Peter, Paul & Mary (1963)

 

Turn!Turn!Turn!(to Everything There Is a Season) – The Byrds (1965)

 

L’album We Shall Overcome: The Seeger Sessions – Bruce Springsteen (2006)

Critique de l’album Small Sound de Tennis

Small Sound, le nouveau EP de Tennis, offre un pop-rock accrocheur et sert très bien de préambule au long jeu de la formation qui devrait paraître en 2014.

Tennis est le projet du couple formé par Alaina Moore (chanteuse et claviériste) et Patrick Riley (guitariste, claviériste et producteur). Plus tard, le batteur James Barone s’est greffé aux amoureux. Les premières chansons de Tennis ont été composées avant l’arrivée de Barone et sont inspirées par une escapade de sept mois en voilier que le couple a fait à sa sortie de l’université.

Après avoir fait paraître Cape Dory (2011) et Young & Old (2012) sur Fat Possum Records (deux longs jeux pop-rock fortement inspirés par les années 1950) et quelques singles, Tennis nous revient avec une œuvre qui s’inscrit dans la continuité, soit une musique qui pourrait jouer dans une scène de bal scolaire américain se tenant durant les années 1950. Ce nouveau disque est sorti sous Communion Records : la maison de disque fondée par Ben Lovett de Mumford & Sons.

Les nouvelles compositions que nous offre le trio du Colorado sont simples et efficaces tant sur le plan des partitions que des arrangements. D’ailleurs, c’est dans cette simplicité que réside la beauté de Tennis. Dès la première écoute, on sait si on aime ou on aime pas. De plus, la musique de cette formation nostalgique est sans artifices. C’est le genre de musique qui pourrait émaner d’un studio après seulement quelques répétitions, car elle donne l’impression d’être assez instinctive. À titre d’exemple, Mean Streets, la première pièce, est fluide et ne demande pas d’être mélomane pour être appréciée à sa juste valeur. Small Sound est le genre d’album qui fait taper du pied sans trop sans rendre compte.

Pour créer cette musique, la formation a utilisé divers instruments dont la batterie, la guitare, la basse, le synthétiseur et le clavecin. Issus de différentes époques, ces instruments, lorsque joués ensemble, donnent naissance à un intéressant mélange de textures qui enrichi l’écoute.

La réalisation est assez hétéroclite. Par exemple, dans la guitare électrique et la voix de Moore, on retrouve le son inspiré des années 1950 (Timothy par exemple). La très bonne composition intitulée Cured of Youth et sa section de cuivres met de l’avant un son beaucoup plus moderne. D’ailleurs, cette chanson détonne du reste du disque. Pour ce qui est de la chanson titrée Dimming Light, son refrain, avec le piano en avant-plan, rappelle la musique des chanteuses populaires des années 1980.

Enfin, Small Sound est un bon disque qui devrait plaire aux fans du groupe. Toutefois, outre Cured of Youth, il ne propose pas une évolution assez marquée dans la discographie de Tennis. La formation commence à tourner en rond.

À écouter : Cured of Youth et 100 Lovers.

Le rap américain : de la recherche à la complaisance du bonheur.

En août dernier, un ami me demandait ce que je pensais du dernier album de Jay-Z, Magna Carta Holy Grail. La question était bonne, surtout parce qu’il s’agissait d’un album que je n’avais pas encore écouté. Je ne l’ai d’ailleurs toujours pas écouté, mais parlons-en!

Pourquoi avais-je négligé de prêter l’oreille à un des plus grand nom de l’histoire du rap? Jay-Z étant Jay-Z, il ne pouvait pas s’agir que d’une petite omission anodine.

Il est évident que les nombreuses critiques ayant eu recours au jeu de mot assez primaire Magna Carta Holy Fail pour décrire l’album n’encourageait pas exactement à s’y attarder. À tout le moins, l’expression nous mettait en garde quant à la possibilité que l’écoute du dernier album de Jay-Z ne vienne déteindre sur nos meilleurs souvenirs, couleur Blueprint, de l’artiste.

Je doute fortement qu’un homme qui s’autoproclame divinité se soucie de mon intérêt. Cependant, si c’est le cas, cher Jay-Z, sache que ce n’est rien de personnel. Le prince de Brooklyn n’est pas la seule légende du rap à avoir été la cible de mon indifférence cette année.

Je n’ai pas su trouver non plus la motivation pour me pencher sur Marshall Mathers LP 2 de Eminem. Un album qui se veut, pourtant, à en croire le 2, la suite de ce que je n’hésiterais pas à considérer comme un des 10 meilleurs albums du 21e siècle.

Précision, quand je dis que je n’ai pas écouté ces deux albums, cela ne veut pas dire que je ne les ai pas entendu, du moins en partie. J’ai 22 ans, je sors dans les bars, je suis sur Facebook et je me promène sur plusieurs blogues de musique. J’ai été confronté aux différentes chansons, Holy Grail ou Berzerk, que je n’ai pas simplement cherché à rejeter avec véhémence.

Il faudrait donc que je sois vraiment de mauvaise foi si j’allais jusqu’à dire que le travail des deux artistes me laisse complètement apathique. Presque tout ce que j’ai entendu provenant des deux albums était très solide techniquement, au niveau du flow comme au niveau de la rime. On pourrait même, par moments, qualifier l’art des deux hommes comme étant la théorisation du rap dans sa forme la mieux appliquée.

Alors pourquoi est-ce que je m’entête à faire non de la tête, avant de leur tourner dos? Ne serais-je plus qu’un hipster associant la culture populaire à la tyrannie anonyme des institutions et cherchant à définir son identité personnelle dans un nihilisme passif se concrétisant dans la contemplation de l’œuvre des meilleurs baristas des cafés du Mile End?

Bien sûr que non! La preuve est que l’attente de 7 Days of Funk, le prochain album de Snoop Dog qui paraitra en décembre, me plonge dans ce que Rolland Barthe définirait comme un « tumulte d’angoisse suscité par l’attente de l’être aimé au grès de menus retard ». Un tumulte d’angoisse similaire a celui qui fit souffrir mon rédacteur en chef à l’approche de la sortie du dernier Arcade Fire.

Il s’agira du premier disque de Snoop entièrement produit par un seul homme depuis Dr. Dre et Doggystyle en 1993, mais c’est l’excellent Dam-Funk qui se chargera cette fois de la production. Mon attente s’articule certes autour d’un brin de nostalgie et les bases funk du prochain album ne marqueront pas en soi un réel changement de décor pour le rappeur de Long Beach.

Cela n’empêche toutefois pas que Snoop Dog a changé. Ce n’est plus l’homme qui rappait Murder was the Case aux Source Awards en 1995, alors qu’il attendait d’être jugé pour le meurtre de Phillip Woldermarian. L’artiste de 42 ans est encore capable de nous charmer, mais ce n’est plus par sa terrifiante nonchalance.

Pour comprendre pourquoi Jay-Z et Eminem échouent  là où Snoop Dogg réussit, nous devrons analyser les fondements de la société américaine.

La Magna Carta et la thèse du noyau central

Il existe aux États-Unis une véritable sacralisation des textes fondateurs que sont la Constitution américaine et la Déclaration d’Indépendance. Des textes puisant leurs influences autant de l’expérience coloniale américaine que dans des documents tel que la Magna Carta de 1215. Texte auquel Jay-Z fait évidemment référence dans le titre de son album.

Cette Grande Charte des libertés anglaise voulait limiter les pouvoirs du roi et garantir les libertés individuelles. Une idéologie qui a traversé l’Atlantique avec les premiers colons anglais.

Ainsi, lorsque les colons prirent les armes contre la Grande-Bretagne durant la Révolution américaine, ils ne se battaient pas pour obtenir une liberté nouvelle. Leur lutte était la volonté de préserver les droits et libertés hérités de la Magna Carta.

Elle est donc centrale à la conception initiale de l’identité américaine. Le Bill of Rights américain conservera d’ailleurs plusieurs clauses similaires à celle de la Magna Carta.

Si l’on revient maintenant en 2013, une des thèses les plus souvent évoquées pour définir la société américaine actuelle, est la thèse du noyau central. Celle-ci affirme que la vaste majorité de la population américaine partage un noyau central de valeurs et de croyances politiques énoncé dans la Constitution américaine, ainsi que dans la Déclaration d’Indépendance. Des valeurs et croyances se regroupant autour de trois grands axes : la liberté, l’individualisme et l’égalité.

Dans la conception américaine, la notion de liberté est intimement liée à l’idée que chacun doit être en mesure de mener à bien sa « recherche du bonheur ». La liberté est ainsi conçue en terme négatif, correspondant plutôt à l’absence de contrainte qu’à la liberté en elle-même. L’individu est donc seul capable de déterminer ce qui fait son bonheur et ce n’est certainement pas à l’État de lui dire ce qui est bon pour lui ou non. Finalement, l’égalité sous entend que tous doivent disposer des mêmes chances au départ, pour espérer réussir.

Le problème c’est qu’il est difficile de concevoir que cette définition de la société américaine soit toujours la meilleure possible. Comment percevoir la population américaine comme un regroupement d’individus idéologiquement homogène dès lors que l’on constate les nombreux clivages observables au sein de la société américaine, du moment que l’on s’arrête sur les dérapages du système, mis en place par la société américaine, notamment à Pine Ridge, Camden, Gary, Welch ou Immokalee.

Les valeurs et les croyances de la thèse du noyau central correspondent toujours à l’idée du rêve américain, mais ne correspondent plus à la réalité américaine. En continuant de s’inscrire dans cette idéologie et en faisant référence à la Magna Carta, Jay-Z semble complètement déconnecté du reste de la société. Une société qui est pourtant le berceau dans lequel le rap a grandi et devrait continuer de grandir.

Il est vrai que Jay-Z est toutefois une des représentations vivantes les plus concrètes de la réussite du rêve américain. S’il espère toujours devenir milliardaire, comme il le clame sur son dernier disque, sa recherche du bonheur est tout de même déjà essentiellement achevée.

Dans ces œuvres les plus récentes, Jay-Z ne cherche plus le bonheur, il se complait à l’intérieur de celui-ci, à l’intérieur d’un individualisme matériel. Une complaisance déconnectée de la réalité, qui est incapable de se transmettre au public, aucune émotion, aucun fun.

Eminem se trouve dans une situation similaire. Les deux rappeurs sont extrêmement talentueux et seront fort probablement parmi les meilleurs vendeurs de 2013, mais leurs musiques n’arrivent plus à saisir l’auditoire, elle ne transmet plus aucune joie et faillit exactement là ou elle réussissait dans le passé.

C’est tout le contraire de Killer Mike ou Snoop Dog qui semble, malgré l’âge, malgré la paternité et malgré le succès continuer de nous interpeler et j’ai du fun à les écouter et surtout du fun à écouter Faden Away, premier extrait de 7 Days of Funk, en attendant la sortie de l’album.

Baths – Obsidian

Obsidian est un très grand album révélant un talent de compositeur hors pair

En 2010, devançant des groupes comme Caribou, Arcade Fire ou Four Tet, le premier opus de Will Wiesenfeld alias Baths intitulé Cerulean avait trusté la première place de mon top albums, c’est dire à quel point le californien de 24 ans maintenant m’avait pleinement séduit. C’est donc avec une certaine fébrilité et la peur que ce Cerulean ne soit qu’un feu de paille voire un éclair aussi soudain qu’éphémère que j’ai écouté ce second album Obsidian à la pochette très sombre et reflétant parfaitement le titre Miasma Sky.

Les premières impressions s’avèrent tout de suite bonnes, on retrouve rapidement la richesse de l’univers instrumental, entre synthés et percussions, cordes et piano. Des ambiances doucement teintées de mélancolie et d’une certaine candeur. La nouveauté réside plus dans l’utilisation de la voix, qui est ici davantage mise en avant et donne une couleur plus pop à l’ensemble, facilitant ainsi l’appréhension de l’album. Plus les écoutes s’enchaînent, plus le plaisir augmente : il n’y a plus de doute possible, Baths a brillamment passé l’étape toujours aussi redoutée du second opus.

Worsening s’impose d’emblée comme un des meilleurs titres de l’album, si ce n’est le meilleur. Un climat sombre, des ruptures de rythmes perpétuelles mettant en valeur des percus et des synthés aquatiques, une voix toute en nuances, des cordes sur la fin donnant une nouvelle grâce au morceau. Une ouverture juste sublime. Miasma Sky commence ensuite sur le bruit de la pluie qui tombe (et se refermera sur cette même pluie), on peut s’attendre à un morceau très noir. Cependant, au milieu de cette pluie c’est plutôt un joli arc-en-ciel qui illumine ce morceau. Des synthés très pop, une voix montant dans les aigus, un piano primesautier, l’ensemble surprend et évoquerait l’univers de Gold Panda. Ironworks commence en douceur en s’appuyant sur une orchestration classique (cordes/piano) que la voix de Will Wiesenfeld accompagne tout en retenue, on peut penser à Woodkid.

Ossuary est un morceau uptempo plus rock presque, l’ambiance dark me ferait penser à du The Cure joué dans l’urgence. La voix contraste superbement et les refrains à base de chœurs sont addictifs. Après un Incompatible plus classique dans sa composition et mettant à l’honneur une voix ayant gagné en sensibilité (voir l’utilisation de la voix dans le dernier opus de James Blake), No Eyes vient frapper fort avec sa rythmique martiale. Entre sonorités âpres et voix contrastant par son caractère aérien, le morceau s’insinue subrepticement en nous pour nous dévorer de l’intérieur.

Le tryptique suivant finit de nous achever, un Phaedra uptempo comme si Radiohead avait monté les bpm, un No Past Lives qui fait écho à Cerulean par son subtil dialogue piano/synthés confirmant que le terme barbare de poptronica fonctionne assez bien avec Baths et un Earth Death brillant par son superbe univers de fin du monde. On pense à du Ez3kiel, du Mogwai pour un morceau au pouvoir cinétique incontestable. Afin de ne pas tomber dans les excès de la noirceur, Baths atténue cette soudaine impression de malaise et finit sur une note plus diaphane avec Inter qui vise aussi juste que la pop de Grizzly Bear.

Sans aucune hésitation, ce Obsidian est un très grand album révélant un talent de compositeur hors pair. Baths a pris rendez-vous avec la première place du top de fin d’année en toute simplicité.

Morceaux préférés : WorseningEarth DeathNo Eyes – IronworksNo Past Lives

Without Your Love – oOoOO

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Without Your Love de oOoOO s’avère un très bon compagnon de route pour une balade nocturne en solitaire.

ooooo-without-your-loveoOoOO, avec son premier long jeu intitulé Without Your Love, signe une très bonne trame-sonore destinée aux oiseaux de nuit qui, entre autres choses, ont un faible pour l’inquiétante étrangeté.

Without Your Love nous propose un mélange concluant d’électro expérimentale, de witch house et de hip-hop instrumental. Après avoir sorti quelques EP dont un titré de manière homonyme en 2010 et Our Loving is Hurting Us en 2012, oOoOO nous revient avec onze nouvelles compositions inspirées. Without Your Love est un album homogène sur lequel son auteur a le mérite de ne jamais manquer d’imagination.

D’ailleurs, l’une des forces de l’album est la facilité dont fait preuve oOoOO lorsqu’il travaille avec l’échantillonnage. Par exemple, Sirens, la toute première pièce du disque, en plus d’être portée par une voix fantomatique, comprend notamment des échantillons de statique et de son de téléphone décroché. Fondée sur une lente mélodie habitée par une délicate partition de piano, une grosse caisse bien lourde et un hi-hat frêle et glacial, cette chanson est un bel exemple du talent que possède oOoOO pour construire des atmosphères glauques et angoissantes. De plus, ce talent s’exprime sur l’entièreté du disque qui ne compte pas de longueur. Ceci dit, Without Your Love ne se résume pas simplement à la musique électro expérimentale. Il expose une plus grande palette de sonorités.

oOoOO ponctue son disque de quelques pièces issues du répertoire hip-hop instrumental. À titre d’exemple, sur la remarquable pièce The South, oOoOO se donne des allures de TNGHT, le duo composé de Hudson Mohawke et Lunice. Elle met de l’avant une grosse caisse bien ronde et lourde, des échantillons de voix ainsi que des synthétiseurs qui crachent des murs de sons s’apparentant à ceux émanant du synthétiseur du sorcier de la danse. Un vrai bijou.

Du côté de la réalisation, oOoOO fait un très bon travail. À défaut d’exposer une panoplie de textures sonores qui aurait pu conférer à l’album davantage de richesse, Christopher Dexter Greenspan trouve la texture sonore parfaite et lui donne une grande importance tout au long du disque. Alors que quelques instruments et éléments sonores tels que la grosse caisse offrent un son lisse, d’autres, comme les synthétiseurs sur The South, par exemple, sont plus sales et granuleux. Ce beau mélange de textures sonores confirme toute l’attention que oOoOO porte aux détails.

Surfer Blood – Pythons

Surfer-Blood-Pythons

Cet album ne réinvente rien, mais il s’écoute drôlement bien.

Surfer-Blood-PythonsIl y a des albums qui nous bouleversent et d’autres qui nous laissent de glace. Parfois, il y a aussi des EP qui ne nous surprennent pas du tout, mais qui nous confortent en territoires connus. Vous voulez vous sentir comme durant l’été de votre secondaire 2? Cet album est certainement pour vous.

Véritable hymne au soleil, aux plages, au surf et au punk rock, le deuxième album du quatuor floridien Surfer Blood, Phytons, offre un peu moins de 35 minutes d’un rock/pop catchy à souhait. Réalisé par le Britannique Gil Norton (Pixies, Gomez, Jimmy Eat World, Foo Fighters, The Distillers, Patti Smith), l’album est dangereusement accrocheur.

Dès les premières notes du single Demon Dance, les guitares ultra-efficaces qu’on avait entendues sur le premier EP du groupe, Astro Coast, font leur effet immédiat : on monte le volume sur le champ! S’ensuit une demi-heure d’une power pop qu’on pourrait croire californienne tant elle est exécutée avec des harmonies vocales et des solos réglés au quart de tour.

Derrière son aspect ensoleillé et ses mélodies bonbons, Phythons reflète la relation amoureuse difficile qu’a vécue le chanteur, John Paul Pitts, durant les mois précédents la création de l’album. On se souviendra de l’attention médiatique qui avait entouré l’arrestation de celui-ci, accusé d’avoir battu sa petite amie (rassurez-vous, les accusations ont été abandonnées depuis).

Certains se plaindront évidemment du virage plus « clean » qu’a pris le groupe avec son premier album pour un label majeur (Warner Bros). Il en reste que les forces de Surfer Blood (des mélodies attrayantes sur des guitares pratiquement grunge baignant dans un univers estival) sont au rendez-vous.

The National – Trouble Will Find Me [2013]

the-national-trouble-will-find-me

the-national-trouble-will-find-meThe National
Trouble Will Find Me

4AD
États-Unis
Note: 7/10

 

The National en est, déjà, à son sixième album. Après les très acclamés Boxer et Alligator et le superbe High Violet, le groupe a récemment avoué en entrevue qu’il n’était pas certain de continuer pendant encore cinq prochaines années. Si Trouble Will Find Me avait à être le dernier album du quintette de Brooklyn, on pourra dire que le dernier opus du groupe représente très bien sa carrière.

Trouble Will Find Me, c’est de la musique composée par The National, jouée par The National, pour les fans de The National. Rien de plus, rien de moins. Le groupe nage toujours dans sa zone de confort et quitte très peu les sentiers qu’il a lui-même battus. Dès I Should Live In Salt, on reconnaît la signature musicale du groupe : un indie rock profond et immensément introspectif. Le genre de musique qui s’écoute (probablement comme elle a été écrite d’ailleurs) au coucher du soleil avec un verre de vin (rouge, de préférence) à la main, en réfléchissant sur notre propre vie.

Le premier single Demons n’a pas fait l’unanimité chez bien des gens. Il est vrai que le morceau peut faire pâle figure dans une discographie qui inclut des bijoux comme Fake Empire, mais bien placée entre I Should Live in Salt et Don’t Swallow the Cap comme deuxième chanson du disque, il s’écoute sans problème.

Les critiques de The National ont toujours aimé affirmer que le groupe était monotone et que toutes leurs chansons étaient identiques. C’était défendable avec Boxer et sur High Violet. Avec Trouble Will Find Me, même le fan que je suis a eu besoin de deux ou trois écoutes avant de bien faire distinction entre certains passages. Particulièrement, Don’t Swallow the Cap, This is The Last Time, Graceless et Humiliation sont calquées sur le même brouillon, avec un roulement de batterie rock à l’avant-plan en compagnie du baryton de Berninger. On finit par différencier les morceaux, mais ça prend quelques écoutes.

Trouble Will Find Me se situe quelque part entre Boxer et High Violet, et montre que le groupe a trouvé sa vitesse de croisière. Les fans aimeront l’album, les détracteurs n’aimeront pas, et les neutres écouteront dans leurs moments les plus introspectifs.

À noter : la poésie de Matt Berninger, toujours aussi imagée à quelques exceptions près. Les « Remember when you lost your shit and / Drove the car into the garden / And you got out and said I’m sorry / To the vines and no one saw it » (I Need My Girl), « You didn’t see me I was falling apart / I was a white girl in a crowd of white girls in the park / You didn’t see me I was falling apart / I was a television version of a person with a broken heart » (Pink Rabbits) et « Graceless / Is there a powder to erase this? / Is it dissolvable and tasteless? » nous font rappeler pourquoi les albums sont vendus avec les livrets de parole.