ADISQ 2020: survivre à la grande dépression

J’espère que je ne recevrai pas de poursuite d’un regroupement de profs d’histoire en nommant ce qui suit la grande dépression. Et attendez-vous à être déprimés durant votre lecture. Je vous rapporterai quelques moments cocasses pour casser la tristesse ambiante, mais je ne sais pas si ça va être assez. Ça fait longtemps que l’ADISQ est mon moment musical préféré de l’année. Je m’ennuie des années où ma seule déception était celle de ne pas voir mes artistes favoris remporter les Félix. En 2020, ça fait plus mal que ça.

On ne fera pas comme si on n’avait pas passé l’année devant notre écran. Les photos de ce texte sont toutes les photos de ma télé. Quand les choses se passent dans l’écran, il faut parfois se résigner à capturer l’essence même du climat dans lequel on vit. Et c’est peut-être même une mise en abyme que d’illustrer cet article sur le Premier gala et le Gala de l’ADISQ à l’aide de photos de cadrage de télé. Une œuvre dans une œuvre où l’on parle des œuvres de l’année…

Le Premier gala de l’ADISQ

«Il n’y a pas de collègue, pas de public, on n’est pas en direct», nous annonce d’emblée l’animateur Pierre Lapointe muni d’une tenue on ne peut plus au point: moi aussi devant l’imminence de la fin du monde je voudrais qu’on me vêtisse d’objets contondants pour me défendre.

En symbiose avec l’année qu’on vit, l’introduction du gala nous montre une série d’artistes en nomination qui parlent à leur téléphone on qu’on nous sert en montage pixélisé au son inégal. «Moi j’fais pas de musique par exemple», dit  Yannick De Martino, nommé pour Spectacle de l’année – Humour. Inquiète-toi pas, Yannick, on est plusieurs, depuis plusieurs années à se demander pourquoi les Olivier sont invités à l’ADISQ!

Le numéro d’ouverture nous montre le groupe Salebarbes et on a la confirmation que, si on avait été invités, on n’aurait pas été déçus par rapport aux cheveux de Jonathan Painchaud.

Les Hay Babies se joignent à la partie avec les tenues les plus cool qu’on n’a jamais vues de notre vie. L’Internet nous apprendra plus tard que les tenues, elles les ont cousues elles-mêmes. J’ai juste une question, ici: les filles, je peux-tu être une Hay Babies moi aussi? 

C’est toujours avec son adéquate tenue de brontosaure que Pierre Lapointe nous parle de l’augmentation de l’offre des spectacles en Facebook live durant les 8 derniers mois, une offre qui est, selon moi, l’équivalent médical d’un diachylon de Spiderman sur une fracture ouverte de la hanche.

Pierre prononcera aussi les mots que tout le monde va dire et redire en cherchant un sens, en se demandant s’il y en a vraiment un: «notre industrie est à rebâtir».

Et c’est le début de ce que j’appellerai le constat «L’Amérique pleure, pis c’est vrai!» avec le premier trophée décerné aux Cowboys fringants, pour Antipodes, l’Album meilleur vendeur de l’année.

C’est autour d’un feu de camp qui est loin d’être assez chaud pour réchauffer l’âme de la culture Québ que le groupe procède à des remerciements standards. 

L’Album traditionnel de l’année est celui de Salebarbes: Live Au Pas Perdus

On est toujours satisfaits du cuir chevelu de Painchaud et que dire de la moustache à deux étages?

En regardant la salle du Corona où le house band s’exécute, pas de public, je ne peux m’empêcher de dire «bon enfin de la place pour montrer le house band». Sont toujours cachés dans le noir, en arrière d’un décor de Moment Factory, mais LÀ, c’est leur moment. Bravo.

C’est Dominique Fils-Aimé, récipiendaire du prix d’Album Jazz de l’année 2019, qui vient remettre le prix 2020.

C’est Jacques Kuba Séguin et son album Migrations qui l’emportent! Dans sa vidéo de remerciement, il dit: «merci à mes enfants, surtout à ma grande fille Ella». Donc les enfants, si papa vous a toujours dit qu’il n’avait pas de préféré, c’est ici que vos rêves cassent en morceaux. 

«On a été testés par les évènements», dit Jacques. Nous, on espère juste que t’as pas été testé COVID positif.

Le Spectacle de l’année interprète est celui de Véronic Dicaire qui reçoit étonnamment son premier Félix en carrière. Elle parle des 27 personnes qui la suivent en tournée tout le temps. De mon côté, je m’adresse aux 27: «ça roule la PCU?»

L’Album ou DVD de l’année Jeunesse est remis à celui qui ne change jamais de chapeau, mais on espère au moins qu’il le lave de temps en temps: Arthur L’Aventurier et L’aventure au bout du monde en Australie. Une chose est sûre, avec cette vidéo pour enfant, il a visé juste. Si on peut pu jamais aller nulle part, on va au moins aller en Australie avec Arthur. C’est tout ce qu’il nous reste.

Son remerciement contient la phrase que j’ai toujours haïe, mais que j’haïs encore plus en 2020: «Merci la vie».

Depuis le début du texte, je vous épargne quand même pas pire en termes de dépression, mais je dois mettre quelque chose au clair tout de suite: Le Premier gala de l’ADISQ nous montre durant toute la soirée, de petites entrevues avec des artistes d’ici qui nous racontent leur tristesse de ne plus faire de show, leurs remises en question, leurs idées folles de s’ouvrir une boulangerie, un potager urbain ou un magasin de vélos. Tout le monde a l’air d’amorcer sa quatrième saison de dépression saisonnière. Des bands nous disent qu’ils ne se sont même pas vus entre eux, séparés par des zones rouges, jaunes et oranges. Confinés dans les univers virtuels respectifs où les jams ne sont jamais vraiment des jams.

Ça pourrait être déjà assez triste de même, mais les pubs entre les remises de prix, c’est: la fille qui est partie en ambulance pour sa COVID le jour de sa fête, une madame qui a besoin d’une prescription pour ses infections urinaires chroniques, un gars qui tripe tellement sur le porc du Québec qu’il réveille sa chum en pleine nuit comme un sociopathe pour avoir la recette, un couple qui se sépare et qui pleure devant sa fille alors que toute la petite famille marche «sur des œufs» (mais pour vrai là! LE PLANCHER, C’EST DES ŒUFS) pour donner vie à la métaphore «marcher sur des œufs» de la manière la plus triste jamais vue. 

Miro et Sarahmée nous font une prestation agréable. Si l’humeur était à -4, on est rendus à 2 sur une échelle de 1 à Luc Senay.

Corridor s’est fait voler le trophée d’Album rock de l’année qui est rentré à la maison avec les Cowboys fringants pendant que l’Amérique pleurait de cette situation.

Mon seul point dans mon pool de l’ADISQ pour cette soirée-là, je le dois à la talentueuse Alexandra Stréliski qui est l’Artiste québécoise ayant le plus rayonné hors Québec. En guise de remerciement, elle nous sert une vidéo triste où on la voit se balader avec Inscape, son album, dans des rues européennes désertes. C’est ça, en 2020, rayonner à l’étranger. En termes de tristesse, cette scène arrive juste après celle où Kate laisse tomber Léo dans l’eau glaciale en gardant le radeau de fortune pour elle. 

Charles Richard Hamelin remporte son cinquième Félix avec celui de l’Album de l’année Classique soliste et petit ensemble: Chopin – ballades et impromptus.

L’Album de l’année Classique orchestre et grand ensemble est Pulsations d’Angèle Dubeau et la Pieta. «C’est mon 44e album», déclare-t-elle sans dire son âge.

Nomadic Massive monte sur scène juste avant que Flore Laurentienne perde le Félix d’album instrumental de l’année aux mains de Gregory Charles, ce qui suscite chez moi l’envoi de ce genre de message:

Comme j’attends Noël depuis le début de la pandémie (c’est la seule fête qui me rattache encore à un semblant de magie), je suis ravie qu’Isabelle Boulay gagne le Félix d’Album de l’année – Réinterprétation pour En attendant Noël.

L’Album de l’année autre langue est celui de Nikamu Mamuitun et si jamais vous n’avez pas entendu la chanson Tout un village, il faut remédier à ça maintenant, pleurer un peu et se ressaisir comme on peut après.

Pierre présente des prix devant le Mac – sûrement habillé par le MAC aussi, c’est de l’art, ça – avec Roxane Bruneau.

L’Album de l’année country est celui de Patrick Norman qui remercie plein de monde d’être venu à Nashville. Si t’es dans l’industrie pis que t’as pas été invité à Nashville par Pat, je t’invite à te poser des questions.

Le spectacle de l’année Humour est celui de Sam Breton, puis une bourse de 5000 $ est remise à l’un des artistes détenant sa première nomination cette année. On connaissait pas mal tout le monde sur la liste, sauf les gagnants: Le Diable à Cinq.

Le symptôme dépressif s’accentue lors de la pause publicitaire suivante avec des gens habillés en jaune pour parler de beurre de peanut. Je sais que les temps sont durs, mais sont payés combien? Écrivez-moi si vous savez.

Zal Sissokho repart avec le Félix de l’Album de l’année Musique du monde et Elisapie remporte celui du meilleur Spectacle autre langue.

Vous pouvez maintenant détourner le regard si les rencontres Zoom commencent à vous faire vomir dans votre bouche un petit peu. Le Spectacle de l’année anglophone est celui de Patrick Watson qui est présent avec sa gang: unis, mais séparés. 

Comme si l’état psychologique collectif en chute libre avait besoin d’un autre Zoom.

C’est sûrement pour faire remonter l’indice de bonheur des Québécois que P’tit Belliveau arrive. Dans sa vidéo de pandémie, après sa perfo, il dit – deux fois plutôt qu’une – qu’il vit sa vinaigrette. Merci man.

Alicia Moffet et Fouki viennent chanter pour les 18-24, puis le Zoom de Patrick Watson revient avec le prix d’Album anglophone de l’année.

Des feux pour voir de Marie-Pierre Arthur est sacré meilleur album Alternatif de l’année et Choix de la critique.

Entre deux remises de prix, Fouki nous dit que 2020, c’est comme tomber dans une bouteille d’alcool fort que tu ne connais pas, mais tu passes à travers quand même et le lendemain tu ne te souviens de rien. À date, je n’ai trouvé personne qui a eu une meilleure idée que lui.

Alors que les vidéoclips inventifs ont déferlé sur nous plus vite que la COVID l’aurait fait au Bal en Blanc, c’est pourtant un clip qui nous montre une danse en ligne dans un bar de campagne qui a remporté le Félix de Vidéoclip de l’année. L’Amérique pleure, pis c’est vrai.

LISEZ NOTRE ARTICLE PRÉ-ADISQ INTITULÉ «COVID-19: 10 affaires qu’on ne verra pas à l’ADISQ cette année parce qu’on regarde ça à distance» 

Le Gala de l’ADISQ

On a surnommé le gala du dimanche le festival du follow spot sur les toits de Montréal, du moins pour l’ouverture du gala durant laquelle toutes les lumières et les drones de la ville avaient été sollicités. De toute façon, il ne se passe rien d’autre ces temps-ci alors l’ADISQ avait le premier choix.

Louis-José Houde fait son numéro d’ouverture dans un studio de Radio-Canada devant un public aussi nombreux qu’à une messe du dimanche en ces temps où l’astrologie a remplacé la religion. 

Il ne nous présente pas pour autant un numéro approuvé par le clergé, lançant des flèches à tous ceux qui ont été dans les médias pour les mauvaises raisons durant l’année. «Bon qui qui reste? Ceux qui ne sont pas en prison, faites du bruit», dit-il avant de mentionner qu’il pensait être seul avec Renée Martel ce soir étant donné les délits commis en 2020 par les artistes d’ici. «Ce soir, y’aura pas d’hommage aux grands disparus. Sont tous vivants», mentionne-t-il également étant donné que les disparus sont disparus pour des raisons légales et ne sont pas morts, comme dans le bon vieux temps.

«J’ai dit oui pour animer le gala le 12 mars. Je ne pensais pas que ça finirait en PowerPoint», dit Louis-José devant une poignée d’artistes en dépression.

«Les gens veulent faire l’amour, c’est la tendance», dit-il ensuite en faisant des jokes de graines. Émile Bilodeau a l’air de dire «iiiiii va pas là».

Steven Guilbeault, nous fait son petit message de ministre et on réalise qu’il est fatigué comme nous tous. C’est pas comme si le Patrimoine canadien était si prenant ces temps-ci, Steven! Dors un peu!

Louis-Jean Cormier, désormais porteur de chapeau, nous interprète Je me moi, une chanson d’actualité puisque la pandémie nous a inévitablement menés à un repli sur nous-mêmes.

Le premier prix est remis à KNLO pour le meilleur album rap de l’année et tout le monde a un petit malaise cardiaque quand il reste à sa place. Eh oui! Les remerciements se font directement à la chaise du gagnant cette année. KNLO fait des salutations à tout le monde, même à La Mauricie.

Au retour de la pause c’est Marie-Pierre Arthur qui vient chanter Tiens-moi mon cœur et sa perfo est covid-friendly et demeure en mode bulle familiale : c’est son fils qui danse.

Louis-José y va d’un petit numéro sur la deuxième job que pourrait occuper chaque artiste: «Lisa Leblanc, elle pourrait être n’importe quoi pis ça serait l’fun. Broder un napperon, changer ta fournaise. Je la truste dans toute. C’est l’inverse de Kaïn. Eux j’les truste dans rien. C’est sûrement des bonnes personnes, mais ça m’a pas l’air porté sur le deadline

Robert Charlebois vient présenter le prix d’album Adulte contemporain. Il en profite pour dire à Louis-José qu’il le trouve drôle avec cette expression, jamais entendue avant, que l’on va désormais adopter: «Tu me fais pacter».

Assez troublant, dans cette catégorie, d’entendre back à back Yé midi kek part de Kaïn, puis Tatouage de Pierre Lapointe. On ne s’imagine pas que c’est possible comme adversaires. 

C’est le rebaptisé «Jean-Louis Cormier» qui gagne.

Eli Rose et Marc Dupré nous proposent un duo improbable, puis Louis-José fait des jokes sur la consommation de drogue des artistes, notamment en leur annonçant que la cocaïne coûte désormais trop cher pour leur budget en mode PCU.

L’Album folk de l’année est L’étrange pays de Jean Leloup.

Après, je me demande vraiment pourquoi la Révélation de l’année est présentée par Mazda. T’as pas de char quand t’es Révélation de l’année.

Installée en mode «piano bar» sur un piano de plus de deux mètres de long pour respecter les règles, la Révélation de l’année 2003 Ariane Moffatt présente un numéro d’intro avec Louis-José puis c’est la Révélation 2019, Alexandra Stréliski qui présente Eli Rose, la gagnante, qui est surprise pour vrai et qui se vide de ses larmes sous les recommandations d’Alexandra qui la réconforte à l’autre bout de la salle, à une distance de type «autre indicatif régional téléphonique».

L’Album pop de l’année est celui de Marc Dupré. On a ensuite droit à une bonne pub sur la gestion de patrimoine avec un homme pour qui c’est une passion, la gestion de patrimoine.

On apprend aussi qu’il est possible de louer un chauffe-eau.

Puis le meilleur numéro de 2020 est celui présenté par Anachnid, Flore Laurentienne et Matt Holubowski. Un trio bien pensé et bien distancé comme seule 2020 est capable de le faire.

Louis-José rit du mot «RÉINVENTER» avec raison, alors qu’on a passé les huit derniers mois à regarder les shows les plus tristes au monde sur Internet.

Robert Charlebois repart avec le Félix du meilleur Spectacle auteur-compositeur-interprète. «Avec Ben Dion, adieu les problèmes de son», dit-il pour remercier son soundman. J’aimerais ça le rencontrer, Ben. Il remercie également Louise Forestier. «Louise, 50 ans d’amitié! La prochaine fois qu’on va chanter La fin du monde, ça va être une chanson bubble gum comparé aux horreurs qui nous affligent.» En fait, il aurait probablement été plus adéquat de dire: la prochaine fois qu’on va chanter La fin du monde, ça va l’être pour vrai.

Je me demande si ce Félix pourra être remis l’an prochain même si on aura eu 4,7 semaines de shows au total durant l’année et aucune véritable tournée.

On a ensuite droit à une pub de vin d’épicerie et à une autre pub qui nous montre une fille qui fait du lavage, mais que son linge pue pareil. Le clou du spectacle publicitaire: une pub de fuites urinaires qui a jouée six fois durant la soirée. Rien pour te permettre de fuir tes problèmes…

La vie d’écran, ça permet de faire un medley de Pauline Julien, au siècle dernier, qui chante avec Pierre Lapointe aujourd’hui, puis Isabelle Boulay, sur scène, qui chante avec une Monique Leyrac en noir et blanc.

Profiter du fait que notre vie est désormais virtuelle pour faire un medley qui mêle deux siècles différents: je dis oui.

Kent Nagano présente le prix Artiste autochtone de l’année en mode vidéo dans une pièce avec autant d’écho qu’un sous-marin. Elisapie l’emporte et fait un touchant discours qui est le seul que le chronomètre sonore ne coupera pas.

La Chanson de l’année est L’Amérique pleure des Cowboys fringants. Le groupe nous livre le mensonge du jour dans ses remerciements: «Merci d’avoir joué nos tounes à la radio et beaucoup de musique Québ durant toute l’année». NOPE.

On assiste ensuite à l’une des pubs les plus tristes depuis celles des banques alimentaires: une pub de banque avec Deux par deux rassemblés de Pierre Lapointe version piano en noir et blanc qui nous montre des travailleurs de divers milieux qui ne vont pas s’en sortir durant la crise sanitaire.

L’Auteur-compositeur de l’année est Louis-Jean Cormier, le Groupe de l’année est Les Cowboys fringants

Isabelle Boulay, qui était là pour le numéro avec Pierre Lapointe plus tôt n’est pas là pour la remise du prix d’Interprète féminine de l’année dans laquelle elle est nommée.

ÉTAIT-ELLE EN HOLOGRAMME TANTÔT? Ou est-elle allée se coucher avant sa catégorie?

C’est la grandiose Alexandra Stréliski qui remporte la statuette. «J’ai trop bu de Bulles de nuit», dit-elle comme si elle était à O.D. à l’autre poste. Elle aborde une fois de plus la douceur, parce que c’est pas mal juste ça qu’il nous reste cette année. «J’ai hâte de vous revoir à côté de ce cauchemar», ajoute-t-elle. Nous aussi.

Émile Bilodeau est l’Interprète masculin de l’année et il fait son discours, écrit sur une feuille quadrillée sans lever les yeux. Voyons, Émile! T’as pas appris ton exposé oral!

Il termine par «Vive le Québec libre!» pour faire plaisir à sa date: son petit frère, mais aussi, avouons-le, pour se faire plaisir à lui-même. Et en cette année sans plaisir, qui serions-nous pour juger ce comportement?

Louis-José Houde termine avec la phrase la plus 2020 possible: «Y’a tellement de Purell dans’ place que tout le monde est stérile».

À l’image de la musique durant la dernière année, l’ADISQ était là malgré tout. Mais les trous dans la salle, semblables aux trous dans les salles de spectacles (lorsqu’elles sont ouvertes) nous amènent à croire de moins en moins à de plus en plus de choses. Les derniers VRAIS shows, non-distancés, qu’on a vus au début du mois de mars dernier nous semblent déjà anachroniques. Approcher les autres, sans masque, que ce soit pour dire bonjour ou pour faire un mushpit, est une idée complètement déjantée, illusoire et probablement passible d’une amende. 

La musique est la solution à beaucoup de sentiments négatifs. Espérons qu’elle saura nous faire passer à travers la grande dépression.

Entrevues de crise, série balcons: Émile Bilodeau

J’vais être honnête avec vous, quand j’ai eu l’idée des entrevues de balcons, je n’avais pas encore reçu mon test négatif au dépistage de la COVID, donc mes premières entrevues sont effectivement avec les dernières personnes que j’ai vues avant de me cloitrer… je voulais savoir si elles étaient correctes! Émile Bilodeau et moi étions assis en tailleurs côte à côte, au lancement d’Olivier Bélisle le dimanche avant mon confinement pour cause de toux et de fièvre. Pour avoir la conscience tranquille, je me suis rendue chez Émile!

Émile Bilodeau/Photo: Élise Jetté
Émile Bilodeau/Photo: Élise Jetté

C’est pas une adresse qu’Émile me donne, mais une carte de chasse au trésor avec un X rouge. «Si tu es sur le X rouge, tu vas avoir une vue sur mon balcon», m’écrit Émile, tel Magellan traçant un point sur le Cap de Bonne-Espérance. Après avoir enjambé des pneus et contourné un garage, je me retrouve devant une bâtisse qui regorge d’options de balcon, mais heureusement pour moi, un seul nous révèle un jeune homme muni d’une guitare.

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C’est moins épuisant qu’on pense.

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Élise: C’est quoi le dernier repas que tu as mangé dans ta quarantaine?

Émile: Je me fais des pâtes avec des légumes pour garder la forme.

Élise: Wow! Tu cuisines bien donc?

Émile: J’irais vraiment pas jusqu’à dire ça, Élise.

Élise: C’est quoi ton état d’esprit?

Émile: J’essaie de garder mes énergies pour écrire des nouvelles tounes parce qu’on essaie de rester proactif. Donc mon état d’esprit c’est de rester actif du mieux que je peux pour avoir l’esprit clair.

Élise: C’est quoi la dernière folie que l’isolement t’a fait faire?

Émile: Prendre la décision de faire des shows Instagram les samedis. C’est spécial être tout seul à plusieurs.

Élise: C’est qui la première personne que t’as hâte de serrer dans tes bras en sortant de ton isolement?

Émile: Haaaaa c’est ben cute comme entrevue!

Élise: J’essaye de faire ça cute, mais honnêtement, c’est pas facile avec les flocons dans les yeux.

Émile: Tu sais quoi, Élise, j’ai hâte de serrer le Québec dans mes bras. Les gens du Québec. Les Québécois qui vont s’être relevés de tout ça. Quand je vais retourner sur scène, je vais leur dire que je les aime.

Élise: C’est quoi la première chose que tu vas faire en sortant?

Émile: Je vais aller prendre une bière sur une terrasse. je suis Montréalais depuis 4 mois, donc j’ai pas encore vécu le trip de terrasses.

Élise: Est-ce que toi aussi tu te fais croire que tu lis plein de livres durant la quarantaine alors que tout ce que tu consommes, c’est Netflix?

Émile: Oui (GRAND RIRE). C’est tout. Oui.

Élise: Une toune de ton dernier album qui réconforterait les gens en ces temps sombres?

Émile: Yoga, une chanson qui parle d’anxiété. Il y a un peu d’espoir aussi.

Élise: Quels sont les albums que toi tu écoutes pour te détendre en ce moment?

Émile: Variations fantômes de Philippe B et Broderie d’Olivier Bélisle.

Élise: C’est quoi le dernier show que tu as vu avant de ne plus pouvoir en voir du tout?

Émile: Le lancement d’Olivier Bélisle pis on était tous collés les uns sur les autres. Toi pis moi, nos genoux étaient superposés, là! Totalement le contraire de ce qu’on vit en ce moment.

Élise: Exactement le comportement qui ferait en sorte que la police nous arrêterait en ce moment.

Émile: Oui, mais c’était un excellent spectacle. Quel album!

Élise: Si tu pouvais faire un show n’importe où en ce moment, ça serait où?

Émile: J’aimerais ça que ça soit le MTelus, le 24 avril, la date prévue.

Élise: Good luck with that.

Émile: Ouin, je pense que c’est trop optimiste. Disons, le MTelus, le plus vite possible.

Élise: C’est quoi ton meilleur snack de quarantaine?

Émile: Des pains wrap avec n’importe quoi dedans. Ça le dit, ça «wrap» les choses. Donc je mets vraiment n’importe quelle affaire dedans.

Élise: Émile, peux-tu nous faire une vidéo d’espoir face à la crise?

Émile: Évidemment.

Émile Bilodeau: mature, mais en manque d’équilibre

Émile Bilodeau

Grandeur Mature

Grosse Boîte

***

Dans la vie vient souvent le temps de faire entendre sa voix, de dire quelque chose de controversé. Pour moi, il est temps de faire ce saut effrayant: je ne suis pas tombé en amour avec Grandeur Mature.

Il faudrait d’abord commencer par dire que ce n’est pas du tout un mauvais album. Les musiciens donnent tous une bonne performance et la production de Philipe B ne fait pas défaut. Les thèmes discutés démontrent comment le jeune musicien est capable d’écrire des chansons engagées avec un son folk franchement amusant. Malgré ces belles qualités, ce recueil de chansons n’est pas tout à fait à la hauteur pour moi.

Sa façon de passer en falsetto au milieu d’une ligne est bien comique la première fois, un peu moins la quinzième. Ce qui est aussi dommage, c’est l’inégalité. Par exemple, dans Freddie Mercury, Bilodeau commence sa chanson avec quelques lieux communs et une introduction vue et revue: «Depuis que le monde est monde.» Pourtant, si on passe à travers ce début, on est récompensés par un superbe refrain triste et comique à la fois utilisant le visage de Freddie Mercury comme point de référence. Il va aussi sans dire que la performance de l’invitée Klô Pelgag est à couper le souffle.

Cette inégalité est ce qui lie les morceaux. On passe ainsi à travers l’album sans vraiment trouver un équilibre.

Malgré tout, je me suis retrouvé à vouloir danser des heures sur le beat d’Échec et mat. Il est aussi important de souligner que si je n’ai pas été enchanté par les dernières chansons de l’album, je l’ai été par la douce lettre d’amour à Montréal qu’est Mont Royal.

Grandeur Mature, c’est comme une des poutines trop compliquées qu’on trouve à La Banquise: tout était bien correct et chaque ingrédient était bon, mais le tout était un peu mal balancé.

FÉDÉRALES 2019: la playlist d’Elizabeth May

Ça fait des années qu’Elizabeth May s’implique en politique et au sein des mouvements écologistes, communément appelés «les maudit hippies sales». Ça a l’air que la cheffe du Parti vert du Canada aime pas ben ça, la politique, mais elle le fait pour la planète. Pour nous. Merci madame May pour votre persévérance. C’est sûr qu’à force de crier, quelqu’un va finir par vous entendre. Espérons seulement que ce soit avant que la fin du monde arrive pour vrai. Dans cette situation, c’est compréhensible que vous ayez besoin de cette douce playlist qui est la vôtre. C’est bien, il y a des façons très faciles d’apprendre le français, notamment l’application Duolingo, mais écouter du Marie-Mai, ça fait bien l’affaire aussi.

1 8 secondes Les Cowboys Fringants

Il n’y a pas que vous qui sonnez l’alarme depuis longtemps. Il y a les Cowboys Fringants qui rament dans le même sens que vous, Eli. Mais ramez vite, la rivière s’assèche. 

2 Poussière d’ange Ariane Moffatt

«Tu ferais une super maman, mais pas maintenant», qu’elle dit Ariane dans cette toune. Parce que comme vous le savez, Madame May, c’est important pour une femme de décider du moment où elle choisira de devenir mère – ou non. Hein, vous le savez?!?

3 ApocalypsoLouis-Philippe Gingras

Sur des airs tropico-groovy, Louis-Philippe nous rappelle que l’apocalypse est peut-être moins loin qu’on le pense. Cela dit, je pense que vous seriez heureuse, Eli, de la connaître telle que Louis-Philippe l’entend. Imaginez s’il pleuvait des chats et neigeait des seins! HOW FUN!

4 XO Tour LIif3 Lil Uzi Vert

Une piste de Lil Uzi Vert s’imposait parce que, comme son nom l’indique, il joue lui aussi dans la ligue des militants écologistes. Vous l’avez l’affaire!

5 Qui prendra ma placeMarie-Mai

Rien ne sert d’aller plus loin. Les paroles de la chanson parlent d’elles-mêmes.

Les âmes sensibles s’abstiennent
Et les plus courageux reviennent
Dans l’espoir qu’on se souvienne
Prier pour éviter un destin incertain
Si l’instant
Menacé par le temps
Change les vents
Qui prendra ma place en suivant mes pas
Effaçant mes traces et ma voie

6 J’en ai plein mon cassÉmile Bilodeau

Il dit qu’il en a «plein son cass de l’hi-voère», êtes-vous sûr que c’est pas un climatosceptique, lui?

7 La fin du mondePhilippe Brach

C’est pas un peu comme tourner le fer dans la plaie d’écouter ça, Eli?

8 Sk8ter BoiAvril Lavigne

J’ai tenté de trouver une explication à celle-là, mais sans succès.

9 PhotographNickelback

Franchement, après ça, j’ai tout simplement arrêté de chercher.

LA PLAYLIST D’YVES-FRANÇOIS BLANCHET, ICI

LA PLAYLIST DE JUSTIN TRUDEAU, ICI

LA PLAYLIST D’ANDREW SCHEER, ICI

LA PLAYLIST DE MAXIME BERNIER, ICI

LA PLAYLIST DE JAGMEET SINGH, ICI

Le buffet: Ada Lea dans le gros mercure parce qu’on gèle

Chaque semaine, on vous envoie la dose de nouveautés locales qui ont potentiellement passé sous votre radar la semaine passée. C’est un gros buffet à volonté avec plein d’affaires: servez-vous.

L’artiste montréalaise Ada Lea (aka Alexandra Levy), présente mercury, tirée de son premier album what we say in private qui sera lancé le 19 juillet. Peut-être que ça va faire monter le mercure.

Quelque chose de pas impossible ce mois-ci: Le lac a gelé devant nous, premier extrait d’un nouvel album de feu douxQuatre climats habitables, à paraître le 14 juin.

Le 30 août, Larche revient avec le EP Quand je serai grand, je serai heureux. Le premier extrait Le grand ménage, est la pièce phare de son prochain opus. Chanson folk-pop feel-good qui appelle les beaux jours après un long et interminable hiver, une réalisation de Navet Confit.

Jérôme Minière retrouve ses origines électros et lo-fi. Certains disent qu’il les a retrouvées dans une clairière.

Safia Nolin a offert une chanson surprise cette nuit, Claire. Ça se pourrait que vous pleuriez.

Deux choses à faire aujourd’hui: 1- Regardez le nouveau clip de Thierry Bruyère. 2- Partez en vacances.

Si jamais, les vacances, ce n’est pas une option, il restera toujours al drogue et Caravane.

Marie Onile offre une alternative à ceux qui ont perdu la vue: Yeux de verre.

Selon Wiki, le signe astrologique des Gémeaux, lié aux personnes nées entre le 22 mai et le 21 juin en astrologie tropicale, correspond pour celle-ci (la plus populaire en Occident) à un angle compris entre 60 degrés et 90 degrés comptés sur l’écliptique (le cercle des signes du zodiaque) à partir du point vernal. Il est associé à la constellation du même nom en astrologie sidérale. Ça a rapport avec la nouvelle toune de Bad Dylan.

Le nouveau clip de Koriass pour la pièce Lait de chèvre est de toute évidence un hommage au calcium, que ce soit par la présence de lait, de milk shake, et des nouvelles dents solides de Fouki. Santé au lobby des produits laitiers.

Vous êtes vous déjà fait traiter de Grand Fanal, de flanc mou pis de maudit bum? Probablement que Benjy Vignault et Francis Faubert oui. Ça expliquerait leur nouveau band ben noisey, ben bum, ben fanal.

Vous allez regarder le clip de La Bronze parce que Vous trouvez que c’est une grande artiste et Vous suivez toujours nos conseils.

Émile Bilodeau c’est la douceur/plaisir coupable bien assumé de beaucoup de gens dans la Francophonie. C’est peut-être ce qui l’a inspiré à parler de Candy.

Vous le saviez pas, mais vous rêviez secrètement d’entendre Fanny Bloom chanter une chanson de Jérôme 50. Ne cherchez plus, voici Boum Boum Pow Pow.

ADISQ 2018: selon une source fiable, il est impossible d’avaler un Félix au complet

Dimanche soir à l’ADISQ, Hubert Lenoir a été couronné roi et la seule reine qu’on pourrait couronner est Klô Pelgag, comme aucune autre femme n’a gagné de statuette. Cela dit, on aime le duo royal que ça donne. On a regardé le gala dans la salle de presse de la Place des Arts. Voici notre retour sur cette soirée d’Halloween de gala.

Par Élise Jetté et Marielle Normandin Pageau

Sur le tapis rouge, on a plusieurs questions à poser aux artistes qui défilent en tenues de soirée.

Lydia Képinski est la première qu’on arrête.

Lydia Képinski/Photo: Élise Jetté

C’est quoi l’item de ta tenue que t’as le plus hâte d’enlever?

– Mes chaînes lol.

Qu’est-ce que t’as mangé aujourd’hui?

– Je suis allée au IGA du Complexe Desjardins et j’ai acheté de la mâche, un type de laitue! Avec du cresson, de la guacamole et du saumon fumé. J’ai tout mélangé ça.

Si t’étais pas à l’ADISQ, ce soir, tu serais où?

– Chez nous, en train de me dire «Pourquoi tout le monde boude mon album?»

Est-ce que ta tenue coûte plus ou moins cher que ton loyer?

– Vraiment moins! C’était tout un deal et mes bracelets m’ont coûté 5 $ chacun.

Avec qui tu voudrais le plus chiller durant l’after-party?

– J’aimerais ça avoir un triangle amoureux avec les 2Frères.

Les artistes finissent tous par se faire bumper du red carpet pour préserver la sécurité du premier ministre Justin Trudeau qui va défiler et, après tout, c’est lui la vraie vedette de la soirée (???).

Émile Bilodeau avec son agent Louis-Pierre/Photo: Élise Jetté

On décide donc de faire un off-tapis avec Émile Bilodeau:

C’est quoi l’item de ta tenue que t’as le plus hâte d’enlever?

– J’ai fait beaucoup de blagues sur le fait que j’étais commando donc pour être conséquent avec ça, je pourrais enlever mes bobettes.

Qu’est-ce que t’as mangé aujourd’hui?

– J’ai mangé des pâtes, mais ils ont mis plus de budget dans le cachet de Louis-José Houde que dans le craft. C’était moyen.

(Laurent Paquin pogne les fesses d’Émile au passage dans notre off-tapis.)

Si t’étais pas à l’ADISQ, ce soir, tu serais où?

– J’ai vu Safia, sur Instagram qui était en train de downloader Red Dead redemption. J’irais vraiment jouer avec elle.

Est-ce que ta tenue coûte plus ou moins cher que ton loyer?

– C’est Frank & Oak qui m’a fourni ça. C’est gratuit!

Avec qui tu voudrais le plus chiller durant l’after-party?

Yann Perreau serait dur à suivre sur les shooters.

On finit par attraper Tire le Coyote avant de se faire déloger par le premier ministre:

Tu as gagné ton premier Félix cette semaine (Album folk de l’année). Il est où en ce moment?

– Là, il est sur l’ilot central dans la cuisine parce que les seules tablettes à la maison sont pas assez solides pour le tenir. Mes enfants se le passent donc ça fait la job pour le moment.

C’est quoi l’item de ta tenue que t’as le plus hâte d’enlever?

– Tout! Mais je dirais le haut surtout.

Qu’est-ce que t’as mangé aujourd’hui?

– On a mangé une pizza au Parvis et un déjeuner au Complexe Desjardins, au Tutti Frutti, c’était très glamour.

Finalement, tous les artistes sont officiellement évincés du tapis pour laisser passer Justin.

Rien à signaler d’autre sur la carpette rouge à part cette fille qui était venue pour se marier. L’histoire ne dit pas si elle a réussi.

La mariée/Photo: Élise Jetté

On se rend donc dans la salle de presse et on révise nos cours de secourisme au cas où on aurait à performer un accouchement:

Une femme enceinte/Photo: Élise Jetté

Le gala commence avec quatre favoris des radios de salles d’attente: Guylaine Tanguay, Maxime Landry, Mario Pelchat et Martine St-Clair. Ils enchaînent à eux seuls des extraits des 39 chansons de l’année des 39 dernières années. Le concept des enchaînements, c’est Trois petits chats avec quelques failles. Le mot qui finit l’extrait nous amène sur le mot qui commence l’extrait. Nous, on aurait préféré Trois petits chats.

Louis-José Houde nous parle de sa nervosité: «Je suis TRÈS TRÈS TRÈS nerveux… Ben non! C’est ma 13e année, j’ai fumé un bat avec 2Frères avant de rentrer. Sont drôles finalement!»

Louis-José Houde/Photo: Élise Jetté

Il explique également que c’est un peu niaiseux de se tromper de côté quand tu sors de scène: «Ça fait 40 ans que c’est côté jardin, potager, les légumes, osti. Regardez ce que font les autres et faites pareil.»

Il juge la propreté des Félix en suggérant que personne n’embrasse sa statuette: «Embrasser un Félix, c’est comme embrasser une poignée de porte au Rockfest le dimanche soir.»

Puis, comme LJ nous parle souvent de sa soeur qui vit à l’étranger et qui lui demande qui sont les artistes d’ici, il nous explique ce qu’il a dû répondre concernant Hubert Lenoir: «Prends Iggy Pop, Joe Bocan et Francis Reddy et brasse très fort.»

Les artistes en nomination dans la catégorie Révélation de l’année y vont chacun d’une perfo. Certains sont convaincants et d’autres non.

Puis, Louis-José remercie Justin Trudeau, dans la salle, pour la légalisation du pot, soulignant que ceci pourrait avoir une influence sur les discours durant la soirée.

Et le prix le moins bien nommé de la soirée est le premier: Adulte contemporain. C’est Pierre Lapointe qui se voit décerner le trophée des grandes personnes pour La science du coeur. Nous, on lui fait remarquer que son album avec les Beaux Sans-Coeur est quant à lui très peu adulte contemporain. Il a l’air d’accord.

Pierre Lapointe/Photo: Élise Jetté

Après la pause, Pierre Lapointe et Galaxie nous proposent un mash-up spectaculaire de leurs oeuvres respectives. Dans nos têtes, musicalement, c’est l’histoire d’un gars en peine d’amour qui décide d’aller à la SQDC et il part sur tout un trip qu’il n’avait pas prévu et finalement termine son buzz sur une bonne petite sieste.

Sans surprise, le trophée de Révélation de l’année est décerné à Hubert Lenoir. «Je suis venu te dire que tu as gagné», nous dira Émile Bilodeau, récipiendaire du même prix un an avant. Et Hubert s’adresse à ceux qui ont toujours quelque chose à dire: «Les gens qui trouvent que je suis différent. On est tous différents. Au nom de la jeunesse, je veux vous dire que vous êtes wacks en esti.»

Hubert Lenoir/Photo: Élise Jetté

«Mon pays, ce n’est pas un pays c’est une pétrolière», dit Yann Perreau à Justin Trudeau avant de décerner le prix d’Album pop de l’année à Hubert.

En parlant des jeunes cools dont il fait partie, Hubert dit: «Y’est trop tard. On est là, on s’en vient vous chercher.»

2Frères/Photo: Élise Jetté

2Frères gagne le trophée de Groupe ou duo de l’année, ce qui permet à Mario Pelchat, pendant un instant, de respirer son gaz égal.

L’Album rap de l’année est celui de Loud qui, comme lors de sa remise de prix de mercredi dernier est en train de vivre le plus beau jour de sa vie comme en témoigne cette photo.

Loud/Photo: Élise Jetté

À noter, aussi, que les gens du rap ont toujours froid. En effet, la gang de Loud monte sur scène avec des manteaux d’hiver. Des garçons frileux!

Isabelle Boulay et Tire le coyote font un maudit beau duo.

Puis, Yvon Deschamps monte sur scène et raconte la fois où Félix Leclerc a vu le trophée pour la première fois: «Je savais pas que j’avais des totons!»

Le Spectacle de l’année interprète est Demain matin Montréal m’attend. La troupe obtient aussi le prix pour la meilleure photo de groupe. Ils sont aussi bien cordés que sur la photo de classe de maternelle de madame Françoise.

La classe/Photo: Élise Jetté

Le Spectacle de l’année auteur-compositeur-interprète est celui de Philippe Brach. Lorsqu’il nomme les gens de son équipe, il fait juste des bruits bizarres. «On dirait que je travaille juste avec des onomatopées», dit-il. en effet.

Philippe Brach/Photo: Élise Jetté

L’hommage à Harmonium fait brailler tout le monde et on nous fait une mosaïque vidéo de type 2002 qui commence avec Céline, mais qui se poursuit avec le peuple sur la toune Un musicien parmi tant d’autres.

Le truc de la longévité selon Serge Fiori: «Faites des tounes de 15 minutes avec des paroles que personne comprend.»

Hubert revient choquer les matantes et Mario Pelchat en avalant la moitié d’un Félix, celui de Chanson de l’année. #deepthroat «J’ai juste de l’amour à vous donner», dira le gagnant à qui il manquera une main:

Hubert/Photo: Élise Jetté

L’Auteur-compositeur de l’année est Philippe Brach. Un peu plus tard, en salle de presse, on s’imagine qu’il va se battre avec Serge Fiori, mais finalement, ils se disent des mots d’amour.

Serge et Brach/Photo: Élise Jetté

L’Interprète féminine de l’année est Klô Pelgag, qui ira de poésie sur scène: «Soyez fous. La musique, c’est pas un concours, ça devrait toujours suffire.»

Comme Klô Pelgag est la seule femme qui a gagné un trophée au gala, dimanche, c’est à elle qu’on a décidé de jaser en salle de presse.

Klô Pelgag et Patrice Michaud/Photo: Élise Jetté

Au moment où on attend pour lui parler, elle est en train d’expliquer à un autre journaliste que son habillement n’est pas un statement:

«Les femmes ont le droit de porter des pantalons depuis 1920! Tout le monde est déguisé ce soir, sauf Philippe Brach, je l’ai déjà vu avec ce chandail-là. Peu importe ce que je mets, les gens vont avoir une opinion. Y’a des femmes qui ont du poil dans le visage, aussi, vous savez! Je voulais avoir du fun. J’ai essayé plein de belles choses, mais rien me faisait rire. J’ai choisi la tenue qui me faisait rire.»

On demande à Klô si c’était un trophée qu’elle voulait avoir, celui d’Interprète féminine de l’année. Si c’était sur sa checklist de vie: «Faut pas toujours s’attendre à être récompensés pour nos efforts. On mérite pas plus un trophée que les infirmières qui font un travail de merde et qui finissent par faire un burn-out d’avoir tout donné. La musique, c’est une grande gestion du cerveau. Il faut se parler à soi-même pour ne pas le faire dans ce but-là, dans le but de gagner quelque chose. Il ne faut pas courir après les trophées. Je voudrais qu’on en donne aux profs qui travaillent dans des écoles pourries. C’est eux les héros.»

L’Interprète masculin de l’année est Patrice Michaud qui s’adresse à ses enfants: «Ils sont toujours contents quand je ramène une nouvelle madame toute nue à la maison.» Il nous dira, en salle de presse que son t-shirt a été mépris pour un chandail de Serge Fiori. C’est Jésus, finalement.

À la fin de la soirée, tout le monde laisse traîner son trophée partout.

Trophée qui traîne/Photo: Élise Jetté

Trophée qui traîne/Photo: Élise Jetté

Comme à chaque année, on trouve une façon de s’inviter à l’after-party. Voici les meilleures phrases entendues là-bas, mais elles demeureront toutes anonymes.

– Quelqu’un a un t-shirt propre pour Émile Bilodeau?

– Je suis pompette, mais écris pas ça dans ton article.

– Y’a pas de bar à bonbons cette année, je suis ben déçu.

– Ils ont mis le DJ dans les airs cette année pour pas qu’on fasse de demandes spéciales.

Claude Bégin cherche Hubert Lenoir, l’as-tu vu?

– Mon bout préféré du gala, c’était Notre-Dame-de-Paris.

– J’ai vu Kaïn près des pad thaï.

– Il y a aucun moyen de recycler les bols en plastique du bar à poutine. Pas écolo ben ben.

– Pouvez-vous mettre du Beyonce au lieu des Cowboys fringants?

Lydia avait mentionné qu’elle voulait passer l’after-party dans un triangle amoureux avec 2Frères. Finalement, elle a passé du temps avec nous et sa gérante Noémie habillée en latex dans le photobooth. C’est un beau prix de consolation.

Photobooth ADISQ

Vous aurez fini par comprendre pourquoi notre article sort 36 h en retard: on s’est couchées à 3 h du matin.

Mais ça valait la peine.

LISEZ  NOTRE COMPTE-RENDU DU PREMIER GALA DE L’ADISQ.

Courir après les prêtres au Premier Gala de l’ADISQ

C’était soir de Premier Gala hier pour la communauté de l’ADISQ (c’est comme la Communauté de l’Anneau, mais les gens portent des chaussures). Retour sur une soirée cléricale.

Chaussures tendance d’artistes de la musique/Photo: Élise Jetté

En arrivant au MTelus, on croise d’abord Lydia Képinski qui est vêtue d’une robe de type convertible en sleeping bag. Une innovation qu’on verra sans doute chez MEC dans un avenir rapproché.

Lydia Képinski/Photo: Élise Jetté

Et on croise Émile Bilodeau qui serre des mains afin de promouvoir le vote pour le gala de dimanche. Une fois dans la salle de presse, on se sert dans le buffet de pommes du verger et de bonbons d’Halloween divers. Puis, le gala commence avec Marie-Mai debout sur un piano. Il y a toujours un moment dans ta carrière de chanteuse où tu dois te produire debout sur un piano. C’est le symbole de la réussite. En duo avec Yann Perreau, elle animera le gala de manière somme toute concise. C’est rassurant, car le numéro «d’humour» que les deux nous proposent en ouverture est difficile à vivre:

«Quand les gens m’arrêtent dans la rue, moi, c’est pas pour me proposer un sandwich.» – Marie-Mai
«Moi aussi on me parle dans la rue, jusqu’à ce qu’on se rende compte que je ne suis pas Vincent Vallières.» – Yann

«Ce soir, c’est le Premier Gala, mais c’est pas le premier de l’Histoire, là!» – Yann

«Loud, c’est le Natasha St-Pier du rap Québ» – Yann

Patrice Michaud et Yan England/Photo: Élise Jetté

Le premier prix de la soirée est décerné à Patrice Michaud pour le clip de La saison des pluies, une vidéo environ cent fois plus triste que La bamba triste.

On peut profiter d’une performance électrisante de Dumas, après qu’un Olivier Félix ait été décerné à François Bellefeuille.

Un gala de l’ADISQ n’est pas un gala de l’ADISQ si Angèle Dubeau & La Pietà ne gagnent pas un trophée pour Album classique soliste et petit ensemble. Donc ceci se passe.

Angèle/Photo: Élise Jetté

Les solistes de l’OSM sont ensuite récompensés puis, quand les nommés du trophée Traditionnel sont énoncés, on réalise que l’album des Poules à Colin s’appelle Morose et on trouve ça mélangeant en ce qui concerne Mort Rose. Heureusement, c’est De Temps Antan qui gagne.

Arthur/Photo: Élise Jetté

Arthur L’aventurier et son chapeau se présentent en grands gagnants du trophée Album ou DVD jeunesse pour À la découverte des Rocheuses. «On est tous des aventuriers de la culture», déclarera-t-il tel un sage. Son amie Brimbelle a essayé fort de gagner aussi, couverte, elle, d’un chapeau de paille. L’histoire ne dit pas si c’est la faute de la sorte de chapeau.

Galaxie/Photo: Élise Jetté

On donne ensuite un gros chèque à Émile Bilodeau parce qu’il a fait beaucoup de spectacles durant sa première tournée. Et c’est au tour du trophée rétrogradé (il était remis dans le gala du dimanche avant et maintenant on le remet au gala de semaine) d’être décerné, le Félix Album rock. C’est Galaxie qui l’emporte pour Super Lynx Deluxe, un titre qui nous vaudra de très mauvaises blagues d’animaux de la part de Yann Perreau.

On remet ensuite, pour une première fois de l’Histoire, un Félix à un membre du clergé. L’Album meilleur vendeur est celui de Mario Pelchat et les prêtres pour Agnus Dei. Le house band est audacieux en coupant la parole au prêtre porte-parole avec la musique avant qu’il ait fini de parler. Personnellement, avec le lien direct qu’il a avec l’au-delà, j’aurais pas pris de chance.

En coulisses tout le monde court après Mario Pelchat pour une entrevue. Moi, je cours après les prêtres.

Mario et les prêtres/Photo: Élise Jetté

Moi: Vous allez le mettre où, le trophée?

Les prêtres: On sait pas! Une chose est certaine, c’est qu’on est habitués à d’autres genres de statues!

Moi: Mais là vous en avez juste un pour la gang. C’est plate, ça se sépare moins bien que des hosties…

Les prêtres: On va se le partager comme la coupe Stanley!

Pendant que je jase avec ceux qui ont les billets pour le paradis, Boogat s’exécute sur scène puis c’est Beyries et Gabrielle Shonk qui proposent le meilleur duo de la soirée.

L’Album instrumental de l’année est celui de Martin Lizotte et le Spectacle de l’année dans la langue que nos politiciens parlent peu est celui des Barr Brothers.

Jordan Officer a dominé la montagne d’albums jazz de l’année et le Country est l’affaire de Yoan qui dit: «Merci à la vie de prendre soin de moi». C’est pas la vie, qui a pris soin de toi, Yoan, c’est Isabelle Boulay à La Voix. Il affirme aussi: «J’ai produit moi-même mon album donc je ne vais pas remercier ma prod.»

Tire le coyote/Photo: Élise Jetté

L’ADISQ remet ENFIN un premier Félix à Tire le coyote pour Album folk de l’année. On remet un Olivier Félix à François Pérusse.

Jordan Officer vient faire une démonstration de jazz et Mara Tremblay chante bellement. Étrangement, Arcade Fire gagne le Félix d’Album anglophone de l’année alors que tout le monde a critiqué négativement cet opus depuis sa sortie. C’est avec grande joie qu’on apprend que les réinterprétations des tounes de Desjardins se MÉRITENT le Félix le plus MÉRITÉ de la soirée.

Et Philippe Brach remporte un trophée dans la catégorie où on aimait tous les nommés: Album alternatif. «Il y a 80 personnes sur cet album-là», dira Phil, dépassé par les remerciements. Il ne sèmera aucune zizanie avec son crewneck exhibant un crustacé, puis, en coulisses, il distribuera des bonbons pour les Halloweeneux. Un bon moment pour rappeler aux enfants de ne pas accepter les bonbons offerts par les étrangers.

Philippe Brach/Photo: Élise Jetté

Hubert Lenoir est sacré Choix de la critique. Il prendra une gorgée de fort sur scène, semant l’émoi chez les grands sensibles.

Hubert Lenoir/Photo: Élise Jetté

Après le trophée de Musique du monde de Pierre Kwenders qui questionne: «Mais c’est quoi, au juste, la musique du monde?», Loud remporte la statuette pour Artiste s’étant le plus illustré hors Québec. Comme en témoigne cette photo, c’est le plus beau jour de sa vie:

Loud/Photo: Élise Jetté

On espère croiser les prêtres dimanche aussi.

«Émile Bilodeau m’a enlevé le bouchon que j’avais dans le trou de pet» – Jérôme 50

Mercredi soir, c’était le lancement montréalais du premier album de Jérôme 50. Dans un Esco rempli de la tranche d’âge ayant voté pour Québec Solidaire aux dernières élections, il a offert sa Hiérarchill à une foule avide qui connaissait déjà toutes les paroles.

Jérôme 50 /Photo: Élise Jetté

C’est la toune Skateboard qui commence la soirée avant que Jérôme s’exclame: «Y’en a des hipsters à Laval!»

Si chacune des chansons, le style décontracté de l’auteur-compositeur et l’atmosphère générale peuvent inspirer la nonchalance, cinq ans de travail se trouvent derrière ce premier effort qui revêt énormément de profondeur lorsqu’on s’y attarde de près. Il a pourtant l’air nerveux comme un ado qui invite une fille chez lui quand ses parents sont pas là. Le tout coule par ailleurs à merveille durant les 45 minutes qu’il nous offre.

«Y’a tellement de choses à faire à Montréal! Personnellement, moi je serais pas venu», dit le gars de Québec à la foule montréalaise nombreuse.

Puis, il commence Sexe, drogue, ceri$e$ & rock n’ roll après avoir dit: «Il se passe pas grand-chose dans la deuxième toune.»

Son premier remerciement de la soirée va à Émile Bilodeau: «Il m’a enlevé le bouchon que j’avais dans le trou de pet. À Québec le monde est plate pis vieux.»

Emerik a.k.a. Mon doux saigneur monte sur le stage pour la toune qui parle de drogue: Wéke n’ béke. En accord avec le propos, il chante les yeux fermés.

Mon doux saigneur/Photo: Élise Jetté

Jérôme en profite pour rappeler la date officielle de la légalisation du pot: «Le 17 octobre, ça va être la fête nationale des chilleurs. Vous viendrez nous voir à Québec! On va avoir quatre succursales.»

L’artiste remercie ensuite Montréal: «Merci à la Ville de Montréal de ne pas nous donner de ticket ce soir.» En ces temps de resurfaçage d’asphalte et de travaux d’aqueduc massifs, c’est un privilège de se stationner sans payer 62 $ d’amende.

On nous annonce ensuite que quelqu’un qui a participé à l’album va venir sur scène: «Éric Salvail», scande Jérôme. Finalement, c’est Hubert Lenoir qui monte pour Prendre une douche, une chanson qui parle de se laver.

Jérôme 50 et Hubert Lenoir/Photo: Élise Jetté

«On jouait ensemble sur la rue St-Jean, raconte Jérôme au sujet d’Hubert. L’année passée, il est revenu tellement cassé de l’Europe qu’il pouvait pas payer la moitié de son deux et demi dans le quartier St-Sauveur. On a la même gérante, Noémie. J’aimerais que tu mettes autant d’énergie sur mon projet que sur le sien.»

Jérôme nous invite à sortir nos mains de Georges St-Pierre pour applaudir Dare To Care. Puis, il nous parle de son clip à venir mettant en vedette Rosalie Vaillancourt pour la chanson Chaise musicale.

Jérôme 50 et Rosalie Vaillancourt/Photo: Élise Jetté

Celle-ci en profite pour s’adonner à une bonne expérience de bodysurfing.

Rosalie Vaillancourt/Photo: Élise Jetté

Il termine avec des remerciements pour son réalisateur Philippe Brault: «Mon bout préféré de notre collaboration, c’est quand je suis allé te rejoindre au match de soccer de ta fille.»

Il ne remercie pas Lydia Képinski, qui a aussi participé à l’album: «T’auras ton moment d’honneur à l’Adisq quand tu gagneras le prix de la plus arrogante.»

«Mon prochain spectacle est à Poudlard je suis Jérôme 49 3/4», conclut la nouvelle idole de plusieurs.

Lisez notre entrevue avec Jérôme 50.

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