Saint-Jean-Baptiste: 10 chansons québécoises qui suscitent des questions

C’est la fête des Québécois.es, journée de tous les possibles pour les astres (c’est la pleine lune à soir), pour l’espérance et pour le Canadiens. Meilleure journée de l’année pour revisiter certains classiques du répertoire musical national. Chaque fois qu’on fait ça, on se rend compte que ça suscite des questions, quand même, des textes des années 90-00. Voici notre playlist de la Saint-Jean de chansons pas reposantes parce qu’on aurait une série de questions à poser après chaque écoute.

On jase de toi – Noir Silence

Le texte dit «On veut juste pas qu’y t’arrive de tort. Pis surtout c’est qu’les voisins commencent à jaser». Doit-on conclure que les parents se soucient davantage de l’opinion des voisins que du bien-être de leur enfant?

Dégénérations – Mes Aïeux

Une chanson qui dit: «Pis ta mère en voulait pas (d’enfant); toi t’étais un accident.» Le moment où tu annonces à ton enfant que son héritage n’existe plus n’est pas nécessairement le même jour où tu devrais lui dévoiler qu’il n’était pas un enfant désiré.

Heureux d’un printemps – Paul Piché

«J’pense au bonheur des gens j’sais ben qu’ça va pas durer», dit Paul. Problème d’attitude Paul?

En berne – Les cowboys fringants

Chanson de 2002 qui aura donc 20 ans l’an prochain. Toutes les problématiques évoquées dans la toune sont encore d’actualité. Inquiétant pour tous ceux qui croient au pouvoir des chansons engagées, non?

À l’enfant que j’aurai – Okoumé

«On ira boire un bière j’te chanterais la chanson que j’ai écrit quand j’ai oublié d’mettre un condom», peut-on entendre à la toute fin de la pièce. Ne pas mettre de condom n’est pas un oubli, le cass’. C’est toujours un choix. C’est souvent le mauvais choix.

Ailleurs – Marjo

Marjo y chante la phrase «si tu pouvais m’emmener là où ça sent bon», ce qui éveille un questionnement quant à l’endroit où elle se trouve. T’es où, Marjo, pour que ça pue de même?

Comme tu me l’as demandé – Laurence Jalbert

Toute bonne playlist de Saint-Jean se doit de contenir du Laurence Jalbert et quoi de plus représentatif de la société dans laquelle on vit qu’une chanson qui parle d’un homme qui a une emprise maladive sur une femme. «J’ai ôté de mes yeux les masques comme tu m’l’as demandé», chante Laurence ici, de quoi nous inquiéter quand en sa manière de porter son masque à l’épicerie.

Une chance qu’on s’a – Jean-Pierre Ferland

«Tu fais des boules de lumières avec tes p’tits doigts. Tu fous la trouille aux hiboux.» J-P, on parle de quel matériau exactement qui fait des boules de lumières? Et si cette personne chère à ton coeur fout la trouille aux hiboux, c’est pas nécessairement un compliment que tu lui fais, là.

Calvaire – La Chicane

Du bon Boom, ça a sa place dans la liste de Saint-Jean. La seule question, c’est, dans la phrase «Astheure tu « m’orgards » pis tu ris», ça aurait-tu été si difficile que ça de dire «m’regarde». Ça n’affecte aucune rime en tout cas.

Parle-moi d’toi – Kaïn

«Parle moé pas des femmes, non c’est l’plus grand mystère que Dieu a mis sur la terre», nous chante-t-on ici. LE plus grand mystère? La femme? LE plus grand? Essaye L’Atlantide, Stonehenge, les statues de l’Île de Pâques, le secret de la Caramilk, le monstre du Loch Ness, le triangle des Bermudes…

Bonne Saint-Jean!

ADISQ 2020: survivre à la grande dépression

J’espère que je ne recevrai pas de poursuite d’un regroupement de profs d’histoire en nommant ce qui suit la grande dépression. Et attendez-vous à être déprimés durant votre lecture. Je vous rapporterai quelques moments cocasses pour casser la tristesse ambiante, mais je ne sais pas si ça va être assez. Ça fait longtemps que l’ADISQ est mon moment musical préféré de l’année. Je m’ennuie des années où ma seule déception était celle de ne pas voir mes artistes favoris remporter les Félix. En 2020, ça fait plus mal que ça.

On ne fera pas comme si on n’avait pas passé l’année devant notre écran. Les photos de ce texte sont toutes les photos de ma télé. Quand les choses se passent dans l’écran, il faut parfois se résigner à capturer l’essence même du climat dans lequel on vit. Et c’est peut-être même une mise en abyme que d’illustrer cet article sur le Premier gala et le Gala de l’ADISQ à l’aide de photos de cadrage de télé. Une œuvre dans une œuvre où l’on parle des œuvres de l’année…

Le Premier gala de l’ADISQ

«Il n’y a pas de collègue, pas de public, on n’est pas en direct», nous annonce d’emblée l’animateur Pierre Lapointe muni d’une tenue on ne peut plus au point: moi aussi devant l’imminence de la fin du monde je voudrais qu’on me vêtisse d’objets contondants pour me défendre.

En symbiose avec l’année qu’on vit, l’introduction du gala nous montre une série d’artistes en nomination qui parlent à leur téléphone on qu’on nous sert en montage pixélisé au son inégal. «Moi j’fais pas de musique par exemple», dit  Yannick De Martino, nommé pour Spectacle de l’année – Humour. Inquiète-toi pas, Yannick, on est plusieurs, depuis plusieurs années à se demander pourquoi les Olivier sont invités à l’ADISQ!

Le numéro d’ouverture nous montre le groupe Salebarbes et on a la confirmation que, si on avait été invités, on n’aurait pas été déçus par rapport aux cheveux de Jonathan Painchaud.

Les Hay Babies se joignent à la partie avec les tenues les plus cool qu’on n’a jamais vues de notre vie. L’Internet nous apprendra plus tard que les tenues, elles les ont cousues elles-mêmes. J’ai juste une question, ici: les filles, je peux-tu être une Hay Babies moi aussi? 

C’est toujours avec son adéquate tenue de brontosaure que Pierre Lapointe nous parle de l’augmentation de l’offre des spectacles en Facebook live durant les 8 derniers mois, une offre qui est, selon moi, l’équivalent médical d’un diachylon de Spiderman sur une fracture ouverte de la hanche.

Pierre prononcera aussi les mots que tout le monde va dire et redire en cherchant un sens, en se demandant s’il y en a vraiment un: «notre industrie est à rebâtir».

Et c’est le début de ce que j’appellerai le constat «L’Amérique pleure, pis c’est vrai!» avec le premier trophée décerné aux Cowboys fringants, pour Antipodes, l’Album meilleur vendeur de l’année.

C’est autour d’un feu de camp qui est loin d’être assez chaud pour réchauffer l’âme de la culture Québ que le groupe procède à des remerciements standards. 

L’Album traditionnel de l’année est celui de Salebarbes: Live Au Pas Perdus

On est toujours satisfaits du cuir chevelu de Painchaud et que dire de la moustache à deux étages?

En regardant la salle du Corona où le house band s’exécute, pas de public, je ne peux m’empêcher de dire «bon enfin de la place pour montrer le house band». Sont toujours cachés dans le noir, en arrière d’un décor de Moment Factory, mais LÀ, c’est leur moment. Bravo.

C’est Dominique Fils-Aimé, récipiendaire du prix d’Album Jazz de l’année 2019, qui vient remettre le prix 2020.

C’est Jacques Kuba Séguin et son album Migrations qui l’emportent! Dans sa vidéo de remerciement, il dit: «merci à mes enfants, surtout à ma grande fille Ella». Donc les enfants, si papa vous a toujours dit qu’il n’avait pas de préféré, c’est ici que vos rêves cassent en morceaux. 

«On a été testés par les évènements», dit Jacques. Nous, on espère juste que t’as pas été testé COVID positif.

Le Spectacle de l’année interprète est celui de Véronic Dicaire qui reçoit étonnamment son premier Félix en carrière. Elle parle des 27 personnes qui la suivent en tournée tout le temps. De mon côté, je m’adresse aux 27: «ça roule la PCU?»

L’Album ou DVD de l’année Jeunesse est remis à celui qui ne change jamais de chapeau, mais on espère au moins qu’il le lave de temps en temps: Arthur L’Aventurier et L’aventure au bout du monde en Australie. Une chose est sûre, avec cette vidéo pour enfant, il a visé juste. Si on peut pu jamais aller nulle part, on va au moins aller en Australie avec Arthur. C’est tout ce qu’il nous reste.

Son remerciement contient la phrase que j’ai toujours haïe, mais que j’haïs encore plus en 2020: «Merci la vie».

Depuis le début du texte, je vous épargne quand même pas pire en termes de dépression, mais je dois mettre quelque chose au clair tout de suite: Le Premier gala de l’ADISQ nous montre durant toute la soirée, de petites entrevues avec des artistes d’ici qui nous racontent leur tristesse de ne plus faire de show, leurs remises en question, leurs idées folles de s’ouvrir une boulangerie, un potager urbain ou un magasin de vélos. Tout le monde a l’air d’amorcer sa quatrième saison de dépression saisonnière. Des bands nous disent qu’ils ne se sont même pas vus entre eux, séparés par des zones rouges, jaunes et oranges. Confinés dans les univers virtuels respectifs où les jams ne sont jamais vraiment des jams.

Ça pourrait être déjà assez triste de même, mais les pubs entre les remises de prix, c’est: la fille qui est partie en ambulance pour sa COVID le jour de sa fête, une madame qui a besoin d’une prescription pour ses infections urinaires chroniques, un gars qui tripe tellement sur le porc du Québec qu’il réveille sa chum en pleine nuit comme un sociopathe pour avoir la recette, un couple qui se sépare et qui pleure devant sa fille alors que toute la petite famille marche «sur des œufs» (mais pour vrai là! LE PLANCHER, C’EST DES ŒUFS) pour donner vie à la métaphore «marcher sur des œufs» de la manière la plus triste jamais vue. 

Miro et Sarahmée nous font une prestation agréable. Si l’humeur était à -4, on est rendus à 2 sur une échelle de 1 à Luc Senay.

Corridor s’est fait voler le trophée d’Album rock de l’année qui est rentré à la maison avec les Cowboys fringants pendant que l’Amérique pleurait de cette situation.

Mon seul point dans mon pool de l’ADISQ pour cette soirée-là, je le dois à la talentueuse Alexandra Stréliski qui est l’Artiste québécoise ayant le plus rayonné hors Québec. En guise de remerciement, elle nous sert une vidéo triste où on la voit se balader avec Inscape, son album, dans des rues européennes désertes. C’est ça, en 2020, rayonner à l’étranger. En termes de tristesse, cette scène arrive juste après celle où Kate laisse tomber Léo dans l’eau glaciale en gardant le radeau de fortune pour elle. 

Charles Richard Hamelin remporte son cinquième Félix avec celui de l’Album de l’année Classique soliste et petit ensemble: Chopin – ballades et impromptus.

L’Album de l’année Classique orchestre et grand ensemble est Pulsations d’Angèle Dubeau et la Pieta. «C’est mon 44e album», déclare-t-elle sans dire son âge.

Nomadic Massive monte sur scène juste avant que Flore Laurentienne perde le Félix d’album instrumental de l’année aux mains de Gregory Charles, ce qui suscite chez moi l’envoi de ce genre de message:

Comme j’attends Noël depuis le début de la pandémie (c’est la seule fête qui me rattache encore à un semblant de magie), je suis ravie qu’Isabelle Boulay gagne le Félix d’Album de l’année – Réinterprétation pour En attendant Noël.

L’Album de l’année autre langue est celui de Nikamu Mamuitun et si jamais vous n’avez pas entendu la chanson Tout un village, il faut remédier à ça maintenant, pleurer un peu et se ressaisir comme on peut après.

Pierre présente des prix devant le Mac – sûrement habillé par le MAC aussi, c’est de l’art, ça – avec Roxane Bruneau.

L’Album de l’année country est celui de Patrick Norman qui remercie plein de monde d’être venu à Nashville. Si t’es dans l’industrie pis que t’as pas été invité à Nashville par Pat, je t’invite à te poser des questions.

Le spectacle de l’année Humour est celui de Sam Breton, puis une bourse de 5000 $ est remise à l’un des artistes détenant sa première nomination cette année. On connaissait pas mal tout le monde sur la liste, sauf les gagnants: Le Diable à Cinq.

Le symptôme dépressif s’accentue lors de la pause publicitaire suivante avec des gens habillés en jaune pour parler de beurre de peanut. Je sais que les temps sont durs, mais sont payés combien? Écrivez-moi si vous savez.

Zal Sissokho repart avec le Félix de l’Album de l’année Musique du monde et Elisapie remporte celui du meilleur Spectacle autre langue.

Vous pouvez maintenant détourner le regard si les rencontres Zoom commencent à vous faire vomir dans votre bouche un petit peu. Le Spectacle de l’année anglophone est celui de Patrick Watson qui est présent avec sa gang: unis, mais séparés. 

Comme si l’état psychologique collectif en chute libre avait besoin d’un autre Zoom.

C’est sûrement pour faire remonter l’indice de bonheur des Québécois que P’tit Belliveau arrive. Dans sa vidéo de pandémie, après sa perfo, il dit – deux fois plutôt qu’une – qu’il vit sa vinaigrette. Merci man.

Alicia Moffet et Fouki viennent chanter pour les 18-24, puis le Zoom de Patrick Watson revient avec le prix d’Album anglophone de l’année.

Des feux pour voir de Marie-Pierre Arthur est sacré meilleur album Alternatif de l’année et Choix de la critique.

Entre deux remises de prix, Fouki nous dit que 2020, c’est comme tomber dans une bouteille d’alcool fort que tu ne connais pas, mais tu passes à travers quand même et le lendemain tu ne te souviens de rien. À date, je n’ai trouvé personne qui a eu une meilleure idée que lui.

Alors que les vidéoclips inventifs ont déferlé sur nous plus vite que la COVID l’aurait fait au Bal en Blanc, c’est pourtant un clip qui nous montre une danse en ligne dans un bar de campagne qui a remporté le Félix de Vidéoclip de l’année. L’Amérique pleure, pis c’est vrai.

LISEZ NOTRE ARTICLE PRÉ-ADISQ INTITULÉ «COVID-19: 10 affaires qu’on ne verra pas à l’ADISQ cette année parce qu’on regarde ça à distance» 

Le Gala de l’ADISQ

On a surnommé le gala du dimanche le festival du follow spot sur les toits de Montréal, du moins pour l’ouverture du gala durant laquelle toutes les lumières et les drones de la ville avaient été sollicités. De toute façon, il ne se passe rien d’autre ces temps-ci alors l’ADISQ avait le premier choix.

Louis-José Houde fait son numéro d’ouverture dans un studio de Radio-Canada devant un public aussi nombreux qu’à une messe du dimanche en ces temps où l’astrologie a remplacé la religion. 

Il ne nous présente pas pour autant un numéro approuvé par le clergé, lançant des flèches à tous ceux qui ont été dans les médias pour les mauvaises raisons durant l’année. «Bon qui qui reste? Ceux qui ne sont pas en prison, faites du bruit», dit-il avant de mentionner qu’il pensait être seul avec Renée Martel ce soir étant donné les délits commis en 2020 par les artistes d’ici. «Ce soir, y’aura pas d’hommage aux grands disparus. Sont tous vivants», mentionne-t-il également étant donné que les disparus sont disparus pour des raisons légales et ne sont pas morts, comme dans le bon vieux temps.

«J’ai dit oui pour animer le gala le 12 mars. Je ne pensais pas que ça finirait en PowerPoint», dit Louis-José devant une poignée d’artistes en dépression.

«Les gens veulent faire l’amour, c’est la tendance», dit-il ensuite en faisant des jokes de graines. Émile Bilodeau a l’air de dire «iiiiii va pas là».

Steven Guilbeault, nous fait son petit message de ministre et on réalise qu’il est fatigué comme nous tous. C’est pas comme si le Patrimoine canadien était si prenant ces temps-ci, Steven! Dors un peu!

Louis-Jean Cormier, désormais porteur de chapeau, nous interprète Je me moi, une chanson d’actualité puisque la pandémie nous a inévitablement menés à un repli sur nous-mêmes.

Le premier prix est remis à KNLO pour le meilleur album rap de l’année et tout le monde a un petit malaise cardiaque quand il reste à sa place. Eh oui! Les remerciements se font directement à la chaise du gagnant cette année. KNLO fait des salutations à tout le monde, même à La Mauricie.

Au retour de la pause c’est Marie-Pierre Arthur qui vient chanter Tiens-moi mon cœur et sa perfo est covid-friendly et demeure en mode bulle familiale : c’est son fils qui danse.

Louis-José y va d’un petit numéro sur la deuxième job que pourrait occuper chaque artiste: «Lisa Leblanc, elle pourrait être n’importe quoi pis ça serait l’fun. Broder un napperon, changer ta fournaise. Je la truste dans toute. C’est l’inverse de Kaïn. Eux j’les truste dans rien. C’est sûrement des bonnes personnes, mais ça m’a pas l’air porté sur le deadline

Robert Charlebois vient présenter le prix d’album Adulte contemporain. Il en profite pour dire à Louis-José qu’il le trouve drôle avec cette expression, jamais entendue avant, que l’on va désormais adopter: «Tu me fais pacter».

Assez troublant, dans cette catégorie, d’entendre back à back Yé midi kek part de Kaïn, puis Tatouage de Pierre Lapointe. On ne s’imagine pas que c’est possible comme adversaires. 

C’est le rebaptisé «Jean-Louis Cormier» qui gagne.

Eli Rose et Marc Dupré nous proposent un duo improbable, puis Louis-José fait des jokes sur la consommation de drogue des artistes, notamment en leur annonçant que la cocaïne coûte désormais trop cher pour leur budget en mode PCU.

L’Album folk de l’année est L’étrange pays de Jean Leloup.

Après, je me demande vraiment pourquoi la Révélation de l’année est présentée par Mazda. T’as pas de char quand t’es Révélation de l’année.

Installée en mode «piano bar» sur un piano de plus de deux mètres de long pour respecter les règles, la Révélation de l’année 2003 Ariane Moffatt présente un numéro d’intro avec Louis-José puis c’est la Révélation 2019, Alexandra Stréliski qui présente Eli Rose, la gagnante, qui est surprise pour vrai et qui se vide de ses larmes sous les recommandations d’Alexandra qui la réconforte à l’autre bout de la salle, à une distance de type «autre indicatif régional téléphonique».

L’Album pop de l’année est celui de Marc Dupré. On a ensuite droit à une bonne pub sur la gestion de patrimoine avec un homme pour qui c’est une passion, la gestion de patrimoine.

On apprend aussi qu’il est possible de louer un chauffe-eau.

Puis le meilleur numéro de 2020 est celui présenté par Anachnid, Flore Laurentienne et Matt Holubowski. Un trio bien pensé et bien distancé comme seule 2020 est capable de le faire.

Louis-José rit du mot «RÉINVENTER» avec raison, alors qu’on a passé les huit derniers mois à regarder les shows les plus tristes au monde sur Internet.

Robert Charlebois repart avec le Félix du meilleur Spectacle auteur-compositeur-interprète. «Avec Ben Dion, adieu les problèmes de son», dit-il pour remercier son soundman. J’aimerais ça le rencontrer, Ben. Il remercie également Louise Forestier. «Louise, 50 ans d’amitié! La prochaine fois qu’on va chanter La fin du monde, ça va être une chanson bubble gum comparé aux horreurs qui nous affligent.» En fait, il aurait probablement été plus adéquat de dire: la prochaine fois qu’on va chanter La fin du monde, ça va l’être pour vrai.

Je me demande si ce Félix pourra être remis l’an prochain même si on aura eu 4,7 semaines de shows au total durant l’année et aucune véritable tournée.

On a ensuite droit à une pub de vin d’épicerie et à une autre pub qui nous montre une fille qui fait du lavage, mais que son linge pue pareil. Le clou du spectacle publicitaire: une pub de fuites urinaires qui a jouée six fois durant la soirée. Rien pour te permettre de fuir tes problèmes…

La vie d’écran, ça permet de faire un medley de Pauline Julien, au siècle dernier, qui chante avec Pierre Lapointe aujourd’hui, puis Isabelle Boulay, sur scène, qui chante avec une Monique Leyrac en noir et blanc.

Profiter du fait que notre vie est désormais virtuelle pour faire un medley qui mêle deux siècles différents: je dis oui.

Kent Nagano présente le prix Artiste autochtone de l’année en mode vidéo dans une pièce avec autant d’écho qu’un sous-marin. Elisapie l’emporte et fait un touchant discours qui est le seul que le chronomètre sonore ne coupera pas.

La Chanson de l’année est L’Amérique pleure des Cowboys fringants. Le groupe nous livre le mensonge du jour dans ses remerciements: «Merci d’avoir joué nos tounes à la radio et beaucoup de musique Québ durant toute l’année». NOPE.

On assiste ensuite à l’une des pubs les plus tristes depuis celles des banques alimentaires: une pub de banque avec Deux par deux rassemblés de Pierre Lapointe version piano en noir et blanc qui nous montre des travailleurs de divers milieux qui ne vont pas s’en sortir durant la crise sanitaire.

L’Auteur-compositeur de l’année est Louis-Jean Cormier, le Groupe de l’année est Les Cowboys fringants

Isabelle Boulay, qui était là pour le numéro avec Pierre Lapointe plus tôt n’est pas là pour la remise du prix d’Interprète féminine de l’année dans laquelle elle est nommée.

ÉTAIT-ELLE EN HOLOGRAMME TANTÔT? Ou est-elle allée se coucher avant sa catégorie?

C’est la grandiose Alexandra Stréliski qui remporte la statuette. «J’ai trop bu de Bulles de nuit», dit-elle comme si elle était à O.D. à l’autre poste. Elle aborde une fois de plus la douceur, parce que c’est pas mal juste ça qu’il nous reste cette année. «J’ai hâte de vous revoir à côté de ce cauchemar», ajoute-t-elle. Nous aussi.

Émile Bilodeau est l’Interprète masculin de l’année et il fait son discours, écrit sur une feuille quadrillée sans lever les yeux. Voyons, Émile! T’as pas appris ton exposé oral!

Il termine par «Vive le Québec libre!» pour faire plaisir à sa date: son petit frère, mais aussi, avouons-le, pour se faire plaisir à lui-même. Et en cette année sans plaisir, qui serions-nous pour juger ce comportement?

Louis-José Houde termine avec la phrase la plus 2020 possible: «Y’a tellement de Purell dans’ place que tout le monde est stérile».

À l’image de la musique durant la dernière année, l’ADISQ était là malgré tout. Mais les trous dans la salle, semblables aux trous dans les salles de spectacles (lorsqu’elles sont ouvertes) nous amènent à croire de moins en moins à de plus en plus de choses. Les derniers VRAIS shows, non-distancés, qu’on a vus au début du mois de mars dernier nous semblent déjà anachroniques. Approcher les autres, sans masque, que ce soit pour dire bonjour ou pour faire un mushpit, est une idée complètement déjantée, illusoire et probablement passible d’une amende. 

La musique est la solution à beaucoup de sentiments négatifs. Espérons qu’elle saura nous faire passer à travers la grande dépression.

La playlist du Parti québécois: 7 chansons pour Jean-François Lisée

Ce soir, nous saurons qui formera le prochain gouvernement et si Jean-François Lisée sera élu dans son propre comté. À quelques heures du possible début de la fin, voici ce que le seul et unique CHEF du Parti québécois écoute (très probablement) on repeat.

1- I’m blue – Eiffel 65

…En plus, il ressemble au petit bonhomme!

2- Le Père Noël c’tun Québécois – Le Boum Ding Band

Parce qu’il n’y a pas d’aussi beau cadeau que d’être Québécois!

3- Speak French Please – Émile

C’est beau de voir que le PQ a de la relève. Un artiste à découvrir assurément!

4- Hey les Québécois! – Les Appendices

https://www.youtube.com/watch?v=u0tb-osR_XI

À en voir son autobus de campagne, Jean-François Lisée est sans doute un grand fan des Appendices! «Maudit que c’est flyé et en plus, c’est Québécois: j’adore! Et puis…c’est bon les hot-dogs!», a-t-il dit, selon nos sources très fiables.

5- Pour mon pays – Sir Pathétik

Dans un Québec souverain, Pour mon pays sera l’hymne national. Gens du pays, on en revient! Le rap: ça, ça rejoint les jeunes!

6- Lettre à Lévesque, Les Cowboys fringants

Parce que même si le dernier référendum remonte à plus de 20 ans, Jean-François Lisée ne cesse de quoter Lévesque!

7- Véronique, Trois Gars Su’l Sofa

Ah oui! Véronique Hivon! Nous l’avions presque oubliée!

Écoutez aussi notre playlist pour QS.

Écoutez aussi notre playlist pour le PLQ.

 

Le festival du douche pré-pubère de Québec

C’est l’apocalypse à Québec. Des milliers de milléniaux déchaînés ont décidé de prouver que Patrick Lagacé n’avait peut-être pas si tort en se rendant au show qui réunira Manu Militari, Jazz Cartier et Migos sur une même scène. Retour sur une interminable file d’attente, déjà très bien partie à mon arrivée à 18 h 45.

Alors que les Cowboys Fringants jouent sur les Plaines, Migos, groupe de calibre headliner à l’international, s’est fait offrir de jouer sur la scène du Parc de la Francophonie, un espace cinq fois plus petit. Dans les deux cas, les groupes auront su attirer des foules enviables, mais Migos aura vite su remplir complètement l’espace qui lui est alloué. J’en tire deux constats principaux :

-Le «Festival de la saison en cours de Québec» en est un réellement fréquenté par un public qui n’est pas constitué de grands consommateurs de culture à l’année. Sinon, comment expliquer qu’un groupe local, que l’on peut voir en spectacle presque quarante fois par année et précédé de deux artistes dans la même situation, ait su attirer autant de monde sur les Plaines? Et soulignons que le FDLSECDQ n’est pas non plus reconnu pour l’audace de ses programmations sur les Plaines en général…

-Le hip-hop jouit toujours d’un biais particulièrement défavorable chez le public de festivals grand public du Québec à l’extérieur de Montréal. Une situation qui n’existe pourtant presque plus dans le Canada anglais ou aux États-Unis. Un groupe de l’envergure de Migos aurait réellement mérité plus qu’une scène de trois ou quatre mille places qu’il a remplies près de 45 minutes avant le début de son set. Et le public qui y assiste ne bénéficiais pas d’un très grand respect de la part des internautes, de ce que j’ai pu voir. Moi, je les trouve détestables aussi, mais au moins je fais l’effort d’aller le constater en personne!

Au final, plusieurs se questionneront là-dessus et on assistera probablement à une petite polémique dans les prochaines heures. Je suis heureux de pouvoir vous imposer mon opinion là-dessus moi aussi, opinion que j’ai soigneusement élaborée en arrivant devant l’énorme défilé de milléniaux en ligne pour accéder à la trop exiguë scène du festival fautif.

La file d’attente me prend finalement presque une heure et demie à vaincre, parce que ça adonne que je suis malheureusement une personne respectueuse dans la vie et que je décide de ne pas dépasser personne, contrairement à un père de famille que je croise éventuellement, lui bien décidé à inculquer des valeurs de marde à ses jeunes enfants. Ennuyé et seul dans la foule, je décide éventuellement de dresser une petite liste de statistiques de ce que je peux observer, question de voir quelle sera la pire crowd entre le show de Migos et la soirée électro menée par Flume de demain sur les Plaines. Voici le résultat :

-0 : nombre de personnes que je n’ai pas entendu chialer dans la file

-1 : nombre de boîtes de Lucky Charms retrouvées au sol

-2 : nombre de personnes aperçues en train de manger des ramens secs, pas d’eau

-3 : nombre d’interventions de la police qui tentait d’empêcher les dépassement avant de lâcher prise devant l’ampleur de la tâche

-4 : nombre de filles de 11 ans que j’ai vu se montrer mutuellement des dickpicks sur leur téléphone

-11 : nombre de filles qui se sont trouvées originales en exposant leurs sous-vêtements Calvin Klein

-12 : nombre de Juniors au poulet retrouvés écrasés par terre sans même avoir été entamés. Je les aurais mangés, moi!

-15 : âge moyen de la crowd

-18 : nombre de remarques s’apparentant à du harcèlement sexuel énoncées par des mineurs à l’endroit d’autres mineurs

-92 : nombre de canettes de Four Loko retrouvées au sol. Si tout avait pas été systématiquement écrasé, y’aurait eu de la piastre en cimonac à faire dans ce coin-là!

Maintenant, vous comprenez un peu mieux mon titre. Tout cela vaincu, je peux maintenant passer la fouille la plus légère que je n’ai jamais subie et assister aux quatre dernières chansons de Jazz Cartier. L’Ontarien semble en grande forme, screamant presque ses verses par moment et lançant des bouteilles d’eau Fidji à profusion sur ses fans sans jamais en prendre une gorgée. Son set se conclut évidemment sur Dead or Alive, seule pièce que l’assistance semble vraiment bien connaître et Cartier pète réellement les plombs. Avant de commencer la chanson, il somme le public de bien se diviser au milieu du stage jusqu’au fond, spécifiant qu’il ne continuera pas tant que ce ne sera pas fait. Trois minutes plus tard, c’est un très gros et respectable wall of death qui s’ensuivra, alors que Cartier décidera plutôt d’aller escalader les clôtures près de l’infirmerie. Je n’ai jamais vu un responsable de la sécurité autant rudoyer un artiste qu’à se moment-là, alors qu’un dude s’est visiblement mis en tête de le ramener au sol le plus rapidement possible. Honnêtement, c’est un des moments de hip-hop les plus survoltés que j’ai pu voir à ce jour, et ça vient encore une fois consolider mon opinion mitigée sur le show de Kendrick Lamar plus tôt cette semaine.

Le set terminé, je décide d’aller prendre un bain de foule, en même temps qu’une pause pipi. Une rencontre avec une Beauceronne bien sur le party engendrera d’ailleurs ma citation de la soirée. Au moment où je rentre dans la toilette chimique, j’entend la fille qui ne s’est pas fermé la trappe une seule fois durant les six minutes d’attente dire à son amie : « Je sais pas ça va prendre combien de temps encore pour que quelqu’un me calice une claque sua yeule tellement je suis gossante. » Au moins, elle est réaliste.

Un problème technique retarde ensuite l’arrivée sur scène de Migos, puis le groupe décide ensuite inexplicablement de tout simplement pitcher DJ Durel seul sur scène sans trop lui dire pour combien, forçant le pauvre gars à répéter sans cesse au public qu’il ne lui reste qu’une seule toune avant que « le meilleur band sur terre » ne vienne le rejoindre. Et honnêtement, c’est le pire dj set que j’ai vu ever, mais le public a l’air de s’en foutre royalement, tant qu’il connaît les chansons. C’est aussi pourquoi je déteste viscéralement mixer pour des milléniaux, même si j’en suis un moi-même. Le groupe finit par se décider à arriver, sur fond de la grosse face projetée à DJ Khaled, qui fait ce qu’il fait de mieux dans la vie, c’est-à-dire crier comme un perdu. Les gens enchaîneront ensuite une belle liste de hits que très peu auront écoutés de leur dernier album, chantant souvent par-dessus les tracks du cd pour laisser place aux nombreux featurings qu’il contient à la base. L’autotune est également bien au rendez-vous, mais il est intéressant d’évaluer les besoins techniques justement liés à cet aspect. Je quitte éventuellement après sept ou huit chansons, sans avoir entendu l’ultime Bad and Boujee, non pas parce que le spectacle est mauvais, mais tout simplement pour être bien sûr de ne pas manquer Bernardino Femminielli au Cercle.

J’arrive au Cercle une dizaine de minutes avant la performance du Montréalais, qui est déjà relativement remplie pour mon plus grand plaisir. Plus on est de fous, hein! Femminielli monte finalement seul sur scène, débutant dans la performance artistique avec une conversation semi-improvisée à un personnage inexistant, se déshabillant peu à peu au fil des répliques. Il commencera finalement la première vraie chanson en string, tout en sensualité. La bête de sexe échange des regards pleins de luxure avec le public sans jamais se déconcentrer et finit par le rejoindre sur le dancefloor assez timide. Je me fais éventuellement twerker dessus, un beau moment. Comme à l’habitude, la performance de Femminielli restera une expérience difficile à décrire, mais à voir absolument!

C’est ensuite à Duchess Says de prendre la relève et je me découragerai rapidement. Le moshpit que la bande montréalaise engendrera est un des moins respectueux que j’ai vu depuis un petit bout de temps. Du monde trop intense, qui se foute un peu du reste de la foule et s’étranglent presque avec du saranwrap, c’est pas mal ce que le Cercle nous offrira. Je me fais finalement blesser à un pied alors que je ne suis même pas dans ledit moshpit et décide de quitter avant de trop me fâcher. Dommage parce que le groupe était en bonne forme ce soir.

Citation de la soirée : « Moi je suis trop une fille à chat, mais toi, t’es clairement un homme à chatte! » -La Beauceronne qui se magasinait une claque sua yeule en voyant ma camisole, dont voici une photo prise par une amie souhaitant snapchater comme 99,99% de la foule. L’autre 0,01%, c’est moi vu que mon téléphone est pas très intelligent…

Ma camisole controversée/Photo : Camille Landry
Ma camisole controversée/Photo : Camille Landry

Programme de demain: A Tribe Called Red, Gab Paquet, Fetty Wap, Flume

10 chansons qui sont sur le iPod de JUSTIN TRUDEAU

À quelques jours des élections, Feu à volonté a utilisé l’apport de ses journalistes d’enquête pour déterminer quelle musique se retrouve sur les iPod des chefs des principaux partis fédéraux. Voici un bon moyen pour l’électeur moyen (perdu dans les débats vides) de choisir son camp selon de meilleurs critères. Aujourd’hui: JUSTIN TRUDEAU.

Justin_Trudeau

Smoke Weed Everyday – Snoop Dogg

Pièce qui deviendra l’hymne de la légalisation de la marijuana, une fois Justin au pouvoir.

Because I Got High -Afroman

Une fois élu, Justin Trudeau prévoit justifier toute ses bévues ainsi…

3 Eye of The Tiger – Survivor

Chanson clé de tous ses combats: de paroles ou de poings.

4 Mon amour – Disiz

Pièce envoûtante que Justin et Gilles Duceppe écoutent en toute intimité.

 

5 La tête à Papineau – Les Cowboys Fringants

«C’tu moi ça la tête à Papineau?» se demande souvent Justin.

6 Welcome To My Life – Simple Plan

«J’ai un PLAN», nous dit Trudeau depuis le début de la campagne. Ce qu’on ne savait pas, c’était que c’était Simple PLAN.

 

7 Yung Liberalz – Stoners For Justin

Justin Trudeau aime bien ces jeunes gens qui ne vont sûrement pas voter à visage découvert… et peut-être même en état d’ébriété.

 

8 Tous les Acadiens – Natasha St-Pier

«Enfin une chanson qui parle de nous», a-t-il déclaré à Natasha en faisant un appel outre-mer pour lui parler.

 

9 Mentir – Marie-Mai

Alors qu’il a été accusé de mentir par Duceppe, Trudeau aurait répondu «je n’ai fait que mentir pour fuir mon reflet dans le miroir».

10 Je déteste ma vie – Pierre Lapointe

Fan avoué de Pierre Lapointe, Justin Trudeau devrait pleurer sa défaite, si tel est le cas, sur cette pièce poignante. Il a d’ailleurs promis d’en faire une reprise bilingue pour plaire à tous les Canadiens et Canadiennes:

My life is disaster,

I can’t live my life without you, Canada

C’est long ma vie sans le Canada

Je sais trop que ma place est dans les bras de tous les Canadiens et Canadiennes incluant les autochtones et les gens issus de l’immigration.

Pierre Lapointe – Je déteste ma vie (Paris tristesse) from Audiogram on Vimeo.