TOP 2020 FRANCO positions 10 à 1

On adore la fin d’année pour les bilans, oui, mais cette année, on aurait plus envie de se dire qu’on peut l’oublier, celle-là. Par contre, il n’y a aucun moment comme celui-ci: t’as parlé à personne dans ta semaine sauf au caissier à l’épicerie, mais un album te tombe dessus et semble tout rétablir. «T’as été l’affaire qui n’a pas été de la marde cette année» est la phrase que nous avons envie de hurler au balcon de bon nombre d’artistes qui nous ont sorti de notre marasme en 2020. Tel un vaccin contre le grand mal de l’année, voici votre injection de fin 2020: nos albums francophones préférés de l’année, positions 10 à 1.

Photo: Pexels/Artem Podrez

10 Olivier Bélisle – Broderie 

Juste avant la première vague de COVID-19, je suis allée au Quai des Brumes pour le lancement de ce doux album. Ça a fini jam packed avec tout le monde assis sur le plancher collant du bar, le smile fendu jusqu’aux oreilles. Même si on avait su ce qui s’en venait pandémiquement parlant, on n’aurait pas pu en profiter plus: on était déjà au max! De «la misère qui se lit dans les yeux de la caissière» à la phrase «tout le monde est parti sans nous dire salut», on a reconnu notre vie des derniers mois dans les textes de Bélisle qui sont simplement humains. Je me suis réchauffée la fin de printemps triste avec la Broderie d’Olivier Bélisle et, croyez-moi, c’était vraiment moins pire après qu’avant.

– ÉLISE JETTÉ

9 Comment Debord – Comment Debord 

Qui n’a jamais écoeuré un de ses amis qui devait aller au chalet de ses parents au lieu de faire le party dans un sous-sol à 16 ans ? En 2020, c’était cette personne qui était dans une position confortable.  Travailler dans la résidence secondaire qu’elle recevra en héritage d’ici une couple d’années, pendant nous autres, encore sur le party 14 ans plus tard, ont a passé l’année dans notre 4 1/2 encombré de plantes. Si j’ai réussi à vous soutirer un petit sourire, c’est exactement l’effet que les paroles du premier album de Comment Debord auront sur vous. Les références linguistiques servent de carburant au voyage que nous propose le groupe. La langue française est ici un vecteur de la réussite de cet album. Les images sont fortes, l’amour de notre langue nationale résonne au travers des dix chansons de ce premier album réussi.

– MATHIEU AUBRY

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8 Original Gros Bonnet – Tous les jours printemps 

Original Gros Bonnet. Que dire! Moi qui pensais que le jazz c’était juste bon pour les gens qui aiment se la jouer Tit Joe Connaissant au souper de famille. Ben torpinouche! Le jazz, y’a des jeunes qui font ça. Pis qui en font du hip-hop (insérer une face de surprise). Le pire là-dedans, c’est qu’ils sont 32 dans ce groupe-là, mais il n’y a qu’un seul MC. Plus facile comme ça. Personne ne se bat pour le spotlight. En même temps, ça aurait très bien pu s’appeler Franky Fade et ses copains. Mais ce sont des reals. Chaque instrument compte. Avec pas de plug-ins. Des puristes dont l’album se doit d’être savouré bord en bord et plus d’une fois.

– ÉMILIE PELLETIER-GRENIER

7 Jonathan Personne – Disparitions 

L’aventure rock-spaghetti se poursuit avec succès pour le troubadour de Corridor, et à l’entendre produire autant de belles manières de nous dire qu’il s’ennuie de sa blonde, on en vient à se demander si, finalement, ça nous tente qu’il la retrouve. Jokes! On veut toujours le mieux pour ce Jo Robert, par ailleurs illustrateur de talent qui, je me fatigue à le dire, transforme en or tout ce qu’il touche.

– JULIEN ROCHE

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6 Antoine Corriveau – Pissenlit 

Ce quatrième album m’a permis de découvrir, enfin, l’univers d’Antoine Corriveau. À l’écoute de Pissenlit, étrangement, je me suis retrouvée avec Mano Solo dans une voiture à Paris. Mano, c’est l’un des artistes qui m’a donné le plus de frissons avec des textes francophones. À sa manière, Pissenlit impose lui aussi de s’arrêter pour écouter ce qui est proposé. Musicalement, l’émotion embarque à chaque nouvelle direction que prend l’album: un rock bruyant, parfois explosif, très cinématographique. Corriveau nous projette dans son roadtrip par une force narrative irréprochable. On voit tout: les poubelles, la sortie pour Lewis, l’urinoir. La route, on l’entend tout le temps. Mais il y a aussi quelque chose de très universel quand il nous parle de lui, de la perte d’êtres chers, du Québec, de réconciliation avec les peuples autochtones et du racisme systémique. C’est sûrement pour ça que ses textes m’ont évoqué ceux de Mano Solo, qui crachait pourtant, dans un tout autre style, sa rage d’échapper à la mort. Ces deux-là mettent toute la beauté de la langue française au service des pensées parfois sombres, des gens à peine regardés, des lieux crades. Pissenlit mettra tout le monde d’accord: de très loin, c’est l’un des plus beaux albums de cette année.

– LISE BRUN

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5 Eman – 1036 

Toc toc toc? Qui est là? Eman, avec un nouvel album. Ah tu pensais que c’tait bon ce que j’avais fait jusque-là? Ouin, ben j’ai des petites nouvelles pour toi. Ça, c’est comme vraiment bon. Je pense en tout cas. Mais de ce que j’ai compris, y’a des gens qui ne peuvent plus se passer de cet album et qui l’écoutent en boucle. C’est sûrement parce que c’est pas pire. Oh! Pis je fais une bonne partie de la prod moi-même. En tout cas. Achète ça, pis au pire donne-le en cadeau à ta belle-soeur à qui tu sais pas quoi acheter. Paix.

– ÉMILIE PELLETIER-GRENIER

4 P’tit Belliveau – Greatest Hits Vol. 1 

Avec son premier album Greatest Hits Vol. 1, P’tit Belliveau arrive déjà à s’inscrire dans la cour des grands. Avec un son unique qui mélange le country, les synthés et les rythmes hip-hop: c’est un incontournable de l’année. Income Tax, on en est certains, a rythmé bien des soirées de danse confinées. On présume aussi que Les bateaux dans la baie a suivi plusieurs visites à la SQDC. Tout ça sans compter sur les grandes qualités de mélodiste de l’Acadien qui réussit aussi à nous rendre nostalgico-mélancolique avec L’eau entre mes doigts et Rain and Snow. À écouter à tout prix.

– RAPHAËL BOIVIN

POUR LIRE L’OPINION D’UNE GRAND-MÈRE SUR P’TIT BELLIVEAU, CLIQUEZ ICI.

3 Les Hay Babies – Boîte aux lettres

Quel genre de lettre trouve-t-on dans la boîte des Hay Babies? Des correspondances des années 60 entre Montréal et Moncton. Plus qu’un regard sur un autre temps et une totale plongée dans une époque aussi intéressante que culturellement riche, les trois girls nous montrent aussi un regard sur la vie qui sort de tout ce qui prend normalement racine à Montréal. On fait du tourisme sans bouger grâce au trio du Nouveau-Brunswick qui sait manier l’instrument à cordes sous tous ses aspects avec style et éclat. J’aimerais faire partie du groupe.

– ÉLISE JETTÉ

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2 Klô Pelgag – Notre-Dame-des-Sept-Douleurs 

Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, c’est le plus beau cadeau qui me soit arrivé pendant la pandémie. Avant sa sortie, Klô Pelgag nous dévoilait des vidéos de ses nouvelles chansons tranquillement, comme si elle voulait qu’on prenne le temps de les déguster comme les petits chocolats de mon calendrier de l’Avent Kinder. Sauf qu’à la fin, c’est pas un gros œuf sucré avec une bébelle en plastique dedans que j’attendais avec impatience, mais un album concept extraordinaire, rempli d’émotions, de cohérence et que j’ai dévoré avec appétit. J’affirme même sans hésiter que Notre-Dame-des-Sept-Douleurs est encore plus délicieux que tous les chocolats du calendrier!

– ELISABETH MOTTARD

1 Mon Doux Saigneur – Horizon 

Mon Doux Saigneur fait partie des chanceux qui ont fait paraître leur album avant l’arrivée de la COVID, ce qui nous a permis de vivre l’album Horizon sur scène. Sur la ligne de cet horizon, Emerik St-Cyr Labbé dessinait déjà en janvier un soleil indélébile, une joie transcendante, des rythmes qui accompagnent les plus tristes années afin qu’on ose bouger quand même. Oui, l’avenir pandémique se dressait devant nous comme une montagne, la COVID était en route, mais on avait une armure lumineuse pour entamer la guerre. La formation a fait un progrès fou depuis la sortie de son premier album homonyme en 2017. L’assurance et la maîtrise des instruments s’est rendue jusqu’à nous. Mon Doux, merci.

– ÉLISE JETTÉ

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GAMIQ 2020: ma grand-mère se prononce

Je n’ai pas serré ma grand-mère dans mes bras depuis le mois de janvier et je ne l’ai pas vue en personne depuis la zone rouge montréalaise. Je la laisse tranquille dans sa zone orange. Elle a quand même accepté de passer une heure au téléphone avec moi pour que je lui fasse écouter les nommés du GAMIQ 2020. C’est vous dire à quel point les aînés ont besoin d’un coup de fil de temps en temps! J’ai profité de l’occasion pour ressortir une photo de mes archives personnelles (probablement en 2010), au moment où je faisais écouter de la musique à Claudette (de mémoire, c’était Martin Léon).

Claudette en 2010 écoutant Les atomes/Photo: Élise Jetté

ARTISTE DE L’ANNÉE

Bon enfant

Élise: Bon, grand-maman, t’as l’oreille bien collée sur ton téléphone? Ça commence!

Claudette: Oui, je suis prête. Quand j’aurai chaud à l’oreille droite, je changerai pour l’oreille gauche. Comme ça ça va être égal pour tout le monde.

É: Parfait! Là on va écouter les nommés comme Artiste de l’année. C’est comme le plus gros prix, donc t’as le droit d’être sévère. On commence avec un groupe qui s’appelle Bon enfant. La chanson que tu vas entendre, c’est Ménage du printemps.

C: Le titre fonctionne très bien parce que ça me donne le goût de faire mon ménage justement! Ils sont combien dans ce groupe?

É: Ils sont cinq. Deux filles, trois gars. Et t’as vu un des gars à La Voix.

C: C’est sûrement celui qui avait un chapeau de cowboy, ça fonctionnerait avec le style.

É: T’as tout compris.

C: J’aime beaucoup ça, Bon enfant!

Note de Claudette pour Bon enfant: 8/10

Corridor

É: Alors là, on change de style. Le groupe s’appelle Corridor.

C: C’est pas la chanson de Laurence Jalbert?

É: Non, malheureusement. La chanson que je te fais entendre s’appelle Domino.

C: C’est intéressant.

É: Intéressant comme la couleur de ton vomi après avoir bu de la slush ou intéressant comme un coucher de soleil d’automne?

C: Je ne suis pas certaine. Mais tes deux options sont pas mal aux antipodes, je trouve. Franchement! J’aime beaucoup qu’on entende de nombreux instruments. Ça parait qu’ils sont plusieurs et que tout le monde fait du bon travail. J’aime moins le fait que je n’entende pas très bien les paroles parce que la voix est en arrière-plan.

Note de Claudette pour Corridor: 7/10

KNLO

É: Grand-maman, on va maintenant entendre du rap Québ.

C: Du quoi?

É: Du rap Québ, du rap québécois.

C: Pourquoi tu dis pas tes mots au complet?

É: Je vais te faire entendre la chanson Ça fait mal de KNLO.

C: Je l’ai vu lui à l’ADISQ. Je le trouve tellement drôle. Bon, lui on comprend tout ce qu’il dit! J’aime beaucoup ça. Et le rythme nous rend de bonne humeur. C’est important ces temps-ci.

Note de Claudette pour KNLO: 9/10

LaF

É: On reste dans le rap Québ avec LaF, la chanson Eastman.

C: Comme la ville?

É: Oui.

C: Ils disent qu’ils boivent chaque jour. C’est pas l’idéal. Moi je bois juste du vin quand tu viens me voir, donc là, ça fait longtemps que j’ai pas bu de vin, mais j’ai quelques bouteilles de ton vin préféré pour quand tu vas venir.

É: J’ai hâte.

C: Je trouve ça vraiment bon, LaF. J’aime beaucoup le titre parce que j’aime cette ville. Et j’aime le mélange de l’accent français avec l’accent québécois. C’est pas souvent qu’on entend ça.

La note de Claudette pour LaF: 8/10

Les Deuxluxes

É: On va finir avec un duo qui s’appelle Les Deuxluxes. C’est un gars et une fille habillés vraiment funky. Comme la photo de grand-pa et toi à l’Halloween en 85.

C: Ha ben là, ça c’est un style que j’aime!

É: La chanson qu’on va écouter s’appelle Everything of Beauty.

C: Pour la voix et le style, ce sont mes préférés, mais je préfère la musique en français.

É: Ils chantent en français des fois!

La note de Claudette pour Les Deuxluxes: 8/10

VERDICT: Selon Claudette, c’est KNLO l’artiste de l’année.

ALBUM FOLK DE L’ANNÉE

Basia Bulat – Are you In Love?

É: Là, grand-maman, on est rendues à la catégorie Album folk de l’année. J’ai pensé que t’aimerais pas mal les artistes dans cette catégorie. La première s’appelle Basia Bulat. Son album s’appelle Are you In Love? et la chanson que tu vas entendre s’appelle Your Girl.

C: C’est donc ben beau ça. Une belle voix. C’est doux à entendre. Je trouve ça étrange qu’elle ne soit pas plus connue.

La note de Claudette pour Basia Bulat: 9/10

Chandail de loup – Sul bord

É: Voici maintenant le groupe Chandail de loup, l’album Sul bord et la chanson Dansé nu.

C: Ça je trouve ça ben niaiseux. En plus, ils disent pas les mots au complet. Comme toi! C’est parce qu’ils viennent de Montréal?

É: Ils viennent de Val-David, donc c’est dur à dire…

La note de Claudette pour Chandail de loup: 6/10

Foisy – Mémoires

É: On va entendre un autre artiste qui s’appelle Foisy. Son album s’appelle Mémoires et la chanson que je te fais jouer, s’appelle Les anniversaires.

C: C‘est qui donc l’artiste que j’avais trouvé déprimé la dernière fois qu’on a fait ça? Je le trouvais triste.

É: Antoine Corriveau. C’est lui qui a réalisé l’album de Foisy.

C: Ils faudrait que tu leur donnes une petite tape dans le dos la prochaine fois que tu parles avec eux.

É: Parfait!

C: J’aime beaucoup ça, mais je pense qu’il pourrait essayer d’être plus gai pour la prochaine fois. Peut-être un peu plus d’Émile Bilodeau dans sa voix.

É: Je vais lui faire le message.

La note de Claudette pour Foisy: 8/10

Leif Vollebekk – New Ways

É: Lui c’est Leif Vollebekk. Son album s’appelle New Ways et la chanson que tu entends s’appelle Hot Tears.

C: Ça réchauffe, on dirait, écouter ça. Je pense que je le recommanderais pour les gens en hiver, mais pas en été.

La note de Claudette pour Leif Vollebekk: 7/10

Mathieu Bérubé – Roman savon

É: On va entendre Les fleurs du tapis de Mathieu Bérubé. Son album s’appelle Roman-savon.

C: Il est drôle lui. Il savait pas que roman-savon, ça veut dire des émissions pas très bonnes. Il voulait nous annoncer un mauvais album?

É: Je pense pas que c’était son objectif!

C: Je pense que c’est ma voix d’homme favorite à date. Il a la voix de quelqu’un de gentil. Et j’aime beaucoup la batterie. Ça me fait bouger un peu.

La note de Claudette pour Mathieu Bérubé: 8/10

Maude Audet – Tu ne mourras pas

É: Là c’est Maude Audet. Son album s’appelle Tu ne mourras pas et la chansons c’est Tu trembleras encore.

C: Ah la belle Maude! Son chum est assez drôle! J’aime ça, ça sonne comme la musique de mon temps. Comme Renée Martel.

La note de Claudette pour Maude Audet: 8/10

Mon doux saigneur – Horizon

É: On va maintenant entendre un groupe qui s’appelle Mon doux saigneur. L’album s’appelle Horizon et la chanson aussi.

C: Oh wow, c’est harmonieux ça. C’est comme si les musiciens étaient tous des spécialistes virtuoses et qu’ils avaient la chimie parfaite entre eux. La voix est l’fun. On n’entend pas souvent des voix comme ça. C’est pas une grosse voix, mais elle est toujours juste.

La note de Claudette pour Mon doux saigneur: 9/10

Saratoga – Ceci est une espèce aimée

É: On va entendre le duo Saratoga. Leur album s’appelle Ceci est une espèce aimée et la chanson, c’est Morceaux.

C: Oh la la. Ça c’est de la belle poésie. Eux autres leur force, c’est vraiment les mots. J’aimerais lire leurs textes.

É: L’album viens avec un livre des textes. Je vais te l’apporter.

C: J’aime vraiment beaucoup ça. Ça doit bien s’écouter pendant une tempête de neige.

La note de Claudette pour Saratoga: 8/10

Tomas Jensen – Les rêves sont faits

É: On va entendre Tomas Jensen avec Le fil qui vient de l’album Les rêves sont faits.

C: Ça me fait penser à du jazz. J’aime vraiment pas ça le jazz.

É: Moi ton commentaire me fait penser à cette vidéo des Appendices:

La note de Claudette pour Tomas Jensen: 6/10

Travelling Headcase – Songs For The Broken

É: Le dernier groupe s’appelle Travelling Headcase, la chanson s’appelle Baie Deception et l’album se nomme Songs For The Broken.

C: La voix pourrait être dérangeante sur le long terme, mais le style est original.

La note de Claudette pour Travelling Headcase: 7/10

VERDICT: Selon Claudette, les meilleurs albums folk de l’année sont ceux de Basia Bulat et de Mon doux Saigneur.

RÉVÉLATION DE L’ANNÉE

Anachnid

É: Dernière catégorie, grand-maman. On va y aller pour la Révélation de l’année. La première artiste, c’est Anachnid, c’est une artiste autochtone. La chanson s’appelle Sky Woman.

C: Mais moi j’aime beaucoup Elisapie.

É: T’as pas besoin de choisir, grand-maman. Tu peux aimer les deux.

C: C’est vrai. Elle j’aime ça, mais on dirait qu’elle marmonne un peu.

La note de Claudette pour Anachnid: 8/10

Backxwash

É: Donc là, elle c’est Backxwash. Elle a gagné le prix Polaris. Celui pour lequel je fais le jury chaque année.

C: Ah oui, ok je suis curieuse.

É: La chanson s’appelle Devil in a Moshpit, ça veut dire Le diable danse ou quelque chose de même.

C: Elle danse avec le diable. C’est pour ça qu’elle est aussi fâchée! Il y a beaucoup de colère dans sa musique. Je ne suis pas certaine, mais c’est juste à cause de l’agressivité.

La note de Claudette pour Backxwash: 7/10

Bermuda

É: La prochaine s’appelle Bermuda. La chanson qu’on va entendre s’appelle Beach Bodé.

C: C’est drôle, ça! Ça swing! Ça me fait penser à l’été sur le bord de la plage, donc j’aime ça. C’est comme quand on était en vacances ensemble. C’était le bon temps. Je l’aime, elle. Elle me fait sentir bien et elle me rappelle des bons souvenirs.

La note de Claudette pour Bermuda: 9/10

NOBRO

É: Alors maintenant, ça va être un peu plus intense. On change de registre. Ce sont quatre filles. Le groupe s’appelle NOBRO et la chanson s’appelle Marianna

C: Au téléphone, c’est pas l’idéal pour écouter ça, mais je pense que j’aimerais voir un spectacle. C’est très entraînant et on a besoin de chansons comme celle-là pour bouger.

La note de Claudette pour NOBRO: 9/10

P’tit Belliveau

É: Le dernier artiste s’appelle P’tit Belliveau, c’est un Acadien de la Nouvelle-Écosse. La chanson s’appelle Income Tax.

C: Ça prend des sous-titres, hein, cette chanson-là.

É: Ça tombe bien, il y en a dans ses clips.

C: Très bonne idée. Y’est de bonne humeur lui là. Je trouve qu’il fait des belles façons. Un jeune homme qui semble gentil. Il me rappelle nos vacances dans les Maritimes.

La note de Claudette pour P’tit Belliveau: 8/10

VERDICT: Selon Claudette, la Révélation de l’année est Bermuda ou NOBRO

Le GAMIQ 2020 aura lieu ce dimanche 6 décembre à 20h.

Évidemment, le gala est numérique. Vous pouvez obtenir votre billet gratuit ici.

Lisez les choix de Claudette au GAMIQ 2018

Lisez les choix de Claudette au GAMIQ 2017

ADISQ 2020: survivre à la grande dépression

J’espère que je ne recevrai pas de poursuite d’un regroupement de profs d’histoire en nommant ce qui suit la grande dépression. Et attendez-vous à être déprimés durant votre lecture. Je vous rapporterai quelques moments cocasses pour casser la tristesse ambiante, mais je ne sais pas si ça va être assez. Ça fait longtemps que l’ADISQ est mon moment musical préféré de l’année. Je m’ennuie des années où ma seule déception était celle de ne pas voir mes artistes favoris remporter les Félix. En 2020, ça fait plus mal que ça.

On ne fera pas comme si on n’avait pas passé l’année devant notre écran. Les photos de ce texte sont toutes les photos de ma télé. Quand les choses se passent dans l’écran, il faut parfois se résigner à capturer l’essence même du climat dans lequel on vit. Et c’est peut-être même une mise en abyme que d’illustrer cet article sur le Premier gala et le Gala de l’ADISQ à l’aide de photos de cadrage de télé. Une œuvre dans une œuvre où l’on parle des œuvres de l’année…

Le Premier gala de l’ADISQ

«Il n’y a pas de collègue, pas de public, on n’est pas en direct», nous annonce d’emblée l’animateur Pierre Lapointe muni d’une tenue on ne peut plus au point: moi aussi devant l’imminence de la fin du monde je voudrais qu’on me vêtisse d’objets contondants pour me défendre.

En symbiose avec l’année qu’on vit, l’introduction du gala nous montre une série d’artistes en nomination qui parlent à leur téléphone on qu’on nous sert en montage pixélisé au son inégal. «Moi j’fais pas de musique par exemple», dit  Yannick De Martino, nommé pour Spectacle de l’année – Humour. Inquiète-toi pas, Yannick, on est plusieurs, depuis plusieurs années à se demander pourquoi les Olivier sont invités à l’ADISQ!

Le numéro d’ouverture nous montre le groupe Salebarbes et on a la confirmation que, si on avait été invités, on n’aurait pas été déçus par rapport aux cheveux de Jonathan Painchaud.

Les Hay Babies se joignent à la partie avec les tenues les plus cool qu’on n’a jamais vues de notre vie. L’Internet nous apprendra plus tard que les tenues, elles les ont cousues elles-mêmes. J’ai juste une question, ici: les filles, je peux-tu être une Hay Babies moi aussi? 

C’est toujours avec son adéquate tenue de brontosaure que Pierre Lapointe nous parle de l’augmentation de l’offre des spectacles en Facebook live durant les 8 derniers mois, une offre qui est, selon moi, l’équivalent médical d’un diachylon de Spiderman sur une fracture ouverte de la hanche.

Pierre prononcera aussi les mots que tout le monde va dire et redire en cherchant un sens, en se demandant s’il y en a vraiment un: «notre industrie est à rebâtir».

Et c’est le début de ce que j’appellerai le constat «L’Amérique pleure, pis c’est vrai!» avec le premier trophée décerné aux Cowboys fringants, pour Antipodes, l’Album meilleur vendeur de l’année.

C’est autour d’un feu de camp qui est loin d’être assez chaud pour réchauffer l’âme de la culture Québ que le groupe procède à des remerciements standards. 

L’Album traditionnel de l’année est celui de Salebarbes: Live Au Pas Perdus

On est toujours satisfaits du cuir chevelu de Painchaud et que dire de la moustache à deux étages?

En regardant la salle du Corona où le house band s’exécute, pas de public, je ne peux m’empêcher de dire «bon enfin de la place pour montrer le house band». Sont toujours cachés dans le noir, en arrière d’un décor de Moment Factory, mais LÀ, c’est leur moment. Bravo.

C’est Dominique Fils-Aimé, récipiendaire du prix d’Album Jazz de l’année 2019, qui vient remettre le prix 2020.

C’est Jacques Kuba Séguin et son album Migrations qui l’emportent! Dans sa vidéo de remerciement, il dit: «merci à mes enfants, surtout à ma grande fille Ella». Donc les enfants, si papa vous a toujours dit qu’il n’avait pas de préféré, c’est ici que vos rêves cassent en morceaux. 

«On a été testés par les évènements», dit Jacques. Nous, on espère juste que t’as pas été testé COVID positif.

Le Spectacle de l’année interprète est celui de Véronic Dicaire qui reçoit étonnamment son premier Félix en carrière. Elle parle des 27 personnes qui la suivent en tournée tout le temps. De mon côté, je m’adresse aux 27: «ça roule la PCU?»

L’Album ou DVD de l’année Jeunesse est remis à celui qui ne change jamais de chapeau, mais on espère au moins qu’il le lave de temps en temps: Arthur L’Aventurier et L’aventure au bout du monde en Australie. Une chose est sûre, avec cette vidéo pour enfant, il a visé juste. Si on peut pu jamais aller nulle part, on va au moins aller en Australie avec Arthur. C’est tout ce qu’il nous reste.

Son remerciement contient la phrase que j’ai toujours haïe, mais que j’haïs encore plus en 2020: «Merci la vie».

Depuis le début du texte, je vous épargne quand même pas pire en termes de dépression, mais je dois mettre quelque chose au clair tout de suite: Le Premier gala de l’ADISQ nous montre durant toute la soirée, de petites entrevues avec des artistes d’ici qui nous racontent leur tristesse de ne plus faire de show, leurs remises en question, leurs idées folles de s’ouvrir une boulangerie, un potager urbain ou un magasin de vélos. Tout le monde a l’air d’amorcer sa quatrième saison de dépression saisonnière. Des bands nous disent qu’ils ne se sont même pas vus entre eux, séparés par des zones rouges, jaunes et oranges. Confinés dans les univers virtuels respectifs où les jams ne sont jamais vraiment des jams.

Ça pourrait être déjà assez triste de même, mais les pubs entre les remises de prix, c’est: la fille qui est partie en ambulance pour sa COVID le jour de sa fête, une madame qui a besoin d’une prescription pour ses infections urinaires chroniques, un gars qui tripe tellement sur le porc du Québec qu’il réveille sa chum en pleine nuit comme un sociopathe pour avoir la recette, un couple qui se sépare et qui pleure devant sa fille alors que toute la petite famille marche «sur des œufs» (mais pour vrai là! LE PLANCHER, C’EST DES ŒUFS) pour donner vie à la métaphore «marcher sur des œufs» de la manière la plus triste jamais vue. 

Miro et Sarahmée nous font une prestation agréable. Si l’humeur était à -4, on est rendus à 2 sur une échelle de 1 à Luc Senay.

Corridor s’est fait voler le trophée d’Album rock de l’année qui est rentré à la maison avec les Cowboys fringants pendant que l’Amérique pleurait de cette situation.

Mon seul point dans mon pool de l’ADISQ pour cette soirée-là, je le dois à la talentueuse Alexandra Stréliski qui est l’Artiste québécoise ayant le plus rayonné hors Québec. En guise de remerciement, elle nous sert une vidéo triste où on la voit se balader avec Inscape, son album, dans des rues européennes désertes. C’est ça, en 2020, rayonner à l’étranger. En termes de tristesse, cette scène arrive juste après celle où Kate laisse tomber Léo dans l’eau glaciale en gardant le radeau de fortune pour elle. 

Charles Richard Hamelin remporte son cinquième Félix avec celui de l’Album de l’année Classique soliste et petit ensemble: Chopin – ballades et impromptus.

L’Album de l’année Classique orchestre et grand ensemble est Pulsations d’Angèle Dubeau et la Pieta. «C’est mon 44e album», déclare-t-elle sans dire son âge.

Nomadic Massive monte sur scène juste avant que Flore Laurentienne perde le Félix d’album instrumental de l’année aux mains de Gregory Charles, ce qui suscite chez moi l’envoi de ce genre de message:

Comme j’attends Noël depuis le début de la pandémie (c’est la seule fête qui me rattache encore à un semblant de magie), je suis ravie qu’Isabelle Boulay gagne le Félix d’Album de l’année – Réinterprétation pour En attendant Noël.

L’Album de l’année autre langue est celui de Nikamu Mamuitun et si jamais vous n’avez pas entendu la chanson Tout un village, il faut remédier à ça maintenant, pleurer un peu et se ressaisir comme on peut après.

Pierre présente des prix devant le Mac – sûrement habillé par le MAC aussi, c’est de l’art, ça – avec Roxane Bruneau.

L’Album de l’année country est celui de Patrick Norman qui remercie plein de monde d’être venu à Nashville. Si t’es dans l’industrie pis que t’as pas été invité à Nashville par Pat, je t’invite à te poser des questions.

Le spectacle de l’année Humour est celui de Sam Breton, puis une bourse de 5000 $ est remise à l’un des artistes détenant sa première nomination cette année. On connaissait pas mal tout le monde sur la liste, sauf les gagnants: Le Diable à Cinq.

Le symptôme dépressif s’accentue lors de la pause publicitaire suivante avec des gens habillés en jaune pour parler de beurre de peanut. Je sais que les temps sont durs, mais sont payés combien? Écrivez-moi si vous savez.

Zal Sissokho repart avec le Félix de l’Album de l’année Musique du monde et Elisapie remporte celui du meilleur Spectacle autre langue.

Vous pouvez maintenant détourner le regard si les rencontres Zoom commencent à vous faire vomir dans votre bouche un petit peu. Le Spectacle de l’année anglophone est celui de Patrick Watson qui est présent avec sa gang: unis, mais séparés. 

Comme si l’état psychologique collectif en chute libre avait besoin d’un autre Zoom.

C’est sûrement pour faire remonter l’indice de bonheur des Québécois que P’tit Belliveau arrive. Dans sa vidéo de pandémie, après sa perfo, il dit – deux fois plutôt qu’une – qu’il vit sa vinaigrette. Merci man.

Alicia Moffet et Fouki viennent chanter pour les 18-24, puis le Zoom de Patrick Watson revient avec le prix d’Album anglophone de l’année.

Des feux pour voir de Marie-Pierre Arthur est sacré meilleur album Alternatif de l’année et Choix de la critique.

Entre deux remises de prix, Fouki nous dit que 2020, c’est comme tomber dans une bouteille d’alcool fort que tu ne connais pas, mais tu passes à travers quand même et le lendemain tu ne te souviens de rien. À date, je n’ai trouvé personne qui a eu une meilleure idée que lui.

Alors que les vidéoclips inventifs ont déferlé sur nous plus vite que la COVID l’aurait fait au Bal en Blanc, c’est pourtant un clip qui nous montre une danse en ligne dans un bar de campagne qui a remporté le Félix de Vidéoclip de l’année. L’Amérique pleure, pis c’est vrai.

LISEZ NOTRE ARTICLE PRÉ-ADISQ INTITULÉ «COVID-19: 10 affaires qu’on ne verra pas à l’ADISQ cette année parce qu’on regarde ça à distance» 

Le Gala de l’ADISQ

On a surnommé le gala du dimanche le festival du follow spot sur les toits de Montréal, du moins pour l’ouverture du gala durant laquelle toutes les lumières et les drones de la ville avaient été sollicités. De toute façon, il ne se passe rien d’autre ces temps-ci alors l’ADISQ avait le premier choix.

Louis-José Houde fait son numéro d’ouverture dans un studio de Radio-Canada devant un public aussi nombreux qu’à une messe du dimanche en ces temps où l’astrologie a remplacé la religion. 

Il ne nous présente pas pour autant un numéro approuvé par le clergé, lançant des flèches à tous ceux qui ont été dans les médias pour les mauvaises raisons durant l’année. «Bon qui qui reste? Ceux qui ne sont pas en prison, faites du bruit», dit-il avant de mentionner qu’il pensait être seul avec Renée Martel ce soir étant donné les délits commis en 2020 par les artistes d’ici. «Ce soir, y’aura pas d’hommage aux grands disparus. Sont tous vivants», mentionne-t-il également étant donné que les disparus sont disparus pour des raisons légales et ne sont pas morts, comme dans le bon vieux temps.

«J’ai dit oui pour animer le gala le 12 mars. Je ne pensais pas que ça finirait en PowerPoint», dit Louis-José devant une poignée d’artistes en dépression.

«Les gens veulent faire l’amour, c’est la tendance», dit-il ensuite en faisant des jokes de graines. Émile Bilodeau a l’air de dire «iiiiii va pas là».

Steven Guilbeault, nous fait son petit message de ministre et on réalise qu’il est fatigué comme nous tous. C’est pas comme si le Patrimoine canadien était si prenant ces temps-ci, Steven! Dors un peu!

Louis-Jean Cormier, désormais porteur de chapeau, nous interprète Je me moi, une chanson d’actualité puisque la pandémie nous a inévitablement menés à un repli sur nous-mêmes.

Le premier prix est remis à KNLO pour le meilleur album rap de l’année et tout le monde a un petit malaise cardiaque quand il reste à sa place. Eh oui! Les remerciements se font directement à la chaise du gagnant cette année. KNLO fait des salutations à tout le monde, même à La Mauricie.

Au retour de la pause c’est Marie-Pierre Arthur qui vient chanter Tiens-moi mon cœur et sa perfo est covid-friendly et demeure en mode bulle familiale : c’est son fils qui danse.

Louis-José y va d’un petit numéro sur la deuxième job que pourrait occuper chaque artiste: «Lisa Leblanc, elle pourrait être n’importe quoi pis ça serait l’fun. Broder un napperon, changer ta fournaise. Je la truste dans toute. C’est l’inverse de Kaïn. Eux j’les truste dans rien. C’est sûrement des bonnes personnes, mais ça m’a pas l’air porté sur le deadline

Robert Charlebois vient présenter le prix d’album Adulte contemporain. Il en profite pour dire à Louis-José qu’il le trouve drôle avec cette expression, jamais entendue avant, que l’on va désormais adopter: «Tu me fais pacter».

Assez troublant, dans cette catégorie, d’entendre back à back Yé midi kek part de Kaïn, puis Tatouage de Pierre Lapointe. On ne s’imagine pas que c’est possible comme adversaires. 

C’est le rebaptisé «Jean-Louis Cormier» qui gagne.

Eli Rose et Marc Dupré nous proposent un duo improbable, puis Louis-José fait des jokes sur la consommation de drogue des artistes, notamment en leur annonçant que la cocaïne coûte désormais trop cher pour leur budget en mode PCU.

L’Album folk de l’année est L’étrange pays de Jean Leloup.

Après, je me demande vraiment pourquoi la Révélation de l’année est présentée par Mazda. T’as pas de char quand t’es Révélation de l’année.

Installée en mode «piano bar» sur un piano de plus de deux mètres de long pour respecter les règles, la Révélation de l’année 2003 Ariane Moffatt présente un numéro d’intro avec Louis-José puis c’est la Révélation 2019, Alexandra Stréliski qui présente Eli Rose, la gagnante, qui est surprise pour vrai et qui se vide de ses larmes sous les recommandations d’Alexandra qui la réconforte à l’autre bout de la salle, à une distance de type «autre indicatif régional téléphonique».

L’Album pop de l’année est celui de Marc Dupré. On a ensuite droit à une bonne pub sur la gestion de patrimoine avec un homme pour qui c’est une passion, la gestion de patrimoine.

On apprend aussi qu’il est possible de louer un chauffe-eau.

Puis le meilleur numéro de 2020 est celui présenté par Anachnid, Flore Laurentienne et Matt Holubowski. Un trio bien pensé et bien distancé comme seule 2020 est capable de le faire.

Louis-José rit du mot «RÉINVENTER» avec raison, alors qu’on a passé les huit derniers mois à regarder les shows les plus tristes au monde sur Internet.

Robert Charlebois repart avec le Félix du meilleur Spectacle auteur-compositeur-interprète. «Avec Ben Dion, adieu les problèmes de son», dit-il pour remercier son soundman. J’aimerais ça le rencontrer, Ben. Il remercie également Louise Forestier. «Louise, 50 ans d’amitié! La prochaine fois qu’on va chanter La fin du monde, ça va être une chanson bubble gum comparé aux horreurs qui nous affligent.» En fait, il aurait probablement été plus adéquat de dire: la prochaine fois qu’on va chanter La fin du monde, ça va l’être pour vrai.

Je me demande si ce Félix pourra être remis l’an prochain même si on aura eu 4,7 semaines de shows au total durant l’année et aucune véritable tournée.

On a ensuite droit à une pub de vin d’épicerie et à une autre pub qui nous montre une fille qui fait du lavage, mais que son linge pue pareil. Le clou du spectacle publicitaire: une pub de fuites urinaires qui a jouée six fois durant la soirée. Rien pour te permettre de fuir tes problèmes…

La vie d’écran, ça permet de faire un medley de Pauline Julien, au siècle dernier, qui chante avec Pierre Lapointe aujourd’hui, puis Isabelle Boulay, sur scène, qui chante avec une Monique Leyrac en noir et blanc.

Profiter du fait que notre vie est désormais virtuelle pour faire un medley qui mêle deux siècles différents: je dis oui.

Kent Nagano présente le prix Artiste autochtone de l’année en mode vidéo dans une pièce avec autant d’écho qu’un sous-marin. Elisapie l’emporte et fait un touchant discours qui est le seul que le chronomètre sonore ne coupera pas.

La Chanson de l’année est L’Amérique pleure des Cowboys fringants. Le groupe nous livre le mensonge du jour dans ses remerciements: «Merci d’avoir joué nos tounes à la radio et beaucoup de musique Québ durant toute l’année». NOPE.

On assiste ensuite à l’une des pubs les plus tristes depuis celles des banques alimentaires: une pub de banque avec Deux par deux rassemblés de Pierre Lapointe version piano en noir et blanc qui nous montre des travailleurs de divers milieux qui ne vont pas s’en sortir durant la crise sanitaire.

L’Auteur-compositeur de l’année est Louis-Jean Cormier, le Groupe de l’année est Les Cowboys fringants

Isabelle Boulay, qui était là pour le numéro avec Pierre Lapointe plus tôt n’est pas là pour la remise du prix d’Interprète féminine de l’année dans laquelle elle est nommée.

ÉTAIT-ELLE EN HOLOGRAMME TANTÔT? Ou est-elle allée se coucher avant sa catégorie?

C’est la grandiose Alexandra Stréliski qui remporte la statuette. «J’ai trop bu de Bulles de nuit», dit-elle comme si elle était à O.D. à l’autre poste. Elle aborde une fois de plus la douceur, parce que c’est pas mal juste ça qu’il nous reste cette année. «J’ai hâte de vous revoir à côté de ce cauchemar», ajoute-t-elle. Nous aussi.

Émile Bilodeau est l’Interprète masculin de l’année et il fait son discours, écrit sur une feuille quadrillée sans lever les yeux. Voyons, Émile! T’as pas appris ton exposé oral!

Il termine par «Vive le Québec libre!» pour faire plaisir à sa date: son petit frère, mais aussi, avouons-le, pour se faire plaisir à lui-même. Et en cette année sans plaisir, qui serions-nous pour juger ce comportement?

Louis-José Houde termine avec la phrase la plus 2020 possible: «Y’a tellement de Purell dans’ place que tout le monde est stérile».

À l’image de la musique durant la dernière année, l’ADISQ était là malgré tout. Mais les trous dans la salle, semblables aux trous dans les salles de spectacles (lorsqu’elles sont ouvertes) nous amènent à croire de moins en moins à de plus en plus de choses. Les derniers VRAIS shows, non-distancés, qu’on a vus au début du mois de mars dernier nous semblent déjà anachroniques. Approcher les autres, sans masque, que ce soit pour dire bonjour ou pour faire un mushpit, est une idée complètement déjantée, illusoire et probablement passible d’une amende. 

La musique est la solution à beaucoup de sentiments négatifs. Espérons qu’elle saura nous faire passer à travers la grande dépression.

FME 2020, jour 1: un orage éternel qui est sûrement de notre faute

En partant pour le Festival de la musique émergente en Abitibi-Témiscamingue (FME), il ne nous a pas fallu plus d’une heure et quart de route pour commencer à recevoir les conséquences karmiques de nos mauvais choix de vie. Même si Élise avait troqué sa vieille ferraille automobile pour le véhicule paternel de qualité, on a fait exploser le pneu avant gauche dans un nid de poule sur la 15 nord. Si vous trouvez qu’on n’est pas chanceux, vous n’avez encore rien vu.

Par Julien Roche et Élise Jetté

Un karma qui laisse à désirer/Photo: Julien Roche

Une fois la roue de secours installée, le véhicule décide qu’il ne démarre plus. Nos choix de vie étaient pires que vous pensiez. Avec l’aide chaleureuse de Paul de CAA Québec, on reprend la route jusqu’au Point S en chantant leur chanson-slogan qui nous aide à oublier le stress.

La résilience/Photo: Élise Jetté

Une fois sur place, on commence d’ores et déjà à travailler sur nos compétences transversales en choisissant le bon pneu pour attaquer le Parc de la Vérendrye.

Compétences transversale: choisir un pneu/Photo: Élise Jetté

Les mésaventures nous mettent en retard d’une heure 45, ce qui fait en sorte qu’on se stationne tout croche pour quinze minutes une fois à Rouyn. Il n’en fallait pas plus pour qu’on se fasse coller un ticket de parking devant notre hôtel. Au moment où l’on se dirige vers nos premiers shows de la fin de semaine, le soleil laisse la place à une pluie de type «petites gouttes crachées au gré du vent». Comme quoi le nuage noir au dessus de nos têtes depuis le matin finit par libérer son fiel.

Julien constate qu’il mouille également à la diagonale au driving range du club de golf le Noranda, où Gus Englehorn combat un coriace cocktail météo pour se préserver d’un froid qui pénètre les os. Sa drummeuse, que Dieu la garde, frissonne sous un trenchcoat et bat les tambours pour sauver ses extrémités, implorant la foule du regard de la délivrer de son calvaire. Englehorn, natif d’Alaska et transplanté à Montréal, charmant dans son français cassé, déploie un chant déjanté sur des riffs qui évoquent les belles années du rock indie, façon Modest Mouse ou Wolf Parade. Malgré les conditions, c’est une intro magnifique et l’hypothermie qui guette n’atteint en rien l’immense plaisir qu’on a à voir un premier show en plus de 6 mois.

Gus Englehorn/Photo: Julien Roche

De son côté, Élise se rend au spectacle de NOBRO qui se déroule sous une pluie battante de catégorie «compétition». Voici les cinq raisons pour lesquelles c’était le moment le plus rock du week-end:

1- La chanteuse Kathryn McCaughey se dédie une toune à elle-même. Self-empowerment à son meilleur.

2- La guitariste Karolane Carbonneau chante en poussant un cri assez strident pour réveiller le monstre du lac Osisko.

3- Quand Lisandre Bourdages s’exécute sur les bongos, on oublie que c’est un instrument de hippies à vocation de musique latine.

4- Cette dernière ainsi que Sarah Dion s’échangent les instruments au fil des pièces comme si elles étaient nées avec l’ensemble des talents musicaux que le ciel pouvait donner.

5- Elles poussent un toune sur la cocaïne devant un groupe d’enfants installés au premier rang.

En voulant se lever pour danser à quelques reprises, Élise reçoit ses premières réprimandes. Si elle veut se lever, elle doit mettre son masque. Mais si elle met son masque, elle ne peut pas boire sa cannette de pinot grigio. La situation nous amène à devoir choisir entre la fièvre du rock et le désir de se mettre chaud. C’est pas le genre de décision qu’on est habitués de prendre.

NOBRO/ Photo: Élise Jetté
NOBRO/Photo: Élise Jetté

La route a été parsemée d’embuches, donc c’est à 19h qu’on choisit de manière savante notre premier repas de la journée. Le côté conservateur d’Élise en ce premier soir de festival la pousse à choisir une poutine sans flafla. Un choix que lui reproche sévèrement Julien qui a fait preuve de toute l’audace d’un inconscient en choisissant la poutine au curry, comme s’il n’allait pas regretter cette décision après sa sixième cannette de gin fizz dans deux heures. DÉ-BU-TANT.

Le premier repas de la journée/Photo: Julien Roche

Transit vers Les Shirley, adjacentes à la plage Kiwanis, qui se produisent devant un parterre entrecoupé d’enclos-bulles. Nouvelle réalité, nouvelles difficultés pour ce genre de band d’énergie qui carbure au voltage d’une foule compacte. «Comment on se sent dans vos petits carrés», demande la chanteuse Raphaëlle qui est visiblement fascinée par le concept. Distanciés, mais hardis, parés d’imperméables et de parapluies, les braves spectateurs doivent néanmoins baisser pavillon devant une furieuse averse qui met fin au show et empêche les subséquents Deuxluxes de jouer. «On va prendre une petite pause à l’intérieur, mais vous, je ne vois pas vraiment où vous pouvez aller», annonce Raphaëlle avant de quitter la scène. La zone réservée aux médias, en arrière, est le seul espace légèrement couvert. On se fera rapidement lancer les enfants par dessus une clôture au moment de l’orage. On se serait crus dans un remake de Titanic où l’orchestre cesse toutefois de jouer avant la fin. On croisera la députée locale Émilise Lessard-Therrien, flanquée d’amis et de son dernier-né, se dirigeant vers le show des Deuxluxes qu’ils ne savent pas encore annulé. Leurs mines déconfites au retour symbolisent bien le petit drame de cette première soirée du FME, soirée qui se déroule essentiellement sous le signe de l’intempérie. 

Les Shirley/Photo: Élise Jetté
Les enclos pour le show des Shirley/Photo: Julien Roche
Les Shirley/Photo: Élise Jetté
Les Shirley/Photo: Élise Jetté

On se dirige ensuite vers l’Agora des Arts pour le spectacle de Jesse Mac Cormack. «Vous êtes biens sur vos chaises», demande-t-il, amusé, alors qu’on a vraiment envie de répondre qu’on n’est pas triste d’être assis… on n’a plus vingt ans.

Il nous fait une nouvelle pièce en disant «elle a juste un work title donc je ne vous le dirai pas». L’énergie de son groupe est à un niveau impressionnant après six mois de hiatus. On perd le drummeur pendant une minute au milieu du show et la rumeur veut qu’il soit parti pisser. Les shows en temps de COVID sont vraiment rendus spéciaux…

Jesse Mac Cormack/Photo: Élise Jetté

Il conclut son spectacle en abordant le privilège de faire des shows en ce moment. Une émotion nous traverse alors qu’on pense à notre propre privilège de pouvoir être témoins desdits shows.

Corridor/Photo: Élise Jetté

C’est les souliers pleins d’eau, la petite narine morvant tendrement, que Julien entre au Petit Théâtre du Vieux Noranda. Corridor au programme, deux fois dans la soirée: c’est ici sa place. C’est un dur apprentissage d’exprimer cet amour, bien vissé à une chaise, surtout pour ce band qu’il aime avec une rare intensité. La prestation de 20h est tatillonne; les gars shakent la rouille de leurs guitares en jouant Junior puis Goldie trois fois trop vite, remarquant au passage que la configuration de la salle rappelle la rigidité du théâtre. 

Rebelote à 22 h pour une deuxième prestation identique, plus rodée cette fois, avec une foule plus large et dynamique. Déjà, les boys sont revenus à leur excellence typique. C’est sans gêne qu’on avoue avoir usé de charme et d’un peu de duperie pour que Julien puisse revenir une deuxième fois à ce show… (Note de Julien: Si par malheur ma carrière de journaliste musical se termine par cette faute, ç’aura été pour une cause juste et noble). «Merci au FME d’avoir donné des cigarettes à notre soundman», nous dit Jonathan Personne. «Fais-moi un enfant», lance quelqu’un dans la foule (peut-on vraiment appeler ça une foule dorénavant?). «Ben là, tantôt», répond Samuel Gougoux. Mentionnons au passage le travail de l’artiste projectionniste, baignant la scène de couleurs psychotropes comme s’il voulait fournir un décor en harmonie avec l’état mental des festivaliers.

Corridor/Photo: Élise Jetté

Au début du rappel, il est question de malaria et de vaccin contre la malaria. Clairement, on essaie de détourner notre attention de la COVID et du vaccin contre la COVID.

Corridor/Photo: Élise Jetté

On finit la soirée au Show de Fuudge, mais à cette heure-là, notre capacité d’attention est rendue à un minimum. On se rappelle juste des toilettes et d’une fille qui dit «Moi j’ai déjàa eu une date dans un shpw de Fuudge.» Audacieux.

Le Cabaret/Photo: Élise Jetté

Longue liste du Polaris 2020: ENTREVUE avec la directrice du Prix Claire Dagenais

La longue liste du Prix de musique Polaris a été annoncée ce midi. La nouvelle directrice générale du prix Claire Dagenais, qui a commencé son mandat en mars dernier après avoir travaillé auprès du fondateur Steve Jordan durant dix ans, était accompagnée de 40 artistes nommés dans les années précédentes afin de révéler les 40 albums préférés du jury.

Claire Dagenais, directrice générale du Prix Polaris

On a jasé avec la nouvelle queen du Polaris la semaine dernière.

Comment s’est passée la transition de ton ancien poste vers celui de QUEEN du Polaris?

Je ne sais pas si je m’appellerais la queen (rire). Steve m’avait informée qu’il allait partir et comme j’ai été la première employée, il voulait que je prenne les rênes. J’ai une intuition assez forte quand on doit prendre des décisions importantes et je suis toujours ouverte aux initiatives de parités. J’ai beaucoup contribué au recrutement de juges lorsqu’on a voulu essayer de se rapprocher d’une parité homme-femme, entre autres.

Qu’est-ce que la pandémie a changé dans le processus menant à la liste?

Il a fallu que je garde mes anciennes tâches et que je prenne le rôle de leader en même temps, parce qu’on n’a pas eu le temps d’engager. C’est moi qui prends les décisions finales dans l’organisation, mais je ne suis pas quelqu’un qui croit tout connaitre. J’écoute le jury, j’écoute les experts. Et le jury a vraiment écouté la musique autrement cette année. C’est difficile d’écouter la musique pour ce qu’elle est sans les évènements sociaux qui l’entourent. 

Qui sont ces gens qui ont choisi les 40 albums cette année?

Toi! (Rire) Ça fait quelques années que tu es là! Il y a des nouveaux venus, mais je tiens à souligner le travail des jurés qui reviennent année après année. Ils sont vraiment dévoués, les discussions sont intenses, mais respectueuses et bien recherchées. J’apprends beaucoup à propos de la musique en écoutant et en lisant les suggestions. C’est vraiment une source de découverte axée sur la communauté. Je suis toujours impressionnée par le niveau d’éducation des membres du jury, voir comment les gens écoutent et comprennent les albums et tout ce qui en ressort. Ils sont 201 personnes dans tout le pays. Ils viennent de différents milieux et ils ont des goûts différents. Au total, ils ont proposé 223 albums. J’ai tellement confiance quand j’écoute le jury.

Comment décrirais-tu la liste dévoilée aujourd’hui?

Si on compare la Longue liste d’il y a dix ans à celles qu’on a depuis quelques années, il y a un changement dans l’ambiance générale, les choix sociaux que le jury fait. Au-delà d’aimer ou non un artiste ou un album, j’aime que les membres se questionnent sur les raisons pour lesquelles ils donnent de l’importance à un artiste ou à un autre. Cette année, comme dans les années passées, la musique est une réflexion sur la vie et sur la culture, mais au bout du compte, tous les choix sont des bons albums, et les choix 41 à 80 auraient autant pu faire partie de la liste. Il y a quelque chose pour tout le monde. Chaque personne a au moins un album sur la Longue liste qui va pouvoir devenir son préféré. En contrepartie, si quelqu’un aimait la liste au complet, ça voudrait dire qu’on aurait mal fait notre job.

Comment la remise du grand prix aura-t-elle lieu à l’automne?

On veut vraiment prendre le temps d’organiser quelque chose de spécial pour faire honneur à chaque album et que les 10 artistes de la Courte liste puissent avoir leur moment de gloire pour qu’ils rayonnent auprès du plus grand auditoire possible. Même si les mesures sanitaires vont nous empêcher de faire un gala, on est en train de trouver une manière responsable de faire briller nos artistes.

Voici la Longue Liste des nommés 2020

Allie XCape God

AnachnidDreamweaver

AquakultreLegacy

Marie-Pierre Arthur – Des feux pour voir

BackxwashGod Has Nothing To Do With This Leave Him Out Of It

Badge Époque EnsembleBadge Époque Ensemble

BegoniaFear

P’tit BelliveauGreatest Hits Vol. 1

CaribouSuddenly

Daniel CaesarCASE STUDY 01

Chocolat – Jazz engagé

Louis-Jean Cormier Quand la nuit tombe

CorridorJunior

dvsnA Muse In Her Feelings

Jacques GreeneDawn Chorus

Sarah HarmerAre You Gone

Ice Cream FED UP

Junia-TStudio Monk

KaytranadaBubba

Flore LaurentienneVolume 1

Cindy LeeWhat’s Tonight To Eternity?

Men I Trust Oncle Jazz

Nêhiyawaknipiy

OBUXUMRe-Birth

Owen PallettIsland

PantayoPantayo

Lido PimientaMiss Colombia

Joel Plaskett44

William PrinceReliever

Jessie Reyez BEFORE LOVE CAME TO KILL US 

Riitataataga

Andy ShaufThe Neon Skyline

Super Duty Tough WorkStudies in Grey

U.S. GirlsHeavy Light

Leif VollebekkNew Ways

WaresSurvival

The WeekndAfter Hours

WHOOP-SzoWarrior Down

Witch ProphetDNA Activation

Zen BambooGLU

La Courte liste (10 albums) sera dévoilée le 15 juillet.

Revoyez le dévoilement ici:

TOP 2019 FRANCO positions 10 à 1

Fin d’année = renouveau. Greta Thunberg, notamment, doit se dire que 2019 lui a pas mal soufflé dans l’dos et que 2020 is the one. Nous autres, nos psychologues sont d’avis qu’on vit dans le passé. On n’est pas rendus à la nouvelle décennie. Voici donc la belle musique qu’on a vue naître en 2019: Les positions 10 à 1 de nos albums/EP francophones préférés de l’année.

10 Les sœurs Boulay – La mort des étoiles

La phrase «que restera-t-il de nous après nous?» s’est insérée dans l’année 2019 comme dans une chaussure faite sur mesure. Notre conscience de la suite, notre peur de la fin et notre espérance pour plus beau ont embrassé avec candeur les mots des soeurs Boulay qui ont proposé un troisième album étoffé et audacieux. Sur scène, les arrangements se sont déployés comme de grands navires remplis de possibilités. Il y aura au moins ça pour nous garder au chaud après la mort du reste. (ÉLISE JETTÉ)

9 Philémon Cimon – Pays 

Un album transformatif pour Cimon chez qui a poussé une barbe et une conscience historique, plongeant ici dans le ventre infini du Charlevoix de son enfance. Il pose cette fois son vibrato tout vulnérable sur des histoires situées à l’Isle-aux-Coudres ou au village de Saint-Joseph-de-la-Rive dont il se fait un touchant ambassadeur, appuyé par quelques plumes de la lignée familiale. Soulignons l’apport de Lucile Cimon, grand-mère de Philémon, qui pose sa voix sur Les Éboulements en fermeture. Un album-racines, sorti de manière indépendante, où Cimon jette le pont entre son histoire propre et celle du Pays. (JULIEN ROCHE)

8 Lou-Adriane Cassidy – C’est la fin du monde à tous les jours

Quoi de mieux qu’une magnifique voix, des textes évocateurs et des arrangements efficaces? Sûrement le premier album de Lou-Adriane Cassidy C’est la fin du monde à tous les jours. Sur ce délicieux album, Lou-Adriane nous fait voyager entre l’amour et la mort grâce à une voix puissance. Les textes nous font vaciller dans un amalgame d’émotions qui ne laisse pas dans l’indifférence. Un album qui lui a permis de récolter deux nominations au dernier gala de l’ADISQ. (MATHIEU AUBRY)

7 Maybe Watson – Enter the dance

Que tu sortes downtown ou à Santa Monica avec ta team, Juulie, Heidy ou Pablo Meza, t’as pas le choix d’entrer dans la danse avec ce nouveau projet de Maybe Watson aka Baby. Pour ce dernier Alaclair Solo de l’année, y’a plusieurs bons coups à mentionner. Entre autres, shouts à la websérie homonyme qui aura servi d’outil promo au lancement et props aux fous beats de ce cher Gab Fruits, qui nous donne une solide collabo avec Wats. Les Pokémons n’ont qu’à bien se tenir! (FRANÇOIS LARIVIÈRE)

6 Laura Babin – Corps coquillage

Qu’arrive-t-il quand notre corps devient un coquillage? Non, on n’y entend pas la mer, mais on y entend un son qu’on se doit d’écouter au complet. La nonchalance bien dosée de Laura Babin a su se coller à sa guitare électrique et sa poésie audacieuse. On y a trouvé la fougue au féminin et les arrangements savants qui transcendent le rock pour en faire du doux. À la plage, tout le monde! (ÉLISE JETTÉ)

5 Corridor – Junior 

Ce fou désir de faire du Women en français a mené les gars de Corridor tout droit vers le catalogue de Sub Pop (!) où ils s’offrent d’ailleurs une page d’histoire en s’y produisant dans la langue de Molière. Un peu moins Viet Cong, un peu plus d’Omni dans cet album qui, quoique confectionné dans une relative urgence, s’avère leur plus cohésif et lumineux jusqu’ici. Le dialogue des guitares avec leur jangle signature, tirant davantage cette fois du kaléidoscope que d’une grisaille post-punk, précise les contours d’un rock hypnotique ascendant shoegaze qui, de la West Coast américaine à l’Europe, cumule confortablement les Air Miles. Junior, mais majeur.(JULIEN ROCHE)

4 Jean Leloup – L’étrange pays 

Chaque fois qu’il sort un nouvel album, c’est comme si enfin tout le monde au Québec était d’accord sur un point: on est toujours heureux d’entendre du nouveau Jean Leloup. Avec L’étrange paysJohn TheWolf s’est permis de laisser sa voix et sa guitare sèche bien en évidence, laissant de côté tout arrangement ou enregistrement studio. Même si certaines pistes sont tellement homemade qu’on y entend le bruit d’une notification sur son cellulaire, ça nous rapproche encore plus de l’artiste qu’est Leloup, comme s’il venait chanter dans notre salon le temps d’une couple de tounes. L’étrange pays, c’est comme si t’étais devenu Best Friend avec la vedette la plus cool du Québec. (ELISABETH MOTTARD)

3 Chocolat – Jazz Engagé

D’un rock crasse jouissif qui fonctionne à merveille avec des passages de psych-folk délicats. Jazz engagé c’est un rêve éveillé chaotique qui peut inquiéter, mais dont on veut savoir la fin à tout prix. En fermant les yeux entre deux solos de saxophone, on peut apercevoir Réjean Ducharme, un masque de BDSM sur le visage, en train de faire du body-surfing pendant Raining Blood. Peut-être par accident, mais assurément en s’en foutant, les chocolatiers du rock québécois ont réalisé leur meilleur album. (JULIEN ST-GEORGES-TREMBLAY)

2 KNLO – Sainte-Foy

Quand Amadit est parue au mois de mai 2019, c’était déjà annonciateur de la bonne nouvelle et signe que l’album à paraître allait être générateur de grandes grouillades. Déçu.e.s ne nous fûmes pas. KNLO a mis trois ans à nous offrir du matériel solo après Long jeu. Je ne sais pas pour vous, mais Sainte-Foy a vraiment été la trame de mon été. D’ailleurs on se demande encore pourquoi les radios commerciales ne se sont pas empressées de s’emparer de cette délicieuse galette. En même temps, ça lui confère une espèce d’aura privée. Comme s’il était juste à nous. C’est permis de rêver.(ÉMILIE PELLETIER GRENIER)

1 Laurence-Anne – Première apparition

J’étais au lancement de Laurence-Anne l’hiver dernier et également à son Bye Bye 2019 aux Katacombes ce mois-ci et je reviens sur une phrase que j’ai dite dès la sortie de l’album: il y a quelque chose de grand qui se trouve dans cette Première apparition et on espère qu’il n’y aura jamais de disparition. La poésie de Laurence-Anne est fluide et s’étend d’un bout à l’autre d’un disque dense, mais varié, bercé par la musique d’un band qui équivaut à se promener en voiture de luxe. La singularité de cette apparition n’a pas trouvé d’égal en 2019. C’est une médaille d’or. (ÉLISE JETTÉ)

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FÉDÉRALES 2019: La playlist d’Yves-François Blanchet

À quelques jours des élections, Feu à volonté a utilisé l’apport de ses journalistes d’enquête pour déterminer quelle musique se retrouve sur les playlists des chefs des principaux partis fédéraux. Voici un bon moyen pour l’électeur moyen de choisir son camp avant lundi. Aujourd’hui: Yves-François Blanchet

1 Dr. Strangeluv – Blonde Redhead

Le chef bloquiste s’est offert une cure d’image à l’occasion des débats télévisés nationaux. Les observateurs coast to coast ont noté, même en anglais, son ton professoral voire une dégaine de bon docteur calme et au-dessus de ses affaires. Même au Canada anglais, il s’est exprimé un quelque chose comme de l’amour pour un séparatiste.

2 Deux Par Deux Rassemblés (Remix de Jérôme Minière) – Pierre Lapointe

Qui parle encore de Martine Ouellet? La fougueuse ingénieure s’est cassé les dents en passant au leadership du Bloc. Il paraît pourtant loin, déjà, ce douloureux février 2018 qui a vu 70% de la députation démissionner d’un coup. Blanchet a ramené l’ordre dans le troupeau, et hormis quelques moutons noirs qui auront à se nettoyer la langue, tout le monde marche au pas du chef. (Si l’on conseille le remix de Minière, c’est bien que les sondages indiquent poindre un Bloc redevenu solide comme le roc.)

3 Utopia – Björk

Yves-François Blanchet est ce soldat qu’on envoie au front dans une quête tragique qu’il n’aura jamais le pouvoir d’accomplir. Comment le fait-il? Où trouve-t-il l’élan pour se lever le matin, beurrer ses toasts et porter une nation entière sur son dos? L’utopie est une drogue dure. Espérons que cette envolée de flûte donne des ailes à notre Blanchet national.

4 Anticosti – Catherine Leduc

Blanchet était ministre de l’Environnement dans le cabinet Marois alors que celui-ci a lancé des travaux exploratoires sur l’île d’Anticosti, dans l’espoir (finalement vain) de trouver des hydrocarbures. C’est une épine à son pied et une faille sur son flanc environnemental, mais surtout une source de beef: Anticosti, ce n’est pas un jardin d’Éden, disait récemment le chef bloquiste pour défendre son bilan, soulevant l’ire de John Pineault, maire d’Anticosti. On précise que pour sauver des sous, vaut mieux opter pour la viande de chevreuil que celle de bœuf dans votre prochain séjour sur l’île, quitte à gunner vous-même votre animal – cela rendra service.

5 Nous après nous – Les soeurs Boulay

«Le Québec, c’est nous». C’est aussi s’gunner un chevreuil sur Anticosti et verser quelques larmes après.

6 Western Questions – Timber Timbre

Dans l’hypothèse d’un Bloc ragaillardi au Parlement… Pourrait-on voir une résurgence de sentiments autonomistes à l’ouest? À quand la Ceinture céréalo-gazière Alberto-Manitobaine???

7 The Comeback – Alex Cameron

Blanchet s’est efficacement recyclé en communicateur et analyste politique, notamment au Club des Ex, depuis sa défaite au comté de Johnson en 2014. C’est dans Beloeil-Chambly que se prépare le plus gros comeback politique de l’année.

8 Mal aux mains – Corridor

S’il ne porte pas la nation sur son dos, Yves-François Blanchet doit ben la porter à bout de bras. Ceci place énormément de pression sur les mains, qui doivent agripper solidement pour éviter que le «nous» ne s’écrase en bouillie sur le plancher des vaches, éparpillé en multitude de «moi» sans direction commune.

9 Sortie/Exit – Philippe B

Le chef bloquiste dort d’un sommeil profond et apaisé. Il sait qu’au 21 octobre en soirée, lui et ses candidats auront le plus grand des sourires en sonnant la sortie pour l’essentiel des députés néodémocrates de la province.

10 Pâle cristal bleu – Peter Peter

Je n’ai pas d’enfant à endoctriner, mais si j’en avais un, je le ferais, et je lui apprendrais les choses sous cette forme: Les bleus foncés, c’est les méchants. Les bleus pâles, c’est les gentils.

LA PLAYLIST DE JUSTIN TRUDEAU, ICI

LA PLAYLIST D’ANDREW SCHEER, ICI

LA PLAYLIST D’ELIZABETH MAY, ICI

LA PLAYLIST DE MAXIME BERNIER, ICI

LA PLAYLIST DE JAGMEET SINGH, ICI

Jonathan Personne affiche ses couleurs

Donnant l’impression de retrouver une bande d’amis réunis pour jammer dans un demi-sous-sol, le lancement du premier album de Jonathan Personne s’est déroulé dans une ambiance posée et conviviale à L’Escogriffe, samedi soir.

Sous un plafond de LED rouges, le groupe Bon Enfant monte sur scène dans un élan de percussions saisissant, exécuté par son batteur Étienne Côté (Canailles). Si la formation nouvellement née n’est qu’à son baptême scénique, ses membres n’en sont pas moins expérimentés.

Projet inédit de Daphnée Brissette (Canailles) et Guillaume Chiasson (PONCTUATION, Jesuslesfilles), Bon Enfant compte également dans ses rangs la pianiste Melissa Fortin et l’auteur-compositeur-interprète Alex Burger, que l’on pourra voir dans le cadre de la 23e édition des Francouvertes.

Daphnée Brissette et Guillaume Chiasson (Bon Enfant) / Photo: Zoé Arcand

Le quintette y va d’une bonne demi-heure de folk-rock vigoureux, d’instrumentaux sentis et d’harmonies assorties, au grand plaisir de la foule nombreuse. Alors que des membres de Canailles, Corridor, CRABE et Choses Sauvages, de même que Bernard Adamus et Mon Doux Saigneur sont éparpillés dans le bar, on compte plus de musiciens dans la salle que sur la scène.

Hochant la tête, un verre de bière à la main pour la plupart, les spectateurs semblent apprécier les accents de blues et de country dans les compositions de Bon Enfant, qui termine son set en annonçant la venue d’un album, sans donner plus de détails.

Julian Perreault / Photo: Zoé Arcand

Sous un rayon de lumière dorée, un nuage de fumée remplit tranquillement L’Escogriffe, faisant place à la tête d’affiche de la soirée. Entouré des prolifiques Laurence-Anne (clavier et guitare), Samuel Gougoux (batterie), Mathieu Cloutier (basse) et Julian Perreault (guitare), Jonathan Robert délaisse momentanément le groupe rock expérimental Corridor — dans lequel il est chanteur et guitariste — pour donner vie à Histoire naturelle, le projet solo de son alias, Jonathan Personne.

Jonathan Personne / Photo: Zoé Arcand

Paru le premier février dernier, l’album révèle onze pistes verdoyantes sur fond de guitares criardes. Rock, folk, pop, rétro ou psyché, les compositions sont abrasives, électriques et efficaces. Jonathan Personne et sa bande donnent une performance allègre entremêlée à des intermèdes instrumentaux regroupant un trio de guitares eurythmique.

«Une petite dernière parce qu’on en a pratiqué juste une autre», annone Personne avant de présenter en exclusivité une chanson aux airs de rock ‘n’ roll qui ne figure pas sur Histoire naturelle.

Jonathan Personne / Photo: Zoé Arcand

Bleu de mélancolie, le rock de Jonathan Personne évoque peut-être la fin du monde, mais il a été reçu en toute sérénité à L’Escogriffe. Livrant des textes imagés, l’artiste multidisciplinaire — qui signe également la pochette de son album — s’est révélé tout aussi efficace en solo qu’auprès de Corridor, lors de son lancement, samedi.