ADISQ 2020: survivre à la grande dépression

J’espère que je ne recevrai pas de poursuite d’un regroupement de profs d’histoire en nommant ce qui suit la grande dépression. Et attendez-vous à être déprimés durant votre lecture. Je vous rapporterai quelques moments cocasses pour casser la tristesse ambiante, mais je ne sais pas si ça va être assez. Ça fait longtemps que l’ADISQ est mon moment musical préféré de l’année. Je m’ennuie des années où ma seule déception était celle de ne pas voir mes artistes favoris remporter les Félix. En 2020, ça fait plus mal que ça.

On ne fera pas comme si on n’avait pas passé l’année devant notre écran. Les photos de ce texte sont toutes les photos de ma télé. Quand les choses se passent dans l’écran, il faut parfois se résigner à capturer l’essence même du climat dans lequel on vit. Et c’est peut-être même une mise en abyme que d’illustrer cet article sur le Premier gala et le Gala de l’ADISQ à l’aide de photos de cadrage de télé. Une œuvre dans une œuvre où l’on parle des œuvres de l’année…

Le Premier gala de l’ADISQ

«Il n’y a pas de collègue, pas de public, on n’est pas en direct», nous annonce d’emblée l’animateur Pierre Lapointe muni d’une tenue on ne peut plus au point: moi aussi devant l’imminence de la fin du monde je voudrais qu’on me vêtisse d’objets contondants pour me défendre.

En symbiose avec l’année qu’on vit, l’introduction du gala nous montre une série d’artistes en nomination qui parlent à leur téléphone on qu’on nous sert en montage pixélisé au son inégal. «Moi j’fais pas de musique par exemple», dit  Yannick De Martino, nommé pour Spectacle de l’année – Humour. Inquiète-toi pas, Yannick, on est plusieurs, depuis plusieurs années à se demander pourquoi les Olivier sont invités à l’ADISQ!

Le numéro d’ouverture nous montre le groupe Salebarbes et on a la confirmation que, si on avait été invités, on n’aurait pas été déçus par rapport aux cheveux de Jonathan Painchaud.

Les Hay Babies se joignent à la partie avec les tenues les plus cool qu’on n’a jamais vues de notre vie. L’Internet nous apprendra plus tard que les tenues, elles les ont cousues elles-mêmes. J’ai juste une question, ici: les filles, je peux-tu être une Hay Babies moi aussi? 

C’est toujours avec son adéquate tenue de brontosaure que Pierre Lapointe nous parle de l’augmentation de l’offre des spectacles en Facebook live durant les 8 derniers mois, une offre qui est, selon moi, l’équivalent médical d’un diachylon de Spiderman sur une fracture ouverte de la hanche.

Pierre prononcera aussi les mots que tout le monde va dire et redire en cherchant un sens, en se demandant s’il y en a vraiment un: «notre industrie est à rebâtir».

Et c’est le début de ce que j’appellerai le constat «L’Amérique pleure, pis c’est vrai!» avec le premier trophée décerné aux Cowboys fringants, pour Antipodes, l’Album meilleur vendeur de l’année.

C’est autour d’un feu de camp qui est loin d’être assez chaud pour réchauffer l’âme de la culture Québ que le groupe procède à des remerciements standards. 

L’Album traditionnel de l’année est celui de Salebarbes: Live Au Pas Perdus

On est toujours satisfaits du cuir chevelu de Painchaud et que dire de la moustache à deux étages?

En regardant la salle du Corona où le house band s’exécute, pas de public, je ne peux m’empêcher de dire «bon enfin de la place pour montrer le house band». Sont toujours cachés dans le noir, en arrière d’un décor de Moment Factory, mais LÀ, c’est leur moment. Bravo.

C’est Dominique Fils-Aimé, récipiendaire du prix d’Album Jazz de l’année 2019, qui vient remettre le prix 2020.

C’est Jacques Kuba Séguin et son album Migrations qui l’emportent! Dans sa vidéo de remerciement, il dit: «merci à mes enfants, surtout à ma grande fille Ella». Donc les enfants, si papa vous a toujours dit qu’il n’avait pas de préféré, c’est ici que vos rêves cassent en morceaux. 

«On a été testés par les évènements», dit Jacques. Nous, on espère juste que t’as pas été testé COVID positif.

Le Spectacle de l’année interprète est celui de Véronic Dicaire qui reçoit étonnamment son premier Félix en carrière. Elle parle des 27 personnes qui la suivent en tournée tout le temps. De mon côté, je m’adresse aux 27: «ça roule la PCU?»

L’Album ou DVD de l’année Jeunesse est remis à celui qui ne change jamais de chapeau, mais on espère au moins qu’il le lave de temps en temps: Arthur L’Aventurier et L’aventure au bout du monde en Australie. Une chose est sûre, avec cette vidéo pour enfant, il a visé juste. Si on peut pu jamais aller nulle part, on va au moins aller en Australie avec Arthur. C’est tout ce qu’il nous reste.

Son remerciement contient la phrase que j’ai toujours haïe, mais que j’haïs encore plus en 2020: «Merci la vie».

Depuis le début du texte, je vous épargne quand même pas pire en termes de dépression, mais je dois mettre quelque chose au clair tout de suite: Le Premier gala de l’ADISQ nous montre durant toute la soirée, de petites entrevues avec des artistes d’ici qui nous racontent leur tristesse de ne plus faire de show, leurs remises en question, leurs idées folles de s’ouvrir une boulangerie, un potager urbain ou un magasin de vélos. Tout le monde a l’air d’amorcer sa quatrième saison de dépression saisonnière. Des bands nous disent qu’ils ne se sont même pas vus entre eux, séparés par des zones rouges, jaunes et oranges. Confinés dans les univers virtuels respectifs où les jams ne sont jamais vraiment des jams.

Ça pourrait être déjà assez triste de même, mais les pubs entre les remises de prix, c’est: la fille qui est partie en ambulance pour sa COVID le jour de sa fête, une madame qui a besoin d’une prescription pour ses infections urinaires chroniques, un gars qui tripe tellement sur le porc du Québec qu’il réveille sa chum en pleine nuit comme un sociopathe pour avoir la recette, un couple qui se sépare et qui pleure devant sa fille alors que toute la petite famille marche «sur des œufs» (mais pour vrai là! LE PLANCHER, C’EST DES ŒUFS) pour donner vie à la métaphore «marcher sur des œufs» de la manière la plus triste jamais vue. 

Miro et Sarahmée nous font une prestation agréable. Si l’humeur était à -4, on est rendus à 2 sur une échelle de 1 à Luc Senay.

Corridor s’est fait voler le trophée d’Album rock de l’année qui est rentré à la maison avec les Cowboys fringants pendant que l’Amérique pleurait de cette situation.

Mon seul point dans mon pool de l’ADISQ pour cette soirée-là, je le dois à la talentueuse Alexandra Stréliski qui est l’Artiste québécoise ayant le plus rayonné hors Québec. En guise de remerciement, elle nous sert une vidéo triste où on la voit se balader avec Inscape, son album, dans des rues européennes désertes. C’est ça, en 2020, rayonner à l’étranger. En termes de tristesse, cette scène arrive juste après celle où Kate laisse tomber Léo dans l’eau glaciale en gardant le radeau de fortune pour elle. 

Charles Richard Hamelin remporte son cinquième Félix avec celui de l’Album de l’année Classique soliste et petit ensemble: Chopin – ballades et impromptus.

L’Album de l’année Classique orchestre et grand ensemble est Pulsations d’Angèle Dubeau et la Pieta. «C’est mon 44e album», déclare-t-elle sans dire son âge.

Nomadic Massive monte sur scène juste avant que Flore Laurentienne perde le Félix d’album instrumental de l’année aux mains de Gregory Charles, ce qui suscite chez moi l’envoi de ce genre de message:

Comme j’attends Noël depuis le début de la pandémie (c’est la seule fête qui me rattache encore à un semblant de magie), je suis ravie qu’Isabelle Boulay gagne le Félix d’Album de l’année – Réinterprétation pour En attendant Noël.

L’Album de l’année autre langue est celui de Nikamu Mamuitun et si jamais vous n’avez pas entendu la chanson Tout un village, il faut remédier à ça maintenant, pleurer un peu et se ressaisir comme on peut après.

Pierre présente des prix devant le Mac – sûrement habillé par le MAC aussi, c’est de l’art, ça – avec Roxane Bruneau.

L’Album de l’année country est celui de Patrick Norman qui remercie plein de monde d’être venu à Nashville. Si t’es dans l’industrie pis que t’as pas été invité à Nashville par Pat, je t’invite à te poser des questions.

Le spectacle de l’année Humour est celui de Sam Breton, puis une bourse de 5000 $ est remise à l’un des artistes détenant sa première nomination cette année. On connaissait pas mal tout le monde sur la liste, sauf les gagnants: Le Diable à Cinq.

Le symptôme dépressif s’accentue lors de la pause publicitaire suivante avec des gens habillés en jaune pour parler de beurre de peanut. Je sais que les temps sont durs, mais sont payés combien? Écrivez-moi si vous savez.

Zal Sissokho repart avec le Félix de l’Album de l’année Musique du monde et Elisapie remporte celui du meilleur Spectacle autre langue.

Vous pouvez maintenant détourner le regard si les rencontres Zoom commencent à vous faire vomir dans votre bouche un petit peu. Le Spectacle de l’année anglophone est celui de Patrick Watson qui est présent avec sa gang: unis, mais séparés. 

Comme si l’état psychologique collectif en chute libre avait besoin d’un autre Zoom.

C’est sûrement pour faire remonter l’indice de bonheur des Québécois que P’tit Belliveau arrive. Dans sa vidéo de pandémie, après sa perfo, il dit – deux fois plutôt qu’une – qu’il vit sa vinaigrette. Merci man.

Alicia Moffet et Fouki viennent chanter pour les 18-24, puis le Zoom de Patrick Watson revient avec le prix d’Album anglophone de l’année.

Des feux pour voir de Marie-Pierre Arthur est sacré meilleur album Alternatif de l’année et Choix de la critique.

Entre deux remises de prix, Fouki nous dit que 2020, c’est comme tomber dans une bouteille d’alcool fort que tu ne connais pas, mais tu passes à travers quand même et le lendemain tu ne te souviens de rien. À date, je n’ai trouvé personne qui a eu une meilleure idée que lui.

Alors que les vidéoclips inventifs ont déferlé sur nous plus vite que la COVID l’aurait fait au Bal en Blanc, c’est pourtant un clip qui nous montre une danse en ligne dans un bar de campagne qui a remporté le Félix de Vidéoclip de l’année. L’Amérique pleure, pis c’est vrai.

LISEZ NOTRE ARTICLE PRÉ-ADISQ INTITULÉ «COVID-19: 10 affaires qu’on ne verra pas à l’ADISQ cette année parce qu’on regarde ça à distance» 

Le Gala de l’ADISQ

On a surnommé le gala du dimanche le festival du follow spot sur les toits de Montréal, du moins pour l’ouverture du gala durant laquelle toutes les lumières et les drones de la ville avaient été sollicités. De toute façon, il ne se passe rien d’autre ces temps-ci alors l’ADISQ avait le premier choix.

Louis-José Houde fait son numéro d’ouverture dans un studio de Radio-Canada devant un public aussi nombreux qu’à une messe du dimanche en ces temps où l’astrologie a remplacé la religion. 

Il ne nous présente pas pour autant un numéro approuvé par le clergé, lançant des flèches à tous ceux qui ont été dans les médias pour les mauvaises raisons durant l’année. «Bon qui qui reste? Ceux qui ne sont pas en prison, faites du bruit», dit-il avant de mentionner qu’il pensait être seul avec Renée Martel ce soir étant donné les délits commis en 2020 par les artistes d’ici. «Ce soir, y’aura pas d’hommage aux grands disparus. Sont tous vivants», mentionne-t-il également étant donné que les disparus sont disparus pour des raisons légales et ne sont pas morts, comme dans le bon vieux temps.

«J’ai dit oui pour animer le gala le 12 mars. Je ne pensais pas que ça finirait en PowerPoint», dit Louis-José devant une poignée d’artistes en dépression.

«Les gens veulent faire l’amour, c’est la tendance», dit-il ensuite en faisant des jokes de graines. Émile Bilodeau a l’air de dire «iiiiii va pas là».

Steven Guilbeault, nous fait son petit message de ministre et on réalise qu’il est fatigué comme nous tous. C’est pas comme si le Patrimoine canadien était si prenant ces temps-ci, Steven! Dors un peu!

Louis-Jean Cormier, désormais porteur de chapeau, nous interprète Je me moi, une chanson d’actualité puisque la pandémie nous a inévitablement menés à un repli sur nous-mêmes.

Le premier prix est remis à KNLO pour le meilleur album rap de l’année et tout le monde a un petit malaise cardiaque quand il reste à sa place. Eh oui! Les remerciements se font directement à la chaise du gagnant cette année. KNLO fait des salutations à tout le monde, même à La Mauricie.

Au retour de la pause c’est Marie-Pierre Arthur qui vient chanter Tiens-moi mon cœur et sa perfo est covid-friendly et demeure en mode bulle familiale : c’est son fils qui danse.

Louis-José y va d’un petit numéro sur la deuxième job que pourrait occuper chaque artiste: «Lisa Leblanc, elle pourrait être n’importe quoi pis ça serait l’fun. Broder un napperon, changer ta fournaise. Je la truste dans toute. C’est l’inverse de Kaïn. Eux j’les truste dans rien. C’est sûrement des bonnes personnes, mais ça m’a pas l’air porté sur le deadline

Robert Charlebois vient présenter le prix d’album Adulte contemporain. Il en profite pour dire à Louis-José qu’il le trouve drôle avec cette expression, jamais entendue avant, que l’on va désormais adopter: «Tu me fais pacter».

Assez troublant, dans cette catégorie, d’entendre back à back Yé midi kek part de Kaïn, puis Tatouage de Pierre Lapointe. On ne s’imagine pas que c’est possible comme adversaires. 

C’est le rebaptisé «Jean-Louis Cormier» qui gagne.

Eli Rose et Marc Dupré nous proposent un duo improbable, puis Louis-José fait des jokes sur la consommation de drogue des artistes, notamment en leur annonçant que la cocaïne coûte désormais trop cher pour leur budget en mode PCU.

L’Album folk de l’année est L’étrange pays de Jean Leloup.

Après, je me demande vraiment pourquoi la Révélation de l’année est présentée par Mazda. T’as pas de char quand t’es Révélation de l’année.

Installée en mode «piano bar» sur un piano de plus de deux mètres de long pour respecter les règles, la Révélation de l’année 2003 Ariane Moffatt présente un numéro d’intro avec Louis-José puis c’est la Révélation 2019, Alexandra Stréliski qui présente Eli Rose, la gagnante, qui est surprise pour vrai et qui se vide de ses larmes sous les recommandations d’Alexandra qui la réconforte à l’autre bout de la salle, à une distance de type «autre indicatif régional téléphonique».

L’Album pop de l’année est celui de Marc Dupré. On a ensuite droit à une bonne pub sur la gestion de patrimoine avec un homme pour qui c’est une passion, la gestion de patrimoine.

On apprend aussi qu’il est possible de louer un chauffe-eau.

Puis le meilleur numéro de 2020 est celui présenté par Anachnid, Flore Laurentienne et Matt Holubowski. Un trio bien pensé et bien distancé comme seule 2020 est capable de le faire.

Louis-José rit du mot «RÉINVENTER» avec raison, alors qu’on a passé les huit derniers mois à regarder les shows les plus tristes au monde sur Internet.

Robert Charlebois repart avec le Félix du meilleur Spectacle auteur-compositeur-interprète. «Avec Ben Dion, adieu les problèmes de son», dit-il pour remercier son soundman. J’aimerais ça le rencontrer, Ben. Il remercie également Louise Forestier. «Louise, 50 ans d’amitié! La prochaine fois qu’on va chanter La fin du monde, ça va être une chanson bubble gum comparé aux horreurs qui nous affligent.» En fait, il aurait probablement été plus adéquat de dire: la prochaine fois qu’on va chanter La fin du monde, ça va l’être pour vrai.

Je me demande si ce Félix pourra être remis l’an prochain même si on aura eu 4,7 semaines de shows au total durant l’année et aucune véritable tournée.

On a ensuite droit à une pub de vin d’épicerie et à une autre pub qui nous montre une fille qui fait du lavage, mais que son linge pue pareil. Le clou du spectacle publicitaire: une pub de fuites urinaires qui a jouée six fois durant la soirée. Rien pour te permettre de fuir tes problèmes…

La vie d’écran, ça permet de faire un medley de Pauline Julien, au siècle dernier, qui chante avec Pierre Lapointe aujourd’hui, puis Isabelle Boulay, sur scène, qui chante avec une Monique Leyrac en noir et blanc.

Profiter du fait que notre vie est désormais virtuelle pour faire un medley qui mêle deux siècles différents: je dis oui.

Kent Nagano présente le prix Artiste autochtone de l’année en mode vidéo dans une pièce avec autant d’écho qu’un sous-marin. Elisapie l’emporte et fait un touchant discours qui est le seul que le chronomètre sonore ne coupera pas.

La Chanson de l’année est L’Amérique pleure des Cowboys fringants. Le groupe nous livre le mensonge du jour dans ses remerciements: «Merci d’avoir joué nos tounes à la radio et beaucoup de musique Québ durant toute l’année». NOPE.

On assiste ensuite à l’une des pubs les plus tristes depuis celles des banques alimentaires: une pub de banque avec Deux par deux rassemblés de Pierre Lapointe version piano en noir et blanc qui nous montre des travailleurs de divers milieux qui ne vont pas s’en sortir durant la crise sanitaire.

L’Auteur-compositeur de l’année est Louis-Jean Cormier, le Groupe de l’année est Les Cowboys fringants

Isabelle Boulay, qui était là pour le numéro avec Pierre Lapointe plus tôt n’est pas là pour la remise du prix d’Interprète féminine de l’année dans laquelle elle est nommée.

ÉTAIT-ELLE EN HOLOGRAMME TANTÔT? Ou est-elle allée se coucher avant sa catégorie?

C’est la grandiose Alexandra Stréliski qui remporte la statuette. «J’ai trop bu de Bulles de nuit», dit-elle comme si elle était à O.D. à l’autre poste. Elle aborde une fois de plus la douceur, parce que c’est pas mal juste ça qu’il nous reste cette année. «J’ai hâte de vous revoir à côté de ce cauchemar», ajoute-t-elle. Nous aussi.

Émile Bilodeau est l’Interprète masculin de l’année et il fait son discours, écrit sur une feuille quadrillée sans lever les yeux. Voyons, Émile! T’as pas appris ton exposé oral!

Il termine par «Vive le Québec libre!» pour faire plaisir à sa date: son petit frère, mais aussi, avouons-le, pour se faire plaisir à lui-même. Et en cette année sans plaisir, qui serions-nous pour juger ce comportement?

Louis-José Houde termine avec la phrase la plus 2020 possible: «Y’a tellement de Purell dans’ place que tout le monde est stérile».

À l’image de la musique durant la dernière année, l’ADISQ était là malgré tout. Mais les trous dans la salle, semblables aux trous dans les salles de spectacles (lorsqu’elles sont ouvertes) nous amènent à croire de moins en moins à de plus en plus de choses. Les derniers VRAIS shows, non-distancés, qu’on a vus au début du mois de mars dernier nous semblent déjà anachroniques. Approcher les autres, sans masque, que ce soit pour dire bonjour ou pour faire un mushpit, est une idée complètement déjantée, illusoire et probablement passible d’une amende. 

La musique est la solution à beaucoup de sentiments négatifs. Espérons qu’elle saura nous faire passer à travers la grande dépression.

Boskorgï: prendre le plaisir sérieusement

C’est dans une salle peu illuminée du Datcha, autour d’une bouteille de rosé, qu’Antoine Bordeleau et Thomas B. Martin discutent de Jazz Pranksters, Boskorgï et Mortal Kombat.

Boskorgï/Photo: Dominic Berthiaume

Thomas raconte leur rencontre sept ans plus tôt: «on s’est connus bien avant de partir Boskorgï, à Québec en 2012. On s’est rencontrés à travers la scène marginale et on fait partie des gens qui ont aidé à partir le Pantoum.» Le début de leur coopération musicale à Montréal, elle, est survenue grâce à une connexion bien différente selon Antoine: «on s’est vus une couple de fois parce qu’on s’est dit que ça serait cool de jouer à Warcraft 3». L’histoire s’est poursuivie avec l’achat d’instruments: un synthé Korg pour Thomas et un Boss échantillonneur pour Antoine. En combinant les noms des eux instruments, ils en sont venus à Boskorgï, cimentant ainsi leur duo musical.

Une combinaison d’ingrédients curieux

Boskorgï est un duo assez unique dans la contre-culture montréalaise. Créé par les deux amis de longue date, le style devient sur cet album une union du jazz et du hip-hop, passés dans un blender décoré par la pop d’un synthétiseur. Ce son particulier peut être expliqué par les nombreux groupes et styles qui ont influencé le style déjanté de Boskorgï. Antoine relate d’abord les influences hip-hop: «personnellement, j’ai toujours été un gros admirateur de hip-hop très minimaliste, des trucs plus purs et assez raw». Thomas renchérit: «on s’est aussi beaucoup rejoints autour de ce que fait Mndsgn (prononcé mind design) qui a vraiment précisé nos achats de vinyles». Il explique aussi comment le style de la city pop japonaise est récemment devenu une de leur source majeure d’inspiration: « c’est de la musique très cheezy, typique des années 80 où l’intention était de faire de la musique western sans connaître les codes. En improvisant, ça donne des détails malades.» Pour Antoine, le style de slap de basse présent dans la city pop japonaise les a tellement enchantés qu’ils ont voulu l’incorporer dans leurs chansons.

Travailler en s’amusant

Boskorgï n’est pas seulement défini par ses influences. Le résultat est plus qu’un collage de styles funky. Jazz Pranksters, démontre avant tout leur désir de s’amuser en expérimentant. «Ce qu’on fait, ce n’est pas vraiment du jazz, d’où le titre Jazz Pranksters, dit Antoine. C’est quand même une influence importante: il y a beaucoup d’improvisation, de solos et de one take, pour beaucoup de tracks, on s’est mis à les aimer avec leur petit côté croche». «Dans l’idée de Jazz Pranksters, il y a le fait que moi je n’ai aucune formation musicale et je viens avec le squelette de la plupart des chansons», renchérit Thomas. Selon les deux membres, les chansons de Jazz Pranksters sont généralement plus basées sur un sentiment ou un mood que de la théorie: «croche, mais croche égale», affirme Thomas.

Généralement leur processus de création démarre avec une idée de chanson de Thomas qui sera ensuite reproduite par Antoine. Les deux vont ensuite travailler ensemble pour lécher la chanson en rajoutant des passes de guitare et de synthé. Thomas s’occupera ensuite d’ajouter un beat engageant pour tenir le tout ensemble. Leur processus de création comporte aussi un ingrédient secret: les sessions de Mortal Kombat ou de Dragon Ball Fighter Z entre les pratiques, deux des jeux vidéos préférés des deux artistes.

À travers la création de Jazz Pranksters, Boskorgï a aussi pu compter sur la participation de plusieurs connaissances musicales. Entre autres, l’auditeur pourra entendre la voix d’Ariane Moffatt accompagnée par la mélodie rêveuse de Speakeasy et Hubert Lenoir groovant sur la chanson titre de l’album.

Pour finir, il ne faut pas oublier que Boskorgï a passé le stade de groupe adolescent jouant dans le garage du père d’un des membres. Les deux musiciens ont dépassé l’étape de l’émergence. Ils font de la musique pour la simple et bonne raison qu’ils aiment ça. «On fait ça parce qu’on aime ça et si jamais ça devient pas le fun… et bien on va aller jouer à Mortal Kombat jusqu’à ce que ça le redevienne», conclut Antoine.

Le Premier Gala de l’ADISQ: trash métal et père Noël

En arrivant au MTelus mercredi soir, la première personne qu’on a vue, c’est le père Noël. Certains diront que c’était Nicolas Noël pour sa nomination dans la catégorie Album ou DVD Jeunesse pour Les livres des enfants du monde, mais dans tous les cas, il nous donnait vraiment envie d’aller nous assoir sur ses genoux pour demander un Xbox. Voici notre retour sur le pré-party-de-Noël-de-l’Halloween-de-l’industrie-de-la-musique.

Le père Noël/Photo: Élise Jetté

Le numéro d’ouverture nous donne d’abord la chance d’applaudir très fort et en même temps Pierre Lapointe, Voivod et Éric Lapointe. La dernière fois qu’on a vu autant de diversité, c’est dans les pubs du NPD.

«Maman et papa Voivod, ça fait quatorze albums qu’ils sortent (depuis 1982)», explique Pierre Lapointe, à ceux qui n’auraient pas été élevés dans le merveilleux monde du trash métal.

Pierre y va ensuite d’un résumé de la dernière année qui contient notamment ceci:

«Cette année, Yannick Nézet-Séguin a signé un contrat à vie avec l’Orchestre Métropolitain. Qui fait ça?», demande Pierre Lapointe, ahuri devant ce mariage civil orchestral. 

Il explique ensuite aux novices-nommés «comment ça marche», le party de dimanche prochain: le Gala de l’ADISQ. Il dit entre autres que la soirée peut finir :

a) dans un bain avec Ariane Moffatt

b) en apprenant à fumer du pot avec Luc De Larochellière

c) etc.

C’est dans cet esprit qu’il énonce son fantasme du party de l’ADISQ de dimanche prochain: «Loud est assez réservé. Ça lui ferait du bien de sortir de sa coquille. Si quelqu’un peut le faire partir un petit train sur la piste de danse…», demande Pierre.

Quand À Jamais de Ginette Reno est couronné Album – Meilleur vendeur, Tout le monde attend impatiemment le commentaire sexu-cochon de Mme Reno. C’est son style. 

«Pierre, tu sais comment je t’aime», dit-elle plutôt à l’animateur de la soirée. Ginette aurait-elle troqué les jokes de cul pour les remarques d’amour? Est-elle en train de devenir plus sérieuse avec l’âge? On espère que non. 

La famille d’Alaclair Ensemble est le Vidéoclip de l’année. Dans la salle de presse, les boys s’envoient des «c’est toi qui me fais briller», «non, c’est toi qui me fais briller». C’est plus doux que vous pensez le rap.

Alaclair Ensemble/Photo: Élise Jetté

La moitié des gars suggèrent que le chèque octroyé avec le trophée sera réinvesti dans un autre clip. L’autre moitié affirme que ça servira à payer les couches et le CPE.

«Jamais vu quelqu’un payé aussi cher pour une chemise grise», disent les gars à propos du vêtement de Maybe Watson.

Délivrance d’Éric Lapointe est l’Album rock de l’année. «J’ai chaud», annonce Éric en montant sur scène.

Le duo qui monte récupérer le trophée d’Album ou DVD jeunesse pour La course des tuques est vraiment heureux. Ils disent le mot «extraordinaire» onze fois.

Extraordinaire duo/Photo: Élise Jetté

Ines Talbi frôle l’anévrisme en récoltant deux prix pour le projet La Renarde, un hommage à Pauline Julien: Spectacle de l’année – Interprète et Album réinterprétation. «Sophie Cadieux m’a prêté une robe. Salut Ginette Reno», dit-elle alors qu’on l’empêche de savourer son deux minutes à grands coups de «bip-bip-bip» de sortie de scène. Au moment de la photo en salle de presse, le groupe crie «Pauline» au lieu de «sexe». Il y a tellement de respect ici.

La Renarde/Photo: Élise Jetté

Le Black bloc vient faire une perfo de Safia Nolin, puis c’est le moment de remettre le trophée d’Album traditionnel de l’année.

Safia?/Photo de télé: Élise Jetté

C’est Notre album solo par Le Vent du Nord et De Temps Antan qui l’emporte. «Ce qu’on fait, c’est votre musique nationale», déclare-t-elle. Ce sont eux les responsables du retour en force du Bloc. Pas Éric Lapointe.

Le Vent du Nord et De Temps Antan/Photo: Élise Jetté

Charles-Richard Hamelin ne laisse aucune chance à personne en musique classique et repart avec les deux statuettes (Classique soliste et petits ensembles et Orchestre et grands ensembles). C’est vraiment un gars avec qui il fait bon être «ensemble». «Il est bien conservé pour son âge», remarquons-nous alors qu’il monte sur scène au moment où on dit que Beethoven gagne pour Sonates pour violon et pour piano no. 6, 7 et 8

L’Album jazz de l’année est celui de Dominique Fils-Aimé. Puis Alexandra Stréliski part avec le Félix d’Album instrumental de l’année. «Aimez-vous donc», dit-elle en fin de discours.

Alexandra Stréliski/Photo: Élise Jetté

Pierre Lapointe revient sur scène pour expliquer aux novices comment faire une invasion de domicile pour créer l’after-party de l’ADISQ. Fallait être là pour avoir le truc.

Souldia passe Go et réclame 5000 $ pour avoir été le préféré parmi ceux qui sont nommés pour la première fois.

Quand on remet le prix d’Album country de l’année, tout ce qu’on remarque, c’est qu’un album (qui n’a pas gagné) s’appelle Quand on s’est rencountry.

Paul Daraîche et sa famille gagnent le trophée. 

Millimetrik s’en retourne avec le prix d’Album électro et Simon Leblanc gagne le prix d’humour du gala de musique.

Jesse Mac Cormack/Photo: Élise Jetté

Florent Vollant s’exécute puis Jesse Mac Cormack gagne Album de l’année – anglophone pour Now. «Ça va être beau dans mon studio. Criss. Merci. C’est cool», dit-il.

Hubert Lenoir/Photo: Élise Jetté

Les remerciements de Milk and Bone pour Spectacle anglophone de l’année sont exécutés par Pierre Lapointe juste avant qu’on dise à Hubert que c’est lui qui a le plus rayonné hors Québec cette année. «Ça fait deux secondes que je suis dans le paysage, donc merci», dit-il. En salle de presse, il rangera cérémonieusement son trophée dans sa mallette d’homme d’affaires plutôt que dans sa bouche.

La mallette/Photo: Élise Jetté

Rapadou Kreyol de Wesli est l’Album de musique du monde de l’année et The Ballad of The Runaway Girl d’Elisapie est le meilleur Album – autre langue, un trophée qui fait réellement tomber tous les stigmas (?)

Wesli/Photo: Élise Jetté
Elisapie/Photo: Élise Jetté
Les Louanges/Photo: Élise Jetté

L’Album alternatif de l’année et le Choix de la critique, c’est La nuit est une panthère de Les Louanges, un album qui n’est pas facile à prononcer pour le Canada anglais comme on a pu le constater durant toutes les étapes du Polaris. «J’ai trouvé sur ma route un autre Félix. Félix Petit», explique Vincent Roberge, reconnaissant envers le gars qui l’a aidé à faire son album.

«Bravo à tout le monde aussi», s’exclame-t-il avant de quitter la scène. Tout le monde, tout le monde? Merci, Vincent. On va le prendre. Et bon anniversaire.

FÉDÉRALES 2019: la playlist d’Elizabeth May

Ça fait des années qu’Elizabeth May s’implique en politique et au sein des mouvements écologistes, communément appelés «les maudit hippies sales». Ça a l’air que la cheffe du Parti vert du Canada aime pas ben ça, la politique, mais elle le fait pour la planète. Pour nous. Merci madame May pour votre persévérance. C’est sûr qu’à force de crier, quelqu’un va finir par vous entendre. Espérons seulement que ce soit avant que la fin du monde arrive pour vrai. Dans cette situation, c’est compréhensible que vous ayez besoin de cette douce playlist qui est la vôtre. C’est bien, il y a des façons très faciles d’apprendre le français, notamment l’application Duolingo, mais écouter du Marie-Mai, ça fait bien l’affaire aussi.

1 8 secondes Les Cowboys Fringants

Il n’y a pas que vous qui sonnez l’alarme depuis longtemps. Il y a les Cowboys Fringants qui rament dans le même sens que vous, Eli. Mais ramez vite, la rivière s’assèche. 

2 Poussière d’ange Ariane Moffatt

«Tu ferais une super maman, mais pas maintenant», qu’elle dit Ariane dans cette toune. Parce que comme vous le savez, Madame May, c’est important pour une femme de décider du moment où elle choisira de devenir mère – ou non. Hein, vous le savez?!?

3 ApocalypsoLouis-Philippe Gingras

Sur des airs tropico-groovy, Louis-Philippe nous rappelle que l’apocalypse est peut-être moins loin qu’on le pense. Cela dit, je pense que vous seriez heureuse, Eli, de la connaître telle que Louis-Philippe l’entend. Imaginez s’il pleuvait des chats et neigeait des seins! HOW FUN!

4 XO Tour LIif3 Lil Uzi Vert

Une piste de Lil Uzi Vert s’imposait parce que, comme son nom l’indique, il joue lui aussi dans la ligue des militants écologistes. Vous l’avez l’affaire!

5 Qui prendra ma placeMarie-Mai

Rien ne sert d’aller plus loin. Les paroles de la chanson parlent d’elles-mêmes.

Les âmes sensibles s’abstiennent
Et les plus courageux reviennent
Dans l’espoir qu’on se souvienne
Prier pour éviter un destin incertain
Si l’instant
Menacé par le temps
Change les vents
Qui prendra ma place en suivant mes pas
Effaçant mes traces et ma voie

6 J’en ai plein mon cassÉmile Bilodeau

Il dit qu’il en a «plein son cass de l’hi-voère», êtes-vous sûr que c’est pas un climatosceptique, lui?

7 La fin du mondePhilippe Brach

C’est pas un peu comme tourner le fer dans la plaie d’écouter ça, Eli?

8 Sk8ter BoiAvril Lavigne

J’ai tenté de trouver une explication à celle-là, mais sans succès.

9 PhotographNickelback

Franchement, après ça, j’ai tout simplement arrêté de chercher.

LA PLAYLIST D’YVES-FRANÇOIS BLANCHET, ICI

LA PLAYLIST DE JUSTIN TRUDEAU, ICI

LA PLAYLIST D’ANDREW SCHEER, ICI

LA PLAYLIST DE MAXIME BERNIER, ICI

LA PLAYLIST DE JAGMEET SINGH, ICI

FÉDÉRALES 2019: la playlist d’Andrew Scheer

La campagne électorale tire à sa fin. Le plus meilleur pays au monde, comme aimait tant nous le répéter Jean Chrétien, se couchera le 21 octobre avec un nouveau dirigeant. Au cours des derniers jours, Feu à volonté s’est amusé à imaginer ce qui joue dans les oreilles des chefs des partis fédéraux. Aujourd’hui, nous passons au crible les choix musicaux du chef conservateur, Andrew Scheer.

1 Poussière d’angeAriane Moffatt

Encore une fois, un homme veut prendre des décisions à la place des femmes et les empêcher de choisir librement. Pour se rassurer dans ces convictions, il se laisse bercer par la douce voix d’Ariane Moffat:

«Juste au mauvais moment
Une poussière d’ange t’es tombée dedans
Tu ferais une super maman, mais pas maintenant, non pas maintenant.»

2 Faites-moi une pipeline !JiCi Lauzon

Homme des sables bitumineux, il n’est pas surprenant d’entendre Andrew Scheer souhaiter un pipeline transcanadien. Comprendra-t-il le jeu de mots ici?

3 Les palmiers brûlent dans la nuit feat. Yes McCanLary Kidd

«J’ten 4×4 sur la lune, j’ten 4×4 sur la lune». Voici le projet objectif lunaire du chef conservateur. Vive les chars! Les palmiers de la forêt amazonienne brûlent, il s’en sacre, c’est trop loin pour l’affecter.

4 La chasse est ouverte – Les vulgaires machins

Quoi de mieux qu’une petite partie de chasse entre boys blancs autour d’une belle Coors Light?

5 La moraleDubmatique

La foi religieuse vient de pair avec la morale religieuse pour Andrew. Mais connait-il la morale de la rue?

6 Marijuana – Monon’c Serge

Il y a un an, le cannabis était légalisé au Canada. Andrew Scheer est en plein bad trip depuis ce temps.  

7 1979 The Smashing Pumpkins

Des informateurs en stage chez Urbania m’ont affirmé que le premier show auquel Andrew aurait assisté en était un des Smashing Pumpkins. Nous voilà bien surpris chez Feu à volonté.

8 Jingle de Maxime Bernier

Revirement en fin de campagne, les conservateurs auraient engagé une firme pour discréditer le Parti populaire de Maxime Bernier? La ritournelle du Beauceron vient encore une fois les hanter. Le Canada étant un pays bilingue, on vous a trouvé une version sous-titrée en anglais.

9 Chez Maxi et Cie – Michael Perry / DJ Iron Ben

La classe moyenne, la classe moyenne, la classe moyenne… Elle a le dos large cette fameuse classe moyenne. Et elle l’achète où son baloney, cette tranche de la population? Chez Maxi. Ben oui, Maxi.

10 Pendant que tu fais de la poudre aux toilettes – Navet Confit

Pas mal certain qu’Andrew cache un côté trash derrière l’image d’homme droit qu’il projette. Fera-t-il un André Boisclair de lui-même? Je l’espère.

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L’explosion de l’échelle de Richter par LaF

«Un tremblement de terre doit être traumatisant» – Pas mal de monde

En effet, c’est une catastrophe naturelle que nul n’a envie de vivre. Quand on y pense, c’est une secousse de la croûte terrestre. Oui, la Terre a une croûte bien épaisse. Cette secousse est tellement intense qu’il en résulte une immense quantité d’énergie dans la lithosphère (couche externe solide de la Terre). Cette énergie crée le séisme.

Je n’ai jamais vécu de tremblement de terre intense (knock on wood), mais un vendredi soir d’octobre, je me suis retrouvée les deux pieds sur une croûte bien tremblante pendant deux bonnes heures. Retour sur le lancement du tout premier album officiel Citadelle du groupe LaF au Théâtre Fairmount.

J’entre dans la pénombre aux effluves d’houblons du Théâtre Fairmount tout en contemplant cette salle déjà pleine. Je regarde autour – comme tout bon humain qui entre dans une salle de spectacle – et soudainement je sens de basses fréquences d’ondes sismiques me chatouiller les chevilles. La tension monte. Le Théâtre Faimount est en préparation pour ce qui s’en vient. Le Théâtre Fairmount est en prédrink. Le Théâtre Faimount se bâtit un refuge. Le Théâtre Fairmount se fait faire un brushing.

Planet Giza réchauffe la foule et surtout le plancher. Eh oui, le plancher (la croûte) a besoin d’un bon réchauffement. Un peu comme notre corps avant un entraînement de cross fit. Un ‘tit jogging de 15 minutes pour un humain pré-cross fit & un ti set d’environ 1 h de Planet Giza pour un réchauffement de salle. Chacun son combat, tu comprends?

Planet Giza / Photo: Marielle Normandin Pageau

LaF monte sur scène aussi rapidement que la tension. Ils commencent avec Blanc qui se trouve à être la première chanson de l’album.

Le groupe en quart de siècle nous donne de l’énergie dès la première chanson. Le public chante les paroles à tue-tête. Ça a tout pris pour me rendre en avant afin de prendre une photo.

Ma tentative de prendre une bonne photo de proche / Photo: Marielle Normandin Pageau

Le groupe enchaîne avec Hélium, la deuxième mélodie de Citadelle. Et  ensuite arrive Avalanche, qui est la troisième chanson. Pas obliger de vous décrire l’ordre du reste des chansons. Dois-je? Il y a d’autres choses davantage importantes que je voudrais aborder avec vous aujourd’hui.

Avant de nous performer Tour du monde, Mantisse, portant son t-shirt de Choses Sauvages,  nous demande si nous sommes prêts à chanter et que si on ne chante pas «on lui a menti». Je te dirais que selon ce que j’ai entendu pendant la performance, y’a pas grand menteurs dans place.

Sur scène, on a eu un saxophoniste, un guitariste (Clément Langlois-Légaré), Franky Fade qui a sauté sur scène pour Rencontre fortuite, Vince James pour Nos roues et Ariane Moffatt qui a chanté avec eux une track que vous pourrez éventuellement entendre. Pas tu’ suite. Une collaboration qui en enchante plusieurs.

Ariane Moffatt se trouve à être une vraie fan de LaF. À la fin de sa performance, elle nous mentionne que nous n’avons pas fini d’entendre parler de ce groupe. #cute parce que c’est bien #vrai.

La foule none-stop / Photo: Marielle Normandin Pageau

Le plancher du Théâtre Fairmout atteint des niveaux de tremblements de croûte que je n’avais jamais encore expérimentés dans cette salle. Me demande si le milieu de la salle va devenir un sinkhole. Une chance que non. Cependant pour ceux qui veulent expérimenter un sinkhole, vous pouvez vous rendre en Californie.

Just doin’ their thang / Photo: Marielle Normandin Pageau

BLVDR aux platines nous livre tous ses beats de manière impeccable. J’ai un feeling que ce dude était hyper organisé au secondaire. Il gardait clairement son agenda très propre, il y notait tous ses devoirs et en temps libre il écoutait du Tupac et/ou du Souls of Mischief et écrivait des bouts de leurs lyrics dans ses cahiers de notes.

Chaque membre de LaF a son rôle. Ce rôle est hyper bien défini entre eux. Ils sont différents et se complètent. Le travail que les gars ont mis sur cet album est palpable. La Citadelle dans laquelle LaF évolue semble être une terre très fertile pour la synergie créative qu’ils développent présentement. Je ne suis pas la seule à avoir hâte à la suite.

Pis leur merch est trop swell. Check it out.

Festif! 2019 JOUR 2: vendre du rêve et chasser les horcruxes

C’est vers 8h bien tapantes que la deuxième journée du Festif! débute, avec des techniciens un brin zélés qui décident de tester les speakers avec une grande sélection mp3 de leur cru.

Par Élise Jetté et Julien Roche

Se faire blaster la Trololo song de Eduard Khil autour de 8h15 le matin, c’est un réveil qui fait grincer quelques dents chez les campeurs du gîte TerreCiel.

De passage aux toilettes, Julien croise bien des gens qui partagent le what-the-fuck suspendu à son visage. Élise, activée par ses trois heures de sommeil, sort de la tente en bobettes pour s’exprimer.

Sara Dufour/Photo: Élise Jetté

Sara Dufour prend la scène autour de 11 h en nous partageant d’abord sa passion pour l’amour et les petits moteurs, et blâme candidement ses ex d’avoir manqué de gaz pour la suivre, elle qui «tire fort avec son petit deux-temps». À ce moment, nos tentes sont environ exactement le sidestage.

Le sidestage/Photo: Élise Jetté

Sans doute inspirés par Dufour qui a longtemps cassé son espagnol au soundcheck, on se commande des huevos rancheros au resto qui font une job correcte.

Laurence-Anne/Photo: Élise Jetté

Direction Laurence-Anne au bout du Quai Bell. La marée basse souffle une whiff algue & sel qui nous rappelle qu’on est loin de Montréal.

Laurence-Anne’s band/Photo: Élise Jetté

Y’a quelque chose des algues qui va bien à Laurence-Anne. Y’a beaucoup de floral chez elle, en fait – les tatouages, le champ lexical, la pochette de Première apparition. Tout son band porte les couleurs jaune et mauve de son incroyable outfit des Lakers du West Island. La foule est encore un peu endormie, mais la funk aquatique de C’est un virus arrive à délier les jambes.

Un band qui a compris la thématique/Photo: Élise Jetté

Devant une foule en milieu de vie et vendue d’avance, Ariane Moffatt chasse les nuages et fait briller le soleil…. un peu trop même.

Ariane Moffatt/Photo: Élise Jetté

Pour une première fois de ce Festif, le soleil sort son calibre maximal et on en paie les frais. Les quelques génies qui ont eu la bonne idée d’écouter le spectacle en flotteur, en kayak ou bien le cul dans la rivière profitent d’un rafraîchissement qu’on jalouse beaucoup.

L’un des fils d’Ariane, lui, n’est pas impressionné.

Not impressed/Photo: Élise Jetté

Ce gars-là tente par tous les moyens de voir le show sans payer.

Retour au coeur du festival dans la chaude chaleur chaleureuse pour retrouver Comment Debord et son funk tendre, tantôt soul, tantôt disco. Le groupe décide de casser beaucoup de nouvelles tounes. Il n’y a qu’un seul EP enregistré à se mettre sous la dent, mais la bande fait un spectacle comme si un album s’en venait. Comme si un album s’en venait? Hé ho, comme si un album s’en venait?

Comment Debord/Photo: Julien Roche

Julien se laisse gagner par un petit stress en apprenant que son nom n’est pas sur la liste des choyés qui pourront voir Bleu Jeans Bleu directement sur l’eau. L’activité nautique est sold out depuis belle lurette pour avoir le luxe de vivre le tout assis dans une trip. 

Bleu Jeans Bleu/Photo: Julien Roche

On inscrit gentiment son nom sur la liste de réserve en attendant qu’un no-show lui permette de se faufiler… Mais une fois sur les lieux, il trouve facilement le moyen de marcher dans l’eau (ou sur l’eau, tel Jésus). Tout compte fait, le bonheur est grand, les jarrets dans l’eau, libre d’exister sans gilet de sauvetage. Bleu Jeans Bleu envoie les hits. Cette nouvelle scène, installée pour le 10e anniversaire du festival est facilement dans notre top 3 du week-end.

La foule aquatique/Photo: Julien Roche

Avant même le rappel, Claude Cobra est dévêtu pour faire une bombe…. Pour mieux revenir sur le stage, essuyé par son équipe à la vitesse d’un arrêt aux puits au circuit Gilles-Villeneuve. 

Le comité santé et sécurité de Feu à Volonté vous déconseille cependant de sauter à l’eau et de revenir sur une scène électrifiée.

Stéphanie Boulay/Photo: Élise Jetté

Stéphanie Boulay et Safia Nolin sont les hôtesses d’un plateau double au Germain question de vivre, grâce à l’air climatisé, un choc thermique digne d’une infusion corporelle dans la glace sèche.

C’est l’émotivité de Steph Boulay qui nous capte en premier, notamment avec la dernière chanson, Je pourrai plus jamais, destinée à son neveu et durant laquelle l’enfant de Bianca Gervais pousse un petit cri cute d’enfant. Toute est dans toute.

Safia Nolin/Photo: Élise Jetté

Safia est en formule full band avec notamment Joseph Marchand qui prend pas de break pantoute, lui qui était sur scène avec Ariane Moffat le même jour.

Joseph Marchand/Photo: Élise Jetté

Safia nous raconte qu’elle a acheté 40$ de bonbons dans une confiserie alors qu’elle n’aime pas ça tant que ça les bonbons. Un enfant dans la foule est jaloux. «Un jour tu auras 18 ans et tu pourras t’acheter tes propres bonbons», dit Safia.

Safia Nolin/Photo: Élise Jetté

Pomme se joint à elle pour Lesbian Break Up Song qui parle d’«être lesbienne et avoir le coeur brisé.» Safia tente de nous voler des punchs de Stranger Things et nous donne aussi le punch du Roi Lion: «Mufasa meurt au début».

Elle invite également son ami Philémon Cimon «un joyau de Charlevoix» pour la chanson Le chien le coq et le cheval tirée de l’album Pays de Philémon. «Il a vu mes fesses tantôt», dit Safia en parlant de son ami qui manque de timing pour rentrer dans une loge.

Safia et Philémon/Photo: Élise Jetté

En fin de spectacle, Safia avoue qu’elle n’a jamais eu de bouteille d’eau sportive comme celle distribuée durant Le Festif. «J’ai le goût de faire comme les joueurs de hockey», dit-elle en mimant de se splasher la face d’eau.

Elle demande à son public de lui offrir ce dont elle a été témoin au show d’Éric Lapointe:

Puis elle conclut en disant «C’est l’fun de voir que les gens s’intéressent encore à la musique triste francophone». C’est vrai, ça. Quand elle annonce la dernière chanson du rappel, une petite fille derrière moi dit à sa mère «C’est sa dernière chanson. Il faut bien l’apprécier». C’est encore vrai, ça.

Sur la route du retour, on croise un artiste qui s’adonne à la peinture d’un entrejambe féminin au coeur du festival.

Noune sur toile/Photo: Élise Jetté

Notre soirée se termine par une quête que l’on pourrait comparer à celle de la collecte des horcruxes dans Harry Potter 7. Dans l’histoire qui nous occupe, les horcruxes sont des indices qui mènent au feu de camp/show secret du Hangar 29. Au bout de la quête: un show de Geoffroy.

Une enquête sur Google Maps nous guide vers un point sur la carte situé à 24 minutes de marche du centre-ville. Déterminés, nous suivons la rue principale, puis nous traversons une autoroute et nous remettons nos vies en question dans une cour lugubre et déserte de Super C adjacent à un Dollarama. Le festival mis en scène dans le film Midsommar vous semble terrifiant? Avez-vous déjà cherché Geoffroy dans une cour déserte de Super C?

On passe 48 minutes à se demander si on l’aime tant que ça, Geoffroy. Puis, chaque fois qu’un élément du décor fait en sorte qu’on pense avoir trouvé un indice de présence ou un semblant de répit, on crie: YES! ON EST ARRIVÉS. Devant l’évidence qu’on n’est pas arrivés, Julien devra souvent se repentir en disant: «Désolé. J’essaye juste de vendre du rêve.»

Sur la route, on croise 6 vomis. En voici deux.

Vomi 1/Photo: Élise Jetté
Vomi double/Photo: Élise Jetté

À notre retour de la quête qui, si on continue le comparatif avec Harry Potter 7 aurait fait en sorte que Harry serait mort, on se réconcilie avec ce qu’il nous reste de vie avec les Vulgaires Machins.

Ils offrent une performance survoltée, mais après notre grande excursion, on a les jambes un peu trop molles pour renverser le capitalisme.

On finit donc le tout dans un nuage de cannabis au show de Fouki. Le public est tel qu’on se croirait à la jonction de la 15 et la 40 à 17h un lundi.

On termine notre soirée avec Bob au bar clandestin. Non, on n’a peur de rien.

Bob

LISEZ NOTRE RÉCIT DU JOUR 1

Le buffet: Anemone nous donne la nourriture de notre enfance

Chaque semaine, on vous envoie la dose de nouveautés locales qui ont potentiellement passé sous votre radar la semaine passée. C’est un gros buffet à volonté avec plein d’affaires: servez-vous.


Très gouteux, le son d’Anemone. Un petit goût de rétro, de revenez-y, de on-y-a-été-mais-on-en-reviendra-jamais-vraiment. Un souper qui gâche a posteriori vos soupers du passé. Quand vous allez dans le fond de la Memory Lane.

Emilie Kahn a dévoilé un nouveau clip pour Will You? La question, c’est allez vous? Allez vous? Allez vous l’écouter en boucle? Oui, sûrement.

Les Petites mains préciseuses, il faut les couvrir de mitaines quand on est dans le Grand Nord, ou encore lorsqu’on regarde le plus récent d’Ariane Moffat réalisé par Chloé Robichaud.

Expérience très sensorielle chez Ghostly Kisses. Le clip s’appelle Touch, on s’appelle Ghostly. On goute les Kisses. On l’écoute. On regarde le clip. Titillez mon odorat et on a un 100%.

Y’a quelque chose de rassurant dans la musique de Jeffrey Piton. Quelque chose de chaleureux. J’habiterais dedans. J’appellerais ça ma maison. Si tu vois ce que je veux dire.

C’est très d’adon qu’ils se soient rencontrés au Cégep, les musiciens de Dans Brume, parce qu’ils étaient probablement dans l’état éponyme de leur band, le Cégep étant ce qu’il est.