Mourir à petit feu (de Rammstein) au Rockfest

Je reviens du Rockfest, que je visitais pour la toute première fois, et devrais m’en remettre tranquillement pas vite d’ici la prochaine édition. Montebello m’aura offert une fin de semaine bien occupée, fidèle à sa réputation. Comme vous vous en doutez, les dérapes auront été fort nombreuses. J’ai donc décidé de dresser un portrait plus global du festival dans les lignes qui suivront, tout en relatant tout de même au passage les quelques rares moments dont je me souviens les shows qui m’ont le plus marqué!

J’arrive au Rockfest jeudi soir vers 18 h, après avoir fait pas loin de trois heures de route dans le trafic avec un char plus ou moins efficace. Le temps de récupérer mon laissez-passer, je me rends compte que je suis déjà en train de rater la première des deux prestations de Jérémy Gabriel, un incontournable assuré. Je décide donc de tout simplement lancer mon stock de camping dans la forêt près de mon terrain pour gagner le site principal à la course. J’arrive alors qu’il ne reste que deux chansons, soit une reprise de Don’t Stop Believin’ de Journey et notre chanson préférée à Feu à volonté, I Don’t Care. Le public, déjà bien torché, s’en donne à cœur joie, allant même jusqu’à monter un violent wall of death durant l’interprétation sentie du hit. Ça donne le ton à ce qui suivra.

Je quitte peu après la prestation, le temps de retourner à mon terrain de camping et de monter ma tente, une décision éclairée vu que je n’aurais clairement pas réussi à le faire deux ou trois heures plus tard… Je reviens rapidement, juste à temps pour attraper les dernières chansons du solide Bernard Adamus. Même si la Saint-Jean ne se déroulera que deux jours plus tard, on sent bien l’esprit patriotique de notre Fête nationale planer sur le site du Rockfest. Parce que quoi de mieux pour célébrer notre Québec qu’une couple de milliers de personnes ben torchées qui varge dans la bouette, hein!?! Dommage que Parizeau n’ait jamais pu y assister de son vivant. La soirée se déroule par la suite assez bien et de façon particulièrement tight pour un festival de cette envergure. Ça m’étonnera tout le long de mon séjour.

Points marquants du jeudi:

Jérémy Gabriel, pas Koriass, Robert Charlebois qui m’a fait pleurer en chantant Lindbergh, la caliss de grosse averse qui a noyé ma tente dès le jour 1.

Parce que oui, il a plu qu’el criss vers la fin du jeudi soir. J’étais déjà rentré à ma tente à ce moment, mais semblerait-il que le show des Cowboys Fringuants a même dû être retardé. C’est donc fort d’une nuit de 45 minutes sur des bancs de char inconfortables et vêtu de vêtements humides que je me lève vers 9 h vendredi matin.

Le temps de déjeuner au Four Loko, je me mets tranquillement pas vite en chemin vers le site, marchant entre des corps morts dans les parcs et des flaques de vomi un peu partout dans la rue, pour être sûr de ne pas manquer l’hommage à Watatow et D-Natural. C’est assurément une bonne décision parce que je me retrouve seul devant la scène Tony Sly à 11 h pour assister à la probante reprise de la chanson-thème de l’émission par l’actrice porno Vandal Vyxen et ses acolytes en fluo. Suivront ensuite trois chansons de D-Natural et une section varia nous présentant des covers de Limp Bizkit et autres Cypress Hill chantés notamment par un dude avec une grosse horloge Corona comme pendentif. Du génie bien ficelé.

Vandal Vyxen fait une entrée fluorescente au Rockfest. / Crédit : Mathieu Aubre
Vandal Vyxen fait une entrée fluorescente au Rockfest. / Photo: Mathieu Aubre

Trois minutes plus tard, c’est au tour du groupe Ta Mère de fouler les planches du Rockfest. Ils offrent une courte prestation de quelques-unes de leurs meilleures chansons, tous vêtus de robes. Je trashe allègrement sur du Mario Pelchat, mais je reste un peu sur ma faim: pas entendu Le temps des cathédrales en live. Les festivaliers commencent à arriver peu à peu, l’averse venant de se terminer, et je décide de quitter, le temps d’aller sécher ma tente et dormir un peu.


Je reviens à temps pour attraper les dernières chansons du mythique Wu-Tang Clan, auquel je ne m’intéresserai toutefois pas autant qu’il l’aurait mérité. C’est que juste après suivra la performance de Metalord et du Petit Jérémy sur la scène Headrush avoisinante et je décide de m’y rendre en avance afin de tâter le pouls de la foule:

«- Toi, t’es pour ou contre Jérémy Gabriel métal ?

– Complètement contre. Ça a pas d’affaire à se passer au Rockfest, ça. Moi je pense qu’on devrait jamais mêler pop pis métal. Je m’attends à ce qui se fasse calisser des canettes de bière dans la face.»

«Pour ou contre les apparitions du Petit Jérémy au Rockfest ?

– Fucking pour. À date, son show de la Saint-Jean, c’est ce qui m’a le plus fait rire en fin de semaine.»

«T’as pensé quoi de la prestation de Jérémy ?

– Bah, on dira ce qu’on voudra, mais il chante quand même juste, même si ça reste de la marde, ce qu’il chante.»

Fin de la conversation

Le show commence, alors que plusieurs membres du public scandent «Mike Ward» de concert. C’est le groupe de Québec Metalord qui entame le tout, avec du vieux métal bien gras. La performance est honnêtement très bonne, même si elle se fera tout de même totalement éclipser par la reprise de I Don’t Care version métal, qui viendra conclure le show. Je considère dès lors ma fin de semaine rentabilisée.

La pluie aura su rendre le site du Rockfest particulièrement propre. / Crédit : Mathieu Aubre
La pluie aura su rendre le site du Rockfest particulièrement propre. / Photo: Mathieu Aubre

Un début de soirée un peu flou s’ensuit, duquel je n’ai retrouvé qu’un enregistrement de moi qui dit «On oublie souvent à quel point AFI c’est de la caliss de marde», et je reviendrai finalement à mes esprits pour le show des Offsprings. Qu’on tripe ou pas sur leur musique, il faut quand même avouer qu’ils offrent des très bons spectacles avec constance dans un mood de party. Le genre de chose que tu veux voir dans un festival et que je suis heureux de retrouver pour une troisième fois, et ce, même s’ils jouent toujours les mêmes chansons depuis quelques années. Enchaînant les hits punk-rock qui les a fait connaître et les quelques tracks plus deeps au passage, le groupe originaire de la Californie reste fidèle à ses habitudes de bon animateur de foule et je ressors bien satisfait. Suivra ensuite, sur une note moins mythique, un show de Deadly Apples auquel je prêterai une oreille assez peu attentive en allant remplir mes réserves de bouteilles d’eau un peu plus loin sur le site.

AFI/Photo: Alexandre Duhamel-Gingras
AFI/Photo: Alexandre Duhamel-Gingras

C’est finalement à Rammstein, la principale tête d’affiche de l’édition 2017, de conclure la soirée sur la scène principale. Même si je n’aime pas particulièrement la musique des Allemands, on m’avait déjà parlé en bien de leurs performances scéniques et je décide d’aller au moins voir quelques chansons. Le tout commence avec un énorme rideau noir, sur lequel s’affichera un compte à rebours dans les minutes précédant le début du spectacle avant de tomber majestueusement sur un fond de feu d’artifice. Ça fesse déjà fort. Lâchant un simple «Bonjour» poli en arrivant sur scène, la bande de Till Lindemann se lance dans l’interprétation de ses classiques et je comprends rapidement pourquoi le groupe est si renommé et que je ferais bien de rester jusqu’à la fin.

Rammstein/Photo: Alexandre Duhamel-Gingras
Rammstein/Photo: Alexandre Duhamel-Gingras

C’est sur une scène reformée à 100% pour s’adapter à leurs éclairages parfaitement coordonnés, que le groupe offre un spectacle dont je ne pense jamais revenir. Ils sont équipés de plusieurs machines diverses visant principalement à crisser du feu, des confettis et des feux d’artifice partout. Alors que le guitariste est muni d’un instrument lance-flammes, le claviériste joue par moments sur un orgue qui lance de la boucane et le chanteur s’envolera finalement pendant la dernière chanson avec de gigantesques ailes de métal qui crache, elles aussi, du feu. Sans (presque) parler – trois très courtes interventions en français en presque 1 h 30 de spectacle!– , le groupe aura offert le show le plus tight et intelligent au niveau de la scénographie qu’il est possible d’imaginer. Je passerai les trois heures suivantes à ne reparler que de ce moment en marchant dans un Montebello déjà assez bien saccagé.

Points marquants du vendredi:

Metalord, les flaques de bouette dans lesquelles je patauge avec allégresse en gougounes, The Offsprings, le feu infini de Rammstein.

Le réveil de cette dernière journée de festival est assez difficile. Après trois courtes heures de sommeil, je décide d’aller déjeuner avec des amis à l’autre bout de la ville. À force d’attendre que tout le monde se lève, je finis par manquer avec énormément de tristesse l’apparition de Louis-Paul Gauvreau. On quitte plutôt vers 11 h 30 pour aller voir Anti-Flag qui offre un réveil assez solide. Le groupe punk, qui amorçait au Québec sa tournée nord-américaine estivale, semble bien en forme et heureux de se présenter devant nous, même s’il ne cessera de saluer Montréal tout au long du set.

Leur force est visiblement la musique, pas la géographie. Notons aussi leur très cool cover de Should I Stay or Should I Go des Clash qui me fera bien danser. On profite par la suite du seul spot avec un peu d’ombre et de bonne odeur: la tente Pizza Pizza. On y écoute tranquillement August Burns Red qui nous torche les tympans. Un set vraiment solide, même si je ne compte pas en réécouter régulièrement. Je me déplace ensuite, question de me calmer un peu les nerfs, vers le show de Pup, excellente formation canadienne qui attirera un bon public même si elle se produit sur une petite scène.

August Burns Red/Photo: Alexandre Duhamel-Gingras
August Burns Red/Photo: Alexandre Duhamel-Gingras

Je quitte ensuite brièvement, le temps d’aller me rafraîchir un peu, vue la température élevée de la journée, et je reviens à temps pour attraper la fin de Eagles of Death Metal et le début de la prestation de Reverend Horton Heat. Le trio présente un show solide, mais malheureusement devant un public assez réduit. Les Texans en feront également sourciller plus d’un, vu le caractère un peu marginal et rétro de leur musique psychobilly. Je quitte peu avant la fin pour retourner au stage principal, où Good Charlotte vient présenter sa musique au facteur involontairement lol bien élevé. Sur une bonne brosse de Rockfest, c’est un show bien à propos.

Le temps de faire une entrevue avec un dude déguisé en Jésus et des vidangeurs de toilettes, de manquer à ma plus grande tristesse Megadeth, d’aller souper et de regarder des ambulanciers tenter d’aider un gars avec des mains pleines de sang et une conscience visiblement en vacances, je suis de retour sur le site pour voir un peu d’Exterio. L’après-midi bat des records de pertinence à date, et je me dis que le show, que j’avais déjà vu au Desbouleaux Fest l’an dernier, est toujours pas devenu meilleur depuis… Quoi de mieux pour introduire les excellents Alexisonfire sur la scène principale, hein!?! Le groupe canadien donnera un sans-faute à ses fans très nombreux sur le site, devant une série de moshpit un peu effrayants à regarder pour les porteurs de sandales. Ça fait changement des shows cutes de Dallas Green dans les églises de Sainte-Thérèse, mettons. De mon bord, je me permets un seul trash dans la boue pour This Could Be Anywhere In The World, ma préférée du groupe (et la préférée d’une bonne partie du public qui chante les bouts plus calmes en chœur).


Prochain spectacle sur ma liste: At the Drive-In. L’alcool faisant un peu trop bien sa job, je décide toutefois de faire un vox-pop interminable et particulièrement con avec des membres du public plutôt que d’écouter le show. Dommage parce que j’en recevrai de bons commentaires le lendemain! Arrive finalement le moment que j’attendais avec le plus d’impatience dans toute cette fin de semaine: Queens of the Stone Age! Le groupe, qui ferme la grosse scène, vient nous présenter principalement des pièces de Like Clockwork pour mon plus grand plaisir, l’album étant vraiment génial à la base. Si l’ouverture sur Song for the Dead (si je me trompe pas) offre une belle continuité avec les shows précédents, je constate quand même des réactions un peu mitigées dans le public: même si la troupe de Josh Homme n’a sélectionné que ses hits qui brassent ou se dansent le plus, la musique n’est pas assez violente pour certains membres de l’audience. Personnellement, j’ai énormément de plaisir quand même à observer une performance bien rodée et à découvrir un peu de nouveau matériel du groupe au passage. C’est sûr que c’est pas Rammstein, mais ça reste un bon show quand même.

Par contre, celui que je trouverai le plus intéressant à regarder en ce samedi soir, c’est Iggy Pop, sur la scène Jagermeister. Ne faisant pas ses 70 ans et étant toujours aussi dénudé du haut du corps, le pionnier de la punk enchaîne ses hits, repris par des musiciens talentueux. Si QOTSA marquait par une exécution carrée et rodée au quart de tour, on sent plutôt un certain laisser-aller contrôlé chez le groupe qui accompagne Iggy, surtout du côté des solos et des interventions. La présence scénique hypnotique du principal intéressé reste également à souligner et conclura de très belle façon la portion musicale du festival pour moi. La portion festive se poursuivra encore pendant quelques heures, par contre…

Points marquants du samedi:

Anti-Flag, August Burns Red, Alexisonfire, Queens of the Stone Age, Iggy Pop.

Au final, le Rockfest, c’est quoi? Une ville saccagée par plein de cons? Des policiers qui s’en sacrent à un niveau record? Un rassemblement de food-trucks offrant du gras à perte de vue? Une occasion de faire beaucoup de drogues en vidant toutes les épiceries du village de leurs réserves d’alcool cheap?

Le Rockfest, c’est un peu tous ces clichés à la fois, mais ça demeure vraiment professionnel côté organisation en offrant des spectacles de grande qualité, même s’ils sont parfois niaiseux ou très kitsch. Et si on dresse parfois un portrait peu reluisant et stéréotypé de son public, il reste, dans bien des cas, fort sympathique. C’est donc une belle fin de semaine mouvementée dans la bouette et la poussière que j’ai déjà hâte de revivre l’an prochain.

City And Colour – The Hurry and the Harm

city-and-colour-The-Hurry-and-the-Harm

On sent que Dallas Green a mis tous ses efforts pour construire un album plus riche, plus travaillé que ses précédents efforts.

city-and-colour-The-Hurry-and-the-Harm« I don’t wanna be revolutionary / No, I’m just looking for the sweetest melody », chante Dallas Green sur la pièce Commentators (qui se veut en quelque sorte un bon jab en pleine tronche de tous ces critiques musicaux, professionnels, mais surtout amateurs, comme celui que vous êtes en train de lire). À l’écoute de ces paroles, j’ai dû repenser la façon dont je critiquerais cet album. Car jusque-là, je me disais justement que City and Colour continue à se plaire dans un style convenu, une recette qui lui a valu un bon succès populaire au fil de la dernière décennie, mais qui manque certainement de piquant lorsqu’on en est à son quatrième album solo. Sauf que cette pièce prouve qu’il s’assume complètement, et c’est tout à son honneur.

J’étais de ceux qui avaient nettement mieux aimé son dernier effort, plus diversifié au niveau des instrumentations, que ses deux premiers, où on se morfondait sans arrêt dans de tristes mélodies. The Hurry and The Harm confirme en partie l’évolution entamée avec Little Hell en 2011. Exit le simple combo de la guitare acoustique et de la voix langoureuse. City and Colour, maintenant pleinement investi à son projet solo depuis que son groupe post-hardcore Alexisonfire n’est plus, construit de bien meilleure façon ses chansons, les agrémentant de percussions, de guitares électriques, de claviers et même d’orgues. Je suis un peu surpris que l’on doive se réjouir de tels ajouts sur un album de folk-rock, mais dans le cas de City and Colour, le changement est le bienvenu.

Cette plus grande richesse au niveau de l’instrumentation vient aussi du fait que Dallas Green s’est entouré d’une belle palette de collaborateurs pour la production de ce The Hurry and The Harm. Jack Lawrence (The Raconteurs, The Dead Weather), Bo Koster (My Morning Jacket), et le batteur Matt Chamberlin (Pearl Jam, Fiona Apple), entre autres, ont su assaisonner les mélodies et les arrangements de brillante façon. Bien sûr, on retrouve encore la touche emo-folk dont les fans de la première heure pourront se satisfaire. La pièce Paradise constitue en ce sens à un retour aux sources, où il chante langoureusement, accompagné de sa guitare acoustique, ces belles paroles quelque peu cheezy : « I’m searching for a paradise / That I just can’t seem to find / I’m searching for a paradise / For the time of my life. »

On est encore dans les thèmes très personnels, où on se plaint de la vie et de ses problèmes. C’est en effet très rare que l’on va retrouver du soleil dans les pièces de City and Colour, et ce dernier album n’en fait pas exception.

L’évolution est palpable, néanmoins. On sent que Dallas Green a mis tous ses efforts pour construire un album plus riche, plus travaillé que ses précédents efforts. Les treize pièces, on le sent, ont été plus recherchées, autant dans l’instrumentation que dans la construction couplet-refrain-couplet. Même s’il y a encore un certain sentiment de répétitivité, on ne peut pas, au final, avancer que l’on se lasse de sa voix profonde et de son jeu de guitare simple, mais efficace.