Le Spectacle spectral de Klô Pelgag: meilleur que Star Wars

Ça faisait plus d’un an que j’avais mis les pieds dans un cinéma au moment où je suis arrivée au Cineplex pour voir le Spectacle spectral de Klô Pelgag, un show que vous pourrez visionner ce soir à 20h dans le confort de votre foyer.

Spectacle spectral/Photo: William Arcand

Je le sais, ça fait 13 mois qu’on vous invite chaque semaine à gauche et à droite à vivre dans le confort de votre foyer des affaires que vous aviez l’habitude de vivre en public. Pour ne parler que de Klô, je me rappelle notamment des Francos en 2018, un spectacle durant lequel je m’étais installé les bases d’un cancer du poumon de fumée secondaire auprès d’un spectateur trop proche qui fumait sa vie. Durant ce concert, je pouvais lire les textos d’une fille qui parlait de sa vaginite et j’avais aussi assisté à des recherches infructueuses d’amis à travers une foule dense… Des retrouvailles qui n’avaient jamais lieu dans une foule parce que des humains étaient trop collés les uns sur les autres. C’était dans une autre vie ou quoi?

J’ai également souvenir du lancement de L’étoile thoracique, au Club Soda en 2016, quand Klô avait demandé à son public de s’étendre au sol le temps de former une galette immense d’humains. «Ça a été l’fun 17 secondes», avait alors déclaré un jeune homme grognon qui aujourd’hui ne se ferait probablement pas prier pour entrer en communion physique avec d’autres personnes sous forme de biscuit humain.

Donc, il est clair que, depuis un an, quand on vous demande de docilement profiter de la musique qui vous fait vibrer, tout en ne quittant jamais le divan dans lequel vous passez vos journées, vos soirs, vos nuits, vos vies… ben c’est clairement pas le projet qui vous emballe le plus. C’est précisément la raison pour laquelle vous avez besoin du Spectacle spectral de Klô Pelgag réalisé par Laurence Baz Maurais. C’est que tout ce qui vous manque pour que ce soit l’fun: les amis, le gin tonic trop petit, la chaleur humaine, la clope du voisin, l’amour, les applaudissements, le coucher de soleil sur la Place des Festivals, l’odeur de la boucane et les hot-dogs du Pool Room à la sorite… tout ça est remplacé par une réalisation qui nous donne l’impression d’y être et une histoire qui nous laisse croire qu’on fait partie d’un film de science-fiction à grand déploiement. Et la musique est encore là: belle et grandiose au centre de l’oeuvre.

Klô Pelgag et ses musiciens, aussi nombreux que les personnages pourvus de sabres laser dans Star Wars, interprètent des chansons du plus récent album de Klô, Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, ainsi que de nombreuses pièces des deux albums précédents qui prennent un sens nouveau au coeur de cette année tumultueuse. Insomnie nous enracine davantage dans cette année pandémique ou personne ne dort vraiment. La phrase «je veux te toucher à tous les jours» dans Le sexe des étoiles nous rappelle drôlement que ça fait un an qu’on ne touche plus à personne. Mon visionnement de ce spectral évènement m’a donné le frisson facile.

Et par-dessus tout ça, il y a l’histoire racontée. Emmanuel Schwartz interprète un employé désabusé de bureau gris qui se tape une solide dépression (comme nous tous, soyons francs) en travaillant (probablement à l’Agence du revenu du Canada) quand tout à coup, des zombies du fun vêtus d’habits protecteurs anti-COVID jaunes ouvrent un tunnel magique du plaisir pour le convertir à la joie musicale simple et belle. Ce n’est pas un spectacle en présentiel, c’est plus que ça. Le produit cinématographique que ce show représente nous est offert comme un petit jet d’espoir au coeur des jours de la marmotte qu’on enfile depuis mars 2020.

Si jamais vous n’êtes pas encore convaincus, voici quelques mots-clés que j’ai notés durant la projection du spectacle: poulet frit, musiciens costumés en suits de nudité poilue, smash the cake grandeur nature pour adulte, Étienne Dupré qui fait le mort avec des fleurs dans la barbe 10/10, trio de choristes de type «Cadillac» avec Laurence-Anne, N Nao et Lysandre, pauvre Élise dans Für Élise qui se fait pleuvoir dessus en chantant comme à la fin de Quit Playing Games With My Heart.

Je conclurai en disant que ça ne serait pas une mauvaise idée de tous nous procurer les habits jaunes des figurants (dont fait partie Philippe Brach qui casse les locaux de l’Agence du revenu à la fin du film) afin de pouvoir reprendre notre vie normale dès aujourd’hui. My two cents.

Le Spectacle spectral est présenté en Amérique du Nord, ce soir, 23 avril à 20h. Les billets sont ici.

Les 10 affaires qu’on a enfin pu vivre grâce à Dumas en présentiel

Dumas/Photo: Élise Jetté

Le Théâtre La Tulipe ouvrait ses portes bien grandes dès le premier soir de reprise des shows en zone rouge, vendredi pour le spectacle Le cours des jours de Dumas. J’étais censée voir ce spectacle en octobre dernier après une première carence de plus de 7 mois, rassasiée uniquement par un détour à Rouyn, début septembre, pour le FME. Puis toutes les portes des salles ont été verrouillées à nouveau pour presque 6 mois. Pendant la pandémie, l’expérience des fervents de musique live fut similaire à celle vécue par les célibataires qui ont l’habitude d’essayer de rencontrer l’amour dans la vraie vie: ils ont constaté qu’en ligne, c’est moins l’fun. Et ce, même si sur Internet on peut dater/regarder un show pendant qu’on est aux toilettes. Il y a des points positifs qui ne peuvent juste pas accoter la vraie vie…

Dumas/Photo: Élise Jetté
Le cours des jours est l’album qui a donné son véritable envol à Dumas. Ses premières chansons plus commerciales s’y trouvent et c’était donc une idée de génie, l’automne dernier, de sortir une version vinyle de l’objet musical tant convoité par plusieurs. L’ouverture du spectacle se fait avec une extrait d’archive de Musique Plus où l’on voit Claude Rajotte parler de l’album avec beaucoup d’enthousiasme tout en disant que que l’album a un «potentiel commercial», mais que c’est quand même un «grand mot», d’affirmer ça. Évidemment le succès de Dumas après cette déclaration de 2003 suffit à donner raison à Rajotte sur le «potentiel commercial» et tort sur le «grand mot». C’était pas un grand mot pantoute. C’était un très petit mot.
Dumas/Photo: Élise Jetté
Parmi tous les mots que la pandémie a fait ajouter à notre vocabulaire, «présentiel» est celui que j’aime le moins, mais j’étais vraiment contente de l’utiliser sans me fâcher lorsque j’ai décidé d’aller voir Dumas en présentiel.
J’étais même pas fâchée de faire la file à la pluie, comme si on était en mars 2020 et que je devais acheter du papier de toilette.
En file/Photo: Élise Jetté
J’étais pas habillée adéquatement pour ça, mais faut me comprendre, ça fait un an que je regarde des shows juste en bobettes.
Pas prête/Selfie: Élise Jetté
Voici 10 autres constats: les choses que j’ai vécues à ce spectacle et que je n’avais pas pu vivre depuis longtemps.
Dumas et son band/Photo: Élise Jetté
1 J’ai réalisé que la pandémie n’a pas duré assez longtemps pour qu’on répare le Théâtre La Tulipe et/ou qu’il va falloir en faire beaucoup, des shows post-pandémie pour que les salles aient assez de cash pour pas tomber en morceaux.
La Tulipe dans un sac de vidange/Photo: Élise Jetté
2 La basse est un instrument complet que lorsqu’on peut l’écouter en personne. On ne réalise pas à quel point une chanson est différente quand elle fait trembler un peu nos organes.
3 Entendre des gens qui tapent des mains, c’est une habitude qui se perd et ça fait frissonner sur un pas pire temps quand on entend des applaudissements longs et chaleureux dans la vraie vie. Seule affaire: vu que le public est réduit et que les spectateurs sont saupoudrés un peu partout dans la salle, taper des mains sur le beat, ça devient nécessaire. On le repère vite, celui qui casse le rythme. En mode COVID, ça va être d’autant plus important de réussir à taper des mains comme il faut, la gang.
Les gens qui applaudissent/Photo: Élise Jetté
4 L’effet d’une boule disco ça se ressent juste en vrai. Les petites étoiles de lumière qui se déposent à nos pieds, telles des lucioles, ça joue sur l’ambiance et l’effet «wow» de cet item ne passe juste pas à travers l’écran.
Les effets de la boule disco/Photo:Élise Jetté
5 Je sais que c’est pas prudent de se lever pendant le show à cause du virus, mais je pense qu’il faudra solidifier les chaises si on est pour danser assis de même encore longtemps. Ça swinguait pas mal.
6 Des gens heureux, ça faisait longtemps qu’on avait vu ça. «On sent que ça avait le goût de jouer, cet orchestre-là», a d’ailleurs déclaré Dumas quand son batteur s’est élancé ben trop vite alors que le chanteur avait encore le goût de jaser avec son public.
Dumas, un gars heureux: 
Dumas/Photo: Élise Jetté
Jocelyn Tellier, un gars heureux:
Jocelyn Tellier/Photo: Élise Jetté
François Plante, un gars heureux:
François Plante/Photo: Élise Jetté
Vincent Réhel, un gars heureux:
Vincent Réhel/Photo: Élise Jetté
Jean-Phi Goncalves, un gars heureux, même les yeux fermés.
Jean-Phi Goncalves/Photo:Élise Jetté
7 Beaucoup de gens aiment chanter en même temps que leurs tounes favorites. J’en fais partie. En dessous d’un masque, tu peux te tromper dans les paroles pis personne ne s’en rend compte!
Selfie/Élise Jetté
8 On dirait que les horaires des nouveaux shows tiennent compte du fait qu’on n’est pu vraiment capable de se coucher après 22h ou de tenir l’alcool. Le bar est fermé et tout le monde est parti à 20h30.
9 Même si on est en présentiel, on doit encore vivre les moments d’amitié sur Messenger. J’étais assise seule sur mon banc, isolée du monde, mais je savais que mon ami Raphaël était pas loin. Mieux que rien:
10 C’était sûrement dû à l’absence d’applaudissements, mais on n’avait pas de rappel dans les shows numériques. Et là, on a eu un rappel. Et pas un petit rappel:
Ferme la radio et 80, issues du EP Ferme la radio (2004);
Tu m’aimes ou tu mens du film Les aimants (2004);
puis quatre tounes tirées de Fixer le temps (2006): Fixer le temps, Alors alors, Au gré des saisons et Les secrets pimpée avec un bout de Dancing with Myself (Billy Idol) en hommage à nos danses avec nous-mêmes durant la dernière année.
J’ai préféré danser sur ma chaise avec du vrai monde autour.
Dumas/Photo: Élise Jetté
C’est possible de voir tout ça encore ce soir et demain ainsi que du 14 au 17 avril, du 20 au 22 mai et du 14 au 16 octobre à La Tulipe à Montréal, mais aussi ailleurs au Québec:
22, 27 et 28 avril | Grand Théâtre de Québec
24 avril | L’Étoile Banque Nationale à Brossard
13 mai | Le Carré 150 à Victoriaville

La Plage musicale: coït interrompu

plage-show-luis-clavis-bon-enfant

Aussi abruptement que l’automne est venu sacrer une volée à l’été, la pandémie a eu raison du dernier souffle estivalier de la saison: La Plage musicale. Elle était prometteuse, mais ça a l’air que trop peu de gens prennent la peine de tousser dans leur coude. Pour ceux qui n’auraient pas eu la chance de se planter les pieds dans le sable, par un bon mercredi, au Village au Pied du courant, voici un résumé tout en acrostiches des shows que j’ai eu la chance de voir.

plage-show-luis-clavis-bon-enfant

S on look est vraiment fresh.
O pelaille on entend plus le train que sa voix, maudite marde!
P ourquoi j’ai pas écouté ça avant? C’est tellement bon.
H eille. Elle joue du piano PIS de la guit.
I ncroyable.
A quel point j’ai l’air bizarre tu seule dans mon coin?

B on…
E n même temps, elle doit pas être ben vieille!
L a vérité c’est que c’est moi qui vieillis.

L uis Clavis, il a vraiment du swag.
U ne chance, parce que le son est pourri.
I hhhhhhsshhh OK ils vont essayer de régler le problème.
S hit c’est impossible. Le son est encore pourri.

C ’est bizarre parce que ses amis et lui sont tous des wiz de la musique.
L uis se résigne. Il fait ce qui a à faire.
A h! 
V alaire c’est bon en calvaire.
I ntéressant le set-up avec le pont en arrière et le soleil qui se couche. C’est sexu.
S ainte-Bénite! Ça danse bien, ce monde-là!

A yoye Aliocha, il fait partie d’une famille avec une bonne génétique hein!
L es amours imaginaires, c’était bon entre autres à cause de son frère.
I l semble que son petit frère soit là.
O n dirait aussi que tous ses amis comédiens sont là pour l’encourager.
C ’est tu legit de manger un cheeseburger et de valser en écoutant Aliocha!
H a! Je suis une femme indépendante!
A quel point il est talentueux, lui? Il est bon même dans ses interactions avec la foule!

V avavavoom!
A mènes-en des jeunes suavés.
L a moustache comme ça, ça lui va bien.
E st-ce qu’il a joué ma toune?
N on, mais il a pas le choix!
C ’est ma toune!
E ille! C’est le fun le set-up! Mais je suis pas capable de reconnaître personne avec les maudits masques.

L ol.
A lors Laurence-Anne c’est une badass.
U ne fille qui se laisse pas impressionner.
R idicule à quel point elle est cool.
E n même temps elle s’est entourée de musiciennes tout aussi cool.
N ’empêche que je pourrais m’approcher du stage pour prendre une photo pour Instagram.
C riss, j’ai pas le courage.
E n temps de pandémie, c’est bizarre les foules.
– 
«A llô! Je te ferais bien la bise, mais…hein! COVID! (rires mal à l’aise)
N on, merci. Ma bière est encore pleine.
N on. Pas grand chose de neuf, toi?
E st-ce que quoi? Eille scuse esti, on comprend rien avec les masques.

B ye là! On se revoit tantôt!»
O uais ok, on se revoit tantôt, mais on se dira pas grand-chose.
N ice! C’est le tour de Bon Enfant.

E n même temps, ça donne le goût de danser c’t’affaire-là.
N o way! Ils font des nouvelles tounes!
F ucking bon ce groupe!
A menez-en des tounes de rupture qui te donnent envie de sauter.
N on! Fini? Déjà?
T ’as raison Daphné, levons-nous tous et dansons, parce qu’on ne connaît pas demain…

Pop Montréal: Changer d’ère avec Flore Laurentienne

Par un beau vendredi soir, une bonne gang de capotés s’est regroupée au Théâtre Rialto pour profiter d’un spectacle de Flore Laurentienne. Braver l’absence de transport en commun du Mile End pour du néoclassique, c’est gros. Force est de constater que Mathieu David Gagnon a des vrais de vrais fans.

Flore Laurentienne/Photo: Émilie Pelletier-Grenier

« La prochaine s’appelle Soir», de susurrer Mathieu au micro entre deux pièces.

«Yeeeeeeeahhhhh!», de s’écrier une fan au balcon, visiblement très enthousiaste. Mathieu a lui-même l’air surpris de l’ardeur de la flamme de cette fan.

D’après moi, si le compositeur s’était lancé dans la foule pour faire du crowd surfing, ça aurait pu se faire! 

«On est vraiment contents d’être là ce soir, pis vous aussi, on dirait!» Mets-en Mathieu! Ça applaudissait à tout rompre. À mon sens, c’est le signe que le néoclassique entre dans une nouvelle ère. Dans peu de temps, Jean-Michel Blais va se faire demander de signer des poitrines et Alexandra Stréliski va être victime des paparazzis. 

L’âge d’or du rock, c’est fini. Maintenant, c’est le néoclassique qui fabrique des stars. Don’t quote me on this, but if you do, don’t forget the credz

Pop Montréal: le deal du siècle avec Antoine Corriveau

Après notre été en désintox de shows montréalais, POP Montréal arrivait à point avec de petits spectacles courts saupoudrés partout sur la ville. Pour la demi-heure qui lui est allouée, dans la ruelle du URSA, Antoine me confirme, derrière son masque, qu’il aura le temps de faire 6 tounes. «T’en as pour ton argent: 5 $, 6 tounes. Imagine le deal si je fais un rappel», m’annonce-t-il alors que je flairais déjà la bonne affaire: c’est pas tous les jours que tu payes ton billet 5 $.

Antoine Corriveau/Photo: Élise Jetté

«Je sors un disque dans deux semaines, c’est donc une grande avant-première, ce soir et je vais essayer de les faire en solo, même si les chansons ont été pensées pour être full band», dit Antoine lorsqu’il monte sur scène.

L’album Pissenlit, qu’on a eu la chance d’entendre avant sa sortie, est effectivement un album qu’on a envie de voir exécuté à au moins cinq musiciens. On devra se contenter d’Antoine. «Je vous avertis, on a l’impression que je suis vraiment plus funny qu’avant sur mon nouvel album, mais en solo j’ai encore l’air du gars qui va pas ben. Mais c’est une soirée drôle!» Bien noté.

Antoine Corriveau/Photo: Élise Jetté

En termes de drôleries, on aime les multiples salutations aux gens à la maison comme si on était sur la plateau de La Voix en train de solliciter un vote. Antoine, lui, ne sollicite rien d’autre que l’amour du public. Ça, c’est pur.

En Toyota au Canada nous permet également d’entendre ces hilarantes paroles:

J’ai laissé les fenêtres du char grandes ouvertes

Pour que l’on pille le peu de choses qu’il me reste

Même si pour voler une 2002

Ça prend vraiment quelqu’un qui veut.

En Corolla au Canada

C’est vrai qu’il est drôle, le Antoine

Il propose des chansons issues d’un EP, Feu de forêt, sorti en novembre 2018. «La chanson Deux femmes, le gros de l’action se passe dans un taxi et je suis devenu un gars de char depuis mon dernier album», confie Antoine, fier de son lien.

Il nous raconte l’amour qu’il porte à sa Corolla. «Tu peux aller à ben des endroits avec ça. Mon album, c’est comme une lettre d’amour à ce char-là», admet-il alors que sa blonde est assise au premier rang et qu’elle ne semble pas s’en formaliser… en même temps, elle porte un masque. On peut pas vraiment savoir si elle est fâchée de ça.

«Merci pour ce show qui est le premier depuis un criss de boutte», conclura simplement Corriveau avant de nous abandonner dans la ruelle pour retourner vers son char. Le point de départ.

Eh oui, on a eu un rappel. 0,71$ la toune. Un esti de deal.

Antoine Corriveau et sa Corolla/Photo: Élise Jetté

Pissenlit paraîtra chez Secret City Records le 9 octobre.

FME 2020, jour 2 & 3: la fin ou le début du monde

Parce qu’on était loin d’être remis de notre karma de cul de la veille, on a commencé notre vendredi au FME en mangeant chacun une pomme parce que s’il y a une chose que tu peux manger pour raligner tes chakras, pas mal certain que c’est le fruit chaudement recommandé pour éloigner le médecin pour toujours.

Par Julien Roche et Élise Jetté

La voiture est tombée en panne à nouveau entre deux entrevues avec des artistes du FME. Le vendredi après-midi a donc été consacré à magasiner et installer une batterie de char. On ne peut pas dire qu’on n’est pas fiers de l’avoir installée nous-mêmes avec un outil acheté sur le fly dans la rangée 38 du Canadian Tire de Rouyn.

Élise teste ladite batterie en se rendant au fin fond de l’oubli, au lac Flavrian où Rosie Valland s’exécute pour le 5 à 7.

Comme si quelqu’un de mal intentionné voulait nous narguer, les sièges offerts aux spectateurs sont des pneus de voiture. Very funny, FME, very funny.

De la provocation/Photo: Élise Jetté

Au moment où l’on arrive sur place, une dame inconnue est en train de chanter et de jouer du piano. C’est avec une attitude circonspecte que nous allons nous asseoir en nous disant quand même «c’est pas Rosie, ça.»

C’était finalement la mairesse de Rouyn venue pour démontrer qu’elle peut accueillir quelques milliers de citoyens de zones covidiennes avec le sourire.

Au moment où Rosie s’installe au clavier, elle remarque que la mairesse a changé son set up. «Scusez, c’est la mairesse qui est venue jouer», dit-elle. Un sabotage volontaire? J’investiguerais.

Comme son album est sorti très peu de temps avant la pandémie, Rosie est heureuse de regagner la scène. C’est un duo avec son amoureux Frédéric Levac qu’elle nous présente en toute simplicité alors que la pluie s’en mêle. «Il faisait vraiment beau avant que tu arrives», m’annonce la bénévole à l’entrée. Avec la chance qui ne nous court vraiment pas après, on n’est pas surpris.

Rosie Valland/Photo: Élise Jetté

Rosie Valland nous annonce une sortie en novembre: un EP acoustique piano-voix inspiré par un show auquel nous avons assisté à La Chapelle l’hiver dernier. Une expérience sans micro et sans ampli qui donnait à voir la version la plus pure de la musique.

Rosie Valland/Photo: Élise Jetté

Pendant ce temps, Jonathan Personne s’exécute à la presqu’île du lac Osisko, réplique rouynorandienne de l’amphithéâtre de Pompéi, sous un ciel chamailleur où un immense nuage gris ponctue la lumière dorée d’averses intermittentes. On tirera grand bénéfice des chaleurs californiennes du rock de Personne, fraîchement équipé de son nouvel album Disparitions, déjà un de nos préférés cette année. Jonathan Robert transforme tout ce qu’il touche en or, c’est pas compliqué – un fait passablement frustrant pour les humains ordinaires que nous sommes, condamnés à l’insuffisance devant ce demi-dieu du rock. 

Jonathan Personne/Photo: Julien Roche

À 19 h, Le Couleur se donne en prestation secrète à l’intersection des rues Principale et Perreault. La température enfin radieuse sied parfaitement à leur électro-pop franchement plus rock qu’à l’habitude. Au détour d’un des nombreux licks de funk du guitariste Tellier, on se désole intérieurement de la foule engagée mais éparse: Le Couleur a du stock pour faire groover une foule d’un millier, et ils l’auraient fait avec brio dans un FME régulier. On se promet, pour l’après-covid, de revoir ce band avec une foule à la hauteur de ses ambitions.

Le Couleur/Photo: Julien Roche
Les Louanges/Photo: Élise Jetté

Rendez-vous, ensuite, avec Les Louanges à l’Agora des Arts, un spectacle qui affichait complet après trois minutes de libération des billets. Vincent Roberge met très peu de temps à établir pourquoi il est le nouveau roi du sexe au Québec en déformant sa figure sinueuse en déhanchements lascifs et maîtrisés. Pendant que tous les ovaires dans la salle tournent à trois cents tours-minute, on prend la mesure de l’ascension vertigineuse du band: c’est seulement deux ans plus tôt qu’on entendait, à Rouyn, et en primeur, la riche matière de l’album La Nuit est une panthère, véritable gamechanger pour le R&B francophone. Il nous parle d’ailleurs de cette soirée norandienne où il vivait son premier show avec une file à l’extérieur.

Les Louanges/Photo: Élise Jetté

«J’ai atteint mon premier million, j’ai des bagues maintenant», nous ment-il au milieu du set alors que le sax se fait aller comme si la musique allait mourir demain.

«Comment ça va Rouyn?, mais putain, ça ressemble à un vrai concert», dit Roberge avec un accent français pêché au début de la pandémie durant ses frasques européennes. Il fait quelques réflexions au sujet de notre absence de sueur en ces temps restrictifs en ce qui a trait au mouvement (c’est toujours un show assis). «Moi je vais suer pareil», annonce-t-il alors qu’on voit déjà ses mouvements de bassins dignes de Dirty Dancing.

Les Louanges/Photo: Élise Jetté

Vincent finit son show masqué. Parce que.

La salle au complet quitte rangée par rangée et tout le monde a envie de faire l’amour. C’est l’effet Louanges.

Les Louanges/Photo: Élise Jetté
Backxwash/Photo: Élise Jetté

Notre soirée se termine au Cabaret de la dernière chance pour le spectacle de Backxwash qui attire les meilleures prédictions en ce qui concerne une victoire au Polaris 2020. Parmi les choisis de la shortlist, l’artiste s’exécute sur la petite scène, ébahie par l’intérêt viscéral des convives, captivées par autant d’aplomb.

Backxwash/Photo: Élise Jetté

C’est en quelque sorte le triomphe de la musique devant tout le reste. Beaucoup de messages réussissent à passer dans ses textes et c’est avec elle qu’on termine la soirée.

Samedi, rendez-vous aux abords du lac Flavrian, en début de soirée, pour la rencontre la plus exploratoire de cette 18e édition du FME. Encore une fois, une lourde chape de gris couvre nos têtes, de sorte qu’en dépit du temps initialement sec, tout le monde a prévu de quoi se protéger de la pluie. Mathieu David Gagnon, figure centrale du projet Flore Laurentienne, prend d’ailleurs la parole pour nous remercier d’être là: le spectacle n’a tenu qu’à un fil, menacé par une brève et intense averse d’après-midi. 

Flore Laurentienne/Photo: Julien Roche

Forte d’un quatuor à cordes et d’une montagne de claviers, la formation à sept présente la plupart du matériel de l’album Volume 1 à un parterre muré dans le plus grand des silences. Pas celui du désintérêt – cette scène étant la plus excentrée du festival, les gens qui sont ici ont VRAIMENT envie d’y être – mais celui d’une intense attention, d’un respect total. Lents crescendos, percussions feutrées, violons tantôt piqués, tantôt en canon, lignes mélodiques patiemment construites: tout dans cette musique invite à une écoute active et entière.

Quand l’acide kick in/Photo: Julien Roche

Puis la pluie, en crescendo puis en trombe, s’invite parmi nous. On sent grandir dans l’air le dilemme des spectateurs: rester sur place, stoïques, à subir le frisson pour l’amour de la musique, ou chercher refuge sous les résineux environnants? On y voit le signe d’une grande appréciation qu’autant aient subi volontairement cette Flotte Laurentienne (merci à Émilie Rioux de CHYZ 94,3 pour ce flash!) qui atteint un vertigineux sommet avec Fleuve No. 3  avant d’être récompensée en toute fin de parcours par une radieuse éclaircie. 

Oui/Photo: Julien Roche

Au golf, c’est Maude Audet qui garde captifs les spectateurs qui se concentrent sur le show pour ne pas mourir de froid. L’auteure-compositrice-interprète prend d’ailleurs à de nombreuses reprises le pouls de la foule, hésitant à mettre fin à la prestation pour permettre aux fans de se réchauffer dans leur char. Mais tout le monde en redemande. «On est là et on est plus forts que la pluie», dit simplement Maude, optimiste.

Elle demande d’ailleurs, dans toute sa bonté, aux spectateurs de s’avancer alors qu’ils n’ont pas le droit de quitter leur petit poteau.

À la fin, elle nous offre la dernière toune, car «ce serait un peu niaiseux de sortir de scène et d’aller mettre mon masque dans ma van en attendant le rappel», dit Maude.

Le froid et la pluie nous étaient passés de bord en bord, on a donc décidé d’aller goûter les plaisirs de l’Italie au Mikes.

Même une fois rendus au paradis de la pâte, on était rendus trop épais pour comprendre le code QR du menu. Le FME peut avoir cet effet: te mener bien haut et te lancer au fond du baril la dernière journée quand tu commences déjà à sentir la nostalgie arriver.

Heureusement, ils nous ont laissé manger pareil.

On n’a pas eu la chance d’aller voir Gab Bouchard pour son set, mais on lui a parlé quand même. De toute façon, on l’aimait déjà comme en témoigne notre retour sur son lancement que vous pouvez lire ici.

On avait littéralement tout donné ensuite. Notre samedi se termine donc par un film de James Bond version pour malentendants sur le câble de l’hôtel et une bonne nuit de sommeil à 21h45. On n’a plus vingt ans!

La route du retour s’est faite d’un trait, sans panne ni crevaison. Seulement avec un mal de dos et une salutation émotive au Point S sans qui nous n’aurions pas vécu cette ivresse musicale de 3 jours.

Le facteur COVID-19 a été un incontournable de ce curieux FME, et les règles des sécurité sanitaire ont été appliquées magistralement par le staff du festival, dont les membres portaient le masque en permanence. Pas plus de relâche pour les festivaliers: masque obligatoire lors de tous les déplacements dans les lieux publics, intérieurs ET extérieurs; places assises et assignées dans tous les parterres intérieurs; capacités de visiteurs fortement réduites, voire littéralement décimées: de ~35 000 pré-covid à ~3000 en 2020. Dans les circonstances, c’est un immense honneur d’avoir même été invités à le couvrir en tant que membres des médias. On n’a aucun doute que la santé publique soufflait fort à la nuque de l’organisation du FME, a fortiori considérant que l’Abitibi-Témiscamingue au grand complet n’avait même pas eu 200 cas au total depuis le début de la pandémie. Si une éclosion se déclare dans les prochains jours, les festivaliers seront premiers dans la liste de suspects; c’est une perspective qui nous pèse avec une lourdeur croissante depuis notre retour.

Si la pandémie est une neige folle qui s’est abattue sur le milieu du spectacle, le FME avait la lourde tâche de se parer de raquettes et de tracer le sentier pour toute une ribambelle d’artistes, organisateurs, diffuseurs et autres acteurs essentiels qui s’attaqueront à la tâche de redémarrer, à petits pas, l’industrie de la musique live au Québec. La PCU, ce n’est pas une saine manière de vivre, pas plus qu’il n’est sain pour la musique de n’avoir aucune scène à meubler.

Merci infiniment à l’organisation du FME, à la population rouynorandienne pour l’accueil et l’aventure en tous points hors du commun. On dit que l’on est toujours plus conscients de ce qu’on aime une fois qu’on l’a perdu. Cette fin de semaine, le FME nous a plutôt démontré qu’on aime la musique de manière démesurée une fois qu’on la retrouve. Merci aux organisateurs du festival et aux artistes de nous avoir aussi bien accueillis à bras ouverts que s’ils avaient réellement eu le droit de nous ouvrir les bras. Vous nous avez permis de recommencer à rêver au prochain festival.

À l’an prochain, Rouyn. En espérant te voir la face (démasquée) cette fois.

Lisez notre retour sur le JOUR 1 du FME

FME 2020, jour 1: un orage éternel qui est sûrement de notre faute

En partant pour le Festival de la musique émergente en Abitibi-Témiscamingue (FME), il ne nous a pas fallu plus d’une heure et quart de route pour commencer à recevoir les conséquences karmiques de nos mauvais choix de vie. Même si Élise avait troqué sa vieille ferraille automobile pour le véhicule paternel de qualité, on a fait exploser le pneu avant gauche dans un nid de poule sur la 15 nord. Si vous trouvez qu’on n’est pas chanceux, vous n’avez encore rien vu.

Par Julien Roche et Élise Jetté

Un karma qui laisse à désirer/Photo: Julien Roche

Une fois la roue de secours installée, le véhicule décide qu’il ne démarre plus. Nos choix de vie étaient pires que vous pensiez. Avec l’aide chaleureuse de Paul de CAA Québec, on reprend la route jusqu’au Point S en chantant leur chanson-slogan qui nous aide à oublier le stress.

La résilience/Photo: Élise Jetté

Une fois sur place, on commence d’ores et déjà à travailler sur nos compétences transversales en choisissant le bon pneu pour attaquer le Parc de la Vérendrye.

Compétences transversale: choisir un pneu/Photo: Élise Jetté

Les mésaventures nous mettent en retard d’une heure 45, ce qui fait en sorte qu’on se stationne tout croche pour quinze minutes une fois à Rouyn. Il n’en fallait pas plus pour qu’on se fasse coller un ticket de parking devant notre hôtel. Au moment où l’on se dirige vers nos premiers shows de la fin de semaine, le soleil laisse la place à une pluie de type «petites gouttes crachées au gré du vent». Comme quoi le nuage noir au dessus de nos têtes depuis le matin finit par libérer son fiel.

Julien constate qu’il mouille également à la diagonale au driving range du club de golf le Noranda, où Gus Englehorn combat un coriace cocktail météo pour se préserver d’un froid qui pénètre les os. Sa drummeuse, que Dieu la garde, frissonne sous un trenchcoat et bat les tambours pour sauver ses extrémités, implorant la foule du regard de la délivrer de son calvaire. Englehorn, natif d’Alaska et transplanté à Montréal, charmant dans son français cassé, déploie un chant déjanté sur des riffs qui évoquent les belles années du rock indie, façon Modest Mouse ou Wolf Parade. Malgré les conditions, c’est une intro magnifique et l’hypothermie qui guette n’atteint en rien l’immense plaisir qu’on a à voir un premier show en plus de 6 mois.

Gus Englehorn/Photo: Julien Roche

De son côté, Élise se rend au spectacle de NOBRO qui se déroule sous une pluie battante de catégorie «compétition». Voici les cinq raisons pour lesquelles c’était le moment le plus rock du week-end:

1- La chanteuse Kathryn McCaughey se dédie une toune à elle-même. Self-empowerment à son meilleur.

2- La guitariste Karolane Carbonneau chante en poussant un cri assez strident pour réveiller le monstre du lac Osisko.

3- Quand Lisandre Bourdages s’exécute sur les bongos, on oublie que c’est un instrument de hippies à vocation de musique latine.

4- Cette dernière ainsi que Sarah Dion s’échangent les instruments au fil des pièces comme si elles étaient nées avec l’ensemble des talents musicaux que le ciel pouvait donner.

5- Elles poussent un toune sur la cocaïne devant un groupe d’enfants installés au premier rang.

En voulant se lever pour danser à quelques reprises, Élise reçoit ses premières réprimandes. Si elle veut se lever, elle doit mettre son masque. Mais si elle met son masque, elle ne peut pas boire sa cannette de pinot grigio. La situation nous amène à devoir choisir entre la fièvre du rock et le désir de se mettre chaud. C’est pas le genre de décision qu’on est habitués de prendre.

NOBRO/ Photo: Élise Jetté
NOBRO/Photo: Élise Jetté

La route a été parsemée d’embuches, donc c’est à 19h qu’on choisit de manière savante notre premier repas de la journée. Le côté conservateur d’Élise en ce premier soir de festival la pousse à choisir une poutine sans flafla. Un choix que lui reproche sévèrement Julien qui a fait preuve de toute l’audace d’un inconscient en choisissant la poutine au curry, comme s’il n’allait pas regretter cette décision après sa sixième cannette de gin fizz dans deux heures. DÉ-BU-TANT.

Le premier repas de la journée/Photo: Julien Roche

Transit vers Les Shirley, adjacentes à la plage Kiwanis, qui se produisent devant un parterre entrecoupé d’enclos-bulles. Nouvelle réalité, nouvelles difficultés pour ce genre de band d’énergie qui carbure au voltage d’une foule compacte. «Comment on se sent dans vos petits carrés», demande la chanteuse Raphaëlle qui est visiblement fascinée par le concept. Distanciés, mais hardis, parés d’imperméables et de parapluies, les braves spectateurs doivent néanmoins baisser pavillon devant une furieuse averse qui met fin au show et empêche les subséquents Deuxluxes de jouer. «On va prendre une petite pause à l’intérieur, mais vous, je ne vois pas vraiment où vous pouvez aller», annonce Raphaëlle avant de quitter la scène. La zone réservée aux médias, en arrière, est le seul espace légèrement couvert. On se fera rapidement lancer les enfants par dessus une clôture au moment de l’orage. On se serait crus dans un remake de Titanic où l’orchestre cesse toutefois de jouer avant la fin. On croisera la députée locale Émilise Lessard-Therrien, flanquée d’amis et de son dernier-né, se dirigeant vers le show des Deuxluxes qu’ils ne savent pas encore annulé. Leurs mines déconfites au retour symbolisent bien le petit drame de cette première soirée du FME, soirée qui se déroule essentiellement sous le signe de l’intempérie. 

Les Shirley/Photo: Élise Jetté
Les enclos pour le show des Shirley/Photo: Julien Roche
Les Shirley/Photo: Élise Jetté
Les Shirley/Photo: Élise Jetté

On se dirige ensuite vers l’Agora des Arts pour le spectacle de Jesse Mac Cormack. «Vous êtes biens sur vos chaises», demande-t-il, amusé, alors qu’on a vraiment envie de répondre qu’on n’est pas triste d’être assis… on n’a plus vingt ans.

Il nous fait une nouvelle pièce en disant «elle a juste un work title donc je ne vous le dirai pas». L’énergie de son groupe est à un niveau impressionnant après six mois de hiatus. On perd le drummeur pendant une minute au milieu du show et la rumeur veut qu’il soit parti pisser. Les shows en temps de COVID sont vraiment rendus spéciaux…

Jesse Mac Cormack/Photo: Élise Jetté

Il conclut son spectacle en abordant le privilège de faire des shows en ce moment. Une émotion nous traverse alors qu’on pense à notre propre privilège de pouvoir être témoins desdits shows.

Corridor/Photo: Élise Jetté

C’est les souliers pleins d’eau, la petite narine morvant tendrement, que Julien entre au Petit Théâtre du Vieux Noranda. Corridor au programme, deux fois dans la soirée: c’est ici sa place. C’est un dur apprentissage d’exprimer cet amour, bien vissé à une chaise, surtout pour ce band qu’il aime avec une rare intensité. La prestation de 20h est tatillonne; les gars shakent la rouille de leurs guitares en jouant Junior puis Goldie trois fois trop vite, remarquant au passage que la configuration de la salle rappelle la rigidité du théâtre. 

Rebelote à 22 h pour une deuxième prestation identique, plus rodée cette fois, avec une foule plus large et dynamique. Déjà, les boys sont revenus à leur excellence typique. C’est sans gêne qu’on avoue avoir usé de charme et d’un peu de duperie pour que Julien puisse revenir une deuxième fois à ce show… (Note de Julien: Si par malheur ma carrière de journaliste musical se termine par cette faute, ç’aura été pour une cause juste et noble). «Merci au FME d’avoir donné des cigarettes à notre soundman», nous dit Jonathan Personne. «Fais-moi un enfant», lance quelqu’un dans la foule (peut-on vraiment appeler ça une foule dorénavant?). «Ben là, tantôt», répond Samuel Gougoux. Mentionnons au passage le travail de l’artiste projectionniste, baignant la scène de couleurs psychotropes comme s’il voulait fournir un décor en harmonie avec l’état mental des festivaliers.

Corridor/Photo: Élise Jetté

Au début du rappel, il est question de malaria et de vaccin contre la malaria. Clairement, on essaie de détourner notre attention de la COVID et du vaccin contre la COVID.

Corridor/Photo: Élise Jetté

On finit la soirée au Show de Fuudge, mais à cette heure-là, notre capacité d’attention est rendue à un minimum. On se rappelle juste des toilettes et d’une fille qui dit «Moi j’ai déjàa eu une date dans un shpw de Fuudge.» Audacieux.

Le Cabaret/Photo: Élise Jetté

Après 6 mois de pluie, le lancement de Comment Debord (le beau temps)

La fine pluie nous donnait l’impression de nous faire cracher des petites gouttes de COVID dans’ face par le ciel hier soir, au bord du fleuve pour le lancement du premier album de Comment Debord au Village au Pied-du-Courant. C’était notre premier VRAI show de l’été et la petite frénésie nous laissait sentir que oui, il allait se passer quelque chose de spécial au pied du pont Jacques-Cartier sous la menace d’un orage imminent.

Comment Debord/Photo: Élise Jetté

Près de la scène, on remarque tout de suite le décor de salle de bains de matante de région, et le réconfort s’installe avec l’effet d’un bon repas en famille. C’est humide et le sable de la plage du Pied-du-Courant fait des petits motons sous nos pieds, mais on a une curieuse impression de «tout va bien aller».

Salle de bains/Photo: Élise Jetté

C’est avec le hit de l’été Ville fantombe que le groupe amorce la soirée au même moment où le bruyant train fait son entrée sur Montréal. Les membres du groupe, presqu’aussi nombreux que ceux de l’Orchestre symphonique de Montréal, gardent tous le sourire. Ça parait qu’ils savent passer à travers ça, l’adversité.

Le train, voyons donc! / Photo: Élise Jetté

«J’aurais tellement tellement aimé ça que mes parents aient un chalet sur le bord de quelque chose», chantent nos hôtes sur la pièce Chalet qui nous donne beaucoup de flashbacks du moment de l’été où tout le monde se cherchait un chalet via Facebook.

Comment Debord / Photo: Élise Jetté

Durant le single Papier foil, les gens commencent à taper des mains et tout le monde fait à sa tête, personne est sur le même beat. Rien n’est au point du côté du tempo, à part sur scène. Ça parait que le public a six mois d’absence de spectacles derrière la cravate. Ça va revenir…

Le public / Photo: Élise Jetté

Au moment de jouer la pièce Chandail principal, Rémi Gauvin, le chanteur principal, nous annonce que le groupe a «vendu un chandail aux Américains» sur son site. On reprend confiance en nos voisins du sud et ça nous donne envie, évidemment, de nous procurer le chandail officiel de cette chanson.

C’est à ce moment-là que quelque chose de vraiment catastrophique se produit. Sans que personne nous avertisse ou nous donne un petit cue, on apprend, dans la chanson, que LE chandail principal dont il est question, eh bien, il L’A PERDU, le protagoniste de la chanson. On l’avait pas vu venir. Plusieurs ont du mal à s’en remettre. Crinquez pas notre enthousiasme au sujet d’un chandail aussi précieux pour, après, nous dire qu’il est porté disparu. C’est juste une question de courtoisie, Comment Debord, ok?

Comment Debord / Photo: Élise Jetté

Toutes les tounes ou presque nous permettent de nous chorégraphier des danses de matantes pas piquées des vers. Ça fait autant de bien que lorsque tu finis par comprendre la danse en ligne au party de Noël et que t’es capable de suivre.

Avant de passer à Ogunquit, on nous dit: «On explique toutes nos chansons parce qu’on a fait des concours l’année passée. Êtes vous déjà allés à Ogunquit?» Une bonne façon de tourner le fer dans la plaie de l’absence de vacances au bord de la mer des U.S.A. en ces temps incertains. Indélicat!

Le rappel nous permet d’entendre la précieuse Je me trouve laide, qui ne figure pas sur l’album, mais qu’on avait beaucoup apprécié sur le EP qui précédait. «Si vous n’avez pas encore dansé, c’est le temps. SI vous avez déjà dansé, il est trop tard», nous dit-on. Il n’en fallait pas plus: ça se met à danser.

Et comme si cet engouement avait réussi à faire sursauter le ciel, la pluie battante se déclare aussitôt que le show finit. Comment Debord nous donnant ainsi une excellente leçon de timing.

Parlant de timing, leur premier album sort ce vendredi et ça vaut le déplacement… autant que ce spectacle de lancement valait la ride de vélo à la pluie pour en revenir.