Le Spectacle spectral de Klô Pelgag: meilleur que Star Wars

Ça faisait plus d’un an que j’avais mis les pieds dans un cinéma au moment où je suis arrivée au Cineplex pour voir le Spectacle spectral de Klô Pelgag, un show que vous pourrez visionner ce soir à 20h dans le confort de votre foyer.

Spectacle spectral/Photo: William Arcand

Je le sais, ça fait 13 mois qu’on vous invite chaque semaine à gauche et à droite à vivre dans le confort de votre foyer des affaires que vous aviez l’habitude de vivre en public. Pour ne parler que de Klô, je me rappelle notamment des Francos en 2018, un spectacle durant lequel je m’étais installé les bases d’un cancer du poumon de fumée secondaire auprès d’un spectateur trop proche qui fumait sa vie. Durant ce concert, je pouvais lire les textos d’une fille qui parlait de sa vaginite et j’avais aussi assisté à des recherches infructueuses d’amis à travers une foule dense… Des retrouvailles qui n’avaient jamais lieu dans une foule parce que des humains étaient trop collés les uns sur les autres. C’était dans une autre vie ou quoi?

J’ai également souvenir du lancement de L’étoile thoracique, au Club Soda en 2016, quand Klô avait demandé à son public de s’étendre au sol le temps de former une galette immense d’humains. «Ça a été l’fun 17 secondes», avait alors déclaré un jeune homme grognon qui aujourd’hui ne se ferait probablement pas prier pour entrer en communion physique avec d’autres personnes sous forme de biscuit humain.

Donc, il est clair que, depuis un an, quand on vous demande de docilement profiter de la musique qui vous fait vibrer, tout en ne quittant jamais le divan dans lequel vous passez vos journées, vos soirs, vos nuits, vos vies… ben c’est clairement pas le projet qui vous emballe le plus. C’est précisément la raison pour laquelle vous avez besoin du Spectacle spectral de Klô Pelgag réalisé par Laurence Baz Maurais. C’est que tout ce qui vous manque pour que ce soit l’fun: les amis, le gin tonic trop petit, la chaleur humaine, la clope du voisin, l’amour, les applaudissements, le coucher de soleil sur la Place des Festivals, l’odeur de la boucane et les hot-dogs du Pool Room à la sorite… tout ça est remplacé par une réalisation qui nous donne l’impression d’y être et une histoire qui nous laisse croire qu’on fait partie d’un film de science-fiction à grand déploiement. Et la musique est encore là: belle et grandiose au centre de l’oeuvre.

Klô Pelgag et ses musiciens, aussi nombreux que les personnages pourvus de sabres laser dans Star Wars, interprètent des chansons du plus récent album de Klô, Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, ainsi que de nombreuses pièces des deux albums précédents qui prennent un sens nouveau au coeur de cette année tumultueuse. Insomnie nous enracine davantage dans cette année pandémique ou personne ne dort vraiment. La phrase «je veux te toucher à tous les jours» dans Le sexe des étoiles nous rappelle drôlement que ça fait un an qu’on ne touche plus à personne. Mon visionnement de ce spectral évènement m’a donné le frisson facile.

Et par-dessus tout ça, il y a l’histoire racontée. Emmanuel Schwartz interprète un employé désabusé de bureau gris qui se tape une solide dépression (comme nous tous, soyons francs) en travaillant (probablement à l’Agence du revenu du Canada) quand tout à coup, des zombies du fun vêtus d’habits protecteurs anti-COVID jaunes ouvrent un tunnel magique du plaisir pour le convertir à la joie musicale simple et belle. Ce n’est pas un spectacle en présentiel, c’est plus que ça. Le produit cinématographique que ce show représente nous est offert comme un petit jet d’espoir au coeur des jours de la marmotte qu’on enfile depuis mars 2020.

Si jamais vous n’êtes pas encore convaincus, voici quelques mots-clés que j’ai notés durant la projection du spectacle: poulet frit, musiciens costumés en suits de nudité poilue, smash the cake grandeur nature pour adulte, Étienne Dupré qui fait le mort avec des fleurs dans la barbe 10/10, trio de choristes de type «Cadillac» avec Laurence-Anne, N Nao et Lysandre, pauvre Élise dans Für Élise qui se fait pleuvoir dessus en chantant comme à la fin de Quit Playing Games With My Heart.

Je conclurai en disant que ça ne serait pas une mauvaise idée de tous nous procurer les habits jaunes des figurants (dont fait partie Philippe Brach qui casse les locaux de l’Agence du revenu à la fin du film) afin de pouvoir reprendre notre vie normale dès aujourd’hui. My two cents.

Le Spectacle spectral est présenté en Amérique du Nord, ce soir, 23 avril à 20h. Les billets sont ici.

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