Joey Bada$$ ou le rachat de ma confiance par le FIJM

On a fait la blague dans notre topo sur le Festival international de Jazz de Montréal, mais on doit lui donner ceci: grâce à une définition élargie du genre à l’honneur, la programmation proposée durant ces dix jours permet au public métropolitain d’en voir de toutes les couleurs. Cependant, est-ce que les ressources préparées initialement pour le Jazz sont capables de réunir une foule hip-hop?

Ça fait trois ans que j’assiste aux grands concerts rap présentés au Métropolis dans le cadre du FIJM. C’est un échantillon faible, mais qui permet quand même de soulever la question du précédent paragraphe. En 2015, Ghostface Killah et les jazzmen de BadBadNotGood nous en mettaient plein la face avec, en première partie, un encore méconnu Mick Jenkins qui défendait sa mixtape Waters. En 2016, le premier spectacle en solo de Husser servait d’amuse-gueule à Danny Brown, à l’aube de la parution de son incontournable Atrocity Exhibition. Comme FAV le rapportait l’an dernier, la foule n’était pas exactement au rendez-vous.

Si l’expérience 2015 nous donnait tout pour croire que les choses se passeraient bien en 2017, l’expérience de l’an dernier nous fait craindre le spectacle (peut-être?) solo du Brooklynois Joey Bada$$, venu proposer son All-Amerikkkan Badass.

Flipp Dinero

Flipp Dinero

D’entrée de jeu, on sait que les organisateurs ne sont pas là pour niaiser, alors que la sécurité fait une brève fouille corporelle des gens qui entrent. Ceux qui sortent et retournent, même avec un sac à dos, en sont cependant exemptés. Expérience vécue. Dès les 20 h 30 annoncées sur le billet et à l’affiche, le très peu annoncé Flipp Dinero se présente avec son crew de cinq hypemen. Il performe correctement, mais avec l’allure fière et assurée d’un homme désirant faire partie de la Freshman List 2018 du magazine américain XXL. Ce sosie capillaire d’un lauréat 2017 de la liste semble approuver en allant se chercher de l’argent au guichet. Peut-être fait-il partie des 865 adeptes Facebook de l’artiste au moment où le spectacle commence?

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Un individu prêt à siroter du thé dans mon voisinage

La réponse est intéressante et on sent presque une grande connivence, mais les danseurs qui commencent un cypher au son de KRS One, durant l’entracte, volent toute l’énergie que Dinero avait su insuffler au Métropolis.

cypher

Le DJ de Joey Bada$$ s’installe à 21 h 30 tapantes et dès les premières notes du Shook Ones Part II de Mobb Deep (RIP Prodigy), on resolidifie les assises pour une soirée tout en son new yorkais. Peut-être aurait-il fallu le dire aux responsables de la playlist qui faisait jouer du Snoop Dogg juste avant. Remarque, le temps de noter ça, on entend Xplosive de Dr Dre provenant de la scène. Quoique ce ne sont que les bouts de Nate Dogg qu’on entend. Clarksdale, Mississippi est dans la salle?

Plus de gens qu'accoutumé

Plus de gens qu’accoutumé

«That’s some Canadian love right there!» Après deux titres, tout sourire, Joey se fait lancer cette phrase par son accompagnateur aux platines. Si son spectacle est rodé et conçu pour dire au public qu’il est toujours partout le meilleur au monde, on le sent particulièrement surpris, heureux, confiant et concentré lors de sa perfo.

Sans rappel, le rappeur revient toutefois sur scène pour signaler qu’il s’est fait voler son portefeuille. Une fin décousue pour un spectacle d’apparence sans failles. On aurait souhaité finir en parlant du sosie de Chance the Rapper croisé en direction du métro en train de discuter avec des danseuses du Kingdom, mais c’est moins surréaliste que la finale de Joey. Bravo. Tu nous as bien eus à notre propre jeu.

N’empêche qu’au-delà de cet incident, on a la preuve que le FIJM peut se relever de ses évènements moins glorieux, comme l’annulation de Sugar Hill Gang et la foule peu nombreuse de Danny Brown et proposer un spectacle de qualité avec des artistes hip-hop intéressants. Ou encore on peut voir le fait que l’artiste se fasse voler comme un autre signe de mauvais augure. On aimerait mieux pas, par contre.

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