Audrey-Michèle Simard: la choriste caméléon

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© Photo Maude Chauvin

Quand Élise Jetté, rédactrice en chef, m’a demandé d’écrire pour Feu à volonté, j’ai hésité. Je me voyais difficilement faire des critiques d’albums ou de spectacles. Je trouve que c’est se donner beaucoup de pouvoir que d’évaluer le travail d’artistes qui s’investissent corps et âme et ensuite noter ce travail selon une grille d’évaluation personnelle et subjective. J’aurais pu faire découvrir de nouveaux artistes de la relève, mais j’erre moi-même dans l’anonymat de la scène musicale québécoise. Connaissez-vous mon album Les petits effondrements, il est sorti en mars dernier?! C’est ce que je me disais… Moi aussi, il faudrait qu’on me découvre :P Pourtant l’invitation d’Élise était alléchante: j’en mange de la musique. De quoi parler? À qui s’intéresser? Et soudain, l’idée m’est venue. Dès qu’on suit un peu la scène musicale, on se rend compte qu’il y a plusieurs musiciens qui se promènent de projet en projet et qui embellissent les chansons qu’on écoute. Dans ma chronique, je vais vous présenter des musiciens accompagnateurs qui, même si les projecteurs ne les mettent pas de l’avant, sont des incontournables de cette scène musicale si belle. La première artiste à qui j’ai pensé est Audrey-Michèle Simard, qui prête sa voix aux projets de Philippe B, Michel Rivard, Galaxie 500, Caracol, Safia Nolin, Patrice Michaud, Francis d’Octobre et j’en passe.

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© Photo Maude Chauvin

Quand je suis arrivé dans le café, la radio jouait une chanson de Philippe B sur laquelle la voix d’Audrey-Michèle Simard est mise en vedette. Drôle de hasard! La première fois que j’ai entendu cette voix, c’était lors de la finale du concours Ma première Place-des-Arts, en 2006. Je me souviens de cette grande fille au petit grain de beauté joliment posé sous le nez qui chantait Sur mon île de Jean-François Fortier avec douceur et assurance. Depuis, Audrey-Michèle s’est bâtie une belle carrière de musicienne accompagnatrice.

Originaire de la région de Québec, Audrey-Michèle a toujours chanté. Sa mère harmonisait les chansons qu’elles écoutaient. Pour elle, ce fût une première leçon de choriste. Elle a développé son oreille harmonique pendant ses études au cégep Lionel-Groulx en théâtre musicale. Sachant pertinemment qu’elle était attirée par les arts de la scène, la curieuse a choisi d’aller dans ce programme multidisciplinaire . Elle ne savait pas trop ce qui allait ressortir de cette formation. L’idée de faire carrière en musique est devenue alléchante. S’exprimant par le chant, elle a d’abord cru qu’elle devait faire un projet personnel. Mais elle a vite réalisé que ce n’était pas en accord avec sa personnalité. La rôle de soliste ne l’attirait pas. Ce n’était pas un manque de confiance en son talent, mais elle n’avait pas, et le cas reste échéant, le désir de porter la pression d’un projet solo. Elle aime la place qu’elle occupe au sein des différents projets auxquels elle participe et se réalise artistiquement en se mettant au service des créations des autres.

Sa première participation à titre de choriste s’est faite avec la formation Mimosa. Le groupe a remporté les grands honneurs lors des Francouvertes 2007. Suite à l’aventure Mimosa, Audrey-Michèle a reçu un appel de Jean Leloup. Quinze minutes plus tard, elle se trouvait en répétition avec l’excentrique chanteur, n’ayant même pas eu le temps de réaliser ce qui lui arrivait. Cette opportunité professionnelle a défini ses futurs choix de projets: qu’importe le style musical du projet pour lequel on l’abordera, ce qui animera son plaisir et sa créativité, ce sera toujours les gens entourant la formation. Quand elle parle des artistes avec qui elle travaille, on ressent beaucoup d’admiration. La chanteuse ne s’associe jamais à des projets auxquels elle ne croit pas. Elle décrit ses collaborateurs comme des gens groundés.

Suite à l’écoute du démo de Caracol, Audrey-Michèle est allée chez la chanteuse lui proposer ses services de choriste. Elle a fait bonne impression et, encore aujourd’hui, les deux femmes collaborent ensemble. Les projets se sont alors multipliés et Audrey-Michèle a été de plus en plus sollicitée. Elle peut se vanter d’avoir chanté avec la plupart des musiciens de la scène émergente de Louis-Jean Cormier à Marie-Pierre Arthur, en passant par Patrick Watson. Olivier Langevin lui a donné une place de choix sur Tigre et Diesel de Galaxie. Francis d’Octobre est tombé amoureux de cette voix et aussi de cette femme. Depuis, le couple nourrit une collaboration riche. On peut voir quelques vidéos sur YouTube où les amoureux chantent en harmonie. Michel Rivard l’a invitée sur son disque Roi de rien et sur tournée. Elle fait partie du houseband du Festival de la chanson de Granby qui, selon elle, est son plus grand défi en tant que choriste: elle doit se plier aux univers de plusieurs participants, dans des styles musicaux qui ne sont pas nécessairement ses choix. C’est pendant le concours qu’elle a été bouleversée par l’univers de Safia Nolin et qu’elle est devenue sa choriste. Au fil des années et des nouveaux défis, Audrey-Michèle s’est épanouie comme musicienne et a ajouté des cordes à son arc. Elle s’est mise à jouer des percussions. Patrice Michaud lui a d’ailleurs donné des crédits de percussionniste sur son album. Elle se considère chanceuse de travailler avec des musiciens qui lui font confiance: elle a pu élargir ses compétences musicales.

En studio, Audrey-Michèle veut satisfaire les artistes qui l’invitent à teinter leurs albums avec sa voix. Elle aime chercher des nouvelles couleurs vocales et être déstabilisée par les désir de ses collaborateurs. La scène reste son lieu de prédilection car le trip de gang est mis de l’avant. Elle est très sollicitée en tant que choriste et ne voudrait pas être ailleurs. Consciente qu’elle dépend des projets des autres, elle s’est habituée à travailler sur plusieurs projets simultanément. Elle se promène et trouve un certain équilibre en changeant d’univers. La diversité de ses activités la garde toujours allumée. Sa préférence musicale est le folk: un folk lent et introspectif à la Cat Power ou à la Emily Haines. Elle aurait aimé vivre dans les années 70, se disant hippie, et aurait volontiers harmonisé des chansons de Willy Nelson, mais elle a adoré jouer la rockeuse avec Galaxie. Pour être une bonne musicienne accompagnatrice, il faut être caméléon et, pour Audrey-Michèle, le plaisir nait de cela. Son métier lui permet de beaucoup voyager et de faire de belles rencontres artistiques.

Depuis près de neuf mois, elle a un nouveau projet en développement: être maman. Après avoir partagé la scène du Gèsu avec Philippe B lors des Francofolies, elle prend une très courte pause le temps de préparer l’arrivée du bébé. Dès l’automne, elle reprendra la route avec Michel Rivard et Philippe B. Pas de répit! Il y a même d’autres projets professionnels qui se dessinent dans son agenda. Elle a terminé la conversation en me disant qu’elle était un peu stressée de faire cette entrevue car elle n’est pas habituée d’être le centre de l’attention. Un autre défi relevé, la rencontre a été passionnante. On comprend pourquoi elle est tellement en demande: vraie, drôle et… talentueuse! On en voudrait tous une dans notre band!

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