Baths – Obsidian

Obsidian est un très grand album révélant un talent de compositeur hors pair

En 2010, devançant des groupes comme Caribou, Arcade Fire ou Four Tet, le premier opus de Will Wiesenfeld alias Baths intitulé Cerulean avait trusté la première place de mon top albums, c’est dire à quel point le californien de 24 ans maintenant m’avait pleinement séduit. C’est donc avec une certaine fébrilité et la peur que ce Cerulean ne soit qu’un feu de paille voire un éclair aussi soudain qu’éphémère que j’ai écouté ce second album Obsidian à la pochette très sombre et reflétant parfaitement le titre Miasma Sky.

Les premières impressions s’avèrent tout de suite bonnes, on retrouve rapidement la richesse de l’univers instrumental, entre synthés et percussions, cordes et piano. Des ambiances doucement teintées de mélancolie et d’une certaine candeur. La nouveauté réside plus dans l’utilisation de la voix, qui est ici davantage mise en avant et donne une couleur plus pop à l’ensemble, facilitant ainsi l’appréhension de l’album. Plus les écoutes s’enchaînent, plus le plaisir augmente : il n’y a plus de doute possible, Baths a brillamment passé l’étape toujours aussi redoutée du second opus.

Worsening s’impose d’emblée comme un des meilleurs titres de l’album, si ce n’est le meilleur. Un climat sombre, des ruptures de rythmes perpétuelles mettant en valeur des percus et des synthés aquatiques, une voix toute en nuances, des cordes sur la fin donnant une nouvelle grâce au morceau. Une ouverture juste sublime. Miasma Sky commence ensuite sur le bruit de la pluie qui tombe (et se refermera sur cette même pluie), on peut s’attendre à un morceau très noir. Cependant, au milieu de cette pluie c’est plutôt un joli arc-en-ciel qui illumine ce morceau. Des synthés très pop, une voix montant dans les aigus, un piano primesautier, l’ensemble surprend et évoquerait l’univers de Gold Panda. Ironworks commence en douceur en s’appuyant sur une orchestration classique (cordes/piano) que la voix de Will Wiesenfeld accompagne tout en retenue, on peut penser à Woodkid.

Ossuary est un morceau uptempo plus rock presque, l’ambiance dark me ferait penser à du The Cure joué dans l’urgence. La voix contraste superbement et les refrains à base de chœurs sont addictifs. Après un Incompatible plus classique dans sa composition et mettant à l’honneur une voix ayant gagné en sensibilité (voir l’utilisation de la voix dans le dernier opus de James Blake), No Eyes vient frapper fort avec sa rythmique martiale. Entre sonorités âpres et voix contrastant par son caractère aérien, le morceau s’insinue subrepticement en nous pour nous dévorer de l’intérieur.

Le tryptique suivant finit de nous achever, un Phaedra uptempo comme si Radiohead avait monté les bpm, un No Past Lives qui fait écho à Cerulean par son subtil dialogue piano/synthés confirmant que le terme barbare de poptronica fonctionne assez bien avec Baths et un Earth Death brillant par son superbe univers de fin du monde. On pense à du Ez3kiel, du Mogwai pour un morceau au pouvoir cinétique incontestable. Afin de ne pas tomber dans les excès de la noirceur, Baths atténue cette soudaine impression de malaise et finit sur une note plus diaphane avec Inter qui vise aussi juste que la pop de Grizzly Bear.

Sans aucune hésitation, ce Obsidian est un très grand album révélant un talent de compositeur hors pair. Baths a pris rendez-vous avec la première place du top de fin d’année en toute simplicité.

Morceaux préférés : WorseningEarth DeathNo Eyes – IronworksNo Past Lives

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