Les meilleures chansons de 2013

Organ Eternal – These New Puritans


 

 Retrograde – James Blake


 

Hive – Earl Sweatshirt


 

Love the House You’re In – Moonface 


 

Don’t Forget Who You Are – Miles Kane


 

Giorgio by Moroder – Daft Punk


 

Black Skinhead – Kanye West


 

Play by Play – Autre ne Veut


 

Mirrors – Justin Timberlake


 

 Song for Zula – Phosphorescent


 

Despair – Yeah Yeah Yeahs


 

Montréal $ud – Dead Obies


 

When a Fire Starts to Burn – Disclosure


 

Step – Vampire Weekend


 

To See More Light – Colin Stetson


 

Isjaki – Sigur Ros


 

Yeah Yeah Yeahs – Mosquito [2013]

Mosquito by Yeah Yeah Yeahs

Mosquito by Yeah Yeah YeahsYeah Yeah Yeahs
Mosquito

Interscope Records
États-Unis
Note : 7/10

Si Yeah Yeah Yeahs incarnait l’électro-rock-pop éclaté avec ses précédents albums, il en est tout autre sur Mosquito. Le groupe de New York présente des mélodies plus sombres et plus intéressantes pour leur construction que pour leur aspect punché.

J’ai aimé écouter Yeah Yeah Yeahs (surtout It’s Blitz!) en voiture, les fenêtres baissées, en terminant de travailler les vendredis soirs. À l’époque, j’avais une Honda Civic blanche avec un gros sticker rose à l’arrière, pas de power steering. Une 1991, elle faisait mon âge (mon unique voiture à ce jour, très Laval). Yeah Yeah Yeahs, alors que j’étais encore au cégep, ponctuait donc mes débuts de soirées et week-ends. Leur musique représente depuis pour moi la liberté des soirs d’étés conjuguée au sentiment d’infinité qu’on peut ressentir à 18 ans.

Aujourd’hui, mon petit bolide a rendu l’âme et les vendredis soirs se font en autobus comme tous les autres jours de la semaine. Je me laisse donc guider par les aléas du transport en commun, bien souvent pour le mieux. Et les soirs d’étés, je prends mon vélo, c’est bien plus amusant, il n’y a pas de fenêtre, mais pas de musique non plus….

Pourquoi faire un détour sur les moyens de transport et l’évasion? Parce que Mosquito évoque un cynisme et une résilience par rapport au quotidien qui laissent froid à la première écoute. Par exemple, au-delà de ses bruits de wagons de métro en écho, le morceau Subway, lasse, nous fait éprouver la déprime des lundis soirs. Celle d’un trajet interminable où d’un œil à demi ouvert on analyse les gens autour sans vraiment porter de jugement.

Les ambiances variant d’un morceau à l’autre donnent l’impression de traverser la semaine en 40 minutes ; de la maison, au claquement des pieds dans la rue vers le boulot, passant par les rires dans le parc, le brouhaha des bars et le calme de la nuit. En portant l’oreille, on le décèle clairement.

Au-delà des sons d’ailleurs, les textes ont une connotation à un moment épuisé, à un autre désillusionné et parfois même angoissant. On s’y retrouve seulement avec des noms de chanson comme Slave, Wedding Song et Despair, mais à titre d’exemple, sur These Paths, Karen O chante d’une voix vaporeuse «These paths we’ll cross again, again, these pants rubbed off against, against…Take your piece or you’ll starve, take your piece, take it kid».

Sacrilège et Mosquito plus rythmés, rappellent les derniers albums. Area 52, plus rock, aux accords de guitare distortionnés et aux échos de bruits industriels, est lourde à l’écoute. Buried Alive laisse place à un segment rap un peu surprenant, mais pas mauvais. Cependant, dans l’ensemble, Mosquito demeure surtout composé de morceaux plus doux, répétitifs et ambiants comme Always.

Alors que Yeah Yeah Yeahs excellait à rendre l’infinie atteignable avec ses mélodies vibrantes, le groupe de New York fait maintenant revivre un quotidien parfois banal, parfois anxieux, tout en dénonçant l’absurdité de l’existence.

L’effet est tel qu’on peut seulement vanter l’album. Il est bien ficelé et il réussit vraiment à nous transporter avec honnêteté dans l’univers du groupe aux fils des sons et ambiances scellant chaque thématique.

Mosquito déstabilise. Difficile de dire s’il est marquant : ses mélodies ne le sont pas vraiment, mais il lance un message lucide et clair qui ne peut qu’être compris et écouté.

Liars – WIXIW [2012]

Liars
WIXIW

Mute
États-Unis
Note : 9/10

 

Après plus de dix ans d’ébullition créative, rares sont les groupes qui peuvent se targuer de toujours soulever autant de passions chez les mélomanes. Encensé à en faire rougir plus d’un sur certains de ses enregistrements (They Trew Us All… ou Sisterworld) ou crucifié sur un autre essai qui s’intéressait à l’univers de la sorcellerie (They Were Wrong, So We Drowned), l’inclassable trio Liars n’a jamais laissé personne indifférent. Affichant une brillante discographie sans compromis, ces maîtres du revirement spontané et du brouillage de pistes sont de retour avec un sixième long jeu rempli de contradictions, de doutes et d’anxiété.

Après un détour de deux albums qui nous replongeaient directement dans les racines rock du groupe, WIXIW (ça se prononce wish you) nous rappelle sèchement  que ces trois grands voyageurs n’ont jamais réellement priorisé la facilité. Alors que tous les critiques s’entendaient pour écrire que le groupe s’était finalement trouvé une certaine zone de confort, une autre avenue plus alléchante semble s’être présentée à eux: ranger les instruments et imaginer une suite au très drogué et électro Drum’s Not Dead (Mute, 2006).

Emballé par cette nouvelle aventure musicale, le trio s’est retrouvé isolé dans un studio en forêt aux côtés de Daniel Miller (réalisateur et fondateur des disques Mute). Un choix qui, en partie, pourrait expliquer les ambiances organiques qui dominent les 11 titres de WIXIW. Un album beaucoup plus épuré que Drum’s Not Dead. Il ne faut pas oublier que ce dernier carburait aux percussions (un titre assez évocateur) et avait été conçu au cœur de Berlin. Ceci dit, tout ce que WIXIW perd en intensité, il le gagne en subtilité.

La présence de Miller derrière la console se fait surtout sentir sur la pièce de fermeture (Annual Moon Words) qui fait écho à de vieux enregistrements de Depeche Mode (dirigés par ce même Miller dans une vie lointaine) ou au britannique Echoboy (protégé de Miller à une certaine époque). Brats, quant à elle (pièce le plus rythmée de l’album), nous laisse une envie incontrôlable de réécouter Beaucoup Fish d’Underworld ou XTRMNTR de Primal Scream (deux classiques indispensables des années 2000). Sur la pièce d’ouverture The Exact Colour of Doubt et sur Who is the Hunter, la voix de fausset d’Angus Andrew et les arrangements synthétiques minimalistes de ses comparses nous font oublier les ratés flagrantes des derniers essais électroniques de Radiohead. Les fans d’Atlas Sound (projet solo de Bradford Cox de Deerhunter) devraient aussi prendre le temps de tendre l’oreille à la pièce titre de l’album.

Véritablement, une des grandes réussites sonores de 2012. Les prochains mois nous laisseront savoir s’il ne s’agit pas de la plus grande… Pour l’instant, on écoute encore et encore.

Pour les friands de concerts, le groupe sera de passage à La Sala Rossa le 23 juillet. À ne pas manquer!

Santigold – Master of My Make-Believe [2012]

gonjasufi.muzzleSantigold
Master of My Make-Believe

Atlantic
États-Unis
Note : 7,5/10

En musique, le mariage entre la pop et l’alternatif n’est pas toujours gage de succès. Cette relation peut même parfois virer à la catastrophe. Surtout quand le premier des deux genres prend une plus grande part de la couverte. On a qu’à penser à l’artiste de hip-hop américain, Nicki Minaj, qui sur son dernier disque s’est davantage exercée à insulter la commercialisation de la musique qu’à produire du contenu de qualité. Ce raté amène pourtant une question intéressante. La pop serait-elle devenue une blague de mauvais goût?

Cette interrogation a fait écho dans le processus d’enregistrement du second disque de l’artiste américaine Santigold. Loin d’être une célébrité ou une habituée des palmarès, la chanteuse utilise et recycle la pop comme bon lui semble sans trop penser au nombre de fois que ses pièces pourraient être diffusées à la radio. En fait, la jeune femme originaire de Philadelphie profite du flou artistique de la pop nord-américaine pour concevoir des morceaux qui doivent en premier lieu lui plaire. Elle ne crache pas sur ce qui est susceptible de devenir populaire et ne s’empêche pas non plus de chanter sur des délires cacophoniques. Pour elle, les genres n’existent pas. La musique qu’elle conçoit n’a qu’une étiquette : son nom – Santigold.

Le disque Master of My Make-Believe est à l’image de l’artiste – à prendre ou à laisser. Pour l’apprécier, il faut d’abord aimer l’artiste et ses multiples facettes. On pourrait d’ailleurs comparer l’appréciation de ce disque à une partie de surf en mer. Avec onze morceaux navigants sur autant de courants musicaux, il est facile de s’échouer dans une zone d’inconfort comme d’en ressortir avec des sursauts d’adrénaline. Si la vague vous intéresse, accrochez-vous puisque ce disque risque de provoquer quelques revirements.

La première secousse est la plus ardue. La pièce GO! produite par Nick Zinner, le visionnaire des Yeah Yeah Yeahs, met en vedette la chanteuse, Karen O, du même groupe. Sur un rythme frénétique, Santigold donne le ton au disque. Pourtant, les répétitions viennent affliger le morceau d’une certaine lassitude. Disparate Youth vient régler la situation. Cette production de Ricky Blaze détone par son originalité et son message interpellant. «So let them say we won’t do better, lay out the rules that we can’t break / They want to sit and watch you wiggler, their lecacy’s too hard to take», chante une Santigold rêvant d’émancipation et de courage.

Les pièces suivantes ne sont pas sans rappeler les succès de la chanteuse sri-lankaise, M.I.A. Les deux artistes se ressemblent d’ailleurs beaucoup. Toutes deux ont une attirance pour la musique dansante à saveur internationale. Pourtant, Santigold se différencie par la simplicité de ses morceaux. Avec moins d’artifices dans la production, l’Américaine jouit d’un espace lyrique plus intéressant. Elle en profite sur This isn’t our Parade et The Riot’s Gone pour passer son message. 

Master of My Make-Believe se veut un moyen pour Santigold d’émanciper le rêve de la désillusion. Le défaitisme n’existe pas sur ce disque. Si bien que l’artiste nous martèle sans ironie que notre verre est encore à moitié plein. Il s’agit là d’une bonne dose de sincérité et d’honnêteté qui au fond nous fait apprécier de nouveau la pop alternative.

Les vidéos de la semaine #13

http://www.youtube.com/watch?v=uoguTV3cH_A

par Jean-François Téotonio et Charles Boutaud

God’s Eye View / Down Boy – Yeah Yeah Yeahs [réalisé par Brian Carroll]

Ce montage vidéo est le minutieux travail de compilation et d’assemblage de plusieurs scènes de films, ayant pour point commun l’angle « vue du ciel ». Le tout accompagné par la chanson Down Boy des Yeah Yeah Yeahs tirée de leur EP Is Is paru en 2007.

Si les images sont perpendiculaires au sujet, elles sont aussi parallèles à la musique, illustrant par moment les paroles de la chanson. Toujours en suivant toujours les nombreuses variations de rythme et d’intensité de cette dernière.

« Oh mon dieu! La scène de la toilette dans Trainspotting », « haha Zombieland! » et « Eternal Sunshine of the Spotless Mind, c’était tellement bon ce film-là », sont quelques une des réactions à prévoir. La première écoute est d’ailleurs généralement suivie d’une deuxième et d’une troisième, afin d’être sûr d’avoir identifié le plus de films possible.

C.B.

God’s Eye View from Brian Carroll on Vimeo.

Make My et Tip the Scale – The Roots

Lancer un vidéo chaque mardi de novembre, c’est la promesse qu’a fait le collectif hip-hop de Philadelphie, The Roots. C’est qu’ils ont le cœur sur la main! Offrir à leurs fidèles quelques choses à se mettre sous la dent, d’ici à ce que ceux-ci puissent mordre à pleines canines, jusqu’à la gencive, dans Undun, le prochain album du groupe prévu pour le 6 décembre prochain.

Des fidèles qui n’iront pas mordre la main qui les nourrit à la suite de l’écoute des deux premiers extraits/vidéos (Make My et Tip the Scale). Les images rugueuses en noir et blanc drapées dans la trame sonore de hip-hop mélodieux remplissent leurs objectifs de séduction.

Visiblement, The Roots semble préparer quelque chose de bien, mais chut! Rien de plus ne sera dit pour l’instant, il faudra attendre l’album (et la critique qui suivra sur Feu à volonté!) pour en savoir davantage. Heureusement, les vidéos sont là pour ça. Déjà, le conditionnement pavlovien se fait sentir, pour le mieux.

C.B.

Festival – Sigur Rós [réalisé par Vincent Morisset]

Le groupe islandais de post-rock Sigur Ros lancera un CD/DVD la semaine prochaine. Intitulé Inni, l’ensemble comprend un DVD (ou Blu-Ray, c’est selon), réalisé par Vincent Morisset, et deux disques compacts live de deux concerts donnés à Londres en 2008 lors de la tournée pour leur dernier album, l’excellent Með suð í eyrum við spilum (traduction : avec un scillement dans nos oreilles, nous jouons éternellement).

Voici donc un extrait de la chanson Festival qui est sorti cette semaine. On nous promet un film d’une grande intensité, beaucoup plus immersif qu’un simple concert filmé de façon classique. À en voir les premières images présentées ici, on peut facilement le croire. Après avoir été enregistrées, les images ont étés refilmées à travers de la vitre pour donner des effets visuels intéressants.

Et, fidèle à son habitude, Sigur Ros nous offre ici une performance intense et digne de son statut.

J-F.T.

Sigur Rós: Festival (Live) from Sigur Rós on Vimeo.

Shipwreck – Modeselektor feat. Thom Yorke [réalisé par Tony ‘’Druand’’ Datis]

Une des deux collaborations de Modeselektor et de Thom Yorke, Shipwreck, a été mise en images de brillante façon. La pièce tirée du dernier album de Modeselektor, Monkeytown, sorti le 30 septembre 2011, se fait tendue, tordue, portée par les rythmes saccadés et le falsetto de Yorke.

Le clip, qui a plutôt les allures d’un court-métrage met en scène un jeune garçon qui se retrouve en territoires dévastés, probablement post-apocalyptique, curieusement à la recherche de piles. Seul dans ce monde terrifiant, il doit survivre et chercher à se protéger des êtres lugubres qu’il rencontre. Une suite d’images bien ficelée, très sombre, qui nous tient en haleine jusqu’à la fin. À noter l’excellent travail dont fait preuve le jeune acteur repêché pour ce rôle troublant.

J-F.T