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Bilan du mois de mars 2010 (deuxième partie)

Comme promis, voici la suite de notre bilan du mois dernier, concluant définitivement le dernier mois d’hiver. À l’honneur, Gil Scott-Heron, The Morning Benders, les Vulgaires Machins et Broken Bells.

Gill Scott-Heron - I'm New HereGil Scott-Heron
I’m New Here

XL Recordings
États-Unis
Note : 8/10

Gil Scott-Heron a été laissé pour mort après son passage en prison. Celui que certains ont surnommé comme le « Bob Dylan noir » pour son excellente plume a été arrêté en 2001 pour possession d’héroïne. Sentence après sentence, le chanteur soul a vu son séjour s’allonger jusqu’en 2007. Son martyr était censé continuer jusqu’en 2009, mais, pour des raisons médicales (il serait séropositif), il a été libéré et ramené à sa nouvelle prison, l’île de Manhattan. Dès son retour, Gil Scott-Heron s’est lancé à la production de son premier album en quinze ans, I’m New Here. S’armant de jeunes loups comme le producteur de XL Recordinds, Richard Russel, et le chef d’orchestre des Gorillaz, Damon Albarn, Gil Scott-Heron a renaît de ses cendres avec un souffle magnifiquement renouvelé. Il offre d’ailleurs son meilleur album depuis son disque de 1971, Pieces of a Man.

Il ne faut pas s’y méprendre, la qualité de cet album se retrouve essentiellement dans les paroles profondes et bien ficelées de Gil Scott-Heron. Touchant des thèmes sombres comme le mal, la noirceur, la douleur et la mort, l’auditeur est invité à s’asseoir et prendre tout le temps de l’écoute de l’opus pour réfléchir. Me and the Devil et New York is Killing Me présentent les moments les plus originaux du côté de l’instrumentation. D’ailleurs, le premier morceau est un clin d’œil à la pièce Me and the Devil Blues du musicien Robert Johnson, celui qui, d’après la légende, aurait vendu son âme au diable pour inventer le blues. Après sa crucifixion en prison et sa résurrection avec ce nouvel album, Gil Scott-Heron, le Jésus de Manhattan, peut enfin fumer sa cigarette en paix et se dire que même à l’aube de la noirceur, tout est encore nouveau pour lui. (W.F.)

The Morning Benders - Big EchoThe Morning Benders
Big Echo

Rough Trade
États-Unis
Note : 7.5/10

Très attendu, le nouvel album de The Morning Benders, Big Echo, est arrivé chez les disquaires au moment idéal. Ce deuxième album du quatuor de Berkeley déborde d’une sonorité estivale contagieuse qui correspond parfaitement avec l’arrivée précoce de la saison printanière. Produit par Chris Taylor, le bassiste de Grizzly Bear, cet opus rassemble la complexité de la musique de la côte est et la légèreté instrumentale du sud-ouest américain sans pour autant se laisser emporter par les stéréotypes des deux genres. La présence de Chris Taylor se fait sentir sur quelques morceaux, particulièrement le premier simple Excuses et la très « grizzly bear-esque » Pleasure Sighs. Big Echo offre de bons moments sur chacune de ses pièces, mais il tarde à donner davantage que ce à quoi s’attend l’auditeur. Pour son prochain album, The Morning Benders aura la lourde tâche de dépasser les enseignements de groupes comme Yo La Tengo, Death Cab for Cutie et bien sûr leur maître spirituel Grizzly Bear. (W.F.)

Vulgaires Machins - Requiem pour les sourdsVulgaires Machins
Requiem pour les sourds

Indica
Québec – Montréal
Note : 7/10

Groupe essentiel dans le paysage musical québécois parfois bien trop mou, les Vulgaires Machins nous reviennent avec Requiem pour les sourds et leurs concoctions power-pop-punk similaires à de belles gifles en plein visage. Dès le début de Presque complet, on retrouve ces mélodies héritées de Green Day sur lesquels se posent des textes toujours autant politisés et réalistes. Les refrains demeurent accrocheurs et promettent de beaux spectacles anarchiques lors de leur prochaine tournée. On a même droit à une surprenante chanson d’amour avec Je m’excuse… je t’aime, où le duo composé de Guillaume Beauregard et Marie-Eve Roy scande : « Je m’excuse / Je t’aime » à pleine voix tout au long du refrain. Sans se réinventer à chaque disque, les Vulgaires Machins prouvent, encore une fois, leur raison d’être, tout en s’offrant une belle dose d’autoparodie révélatrice sur Parasites : « Nous sommes des parasites / Nous sommes des putes / Nous ne sommes qu’un prétexte / Pour vous faire regarder d’la pub ». (O.M.)

Broken Bells - Brokel BellsBroken Bells
Broken Bells

Columbia
États-Unis
Note : 6.5/10

S’unissant au prolifique Danger Mouse pour son projet solo intitulé Broken Bells, James Mercer, chanteur de The Shins, a lancé son premier disque sous ce pseudonyme le 9 mars dernier. On y retrouve l’ambiance toujours aussi conviviale de la musique de son groupe habituel, composée de douces mélodies sympathiques, d’arrangements à la fois rock, électroniques et folk ainsi qu’une bonne dose de plaisir avoué. Le gros problème du disque, cependant, demeure l’impossibilité de se démarquer du reste tant tout ce qu’il contient a déjà été entendu et réentendu ailleurs. C’est doux, ça s’écoute bien, mais ça recycle énormément de concepts et laisse une impression de déjà-vu. (O.M.)

Jónsi – Go [2010]

Jonsi - GoJónsi
Go

XL Recordings
Islande
Note : 7.5/10

Connu pour sa voix magique et ses prouesses musicales comme chanteur et guitariste de Sigur Rós, Jónsi lance son premier album solo en s’attaquant à la pop atmosphérique, au post-rock et à l’électronique avec une verve assumée et un goût pour l’excentricité. Si l’héritage de son groupe s’entend sur la plupart des chansons, l’Islandais de 34 ans mérite une mention pour son talent créatif sur certaines pistes originales merveilleusement bien ficelées.

Tout débute avec l’extrait Go Do (dont l’ahurissant vidéoclip circule depuis un bout de temps déjà), dirigé par un kick drum massif frappant chaque temps ainsi qu’une mélodie légère de flûte. Le mélange peut paraître insolite, et il l’est. La voix de Jónsi se superpose à cet arrangement éclectique grimpant au ciel et se posant sur un nuage. Similarités rythmiques sur Boy Lilikoi, où l’instrument à vent laisse sa place à une guitare arrangée par ordinateur. Dans les deux cas, la somme des instruments est ponctuée d’ajouts de cordes, de sons électroniques festifs et flottants comme des confettis entre les passages musicaux plus agressifs. La créativité du musicien transpire de tous les côtés tant la concoction, pourtant étrange sur papier, apparaît nécessaire une fois dans nos oreilles.

Dans le même esprit printanier s’inscrivent Animal Arithmatic et Around Us, deux morceaux construits autour de frénétiques percussions artificielles ou non. Le premier pourrait presque donner une crise de nerf tant les tambours sont envahissants et omniprésents au-dessous de la voix saccadée du chanteur. Le second constitue presque une marche militaire, avec son tambour régimentaire honorable et la voix écho de Jónsi. Encore une fois le résultat surprend et donne le goût de célébrer le retour des oiseaux, des fleurs et d’autres éléments clés de cette période de l’année.

Pour le reste du disque, on pige surtout les inspirations dans le registre de Sigur Ros. Tornado démarre sur un tourbillon de piano qui n’est pas sans rappeler Pyramid Song de Radiohead avant d’intégrer des charges de cymbales et de tambours dans son crescendo ascendant jusqu’aux nuages. Même son de cloche du côté de Sinking Frienship où les violons, le piano, la voix et autres ajouts, quoique sublimes et bien arrangés grâce à l’apport de Nico Muhly (Grizzly Bear, Bonnie ‘Prince’ Billy), ne se démarquent pas vraiment du reste.

Fait à noter : les paroles sont chantées majoritairement en anglais. Sur Kolniður, par contre, la langue natale du musicien nous est dictée en plein visage sur fond mi-doux, mi-profond. Hengilas, qui termine l’album, est aussi racontée en islandais. Il faut avouer que Jónsi paraît fortement plus noble lorsqu’il utilise cette langue pour nous narrer une trame musicale tant celle-ci est peu commune. Mais on lui pardonne son choix, définitivement pop, puisque Go rime parfaitement avec l’atmosphère du moment.

Bilan du mois de mars 2010 (première partie)

S’il y a bien quelque chose de dommage dans l’exercice d’entretenir un blogue de musique, il s’agit certainement de ne pas avoir le temps pour écrire quelques lignes à propos de chaque artiste ou album que l’on considère digne de mention. Désormais nourri par deux têtes et deux paires de mains, la rédaction de Feu à volonté! s’est décidée à, chaque fin de mois, si possible, dresser un bilan des albums oubliés au cours des dernières semaines. Parce que l’on s’en voudrait trop de passer à côté de tant de mines d’or.

Ce bilan du mois de mars sera, tout d’abord, complètement imparfait (avec Teen Dream, lancé en janvier) comme n’importe quel lancement de projet, et ensuite merveilleusement rock avec plusieurs très solides sorties des dernières semaines. Et vous l’aurez compris, la suite s’en vient bientôt.

Titus Andronicus - The MonitorTitus Andronicus
The Monitor

Xl Recordings
États-Unis
8.5/10

Pour son deuxième album, The Monitor, le quintette américain Titus Adronicus nous raconte à sa manière la Guerre de Sécession en embrassant à pleine bouche le punk et le shoegaze. Le mélange se révèle comme étant un véritable coup de poing à la mâchoire pour l’auditeur qui n’est pas un habitué du groupe. Après une seule écoute, on réalise assez vite que chacune des pièces sur The Monitor a le pouvoir de se présenter comme digne candidate au prochain hymne national américain. Sur A Pot In Which to Piss, un fantastique morceau de huit minutes, on croit entendre Kurt Cobain, avec quelques cigarettes de plus sur la gorge, chanter une version bien personnelle de Born to Run du chanteur folk rock Bruce Springsteen. La tragédie derrière ce dernier opus de Titus Adronicus est qu’un seul disque n’est pas suffisant pour rassasier tout l’enthousiasme qu’il provoque. (W.F.)

Xiu Xiu - Dear God I Hate MyselfXiu Xiu
Dear God I Hate Myself

Kill Rock Stars
États-Unis
8.5/10

Façonné dans un enrobage art-rock bourré d’arrangements électroniques et de surprenantes textures musicales sorties à la fois d’un jeu vidéo des années 90 et d’une dépression nerveuse et existentielle, Dear God I Hate Myself possède énormément de qualités susceptibles de lui ouvrir les portes des palmarès de fin d’année. Étant à la fois charmante, déprimante et surprenante, la dernière création de Xiu Xiu et de son gourou, Jamie Stewart, nous plonge dans un univers émotif établi sur des bases infiniment créatives et originales. La guitare acoustique se mélange à des explosions d’électronique lo-fi, le piano à des tambours synthétiques retravaillés, le tout dirigé de manière ingénieuse et mis en pièce par la troublante voix détruite de Stewart. (O.M.)

Beach House - Teen DreamBeach House
Teen Dream

Sub Pop
États-Unis
8.5/10

S’il est vrai que l’état de veille chez l’être humain est un moment de rêve contrôlé, il est alors fort possible que ce soit dans un rêve lucide que le groupe Beach House a enregistré l’essentiel de son troisième opus, Teen Dream. Le duo de Baltimore avoue avoir réussi son album le plus accompli et cela à l’aide de meilleures ressources pour la production. La chanteuse Victoria Legrand a d’ailleurs avoué que le temps supplémentaire à la conception de Teen Dream a permis au groupe de faire un album à la hauteur de ses espérances. Beach House n’utilise qu’une guitare, une batterie et un synthétiseur pour accompagner la voix planante de Victoria Legrand. Ce minimalisme instrumental n’enlève en rien à l’ambiance riche et étoffée que l’on retrouve sur chacune des pièces. Le morceau Norway s’avère être un tour de force majestueux auquel s’apprête le groupe. À la fin de l’album, Teen Dream s’évapore doucement de nos esprits pour nous ramener sur pieds après un passage du côté des rêves lucides, là où zèbres roses et ballades dans le parc se mélangent comme guitare et voix. (W.F.)

These New Puritans - HiddenThese New Puritans
Hidden

Domino
Royaume-Uni
8/10

Si l’entrée en scène de cuivres atmosphériques sur Time Xone précédant l’incongrue suite dominée par des textures orientales et une construction art-rock avec rythme plus électronique que rock ne vous convainc pas du talent de composition de ce groupe originaire de Southend-on-Sea, rien ne le pourra. Avec des titres de chansons comme We Want War, Attack Music et Fire-Power, These New Puritans ne cache pas son désir de créer une atmosphère explosive et violentes, employant parfois même des bruits de canon et d’épée mélangées à des cordes ou des cuivres pour accoucher d’un mélange troublant et difficile d’accès. Mais une fois apprivoisée, la musique de Hidden comporte de superbes moments musicaux, comme l’épique Orion ou encore la finale, 5. (O.M.)

Fang Island - Fang IslandFang Island
Fang Island

Sargent House
États-Unis
8/10

Définition de Fang Island, nom de groupe singulier : quintette constitué de trois guitaristes explosifs, un bassiste et un batteur, se présentant sur son premier disque comme le digne enfant de trois générations musicales. Rassemblant le rock épique des années 70 avec ses avalanches de guitares à la Thin Lizzy, les mélodies punk à la saveur de Blink-182 et les harmonies vocales folk de Fleet Foxes, le groupe a le pouvoir de se créer un grand bassin d’amateurs. Propulsé à sa première pièce Dream of Dreams par le son de feux d’artifices, le groupe de Providence au Rhodes Island démontre un savoir faire illimité pour la guitare. D’ailleurs, le premier solo de l’instrument est synthétisé de la même manière qu’Eddie Van Halen s’est exercé pour bâtir son succès Jump. La suite est tout aussi époustouflante. Fang Island ne s’épuise jamais et pousse même plus loin avec les morceaux Daisy, Life Coach et Sideswiper. Cet album éponyme lance les bases pour un groupe rempli de potentiel qui, à l’avenir, aura le luxe et la chance de concevoir des disques plus long que trente minutes. (W.F.)

Lightspeed Champion - Life is Sweet! Nice to Meet youLightspeed Champion
Life is Sweet! Nice to Meet you

Domino
États-Unis
6.5/10

Avec la voix de Devonté Hynes toujours à l’avant scène, Life is Sweet! Nice to Meet You, malgré la qualité de sa composition et de sa réalisation, n’arrive pas vraiment à surprendre. Tout est bien ficelé, bien poli et bien entretenu et c’est ce qui créé une certaine impression de déjà vu. Puisant dans tous les cercles possibles et imaginables de l’indie rock, du folk et dans tout ce qui se nomme alternatif pas trop sale, l’album s’écoute extrêmement bien, comportant quelques hymnes vachement sympathiques (There’s Nothing Underwater, The Big Guns of Highsmith). Par contre, il s’épuise quelque peu vers la fin et quelques moments peuvent facilement s’oublier. Néanmoins, Lightspeed Champion offre beaucoup de plaisir aux amateurs de musique, sans toutefois offrir de révélation. (O.M.)

Vampire Weekend – Contra [2010]

Pochette de l'album Contra, par Vampire Weekend

Vampire Weekend
Contra

XL recording
États-Unis
Note : 7/10

Vampire Weekend a accompli l’exploit de maintenir secret le contenu de Contra jusqu’à environ 1 semaine avant sa sortie, c’est-à-dire lorsque le groupe a rendu disponible les chansons sur son Myspace. Ce fut peut-être une bonne chose pour ce groupe, qualifié pour se joindre à la catégorie des bands propulsés extrêmement rapidement grâce au web 2.0 et à la hype. Le mystère est donc resté entier pour, finalement, nous avoir fait saliver d’attente pour un bon disque, sans plus.

Horchata, connue du public depuis belle lurette, constitue une introduction solide au reste de l’album. Les moments moins intenses, conduits par des sonorités afro-pop basées sur une esthétique indie-rock très new-yorkaise, se retrouvent séparés par un refrain avec rythme caribéen et voix en choeur. Sans être magnifiquement entraînante, elle demeure efficace grâce aux variations de rythmes et de mélodies.

Dans le même registre on retrouve White Sky, moment léger incluant des sonorités similaires et un refrain presque comique où Ezra Koenig, chanteur et guitariste, s’amuse à pousser sa voix ridiculement aiguë. Run et Diplomat’s Son font aussi parti de cette portion plus afro-pop et, si la première constitue l’un des points forts grâce, encore, à la variété de rythmes et de sons, la seconde ennuie lors des couplets avec une mélodie simili-dub et une voix paresseuse sans énergie

Ce dernier concept demeure pourtant ce qui fait la force du groupe et celui-ci le prouve avec Cousins, chanson énergique manoeuvré avec un combo batterie-basse appuyé, par moments, par des explosions de guitare cassantes. Ezra, et le reste du groupe, semble s’amuser comme un fou à chanter à propos d’absolument rien et à crier des AY! AY! AY! jusqu’à un crescendo final accompagné de cloches de célébration.

Lorsque l’énergie manque (I Think Ur a Contra, Taxi Cab), le groupe endort avec des tentatives ratées d’Ezra de chanter bas et doucement. Musicalement, l’atmosphère de Vampire Weekend demeure, mais pas le résultat, sans nervosité ou rehaussement spontané. La saveur pop réjouissante se retrouve diluée dans des sections molles où le groupe finit par perdre son identité.

Et que dire de California English, construite sur un bon rythme mais parasitée par de l’auto-tune maladif qui gâche la voix qui, au milieu du bordel sonore, se perd et brise les sonorités pourtant bien choisies.

Par moments mal proportionné, par d’autres porteur d’une énergie pandémique doublée à une atmosphère tropicale hybride avec de l’indie rock nordique, Contra demeure un bon disque qui, par contre, risque de décevoir les plus ardents fans du premier opus.

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