L’une de mes pages du Quai écrite par Constance et Mélanie Venditti

Pendant le souper avec mon coloc, on jase de nos plans pour la soirée qui s’en vient. Tout d’un coup, je réalise que c’est mon tout premier Taverne Tour. Ça me paraît étrange tant j’ai la sensation parfois de toujours avoir vécu au Québec. C’est sur ce décalage avec la réalité que je quitte la maison pour aller au show de Constance et de Mélanie Venditti, programmés pour le premier soir du festival.

Mélanie Venditti/Photo: Lise Brun

Ce ressenti particulier me reste à l’esprit tout le long du chemin qui me sépare du Quai des Brumes. Je prends conscience aussi que l’année passée, à peu près à la même époque, je mettais les pieds pour la première fois dans ce bar de la rue Saint-Denis. On me l’avait vaguement recommandé pour me réconcilier avec le Plateau. Ça a comme plutôt bien marché puisque c’est devenu un repaire dans une période où je commençais justement à en manquer, de repères.

Adossée à l’un de ses murs boisés, c’est de ça dont on parle beaucoup avant le show avec mon copain Gab qui, lui, ne vient pas si souvent. Des gens de tous les âges et de tous les horizons discutent joyeusement autour de nous. Je tente de lui expliquer ma relation avec le Quai, cette adresse comme un vieil ami de chez qui je sors toujours avec les choses remises à la bonne place et qui me permet de continuer d’avancer. Il me demande si j’ai déjà eu ce genre d’histoire avec d’autres lieux. Je réponds oui immédiatement. Je lui cite quelques exemples, mais au fond de moi, je ne suis pas très convaincue par ce que j’avance. Faut dire que ça ne doit pas être si commun de se sentir aussi proche d’un endroit, sans même songer, comme l’a évoqué Mélanie, aux gens qui y sont, aux serveurs et aux boissons servies (avec beaucoup de gin et un peu moins de pamplemousse). La place elle-même a quelque chose de captivant.

Cet amour si singulier du Quai, depuis trente-quatre ans, on est beaucoup à le partager. Il possède autant d’histoires que de personnes qui foulent son sol, que d’artistes hétéroclites qui y jouent, y exposent ou y déclament des vers, que de saisons, de peines et de joies qu’il voit passer. Il est toujours très différent et à la fois fidèle à lui-même. Ce soir, en tout cas, il est entre les mains de gens qui vont en prendre grand soin: Guillaume Guibeault (alias Constance), Mélanie Venditti, Etienne Dupré et Mandela Coupal-Dalgleish.

Dans l’esprit de ce lieu mythique, ils nous ont réservé une soirée spéciale… et pas si spéciale à la fois. Comme Guillaume et Mélanie le rappellent durant le show, ils jouent tous ensemble depuis longtemps. Et c’est encore à quatre qu’ils passeront toute la soirée sur scène, d’abord avec les chansons de Guillaume, ensuite avec celles de Mélanie.

Constance/Photo: Lise Brun

La première partie du concert est donc réservée à Constance, le projet électro-folk romantique de Guillaume que l’on peut apprécier à la maison grâce à un EP depuis 2015. Ces compositions sont encore plus belles live, évoquant tantôt Sufjan Stevens, tantôt David Giguère. La magie survient grâce à d’essentiels petits détails. Évidemment, la beauté des quelques instants de thérémine joués par Mélanie en font partie. Mais surtout, le plaisir qu’on a de voir le batteur ressentir autant la musique quand il joue, la joie de voir Guillaume parvenir à s’approprier de nouveau l’espace grâce à la bienveillance qui règne durant cette soirée, la sérénité qui plane parmi le public et l’excitation d’entendre du nouveau matériel très prometteur, dont une très belle chanson d’amour terminée le matin même et qui assure une transition en douceur vers le second temps de la nuit.

Louangées de tous, la sensibilité et la musique de Mélanie, plus rock, s’enchaînent à merveille. Lorsqu’elle a fait son apparition en 2016, certains ont parlé de Brigitte Fontaine, de Ferland ou encore de Barbara. Moi, je ne parviens à penser à personne d’autre qu’à Laetitia Sadier (Stereolab): la solidité, l’indépendance, l’audace, la voix et même la gestuelle. Le show est ici plus rodé, même si on a droit à quelques expérimentations, improvisations et digressions sur le mezcal. Je suis très attachée à la qualité des textes, mais je dois l’avouer, j’ai de la difficulté à ne pas laisser le flot des mélodies et sa voix m’emporter complètement durant le concert. Mes larmes coulent malgré tout quand j’entends un passage qui évoque plus explicitement sa maman. Elles traduisent moins une souffrance que mes cicatrices qui continuent de s’apaiser à mesure que je découvre l’univers artistique de Mélanie.  

Mélanie Venditti/Photo: Lise Brun

Bref, pas mal de cœurs émus et d’yeux brillants ont été aperçus. Le Quai à son meilleur.

Taverne Tour: Alaclair Ensemble vu par deux hurluberlus

Avec Samuel Brisebois

AVANT LE SHOW

Marielle, 20h30

Yo t où? 

Sam, 20h35

CHHHHEZ NOUS. C’EST SOLD OUUUUT. #LaissezMoiDormir

Marielle, 20h42

Ça fait 3 shows que tu chokes, mais ok. Anyway tu manqueras pas grand-chose c’est au Belmont loooooooooooooooool

Sam, 20h43

Eeeeh boiii. #gangrène?

Marielle, 20h43

More like #prépubertéallaround

Sam, 20h45

Est-ce que tu peux-tu m’faire vivre le show à distance PLYZE?

Sam, 20h52

MarielleEeee?!

Marielle, 20h53

RelaaaaxEE. Je dansais la bachata sur la bonne musique de Ajust!

Sam, 20h54

Queouwat Ajust fait la première partie? Y’était trop nice au Centre Bell.

Marielle, 20h54

Ah au show de Loud

Sam, 20h56

Non à Disney On Ice il accompagnait sa nièce. Qui va au Centre Bell pour vrai?

Marielle, 20h56

Loud.

Sam, 21h02

Et Jay Du Temple qui n’a pas trouvé de salon de coiffure? #moldu

Marielle, 21h47

Bon je suis arrivée au Belmont… Ça sent la barbe humide et le pipi d’asperge

Sam, 21h49

#CoronaVirusMTL… Avoir une barbe c’est très 2014? Est-ce que Claude Bégin est là? J’espère qu’ils vont faire J’thème.

Marielle, 21h52

Ouais. Moi j’espère qu’ils vont faire Calinours et que Claude Bégin me demandera de lui frotter le ventre pendant la performance.

Sam, 21h52

Tu mérites ça.

Marielle, 21h57

Je suis persuadée qu’il se met de la crème matin et soir sur le bedon. J’aurai ENFIN accès à la vérité: est-ce de l’huile de noix de coco pure, du lait hydratant OU de la crème bien bien riche en VITAMINE E ???

Sam, 21h57

Ça commence à quelle heure? C’est qui la première partie pour vrai? C’tu bon ou c’est des rappeurs montréalais qui se prennent pour Simple Plan? MDR.

Marielle, 22h02

MDR XD

Marielle, 22h03

C’est supposé commencer à 22h30. Je suis définitivement arrivée trop tôt. Je pensais t’allais venir, mais là je vais encore devoir me divertir TU-SEULE. Peut-être pratiquer ma signature? Ou sinon m’asseoir au bar et attendre en fixant quelqu’un avec mon regard “À la DI STASIO”. Avoue que c’est mon regard le plus franc et vrai… J’ai déjà fait ça une fois et on m’a dit que j’avais un superbe regard!

Sam, 22h04

Tu as un parfait regard d’élégante autruche.

Sam, 22h04

Tu vô tu m’envoyer des vidéos pis tout, pis tout?

Marielle, 22h08

T’avais rien qu’à venir, buddé. 

Sam, 22h10

Comment je peux venir si c’est sold out? Prétendre que je suis Wolfred Nelson?

Marielle, 22h11

The only Wilfred I would pretend to be, c’est Wilfred LeBouthillier

Sam, 22h45

Marielle, 22h46

My bébé-Jésus. Ça t’a pris tellement de temps me répondre, tu faisais quoi? Manque de respect à mon bon chum #wilfredleboot. Tu m’as left hangé ici avec mon Mont Blanc à pratiquer ma signature tout en essayant de trouver Josée Di Stasio.

Sam, 22h46

Je regardais une reprise de RPM dézooolay.

Sam, 22h58

C’est tu parti là? Je suis pas là pis on dirait que ça prend une éternité et demie.

LE SHOW

Marielle, 23h

Ok. Ont-ils mentionné les FAIBLES freins de la nouvelle Mazda 3?

P.S. Le show est commencé BYEDEWÉ!

Les green minces / Photo: Marielle Normandin Pageau

Sam, 23h02

Tant de vies en danger… Piiis y’ont commencé avec quoi?

Marielle, 23h05

Tellement… Parlant de mort:

Y’a pas d’oxygène icitte.

Juste des oxy-morons.

LOOOOOL

Y’ont fait RPA dès le début, mec, c’est gr8.

Sam, 23h07

Est-ce qu’ils font la toune du recyclage? 🤔

Marielle, 23h08

Tout le monde connaît toutes les paroles. MAIS PERSONNE CONNAIT CELLES DE AMADIT !?!?!

Sam, 23h08

Inexcusable.

Allôôôôô! / Photo: Marielle Normandin Pageau

Marielle, 23h35

Malaiiiiiise. Maybe vient de finir de jouer Downtown (au lieu de Kooga’s Trap lol) et un dude crie à pleins poumons (il a la même voix que Ricardo) «ON EST DES MINCES». #CRINGE

Marielle, 23h37

Bon live c’est L’île et c’est suintant.

Sam, 23h37

KANG KANG KANG KANG KANG

Marielle, 23h42

Bonne réponse. Le gars à côté de moi, non seulement son man bun ne cesse de se défaire DONC ses cheveux me collent dessus, mais y’a aussi un set de clefs accroché à ses pants avec un mousqueton qui arrêtent pas de me fouetter les os de la main. 

Sam, 23h43

Va falloir qu’il réserve le Centre Bell pour se couper les cheveux on dirait ben…

Marielle, 23h45

Fuck, chaque fois que tu parles du Centre Bell, je pense à lorsque j’ai décidé de ne pas aller voir Mixmania en show en 2003 et j’ai soudainement de forts remords qui remontent en moi 😭😭😭

Sam, 23h46

COMME LES CINQ DOIGTS DE LA MAIN. 

Marielle, 23h48

Alaclair vient de remercier DJ Manifest sinon «vous seriez là à attendre comme dans une fuckin bibliothèque» 😂😂😂

Oh et le micro de KNLO vient de semi-lâcher et Eman lui propose d’utiliser son micro #solidaritécute #belmont #bromont #bromance

Officiel lyfe / Photo: Marielle Normandin Pageau

Sam, 23h52

👌 Merci des détails. 

Est-ce qu’ils font leur habituel fou freestyle?

Marielle, 23h55

Ouais, mais on dirait que j’entends rien et je suis un peu trop distraite par les cheveux de mes comparses voisins qui me collent dessus… 

Marielle, 00h01  

Je viens de sauter à 5 pieds. Ils ont joué genre les 45 premières secondes de Fuck The Police de J Dilla, mais ils demandaient à tous de crier fuck la police #enfrançaissvp

Sam, 00h03

Doux souvenirs des Francofolies 2000 quand ils nous faisaient crier Fuck Da Police drette pipe à côté du poste de popo.

Marielle, 00h04

Parlant de popo, les toilettes sentent le pâté chinois post-coronavirus

Sam, 00h06

Tellement 2020, cet article.

Marielle, 00h07

Est-ce que tu sais c’est qui une des meilleures personnes dedans l’univers?

Sam, 00h09

Qui?

Marielle, 00h10

MAYYYBEE WATS

Sam, 00h11

Ouais ok. MAIS POUQUOI?

Marielle, 00h15

Genre, à Tetris en fait. Y’est dans le top. Ogden vient de nous apprendre ça.

Sam, 00h16

Géant

Marielle, 00h30

Pis là Ogden se cherche des amis pour jouer aux échecs. QU’EST-CE QUI SE PASSE icitte sti! 

Sam, 00h35

Les intérêts sur internet.

Marielle, 00h35

Faque y’ont fait l’album Vol.2 tel que mentionné. Quoi dire de plus?

😍/ Photo: Marielle Normandin Pageau

Sam, 00h36

Je commence un autre épisode de RPM

APRÈS-SHOW

Marielle, 00h37

Y’ont pas fait Calinours 😭 C’est QUOI que Claudette met sur le bedon de Claude?! HEIN?!!

Sam, 00h38

Tout est impossible de nos jours… 

Comment tu décrirais le show en yink une barz

Marielle, 00h41

Entrée ici fatiguée, sortie d’ici énergisée? OOOOOOHHHHH

Ogden aurait dû faire Flambant neu

Sam, 00h42

Où est le magicien quand on a besoin de lui?

Marielle, 00h43

Ouin. Sur ce je m’en vais me faire un bain avec 50 % de sel d’epsom, 25 % de fleur de sel caramélisée, 13 % d’H2O et 2 % de prières à Heath Ledger. 🤡

Fin. 

Générique.

Alaclair Ensemble/Photo: Marielle Normandin Pageau

Taverne Tour: Décider de ne pas se battre au show des Shirley

Je vais le faire. J’avais décidé que c’était fini. Qu’il était temps qu’on arrête de parler d’elles de cette façon. Mais, on va faire un deal. Je vais le faire, mais plus personne ne le fait après. Ça va être la dernière fois pour toutes. Ok? Voilà. Donc… TROIS FILLES QUI FONT DU ROCK, ÇA FAIT DU BIEN. Je l’ai dit. Donc vous n’avez plus besoin de le dire. Jamais. On va parler de leur rock implacable encore longtemps, mais ce n’est plus un trio de filles, c’est juste un excellent trio. Les Shirley ont mis le feu au West Shefford pour le Taverne Tour et on était là.

Les Shirley/Photo: Élise Jetté

C’est alors que je me stationne devant le pub, affublée de mon attitude punk-rock de secondaire 4 pour apprécier pleinement Les Shirley, que je me fais mansplainer mon parking. Je m’installe dans ce qui est visiblement un stationnement, mais qui est évidemment non-délimité par des lignes visibles étant donnée la neige abondante. Et quand je sors de la voiture, un fier gérant d’estrade, en t-shirt devant l’éternel (l’éternel étant la météo de janvier), me dit «hey fille, t’es pas dans tes lignes». Il est pas chanceux parce que j’ai mon attitude de taverne, tsé. «C’est tu toi le valet?», que je le questionne. «Ben non», qu’il bredouille. «Me semblait aussi», répond la baveuse que je suis.

Fin de l’aventure extérieure.

Raphaëlle, Les Shirley/Photo: Élise Jetté

Dans le pub West Shefford, je suis étonnée de voir que la scène a été érigée dans l’entrée, dos à la fenêtre, ce qui permet d’être aux premières loges dès qu’on fait irruption dans le bar. Petite bière en main, j’attends que le show commence après m’être procuré l’incroyable chandail à serpent du groupe. Disponible sur bandcamp, c’est le genre d’accoutrement qui peut rebuter un monsieur qui a envie de te dire comment te stationner.

Photo tirée de bandcamp

Lisandre au drum, Raphaëlle à la guitare et à la voix et Sarah à la basse n’en sont pas à leur premier BBQ. Elles s’exécutent comme s’il fallait tenter de casser la vitre de la façade avec le simple pouvoir du son.

Lisandre, Les Shirley/Photo: Élise Jetté

«Tout va bien aller, on est des professionnelles», dit Lisandre lors d’un léger accrochage de Sarah dans ses pédales. Personne n’en doutait.

Le groupe présente les chansons de son EP, mais surtout, et avec beaucoup de plaisir, les tounes qui seront sur un album prochainement. On attrape effectivement le band quelques jours avant qu’il entre en studio pour enregistrer un premier long-jeu. Tout se passe bien.

Raphaëlle, Les Shirley/Photo: Élise Jetté

Les chansons que les gens connaissent déjà et celles qu’ils découvrent avec intérêt provoque la même écoute active. «I feel so far away from any drama», s’exclame le gars à côté de moi à son ami. Il a dû avoir une journée plus tof que la moyenne.

Sarah, Les Shirley/Photo: Élise Jetté

Avant de nous offrir une version bien spéciale de I Will Follow Him de Little Peggy March (mais surtout de Whoopi dans Sister Act), Raphaëlle demande «d’entendre voler une mouche». Choses pas simple étant donné le bruit ambiant des fans, mais aussi des habitués du bar qui n’ont pas changé leurs habitudes pour l’occasion. «C’est plus tof, entendre les mouches, quand c’est l’hiver», rétorque la drummeuse. Pas con.

Les Shirley/Photo: Élise Jetté

La nouveauté Easy Target fait capoter la foule, puis elle se laisse bercer par le «slow» ou la «ballade emo» 1994. La chanson Stuck suscite un mush pit de trois personnes. L’espace est limité dans le pub.

Sarah, Les Shirley/Photo: Élise Jetté

«C’est la dernière toune, on fout la marde», sont les derniers mots adressés au public. Ça m’a quasiment donné le goût de retourner me battre avec le gars en t-shirt dehors, mais j’étais trop remplie d’une énergie positive laissée par la musique. Il faut choisir ses combats.

La poésie velours-whisky de Clement Jacques

Sortie d’une petite sieste vers 20h pour me rendre au Taverne Tour, j’arrive au Verre Bouteille, endroit riche en verres stérilisés, en diversité olfactive, en satisfactions auditives, ainsi qu’en places assises. Retour sur le show de Clement Jaques au Verre Bouteille.

Entrée dans le noir presque total feat. mes lunettes en semi-buée, je m’avance dans le bar rempli d’humains pour essayer de me trouver une place assise. Je me sens malheureusement dans le chemin de tous, peu importe où je me situe. Je décide de me stationner au bar, debout. Tsé la personne qui t’empêche de commander ta bière parce qu’elle se place exactement devant le bar? Eh bien c’est moi à cet instant précis.

Trois minutes 24 secondes (donc à 21h02) après mon arrivée dans le sombre bar, Clement Jacques embarque sur scène en nous informant qu’il a pogné le shake «v’la 5 minutes, pis là y part pas.» Le tout en ayant une petite goutte subtile d’émotion dans ses deux bourgeons. Il commence le show et j’aimerais vraiment vous décrire le public, mais je vois encore rien. Pourtant, je ne porte pas mes lunettes fumées sportives. Je ne vois rien certes, mais il y a des «wiffs» d’effluves que je décrirais de parfums floraux relativement envahissants.

Band jaune / Photo: Marielle Normandin Pageau

Clement nous offre L’autre côté de l’océan sur un plateau d’argent. Parlant de plateau d’argent, Clement reçoit un plateau de shooters et trouve que «ça fait beaucoup juste pour soi, on peut-tu en donner à du monde?». Quel altruiste, ce Clem.

Plateau / Photo: Marielle Normandin Pageau

Après avoir bu un shot brunâtre, il demande au public si «y’en a que c’est la première fois qu’ils vont le voir en show». Une gang de woo-girls et de dude-bros à l’arrière crient (sûrement en levant les bras).

Le band et toute sa présence capillaire continuent de nous procurer des feels de type petit-chalet-de-bois-dans-le-fond-de-la-Montérégie – là où ces mélodies me donneraient encore plus envie de boire du whisky devant une game de Yahtzee. Sûrement le même genre de chalet dans lequel son album Indien a été enregistré.

Nous entendons quelques feedbacks non agréables pour le tympan humain (animal aussi, sûrement). Le drummer, Charles Landry semble être dérangé par ce bruit omniprésent. Il continue de jouer sans aucune interruption dans ses rythmes éoliens. Je salue son courage et sa persévérance de type «Terry Fox».

Pendant la chanson Le Chat, je remarque le rideau de suède bleuté à l’arrière qui inspire mon désir (passager) de m’établir au Tibet.

Clement pis sa guit’ / Photo: Marielle Normandin Pageau

Lors d’un moment between two songs, une fille crie «enlève ta casquette!». Il l’enlève. Regards acharnés sur sa chevelure. On assiste à un silence gracieux. Clement boit une gorgée dans une flasque noir. On dirait un peu une flasque de parfum AZZARO.

Ils enchaînent avec Mont-Royal 8am, ce qui me donne une soudaine envie de faire du labourage et de la récolte à Sainte-Rose du Dégelis. L’homme que j’étais, Bonheur et Petite Rose nous sont livrées et je remarque que Clement détient vraiment un fan-club. Le public connaît bien son travail (de ce que je peux entendre chanter dans la foule). «Merci de votre écoute si généreuse», s’élance-t-il, en toute franchise.

Le band nous offre plusieurs «extended versions» où on peut sentir leurs échanges de regards, leur contentement, leur headbangs et leurs heures de travail.

Tellement Souvent et My Love sonnent bien à nos oreilles. Le public ne cesse de les applaudir. Un fan-club on point mon Clem! Il prend un shot et nous dit: «Je la vois pas bien finir cette histoire-là». Moi non plus. Il nous mentionne qu’il y a un invité surprise qui montera sur la scène avec eux. Un des plus grands chanteurs punk du Quoibec. Hugo Mudie monte sur la scène dans toute sa forme et ses couleurs léopardesques.

Joyeux lurons / Photo: Marielle Normandin Pageau

Hugo nous informe que Clement est pas mal plus sexy que Claude Dubois et qu’il a déjà vu Clement pleurer en Europe après avoir fait du cheval. Bref, ils nous performent Tiroir, chanson qu’ils ont coécrite, par hasard. Ils y vont aussi avec leur remake de When I Fall de Steve Earle; chanson que Hugo performe habituellement avec Mara Tremblay. J’ai comme une légère impression d’être à Belle et Bum. Lors de cette perfo-duo, Hugo prend son courage à trois mains et monte sur une chaise devant la scène. Bref, on veut une version québécoise de Brokeback Mountain, les boys!

Courage / Photo: Marielle Normandin Pageau

Après deux autres mélodieuses mélodies, Clement remercie profondément le public pour ensuite faire trois rappels qui me plaisent jusqu’au gros orteil. Ariane, Révolveur (au plaisir de pas mal tout le monde dans la foule) et son cover de Take me Home, Country Roads de John Denver – un beau moment.

Red velvet lol / Photo: Marielle Normandin Pageau

Accotée au bar, je me retrouve agréablement surprise et ravie de ce généreux show du band que je ne connaissais pas autant que tout ce fan-club présent au Verre Bouteille. Selon ce qu’il a pu nous dire, Clément fera davantage de shows dans les années à venir. À suivre!

Taverne Tour : Fred Fortin, homme-orchestre

Plus qu’un endroit peu éclairé où il manque toujours d’espace, une taverne est également un endroit chaleureux qui réconforte les âmes en quête d’une p’tite frette. Jeudi soir, la Taverne Saint-Sacrement recevait Fred Fortin dans le cadre de Taverne Tour. C’est donc vite devenu le repère du mi-trentenaire barbu qui boit de la 50. Retour sur les évènements.

Fred Fortin/Photo: Élise Jetté

Au moment où je m’installe près de la scène, je remarque deux choses: David Savard est là et cette fille-là est en train de googler des photos de Benoit Gagnon:

Benoit Gagnon/Photo: Élise Jetté

Contrairement à PH et Jessie qui manifestent constamment contre l’utilisation des animaux, on remarque que Fred Fortin, lui, utilise des fourrures pour couvrir ses instruments.

Show hivernal/Photo: Élise Jetté

Fred Fortin monte sur scène et commence la soirée avec la chanson 10$. 10 $, c’est aussi 1,48 bière:

La bonne bière/Photo: Élise Jetté

Y’a une fille qui porte le t-shirt québécois OMG tu gosses  et en voyant qu’il y a un pied carré pour chaque humain elle trouve que ça tombe sous le sens:

Une personne par centimètre/Photo: Élise Jetté

Fortin enchaîne avec Bobbie et Madame Rose avant d’admettre que la foule est bien sage et que ça va lui permettre «d’essayer des affaires.»

Assis au centre de ses instruments, Fred Fortin fait tout sauf s’éclairer lui-même avec cette lumière mauve. C’est un homme-orchestre. Et même s’il prend plus de temps à s’accorder et que les accrochages en début de chanson sont possibles, tout est charmant. C’est la beauté d’un spectacle en solo sur une scène de 3 mètres de large.

Fred Fortin/Photo: Élise Jetté

Il poursuit avec Douille, une chanson qui rejoint directement les taverneux avec des paroles comme: «C’est quand même pas ’a première fois/Qu’un gars perdu/S’aperçoit qu’en plus y’a perdu ses toppes.»

Des taverneux, ça crie aussi «Envoye sacrament!» à partir de l’autre bout du bar quand l’espace entre deux tounes est trop long. Du charme, encore. Fred n’en fait pas de cas. Il joue ensuite Oiseau et Portrait d’un ovni. Puis il annonce qu’il est ben content de changer de guitare, parce que durant un show intime, tu fais part aux gens de ce genre de sentiment.

On entend ensuite Canayens (tirée de l’album de 2000, Le plancher des vaches) avec des paroles modifiées pour reprendre le goût du jour: Claude Julien, Plekanec et compagnie.

Fred se fait offrir un verre, mais refuse en montrant sa bière sans alcool. «Je bois pus, mais je suis encore agressif, ne vous inquiétez pas!»

Fred Fortin/Photo: Élise Jetté

C’est au moment d’interpréter Tapis noir que quelques femmes à l’avant s’exclament «T’es vraiment bon». Puis Fred nous promet une toune rock. C’est pas des jokes. Il nous fait MUMU et remet, du même coup en question le concept de ne pas pouvoir rocker à «un».

Victime de la position de la scène, Fred Fortin ne peut pas s’en aller, ce qui donnera lieu à un rappel aussi long que le show. «C’est pas l’endroit le plus facile pour se sauver», admet l’auteur-compositeur-interprète. En effet, à moins de mettre le feu au bar, je ne vois pas d’issue. «Ils veulent faire péter le bonhomme», nous dit Fred, mi-exténué, mi-taquin.

Le rappel est bien freestyle. Il prend les demandes spéciales et prend son temps pour se préparer entre les tounes. «J’ai pas le bon harmonica», dira-t-il entre autres, se retournant vers sa collection d’instruments à vent.

«Fa dies! Mi bémol!», hurlent des filles bien réchauffées qui souhaitent offrir une note de départ à Fred.

La collection de Fred Fortin/Photo: Élise Jetté 

Fred Fortin/Photo: Élise Jetté

«Une chance chus pas chaud», dit Fred, incapable de ploguer sa guitare. Puis, il poursuit encore un bon moment, laissant les taverneux chanter avec lui dans ce repère chaud (dans le sens d’ivresse et dans le sens de proximité corporelle). C’est beau les tavernes.

Fred Fortin/Photo: Élise Jetté