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Bilan du mois de mars 2010 (première partie)

S’il y a bien quelque chose de dommage dans l’exercice d’entretenir un blogue de musique, il s’agit certainement de ne pas avoir le temps pour écrire quelques lignes à propos de chaque artiste ou album que l’on considère digne de mention. Désormais nourri par deux têtes et deux paires de mains, la rédaction de Feu à volonté! s’est décidée à, chaque fin de mois, si possible, dresser un bilan des albums oubliés au cours des dernières semaines. Parce que l’on s’en voudrait trop de passer à côté de tant de mines d’or.

Ce bilan du mois de mars sera, tout d’abord, complètement imparfait (avec Teen Dream, lancé en janvier) comme n’importe quel lancement de projet, et ensuite merveilleusement rock avec plusieurs très solides sorties des dernières semaines. Et vous l’aurez compris, la suite s’en vient bientôt.

Titus Andronicus - The MonitorTitus Andronicus
The Monitor

Xl Recordings
États-Unis
8.5/10

Pour son deuxième album, The Monitor, le quintette américain Titus Adronicus nous raconte à sa manière la Guerre de Sécession en embrassant à pleine bouche le punk et le shoegaze. Le mélange se révèle comme étant un véritable coup de poing à la mâchoire pour l’auditeur qui n’est pas un habitué du groupe. Après une seule écoute, on réalise assez vite que chacune des pièces sur The Monitor a le pouvoir de se présenter comme digne candidate au prochain hymne national américain. Sur A Pot In Which to Piss, un fantastique morceau de huit minutes, on croit entendre Kurt Cobain, avec quelques cigarettes de plus sur la gorge, chanter une version bien personnelle de Born to Run du chanteur folk rock Bruce Springsteen. La tragédie derrière ce dernier opus de Titus Adronicus est qu’un seul disque n’est pas suffisant pour rassasier tout l’enthousiasme qu’il provoque. (W.F.)

Xiu Xiu - Dear God I Hate MyselfXiu Xiu
Dear God I Hate Myself

Kill Rock Stars
États-Unis
8.5/10

Façonné dans un enrobage art-rock bourré d’arrangements électroniques et de surprenantes textures musicales sorties à la fois d’un jeu vidéo des années 90 et d’une dépression nerveuse et existentielle, Dear God I Hate Myself possède énormément de qualités susceptibles de lui ouvrir les portes des palmarès de fin d’année. Étant à la fois charmante, déprimante et surprenante, la dernière création de Xiu Xiu et de son gourou, Jamie Stewart, nous plonge dans un univers émotif établi sur des bases infiniment créatives et originales. La guitare acoustique se mélange à des explosions d’électronique lo-fi, le piano à des tambours synthétiques retravaillés, le tout dirigé de manière ingénieuse et mis en pièce par la troublante voix détruite de Stewart. (O.M.)

Beach House - Teen DreamBeach House
Teen Dream

Sub Pop
États-Unis
8.5/10

S’il est vrai que l’état de veille chez l’être humain est un moment de rêve contrôlé, il est alors fort possible que ce soit dans un rêve lucide que le groupe Beach House a enregistré l’essentiel de son troisième opus, Teen Dream. Le duo de Baltimore avoue avoir réussi son album le plus accompli et cela à l’aide de meilleures ressources pour la production. La chanteuse Victoria Legrand a d’ailleurs avoué que le temps supplémentaire à la conception de Teen Dream a permis au groupe de faire un album à la hauteur de ses espérances. Beach House n’utilise qu’une guitare, une batterie et un synthétiseur pour accompagner la voix planante de Victoria Legrand. Ce minimalisme instrumental n’enlève en rien à l’ambiance riche et étoffée que l’on retrouve sur chacune des pièces. Le morceau Norway s’avère être un tour de force majestueux auquel s’apprête le groupe. À la fin de l’album, Teen Dream s’évapore doucement de nos esprits pour nous ramener sur pieds après un passage du côté des rêves lucides, là où zèbres roses et ballades dans le parc se mélangent comme guitare et voix. (W.F.)

These New Puritans - HiddenThese New Puritans
Hidden

Domino
Royaume-Uni
8/10

Si l’entrée en scène de cuivres atmosphériques sur Time Xone précédant l’incongrue suite dominée par des textures orientales et une construction art-rock avec rythme plus électronique que rock ne vous convainc pas du talent de composition de ce groupe originaire de Southend-on-Sea, rien ne le pourra. Avec des titres de chansons comme We Want War, Attack Music et Fire-Power, These New Puritans ne cache pas son désir de créer une atmosphère explosive et violentes, employant parfois même des bruits de canon et d’épée mélangées à des cordes ou des cuivres pour accoucher d’un mélange troublant et difficile d’accès. Mais une fois apprivoisée, la musique de Hidden comporte de superbes moments musicaux, comme l’épique Orion ou encore la finale, 5. (O.M.)

Fang Island - Fang IslandFang Island
Fang Island

Sargent House
États-Unis
8/10

Définition de Fang Island, nom de groupe singulier : quintette constitué de trois guitaristes explosifs, un bassiste et un batteur, se présentant sur son premier disque comme le digne enfant de trois générations musicales. Rassemblant le rock épique des années 70 avec ses avalanches de guitares à la Thin Lizzy, les mélodies punk à la saveur de Blink-182 et les harmonies vocales folk de Fleet Foxes, le groupe a le pouvoir de se créer un grand bassin d’amateurs. Propulsé à sa première pièce Dream of Dreams par le son de feux d’artifices, le groupe de Providence au Rhodes Island démontre un savoir faire illimité pour la guitare. D’ailleurs, le premier solo de l’instrument est synthétisé de la même manière qu’Eddie Van Halen s’est exercé pour bâtir son succès Jump. La suite est tout aussi époustouflante. Fang Island ne s’épuise jamais et pousse même plus loin avec les morceaux Daisy, Life Coach et Sideswiper. Cet album éponyme lance les bases pour un groupe rempli de potentiel qui, à l’avenir, aura le luxe et la chance de concevoir des disques plus long que trente minutes. (W.F.)

Lightspeed Champion - Life is Sweet! Nice to Meet youLightspeed Champion
Life is Sweet! Nice to Meet you

Domino
États-Unis
6.5/10

Avec la voix de Devonté Hynes toujours à l’avant scène, Life is Sweet! Nice to Meet You, malgré la qualité de sa composition et de sa réalisation, n’arrive pas vraiment à surprendre. Tout est bien ficelé, bien poli et bien entretenu et c’est ce qui créé une certaine impression de déjà vu. Puisant dans tous les cercles possibles et imaginables de l’indie rock, du folk et dans tout ce qui se nomme alternatif pas trop sale, l’album s’écoute extrêmement bien, comportant quelques hymnes vachement sympathiques (There’s Nothing Underwater, The Big Guns of Highsmith). Par contre, il s’épuise quelque peu vers la fin et quelques moments peuvent facilement s’oublier. Néanmoins, Lightspeed Champion offre beaucoup de plaisir aux amateurs de musique, sans toutefois offrir de révélation. (O.M.)

Los Campesinos! – Romance is Boring [2010]

Los Campesinos! - Romance is BoringLos Campesinos!
Romance is Boring

Arts & Crafts
Royaume-Uni
Note : 7.5/10

Si Los Campesinos! finit toujours, ultimement, par utiliser la même grille de création pour chaque album, le groupe réussit tout de même à appliquer suffisamment leur baume musical à base d’énergie et de jeunesse pour composer des musiques qui valent la peine d’être écoutées. Peut-être pas aussi méritant que leur effort éponyme, Hold On Now, Youngster…, ou que leur second disque, Romance is Boring accomplit tout de même l’exploit d’impressionner l’auditeur, en greffant quelques ajouts fatalistes sensibles à leur indie rock brûlant.

Pour appuyer cet exemple, Coda: A Burn Scar in the Shape of the Sooner State se compose d’une mélodie très enfantine de glockenspiel et de voix paresseuses se métamorphosant, au rythme de l’ascension du climax, en cris lyriques. Le tout appuyé par un bruit de guitare permanent ajoutant une saveur de destruction à la beauté préétablie.

In Media Res introduit le disque de manière indie rock, avec guitare semi-noisy, arrangements de xylophone et de cordes et variations de mélodies à chaque détour. Les trois pistes suivantes s’inscrivent dans le même registre, très inspiré de l’indie rock des États-Unis mais tout de même profondément identifiable et propre à Los Campesinos!.

Plan A décampe avec une mélodie tordue et bruyante, des cris explosifs et un refrain chanté en choeur ultra accrocheur. Le rythme s’impose par lui-même puisque, grâce aux sonorités solides et à l’énergie interminable qui se dégage, le résultat est efficace.

Conjointement avec Coda: A Burn Scar in the Shape…, The Sea is a Good Place to Think of the Future montre une facette nouvelle du groupe. Si la première fonde son intensité sur les voix perdues dans une mer de bruits, la seconde touche avec des paroles parfois noires, parfois insensées, mais purement poétiques (But oh I can see five hundred years dead set ahead of me/Five hundred behind/A thousand years in perfect symmetry) et un fatalisme de jeunesse très pesant. Beaucoup de chemin a donc été fait depuis You! Me! Dancing!.

Si l’écoute s’avère plaisante et efficace, on demeure, la plupart du temps, en terrain très connu. Excepté les quelques moments plus profonds, Romance is Boring appartient à la même dynastie que les deux opus précédents. Les mêmes concepts sont à l’honneur, la même construction musicale est employée et la même puissance de jeunesse mène le bal.

Malgré cela, le disque demeure solide dans sa construction et plusieurs perles (The Sea is a Good Place to Think of the Future, Coda: A Burn Scar in the Shape of the Sooner State, I Just Sighed. I Just Sighed So You Know, A Heat Rash in the Shape of the Show Me State; or, Letters from Me to Charlotte) rehaussent grandement le niveau moyen de l’écoute. Increvables universitaires, donc.

Arctic Monkeys – Humbug [2009]

arctic monkeys - humbugArctic Monkeys
Humbug

Domino
Royaume-Uni
Note : 8/10


Arctic Monkeys n.m. Groupe de rock anglais dont la carrière a connu un fulgurant essor grâce à un très bon premier disque ayant fait fureur en Angleterre, un second opus moins puissant et, depuis le 25 août de cette présente année, un troisième album nommé Humbug faisant office de changement de cap de la part du groupe, flirtant désormais avec des influences beaucoup plus près des années 70.

Bien que ce blogue ne constitue pas un dictionnaire de groupes, on pourrait plus ou moins approximativement considérer une entrée pour le groupe anglais Arctic Monkeys comme cela. Propulsés au sommet des chartes de vente en Angleterre avec Whatever People Say I Am It’s What I’m Not, les quatre jeunes musiciens, Alex Turner en tête, ont connu une ascension extraordinaire. Et contrairement à la plupart des vedettes instantanées de notre ère post-moderne vantant le réchauffé, ceux-ci méritaient d’avoir les caméras, appareils photo et micros braqués devant eux. Peut-être pas autant, mais quand même pas mal.

Dans un engouement commercial et populaire marqué, le groupe a lancé cet été son troisième album. Après les deux premiers efforts vachement indie rock, le groupe nous revient avec une troisième charge beaucoup plus posée. Au lieu de jongler avec la distorsion dans le tapis et l’énergie dévastatrice de la jeunesse en furie, les musiciens ont réfléchi à leur disque pour pondre quelque chose de plus psychédélique, avec retenue évidemment, et de moins agressif. La voix de Turner s’est calmée, nageant dans des eaux quelques fois plus graves et souvent moins criardes.

L’album débute par My Propeller, rythmée par une batterie solide de par sa capacité à conduire la voiture mélodique propulsée par une guitare propre et grave. Turner ne crie pas, ne beugle pas, chante dans une tonalité plus mature et les effets de guitare s’apparentent beaucoup plus à The Last Shadow Puppets qu’à Brianstorm. L’effet est réussi : la force vitale des Monkeys, reposant en leur capacité à transformer leurs ambitions de jeunesse en musique solide, se recycle pour devenir beaucoup plus imagée et profonde.

Concrètement, des chansons comme My Propeller et Crying Lighting possèdent des bases de rock progressif et psychédélique. Voix off, chorus en fond sonore et mélodies cinématographiques emballantes font office de support à la voix calmement rapportée de Turner. Crying Lighting mélange le refrain fonceur avec la voix lancée de façon saccadée par-dessus une batterie roulante avant d’exploser sur un passage coupé très carré sorti de nulle part. Le batteur, Matt Helders, tire toujours son épingle du jeu avec des percussions qui reprennent les points faibles des autres instruments. Lorsqu’un passage devient répétitif, les tambours s’affichent présents pour relever d’un cran les compositions musicales en apportant une variante au rythme ou à la mélodie. Crying Lighting en est un bon exemple. Et lorsqu’elle s’allie à la basse, comme sur le refrain de Dangerous Animals, le duo est dévastateur : mélodie en croche toujours un peu plus haute ou plus basse pour capter l’attention de l’auditeur le maintiennent dans cet état.

Les Arctic Monkeys ont tout planifié pour cet album. Le producteur est Josh Homme. Les influences psychédéliques, alternatives et post-punk. Les maisons de disque indépendante et major. Et surtout, on comprend que la tête dirigeante du groupe est définitivement Alex Turner, qui semble posséder le désir de transformer tout ce qu’il touche en possible trame sonore de film de cowboy ou d’espion.

Depeche Mode – Sounds of the Universe [2009]

depechemodesoundsoftheuniverseCertains groupes manquent gravement à ma culture musicale. Je blâme facilement ma jeunesse, simplement parce que, premièrement, c’est très facile à blamer et ça passe toujours bien et, ensuite, il est vrai qu’être né quelques semaines avant la chute du Mur de Berlin m’a empêché de grandir en écoutant de grands groupes aujourd’hui cultes. Des séances de rattrapage autodidactes, ça existe, mais ça ne va jamais permettre de faire revivre l’air ambiant de certaines époques passées aux néophytes qui tentent de s’y rattacher. Entre les lignes, vous aurez compris ici que je n’ai jamais écouté de Depeche Mode avant ce disque. Personal Jesus et les autres singles ne me rappellent aucun souvenir, rien, si ce n’est que l’esthétique de la pop-électronique des années 80. Je me suis donc attaqué à Sounds of the Universe avec aucune peur, aucune appréhension qu’un groupe de cette envergure puisse chier un album merdique parce qu’ils sont trop vieux, ridés ou ramollis.

Sans savoir si ça s’intègre dans la suite musicale logique du groupe ou quoi que ce soir du genre, on a affaire à un album purement basé sur des sons artificiels et électroniques, avec des ajouts de guitare électrique à certains moments. L’intro In Chains est une pièce mystérieuse bâtie sur une progression de synthétiseurs et de guitares avec wah-wah dont le rythme se casse avant chaque refrain pour créer des variations mélodiques réussies. Et bien que les fondations de l’album soient synthétiques, l’instrument à cordes le plus populaire du monde joue un important rôle sur plusieurs chansons. Que ce soit sur Fragile Tension, dont l’avancée mélodique est assurée à tour de rôle entre les deux genres de sons, sur Hole to Feed ou sur Come Back, titre presque noisy qui n’a rien à envier aux récents The Pains of Being Pure at Heart, l’overdrive s’intègre très bien à l’humeur tendue et nerveuse du disque.

La structure globale de l’oeuvre même demeure simplement basé sur de la fabrication par ordinateurs, claviers et autres composants MIDI du genre. Wrong, par exemple, mêle arrangements vocaux avec progression technique d’accords en arpège synthés. Voilà une façon de faire qui ammène souvent des moments froids et inquiétants, comme sur Little Soul ou sur le skit Spacewalker, petit moment de répis spatial d’une durée de presque deux minutes. Une sorte d’aura noire avec nuances de gris émane de l’album tellement le mélange entre les composantes électroniques glaciales et angoissantes, les ajouts de guitare électrique distortionées plus sales et les arrangements vocaux, parfois simplistes et directes ou alors glorieuses (Peace), créent une concoction efficace mais distante et pleine d’inconnue. Très bon tremplin pour retourner en arrière découvrir le Depeche Mode originel.

Note : 3.5/5

Minnaars – Minnaars EP [2009]

minnaarsminnaarsepJe me fais toujours regarder étrangement lorsque je parle de math-rock à mes amis. C’est un genre tres méconnu qui possède un nom particulier. Maths + rock? Le terme est mal choisi tant et aussi longtemps que l’on en écoute pas, parce qu’à entendre la complexité et l’immensité musicale d’un groupe comme Battles, on comprend très bien l’appellation mathématique du genre. Les tempos anti orthodoxes, les arrêts fréquents dans les mélodies, les structures brumeuses incalculables et l’utilisation répétée des loops rappellent la logique cartésiennes, les formules, les graphiques et les formes géométriques carrées. De la musique robotique, un peu futuriste, calculée et méthodique. Et dans tout ça, Minnaars fait du math-rock. Et du dance-rock aussi, un peu.

Donc, pour mon triomphal retour après presque 20 jours d’absence sur mon blog, chose dûe à la procrastination, je vais parler de Minnaars. Dans son EP lancé en ligne (ici, un peu plus bas à gauche cliquez sur l’image de la pochette) à cause de problèmes avec leur maison de disque, Minnaars EP, le groupe propose un mélange sympathique entre complexité progressive et des rythmes remixables. Les moments math-rock complexes et tordus sont agrémentés de rythmes dansant. Il s’agit d’un espèce de mutation entre le guitariste geek et le hipster qui danse dans un club alternatif. Un bon compromis. Et la dernière chanson, Your Heart My Embassy, exprime très bien ce que je veux dire.

Le problème de ce EP, c’est que les 4 chansons se ressemblent tous. On dirait une seule et unique piste d’environ 18 minutes, avec une finale solide. Bon, c’est pas si grave, c’est un EP, mais espérons que l’album se diversifie quelque peu. Parce que le potentiel est là.

Note : 3/5

Lily Allen – It’s Not Me, It’s You [2009]

lilyallenitsnotmeitsyouJe me demande encore pourquoi j’ai décidé d’écouter cet album. Je l’avoue sincèrement : j’ai un certain dédain pour la pop. Ce genre de pop. La musique moitié électronique moitié acoustique un peu trop plastifié, modifié, lubrifié bref, qui sonne artificielle. En plus de ces structures des chansons beaucoup trop simplistes : verset, couplet, verset, couplet, bridge, couplet deux fois. Le tout avec une intensité graduelle, un climax qui monte toujours plus haut pour arriver à un double couplet final shooté au spectaculaire et aux effets spéciaux. J’ai toujours trouvé que c’était trop facile, trop robotique, trop produit et pas assez créatif. Mais bien que j’imagine avoir raison pour plusieurs « artistes » oeuvrant dans ce genre musical, j’ai décidé d’abaisser ma garde et d’essayer le dernier de Lily Allen voir ce que ça donnait. Et, je dois l’avouer, dépasser les préjugés fait parfois beaucoup de sens et de bien.

Je m’explique : bien qu’Everyone’s At It n’ait rien d’une chanson hyper créative à la Animal Collective et qu’elle soit basée sur des principes communs au pop, elle fonctionne très bien. Des couplets bien arrangés, un refrain accrocheur qui reste dans la tête, rien d’original. Mais quand même, des percussions en double croche et un presque mur de son pop, ça reste un peu surprenant. The Fear est une petite critique fort sympathique de notre mode de vie consommateur et déraisonné. Not Fair? Piste pop ayant pour thème les relations interpersonnelles. D’accord, mais le petit rythme country généré par les sons d’harmonica, les percussions à la Morricone, les guitares cowboys et le petit solo de banjo, eux, réussissent à transformer tout ça en une espèce de pseudo semi-parodie musicale comique. Back To The Start ne s’enlève pas de notre tête et Chinese réussit très bien à être touchante. Quelques moins bons coups : I Could Say avec son piano un peu trop Coldplay-ish, Him qui ne lève pas vraiment. Mais en général, on a affaire à du matériel solide.

Bon, je fais un Mea Culpa? Non. Bien que cet album de Lily Allen, It’s Not Me, It’s You, m’a surpris, j’ai toujours le même dédain du pop. Je n’ai pas appris grand chose ici. Je savais que plusieurs artistes étaient capables de créer de la musique de ce genre sans pour autant être des nuls complets incapables de créativité et de talent. Il faut bien qu’à quelque part un critique puisse trouver des références sur lesquels se baser. On fait comment, si l’on a pas comme référence comparative les merdes musicales comme Britney Spears ou Nickelback qui sont incapables de dépasser le stade de copies commerciales d’eux-mêmes, pour réussir à qualifer un disque comme celui d’Animal Collective, avec ses structures éclatées et ses schémas futuristes, de chef-d’oeuvre? Merci Lily Allen, on aime ta musique. Continue d’être parmi les exceptions qui confirment la règle. Hey, un critique serait quand même rien sans son assurance d’avoir raison confirmée par ce qu’il pense des musiciens mauvais, non?

Note : 3.5/5

Joy Division – Closer [1980]

joydivisioncloserChaque style de musique a son point de départ. Chaque genre possède un monument qui représente l’âme et le corps de lui-même et qui fait foi du potentiel et de la force de la musique. U2 a donné naissance au rock aréna moderne. Les Beatles ont créé le pop-rock intelligent. Magma était en avance sur son temps en donnant naissance au rock-progressif 10 ans avant les Pink Floyd et Gentle Giant. Le gothique peut trouver ses bases dans la musique de The Cure alors que la musique électronique au Québec a commencé avec François Pérusse (oui oui, dites ce que vous voulez, il est le pionnier de l’utilisation de sons électroniques ici). Le coldwave et le post-punk ont été enfantés par Joy Division, groupe réputé de la fin des années 70 avec un très fort mythe autour du défunt chanteur, Ian Curtis. Le groupe, avant de changer son nom pour New Order, a lancé seulement deux albums, deux chefs-d’œuvre, et Closer en représente l’apogée, le sommet, le crescendo noir des troubles de Curtis et la profondeur du talent des musiciens.

L’album débute logiquement à la suite d’Unknown Pleasures. La chanson d’introduction, Atrocity Exhibition, emprunte le nom d’un roman de J. G. Ballard et raconte une exposition macabre avec des paroles très tordues («The silence when doors open wide/Where people could pay to see inside/For entertainment they watch his body twist») sur un fond de bruits de guitares intermittents et d’une batterie imitant presque des percussions tribales. Une des grandes forces de cet album est justement l’imagerie puissante proposée par l’écriture d’Ian, toujours en train de nous pénétrer le cerveau pour y insérer ses moments de transes. Impossible de rester indifférent à l’écoute de 24 hours, du riff de basse sombre et oppressant qui carbure aux tambours droits et froids de Stephen Morris. Les paroles ajoutent une dose supplémentaire d’asphyxie à la chanson et la font passer d’une puissance musicale agressive sombre à un poème rythmé criant les profonds malaises qu’éprouvait le chanteur et parolier par rapport à sa vie.

La rudesse et l’aspect très cru du premier album a laissé place à une plus grande utilisation des sons studios et à une finesse plus poussée au niveau des mélodies. Isolation se permet même d’être presque une chanson de danse avec sa basse rapide, ses percussions syncopées et ses synthétiseurs très new-wave. Un gros contraste après l’introduction bizarre et qui se termine par un effet ressemblant étrangement à un lecteur cd qui saute. L’ambiance est beaucoup plus planante et atmosphérique sur cet album posthume, lancé après le décès du chanteur. C’est ce qui fait la beauté, par exemple, de Heart and Soul. Une première minute avec des effets synthétisés très ambiants avant que le chant plutôt doux mais très froid de Curtis embarque. Ça monte en puissance avec la guitare jouée par Ian dans un moment d’instrumental magique et obscur.

Les deux chansons finales, Eternal et Decades sont deux véritables mausolées érigées en l’honneur de Curtis. Les deux sont d’une longueur presque équivalente, soit un peu plus de 6 minutes. Alors qu’Unknown Pleasures débordait de force et de rage vivante, ces deux chansons, à elle seules, font complètement contraste avec l’esprit de départ du groupe. La première est une véritable cathédrale de la tristesse, une brisure dans la façade du groupe, avec un rythme lent commandé par une mélodie de piano extrêmement déprimante et touchante appuyée par des effets studio ressemblant bizarrement à une espèce de chorale. La seconde trouve ses fondations dans une rythmique de sons électroniques faisant penser aux trames sonores des premiers jeux vidéo spatiaux.

Martin Hannet, leur producteur, avec lequel les membres du groupe ont eu plusieurs conflits parce qu’ils ne considéraient pas qu’il réussissait à capter l’énergie agressive des performances live du groupe. Peut-être un peu malgré lui, il a réussi à créer le son de Joy Division. Les moments puissants et planants emportés par la voix de Curtis, chantant à la limite du faux, cassés par des destructions d’ambiances instrumentales agressives et violentes avec la batterie rapide et syncopée de Morris. Cette façon de jouer de la batterie a influencé des décennies de groupes, qu’ils fassent partie de la vague new wave des années 80 ou du post-punk revival des années 2000.

Stephen Morris, Bernard Sumner, Peter Hook et Ian Curtis auront formé, le temps de quelques années, l’un des groupes les plus puissants de l’histoire de la musique. Partant d’un groupe punk, ils auront utilisé cette énergie pour façonner leur musique, la transformant en une pulsion émotive chargée de cette force agressive fusionnée aux mélodies aux influences punk. Ce disque est chargé de force, de détresse, de rebondissements et de moments à couper le souffle. Il est l’apothéose de ce que le mouvement punk du nord de l’Angleterre a pu apporter à la musique. Tout ça, accouplé aux prouesses vocales et parolières de l’un des plus grands musiciens de scène jamais vu, aura donné Closer, chef d’œuvre qui se termine par une descente percutante dans l’obsession noire du temps, éléments qui aura cruellement manqué à Ian Curtis pour faire le point sur sa vie.

Note : 5/5

article écrit pour www.mam-web.ca

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