Los Campesinos! – Romance is Boring [2010]
Los Campesinos!
Romance is Boring
Arts & Crafts
Royaume-Uni
Note : 7.5/10
Si Los Campesinos! finit toujours, ultimement, par utiliser la même grille de création pour chaque album, le groupe réussit tout de même à appliquer suffisamment leur baume musical à base d’énergie et de jeunesse pour composer des musiques qui valent la peine d’être écoutées. Peut-être pas aussi méritant que leur effort éponyme, Hold On Now, Youngster…, ou que leur second disque, Romance is Boring accomplit tout de même l’exploit d’impressionner l’auditeur, en greffant quelques ajouts fatalistes sensibles à leur indie rock brûlant.
Pour appuyer cet exemple, Coda: A Burn Scar in the Shape of the Sooner State se compose d’une mélodie très enfantine de glockenspiel et de voix paresseuses se métamorphosant, au rythme de l’ascension du climax, en cris lyriques. Le tout appuyé par un bruit de guitare permanent ajoutant une saveur de destruction à la beauté préétablie.
In Media Res introduit le disque de manière indie rock, avec guitare semi-noisy, arrangements de xylophone et de cordes et variations de mélodies à chaque détour. Les trois pistes suivantes s’inscrivent dans le même registre, très inspiré de l’indie rock des États-Unis mais tout de même profondément identifiable et propre à Los Campesinos!.
Plan A décampe avec une mélodie tordue et bruyante, des cris explosifs et un refrain chanté en choeur ultra accrocheur. Le rythme s’impose par lui-même puisque, grâce aux sonorités solides et à l’énergie interminable qui se dégage, le résultat est efficace.
Conjointement avec Coda: A Burn Scar in the Shape…, The Sea is a Good Place to Think of the Future montre une facette nouvelle du groupe. Si la première fonde son intensité sur les voix perdues dans une mer de bruits, la seconde touche avec des paroles parfois noires, parfois insensées, mais purement poétiques (But oh I can see five hundred years dead set ahead of me/Five hundred behind/A thousand years in perfect symmetry) et un fatalisme de jeunesse très pesant. Beaucoup de chemin a donc été fait depuis You! Me! Dancing!.
Si l’écoute s’avère plaisante et efficace, on demeure, la plupart du temps, en terrain très connu. Excepté les quelques moments plus profonds, Romance is Boring appartient à la même dynastie que les deux opus précédents. Les mêmes concepts sont à l’honneur, la même construction musicale est employée et la même puissance de jeunesse mène le bal.
Malgré cela, le disque demeure solide dans sa construction et plusieurs perles (The Sea is a Good Place to Think of the Future, Coda: A Burn Scar in the Shape of the Sooner State, I Just Sighed. I Just Sighed So You Know, A Heat Rash in the Shape of the Show Me State; or, Letters from Me to Charlotte) rehaussent grandement le niveau moyen de l’écoute. Increvables universitaires, donc.
Arctic Monkeys
Certains groupes manquent gravement à ma culture musicale. Je blâme facilement ma jeunesse, simplement parce que, premièrement, c’est très facile à blamer et ça passe toujours bien et, ensuite, il est vrai qu’être né quelques semaines avant la chute du Mur de Berlin m’a empêché de grandir en écoutant de grands groupes aujourd’hui cultes. Des séances de rattrapage autodidactes, ça existe, mais ça ne va jamais permettre de faire revivre l’air ambiant de certaines époques passées aux néophytes qui tentent de s’y rattacher. Entre les lignes, vous aurez compris ici que je n’ai jamais écouté de Depeche Mode avant ce disque. Personal Jesus et les autres singles ne me rappellent aucun souvenir, rien, si ce n’est que l’esthétique de la pop-électronique des années 80. Je me suis donc attaqué à Sounds of the Universe avec aucune peur, aucune appréhension qu’un groupe de cette envergure puisse chier un album merdique parce qu’ils sont trop vieux, ridés ou ramollis.
Je me fais toujours regarder étrangement lorsque je parle de math-rock à mes amis. C’est un genre tres méconnu qui possède un nom particulier. Maths + rock? Le terme est mal choisi tant et aussi longtemps que l’on en écoute pas, parce qu’à entendre la complexité et l’immensité musicale d’un groupe comme Battles, on comprend très bien l’appellation mathématique du genre. Les tempos anti orthodoxes, les arrêts fréquents dans les mélodies, les structures brumeuses incalculables et l’utilisation répétée des loops rappellent la logique cartésiennes, les formules, les graphiques et les formes géométriques carrées. De la musique robotique, un peu futuriste, calculée et méthodique. Et dans tout ça, Minnaars fait du math-rock. Et du dance-rock aussi, un peu.
Je me demande encore pourquoi j’ai décidé d’écouter cet album. Je l’avoue sincèrement : j’ai un certain dédain pour la pop. Ce genre de pop. La musique moitié électronique moitié acoustique un peu trop plastifié, modifié, lubrifié bref, qui sonne artificielle. En plus de ces structures des chansons beaucoup trop simplistes : verset, couplet, verset, couplet, bridge, couplet deux fois. Le tout avec une intensité graduelle, un climax qui monte toujours plus haut pour arriver à un double couplet final shooté au spectaculaire et aux effets spéciaux. J’ai toujours trouvé que c’était trop facile, trop robotique, trop produit et pas assez créatif. Mais bien que j’imagine avoir raison pour plusieurs « artistes » oeuvrant dans ce genre musical, j’ai décidé d’abaisser ma garde et d’essayer le dernier de Lily Allen voir ce que ça donnait. Et, je dois l’avouer, dépasser les préjugés fait parfois beaucoup de sens et de bien.
Chaque style de musique a son point de départ. Chaque genre possède un monument qui représente l’âme et le corps de lui-même et qui fait foi du potentiel et de la force de la musique. U2 a donné naissance au rock aréna moderne. Les Beatles ont créé le pop-rock intelligent. Magma était en avance sur son temps en donnant naissance au rock-progressif 10 ans avant les Pink Floyd et Gentle Giant. Le gothique peut trouver ses bases dans la musique de The Cure alors que la musique électronique au Québec a commencé avec François Pérusse (oui oui, dites ce que vous voulez, il est le pionnier de l’utilisation de sons électroniques ici). Le coldwave et le post-punk ont été enfantés par Joy Division, groupe réputé de la fin des années 70 avec un très fort mythe autour du défunt chanteur, Ian Curtis. Le groupe, avant de changer son nom pour New Order, a lancé seulement deux albums, deux chefs-d’œuvre, et Closer en représente l’apogée, le sommet, le crescendo noir des troubles de Curtis et la profondeur du talent des musiciens.


