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Osheaga 2010

Osheaga 2010

Organisé par Evenko, le festival Osheaga était de retour cette année sur le gazon du Parc Jean-Drapeau, à mi-chemin entre l’île de Montréal et la rive banlieusarde de Longueuil. Feu à volonté! était évidemment présent et, comme de fait, vous a préparé un rapport assez peu détaillé mais tout de même complet des groupes qu’il ne fallait pas rater.

The Walkmen

Samedi le 31 juillet sur la Scène de la rivière de 13h30 à 14h

Avec leur nouveau disque, Lisbon, prévu pour le 14 septembre prochain, il fallait s’attendre à beaucoup de nouveau matériel durant cette (trop) courte prestation de 30 minutes. Néanmoins, Hamilton Leithauser, mains dans les poches ou sur le micro, a très bien paru tout au long du programme, tandis que le reste du groupe faisait son boulot pour l’accompagner. Avec toujours autant de reverb, The Walkmen semble nous promettre un bon prochain disque. Fait intéressant : le batteur, Matt Barrick, semble aussi énervé qu’un enfant qui reçoit un cadeau de Noël, sautant sur place sur le même tempo que sa batterie.

Owen Pallett

Samedi le 31 juillet sur la Scène verte de 14h10 à 14h55

Owen Pallett

Owen Pallett est un génie : avec seulement son violon, un clavier ainsi que des pédales pour créer des boucles pour s’auto-accompagner (ainsi qu’un guitariste/batteur depuis quelques temps), il accomplit l’exploit de créer un univers musical extrêmement riche et innovateur inspiré de la pop des années 70 ainsi que de plusieurs jeux vidéos, particulièrement Final Fantasy. Malheureusement pour lui, et pour nous, des problèmes techniques ont eu raison de son spectacle : les moniteurs, qui ne fonctionnaient pas correctement, l’empêchaient de bien s’entendre et donc de jouer sur le bon tempo. Il a même dû abandonner Lewis Takes off His Shirt en plein milieu, au grand désarroi de la foule.

Japandroids

Samedi le 31 juillet sur la Scène verte de 16h40 à 17h25

Japandroids

Tout droit sortis de Vancouver pour offrir leur dernier spectacle avant un repos de 3 semaines, le duo Japandroids a littéralement fait exploser la petite scène sur laquelle il se trouvait. Enchaînant les morceaux comme The Boys are Leaving Town, Art Czars, Wet Hair ou Young Heart Sparks Fire, le groupe a permis à la foule de sauter partout et d’apprécier l’une des meilleures performances de la journée.

Sonic Youth

Dimanche le 1e août sur la Scène de la rivière de 19h35 à 20h25

Sonic Youth

On s’attendait à plusieurs pistes de The Eternal, nouveau né de la famille Sonic Youth, durant cette prestation. Et personne n’a été surpris. Tout en donnant une leçon de maniement d’instruments aux spectateurs présents grâce aux accessoires habituels (dont le tournevis), les 5 musiciens accompagnés de Jim O’Rourke ont interprété 2 morceaux du mythique Daydream Nation à la fin du spectacle, c’est-à-dire The Sprawl et Cross the Breeze. Avec brio, Sonic Youth s’est présenté sur scène pour faire ce qu’ils font depuis plus de 25 ans, c’est-à-dire de la musique, rien de plus.

Pavement

Samedi le 31 juillet sur la Scène de la rivière de 19h15 à 20h15

Pavement

Pavement. Pavement, Pavement, Pavement… Les plus jeunes présents dans cette foule du samedi devaient se questionner. Qui sont ces ados éternels pourtant ridés et, surement selon certains, dépassés? Déclarant, d’entrée de jeu, « it’s 1996 all over again », les couleurs étaient affichées : un retour en arrière était à prévoir. Avec Summer Babe (Winter Version), Cut Your Hair, Grounded, Range Life et les autres, on se serait cru de retour à cette époque nonchalante où le terrorisme post-11 septembre n’existait pas. Tellement nonchalante au point où, même après avoir reçu une bière en plein visage au début du spectacle, Stephen Malkmus a simplement rétorqué : « well, that was a good shot though ».

Arcade Fire

Samedi le 31 juillet sur la Scène de la rivière de 21h30 à 23h

Arcade Fire

Après la spectaculaire intervention à la Place Longueuil en banlieue de Montréal, Arcade Fire était de retour pour présenter, de façon préparée cette fois, son nouvel album, The Suburbs. Avec une scène décorée aux couleurs d’un viaduc et d’une affiche publicitaire d’autoroute, l’atmosphère était à l’étalement urbain. Démarrant la soirée avec Ready to Start, entrecroisant les succès de Funeral et de Neon Bible avec les nouveaux titres, dont l’essentielle Month of May, Arcade Fire a terminé le tout avec un rappel tout en beauté : Neighbourhood #1 (Tunnels) avec, en fond, des flocons de neige et un canon à petits bouts de papiers pour recréer l’ambiance de la saison hivernale. Owen Pallett était aussi présent sur scène avec son violon.

Les 52 000 personnes venues assister au festival ont certainement été ravies. Quelques autres performances intéressantes à noter : The National, Weezer, Devo, The Black Keys, Snoop Dogg et Galactic avec Cyril Neville.

Tracklist : Arcade Fire – Month of May / The Suburbs

Arcade Fire - The SuburbsSi le 12″ The Suburbs / Month of May, premières lueurs musicale d’Arcade Fire entendues depuis longtemps, est en vente officielle à partir du 1er juin, le prochain album du groupe, aussi nommé The Suburbs, sera lancé le 3 août prochain en Amérique du nord, la veille en Europe. En attendant, voici les deux premiers extraits, entendus cette semaine.

Arcade Fire - Month of May

Arcade Fire - The Suburbs

Videotape : The Besnard Lakes – Albatross

Voici le superbe clip, en primeur sur Pitchfork.tv, pour l’extrait Albatross de l’excellent dernier disque de The Besnard Lakes, The Besnard Lakes are the Roaring Night. Histoire d’espionnage, cinéma des années 30, carnets remplis de codes et ambiance de guerre froide sont présentés.

Tracklist : Loco Locass – Le but

Loco Locass - Le butCette chanson s’adresse, presque exclusivement, aux fans du Canadien de Montréal. Avec l’exceptionnel match qu’a jouée l’équipe hier, et en particulier le gardien Jaroslav Halak et ses 53 arrêts, la ville peut désormais espérer passer en deuxième ronde des séries éliminatoires et vaincre la puissante équipe de Washington et son leader, Ovechkin. Et entre temps, voici la seule chanson que Loco Locass nous a lancé depuis plusieurs années. Bien que sa sortie remonte à l’an passé, elle constitue un feu brûlant d’actualité en prévision du match de demain. Voilà donc, Le but, du trio Loco Locass.

Loco Locass - Le but

The Besnard Lakes – Are the Roaring Night [2010]

The Besnard Lakes - Are the Roaring NightThe Besnard Lakes
Are the Roaring Night

Jagjagwar
Canada – Québec
Note : 8.5/10

Considérant que le deuxième album d’un groupe est, bien souvent, celui qui confirme ou infirme leur talent musical, on peut affirmer que The Besnard Lakes avait, avec Are the Dark Horse, livré la marchandise au-delà des attentes. Et pour leur troisième opus, le désormais quatuor a décidé d’emprunter la voie de la continuité. Et si les guitares lourdes, les cordes aériennes, les voix atmosphériques et les ambiances psychédéliques sont choses communes, Are the Roaring Night s’impose parmi la masse grâce à sa finesse de composition implacable.

L’album débute par un crescendo tourbillonnant et assourdissant, qui se termine sur Like the Ocean, Like the Innocent Pt 2: The Innocent et une voix hautement perchée. Une batterie lente s’ensuit et installe une ambiance brumeuse découlant de la pièce d’introduction. Ce train avance jusqu’au refrain, où embarque une guitare opaque digne des meilleurs moments de Ride. S’entremêlent les voix d’Olga Goreas et Jace Lasek, le tout dans une éruption psychédélique spontanée.

Le principal trait qui sépare Are the Roaring Night de son excellent prédécesseur consiste en l’influence du shoegaze sur les compositions et les arrangements. Lorsque le disque ultérieur s’envolait vers des nuages de fumée noire éclatée ou des contrées émotives oppressantes, celui-ci demeure beaucoup plus carré et structuré que le précédent. On sent cette nuance sur Albatross, où les guitares, la batterie et la basse ne s’échappent pas du tempo ni de la convention mélodique signée dès le début de la chanson. Ce qui ne l’empêche en rien de constituer une vraie perle grâce à des nuances sonores entre l’influence de Swervedriver et de The Flaming Lips.

La fixation shoegaze du quatuor se ressent aussi sur Glass Printer, avec des sonorités de guitares bourrées de distorsion et d’effets de modulation. L’instrument à 6 cordes le plus populaire du monde est donc mis de l’avant sur la majorité des chansons, ce qui n’empêche pas la batterie de jouer son rôle de chien de garde rythmique nuancé. Les percussions demeurent infiniment mesurées et jamais les tambours ne résonnent sans raison.

L’objectif des Montréalais s’affiche clairement avec Are the Roaring Night : toucher le coeur du public en le transportant dans un voyage au fond d’un monde troublé et difficile à percer. Land of Living Skies Pt.2: The Living Skies ressuscite les envolées philosophiques des années 70, alors que And This is What we Call Progress déboule sur ses percussions incessantes, comme une armée en marche, sur lesquels se greffent des interventions de guitares à trémolo et distorsion. Pas vraiment de refrain, pas de structure pop préétablie, simplement une intervention musicale issue d’un processus créatif rempli de surprises et d’originalité.

Le contenu musical de Are the Roaring Night est à l’image de la pochette du disque : éthéré, opaque, brûlant et, encore une fois, racontant une histoire d’espionnage troublante. Une réussite complète pour ces puissants musiciens de la métropole québécoise, et possiblement l’album québécois qui passera dans l’ombre cette année.

Numéro# – Sport de combat [2009]

numéro#sportdecombat

Numéro#
Sport de combat

Saboteur
Québec
Note : 6.5/10


Il y a trois ans, Numéro# lançait son premier disque, L’idéologie des stars, sur la même étiquette que Dj Champion, Saboteur. Dans cette œuvre se trouvait le single qui a occupé plusieurs heures de temps d’antenne sur les plateformes médiatiques ciblant surtout les jeunes et qui fut enregistrée avec Omnikrom : Chewing gum fraise. Avec son vidéoclip carrément quétaine, sa base pop-électronique années 80 et son sujet adolescent et naïf, Chewing gum fraise ne représentait pas grand chose du reste de l’album de ce groupe. En fait, si l’instrumentation demeurait la même, c’est-à-dire basée sur des musiques synthétiques, synthétisées et informatisées, les thèmes variaient d’un extrême à l’autre puisque l’essence du disque reposait sur le sarcasme et le cynisme vis-à-vis les élites de la société. Attaquant tour à tour le snobisme de certains intellectuels se croyant au-dessus de la mêlée, les artistes se pensant cool  et ainsi de suite, Pierre Crube et Jérôme Rocipon tentèrent une manœuvre périlleuse : critiquer la pop tout en faisant de la pop. Visiblement, l’objectif a été atteint et, trois ans plus tard, Sport de combat, leur deuxième opus, voit le jour. Force est de constater que le groupe a changé de voie.

Pour remplacer les paroles satiriques et les assauts verbaux, Jérôme a écrit des textes tournant plutôt autour de ses angoisses et de ses peurs. Évidemment, la musique a prit le même tournant et les arrangements fluos sont désormais plus sombres et agressifs. Le premier titre de l’album, Tonton klaxonne, constitue un single à part entière avec sa mélodie électronique rapide en double-croche, les tambours alternants entre notes hautes et notes basses à chaque temps, la structure de chanson traditionnelle avec bridge après le deuxième refrain et le refrain, justement, accrocheur à souhaits. On sent que Pierre Crube, artisan du niveau musical du groupe et producteur, a peaufiné sa technique d’échantillonnage. Les textures de son se retrouvent bien rodées et souvent beaucoup plus profondes que ce que la musique pop a à offrir lorsque l’on regarde du côté des stations radiophoniques. Synthétiseurs agressifs, envolées saturées, relais mélodiques entre pistes de sons, en général Crube a fabriqué des plateaux musicaux soutenant convenablement la voix de son camarade.

L’ambiance de l’album tourne autour des questions majoritairement émotionnelles posées par Jérôme. Sur Tout est parfait, la mélodie électronique basse et effréné supporte les paroles un peu simplistes du chanteur : « Tout est parfait/digne, héroïque/pourquoi vivre autrement? ». Ce genre de réflexion existentielle abonde dans les paroles un peu partout tout au long des 38 minutes et 55 secondes composant l’album. Les thèmes alternent autour du sarcasme rôdant autour des bases de la société, l’homme perdu sur une île incapable de retourner sur la terre ferme, le mensonge, l’angoisse et la transformation, des êtres humains, en machine à consommer. Et sur ce point, Numéro# garde sa verve de base en critiquant, sur des points différents, des problèmes de notre société post-moderne et consommatrice.

Tout de même, certaines pistes sont moins sombres musicalement. Angoisse, paresse, panique, malgré son titre froid, possède un refrain accrocheur grâce aux envolées magiquement efficaces évoluant en crescendo avant de tomber dans un bridge nerveux à deux arpèges. Faux tempo base sa progression sur un piano modifié et une sympathique mélodie synthétique très années 80 avant de sombrer dans une très réussie cassure rythmique passant du bas niveau à un sommet d’ambiance mélangeant le piano et les paroles rêveuses de Jérôme se terminant avec la fin de la chanson.

Il est important de l’avouer : Numéro# constitue un groupe pop bien au-dessus de la moyenne dans ce genre de style. Si, la plupart du temps, ce type d’artiste se contente de concepts et de structures constructrices empruntées à la radio, Jérôme et Pierre font de leur mieux pour faire les saumons et remonter la rivière à contre-courant. Si c’est parfois efficace, parfois ça l’est moins. L’auto-tune, popularisée par Kanye West, T-Pain et autres, aurait facilement pu être mise à la poubelle étant donné que Jéröme est suffisement apte à faire vibrer ses cordes vocales sans l’aide d’un codec informatique pour ajuster son timbre. Lorsque le duo n’invente pas quelques chansons dénonçant la société dans laquelle il vit, il s’approprie quelque peu les mauvais côtés de cette culture. On aime Numéro# pour leurs propos intelligents rythmées sur des musiques accrocheuses mais, sur ce disque, ils prouvent qu’ils abaissent parfois leurs gardes intellectuelles pour devenir des produits de la société. Comme quoi tout le monde est humain.

Pierre Lapointe – Sentiments humains [2009]

pierrelapointesentimentshumainsSacré Pierre. Après avoir défoncé les barrières bloquant l’accès au succès musical du Québec, et de France plus tard, grâce à deux disques remplis d’émotion et d’accent pseudo-français, il lance un spectacle de théâtre assez expérimental, Mutantès, dans lequel il chante et danse dans un costume de spandex trop flash. De cette création découle Sentiments humains, troisième album de l’ancien gagnant du Festival international de la chanson de Granby. Avec des chansons arrangées pour la cause, question d’éviter que les auditeurs n’ayant pas assisté à Mutantès soient quand même capables de se retrouver et d’apprécier, Monsieur Pierre nous offre un disque imparfait mais tout de même surprenant.

Surprenant, oui, parce Pierre s’est offert, en compagnie de ses supers copains l’assistant pour l’album (Philippe B, Daniel Bélanger), des arrangements rock. Ça commence par Le magnétisme des amants, avec sa batterie qui frappe chaque temps et sa basse syncopée. Il s’agit certainement de l’une des meilleures chansons du disque, avec ses montées de violons juste suffisamment grandioses. Ça se continue avec Je reviendrai (non, il ne s’agit pas d’un mauvais jeu de mot avec Terminator), pièce pop avec guitare acoustique et arrangements de cordes à l’avant-plan, avant de monter vers le ciel pour se solidifier quelque peu avec une batterie directement inspirée de No Cars Go d’Arcade Fire. L’enfant de ma mère reste la plus surprenante du lot. Dominée par la voix torturée de Pierre, lâchant sa poésie d’enfant emprisonné sur fond musical très bas et assez rapide. La guitare électrique s’ammène et se permet même d’oser un solo vers le milieu.

Le point fort du disque demeure toujours la puissance de la poésie de Pierre. Et une chance. Parce que la moitié du disque ne propose pas grand chose d’extraordinaire. À part les pièces mentionnées plus haut et Les lignes de ma main, balade piano-sons électroniques usuelle, le reste du disque ressemble plus à un b-side de La fôret des mal-aimés qu’à une oeuvre à part entière. Arrangements trop poussés et trop sucrés par moments, les textes possèdent tout de même quelques failles, l’ambiance du disque ne soulève rien de trop génial et d’inspirant. C’est dommage parce que Pierre Lapointe possède certainement l’un des cerveaux les plus créatifs du Québec en matière de musique et d’arts en général. Ça reste pas mauvais, mais on s’attendait à mieux. Après deux disques remplis de sentiments, Pierre prouve qu’il n’est, qu’après tout, qu’un simple humain.

Note : 3/5

Malajube – Labyrinthe [2009]

malajubelabyrinthe

Malajube est arrivé comme une explosion dans le paysage musical indie québécois. Un premier disque garage, brute et un peu sale. Un second plus retapé, comme si la matière première préalablement exploitée était passée au travers toute les étapes nécessaires pour raffiner un produit. On peut donc dire, en gros, que Le Compte Complet s’apparente à du pétrole brut et que Trompe-l’oeil constitue sa transformation, c’est-à-dire de l’essence. Et à voir le coût du carburant depuis quelques années, cette métaphore plutôt moyenne s’applique et tient la route, surtout en considérant la valeur musicale de Trompe-l’oeil. Outre ces énergétiques considérations, Malajube a aussi fait le tour du monde en spectacle, débouchant sur quelque chose autour de 250 spectacles si ma mémoire ne me fait pas défaut. Considérons aussi tous les prix reçus, les acclamations critiques et populaires et Malajube se retrouve propulsé au sommet du monde musical québécois des derniers temps. Et ils accouchent ce mois-ci de Labyrinthe, oeuvre qui se différencie drastiquement du passé en proposant du contenu beaucoup plus lourd, posé, réfléchi et complexe. Suivez le guide pour passer au travers ces complexes dédales musicaux.

Une petite mélodie douce de piano, qui se métamorphose rapidement en combo habituel (guitare, basse, batterie, clavier) un peu pop, constitue le portail d’entrée de l’album. Mais brusquement, les gars de Malajube nous lancent un mur de son directement à notre visage : batterie rapide et forte multipliée à de la guitare à rythme rapide et une voix froide laissée en fond de mix, comme une espèce de narration décrivant notre passage au travers de cet album-aventure. S’ensuit un passage plus doux lui-même suivi par d’autres mélodies et rythmes qui varient sans crier gare. Cette chanson pop-rock à influence très progressive se termine par un 2 minutes 30 dominé par la basse et par une guitare électrique composant un crescendo absolument digne des meilleurs groupes de post-rock.

Évidemment, on n’en sort pas sans conséquences. Personne n’aurait cru qu’un jour notre groupe d’indie pop-rock tomberait dans le shoegaze, le progressif ou le post-rock. Et si certains fans pourraient en être choqués, les autres seront certainement satisfaits et heureusement surpris de découvrir une évolution musicale très appréciée. Tout n’est quand même pas perdu : Porté Disparu aurait très bien pu se retrouver chez Trompe-l’oeil sans cette espèce d’aura inquiétante générée par des synthétiseurs old-school glaciaux.

Et Labyrinthe porte vraiment bien son nom. Il est très difficile de se localiser lors de notre permier parcours. Ce nouveau son est surprenant mais aussi très complexe, et retrouver notre chemin dans ces sinueux dédales relève du défi au départ. De Casablanca, qui démarre d’une façon tellement douce qu’elle en est presque ridicule pour monter un climax avec un solo de guitare qui va certainement donner lieu à Julien Mineau de le faire coucher sur le sol, à 333, piste indie rock angoissante et lourde du niveau de Neon Bible d’Arcade Fire, on traverse un vrai complexe où la sortie semble loin et inaccessible. Dès la fin de 333, par contre, on respire un peu avec Les Collemboles, chanson prog-pop hyper intéressante et motivante, se terminant dans une explosion sombre et malade. On respire ensuite avec le skit suivant, Hérésie où, probablement de façon volontaire, Julien nous demande justement d’inspirer et d’expirer pour prendre une pause.

Influences progressives québécoises sur Dragon de glace. Chanson triste classique de Malajube en Le tout-puissant. On se dit que l’on a tout vu, que cet album ne nous résèrve surement rien d’autre. Mais on se met le doigt dans l’oeil, parce que l’épique finale Cristobald se veut une chanson carrément épaisse et brumeuse, franchement post-rock dérivant presque parfois vers le métal. On fait, réellement, le saut.

Mais au final, à la sortie de cet environnement mi-hostile mi-flamboyant mais toujours glacé, on découvre une nouvelle facette de Malajube. On savait qu’ils avaient du talent, beaucoup de talent. Mais on ignorait qu’ils étaient capables d’emprunter ce genre de sentier, de créer de la musique immensément complexe, étourdissante et tournoyante. Et que dire de la pochette, tout en relief. Bravo Malajube.

Note : 4/5

*et à tous ces journalistes et chroniqueurs incapables de voir plus loin que la voix de Mineau, placée très loin dans le mix, ouvrez-vous. C’est complètement ridicule et chiant de parler d’un album en ne donnant que des infos sur la voix (compris, Sylvain Cormier?) et en ne prenant pas compte de la qualité de la musique. Et comme l’a dit Marie-Hélène Poitras à ce sujet, ce serait comme de demander à Sonic Youth de jouer avec des instruments accordés. Tsss…

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