Mot clé: post-rock

Jónsi – Go [2010]

Jonsi - GoJónsi
Go

XL Recordings
Islande
Note : 7.5/10

Connu pour sa voix magique et ses prouesses musicales comme chanteur et guitariste de Sigur Rós, Jónsi lance son premier album solo en s’attaquant à la pop atmosphérique, au post-rock et à l’électronique avec une verve assumée et un goût pour l’excentricité. Si l’héritage de son groupe s’entend sur la plupart des chansons, l’Islandais de 34 ans mérite une mention pour son talent créatif sur certaines pistes originales merveilleusement bien ficelées.

Tout débute avec l’extrait Go Do (dont l’ahurissant vidéoclip circule depuis un bout de temps déjà), dirigé par un kick drum massif frappant chaque temps ainsi qu’une mélodie légère de flûte. Le mélange peut paraître insolite, et il l’est. La voix de Jónsi se superpose à cet arrangement éclectique grimpant au ciel et se posant sur un nuage. Similarités rythmiques sur Boy Lilikoi, où l’instrument à vent laisse sa place à une guitare arrangée par ordinateur. Dans les deux cas, la somme des instruments est ponctuée d’ajouts de cordes, de sons électroniques festifs et flottants comme des confettis entre les passages musicaux plus agressifs. La créativité du musicien transpire de tous les côtés tant la concoction, pourtant étrange sur papier, apparaît nécessaire une fois dans nos oreilles.

Dans le même esprit printanier s’inscrivent Animal Arithmatic et Around Us, deux morceaux construits autour de frénétiques percussions artificielles ou non. Le premier pourrait presque donner une crise de nerf tant les tambours sont envahissants et omniprésents au-dessous de la voix saccadée du chanteur. Le second constitue presque une marche militaire, avec son tambour régimentaire honorable et la voix écho de Jónsi. Encore une fois le résultat surprend et donne le goût de célébrer le retour des oiseaux, des fleurs et d’autres éléments clés de cette période de l’année.

Pour le reste du disque, on pige surtout les inspirations dans le registre de Sigur Ros. Tornado démarre sur un tourbillon de piano qui n’est pas sans rappeler Pyramid Song de Radiohead avant d’intégrer des charges de cymbales et de tambours dans son crescendo ascendant jusqu’aux nuages. Même son de cloche du côté de Sinking Frienship où les violons, le piano, la voix et autres ajouts, quoique sublimes et bien arrangés grâce à l’apport de Nico Muhly (Grizzly Bear, Bonnie ‘Prince’ Billy), ne se démarquent pas vraiment du reste.

Fait à noter : les paroles sont chantées majoritairement en anglais. Sur Kolniður, par contre, la langue natale du musicien nous est dictée en plein visage sur fond mi-doux, mi-profond. Hengilas, qui termine l’album, est aussi racontée en islandais. Il faut avouer que Jónsi paraît fortement plus noble lorsqu’il utilise cette langue pour nous narrer une trame musicale tant celle-ci est peu commune. Mais on lui pardonne son choix, définitivement pop, puisque Go rime parfaitement avec l’atmosphère du moment.

Action Dead Mouse – Revenge of Doormats and Coasters [2009]

actiondeadmouserevengeofdoormatsandcoasters

Action Dead Mouse
Revenge of Doormats and Coasters

Greed recordings
Italie
7/10


Qu’on se le tienne pour dit : le post-rock et le math-rock sont des styles musicaux très complexes, difficiles d’accès et complètement anti-commerciaux. Le genre de truc qui fait aisément plaisir à un chroniqueur de mon genre, écrivain qui déteste l’homogénéisation des créations artistiques. Et dans la dé-homogénéisation musicale, Action Dead Mouse mérite sa part du gâteau. Mélangeant le son dramatique d’un Mogwai avec des cassures mélodiques et rythmiques à la Battles, le groupe réussit à maîtriser un style difficile, sans toutefois atteindre un niveau d’excellence suffisant pour réellement se démarquer.

Commençons par le commencement. Action Dead Mouse c’est, d’une part, un groupe italien de Bologne trempé dans le post-rock et le math-rock. On a droit à des structures désencadrées, de longues chansons remplies de surprises au niveau des compositions, des arrangements épiques avec violons et tonalités apocalyptiques et une ambiance labyrinthite incurable. Pas beaucoup de voix, plusieurs changements de tempo et une enveloppe globale très difficile à percer.

Le problème de Revenge of Doormats and Coasters se situe au niveau de la répétition atmosphérique. Bien que les changements de tempo réussissent à créer un certain attachement et une possibilité d’écoute attentive, on a l’impression que la même piste se répète encore et encore, sauf exceptions (Consequences Glasses : 3$ a Pair!). Même tonalité de guitare, arrangements de violon très semblables et compositions similaires.

Néanmoins, tout n’est pas noir, au contraire. Consequences Glasses : 3$ a Pair! est une piste terriblement pleine de rebondissements, avec son départ syncopé, sa fin dramatique et les deux entrecoupés d’un passage reposant, causant un mélange d’atmosphères réussi. Ce genre de compositions parsème l’album, mais n’est pas aussi bien représenté que sur ce titre. Another Sad Messiah Pt.1, d’une durée de 106 secondes, est une décharge totale d’arrangements épiques superposés à de l’agression de guitare, avec pour résultat l’un des meilleurs titres de l’album.

Si, finalement, Revenge of Doormats and Coasters ne cause pas vraiment d’émoi dans le monde de la musique, on ne peut pas dire qu’il mérite de passer dans l’oubli. Maîtrise définitive en matière d’arrangements, de complexité et de profondeur musicale, RoDaC constitue une petite perle pour les amateurs de détours infinis et de dédales abyssaux. Une réussite qui, sans repousser vraiment les limites du convenu, les défie avec conviction.

Mimas – The Worries [2009]

mimastheworries3Quand j’ai pris ce disque dans mes mains, la première fois, j’ai hésité. Une pochette avec un joueur de mandoline à tête de lapin et un chat. Des images ironiques du band, un feuillet de paroles avec un lapin ironique dessus, des entrevues ironiques, des remerciements tout autant ironique et, pour compléter toute cette ironie, des titres de chansons ironiques (Cats on Fire, c’est pas rien). Je me disais donc que si tout ce qui entoure la musique du groupe était autant poussée à cette extrême ironique, la musique devait nécessairement du même ordre. Mais voilà, Après avoir écouté The Worries une bonne vingtaine de fois, je me suis fait un avis. Passant de post-rock à indie à dream pop sans cesse, The Worries est définitivement un bon disque.

La chanson d’introduction, Treehouse, débute avec une ambiance à la Sigur Ros générée par une arpège de guitare électrique propre et par des sonorités éthérées planantes. Ça monte en crescendo, structure post-rock oblige, pour faire varier la mélodie et se terminer par une montée de lait fuzzée moyennement épique. Ça suit avec Mac, Get Your Gear et ses notes de guitare à la math-rock utilisant des loops pendant quelques secondes. Et comme avec Treehouse, la chanson s’élève jusqu’à atteindre un point quasi-shoegaze durant de courtes secondes. Le rythme est constant mais varié, l’ambiance rehaussée par une trompette lente en arrière-plan. Et cette trompette joue un rôle très pertinent, parfois de premiere importances dans certaines chansons. Dans Dads et Beneath the Glad Sunbeam, des passages de trompettes pures, langoureuses et atmosphériques cassent les moments plus indie pour se diriger vers le post-rock cuivré. L’aspect feutré dream-pop se retrouve dans certains moments moins indie et plus lents.

Si on peut dire que Mimas ne réinvente pas la roue en reprenant les principes de base de Sigur Ros, Mogwai et autres post-rockistes, ils réussissent très bien à les exploiter à leur façon. La trompette, particulièrement, ajoute une touche originale au genre, parfois peut-être trop épique et éthéré. Et bien que j’en ai eu envie, je ne terminerai pas cette chronique par une fin ironique, étant donné que je ne trouve pas grand chose à dire à ce sujet.

Note : 3.5/5

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