Mot clé: post-punk

Tracklist : Interpol – Lights

Interpol - LightsDepuis hier, le quatuor New-Yorkais Interpol rend disponible sur son site web, en échange d’une adresse e-mail, le premier extrait de leur prochain album dont on ne connaît toujours pas le nom et la date de sortie. Tout de même, avec l’ambiance gloomy de la page web, la typographie très 80′s et sombre du design, les guitares remplies de reverb et la voix hantée de Paul Banks, on peut s’attendre à un retour en force du groupe. Et on l’espère.

Interpol - Lights

Liars – Sisterworld [2010]

Liars - SisterworldLiars
Sisterworld

Mute
États-Unis
Note : 8/10

Le spectre de l’indie rock représente un large horizon de genres. Si, d’un côté, on peut avoir les mélodies réconfortantes d’un Yo La Tengo, à l’opposé se cache The XX ou Interpol, prêts à pourfendre le moral d’un auditeur mal préparé. Dans un détour sombre et caché, Sisterworld se prépare pour l’embuscade, prêt à sauter au moment venu pour troubler quiconque passera sur le chemin. Chaotique, énervant et à la limite violent, le dernier bébé de Liars s’écoute comme une épave hantée au bord d’un océan brumeux et inquiétant, oscillant entre des dérives post-punk, du rock agressif et des étendues de post-rock cassantes.

On y pénètre avec Scissor et la voix dérangée et grave d’Angus Andrew sur fond de chorales post-mortem et de cordes qui engouffrent l’attention. Et puis boom, la schizophrénie explose en dérapage où la batterie frappe tout le monde et la guitare impose son rythme en tonalités mineures. Plus loin, mêmes variations surprenantes et habilement construites pour faire monter la tension. Les pièces suivantes, No Barrier Fun, Here Comes all the People et Drip sont construites de la même façon, avec des arrangements et des mélodies tout droit sorties d’un cauchemar mal rêvé.

Scarecrows on a Killer Slant s’inscrit dans un registre purement post-punk, avec un refrain rythmé par une guitare variant sur 3 accords subséquents, des voix criées, voire beuglées et une batterie travaillant fortement sur les cymbales. La même chose revient sur la deuxième moitié d’I Still Can See an Outside World et The Overachievers. Post-punk agressif dirigé par des musiciens d’expérience capables de manier différents matériaux de construction pour développer une musique.

Surprise sur Proud Evolution, où l’on peut entendre des influences de krautrock proche de la pièce Atrocity Exhibition de Joy Division : tambours omniprésents, mélodie haute, presque atmosphérique, derrière le mix, voix qui s’entremêlent bref, changement de ton après autant de décharges effrayantes. Un peu comme Proud Evolution, Too Much, Too Much, élaborée à partir d’un synthétiseur glacial et répétitif et d’une basse accrocheuse mais sombre, fait varier les visages de l’album. Andrew scande « I am dead/I am dead » tout doucement, alors que le processus musical se déroule derrière sa voix, le tout dignement hérité des meilleurs moments du cold-wave. Album très inquiétant et marquant, Sisterworld ne vole pas sa position parmi les bons albums de ce premier tiers de l’année 2010.

Joy Division – Closer [1980]

joydivisioncloserChaque style de musique a son point de départ. Chaque genre possède un monument qui représente l’âme et le corps de lui-même et qui fait foi du potentiel et de la force de la musique. U2 a donné naissance au rock aréna moderne. Les Beatles ont créé le pop-rock intelligent. Magma était en avance sur son temps en donnant naissance au rock-progressif 10 ans avant les Pink Floyd et Gentle Giant. Le gothique peut trouver ses bases dans la musique de The Cure alors que la musique électronique au Québec a commencé avec François Pérusse (oui oui, dites ce que vous voulez, il est le pionnier de l’utilisation de sons électroniques ici). Le coldwave et le post-punk ont été enfantés par Joy Division, groupe réputé de la fin des années 70 avec un très fort mythe autour du défunt chanteur, Ian Curtis. Le groupe, avant de changer son nom pour New Order, a lancé seulement deux albums, deux chefs-d’œuvre, et Closer en représente l’apogée, le sommet, le crescendo noir des troubles de Curtis et la profondeur du talent des musiciens.

L’album débute logiquement à la suite d’Unknown Pleasures. La chanson d’introduction, Atrocity Exhibition, emprunte le nom d’un roman de J. G. Ballard et raconte une exposition macabre avec des paroles très tordues («The silence when doors open wide/Where people could pay to see inside/For entertainment they watch his body twist») sur un fond de bruits de guitares intermittents et d’une batterie imitant presque des percussions tribales. Une des grandes forces de cet album est justement l’imagerie puissante proposée par l’écriture d’Ian, toujours en train de nous pénétrer le cerveau pour y insérer ses moments de transes. Impossible de rester indifférent à l’écoute de 24 hours, du riff de basse sombre et oppressant qui carbure aux tambours droits et froids de Stephen Morris. Les paroles ajoutent une dose supplémentaire d’asphyxie à la chanson et la font passer d’une puissance musicale agressive sombre à un poème rythmé criant les profonds malaises qu’éprouvait le chanteur et parolier par rapport à sa vie.

La rudesse et l’aspect très cru du premier album a laissé place à une plus grande utilisation des sons studios et à une finesse plus poussée au niveau des mélodies. Isolation se permet même d’être presque une chanson de danse avec sa basse rapide, ses percussions syncopées et ses synthétiseurs très new-wave. Un gros contraste après l’introduction bizarre et qui se termine par un effet ressemblant étrangement à un lecteur cd qui saute. L’ambiance est beaucoup plus planante et atmosphérique sur cet album posthume, lancé après le décès du chanteur. C’est ce qui fait la beauté, par exemple, de Heart and Soul. Une première minute avec des effets synthétisés très ambiants avant que le chant plutôt doux mais très froid de Curtis embarque. Ça monte en puissance avec la guitare jouée par Ian dans un moment d’instrumental magique et obscur.

Les deux chansons finales, Eternal et Decades sont deux véritables mausolées érigées en l’honneur de Curtis. Les deux sont d’une longueur presque équivalente, soit un peu plus de 6 minutes. Alors qu’Unknown Pleasures débordait de force et de rage vivante, ces deux chansons, à elle seules, font complètement contraste avec l’esprit de départ du groupe. La première est une véritable cathédrale de la tristesse, une brisure dans la façade du groupe, avec un rythme lent commandé par une mélodie de piano extrêmement déprimante et touchante appuyée par des effets studio ressemblant bizarrement à une espèce de chorale. La seconde trouve ses fondations dans une rythmique de sons électroniques faisant penser aux trames sonores des premiers jeux vidéo spatiaux.

Martin Hannet, leur producteur, avec lequel les membres du groupe ont eu plusieurs conflits parce qu’ils ne considéraient pas qu’il réussissait à capter l’énergie agressive des performances live du groupe. Peut-être un peu malgré lui, il a réussi à créer le son de Joy Division. Les moments puissants et planants emportés par la voix de Curtis, chantant à la limite du faux, cassés par des destructions d’ambiances instrumentales agressives et violentes avec la batterie rapide et syncopée de Morris. Cette façon de jouer de la batterie a influencé des décennies de groupes, qu’ils fassent partie de la vague new wave des années 80 ou du post-punk revival des années 2000.

Stephen Morris, Bernard Sumner, Peter Hook et Ian Curtis auront formé, le temps de quelques années, l’un des groupes les plus puissants de l’histoire de la musique. Partant d’un groupe punk, ils auront utilisé cette énergie pour façonner leur musique, la transformant en une pulsion émotive chargée de cette force agressive fusionnée aux mélodies aux influences punk. Ce disque est chargé de force, de détresse, de rebondissements et de moments à couper le souffle. Il est l’apothéose de ce que le mouvement punk du nord de l’Angleterre a pu apporter à la musique. Tout ça, accouplé aux prouesses vocales et parolières de l’un des plus grands musiciens de scène jamais vu, aura donné Closer, chef d’œuvre qui se termine par une descente percutante dans l’obsession noire du temps, éléments qui aura cruellement manqué à Ian Curtis pour faire le point sur sa vie.

Note : 5/5

article écrit pour www.mam-web.ca

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