Mot clé: pop

Videotape : Caribou – Sun

Ce n’était probablement pas ce que vous aviez en tête lorsque vous écoutiez l’excellente piste Sun du dernier album de Caribou. Par contre, pour Daniel Victor Snaith, des femmes d’un certain âge qui dansent dans un hall en compagnie de danseurs de mauvais goût, c’est le cas. Voyez par vous-mêmes :

MGMT – Congratulations [2010]

MGMT - CongratulationsMGMT
Congratulations

Columbia
États-Unis
Note : 6.5/10

Après la réussite précoce d’un premier disque, certains artistes et musiciens souffrent d’un syndrome mal connu, l’Alpha Asia. Cette psychose a été découverte en 1983 lorsque le groupe rock Asia a délivré son deuxième opus, un album minable intitulé Alpha, qui faisait suite à un disque éponyme vendu à 400 millions d’exemplaires. Les musicologues l’ont constaté, l’Alpha Asia est visible chez les artistes incapables de reproduire le succès de leur premier disque. L’une des majeures conséquences du syndrome est la conception d’albums médiocres qui déçoivent et dégoûtent les auditeurs.

Quelques groupes affectés par l’Alpha Asia ont tout de même réussi à survivre au syndrome. Par exemple, Room on Fire des Strokes et dernièrement, Contra de Vampire Weekend ont été des suites intéressantes aux premiers opus de ces musiciens.

Qu’en est-il de MGMT? Le groupe a été graduellement propulsé au succès à la suite de son premier disque, Oracular Spectacular. Sacré par le Rolling Stone Magazine comme le 18e meilleur album de la décennie et le meilleur disque de 2008 selon NME, le duo de Brooklyn revient avec plein de promesses en 2010 avec Congratulations. L’équipe de Feu à volonté a écouté le dernier disque des chanteurs de Kids en primeur le mois dernier, lors d’une promenade automobile sur le Mont-Royal avec les relationnistes de Sony. À cette première écoute, notre équipe s’est montrée divisée sur la question de la qualité des pièces. Un mois plus tard, les opinions n’ont toujours pas changé. Congratulations n’est pas un album qui fait l’unanimité, il ne reprend pas la formule qui a fait le succès d’Oracular Spectacular et ses neuf morceaux qui le composent ne prennent jamais de direction particulière, sauf si ce n’est qu’ils vont partout à la fois.

Le premier morceau, It’s Working, est une suite idéale aux paroles de la pièce The Handshake qui figurait sur le premier disque du groupe. Le chanteur Andrew VanWyngarden chante et élabore sur les effets de la drogue dans une ambiance psychédélique. On peut même entendre quelques passages qui rappellent l’innocence qui parcourait Oracular Spectacular. Les comparaisons avec le premier album s’arrêtent pourtant là, puisque la suite du disque s’engouffre dans une orgie de textures musicales qui s’enchaînent l’une par-dessus l’autre sans jamais se simplifier. Ce n’est pas compliqué, à défaut de n’avoir fait que neuf pièces, MGMT a synthétisé quinze chansons dans chacune de ses pistes. Le premier simple Flash Delirium souffre de cette hétérogénéité. Le morceau pourrait pourtant être excellent, si ce n’était qu’il ne s’arrête jamais pour développer ses meilleurs passages.

La pièce avec le titre le plus loufoque, Lady Dada’s Nightmare, est un morceau instrumental de quatre minutes qui laisse toute la place au délire ingénieux du groupe. Mélangeant une trame de piano mélancolique à des cris humains dans une progression dramatique, cette pièce représente probablement le moment le plus « étrangement bien » du disque.

Le duo de Brooklyn dit ne s’être donné aucune pression lors de l’enregistrement de Congratulations, mais on sent bien que le syndrome d’Alpha Asia a été présent lors de l’enregistrement. Non pas dans l’esprit du groupe, mais bien évidemment dans l’esprit des auditeurs qui s’attendent à un produit semblable à Oracular Spectacular. MGMT ne répond donc pas aux attentes, mais il ne déçoit pas non plus puisqu’il prépare la table pour les prochains disques. En espérant que ces derniers mélangeront la complexité et la recherche de Congratulations à l’homogénéité d’Oracular Spectacular.

Jónsi – Go [2010]

Jonsi - GoJónsi
Go

XL Recordings
Islande
Note : 7.5/10

Connu pour sa voix magique et ses prouesses musicales comme chanteur et guitariste de Sigur Rós, Jónsi lance son premier album solo en s’attaquant à la pop atmosphérique, au post-rock et à l’électronique avec une verve assumée et un goût pour l’excentricité. Si l’héritage de son groupe s’entend sur la plupart des chansons, l’Islandais de 34 ans mérite une mention pour son talent créatif sur certaines pistes originales merveilleusement bien ficelées.

Tout débute avec l’extrait Go Do (dont l’ahurissant vidéoclip circule depuis un bout de temps déjà), dirigé par un kick drum massif frappant chaque temps ainsi qu’une mélodie légère de flûte. Le mélange peut paraître insolite, et il l’est. La voix de Jónsi se superpose à cet arrangement éclectique grimpant au ciel et se posant sur un nuage. Similarités rythmiques sur Boy Lilikoi, où l’instrument à vent laisse sa place à une guitare arrangée par ordinateur. Dans les deux cas, la somme des instruments est ponctuée d’ajouts de cordes, de sons électroniques festifs et flottants comme des confettis entre les passages musicaux plus agressifs. La créativité du musicien transpire de tous les côtés tant la concoction, pourtant étrange sur papier, apparaît nécessaire une fois dans nos oreilles.

Dans le même esprit printanier s’inscrivent Animal Arithmatic et Around Us, deux morceaux construits autour de frénétiques percussions artificielles ou non. Le premier pourrait presque donner une crise de nerf tant les tambours sont envahissants et omniprésents au-dessous de la voix saccadée du chanteur. Le second constitue presque une marche militaire, avec son tambour régimentaire honorable et la voix écho de Jónsi. Encore une fois le résultat surprend et donne le goût de célébrer le retour des oiseaux, des fleurs et d’autres éléments clés de cette période de l’année.

Pour le reste du disque, on pige surtout les inspirations dans le registre de Sigur Ros. Tornado démarre sur un tourbillon de piano qui n’est pas sans rappeler Pyramid Song de Radiohead avant d’intégrer des charges de cymbales et de tambours dans son crescendo ascendant jusqu’aux nuages. Même son de cloche du côté de Sinking Frienship où les violons, le piano, la voix et autres ajouts, quoique sublimes et bien arrangés grâce à l’apport de Nico Muhly (Grizzly Bear, Bonnie ‘Prince’ Billy), ne se démarquent pas vraiment du reste.

Fait à noter : les paroles sont chantées majoritairement en anglais. Sur Kolniður, par contre, la langue natale du musicien nous est dictée en plein visage sur fond mi-doux, mi-profond. Hengilas, qui termine l’album, est aussi racontée en islandais. Il faut avouer que Jónsi paraît fortement plus noble lorsqu’il utilise cette langue pour nous narrer une trame musicale tant celle-ci est peu commune. Mais on lui pardonne son choix, définitivement pop, puisque Go rime parfaitement avec l’atmosphère du moment.

Clara Clara – Comfortable Problems [2010]

Clara Clara - Comfortable ProblemsClara Clara
Comfortable Problems

Clapping Music
France
Note : 7.5/10

S’il est fréquent de tomber, lorsque l’on fouille chez les étiquettes de disques indépendantes, sur de pâles copies simplistes de groupes über-hypés grâce aux champions de la critique musicale à l’ère du web, il arrive parfois que l’inverse se produise. Le critique, avec son scepticisme d’universitaire réfléchi et posé, pose la première écoute avec une oreille attentive, mais redoutable. Et pourtant, Comfortable Problems de Clara Clara s’accueille très facilement dans nos crânes d’adeptes de nouveautés grâce à sa composition hybride entre mélodies pop fraîches et sonorités  indie rock presque noisy, quelque part entre The Unicorns et tout l’arsenal de groupes alternatifs des années 90.

On subit très rapidement la jouissance corrosive de cette galette dès le premier titre, Paper Crowns. Avec un début aux synthétiseurs épars et bruyants, on se retrouve écrasé par un rouleau compresseur mélodique où le mariage entre dance punk, indie rock et noise pop est célébré avec furie. Cette recette se perpétue tout au long des 8 pistes du disque, avec parfois plus ou moins d’envolées bruyantes.

Si Paper Crowns épate avec son climax final, Versus Education of Artistic Peace emprunte la voie contraire ; l’intensité demeure la même tout au long de ses 5 minutes 30 mais les mélodies plastiques, avec l’aide d’une batterie carrée et d’une basse jouant le rôle de colonne vertébrale, s’assument complètement et assurent une écoute de qualité avec une belle palette de variations de rythmes.

Parfois, le rendu est beaucoup plus pop et posé. Sur One on One, la basse mène le ton avec un riff très commun et rempli de distorsion, alors que les synthétiseurs accompagnent la rythmique par des interventions intermittentes. Et pourtant, bien que la pièce n’apporte aucune nouveauté exceptionnelle au genre, les passages bruyants, découlant presque d’un no wave ramolli, finissent par surprendre grâce à une mise en scène musicale mélodieuse et sale. La situation est semblable sur Infinity, chanson menée par des battements de synthés à chaque temps au départ, pour ensuite varier sur une mélodie plus rapide, le tout posé sur un fond de batterie accommodant, qui laisse toute la place aux variations d’effets mélodiques.

L’influence de The Unicorns se fait ressentir, particulièrement sur We Won’t Let You All Alone, conclusion de l’album. Les synthétiseurs à mi-chemin entre caoutchouc élastique et pop new-wave des années 80 rappellent sans aucun doute Ghost Mountain, ou encore Jellybones, merveilles issues de Who Will Cut our Hair When We’re Gone. Le même genre de progression indie pop rock est identifiable sur Comfortable Problems : mélodies accrocheuses, tonalités très alternatives issues d’un alliage de la texture des années 80 et de la saleté des années 90 et passion pour le plaisir.

Clara Clara ne constitue donc pas une pâle copie de ces champions prédécesseurs : le groupe présente une pop alternative trop bien construite dans un univers où la recherche du plaisir semble avoir laissée sa place à la facilité d’écriture sans ambition.

Gorillaz – Plastic Beach [2010]

Gorillaz - Plastic BeachGorillaz
Plastic Beach

Parlophone
Grande-Bretagne
Note : 8.0/10

« Pop! » C’est le son que fait Plastic Beach, le dernier disque de Gorillaz, lorsqu’il se décolle de son esthétique boîtier. Sur la pochette, on peut voir l’œuvre d’ingénieux graphistes avec un tableau conçu à l’ordinateur d’une île artificielle sous forme de champignon nucléaire qui flotte sur un océan déshumanisé. À l’intérieur du lecteur de disques, le « pop » se continue de belle façon avec un excellent mélange de hip-hop, d’orchestration orientale et d’électro que seuls des personnages animés et hallucinés peuvent dessiner avec autant de charme.

C’est pour une troisième fois que Murdoc, 2D, Noodle et Russel reprennent vie dans leur rôle de super groupe virtuel et cela pour satisfaire les imaginaires visuels et auditifs de l’ex-membre de Blur, Damon Albarn, et du dessinateur de la bande-dessinée Tank Girl Jamie Hewlett. Le duo ne revient pas avec le même schéma musical que celui de son album précédent, Demon Days et n’offre rien qui ressemble aux expérimentations de son premier opus éponyme. Les simples à succès comme Clint Eastwood et Feel Good Inc n’y sont pas non plus présents, au grand bonheur de toutes les seize pièces bien travaillées de Plastic Beach. Cette galette est un album concept qui ne peut s’écouter que dans son œuvre intégrale. Ainsi, les chansons se suivent et se répondent parfaitement l’une après l’autre sans jamais s’éclater individuellement. Bien sûr, certaines sortent du lot avec des sonorités plus intéressantes mais ce n’est pas au dam des autres.

Avec une introduction orchestrale d’au moins une minute, Gorillaz surprend et intrigue l’auditeur comme si d’un bateau, un observateur pressentait la terre s’approcher à l’horizon. Le rappeur Snoop Dogg est le premier à rompre le silence vocal en clamant de son vibe funky « Gorillaz and the boss dog, planet of the apes » dans Welcome to the World of the Plastic Beach. Synthétiseurs et claviers juteux abondent dans cette pièce sous fond d’électro-pop. Ne s’éloignant jamais de la surprise, la troisième pièce White Flag débute avec une parade solo d’une minute de l’Orchestre National libanais pour la musique orientale pour finalement se joindre à un duel hip-hop entre les rappeurs Kano et Bashy.

Rhinestone Eyes, rare pièce à n’avoir aucun invité spécial, est le rêve lucide d’une balade nocturne en ville au cœur de rues habitées par des discothèques électroniques colorées. Les synthétiseurs jouent ici le rôle de grands faisceaux lumineux qui aveuglent l’auditeur jusqu’à lui faire comprendre le sens des paroles. Jamais Albarn n’a sonné aussi mélancolique et passionné sur des paroles de lunatiques. Le premier simple Stylo suit avec son hymne aux groupes new wave comme New Order et au disco synthétisé des années 80. Bobby Womack utilise sa voix édifiante pour construire une trame sonore répétitive sur laquelle Mos Def improvise quelques passes de rap. Redondante, Stylo a son charme lorsqu’elle est écoutée avec le reste de l’album mais, à elle seule, elle est un simple très ordinaire.

En plein centre de l’album, Glitter Freeze exploite l’électronique avec une montée instrumentale qui n’est pas sans rappeler la progression de vieilles chansons rock comme One of These Days de Pink Floyd. Après cet ovni musical, la troupe animée ralentit son tempo et tente des expérimentations avec des invités de tout genre comme le chanteur de Velvet Underground, Lou Reed, et le guitariste et bassiste des Clash, Mick Jones et Paul Simonon. Toutes aussi alléchantes, ces pièces révèlent des accents pop qui réussissent à atteindre l’effet désiré, soit d’hypnotiser son auditeur dans l’aventure que raconte Plastic Beach.

Gorillaz donne à l’artificiel une forme musicale qui, ironiquement, s’emprunte à l’une des meilleures pop du moment. Damon Albarn réussit encore le pari qu’il a débuté en 2001 en créant le groupe virtuel le plus populaire au monde. Plastic Beach aurait facilement pu tomber dans la pop facile mais il a plutôt un effet dévastateur pour les oreilles qui sont prêtes à s’imbiber de toxines électro-chimiques.

Spoon – Transference [2010]

Spoon - TransferenceSpoon
Transference

Merge
États-Unis
Note : 7.5/10

En amour pour les mauvaises raisons avec la pop, le quartet américain Spoon se divorce du style et explore le thème de l’incompréhension avec Transference, son septième opus. Ici, le génie ne réside pas dans l’accroche-oreille, mais plutôt dans le plaisir de la simplicité. C’est donc dire que le groupe se secoue dans un grand café velouté qui se corse à l’occasion, mais qui ne délivre rien d’aromatisé.

Dès la première note, on le réalise. Spoon ne répète pas sa fameuse recette « pop-bonbon-alternative » qui lui a permis de quitter les bars. Kill the Moonlight et Ga Ga Ga Ga Ga, des albums qui ont été très bien évalués par des critiques de tout genre, sont loin du son moins clair et plus trash de Transference, et tant mieux. Le quartet d’Austin lève d’un cran le volume de ses guitares et présente un album plus recherché et élaboré, mais aussi moins astiqué du point de vue de la production.

Le chanteur Britt Daniels a déclaré que son groupe a voulu produire Transference pour donner une idée à ses admirateurs de ce que Spoon peut livrer lorsqu’aucune restriction n’est de mise. Le résultat est audible. Des surprises comme la voix ralentie et incompréhensible sur fond de solo dans I Saw the Light et les synthétiseurs dépolis et découpés de manière saccadée dans The Mystery Zone, agrémentent l’album sans pour autant prendre le dessus des instruments effrénés. D’ailleurs, la pièce I Saw the Light représente le principal tour de force de Transference. Morceau central de l’album, cette dernière pièce entraîne l’auditeur dans une pluie de partitions instrumentales s’enchaînant une à la suite de l’autre pour finalement se terminer dans un jam qui côtoie l’agressivité électrique de la guitare et la mélancolie du piano pendant plus de trois minutes.

De leurs côtés, les premiers simples Written in Reverse et Got Nuffin n’atteignent pas le calibre et le charisme des Out Go the Lights et The Mystery Zone qui à eux représentent de biens meilleurs moments musicaux. La ravissante ambiance de Out Go the Lights rappelle par sa lente progression les ballades populaires 1979 et Mayonnaise des Smashing Pumpkins. On peut y entendre d’intéressants détails comme le bruit ralenti d’une caisse frappée qui simule ainsi le son d’un long soupir.

Quant au titre de l’album, le mot Transference signifie l’emprisonnement psychologique dans lequel s’enferment inconsciemment certains individus pour qu’ils puissent s’attacher à une personne qui, en réalité, leur en rappelle une autre. La réalisation de cette réflexion apparaît brillamment dans les paroles de Britt Daniels comme dans la première ligne du morceau Before Destruction qui amorce l’album « Before destruction a man’s heart is haughty » (avant la destruction, le cœur d’un homme est très fier).

S’il fallait analyser l’album dans la carrière du groupe, ce septième opus représenterait pour Spoon la fin d’une belle et malsaine romance qu’il a entretenue avec la pop, mais il désignerait aussi le début d’une nouvelle ère. Malgré quelques imperfections, Transference a le potentiel de se recréer dans de futurs albums et chansons.

Owen Pallett – Heartland [2010]

Owen Pallett - HeartlandOwen Pallett
Heartland

Domino
Canada
Note : 9/10

Créature hybride composée de pop orchestrale épique, de folk subtile et d’une construction indie rock, Heartland, premier disque d’Owen Pallett sous son véritable nom, se qualifie aisément de trésor canadien laissé pour compte. Pourtant, ce mélange entre nervosité de trame sonore pour jeu vidéo et arrangements flamboyants constitue le meilleur disque en ce début d’année.

L’écoute peut s’avérer difficile, étant donné l’audace et la créativité assez avancées de l’album. L’instrumentation se compose essentiellement du violon de Pallett, d’un orchestre de Prague et d’ajouts électroniques fréquents, mais extrêmement bien dosés. S’il ne s’agit en aucun cas de musique classique, l’impression qui s’en dégage demeure semblable : celle d’être profondément touché et troublé par la majesté d’une expérience noble mais purement organique.

Par exemple, sur Lewis Takes Action, le rythme se base sur des cuivres et des cordes intermittents, laissant une bonne partie de l’espace sonore à la voix du multi-instrumentiste. Entre les blocs vocaux, des envolées de cordes dominent l’écoute, tout ça pour se terminer sur une mélodie extrêmement fantaisiste. The Great Elsewhere se compose d’une architecture électronique détachée et complexe à laquelle se greffent une batterie et l’orchestre. Ce mélange donne lieu à une escapade musicale dégringolante et inquiétante de par le mélange entre les frappes de percussions et les orchestrations magistrales, le tout assimilé à une ambiance de course contre la montre.

Lewis Takes Off His Shirt constitue un suspense auditif, avec une présence électronique nerveuse et des arrangements sublimes toujours localisés au bon moment pour créer un effet. La chanson monte en crescendo pour redescendre aussitôt, accouchant ainsi d’une sensation globale de transport maritime coincé dans le courant se brisant, au final, sur un récif rocailleux.

Un autre point fort d’Heartland, outre son improbable mélange entre folk, indie rock et pop orchestrale et sa splendeur flamboyante, est sa capacité à transporter l’auditeur dans un voyage à travers le concept du disque. La trame narrative se compose essentiellement d’un dialogue entre un violent fermier nommé Lewis et son créateur, Pallett, le tout dans un monde nommé Spectrum. Si ça peut paraître étrange, le résultat se rapproche d’un conte, hanté et tordu, à propos du contrôle et du pouvoir vis-à-vis sa propre destinée.

À travers les 12 pistes de l’album, on découvre un musicien extrêmement talentueux et inspiré, capable de mélanger des genres incongrus pour aboutir à un résultat immensément riche et surprenant. Entre l’aventure épique, l’orchestre magique, l’enchantement musical et l’alternatif, Heartland fait bande à part et impressionne grandement.

Vampire Weekend – Contra [2010]

Pochette de l'album Contra, par Vampire Weekend

Vampire Weekend
Contra

XL recording
États-Unis
Note : 7/10

Vampire Weekend a accompli l’exploit de maintenir secret le contenu de Contra jusqu’à environ 1 semaine avant sa sortie, c’est-à-dire lorsque le groupe a rendu disponible les chansons sur son Myspace. Ce fut peut-être une bonne chose pour ce groupe, qualifié pour se joindre à la catégorie des bands propulsés extrêmement rapidement grâce au web 2.0 et à la hype. Le mystère est donc resté entier pour, finalement, nous avoir fait saliver d’attente pour un bon disque, sans plus.

Horchata, connue du public depuis belle lurette, constitue une introduction solide au reste de l’album. Les moments moins intenses, conduits par des sonorités afro-pop basées sur une esthétique indie-rock très new-yorkaise, se retrouvent séparés par un refrain avec rythme caribéen et voix en choeur. Sans être magnifiquement entraînante, elle demeure efficace grâce aux variations de rythmes et de mélodies.

Dans le même registre on retrouve White Sky, moment léger incluant des sonorités similaires et un refrain presque comique où Ezra Koenig, chanteur et guitariste, s’amuse à pousser sa voix ridiculement aiguë. Run et Diplomat’s Son font aussi parti de cette portion plus afro-pop et, si la première constitue l’un des points forts grâce, encore, à la variété de rythmes et de sons, la seconde ennuie lors des couplets avec une mélodie simili-dub et une voix paresseuse sans énergie

Ce dernier concept demeure pourtant ce qui fait la force du groupe et celui-ci le prouve avec Cousins, chanson énergique manoeuvré avec un combo batterie-basse appuyé, par moments, par des explosions de guitare cassantes. Ezra, et le reste du groupe, semble s’amuser comme un fou à chanter à propos d’absolument rien et à crier des AY! AY! AY! jusqu’à un crescendo final accompagné de cloches de célébration.

Lorsque l’énergie manque (I Think Ur a Contra, Taxi Cab), le groupe endort avec des tentatives ratées d’Ezra de chanter bas et doucement. Musicalement, l’atmosphère de Vampire Weekend demeure, mais pas le résultat, sans nervosité ou rehaussement spontané. La saveur pop réjouissante se retrouve diluée dans des sections molles où le groupe finit par perdre son identité.

Et que dire de California English, construite sur un bon rythme mais parasitée par de l’auto-tune maladif qui gâche la voix qui, au milieu du bordel sonore, se perd et brise les sonorités pourtant bien choisies.

Par moments mal proportionné, par d’autres porteur d’une énergie pandémique doublée à une atmosphère tropicale hybride avec de l’indie rock nordique, Contra demeure un bon disque qui, par contre, risque de décevoir les plus ardents fans du premier opus.

Atlas Sound – Logos [2009]

atlassound - logosAtlas Sound
Logos

4AD
États-Unis
Note : 9/10


Bradford Cox, chanteur de la formation Deerhunter, a lancé un second album solo génial qui combine la pop indie à une atmosphère shoegaze complexe et brumeuse. Prouvant une fois de plus son génie musical, Cox emprunte les concepts de base de son groupe pour les personnaliser, les raffiner et les polir. Le résultat de cet effort donne un superbe mix entre douceur, profondeur et créativité.

Dès l’introduction The Light That Failed, une ambiance intime et conviviale, comme une petite pièce éclairée grâce à une lampe multicolore s’installe. Dominée par une mélodie répétée de guitare acoustique et dirigée par des entrées et sorties de sonorités électroniques modérées, c’est-à-dire bien dosées pour ne pas sombrer dans l’électro-pop sucré et fluo, Bradford répète encore et encore le titre de la chanson comme pour nous marteler et nous convaincre de l’ambiance. La recette se répète sur la pièce suivante, An Orchid, qui suit sans trop réellement s’afficher, comme si les deux chansons en constituaient qu’une seule.

En compagnie de Loah Lennox suit Walkabout, morceau grassement pop avec sa mélodie de presque piano joyeux, la voix de Bradford trafiquée et brumeuse et les fonds vocaux angéliques de Lennox. Tout cela évoque une renaissance pop cachée derrière des rideaux de shoegaze et des nuages d’effets postproductions cinématographiques. Il s’agit du gros point fort de l’album : la capacité du leader de Deerhunter à embrouiller ses créations douces et timides dans un enveloppe de sons électroniques opaques, de voix harmonieuses éjectées de nulle part ou de guitare rythmée.

Les morceaux du disque s’emboîtent l’un dans l’autre pour former une mosaïque de sons qui s’entremêlent. Chaque envolée pop est maîtrisée par une structure, des sonorités ou des mélodies hors du commun bien dosées de par leur diversité. L’album s’écoute d’un bout à l’autre sans que l’on réalise les changements de chanson tellement tout est bien calculé et mélangé subtilement.

Bradford Cox possède un génie créatif musical parmi les plus puissants de cette fin de décennie. En solo ou avec Deerhunter, le mec repousse les limites de l’alternatif avec son shoegaze pop faussement électro et probablement indie. Une barrière de plus de brisée avec ce disque.

St. Vincent – Actor [2009]

stvincentactor

St. Vincent
Actor

4AD
États-Unis
Note : 9/10


J’ai un préjugé complet sur les albums dont la pochette est composée du visage de l’artiste. Il me semble que, créativement parlant, cela constitue un vide visuel profond, comme si la couverture d’un disque ne constituait uniquement d’une espèce de vitrine publicitaire qui, lorsque le consommateur se rend chez le disquaire, pourrait intercepter la pupille de l’oeil et ainsi faire gonfler les ventes d’une manière indirecte et subtile. Ce qui est probablement le cas pour les «artistes» pantins de compagnies de production et d’autres groupes capitalistes pour qui l’art n’est qu’une manière de faire de l’argent et peut être exploitée et transformée pour se fonde aux besoin du marché.

Voilà pourquoi je n’ai pas écouté le deuxième album de St. Vincent dès le début, malgré toutes les bonnes critiques que j’ai pu lire. Arrangements géniaux, voix superbe d’accord, mais vous faites quoi de SA FACE PLANQUÉE SUR LA POCHETTE? Ça ne ment jamais! J’aurais dû réfléchir : un visage sur une pochette rime avec commercialisation de la musique lorsqu’il s’agit d’un produit et non d’une oeuvre d’art. Je me suis donc fait jouer un vilain tour, pour finalement me rendre compte que Actor est un album merveilleux.

Mon idée préconçue fut brisée dès la première chanson, «The Strangers». Chanson folk assez douce, dirigée par des arpèges de guitare acoustique et rythmée par une batterie basse synthétique battant chaque temps. Alternant entre chorales et sons plus classiques, la chanson explose à 2 minutes 33 secondes après un petit crescendo. Exploser est un bien grand mot. Disons plutôt qu’elle augmente d’intensité avec la guitare électrique, l’addition d’une vraie batterie et la mélodie désormais assurée par un espèce de violon artificiel. Surprise totale, la voix d’Annie Clark était suffisamment douce pour laisser croire que les compositions de son disque seront particulièrement basées sur ce fait.

Le son de l’album est principalement caractérisé par un mélange entre ce folk plutôt doux, un peu mignon et presque juvénile tellement il peut paraître naïf. Et si ce n’était que de ce simple côté-là, Actor consisterait en un simple album folk qui se flatte bien. Mais non. Pas pour Annie Clark. Pas pour St. Vincent.

«Actor Out of Work» constitue le meilleur exemple du deuxième visage que montre ce disque. Batterie presque militaire tapant un rythme continue comme une espèce de marche rapide sur fond de guitare électrique et de trompette/guitare modifiée par ordinateur troublante et montées vocales lors du refrain faisant contre-poids aux «I think I love you / I think I’m mad» répétés.

«Black Rainbow» suit et contient des mélanges entre cordes, cuivres et flûte à bec évoluant tout en douceur vers le ciel. Mais une petite sensation torturée se cache dans l’ombre et sort du sac un peu avant la 150e seconde de la chanson et se termine en un crescendo complètement épique et troublant mêlant, et ce à l’opposé total du reste de la chanson, violons captivants et douloureux et rythme agressif et violent tenus par les tambours et guitares. Et, comme pour conclure sur la chanson suivante, Annie déclare : «Just like amnesia I’m trying to get my senses back».

Ces surprises d’instrumentation pleuvent tout au long de l’écoute de Actor. On se surprend toujours des arrangements unissant moments de tendresse menés par la charmante voix de la jeune dame et agressions musicales presque héritées de Nine Inch Nails par moments. Cocktail rafraîchissant dans le monde où la pop baigne dans crasse de sa propre répétition. Le risque est mort! Vive le risque!

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