5 groupes de Noise rock à découvrir

PRE © photo Ben Rayner
PRE © photo Ben Rayner

Pourquoi écouter du Noise? Bonne question, et franchement je n’ai pas la réponse. Je peux simplement dire que je suis constamment en quête d’originalité, de marginalité et surtout de créativité. Ces quelques groupes ont totalement réussi à m’émerveiller par leur ingéniosité ou par leur inventivité pure. Souvent les gens disent «du Noise, c’est juste n’importe quoi». Moi, quand je fais n’importe quoi, ça ne sonne jamais aussi structuré et recherché que du Noise… parce que la musique Noise, c’est un chaos organisé.

5 Merzbow

Certainement parce que c’est formellement impossible de dire «ça me fait drôlement penser à…» en entendant ça! Vous n’avez jamais vécu une expérience auditive aussi extrême que lors de l’écoute d’une chanson de Merbow. Ses œuvres sont souvent instrumentales et deviennent toutes progressivement une attaque personnelle à nos oreilles. Merzbow, c’est l’exemple même du chaos pur que représente le Noise. À vous d’interpréter le voyage sonore qui vous attend.

Pourquoi le groupe n’est pas #1
C’est vraiment intéressant à étudier et découvrir, mais c’est franchement ardu à supporter.

4 PRE

Akiko Matsuura a tout pour plaire: elle ne sait visiblement pas chanter, elle saute partout et se dénude dans les spectacles. PRE amène une dimension beaucoup plus harmonieuse au Noise avec des refrains et des couplets, mais ça demeure tout de même dissonant et agressant! Reste que le groupe possède un certain charme enfantin avec la petite voix d’Akiko.

Pourquoi le groupe n’est pas #1
Trop peu de chansons à leur actif et un son qui manque un peu de personnalité.

3 Boris

Certains pourraient dire qu’ils font du drone, du doom métal ou du sludge métal. Difficile à dire, mais ce qui est sûr, cependant, c’est que c’est certainement le Noise sous une de ses meilleures formes! On reconnait Boris pour la richesse de leur style avec de longues chansons répétitives, mais dans lesquelles d’intéressantes progressions musicales s’installent.

Pourquoi le groupe n’est pas #1
Car ils n’ont pas fait QUE du Noise… c’est un détail!

2 Melt-Banana

On approche de l’excellence. La chanson ci-dessous propose des lignes de basse complètement épiques et surtout, le groupe réussit à faire de la musique uniquement avec de la distorsion. C’est du pur génie. C’est là où le Noise se démarque: agressant et violant mais fascinant et recherché. Si la distorsion ne vous a pas achevé, c’est la voix survoltée et violente de Yasuko qui vous aura.

Pourquoi le groupe n’est pas #1
Car rien dans le Noise n’est meilleur que ceux qui suivent.

1 Boredoms

Le groupe qui, à tout moment, peut éveiller en vous l’intérêt pour le Noise. Leur album Soul Discharge est à vénérer comme le Saint Graal du Noise. Yamastuka Eye, chanteur et musicien du groupe a notamment travaillé avec John Zorn dans Naked City. Yoshimi P-We est la batteuse du groupe. Véritable virtuose de la batterie extrême et compositrice marginale pour OOIOO, elle est aussi reconnue pour ses collaborations ambiantes avec entre Yuka Honda et Kim Gordon. Ils ont su faire évoluer leur son vers une musique électronique aux tendances minimalistes et progressives. Ils ont fait des spectacles avec 50 drummers rassemblés dans des parcs des États-Unis pour le 11/11/11 ou le 12/12/12 et d’autres dates du genre. Réellement un univers à découvrir.

Leur époque rock

Leur époque électronique

Fuck Buttons – Slow Focus

Fuck Buttons - Slow Focus

Fuck Buttons, avec leur nouveau disque Slow Focus, signe une œuvre grandiose qui s’apprécie davantage lorsqu’écoutée en immersion totale.

Fuck Buttons - Slow FocusSorti à la fin du mois de juillet, le troisième disque studio de Fuck Buttons, un duo d’électro-expérimentale composé de John Power et Andrew Hung, propose une musique épique et cérébrale. Slow Focus s’avère une écoute ardue qui ne plaira certainement pas à tout le monde. Par contre, le ou la mélomane qui y prête une oreille attentive pourrait vivre une expérience gratifiante.

Formé en 2004, à Bristol en Angleterre, Fuck Buttons s’est forgé une solide réputation dans la sphère électro. Cette réputation les a mené à travailler avec de grands noms de la musique. À titre d’exemple, pour Street Horrrsing (2008), leur premier disque, les deux musiciens ont eu le privilège de travailler avec nul autre que l’un des deux guitaristes de Mogwai, John Cummings. Ensuite, pour leur deuxième long jeu, Tarot Sport (2009), Fuck Buttons a eu le plaisir de travailler avec l’artiste techno britannique, Andrew Weatherall. Toutefois, après avoir acquis de l’expérience, John Power et Andrew Hung ont décidé de travailler seuls sur Slow Focus. Voilà une décision qui a porté fruit.

Uniquement équipé de différents appareils électroniques pour composer Slow Focus, Fuck Buttons réussit malgré tout à créer un disque qui n’a rien à voir avec la redondance. Bien que la facture sonore soit homogène (dans le bon sens du mot), cela n’empêche pas le duo d’utiliser une jolie palette de sonorités. D’ailleurs, en partie composé autour de partitions de synthétiseur qui nous rappellent les trames sonores de films de science-fiction se déroulant dans l’espace, le disque comprend quelques sonorités extérieures à la musique électro. Par exemple, lorsqu’écouté attentivement, la composition titrée The Red Wing semble contenir une petite partition de saxophone. Celle-ci a la qualité d’ajouter une texture moins synthétique, plus naturelle à l’œuvre.

En plus d’avoir occupé le rôle de compositeur, les deux membres de Fuck Buttons ont aussi assuré la réalisation de Slow Focus. Ce disque est un bel exemple de réalisation réussie. La réalisation, l’hygiène sonore du disque, concorde à merveille avec l’atmosphère qui y règne. Puisque cet album est la trame sonore parfaite pour accompagner un voyage dans l’espace, Slow Focus met de l’avant un beau croisement de sonorités qui rappellent l’apesanteur et d’autres sonorités qui rappellent l’aspect aride et granulaire du sol lunaire.

Slow Focus est un album ambitieux qui consolide la place de Fuck Buttons parmi les formations électro les plus intéressantes des dernières années. C’est une belle réussite.

Suuns – Images du futur [2013]

suuns-images-du-futur

suuns-images-du-futurSuuns
Images du futur

Secretly Canadian
Canada
Note: 7.5/10

 

On a souvent souligné la capacité de Suuns à jouer avec la restriction musicale. Les membres du groupe de noise-pop montréalais ont prouvé avec leur premier album Zeroes, QC, paru en 2011, qu’ils maîtrisent parfaitement leur son. Ils nous ont plongés dans un univers glauque, lourd, voir même effrayant et ils continuent de le faire, mais d’une toute autre manière.

Si leur premier disque était énergique et explosif, c’est toute autre chose pour Images du futur. L’album sonne beaucoup plus doux et retenu.  Cependant, leur son reste toujours aussi angoissant. Ils ont prouvé qu’ils peuvent être très polyvalents et cet album vient ajouter un tout nouveau visage à Suuns.

On y retrouve des basses électroniques, une batterie percutante et de la guitare et des chants toujours planants. Avec les tempos assez lents de ce nouvel album, on ne se battra plus lors des spectacles, mais on sera plutôt envahi d’angoisse et de fascination pour ce son si mystérieux.

Le problème c’est que justement, on aurait sûrement envie de se battre un peu. C’est peut-être seulement moi, mais j’ai été habitué à un Suuns qui décoiffe et qui me fait trasher. Pour les avoir vus en spectacle 2011 et en 2013, c’est beaucoup plus smooth qu’avant.

En écoutant Images du futur sur mon iPod en marchant dehors, j’ai toujours l’impression d’être suivi par un tueur. Cependant, ce tueur, il n’attaque jamais. L’album reste toujours sur la même vibe, parfois un peu plus intense, parfois moins. Mais rien de comparable à Zeroes, QC. Aucune attaque, aucune explosion.

Mais bon, c’est sûrement juste moi qui est devenu un vieux chialeux qui n’est pas capable de move on du premier album…

Malgré tout, j’admire leur capacité à conserver leur son si unique tout en variant le style musical. Aussi, on y retrouve des pièces aussi excellentes qu’ébranlantes, comme par exemple Minor Work, Mirror Mirror, Edie’s Dream et Bambi. Au fond, toutes les pièces sont très bonnes, mais dans l’ensemble il manque une touche d’intensité. Selon moi.

Un excellent album qui vaut la peine d’être écouté. Je recommande. Mais vous, vous en pensez quoi de ce virage pour Suuns?

Godspeed You! Black Emperor – ‘Allelujah! Don’t Bend! Ascend! [2012]

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godspeed-you-black-emperor-allelujah-dont-bend-ascendGodspeed You! Black Emperor
‘Allelujah! Don’t Bend! Ascend!

Constellation
Québec
Note : 8/10

Dix ans. Dix longues années à réécouter les Lift Your Skinny Fists Like Antennas to Heaven, Yanqui U.X.O. et autres albums des excellents Godspeed You! Black Emperor. Dix longues années à se dire que ce groupe a marqué son époque en créant une musique intemporelle qui mériterait un plus large public. Dix années à comprendre l’héritage laissé par ces Montréalais au monde du post-rock. Et voilà que soudainement, le groupe, reformé depuis deux ans, annonce un nouvel album, ‘Allelujah! Don’t Bend! Ascend!. La meilleure nouvelle de l’année 2012.

La musique de Godspeed You! Black Emperor a toujours eu une connotation politique. Bien entendu, ce sont des musiciens, pas des politiciens, et comme ils l’ont si bien fait remarquer dans une (rare) entrevue donnée au Guardian en début de mois, «all music is political, right?». Mais leur son s’est toujours démarqué. À une époque où les rythmes radiophoniques dominent, avec leurs mélodies génériques prêtes à consommer, Godspeed You! Black Emperor s’est inspiré de la musique classique en présentant des pièces très longues, divisées en sections. Déjà, le «statement» était puissant.

Arrive ‘Allelujah! Don’t Bend! Ascend!, en automne 2012. Après l’effervescence politique du printemps érable, difficile de ne pas établir de lien entre cet album et la crise étudiante. Disons qu’avec une chanson titrée Strung Like Lights at Thee Printemps Erable et des bruits de casseroles sur le morceau Mladic, cette idée se retrouve renforcée.

Qu’en est-il de la musique? ‘Allelujah! Don’t Bend! Ascend! oscille entre le post-rock, le drone et le noise, comme Godspeed You! Black Emperor a toujours su le faire. C’est ce qui démarque ce groupe de tous leurs descendants; être en mesure de reprendre les concepts de base du style musical, tout en y apportant une touche personnelle, unique.

Mladic est connue depuis un moment déjà puisqu’on a pu l’entendre sur scène. Mais c’est toujours un plaisir d’entendre cette décharge électrique d’une vingtaine de minutes, propulsée par un mur de son implacable, qui se transforme en montagnes russes vers la neuvième minute. Godspeed You! Black Emperor utilise ici le crescendo de façon extrêmement efficace. La montée en puissance s’étend sur plus de 15 minutes, avant de décroître tranquillement.

Their Helicopters’ Sing et Strung Like Lights at Thee Printemps Erable sont de purs morceaux drone, remplis d’inquiétude et d’hostilité. Le groupe n’a pas cessé de composer des trames sonores apocalyptiques malgré toutes ces années d’absence.

We Drift Like Worried Fire démarre en douceur, jusqu’à ce qu’une guitare fuzzée déchire l’atmosphère pesante et la transforme en hymne instrumental. Mais un breakdown au milieu du morceau fait dériver la mélodie jusqu’à une finale très rock.

Allelujah! Don’t Bend! Ascend! n’est pas le meilleur album de Godspeed You! Black Emperor. Disons simplement que ce disque a tout à fait sa place dans la discographie du groupe. Il a aussi tout à fait sa place dans l’espace musical moribond de 2012.

Godspeed chers amis. Godspeed.

Liars – WIXIW [2012]

Liars
WIXIW

Mute
États-Unis
Note : 9/10

 

Après plus de dix ans d’ébullition créative, rares sont les groupes qui peuvent se targuer de toujours soulever autant de passions chez les mélomanes. Encensé à en faire rougir plus d’un sur certains de ses enregistrements (They Trew Us All… ou Sisterworld) ou crucifié sur un autre essai qui s’intéressait à l’univers de la sorcellerie (They Were Wrong, So We Drowned), l’inclassable trio Liars n’a jamais laissé personne indifférent. Affichant une brillante discographie sans compromis, ces maîtres du revirement spontané et du brouillage de pistes sont de retour avec un sixième long jeu rempli de contradictions, de doutes et d’anxiété.

Après un détour de deux albums qui nous replongeaient directement dans les racines rock du groupe, WIXIW (ça se prononce wish you) nous rappelle sèchement  que ces trois grands voyageurs n’ont jamais réellement priorisé la facilité. Alors que tous les critiques s’entendaient pour écrire que le groupe s’était finalement trouvé une certaine zone de confort, une autre avenue plus alléchante semble s’être présentée à eux: ranger les instruments et imaginer une suite au très drogué et électro Drum’s Not Dead (Mute, 2006).

Emballé par cette nouvelle aventure musicale, le trio s’est retrouvé isolé dans un studio en forêt aux côtés de Daniel Miller (réalisateur et fondateur des disques Mute). Un choix qui, en partie, pourrait expliquer les ambiances organiques qui dominent les 11 titres de WIXIW. Un album beaucoup plus épuré que Drum’s Not Dead. Il ne faut pas oublier que ce dernier carburait aux percussions (un titre assez évocateur) et avait été conçu au cœur de Berlin. Ceci dit, tout ce que WIXIW perd en intensité, il le gagne en subtilité.

La présence de Miller derrière la console se fait surtout sentir sur la pièce de fermeture (Annual Moon Words) qui fait écho à de vieux enregistrements de Depeche Mode (dirigés par ce même Miller dans une vie lointaine) ou au britannique Echoboy (protégé de Miller à une certaine époque). Brats, quant à elle (pièce le plus rythmée de l’album), nous laisse une envie incontrôlable de réécouter Beaucoup Fish d’Underworld ou XTRMNTR de Primal Scream (deux classiques indispensables des années 2000). Sur la pièce d’ouverture The Exact Colour of Doubt et sur Who is the Hunter, la voix de fausset d’Angus Andrew et les arrangements synthétiques minimalistes de ses comparses nous font oublier les ratés flagrantes des derniers essais électroniques de Radiohead. Les fans d’Atlas Sound (projet solo de Bradford Cox de Deerhunter) devraient aussi prendre le temps de tendre l’oreille à la pièce titre de l’album.

Véritablement, une des grandes réussites sonores de 2012. Les prochains mois nous laisseront savoir s’il ne s’agit pas de la plus grande… Pour l’instant, on écoute encore et encore.

Pour les friands de concerts, le groupe sera de passage à La Sala Rossa le 23 juillet. À ne pas manquer!

Lee Ranaldo – Between the Times and the Tides [2012]

Lee Ranaldo
Between the Times and the Tides

Matador
États-Unis
Note : 8/10

 

On le connaissait pour sa légendaire Fender Jazzmaster. On le connaissait aussi pour ses enregistrements aux inspirations noise et no wave, mais jusqu’à la parution de Between the Times and the Tides, on pouvait encore sous-estimer son apport (inestimable) à cette masse sonore longtemps identifié sous le nom de Sonic Youth.

Avec cette première parution pop/rock, Lee Ranaldo se permet finalement de sortir de l’ombre du charismatique tandem Kim Gordon/Thurston Moore. Between the Times and the Tides vient nous convaincre de son statut de guitariste érudit. Outre cette capacité à électrifier ses idées, il vient aussi nous faire regretter sa mince contribution vocale (une dizaine de morceaux seulement) au sein du mythique groupe new yorkais.

Appuyé par un impressionnant personnel composé principalement de musiciens aguerris (Jim O’Rourke, Steve Shelley, John Medeski, Nels Cline et Alan Licht), le guitariste de 56 ans nous propose une dizaine de compositions développées au cours des dernières années. Des compositions dont les faiblesses (souvent les textes) sont compensées par une maîtrise soutenue des textures sonores, ainsi qu’une interprétation empreinte de vulnérabilité.

Le voyage débute sur Waiting on a Dream, pièce qui (encore une fois) démontre l’esprit fondateur de Ranaldo. On pourrait facilement y apposer  la voix Kim Gordon, de façon que la pièce pourrait se glisser subtilement à des albums tels EVOL (SST 1986) ou Sister (SST 1987). Puisque l’on ne peut pas forger le son d’un groupe durant plus de 30 ans, sans que certaines manies ne se fassent ressentir dans nos autres sphères musicales.

Xtina As I Knew Her, pour sa part, pourrait se vouloir une suite logique à Karen Revisited, composition de Ranaldo qui se retrouvait sur Murray Street (DGC 2002), époque où le quatuor avait agrandi son cercle afin de faire place aux idées du multi-instrumentaliste et réalisateur Jim O’Rourke. Sur Hammer Blows, Ranaldo débranche sa six cordes et se lance dans une ballade qui pourrait bien plaire aux fans de Jack Rose ou Ben Chasny (eux qui pourrait difficilement nier l’impact du guitariste sur leur travail). Finalement, Fire Island (Phases) nous donne un aperçu de ce qu’aurait pu être une collaboration entre Stephen Malkmus et Sonic Youth. Du moins, une vision plus concrète que celle que l’on pouvait entendre sur le projet solo de Kim Gordon (Kim’s Bedroom, 2000).

Un effort plus que louable pour ce créateur intarissable, surtout maintenant que l’on sait que l’amour éternel n’existe plus…

Japandroids – Post-Nothing [2009]

Japandroids - Post-Nothing

Japandroids - Post-NothingJapandroids
Post-Nothing

Polyvinyl
Canada
Note : 8.5/10

Japandroids, c’est deux jeunes natifs de Vancouver fraîchement sortis de l’université qui ont un message à lancer à leurs collègues mous et sans idées : réveillez-vous. Un duo noise rock faisant plus de bruit et d’impact que bien d’autres groupes pseudo alternatifs.

À cette époque du web 2.0 et du tout-le-monde-a-raison, le cynisme occupe une place de choix dans l’environnement mental de nous, occidentaux occupés à tenter de régler une crise économique débile, des problèmes environnementaux toujours délaissés et des brisures sociales béantes et oubliées.

Dans cette société du je-m’en-fou-il-n’y-a-pas-de-solution-de-toute-façon, la jeunesse semble être incapable de s’envoler et de crier haut et fort sa frustration face aux vieilles peaux crasses qui se débattent jours et nuits pour maintenir en place leur système désillusionnant. Surconsommation, cynisme, aveuglement volontaire et pessimisme occupent désormais les idées d’une partie grandissante des enfants de la mondialisation. Et ça se répercute en musique, avec des groupes faussement anglo-saxons inspirés des plus grandes méthodes de mise en marché des commerçants et des industriels. Peut-être pas partout, non. Pas tout le monde non plus, heureusement.

Voilà où intervient le duo. Empruntant ses concepts de base à des groupes comme Sonic Youth, Pavement et autres génies alternatifs des années 90, les deux musiciens impriment leur énergie pendant les 8 chansons de l’album. Dès The Boys Are Leaving Town on découvre le pas très subtil mélange entre batterie mélodique, guitare noisy rythmique qui défoule, harmonies vocales lo-fi et plaisir inconditionnel du son, du bruit, de la musique et de la jeunesse. Avec autant de punch, on croirait entendre deux animaux pris en cage frappant, griffant et mordant les barreaux de leur prison.

Young Hearts Spark Fire débute comme du The Pains of Being Pure at Heart mais, contrairement à ceux-ci, il y a de l’énergie. Entre les «Yeaah», le duo s’acharne à clamer «We used to dream, now we worry about dying. I don’t want to worry about dying, I just want to worry about those sunshine girls» et «Young Hearts Spark Fire», tout en frappant sur tout ce qui bouge pour s’assurer d’être entendu.

Wet Hair et Sovereignty s’attaquent aux aussi à des thèmes naïfs et jeunes, tout en n’ayant pas peur de faire du bruit et s’assumer leur identité de destructeur d’ordre social calme, doux et bien établi. Mur de guitare opaque et coloré de graffitis qui se continuent tout au long de la chanson, percussions imprévisibles, mais organiques et vivantes de par leur imprévisibilité et toujours une envie aussi interminable de sauter partout, d’avoir du plaisir et de se sentir en vie.

Cette guitare lofi bruyante à un niveau parfait pour faire fuir les vieilles matantes grincheuses et les obsédés de l’esthétisme photoshopé et une batterie volcanique qui crache son tempo et dirige la musique avec des doses d’énergies bien calculées pour maintenir un rythme constant, Post-Nothing, premier album du groupe, vise en plein coeur de la mortalité musicale du moment : la mollesse, la sur-commercialisation, le manque de plaisir et la mise de côté de la créativité. Le son d’une jeunesse qui n’en peut plus de la douceur sociale ambiante.