Mot clé: merge

Spoon – Transference [2010]

Spoon - TransferenceSpoon
Transference

Merge
États-Unis
Note : 7.5/10

En amour pour les mauvaises raisons avec la pop, le quartet américain Spoon se divorce du style et explore le thème de l’incompréhension avec Transference, son septième opus. Ici, le génie ne réside pas dans l’accroche-oreille, mais plutôt dans le plaisir de la simplicité. C’est donc dire que le groupe se secoue dans un grand café velouté qui se corse à l’occasion, mais qui ne délivre rien d’aromatisé.

Dès la première note, on le réalise. Spoon ne répète pas sa fameuse recette « pop-bonbon-alternative » qui lui a permis de quitter les bars. Kill the Moonlight et Ga Ga Ga Ga Ga, des albums qui ont été très bien évalués par des critiques de tout genre, sont loin du son moins clair et plus trash de Transference, et tant mieux. Le quartet d’Austin lève d’un cran le volume de ses guitares et présente un album plus recherché et élaboré, mais aussi moins astiqué du point de vue de la production.

Le chanteur Britt Daniels a déclaré que son groupe a voulu produire Transference pour donner une idée à ses admirateurs de ce que Spoon peut livrer lorsqu’aucune restriction n’est de mise. Le résultat est audible. Des surprises comme la voix ralentie et incompréhensible sur fond de solo dans I Saw the Light et les synthétiseurs dépolis et découpés de manière saccadée dans The Mystery Zone, agrémentent l’album sans pour autant prendre le dessus des instruments effrénés. D’ailleurs, la pièce I Saw the Light représente le principal tour de force de Transference. Morceau central de l’album, cette dernière pièce entraîne l’auditeur dans une pluie de partitions instrumentales s’enchaînant une à la suite de l’autre pour finalement se terminer dans un jam qui côtoie l’agressivité électrique de la guitare et la mélancolie du piano pendant plus de trois minutes.

De leurs côtés, les premiers simples Written in Reverse et Got Nuffin n’atteignent pas le calibre et le charisme des Out Go the Lights et The Mystery Zone qui à eux représentent de biens meilleurs moments musicaux. La ravissante ambiance de Out Go the Lights rappelle par sa lente progression les ballades populaires 1979 et Mayonnaise des Smashing Pumpkins. On peut y entendre d’intéressants détails comme le bruit ralenti d’une caisse frappée qui simule ainsi le son d’un long soupir.

Quant au titre de l’album, le mot Transference signifie l’emprisonnement psychologique dans lequel s’enferment inconsciemment certains individus pour qu’ils puissent s’attacher à une personne qui, en réalité, leur en rappelle une autre. La réalisation de cette réflexion apparaît brillamment dans les paroles de Britt Daniels comme dans la première ligne du morceau Before Destruction qui amorce l’album « Before destruction a man’s heart is haughty » (avant la destruction, le cœur d’un homme est très fier).

S’il fallait analyser l’album dans la carrière du groupe, ce septième opus représenterait pour Spoon la fin d’une belle et malsaine romance qu’il a entretenue avec la pop, mais il désignerait aussi le début d’une nouvelle ère. Malgré quelques imperfections, Transference a le potentiel de se recréer dans de futurs albums et chansons.

Quelques bons albums à écouter en hiver

L’hiver est une saison mal-aimée, détestée par plusieurs pour ses longues nuits froides, ses impressionnantes quantités de neiges annulant tout trafic routier, l’obligation de pelleter l’entrée chaque jour et celle de porter de gros manteaux chauds pour se défendre contre les ardentes rafales poudreuses.

Pourtant, la saison froide apporte avec elle une atmosphère extrêmement calme, profonde et envoûtante, comme un rideau de scène recouvrant le ciel de façon permanente. Et puisqu’il faut passer à travers ces trois mois, aussi bien le faire avec plaisir. Voici donc une courte liste, purement subjective et dans le désordre, d’albums parfaits à écouter en plein blizzard, à -30°.

Agaetys Byrjun - Sigur Ros

Sigur Rós
Ágætis byrjun

Fatcat
Islande
1999-2000

Tout en étant un album phare de la décennie et du courant post-rock, Ágætis byrjun se compose essentiellement d’une musique éthérée, planante et atmosphérique. Né dans les froides landes nordiques de l’Islande, l’aura de l’album rappelle de grands paysages couverts de blanc sur lesquels tombe des flocons reflétant la lumière lunaire. Bref, un chef-d’oeuvre à savourer couché sur le lit ou durant l’observation de la décomposition des nuages lors des longues nuits froides.

Trompe-l'oeil - MalajubeMalajube
Trompe-l’oeil

Dare to Dare
Québec
2006

Ne serait-ce que pour la classique Montréal -40°C, Trompe-l’oeil s’inscrit tout naturellement dans cette liste. Entre pop jouissive et indie rock amusant, le deuxième opus des quatre natifs de Sorel-Tracy semble avoir été arrangé spécifiquement pour une écoute à travers les rues de Montréal un après-midi de janvier. Entre « l’ours polaire dans l’autobus », les guitares froides, les synthétiseurs glacés, la voix effacée de Julien Mineau déambulant dans des corridors de textes axés sur la maladie, Trompe-l’oeil constitue un passage obligé lorsque l’on passe une semaine à éternuer couché dans son lit. À ne pas oublier, la triomphale La monogamie, superbe climax de l’album.

theknife_silentshoutThe Knife
Silent Shout

Rabid
Suède
2006

On ne peut négliger le duo suédois dans ce genre d’exercice. Olef Dreijer et Karin Dreijer Andersson, frères et soeurs, se sont certainement inspirés des paysages de leur patrie natale lors de la composition de ce disque. Charges électroniques caverneuses mais lumineuses sur Neverland, explosion d’une source mélodique chaude à l’intérieure mais hivernale à l’extérieure sur We Share Our Mothers’ Health et gouttes d’eau mêlées à des atmosphères de nuits troublées sur Like a Pen, Silent Shout est, d’une part, un excellent disque et, d’autre part, parfait pour la saison froide.

Bjork - HomogenicBjörk
Homogenic

One Little Indian
Islande
1997

Il y a, chez Björk, cet aspect fondamental de la destruction et reconstruction musicale. Tout démolir pour rebâtir quelque chose depuis les ruines du chaos de la même façon que le phénix renaît de ses cendres ou que les arbres reviennent à la vie au printemps. Et entre temps, Homogenic, avec ses rythmes électroniques fusionnés à des instruments à cordes synthétiques utilisés comme quartier général pour la merveilleuse voix de la chanteuse, propose le parfait habillage nostalgique et dramatique comme trame sonore en cette période où la nature se retrouve comateuse et endormie.

arcadefire_funeralArcade Fire
Funeral

Merge
Québec
2004

Vivant en symbiose avec l’hiver montréalais, étant donné ses inspirations (la crise du verglas en 1998, les nombreux décès dans les familles des musiciens du groupe), Funeral a radicalement changé le monde musical de la métropole québécoise dès sa sortie. Enregistré dans un studio analogique avec, au départ, peu de moyens, l’album s’écoute comme une décharge d’espoir lyrique se frayant un chemin dans un monde profondément fataliste déterminé par la glaciation des âmes et l’emprise de la mort, un peu comme l’hiver maintient la verdure prisonnière de son manteau blanc, le soleil éloigné avec d’énormes nuages gris et les vents chauds à distance avec de grands murs de glace.

thewalkmen_youandmeThe Walkmen
You & Me

Gigantic
États-Unis
2008

Les rois du treble s’insèrent dans cette liste grâce à leur acoustique, haute en fréquences et présentée avec beaucoup d’écho. Cette sonorité rappelle celle des grands endroits ouverts et enneigés, où ce dernier élément constitue rembourrage reflétant et amplifiant le son. Et la lumière. Tout comme You & Me, album d’indie rock à la fois lumineux de par les mélodies craquantes et cassantes et les arrangements engloutissant toute ambiance extérieure. Et quelle meilleure chanson possible pour célébrer la première véritable fête de l’hiver, le Nouvel An, qu’In the New Year? « I know that it’s true/It’s gonna be a good year/Out of the darkness/And into the fire », clame Hamilton Leithauser, question de passer une excellente saison.

paschicchic_aucontrairePas chic chic
Au contraire

Semprini
Québec
2008

Complètement ignoré au Québec lors de sa sortie (et encore aujourd’hui), Au contraire a pourtant placé Pas chic chic au sommet de la créativité musicale québécoise. Et avec un amalgame de synthétiseurs cinématographiques et d’harmonies de voix partagées entre cordes vocales féminines et masculines localisées, dans le mix, en hauteur, cet album cadre parfaitement avec un décor de glace et de ciel couvert.

Comme cela a été mentionné au départ, cette liste est basée sur des critères, purement subjectifs, de ce que constitue un bon album d’hiver. Ces critères étant, vous l’aurez compris, une musique souvent froide, atmosphérique, pleine d’écho et dotée d’une acoustique particulière. Si vous, lecteurs, avec des suggestions d’albums pour cette liste, n’hésitez pas à en faire part. Sur ce, bonne saison froide!

Get Adobe Flash playerPlugin by wpburn.com wordpress themes