TOP 2018 ANGLO/INSTRU positions 20 à 11

La fin d’année, c’est le moment de repartir à neuf, comme Yes Mccan, avec un nouveau nom, notamment. En grands nostalgiques, on préfère encore parler du passé. Voici les positions 20 à 11 de nos albums/EP québ anglophones et instrumentaux préférés de l’année.

20 Chez Rico – avr 

L’été recommence chaque fois que cet album débute. Les rythmiques empruntées à la bossa-nova aident beaucoup, mais ce n’est pas que ça. On dirait que la lourde humidité de juillet désagrège les tempos électroniques et les notes des synthétiseurs pour nous plonger dans une torpeur dont on ne veut pas se réveiller. (JULIEN ST-GEORGES TREMBLAY)

19 Nate Husser – Minus 23 EP 

Autant en groupe qu’en solo, Nate Husser accumule les bons projets depuis des années, avec entre autres Starships & Dark Tints, Junga, Bored In Canada et Geto Rock For the Youth. Avec le froid qui commence à s’installer pour vrai, Husser nous offre un vent de fraîcheur californien avec cet excellent EP de 3 morceaux. Une écoute qui se complète bien avec son autre EP de l’année 6°. Il est assurément en train de s’imposer comme étant la référence rap québ anglo et prouve qu’il faut accorder une place plus important à ce style avant de perdre nos artistes au profit des States. 

P.-S. – Avec le temps des Fêtes qui approche, ajoutez High for this dans votre playlist juste pour le sample de Gloria! (FRANÇOIS LARIVIÈRE)

18 Louize – Imitation Gold 

Louize prouve que ses membres traînent un lourd bagage d’expériences sur ce premier album que je qualifierais de rock tranquille (la plupart du temps). Ses arrangements et jeux de voix devraient plaire aux amateurs de Radiohead. (CAMILLE AVERY-BENNY)

17 Robert Robert – How to Save Water 

Robert Robert a brillamment produit un EP électro-pop-alternative-R&B qui se tient, agrémenté de sa douce voix qu’il fait bon de réentendre. Un essentiel pour chilleux. (CAMILLE AVERY-BENNY)

16 Mike Shabb – Northwave 

Avec des beats trap squelettiques, il faut un MC avec une grosse personnalité qui a un flow agile pour ne pas tomber dans la redondance. Mike Shabb a tout ça. Pas besoin de plusieurs invités, il sonne déjà comme un vétéran capable de tout faire en solo. Ce n’est que le début et c’en est tout un. (JULIEN ST-GEORGES TREMBLAY)

15 Suuns – Felt 

Saviez-vous que Smoov était un style de musique? Moi non plus. Écoutez cet album et vous comprendrez la formation (ou l’étymologie du 21e siècle) de ce mot. C’est un rock léger qui me donne envie de sip some whipped cream on a nice Saturday evening. Une crème fouettée homogène, douce et pas trop déstabilisante. Un peu comme Felt, oui! (MARIELLE NORMANDIN PAGEAU)

14 Caro Dupont & KenLo Craqnuques – Multifruits 

Au cœur de la canicule estivale, Caro Dupont et KenLo Craqnuques sont venus nous balancer un seau de fraîcheur en plein visage. Sur ce beat lumineux et festif, le duo s’est livré à un très sympathique exercice de sampling, de chopping et de looping. De leurs efforts collaboratifs est ressorti un projet sans prétention qui mise avec brio sur le groove et l’énergie pétillante des deux artistes. Une bonne dose de vitamines pour revivifier les âmes écorchées, ou encore pour faire bouger tous ceux et celles qui sont déjà heureux d’être contents. (ALEXANDRE DEMERS)

13 Marie Davidson – Working Class Woman 

Lorsqu’elle n’est pas en train de travailler sur une multitude de projets divers (on peut notamment penser à la formation Essaie Pas ou encore à Les Momies de Palerme), la Montréalaise Marie Davidson se lance corps et âme dans ses expérimentations personnelles. Sur cette nouvelle offrande en solo, elle s’est targuée de construire avec flair et justesse une œuvre électronique atmosphérique à souhait, prenant bien soin de tergiverser habilement entre tensions anxiogènes et douceurs réconfortantes. Grâce à son élégance stylistique, sa force créatrice et sa variété d’arrangements ingénieux, Working Class Woman peut se vanter d’être l’une des meilleures œuvres de la sphère indépendante, et pas juste au niveau local, mais bien au sens large. (ALEXANDRE DEMERS)

12 Lou Phelps – 002 Love Me 

Trop souvent qualifié comme étant le frère de l’autre, Lou Phelps prouve sur ce premier véritable album solo qu’il sait créer d’efficaces vers d’oreilles et de gros bangers de son propre côté. Faisant suite au mixtape 001 Experiments, ce projet hip-hop aux touches funkys se démarque par son propre swing et sa trame narrative de relations amoureuses qui crashent desquelles l’artiste tire quelques leçons et réflexions. Un album qui pique la curiosité pour la suite des choses. (ALEXANDRE DEMERS)

11 Ragers – Raw Footage 

Les boys de Ragers sont de retour avec Raw Footage publié au milieu de l’année. Un album rempli de collaborations de haute voltige. Malgré une signature rap, certaines chansons se démarquent par un son plus club. Pensons à Alright avec Valaire ou bien Starbust (feat. CeasRock) qui est à tous points de vue la pièce phare de cet album. (MATHIEU AUBRY)

Voyez les positions 20 à 11 du TOP FRANCO

Voyez les positions 10 à 1 du TOP FRANCO

À VENIR SUR FAV: 

  • TOP 2018 ANGLO/INSTRU POSITIONS 10 à 1 – vendredi

Les Frères Cueilleurs d’Alaclair Ensemble : l’envol se poursuit

Alaclair Ensemble

Les Frères Cueilleurs

Disques 7ième Ciel

****

frerescueilleurs_580x

Le collectif de postrigodon Alaclair Ensemble est passé en quelques années de petit projet expérimental à groupe phare de la scène rap queb moderne. Née d’un mixtape créatif, rafraîchissant et original, la troupe n’a cessé d’impressionner en se souciant peu des conventions, œuvrant ainsi en très grande partie de manière indépendante. Après le désormais classique 4,99, le triple album, Les maigres blancs d’Amérique du Noir et Toute est impossible, Alaclair lance un premier projet sous l’étiquette 7ieme Ciel (derrière des noms comme Koriass, Brown, Dramatik et pas Samian): Les Frères Cueilleurs. La cueillette vaut-elle le détour?

Fidèle à ses habitudes, Alaclair prouve une fois de plus qu’il est capable de grande originalité sur ce tout nouvel album aux sonorités épatantes et aux envolées lyricales survoltées. Nombreux sont les attributs de cette galette de son qui prouve que la bande bas-canadienne ne montre aucun signe d’essoufflement.

Tout d’abord, la production est toujours aussi actuelle, saisissante et uniformément variée (on te jure que ça se peut.) Le beatmaker VLooper signe des prod smooth et organiques sur Coucou les coucous et des beats trap sur Ça que c’tait, comme ce qu’on retrouverait sur un album de Travis Scott.

Il flirte avec le G Funk de la côte ouest américaine sur Sous-sol po fini et fait des clins d’œil à la Grosse Pomme sur Les Infameux (le titre fait d’ailleurs directement référence à Mobb Deep). Sur cette même pièce, l’air du hook de Nate Dogg sur The Next Episode est judicieusement repris (comme quoi on peut faire cohabiter l’est et l’ouest sans que ça se termine en drive-by sanglant. Props!). VLooper fait également des beats évolutifs et changeants très modernes (Bazooka Jokes) comme on a pu en voir sur les plus récents projets de Kendrick Lamar et ScHoolboy Q. On retrouve même une touche de funk d’antan en clôture d’album avec la pièce DWUWWYL. Le tout est fait de manière très pro et est globalement guidé par une ligne directrice bien cohérente et définie. Mash et Claude Bégin viennent d’ailleurs décorer des pistes sonores du producteur avec les talents de musiciens qu’on leur connait. Chapeau bas-canadien!

Pour rajouter à la qualité des prods, le flow acrobatique et le phrasé coloré des emcees se rejoignent dans une cohésion rythmique toujours aussi efficace. Eman, KenLo, Maybe Watson, Ogden et Claude Bégin sont en symbiose et savent exactement comment apporter leur ingrédient secret à la recette goûteuse du collectif (shoutout à un KenLo au sommet de sa forme dont les prouesses lyricales feraient rougir Nadia Comaneci.)

Sur ce nouveau projet, les verses se greffent à l’image d’une courtepointe d’authenticité ornée de références locales et internationales toujours aussi habilement exécutées (Claude Dubois et Biggie Smalls sur un même album, on dit oui!) La chimie entre eux est indéniable et ajoute au plaisir de la chose, surtout sur des morceaux comme Fouette et Alaclair High. Tous mettent leurs skills et couleurs respectives à profit sans prendre trop de place.

Ceux qui ont auparavant été charmés par le côté éclaté et cabotin d’Alaclair le retrouveront intact sur le plus récent single Sauce Pois, morceau au goût du jour faisant l’apologie du griot et tous les accompagnements de la gastronomie haïtienne. Un délice!

Somme toute, Les Frères Cueilleurs poursuit le parcours artistique interstellaire qu’Alaclair a entrepris depuis ses tout débuts. De par sa cohésion, sa force créatrice originale et la production multicolore et savoureuse, Les Frères Cueilleurs s’avère une suite logique (et efficace) des projets précédents qui met fort possiblement la table pour la suite, griot et pickliz inclus!

BUeLLER – J’ai chillé avec un beatmaker montréalais pas assez connu

580

Il y a un peu plus de deux semaines, l’album DreamyLeftFieldFantaisies a été lancé. On s’est assis avec BUeLLER, pour jaser de son dernier opus, de weed et de ses influences.

BUeLLER m’attend patiemment au Parc Laurier, dans les estrades. Malgré mon retard, il me tend une bière avec un sourire. «C’est vendredi soir tsé», me rappelle-t-il. Même s’il est directeur artistique et concepteur de profession, le beatmaking reste sa plus grande passion. Initié à l’âge de 16 ans par son cousin Vlooper et influencé par ses homologues J Dilla, Boogat, Atach Tatuq, entre autres, le producteur montréalais n’en est pas à son premier barbecue.

À 29 ans, BUeLLER a vu la scène Art Beat éclore. «Dans le temps, c’était plus difficile de faire découvrir le beat. L’instrumental était moins populaire aussi. Il fallait rencontrer des gens qui rappaient dans des partys, c’était l’ère pré-myspace», raconte-t-il.  «L’évolution du rap a été tellement rapide dernièrement. On est passé de fucking outcasts ou de genre de plaies d’Égypte pour devenir le mainstream shit» explique le beatmaker, conscient de l’avant et de l’après 4,99$, d’Alaclair Ensemble.

Les beats introspectifs et vaporeux qui se retrouvent sur DreamyLeftFieldFantaisies, son dernier album, s’écoutent parfaitement au réveil, en travaillant. Il n’est pas léger pour autant. «C’est un genre de breakup album, une réflexion sur la relation que je venais de vivre. J’ai voulu faire une histoire avec ça», précise-t-il. L’histoire est claire. La première chanson, Ending et la dernière, Beginning, nous indiquent que le beatmaker est passé par une montagne russe d’émotions pour finalement être sauvé du naufrage qu’est l’après-relation. Évidemment, ce n’est pas l’album qui pourrait faire turn up vos partys, et BUeLLER en est parfaitement conscient. «Mon genre de beat, ça fait pas danser le monde. C’est le genre de beat qui impose que tu t’assoies dans un fatboy pis que tu fumes un bat», indique-t-il en riant.

DreamyLeftFieldFantaisies, c’est aussi Montréal. Ça s’entend. L’album est une sorte de preuve que la métropole est culturellement en santé; au niveau du beatmaking du moins. «On encense les beatmakers d’ailleurs, mais ici il y a tellement de trésors cachés. Je pense que Kaytranada est en train de le prouver. En même temps, il faut faire un filtre parce qu’il y en a tellement à Montréal.»

Bien que le membre du Tout’nou Collective (KenLoVlooper et BUeLLER) vend parfois ses beats à l’international ou pour des publicités, le beatmaking ne lui suffirait pas. «J’aimerais faire plus de beats pour vraiment en vivre, mais en même temps tout ce que je fais est complémentaire. Je sais pas si je pourrais juste faire ça», précise celui qui est aussi designer et réalisateur à ses heures. Profitez dont de DreamyLeftFieldFantaisies avant que BUeLLER ne passe à autre chose.

Ce qui joue sur son iPhone ces temps-ci:

James Blake
– Harmonium
– Childish Gambino
– Gil Scott-Heron
– Mount Kimbie
– José Gonzáles
Frank Ocean
– Little Dragon
– Sly and the Family Stone