Lettre d’amour à Martin Shkreli

Cher Martin Shkreli,

Dimanche dernier, c’était la St-Valentin, la fête de l’amour. Je me suis dit qu’en tant que personne déclarée par les médias en ligne comme «La personne la plus détestée des États-Unis», tu méritais une petite attention, même si elle est un petit peu en retard. Ce n’est pas qu’un élan du cœur altruiste de donner un peu d’affection à un cœur esseulé…

Photo : independent.co.uk
Photo : independent.co.uk

J’aime beaucoup ce que tu fais.

Au début, je te haïssais, comme tout le monde. Le rachat des droits du médicament Daraprim et la hausse astronomique de ses coûts m’ont dégoûté. Il m’aura fallu écouter ton entrevue à Vice pour qu’un questionnement s’installe. Et je crois que, enfin, j’ai découvert quelque chose de magnifique chez toi que les gens se refusent à voir.

Comprenons-nous bien, cependant. Je ne suis pas un maître ès finance appliquée ou un doctorant spécialiste en industrie pharmaceutique. Tes interventions sur la place des corporations dans le financement de la recherche médicale, doublées de ton désir de financer la campagne électorale de Bernie Sanders me donnent un doute légitime sur la sincérité de ta démarche. Je n’ai pas l’habitude de me laisser attendrir par des millionnaires et des investisseurs, mais je suis prêt à concéder que je ne comprends pas assez les intrications de ce genre de dossier pour avoir une opinion éclairée. Les médias américains peuvent très bien s’acharner sur toi parce que tu es un salopard ou parce que les mêmes corporations qui devraient mettre la main à la pâte sont celles qui financent les grands réseaux d’information et veulent défendre leurs intérêts. J’aime mieux ne pas m’en mêler.

Par contre, j’aime bien réfléchir sur la place de la musique comme art et comme pratique culturelle dans la société. Mon opinion s’arrêtera donc à ton positionnement face au Wu Tang Clan et à Kanye West, ce qui est venu valider mon impression de toi.

Chez Vice, lorsqu’on t’a demandé si, un jour, les gens allaient entendre le fameux album Once Upon A Time In Shaolin, l’album à copie unique de Wu Tang Clan, vendu à 2 millions de dollars dans son boîtier en argent pur, entendu uniquement par le producteur, RZA et toi-même, tu as dit que cela «dépendrait du Monde».

«Si les gens veulent l’entendre, si les gens apprécient Wu Tang pour ce que je crois que cela représente». Sinon, tu te vois aussi le briser en deux et le faire disparaître à jamais. C’est très étrange. Ça semble être de l’effronterie, mais il y a quelque chose d’autre. L’album traîne, comme ça, comme si de rien n’était, comme si ce n’était qu’un autre vulgaire gugusse qu’on peut acheter pour décorer.

Tout s’est clarifié avec Kanye. Tu as voulu acheter l’exclusivité de The Life of Pablo (ex-Waves, ex-SWISH, ex-So Help Me God) pour 10 millions, prétendant que d’un point de vue commercial, Yeezy ferait une bonne affaire. C’est ici que réside ton génie.

C’est que le mari de Kim a été très bruyant par rapport à son album qui encore aujourd’hui, au moment où j’écris ces lignes, est sorti, mais pas encore finalisé. «L’album d’une vie», qu’il disait. Mais les fans, voyant le nom changer, la liste des pièces changer, le nombre de collaborateurs augmenter, commençaient à s’impatienter. Au point que certains se demandaient s’il n’avait pas oublié de travailler sur sa musique, trop occupé à la mise en vente de sa ligne de vêtements. Bref, on se demandait si sa musique ne prenait pas plutôt la place d’une marchandise pour devenir aussi importante que son travail en mode.

Voyons ses propres mots, que, j’en suis sûr, tu connais déjà très bien.

artiste

Oui, Kanye, tu es un artiste. Mais ta volonté artistique devrait dépasser tout, non? Ton urgence de livrer la vérité devrait être ton impératif premier, non? Qu’importe la reconnaissance… du moins, je crois. Sauf que juste avant, il défend qu’il mérite d’office le Grammy de l’album de l’année l’an prochain et il affirme qu’il ne se présentera que si on lui promet le trophée. C’est similaire au discours d’un groupe qui dirait: «Nous vous proposons un album de musique, mais on ne le rend disponible que pour une somme d’un million de dollars et il vient dans un coffret nacré en argent». Par exemple.

West est venu valider que la ligne entre l’art (du moins SON art) et le commerce, est très mince.

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Le mécénat est une chose, mais doit-on parler d’investissement dans un artiste comme on parle d’investir dans une compagnie? Le 21e siècle fait bien mal les choses, quand chaque artiste se doit de devenir sa «propre compagnie». (NDLR J’ai déjà parlé ailleurs de Lipovetsky. Tout ça n’est pas étranger à sa pensée non plus, de ce que j’en comprends).

Donc te voilà qui arrives et qui décides de jouer le jeu. Si un artiste peut prendre ses actions et en faire une activité marchande, le marchand peut prendre ses actions et en faire une activité artistique.

L’idée est simple: si tu te prétends artiste, ton art devrait passer avant tout. L’argument de la vente revient souvent dans ton discours, d’ailleurs. «Ghostface Killah est jaloux parce que Shaolin a été plus rentable que ses derniers albums solos». En effet, si Wu Tang ne voulait pas bêtement faire un coup de pub et une passe d’argent, pourquoi se mettre en colère si l’album revient entre tes mains? Si le groupe voulait que les gens écoutent l’album, il aurait pu, je ne sais pas, le rendre accessible au public? Non, l’idée n’est pas là, mais la colère règne parce que tu leur as mis en pleine face ce que leur acte pouvait aussi représenter.

La démarche se clarifie avec Kanye. La plupart des gens t’ont trouvé idiot, en disant que 10 millions, c’est une somme dérisoire pour quelqu’un de riche comme lui. Évidemment qu’elle était ridicule, mais s’il l’avait considérée, aurait-il pu encore se qualifier d’artiste ou devrait-il changer pour le titre d’entrepreneur culturel? Le reste, après, la perte des 15 millions de Bitcoins, c’est un autre dossier qui ne relève plus de la démarche.

On te hait pour ton arrogance. Je crois qu’il faut avoir beaucoup de culot pour présenter sa vision esthétique au monde et prétendre qu’elle est autant, sinon plus valide que les autres. En ce sens, tu n’es pas la figure artistique dont nous avons besoin, mais bien celle que l’on mérite.

Joyeuse St-Valentin en retard, Martin. J’espère que les gens vont te comprendre. À ce moment-là, je serai prêt à te célébrer d’une manière que seul toi sauras apprécier à sa juste valeur: uartistene série de sacs réutilisables, histoire de monétiser une querelle artistique.

sac

XOX

On jase de langues avec les Lemming Ways

Mardi dernier, le 3 mars, je me suis pointé au party de lancement / écoute en boucle du premier album homonyme des Lemming Ways au Quai des Brumes. J’ai pu m’y entretenir avec le leader et fondateur du groupe, Marc Étienne Mongrain.

Marc Étienne Mongrain/Crédit photo Mathieu Aubre
Marc Étienne Mongrain/Crédit photo Mathieu Aubre

Tout d’abord, il faut dire que l’ambiance dans la salle n’était pas nécessairement due au public qui s’y est présenté. Un gros total de 15-20 personnes assistaient réellement à l’écoute de l’album avec le groupe, en plus des quelques habitués du bar. C’est plutôt l’organisation qui volait le spectacle avec des montagnes de chips sur les tables, de la bonne bière et la musique du trio en ambiance. Arrivé une demi-heure  en avance, je m’assois à une table avec Marc Étienne Mongrain, chanteur, guitariste et claviériste du groupe pour discuter un peu de son dernier bébé.

En entrée de jeu, il me dit que l’album est encore tout frais dans sa mémoire et qu’il n’a pas vraiment le recul nécessaire pour m’en parler de façon détachée. Ce travail musical, c’était une élaboration de longue haleine, répartie sur pas moins de trois ans et entrecoupée de périodes de travail – il faut dire que Marc Étienne est un photographe assez occupé – et d’un changement soudain de batteur, Gabriel Lemieux-Maillé qu’on retrouve sur l’album ayant cédé sa place à Philippe Bilodeau. Le groupe est aussi resté fidèle à ses racines: 4 des 10 chansons de l’album sont directement tirées de Two Poles (2012), précédent EP de la formation.

Pourquoi avoir organisé un party d’écoute plutôt qu’un show de lancement plus traditionnel? Pour le chanteur, un lancement de ce type n’est pas un passage obligé pour les artistes qui ont choisi de faire de la musique en anglais. «Quand tu es un groupe francophone, tu fais un lancement en espérant que le gars du Devoir, de La Presse ou du Voir va être dans la salle, qu’il fasse un article sur toi et que t’aille un buzz autour de ta musique pendant 24-48 heures.» Il continue en m’expliquant que la situation des artistes anglophones est complètement différente puisqu’ils ont l’avantage de bénéficier d’une éventuelle couverture hors-Québec et ont plus de chances de se lancer dans une tournée ailleurs au Canada. Bien placé pour témoigner, le groupe a d’ailleurs vu l’album The Lemming Ways faire l’objet d’un article et d’un streaming sur le site du magazine canadien Exclaim! avant même d’apparaître dans les pages du Voir. Il ajoute finalement que «tant qu’à dépenser pour un lancement d’album, j’aime mieux économiser pis m’acheter une van pour faire une coupe de shows aux États-Unis.»

Ne pouvant m’empêcher de continuer dans la même veine, je lui lance une question à laquelle il avait déjà plus ou moins répondu dans une autre entrevue pour assister au phénomène par moi-même: «Imagines qu’un politicien un peu dogmatique, genre PKP, se présente à un de tes shows et te crie son fameux ‘‘En français s’il-vous-plaît!’’. Qu’est-ce que tu lui réponds?» Marc Étienne est visiblement choqué par le propos et se lance dans le vif du sujet. Pour lui, la situation des langues dans la musique est visiblement problématique. La classe politique se révèle malhonnête par rapport à l’art: une journée Arcade Fire reçoit les clés de la ville de Montréal par le maire et le lendemain, un autre semble vouloir gagner des votes en clamant que la musique anglophone est un danger pour la langue française. Pour le leader des Lemming Ways, l’anglais est au contraire peu menaçant en art et elle lui sert principalement à acquérir une certaine visibilité ailleurs qu’à Montréal.

Ceci dit, ce n’est pas non plus de visibilité qu’il manque. Le groupe est déjà en train de planifier des spectacles, souhaitant bien entendu pouvoir mener une éventuelle tournée au pays des Conservateurs.

Questions points bonus

Le nom Lemming Ways, ça vient d’où?

Une joke avec quelqu’un qu’il a rencontré alors qu’il était en cure de désintox: les deux gars voulaient se partir un band ensemble. L’autre lui avait proposé The Hemmingways comme nom à l’origine. Quand Marc lui a demandé qui écrirait les chansons, il lui a répondu que c’est lui qui devrait le faire, ce à quoi il a répliqué, non sans une pointe d’humour noir, que c’est lui qui devrait donc choisir le vrai nom du band et que The Lemming Ways serait plus approprié.

L’album que tu as le plus écouté dans la dernière année et est-ce que ça a influencé l’album?

L’album étant en route depuis 2-3 ans, il n’a pas vraiment été influencé par ses écoutes du moment, surtout que ça consiste pas mal en musiques un peu noisy, rien de trop mélodique. Quant à ce qu’il a le plus écouté dans les derniers temps: Kanye West.

Sur une échelle de ‘‘vieux biscuit soda qui a pris l’humidité’’ à ‘‘poutine extra-bacon’’, où est-ce que tu situerais ton dernier album?

Affirmant n’avoir pas trop de recul, il me dit «poutine gratinée, mais pas de bacon». Un album, donc, qui promet!

Pour écouter la musique du groupe en ligne, vous pouvez visiter leur page Bandcamp ou tout simplement vous procurer leur album.

10 shows à voir en février, dont Koriass, Stephen Malkmus et Between the Buried and Me

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Les soirées d’hiver peuvent s’avérer froides et mornes. Voici 10 spectacles où tu pourras aller te réchauffer et ainsi sécher ta séance de luminothérapie.

Lanterns on the Lake – 3 février au Divan Orange

La formation anglaise d’indie rock Lanterns on the Lake s’arrêtera au Divan Orange le 3 février au plaisir de ses fans montréalais. La première partie sera assurée par le compositeur-interprète Elliot Maginot.

Les sœurs Boulay – 6 février à la maison de la culture Maisonneuve

Consacrées Révélation de l’année au Gala de l’ADISQ 2013, Les sœurs Boulay seront en spectacle à la maison de la culture Maisonneuve dans le cadre de Révèle la Relève. La soirée sera également alimentée d’une performance de la jeune auteure-compositrice-interprète Sarah Toussaint-Léveillé.

Koriass – 7 février à la maison de la culture Maisonneuve 

Ayant tout juste livré au public Rue des Saules, son troisième album en carrière, le rappeur Koriass s’arrêtera à la maison de la culture Maisonneuve pour interpréter ses grands succès.

Buckcherry – 8 février au Théâtre Corona Virgin Mobile

En voie de sortir leur nouvel album Confessions, les Californiens de Buckcherry amèneront leur hard rock pour réchauffer la salle du théâtre Corona. Ils seront accompagnés de Monster Truck, 3 Pill Morning et Bleeker Ridge.

Aer – 14 février à la Sala Rossa

Ceux et celles qui ne veulent rien savoir de la St-Valentin (ou qui veulent en passer une différente) pourront se joindre au duo bostonnais Aer qui sera de passage à la Sala Rossa pour l’occasion. Leur mélange de rap, reggae, pop et de rock saura réconforter votre cœur meurtri.

Kanye West – 17 février au Centre Bell

Après avoir annulé son spectacle qui devait initialement avoir lieu en novembre, Kanye West sera finalement de passage au Centre Bell le 17 février. Rap senti, artifices et égo démesuré sont au menu dans le cadre du Yeezus Tour.

Stephen Malkmus and the Jicks – 23 février au Café Campus

Anciennement leader du groupe culte Pavement, Stephen Malkmus viendra présenter au Café Campus les chansons de son plus récent album Wig Out at Jagbags, paru un mois plus tôt.

Bring Me the Horizon – 24 février au Metropolis

La formation metalcore Bring Me The Horizon fait équipe avec Of Mice & Men pour The American Dream Tour qui s’arrêtera au Metropolis au grand plaisir des fanatiques du genre.

Between the Buried and Me – 26 février au Théâtre Corona Virgin Mobile

Les amateurs de métal progressif auront droit à un bon spectacle le 26 février puisque la formation américaine Between the Buried and Me sera en prestation au théâtre Corona. Ils seront accompagnés de The Kindred, Intronaut et de l’excellent Deafheaven.

David Marin – 27 février à L’Astral

Bons nombres d’artistes se produiront dans le cadre du festival Montréal en Lumières qui se déroulera du 20 février au 2 mars. C’est notamment le cas de David Marin qui sera en spectacle à L’Astral pour présenter les morceaux de son nouvel album Le choix de l’embarras.

Les 25 meilleurs albums de 2013

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2013 aura été une forte année musicale. Depuis nos débuts il y a 4 ans, c’est la première fois qu’autant d’albums différents ont été cités par nos collaborateurs dans notre tentative de faire un bilan de fin d’année. Pour être précis, ce sont 131 albums qui se sont retrouvés sur notre longue liste de fin d’année.

C’est donc une année musicale très variée qui se termina dans une dizaine de jours. Avant d’entamer votre traditionnel décompte du nouvel an, profitez de ces 25 meilleurs albums de l’année 2013 tels que choisis par notre équipe.

Nous nous reverrons en 2014, avec un paquet de belles surprises.

:)

#25 Yeezus – Kanye West [Roc-A-Fella/Def Jam Records]


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« What fun is life if you don’t talk shit, right ? » – Kanye West, à Las Vegas, le 25 octobre dernier. Cette citation pourrait effectivement s’appliquer à toute l’année que vient de connaître Kanye West, en devenir son slogan. En lançant cette boutade en concert, il s’adressait à la turbulente campagne qu’il a connue pour le lancement de son excellent dernier album, Yeezus, à l’industrie des médias ainsi qu’à celle de la mode.

Kanye West s’est lancé dans du rap électro-industriel, et le résultat est solide. Il nous amène dans les sombres recoins de son esprit, où il rage contre les politiques raciales et discute avec Jésus, entre autres choses.

Le gars est mégalomaniaque, mais plus souvent qu’autrement, il dit la vérité. Et il challenge ceux qui ne sont pas capables de l’entendre.

« I’m standing up and I’m telling you I am Warhol. I am the #1 most impactful artist of our generation. I am Shakespeare in the flesh. Walt Disney. Nike. Google. »

Compris ?

-JFT

 

#24 Queens of the Monkeys


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Queens of the Stone Age et Arctic Monkeys ont bien fait parler d’eux en 2013. Les deux groupes ont tous les deux sorti des albums très attendus, et ce, avec succès.

… Like Clockwork s’est trouvé à être un retour en force de QOTSA par son originalité et, en quelque sorte, la réinvention du groupe par un changement dans leurs structures et sonorités tout en restant celui que les fans aiment depuis la première heure.

AM était également très attendu puisque les membres de la formation anglaise avaient annoncé ce nouvel album comme étant un changement de direction avec de nouvelles influences. Dès sa sortie, tous les regards se sont rués vers AM et autant les fans que la critique ont adoré ce nouvel effort qui a reconfirmé leur talent et leur pertinence.

Les univers de ces deux groupes s’entrecroisent fréquemment. Josh Homme a produit un album des Arctic Monkeys et il gravite autour d’eux depuis quelques années. Il fait même deux apparitions sur AM. Alex Turner affirme admirer Homme et il a prêté sa voix sur If I Had a Tail. L’omniprésence et l’influence mutuelle sur leurs univers respectifs leur ont valu une position conjointe dans notre palmarès.

-AD

 

#23 Sunbather – Deafheaven [Deathwish]


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Deafheaven est un des chefs de file d’une vague de groupes de black métal jeunes et originaux qui s’éloignent beaucoup du style des Burzum et autres Mayhem qui ont fait naître le genre. Sunbather vous fera passer par toute une gamme d’émotions : la musique, belle et presque rêveuse, contraste avec la férocité du chanteur George Clarke et ses paroles mélancoliques. Le deuxième album de Deafheaven est un must de 2013, autant à cause de la qualité du matériel que parce que c’est un aperçu d’une scène qui pourrait dépasser les limites de la musique métal sous peu.

-JL

 

#22 Woman – Rhye [Universal Music]


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Woman de Rhye se dégage par ses habiles harmonies et ses orchestrations d’une grande richesse lyrique. Cette musique est brillamment portée à un niveau supérieur grâce à la voix essentiellement marquée d’une sincérité et d’une vulnérabilité déconcertantes. Cette chaude et douce voix est d’autant plus saisissante du fait qu’elle est celle d’un homme : Mike Milosh.

Ce premier album du groupe est un exercice très réussi d’instrumentations finement arrangées où le dosage et la discrétion forment une oeuvre homogène et cohérente. Avec Woman, nous avons assisté cette année à la naissance d’un groupe fort prometteur pour les années à venir. La barre sera haute!

-MSL

 

#21 Run the Jewels – Run the Jewels [Fool’s Gold]


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Killer Mike et El-P aiment jouer les vilains. Pour eux le vilain est un être mal compris et sous-apprécié au sein de notre société judéo-chrétienne. Pour eux la cause du vilain est noble et ils admirent le choix qu’a fait Magnéto de ne pas se laisser rabaisser par les humains. Dans la philosophie runthejewelsienne, le vilain dépasse le héros par une plus grande humanité.

En passant, les deux hommes révélaient en entrevue que l’animal préféré de El-P est la baleine et celui de Mike l’éléphant, les deux hommes aiment ce qui est gros et ça s’entend dans leur musique.

-CB

 

#20 Tomorrow’s Harvest – Boards of Canada  [Warp]


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Cela faisait quelques années que le duo Boards of Canada ne nous avait pas transportés dans son univers. Ces maîtres de la texture électronique ont repris d’assaut nos écouteurs cette année avec Tomorrow’s Harvest, une ode aux trames sonores de films. Dès les premières notes du disque, on comprend que le duo n’est pas là pour nous offrir de jolies mélodies, mais bien pour nous accompagner dans un séjour quelque peu intense.

Écouter Tomorrow’s Harvest, c’est s’aventurer à tâtons dans un brouillard épais. La première expérience est inquiétante, mais les suivantes sont transcendantes.

-WFB

 

#19 Major Arcana – Speedy Ortiz [Carpark]


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Ça prenait bien un disque de rock sale, gracieuseté d’un jeune groupe américain, dans ce palmarès. Major Arcade de Speedy Ortiz remplit à merveille ce mandat du groupe post-90’s d’inspiration Pavement et Sonic Youth avec ses guitares pesantes, ses rythmes qui se cassent dans tous les coins et leur not giving much fucks attitude. Major Arcana sonne comme une guitare désaccordée (ce qui est probablement le cas) accrochée derrière un pick-up qui roule à 130 km/h sur l’autoroute.

Oh, et la balade No Below est l’une des plus belles de 2013.

-OM

 

#18 Virgins – Tim Hecker [Kranky/Paper Bags Records]


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Avec son douzième album, Virgins, Tim Hecker a le mérite de nous avoir offert l’un des disques les plus imposants et déstabilisants de 2013. L’« artiste des sons » y propose une musique se trouvant à l’extérieur du cadre théorique et pratique de la musique populaire. Virgins est le fruit d’une démarche sérieuse ayant donné naissance à une musique cérébrale et glauque composée avec finesse. Pour créer Virgins, Hecker n’a utilisé que des appareils électroniques.

Il en émane des paysages sonores touffus, souvent musclés et toujours raffinés. Écouter Virgins est une expérience exigeante, mais quiconque décide de relever le défi en sortira grandi.

-AGB

 

#17 Mala – Devendra Banhart 


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Le 8e album du chic hippie nous transporte dans toutes les directions, du jazz au rock en passant par le folk aux accents latins. Le meilleur exemple de ce mélange des styles musicaux se retrouve dans la chanson Your Fine Petting Duck. Débutant sur une combinaison superposant un air sixties surf et une voix féminine rappelant M.I.A, la chanson éclate par la suite dans un house music chanté en allemand. Cette fusion un peu débile de tous ces trucs donne un résultat étonnamment bon.

L’album est suave, les arrangements musicaux sont ensoleillés, les morceaux débordent de tendresse et les paroles mélancoliques de Banhart chantées en trois langues (anglais, espagnol, allemand) nous prennent aux tripes… Qui dit-mieux?

-MC

 

#16 Repave – Volcano Choir [Jagjaguwar]


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À défaut d’avoir un nouvel album de Bon Iver cette année – le groupe est en hiatus pour une durée indéterminée – on a eu un nouveau Volcano Choir, autre projet de l’un des producteurs et musiciens les plus en vue des dernières années, Justin Vernon.

Malgré les efforts que fait le groupe en spectacle pour réduire au maximum l’attention portée à Vernon, ce Repave, 2e album de Volcano Choir, sonne particulièrement comme du Bon Iver, avec sa voix chaude qui vient à l’avant-plan des chansons travaillées jusqu’au moindre détail. C’est riche, grandiose, tout en crescendo.

Justin Vernon confirme encore une fois qu’il est la figure de proue du folk rock indépendant de notre génération.

-JFT

 

#15 Trouble Will Find Me – The National  [4AD]


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Musicalement plus ambitieux que les précédents albums de The National, Trouble Will Find Me aurait pu s’installer dans le confort des bases solides d’un groupe qui en est à son sixième album. Il faut une, deux et plusieurs écoutes pour apprécier les nuances, se laisser amadouer par tout ce qui rend cet album plus « fini » que les autres. Même si le tourment hurlé du chanteur Matt Berninger a fait place au son introspectif d’une voix soufflée à l’oreille, chaque mélodie demeure troublante, chaque texte révèle les contours d’un univers qui devient peu à peu tangible, une poésie à plusieurs sens qui nous mêle et nous touche à la fois.

En 2013, The National a atteint un point culminant du raffinement de son art.

EJ

 

#14 Fade – Yo La Tengo [Matador]


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Grand habitué des tops de fin d’année, le couple Kaplan/Hubley nous refait le coup avec son 13e essai paru dans les tout premiers élans de 2013. Pour l’occasion, le groupe d’Hoboken qui soufflera ses trente chandelles en 2014 a retenu les services de John McEntire (The Sea & Cake, Tortoise) pour guider ses récits mélodiques. Construit autour des conversations intimes du couple, Fade se montre aventureux et varié musicalement.

Déploiement d’inspirations krautrock sur le 1er extrait (Stupid Things) et longues installations sonores pour meubler les antipodes de l’album. Loin de se complaire ou de s’asseoir sur son impressionnant catalogue, Yo La Tengo comble les attentes (toujours très élevées) de ses loyaux fervents en dévoilant un autre chapitre de sa pop pure et intelligente.

-MSJ

 

#13 Settle – Disclosure [PMR/Island]


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Comment ces deux jeunes frères sortis d’on ne sait trop où et qui forment le duo Disclosure ont-ils pu faire un album house si efficace et bien ficelé, avec d’indéniables hooks et autres affinités pop (lui allouant ipso facto une place à la radio) demeurera toujours une question. C’est l’attention portée à la section rythmique à saveur garage qui rend Disclosure si différent de la dance music qui envahit habituellement notre quotidien. La basse ainsi que les percussions (munies d’un léger swing) sont mises en évidence et ne sont pas cachées sous une tonne d’effets sonores abrutissants.

La présence de collaborateurs de qualité tels que Sam Smith, AlunaGeorge, Jamie Woon et Jessie Ware contribua également à approfondir la musique de l’excellent album Settle.

-MON

 

#12 Modern Vampires of the City – Vampire Weekend 


vampire-weekend-modern-vampires-of-the-cityMettons les choses au clair. Vampire Weekend est un groupe de hipsters écouté par des hipsters qui ont la plupart du temps moins de 25 ans et qui fréquentent ou ont fréquenté les bancs des universités. Enfin, c’est le stéréotype qui colle au groupe depuis la sortie de son disque homonyme en 2008. Et les stéréotypes ont parfois un fond de vérité. Pourtant, c’est la troisième fois que le groupe sort un disque et c’est la troisième fois qu’on arrive à la même conclusion. « Vampire Weekend » n’invente rien, mais fait de la bonne musique qui utilise intelligemment des références culturelles de son époque.

Modern Vampires of the City est ce cliché Instagram de vous que vous montrerez un jour à vos enfants. Il sera difficile d’expliquer la popularité des filtres sépia. La seule chose dont vous serez certains, c’est qu’il fallait être là pour comprendre.

-WFB

 

#11 Reflektor – Arcade Fire [Merge]


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Les critiques se sont battus dans la bouette à la sortie de Reflektor. Il faut dire qu’après l’apothéose de The Suburbs en 2010, Arcade Fire avait trois choix : proposer un son différent, se planter ou être sérieusement au-dessus de tout ce qui existe. C’est la première avenue qui a été choisie, et pour le mieux. En écoutant Reflektor, tu mets tes plus beaux apparats et tu danses… et tu aimes ça. Et quelques fois, tu te sens emporté par un son orchestral, un hymne religieux qui vient te chercher, peu importe ta religion, et tu te dis que tu ne sais pas trop quel genre de lien tu peux faire avec les œuvres précédentes, mais Arcade Fire te touche encore, différemment.

Amen.

-EJ

 

#10 6 Feet Beneath the Moon – King Krule [True Panther Sounds]


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King Krule a réussi à se démarquer en 2013 grâce à son premier album 6 Feet Beneath the Moon, qui se trouve à être un amalgame de styles très efficace. Cet opus mélange le rock, des éléments de punk, le rap et le jazz de manière très ingénieuse et originale. Archy Marshall est également un parolier bien articulé et créatif. Il réussit à créer des atmosphères planantes et poétiques. Il bénéficie actuellement d’un bon buzz un peu partout dans les scènes underground. La sortie de cet opus très réussi le place aisément en 10e position de notre palmarès annuel.

-AD

 

#9 Acid Rap – Chance the Rapper [Indépendant]


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Chancelor Bennett vient de rentrer dans l’histoire. C’est le premier rappeur à percer le club très sélect des 10 meilleurs albums de l’année de Feu à Volonté. Club très sélect, car c’est un peu au monde culturel ce que le 357C est au monde politique québécois, tenons-nous le pour dit ! Profitons des 40 mots qu’il nous reste pour apprécier la référence à Othello sur Acid Rain.

« The richest man rocks the snatch-less necklace / Spineless bitches in backless dresses / Wore my feelings on my sleeveless / My weed seedless, my tress leafless »

-CB

 

#8 Wakin on a Pretty Daze – Kurt Vile [Matador]


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Avant de nous donner Daniel Brière, Philadelphie nous a offert Kurt Vile. Le chanteur a réalisé l’un des plus beaux albums de 2013, Wakin on a Pretty Daze, succédant à l’inégal Smoke Ring for my Halo.

Tissé de longues pièces planantes et d’un rock qui fait clin d’œil aux années 70, c’est l’album parfait à écouter lorsqu’on revient crevé d’une longue journée au boulot. Dès les premières notes de la pièce titre de l’album, on relaxe en se laissant bercer par la voix nonchalante de Kurt Vile, pour plonger dans un autre monde, porté par les envolées de guitare. Un rock de stoner à écouter à jeun (ou pas).

CCP

 

#7 Push the Sky Away – Nick Cave and the Bad Seeds 


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La réputation de Nick Cave n’est plus à faire. Pourtant le 15e album du grand chanteur avec les Bad Seeds, Push the Sky Away, est peut-être le meilleur de sa carrière. L’univers lugubre, mystérieux et sensuel de Cave y est à son paroxysme. La poésie du chanteur est à couper le souffle. Sur la pièce fleuve Jubilee Street, il déclare son amour pour une prostituée et c’est époustouflant.

En mars dernier, le chanteur a su démontrer lors de son passage enflammé au Métropolis qu’il savait mieux que jamais défendre un album sur scène, à 55 ans. Profitez de Nick Cave maintenant, quelque chose me dit qu’il ne pourra pas être aussi intense encore très longtemps…

-CCP

 

#6 Julia With Blue Jeans On – Moonface [Jagjaguwar]


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Personne ne se plaindra du virage qu’a pris Moonface avec Julia with Blue Jeans On. Le Montréalais Spencer Krug a délaissé cette fois-ci les lourdes percussions, les synthés et les guitares, pour se concentrer sur un son épuré. Du piano classique, un grave vibrato et un ton dolent viennent appuyer une trame narrative à se déchirer le coeur.

Spencer Krug, ex-membre de Wolf Parade, démontre avec le dernier effort de son projet solo la grandeur de son talent, entre les rythmes envoûtants et les envolées dramatiques de Everyone is Noa, Everyone is the Ark, deuxième pièce, et de Julia With Blue Jeans On, sixième pièce de l’album, par exemple.

Julia With Blue Jeans On est un album de confessions, de regrets puis de solitude, exprimés par des paroles crues dans la fluidité d’un son d’une beauté inexprimable.

-EL

 

#5 Dream River – Bill Callahan [Drag City]


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Dream River de Bill Callahan est une œuvre magistrale de rock intimiste et organique. Faisant un pied de nez au son synthétique qui domine la musique populaire depuis quelques années, Callahan et ses musiciens optent pour la chaleur et la profondeur d’instruments tels que la guitare acoustique et électrique, la basse, le violon, la batterie et la flûte. De plus, ne serait-ce que pour la voix grave et chaleureuse du musicien et sa plume bien affûtée, Dream River vaut certainement le coup.

Enfin, la question n’est plus de savoir si Callahan est l’un des plus importants auteurs-compositeurs-interprètes de son époque, mais bien de savoir quelle place se taillera-t-il dans l’histoire du genre.

AGB

 

#4 Field of Reeds – These New Puritans [Infectious Music]


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These New Puritans n’a jamais été un groupe qui respectait les conventions musicales. Ils ont toujours créé des albums étranges, très hors du commun. Fields of Reeds ne fait pas exception à cette règle. On dirait une sorte de laboratoire sonore qui expérimente avec les meilleurs moments de David Bowie, Brian Eno ou Radiohead. C’est une sorte d’émule de Kid A, qui mélange l’électronica, le krautrock, le new age, l’IDM, l’art rock et je ne sais trop quoi.

Ce n’est évidemment pas facile d’accès, donc n’offrez Field of Reeds en cadeau qu’à des passionnés de musique. Mais tous ceux qui pénétreront dans l’univers de These New Puritans y resteront. À jamais.

-OM

 

#3 Psychic – Darkside [Other People/Matador]


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Édifié autour de la rencontre fortuite de deux plasticiens de formation, Darkside se veut un laboratoire ingénieux soustrait aux lois de la pesanteur et de la perspective. Vaste composition auditive aux assemblages intentionnellement cadencés, Psychic vient confirmer ce que plusieurs avaient évoqué à la suite de la parution du premier effort de Nicolas Jaar. Le jeune homme possède un imaginaire qu’il serait impossible de réduire au silence.

Appuyé par le multi-instrumentiste Dave Harrington (qui, par moment, se donne des allures de David Gilmour), Jaar confère des couleurs progressives et krautrock à ses structures qui font tout à l’exception de se réclamer du passé. Des 45 minutes qui composent ce premier enregistrement complet se dégagent un désir frappant de textures et un minutieux travail de mixage latent.

Devant une telle réalisation, il aurait été regrettable que l’aventure ne se limite qu’à une seule tentative de trois titres. Avec Psychic, le tandem JaarHarrington signe une des constitutions audio les plus profondes et déstabilisante des derniers mois. Aussi à explorer, leur relecture bien personnelle de Random Access Memories de Daft Punk.

Et pour ceux qui souhaiteraient vivre les nouvelles perspectives avancées par le duo, ils doivent se produire au Théâtre Corona le 14 janvier.

-MSJ

 

#2 Overgrown – James Blake [Polydor]


James Blake nous prouve cette fois sa force musicale et toute sa maturité artistique avec Overgrown. Un album extrêmement complexe, où les voix, les synthétiseurs et les claviers forment une symbiose parfaite pour donner un son plein qui nous envahit l’esprit. Des rythmes progressifs de I Am Sold et du beat de Digital Lion, à l’électro de Voyeur et au lyrisme de Our Love Comes Back, pas besoin de vous expliquer plus longuement pourquoi Overgrown est en deuxième position.

Sensibilité qui transperce la voix, harmonies fusionnelles, une touche de soul, une touche de dub, nous sommes dans un univers distinct et unique, propulsés dans le monde d’un musicien qui a trouvé son style et sa signature. Contrairement à son album homonyme sorti en 2012 où les rythmes étaient parfois cassés et défaillants, on entend dans Overgrown une fluidité grandiose.

La preuve de toute la polyvalence de ce jeune auteur-compositeur britannique se trouve dans Life Round Here, To the Last, Retrograde et Dim. Du gospel, du RnB et même un peu de folk ne font que confirmer la délicatesse d’un assemblage compliqué et la finesse de l’exécution vocale sur Overgrown.

-EL

 

#1 Random Access Memories – Daft Punk [Columbia]


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« Y a-t-il encore un humain dans cette salle? » C’est une question que nous aurions pu nous poser l’an dernier à la même date lors de la conception de notre palmarès. Avec le retour en force des synthétiseurs depuis le début des années 2000, on ne retrouve plus beaucoup d’humanité dans la musique de nos jours. Même du côté de Kanye West qui se veut – enfin, lui le croit – l’artiste d’une génération, l’usage d’un instrument est une méthode de composition désuète. L’heure est au sampling, au « 808 » et à tout ce qu’un ordinateur peut nous amener de nouveau. Alors, comment nous retrouver dans tout ce brouhaha électronique où le robot est roi? Et bien 2013 nous a répondu avec l’album avec la touche la plus humaine depuis des lustres. L’ironie? Elle est composée par un duo de Français qui s’est fait connaître en se déguisant en robots.

Les Daft Punk ont revêtu leurs costumes pour nous offrir leur premier album en huit longues années. Et quel disque ce fut! Random Access Memories est un hommage à la musique et au temps. Non seulement on retrouve des clins d’œil à toutes les décennies musicales, mais aussi des compositions tournées vers le futur. Giorgio by Moroder est un exemple parfait de ce à quoi aspirait le duo avec son nouvel opus. Construite sur une entrevue avec Giorgio Moroder, cette pièce explore l’évolution de la musique des années 70 jusqu’à aujourd’hui.

Random Access Memories est un album qui revient aux sources et qui permet de nous questionner sur ce qu’est la musique d’aujourd’hui. Comme critique et comme adepte de musique, je n’écoute pas ce disque pour son message, mais comme moyen de transport. Que cela soit pour marcher jusqu’au travail, pour passer la nuit dans un club ou encore pour traverser mon année 2013, la musique me permet de voyager tout en hochant de la tête. Il y a quelque chose d’humain dans la musique après tout.

-WFB

Les meilleures chansons de 2013

Organ Eternal – These New Puritans


 

 Retrograde – James Blake


 

Hive – Earl Sweatshirt


 

Love the House You’re In – Moonface 


 

Don’t Forget Who You Are – Miles Kane


 

Giorgio by Moroder – Daft Punk


 

Black Skinhead – Kanye West


 

Play by Play – Autre ne Veut


 

Mirrors – Justin Timberlake


 

 Song for Zula – Phosphorescent


 

Despair – Yeah Yeah Yeahs


 

Montréal $ud – Dead Obies


 

When a Fire Starts to Burn – Disclosure


 

Step – Vampire Weekend


 

To See More Light – Colin Stetson


 

Isjaki – Sigur Ros


 

Les 5 meilleurs albums rap de 2013

#5  The Underachievers – Indigoism

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Il semble que trois moules différents aient sculpté la quasi-totalité des artistes rap à avoir réussi à émerger depuis 2009. Le premier moule est celui du rap classico-nostalgique des années 1990 (Joey Bada$$), le deuxième est celui de l’artiste agressivement bizarroïde et souhaitant l’être (OFWGKTA) et finalement, le troisième est celui de l’after-party rap, généralement ankylosé sous l’effet de la codéine, (A$AP).

Chez The Underachievers, l’exploration sérieuse et réfléchie des perceptions ressenties à l’intérieur du mysticisme psychédélique cultivé par les deux rappeurs se rapproche d’un cheminement plus cartésien.

Cela place le groupe à l’extérieur des moules évoqués plus haut et à l’intérieur du top 5.

 

#4 Earl Sweatshirt – Doris

C’est le plus haut niveau d’écriture que le rap ait atteint en 2013. Earl fait preuve sur Doris d’une capacité prodigieuse à manipuler habilement un vocabulaire dense lui permettant d’exprimer efficacement sa résignation envers le présent, ainsi que son pessimisme envers l’avenir.

« From a city that’s recession hit/ Where stressed niggas could flex metal with pedals to rake pennies in. »

Doris est l’image d’un moment de réflexion qui s’arrête sur le présent, et qui s’arrête sur la quatrième place de ce palmarès.

 

#3 Kevin Gates – The Luca Brasi Story

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Avant 2013, Kevin Gates était relativement inconnu à l’extérieur de Bâton Rouge et de la Louisiane, mais il suffit d’écouter IHOP pour comprendre pourquoi, à 27 ans, cet homme mérite notre attention.

Sur ce dernier argument de Luca Brasi Story, Gates présente dans un rap a cappella, l’histoire d’un homme qui survit à une tentative d’assassinat pour exécuter sa vengeance. La pièce de Gates ne s’attarde toutefois pas sur la glorification d’une invincibilité personnelle, mais sur la perte de contrôle émotionnelle. Une sensibilité d’un déterminisme glacial, qui résume bien l’album.

La troisième place, parce que c’est la trame sonore idéale pour se réveiller avec une tête de cheval dans son lit.

 

#2 Run the Jewels – Run the Jewels

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Killer Mike et El-P nous sortent un deuxième excellent album en autant d’années. Les deux hommes arrivent sans problème à démontrer qu’il est possible de vieillir et de peaufiner son art, en l’inscrivant à la fois dans la grâce et dans la férocité.

Malgré leurs 38 ans, les deux rappeurs, ne montrent aucun signe de faiblesse ou de relâchement. Au contraire, Mike et El-P semblent se plaire à continuer d’effectuer des tours d’honneur, volant la vedette aux plus jeunes et taxant au passage leur argent de poche ainsi que leurs collations.

Un album à la gloire des hasbeens et une méritée deuxième place.

 

#1 Chance the Rapper – Acid Rap

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L’oreille du critique cherche souvent l’anti-traditionalisme et la rébellion créative. Acid Rap ne se démarque toutefois pas en particulier par son caractère innovateur, subversif ou par son ambition.

Acid Rap, c’est une goutte d’optimisme qui fait déborder un verre d’anxiété. Loin de la déclaration de grandeur, on tombe ici dans l’exaltation candide. Acid Rap est une brillante composition de réalisme, une méditation pour trouver l’oasis au milieu d’un Chicago surnommé Chiraq.

Paranoïa (la deuxième moitié de Pusha Man) est un hymne anti-été, la saison où le soleil fait peur, où les jeunes traînent dans les rues et où les gens se font abattre. La saison où Chancelor Bennett en vient même à réfléchir « what’s worst between knowing it’s over or dying first ».

On pourrait croire que le jeune homme est sur le point de céder, tandis qu’il s’apprête pourtant à nous balancer le jazz-rap, à la fois nostalgique et festif, de Cocoa Butter Kisses.

Chance nous livre un album hanté par la mémoire de Rodney Kyles Jr., un ami poignardé à mort devant les yeux du jeune rappeur, mais cela ne l’empêche toutefois pas de prendre deux minutes et demie pour nous rappeler que « there ain’t nothing better than falling in love ».

C’est une lucidité tentant désespérément d’apprécier la vie tout en comprenant la vulnérabilité de celle-ci face à la mort. C’est aussi la première place de ce top.

 

Mentions spéciales

Kanye West – Yeezus

Yeezus n’est en mon sens pas une réussite (peut-être le 11/12 album rap de l’année selon moi), mais il aura permis à beaucoup de gens une première rencontre avec une forme de rap plus expérimentale. Juste pour ce rôle ambassadeur, je tenais à lui donner une mention spéciale.

Dead Obies – $ud $ale

Il y a eu le rap français de Dubmatic, le rap créole de Muzion, le rap américain de Sans Pression, mais depuis 2012/13 j’ai l’impression qu’avec le mouvement piu piu et avec des groupes comme Loud x Lary x Adjust et Dead Obies, Montréal a enfin trouvé un son qui lui est propre.

$ud $ale est le meilleur album de rap sorti de cette nouvelle scène musicale montréalaise. Mention spéciale !

Kanye West – Yeezus

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Pas de rédemption pour Kanye West. Yeezy fait ce qu’il veut et c’est pourquoi on l’aime.

kanye-west-yeezusTrois ans après le véritable chef-d’œuvre My Beautiful Dark Twisted Fantasy, Kanye nous livre son sixième album solo, Yeezus. Beaucoup moins pop que le précédent. Une fois encore, il a su bien s’entourer : Daft Punk, Frank Ocean, Justin Vernon, Kid Cudi, Charlie Wilson, Chief Keef et King L). Assisté à la réalisation par le légendaire Rick Rubin (Johnny Cash, Beastie Boys, Red Hot Chili Peppers, Slayer, parmi trop d’autres), le minimalisme prôné par ce dernier a une grande place sur Yeezus.

Ce sont les 38 minutes de musique les plus crues et expérimentales que Kanye n’ait jamais composées. Parfois violents, parfois planants, les beats sur lesquels Yeezy rappe sont d’une étonnante diversité. Les transitions sont brusques et très efficaces, il n’y a pas de longueurs. Par moments, c’est lourd (I Am God, On sight), à d’autres moments, c’est majestueux (Hold My Liquor, Blood On The Leaves). Électro, soul, dance hall, rock industriel, le tout dans un cocktail hip-hop, l’album est éclectique.

« This album is all about giving. This whole process is all about giving no fucks at all », a affirmé le principal intéressé.

Kanye a toujours autant confiance en ses moyens. Selon une entrevue avec le Wall Street Journal, lorsqu’il serait arrivé en studio, Rick Rubin aurait cru qu’il restait des mois de travail pour mener à terme l’album. C’est en moins d’un mois que ce disque a été terminé (dont presque quatre chansons en moins de deux heures, avant de courir prendre un avion).

Fidèle à son arrogance, les paroles de Yeezus sont ultra-provocantes. Notamment sur la pièce I Am God: « I just talked to Jesus. He said: « What up Yeezus? » I said: « Shit i’m chilling, trying to stack these millions .» Frôlant la misogynie par moment, l’humour est aussi de mise dans ces rimes: « Black girl slipping white wine. Put my fist in her like a civil rights sign. » On serait tentait d’éclater de rire, mais les beats nous ramènent à l’ordre. Fidèle aussi à son originalité, Kanye a affirmé dans une interview avec le New York Times s’être inspiré de son voyage à Paris, durant lequel il aurait visité le Louvres cinq ou six fois.

La puissance créatrice et l’ingéniosité de Kanye sont aussi de la partie. Les références à la culture pop abondent d’Inglorious Basterds à The Omen, en passant par 300 et King Kong. Yeezy arrive tout de même à bien placer le falsetto de Bon Iver dans une toune de club.

À 36 ans et nouvellement père, Kanye West est sans aucun doute la plus grande star du hip-hop depuis Eminem. Avec cet opus, Yeezy démontre qu’il ne cédera pas son trône de si tôt. Une fois de plus, Kanye West repousse les limites du rap et fait transcender le genre, tout en perpétuant certains de ses plus grands clichés, paradoxalement.