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Videotape : The Besnard Lakes – Albatross

Voici le superbe clip, en primeur sur Pitchfork.tv, pour l’extrait Albatross de l’excellent dernier disque de The Besnard Lakes, The Besnard Lakes are the Roaring Night. Histoire d’espionnage, cinéma des années 30, carnets remplis de codes et ambiance de guerre froide sont présentés.

The Besnard Lakes – Are the Roaring Night [2010]

The Besnard Lakes - Are the Roaring NightThe Besnard Lakes
Are the Roaring Night

Jagjagwar
Canada – Québec
Note : 8.5/10

Considérant que le deuxième album d’un groupe est, bien souvent, celui qui confirme ou infirme leur talent musical, on peut affirmer que The Besnard Lakes avait, avec Are the Dark Horse, livré la marchandise au-delà des attentes. Et pour leur troisième opus, le désormais quatuor a décidé d’emprunter la voie de la continuité. Et si les guitares lourdes, les cordes aériennes, les voix atmosphériques et les ambiances psychédéliques sont choses communes, Are the Roaring Night s’impose parmi la masse grâce à sa finesse de composition implacable.

L’album débute par un crescendo tourbillonnant et assourdissant, qui se termine sur Like the Ocean, Like the Innocent Pt 2: The Innocent et une voix hautement perchée. Une batterie lente s’ensuit et installe une ambiance brumeuse découlant de la pièce d’introduction. Ce train avance jusqu’au refrain, où embarque une guitare opaque digne des meilleurs moments de Ride. S’entremêlent les voix d’Olga Goreas et Jace Lasek, le tout dans une éruption psychédélique spontanée.

Le principal trait qui sépare Are the Roaring Night de son excellent prédécesseur consiste en l’influence du shoegaze sur les compositions et les arrangements. Lorsque le disque ultérieur s’envolait vers des nuages de fumée noire éclatée ou des contrées émotives oppressantes, celui-ci demeure beaucoup plus carré et structuré que le précédent. On sent cette nuance sur Albatross, où les guitares, la batterie et la basse ne s’échappent pas du tempo ni de la convention mélodique signée dès le début de la chanson. Ce qui ne l’empêche en rien de constituer une vraie perle grâce à des nuances sonores entre l’influence de Swervedriver et de The Flaming Lips.

La fixation shoegaze du quatuor se ressent aussi sur Glass Printer, avec des sonorités de guitares bourrées de distorsion et d’effets de modulation. L’instrument à 6 cordes le plus populaire du monde est donc mis de l’avant sur la majorité des chansons, ce qui n’empêche pas la batterie de jouer son rôle de chien de garde rythmique nuancé. Les percussions demeurent infiniment mesurées et jamais les tambours ne résonnent sans raison.

L’objectif des Montréalais s’affiche clairement avec Are the Roaring Night : toucher le coeur du public en le transportant dans un voyage au fond d’un monde troublé et difficile à percer. Land of Living Skies Pt.2: The Living Skies ressuscite les envolées philosophiques des années 70, alors que And This is What we Call Progress déboule sur ses percussions incessantes, comme une armée en marche, sur lesquels se greffent des interventions de guitares à trémolo et distorsion. Pas vraiment de refrain, pas de structure pop préétablie, simplement une intervention musicale issue d’un processus créatif rempli de surprises et d’originalité.

Le contenu musical de Are the Roaring Night est à l’image de la pochette du disque : éthéré, opaque, brûlant et, encore une fois, racontant une histoire d’espionnage troublante. Une réussite complète pour ces puissants musiciens de la métropole québécoise, et possiblement l’album québécois qui passera dans l’ombre cette année.

Dinosaur Jr. – Farm [2009]

dinosaurjrfarm

Dinosaur Jr.
Farm

Jagjaguwar
États-Unis
Note : 8.5/10


Dinosaur Jr.. C’est un fait connu que Jay Mascis a très largement contribué à créer un son typique du son alternatif grâce, entre autres, à l’utilisation de la Fender Jazzmaster. En découle le son de Sonic Youth puisque, à la fois Thurston Moore et Lee Ranaldo utilisent cette guitare depuis qu’ils ont découvert ce dont étaient capables Mascis et son arme de prédilection. Et que dire de Kevin Shields, principal artisan derrière My Bloody Valentine, lui aussi fan de la Jazzmaster (et des pédales d’effet qui n’en finissent plus)?

Il s’agit ici de trois groupes majeurs pour la musique alternative des années 80 à nos jours. L’utilisation massive de distorsion dans la guitare, les feedbacks, les murs de son bref, depuis You’re Living All Over Me, on entend l’héritage de Dinosaur Jr. un peu partout. Et c’est sans compter ici la valorisation du lead guitar qui peut souvent être absent dans ce courant musical (Interpol, quelqu’un?). Mais avant toutes choses, Dinosaur Jr. a produit plusieurs disques de qualité, dont celui-ci, Farm.

Dès «Pieces», pièce d’introduction, ça sonne fort. Accords barrés remplis de fuzz sur une batterie tappante suivies de la voix, très mélancolique et toujours aussi cassante de Mascis. Aux accords rythmiques se succèdent des passes de mélodies rock sans crier gare, passant de l’un à l’autre sans avertissements pour créer une chanson de rock, point final. Et merde, c’est bon. Rien de surproduit, rien de trop poussé, aucune tentative de vernir le tout pour mieux faire passer tout ça à la radio. Non, du rock bruyant, solide et captivant. «I Want You to Know», «Friends» et «There’s No Here» se classent parmi la même catégorie de chansons. Structures éclatées mais pas trop, passages forts et bruyants, solos parfois trop longs.

Parfois ça va être plus noisy. «Plans», du haut de ses 6 minutes 42 secondes de durée, crée l’émotion grâce au timbre de voix de Mascis qui se fond complètement avec les accords bruyants de guitare et les cassures mélodiques lentes et pleines de tremolo en alternance. Mélangeons à cela des paroles profondes et émotives («I got nothing left to be/Do you have some plans for me?/I know you do/I know you do» et on obtient une réussite touchante de par l’atmosphère rendue par l’émotion absorbée par le bruit ambiant qui, tout en tentant d’enterrer la voix de Mascis, la rend plus forte et lui donne du sens, comme crier dans un oreiller.

«Your Weather» s’inscrit dans le même registre, avec une intro de guitare très smog-ish, des couplets avec deux pistes de guitares séparées dans chaque canal sur fond de batterie roulante. Chaque passage se fait barrer la route par la réapparition du riff d’introduction, jusqu’au refrain qui monte en crescendo pour finir sur des solos de guitare qui cessent, reviennent et retournent au refrain. Situation semblable pour «Over It», où Mascis fait sonner ses cordes de façon explosive dans les refrains. La mélodie se compose d’un riff en wah-wah et le refrain coupe brusquement le rythme en le faisant décoller avec des trombes de tambour.

Ce qui fait que cet album est un aussi solide disque de rock alternatif repose essentiellement sur les concepts même du rock. Lead guitar, basse, batterie, distortion, feedback et autres caractéristiques de ce genre de musique sont présentes mais, contrairement à Nickelback ou tout autre groupe plastique filtré plusieurs fois en studio pour assuré d’une qualité de son ridiculement artificielle, il ne s’agit pas d’un pur produit élaboré par un esprit marchand d’un major quelconque.

Alors qu’ils auraient bien pu se concentrer sur des refrains accrocheurs, des couplets s’envolant en crescendo, des solos après chaque second refrain, les membres heureusement réunis de Dinosaur Jr. ont tout simplement relâché un disque de rock alternatif dans toute sa splendeur, démontrant que la musique n’est pas que du divertissement mais plutôt quelque chose de culturel et d’artistique représentant les identités des civilisations.

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