Mot clé: indie rock

Los Campesinos! – Romance is Boring [2010]

Los Campesinos! - Romance is BoringLos Campesinos!
Romance is Boring

Arts & Crafts
Royaume-Uni
Note : 7.5/10

Si Los Campesinos! finit toujours, ultimement, par utiliser la même grille de création pour chaque album, le groupe réussit tout de même à appliquer suffisamment leur baume musical à base d’énergie et de jeunesse pour composer des musiques qui valent la peine d’être écoutées. Peut-être pas aussi méritant que leur effort éponyme, Hold On Now, Youngster…, ou que leur second disque, Romance is Boring accomplit tout de même l’exploit d’impressionner l’auditeur, en greffant quelques ajouts fatalistes sensibles à leur indie rock brûlant.

Pour appuyer cet exemple, Coda: A Burn Scar in the Shape of the Sooner State se compose d’une mélodie très enfantine de glockenspiel et de voix paresseuses se métamorphosant, au rythme de l’ascension du climax, en cris lyriques. Le tout appuyé par un bruit de guitare permanent ajoutant une saveur de destruction à la beauté préétablie.

In Media Res introduit le disque de manière indie rock, avec guitare semi-noisy, arrangements de xylophone et de cordes et variations de mélodies à chaque détour. Les trois pistes suivantes s’inscrivent dans le même registre, très inspiré de l’indie rock des États-Unis mais tout de même profondément identifiable et propre à Los Campesinos!.

Plan A décampe avec une mélodie tordue et bruyante, des cris explosifs et un refrain chanté en choeur ultra accrocheur. Le rythme s’impose par lui-même puisque, grâce aux sonorités solides et à l’énergie interminable qui se dégage, le résultat est efficace.

Conjointement avec Coda: A Burn Scar in the Shape…, The Sea is a Good Place to Think of the Future montre une facette nouvelle du groupe. Si la première fonde son intensité sur les voix perdues dans une mer de bruits, la seconde touche avec des paroles parfois noires, parfois insensées, mais purement poétiques (But oh I can see five hundred years dead set ahead of me/Five hundred behind/A thousand years in perfect symmetry) et un fatalisme de jeunesse très pesant. Beaucoup de chemin a donc été fait depuis You! Me! Dancing!.

Si l’écoute s’avère plaisante et efficace, on demeure, la plupart du temps, en terrain très connu. Excepté les quelques moments plus profonds, Romance is Boring appartient à la même dynastie que les deux opus précédents. Les mêmes concepts sont à l’honneur, la même construction musicale est employée et la même puissance de jeunesse mène le bal.

Malgré cela, le disque demeure solide dans sa construction et plusieurs perles (The Sea is a Good Place to Think of the Future, Coda: A Burn Scar in the Shape of the Sooner State, I Just Sighed. I Just Sighed So You Know, A Heat Rash in the Shape of the Show Me State; or, Letters from Me to Charlotte) rehaussent grandement le niveau moyen de l’écoute. Increvables universitaires, donc.

Vampire Weekend – Contra [2010]

Pochette de l'album Contra, par Vampire Weekend

Vampire Weekend
Contra

XL recording
États-Unis
Note : 7/10

Vampire Weekend a accompli l’exploit de maintenir secret le contenu de Contra jusqu’à environ 1 semaine avant sa sortie, c’est-à-dire lorsque le groupe a rendu disponible les chansons sur son Myspace. Ce fut peut-être une bonne chose pour ce groupe, qualifié pour se joindre à la catégorie des bands propulsés extrêmement rapidement grâce au web 2.0 et à la hype. Le mystère est donc resté entier pour, finalement, nous avoir fait saliver d’attente pour un bon disque, sans plus.

Horchata, connue du public depuis belle lurette, constitue une introduction solide au reste de l’album. Les moments moins intenses, conduits par des sonorités afro-pop basées sur une esthétique indie-rock très new-yorkaise, se retrouvent séparés par un refrain avec rythme caribéen et voix en choeur. Sans être magnifiquement entraînante, elle demeure efficace grâce aux variations de rythmes et de mélodies.

Dans le même registre on retrouve White Sky, moment léger incluant des sonorités similaires et un refrain presque comique où Ezra Koenig, chanteur et guitariste, s’amuse à pousser sa voix ridiculement aiguë. Run et Diplomat’s Son font aussi parti de cette portion plus afro-pop et, si la première constitue l’un des points forts grâce, encore, à la variété de rythmes et de sons, la seconde ennuie lors des couplets avec une mélodie simili-dub et une voix paresseuse sans énergie

Ce dernier concept demeure pourtant ce qui fait la force du groupe et celui-ci le prouve avec Cousins, chanson énergique manoeuvré avec un combo batterie-basse appuyé, par moments, par des explosions de guitare cassantes. Ezra, et le reste du groupe, semble s’amuser comme un fou à chanter à propos d’absolument rien et à crier des AY! AY! AY! jusqu’à un crescendo final accompagné de cloches de célébration.

Lorsque l’énergie manque (I Think Ur a Contra, Taxi Cab), le groupe endort avec des tentatives ratées d’Ezra de chanter bas et doucement. Musicalement, l’atmosphère de Vampire Weekend demeure, mais pas le résultat, sans nervosité ou rehaussement spontané. La saveur pop réjouissante se retrouve diluée dans des sections molles où le groupe finit par perdre son identité.

Et que dire de California English, construite sur un bon rythme mais parasitée par de l’auto-tune maladif qui gâche la voix qui, au milieu du bordel sonore, se perd et brise les sonorités pourtant bien choisies.

Par moments mal proportionné, par d’autres porteur d’une énergie pandémique doublée à une atmosphère tropicale hybride avec de l’indie rock nordique, Contra demeure un bon disque qui, par contre, risque de décevoir les plus ardents fans du premier opus.

Japandroids – Post-Nothing [2009]

japandroids_post-nothingJapandroids
Post-Nothing

Polyvinyl
Canada
Note : 8.5/10


Japandroids, c’est deux jeunes natifs de Vancouver fraîchement sortis de l’université qui ont un message à lancer à leurs collègues mous et sans idées : réveillez-vous. Un duo noise rock faisant plus de bruit et d’impact que bien d’autres groupes pseudo alternatifs.

À cette époque du web 2.0 et du tout-le-monde-a-raison, le cynisme occupe une place de choix dans l’environnement mental de nous, occidentaux occupés à tenter de régler une crise économique débile, des problèmes environnementaux toujours délaissés et des brisures sociales béantes et oubliées.

Dans cette société du je-m’en-fou-il-n’y-a-pas-de-solution-de-toute-façon, la jeunesse semble être incapable de s’envoler et de crier haut et fort sa frustration face aux vieilles peaux crasses qui se débattent jours et nuits pour maintenir en place leur système désillusionnant. Surconsommation, cynisme, aveuglement volontaire et pessimisme occupent désormais les idées d’une partie grandissante des enfants de la mondialisation. Et ça se répercute en musique, avec des groupes faussement anglo-saxons inspirés des plus grandes méthodes de mise en marché des commerçants et des industriels. Peut-être pas partout, non. Pas tout le monde non plus, heureusement.

Voilà où intervient le duo. Empruntant ses concepts de base à des groupes comme Sonic Youth, Pavement et autres génies alternatifs des années 90, les deux musiciens impriment leur énergie pendant les 8 chansons de l’album. Dès The Boys Are Leaving Town on découvre le pas très subtil mélange entre batterie mélodique, guitare noisy rythmique qui défoule, harmonies vocales lo-fi et plaisir inconditionnel du son, du bruit, de la musique et de la jeunesse. Avec autant de punch, on croirait entendre deux animaux pris en cage frappant, griffant et mordant les barreaux de leur prison.

Young Hearts Spark Fire débute comme du The Pains of Being Pure at Heart mais, contrairement à ceux-ci, il y a de l’énergie. Entre les «Yeaah», le duo s’acharne à clamer «We used to dream, now we worry about dying. I don’t want to worry about dying, I just want to worry about those sunshine girls» et «Young Hearts Spark Fire», tout en frappant sur tout ce qui bouge pour s’assurer d’être entendu.

Wet Hair et Sovereignty s’attaquent aux aussi à des thèmes naïfs et jeunes, tout en n’ayant pas peur de faire du bruit et s’assumer leur identité de destructeur d’ordre social calme, doux et bien établi. Mur de guitare opaque et coloré de graffitis qui se continuent tout au long de la chanson, percussions imprévisibles, mais organiques et vivantes de par leur imprévisibilité et toujours une envie aussi interminable de sauter partout, d’avoir du plaisir et de se sentir en vie.

Cette guitare lo-fi bruyante à un niveau parfait pour faire fuir les vieilles matantes grincheuses et les obsédés de l’esthétisme photoshopé et une batterie volcanique qui crache son tempo et dirige la musique avec des doses d’énergies bien calculées pour maintenir un rythme constant, Post-Nothing, premier album du groupe, vise en plein coeur de la mortalité musicale du moment : la mollesse, la sur-commercialisation, le manque de plaisir et la mise de côté de la créativité. Le son d’une jeunesse qui n’en peut plus de la douceur sociale ambiante.

Arctic Monkeys – Humbug [2009]

arctic monkeys - humbugArctic Monkeys
Humbug

Domino
Royaume-Uni
Note : 8/10


Arctic Monkeys n.m. Groupe de rock anglais dont la carrière a connu un fulgurant essor grâce à un très bon premier disque ayant fait fureur en Angleterre, un second opus moins puissant et, depuis le 25 août de cette présente année, un troisième album nommé Humbug faisant office de changement de cap de la part du groupe, flirtant désormais avec des influences beaucoup plus près des années 70.

Bien que ce blogue ne constitue pas un dictionnaire de groupes, on pourrait plus ou moins approximativement considérer une entrée pour le groupe anglais Arctic Monkeys comme cela. Propulsés au sommet des chartes de vente en Angleterre avec Whatever People Say I Am It’s What I’m Not, les quatre jeunes musiciens, Alex Turner en tête, ont connu une ascension extraordinaire. Et contrairement à la plupart des vedettes instantanées de notre ère post-moderne vantant le réchauffé, ceux-ci méritaient d’avoir les caméras, appareils photo et micros braqués devant eux. Peut-être pas autant, mais quand même pas mal.

Dans un engouement commercial et populaire marqué, le groupe a lancé cet été son troisième album. Après les deux premiers efforts vachement indie rock, le groupe nous revient avec une troisième charge beaucoup plus posée. Au lieu de jongler avec la distorsion dans le tapis et l’énergie dévastatrice de la jeunesse en furie, les musiciens ont réfléchi à leur disque pour pondre quelque chose de plus psychédélique, avec retenue évidemment, et de moins agressif. La voix de Turner s’est calmée, nageant dans des eaux quelques fois plus graves et souvent moins criardes.

L’album débute par My Propeller, rythmée par une batterie solide de par sa capacité à conduire la voiture mélodique propulsée par une guitare propre et grave. Turner ne crie pas, ne beugle pas, chante dans une tonalité plus mature et les effets de guitare s’apparentent beaucoup plus à The Last Shadow Puppets qu’à Brianstorm. L’effet est réussi : la force vitale des Monkeys, reposant en leur capacité à transformer leurs ambitions de jeunesse en musique solide, se recycle pour devenir beaucoup plus imagée et profonde.

Concrètement, des chansons comme My Propeller et Crying Lighting possèdent des bases de rock progressif et psychédélique. Voix off, chorus en fond sonore et mélodies cinématographiques emballantes font office de support à la voix calmement rapportée de Turner. Crying Lighting mélange le refrain fonceur avec la voix lancée de façon saccadée par-dessus une batterie roulante avant d’exploser sur un passage coupé très carré sorti de nulle part. Le batteur, Matt Helders, tire toujours son épingle du jeu avec des percussions qui reprennent les points faibles des autres instruments. Lorsqu’un passage devient répétitif, les tambours s’affichent présents pour relever d’un cran les compositions musicales en apportant une variante au rythme ou à la mélodie. Crying Lighting en est un bon exemple. Et lorsqu’elle s’allie à la basse, comme sur le refrain de Dangerous Animals, le duo est dévastateur : mélodie en croche toujours un peu plus haute ou plus basse pour capter l’attention de l’auditeur le maintiennent dans cet état.

Les Arctic Monkeys ont tout planifié pour cet album. Le producteur est Josh Homme. Les influences psychédéliques, alternatives et post-punk. Les maisons de disque indépendante et major. Et surtout, on comprend que la tête dirigeante du groupe est définitivement Alex Turner, qui semble posséder le désir de transformer tout ce qu’il touche en possible trame sonore de film de cowboy ou d’espion.

Dinosaur Jr. – Farm [2009]

dinosaurjrfarm

Dinosaur Jr.
Farm

Jagjaguwar
États-Unis
Note : 8.5/10


Dinosaur Jr.. C’est un fait connu que Jay Mascis a très largement contribué à créer un son typique du son alternatif grâce, entre autres, à l’utilisation de la Fender Jazzmaster. En découle le son de Sonic Youth puisque, à la fois Thurston Moore et Lee Ranaldo utilisent cette guitare depuis qu’ils ont découvert ce dont étaient capables Mascis et son arme de prédilection. Et que dire de Kevin Shields, principal artisan derrière My Bloody Valentine, lui aussi fan de la Jazzmaster (et des pédales d’effet qui n’en finissent plus)?

Il s’agit ici de trois groupes majeurs pour la musique alternative des années 80 à nos jours. L’utilisation massive de distorsion dans la guitare, les feedbacks, les murs de son bref, depuis You’re Living All Over Me, on entend l’héritage de Dinosaur Jr. un peu partout. Et c’est sans compter ici la valorisation du lead guitar qui peut souvent être absent dans ce courant musical (Interpol, quelqu’un?). Mais avant toutes choses, Dinosaur Jr. a produit plusieurs disques de qualité, dont celui-ci, Farm.

Dès «Pieces», pièce d’introduction, ça sonne fort. Accords barrés remplis de fuzz sur une batterie tappante suivies de la voix, très mélancolique et toujours aussi cassante de Mascis. Aux accords rythmiques se succèdent des passes de mélodies rock sans crier gare, passant de l’un à l’autre sans avertissements pour créer une chanson de rock, point final. Et merde, c’est bon. Rien de surproduit, rien de trop poussé, aucune tentative de vernir le tout pour mieux faire passer tout ça à la radio. Non, du rock bruyant, solide et captivant. «I Want You to Know», «Friends» et «There’s No Here» se classent parmi la même catégorie de chansons. Structures éclatées mais pas trop, passages forts et bruyants, solos parfois trop longs.

Parfois ça va être plus noisy. «Plans», du haut de ses 6 minutes 42 secondes de durée, crée l’émotion grâce au timbre de voix de Mascis qui se fond complètement avec les accords bruyants de guitare et les cassures mélodiques lentes et pleines de tremolo en alternance. Mélangeons à cela des paroles profondes et émotives («I got nothing left to be/Do you have some plans for me?/I know you do/I know you do» et on obtient une réussite touchante de par l’atmosphère rendue par l’émotion absorbée par le bruit ambiant qui, tout en tentant d’enterrer la voix de Mascis, la rend plus forte et lui donne du sens, comme crier dans un oreiller.

«Your Weather» s’inscrit dans le même registre, avec une intro de guitare très smog-ish, des couplets avec deux pistes de guitares séparées dans chaque canal sur fond de batterie roulante. Chaque passage se fait barrer la route par la réapparition du riff d’introduction, jusqu’au refrain qui monte en crescendo pour finir sur des solos de guitare qui cessent, reviennent et retournent au refrain. Situation semblable pour «Over It», où Mascis fait sonner ses cordes de façon explosive dans les refrains. La mélodie se compose d’un riff en wah-wah et le refrain coupe brusquement le rythme en le faisant décoller avec des trombes de tambour.

Ce qui fait que cet album est un aussi solide disque de rock alternatif repose essentiellement sur les concepts même du rock. Lead guitar, basse, batterie, distortion, feedback et autres caractéristiques de ce genre de musique sont présentes mais, contrairement à Nickelback ou tout autre groupe plastique filtré plusieurs fois en studio pour assuré d’une qualité de son ridiculement artificielle, il ne s’agit pas d’un pur produit élaboré par un esprit marchand d’un major quelconque.

Alors qu’ils auraient bien pu se concentrer sur des refrains accrocheurs, des couplets s’envolant en crescendo, des solos après chaque second refrain, les membres heureusement réunis de Dinosaur Jr. ont tout simplement relâché un disque de rock alternatif dans toute sa splendeur, démontrant que la musique n’est pas que du divertissement mais plutôt quelque chose de culturel et d’artistique représentant les identités des civilisations.

The Dodoz – The Dodoz [2009]

the dodoz - the dodoz The Dodoz
The Dodoz

MurrayField Music
France
Note : 6/10


Les effets de la nouvelle vague new wave se ressentent encore. Dance-rock, rythmes années 80 et autres caractéristiques de ce mouvement frappent toujours, que ce soit sur des merdes radiophoniques à la Metro Station ou The New Cities, sur des groupes de second ordre comme Editors ou des initiateurs de mouvements tels que Bloc Party, ce son particulier s’entend un peu partout. Utilisation accrocheuse de la cymbale, mélodies de guitare fracassées pour créer un rythme de danse, harmonies vocales semblables et basse parfois inspirée de l’époque disco pour faire péter les cages thoraciques sur les pistes de danse alternatives. Le mouvement, tout comme dans les années 80, s’en retrouve saturé, à tel point qu’il est viable de se demander si un new-no-wave serait sur le point de naître. Ici s’inscrit The Dodoz, groupe de jeunes originaires de Toulouse baignant dans les influences indie rock conventionnelles : Sonic Youth, Bloc Party et une bonne part de tout ce qui se classifie alternatif dans les années 2000. Malheureusement pour eux, on a toujours l’impression d’entendre quelque chose de déjà vu.

Le titre de départ, Middle of the Night, démarre sur une guitare propre à laquelle s’ajoute la voix de Géraldine, pas mauvaise, mais loin d’être exemplaire. Ça explose ensuite sur quelque chose de bien connu : rythme saccadé, guitare fracassée à la Silent Alarm, refrain avec voix supplémentaires et tremolo picking. Bien qu’il s’agisse de l’une des meilleures chansons de l’album, il ne s’agit en aucun cas de quelque chose de bien novateur. Un pont musical intéressant avec une base presque progressive ne réussit pas à relever vraiment le niveau de l’écoute. Boyfriend in Oxford est une chanson bien moyenne avec pas grand-chose d’intéressant, mais rien de raté, excepté les paroles tirées de quelque chose comme un journal intime de jeune fille de 11 ans, tout comme celles de Do You Like Boys?. Sur celle-ci, les influences de Bloc Party coulent d’un peu partout : le rythme et l’aura de Positive Tension s’entend à des kilomètres à la ronde.

C’est probablement ce qui nuit le plus aux jeunes musiciens de The Dodoz : ne pas avoir réussi à s’éloigner suffisamment de leurs influences et du courant musical général dans le milieu de l’indie rock anglo-saxon. Ils possèdent le talent de surprendre aux moments opportuns. Middle of the Night, comme mentionné plus haut, possède son passage musical signé avec talent, l’introduction de Bet donne envie de sauter partout avec les voix nerveuses qui s’empilent et la basse agressive qui réussit à diriger la voix de Géraldine vers un climax de tension avant de se coucher sur une mélodie beaucoup moins nerveuse et plus conventionnelle. Généralement, les mélodies sont accrocheuses, donnent le goût de danser et affectent le système nerveux de façon positive.

Mais la même rengaine revient à chaque changement de rythme ou de tempo. On dirait du Bloc Party. On dirait du Phoenix. Un peu de Sonic Youth. Franz Ferdinand. The Bravery. Les chansons sont construites pour toujours tourner autour d’une mélodie qui se danse, affectant ainsi chaque instrument pour s’acclimater à cette structure. Mais il ne faut pas se leurrer sur le talent des Toulousains parce qu’il existe. Un premier album écoutable, mais se classant dans la section indie rock avec saveur déjà surutilisée.

Action Dead Mouse – Revenge of Doormats and Coasters [2009]

actiondeadmouserevengeofdoormatsandcoasters

Action Dead Mouse
Revenge of Doormats and Coasters

Greed recordings
Italie
7/10


Qu’on se le tienne pour dit : le post-rock et le math-rock sont des styles musicaux très complexes, difficiles d’accès et complètement anti-commerciaux. Le genre de truc qui fait aisément plaisir à un chroniqueur de mon genre, écrivain qui déteste l’homogénéisation des créations artistiques. Et dans la dé-homogénéisation musicale, Action Dead Mouse mérite sa part du gâteau. Mélangeant le son dramatique d’un Mogwai avec des cassures mélodiques et rythmiques à la Battles, le groupe réussit à maîtriser un style difficile, sans toutefois atteindre un niveau d’excellence suffisant pour réellement se démarquer.

Commençons par le commencement. Action Dead Mouse c’est, d’une part, un groupe italien de Bologne trempé dans le post-rock et le math-rock. On a droit à des structures désencadrées, de longues chansons remplies de surprises au niveau des compositions, des arrangements épiques avec violons et tonalités apocalyptiques et une ambiance labyrinthite incurable. Pas beaucoup de voix, plusieurs changements de tempo et une enveloppe globale très difficile à percer.

Le problème de Revenge of Doormats and Coasters se situe au niveau de la répétition atmosphérique. Bien que les changements de tempo réussissent à créer un certain attachement et une possibilité d’écoute attentive, on a l’impression que la même piste se répète encore et encore, sauf exceptions (Consequences Glasses : 3$ a Pair!). Même tonalité de guitare, arrangements de violon très semblables et compositions similaires.

Néanmoins, tout n’est pas noir, au contraire. Consequences Glasses : 3$ a Pair! est une piste terriblement pleine de rebondissements, avec son départ syncopé, sa fin dramatique et les deux entrecoupés d’un passage reposant, causant un mélange d’atmosphères réussi. Ce genre de compositions parsème l’album, mais n’est pas aussi bien représenté que sur ce titre. Another Sad Messiah Pt.1, d’une durée de 106 secondes, est une décharge totale d’arrangements épiques superposés à de l’agression de guitare, avec pour résultat l’un des meilleurs titres de l’album.

Si, finalement, Revenge of Doormats and Coasters ne cause pas vraiment d’émoi dans le monde de la musique, on ne peut pas dire qu’il mérite de passer dans l’oubli. Maîtrise définitive en matière d’arrangements, de complexité et de profondeur musicale, RoDaC constitue une petite perle pour les amateurs de détours infinis et de dédales abyssaux. Une réussite qui, sans repousser vraiment les limites du convenu, les défie avec conviction.

Mimas – The Worries [2009]

mimastheworries3Quand j’ai pris ce disque dans mes mains, la première fois, j’ai hésité. Une pochette avec un joueur de mandoline à tête de lapin et un chat. Des images ironiques du band, un feuillet de paroles avec un lapin ironique dessus, des entrevues ironiques, des remerciements tout autant ironique et, pour compléter toute cette ironie, des titres de chansons ironiques (Cats on Fire, c’est pas rien). Je me disais donc que si tout ce qui entoure la musique du groupe était autant poussée à cette extrême ironique, la musique devait nécessairement du même ordre. Mais voilà, Après avoir écouté The Worries une bonne vingtaine de fois, je me suis fait un avis. Passant de post-rock à indie à dream pop sans cesse, The Worries est définitivement un bon disque.

La chanson d’introduction, Treehouse, débute avec une ambiance à la Sigur Ros générée par une arpège de guitare électrique propre et par des sonorités éthérées planantes. Ça monte en crescendo, structure post-rock oblige, pour faire varier la mélodie et se terminer par une montée de lait fuzzée moyennement épique. Ça suit avec Mac, Get Your Gear et ses notes de guitare à la math-rock utilisant des loops pendant quelques secondes. Et comme avec Treehouse, la chanson s’élève jusqu’à atteindre un point quasi-shoegaze durant de courtes secondes. Le rythme est constant mais varié, l’ambiance rehaussée par une trompette lente en arrière-plan. Et cette trompette joue un rôle très pertinent, parfois de premiere importances dans certaines chansons. Dans Dads et Beneath the Glad Sunbeam, des passages de trompettes pures, langoureuses et atmosphériques cassent les moments plus indie pour se diriger vers le post-rock cuivré. L’aspect feutré dream-pop se retrouve dans certains moments moins indie et plus lents.

Si on peut dire que Mimas ne réinvente pas la roue en reprenant les principes de base de Sigur Ros, Mogwai et autres post-rockistes, ils réussissent très bien à les exploiter à leur façon. La trompette, particulièrement, ajoute une touche originale au genre, parfois peut-être trop épique et éthéré. Et bien que j’en ai eu envie, je ne terminerai pas cette chronique par une fin ironique, étant donné que je ne trouve pas grand chose à dire à ce sujet.

Note : 3.5/5

…And You Will Know Us By The Trail Of Dead – The Century of Self [2009]

andyouwillknowusbythetrailofdeadthecenturyofself10 mots, c’est vachement long pour un nom de groupe. Et quand ça commence avec des points de suspension, en plus, ça ne peut être rien d’autre qu’un groupe d’indie rock. Ce n’est certainement pas un petit band rock post-grunge radiophonique merdique qui se choisirait un nom du genre, ça serait trop dur à retenir. Donc, Trail of Dead, c’est du indie rock avec 2 batteurs et plein de musiciens. Après de courtes recherches sur leur passé, j’ai remarqué qu’ils avaient, à leur actif, un certain Source Tags & Codes, très bien coté et apprécié un peu partout chez les critiques. Je me suis donc lancé dans leur dernier disque, The Century of Self, en espérant découvrir quelque chose de bien.

J’ai été assez bien servi. Les genres se mélangent bien, passant d’indie rock pur à des passages plus progressifs ou noisy. Isis Unveiled, d’une durée de 6 minutes et demi, est séparée en plein milieu par un long passage en decrescendo, le genre qui va plaire à ceux qui détestent les structures de chansons plates et trop rapides. Ça descend, ça descend, pour finalement revenir aux musicalités de départ, intense et rock. Pareillement pour Far Pavilions. Fields of Coal est une hymne, avec chorale, moments de grandeurs habituels et montée en puissance, bien agréable. Vers la fin, on nous propose un microcosme de 4 chansons, dont une micro-intro et une micro-outro au piano, moitié avec aspirations à la splendeur un peu cliché, moitié avec objectif émotif atteint. An August Theme pourrait bien être la chanson de menu d’un jeu de rôle moyen pour Playstation tellement ses arrangements de cordes sont grands à la manière d’un monde fantaisiste.

Qu’à cela ne tienne : on a affaire à de la bonne musique. Rien de trop exceptionnel, rien de trop nouveau, très simplement un bon disque dans son ensemble. Séparées, les chansons semblent ne pas être bâties sur grand chose mais, lorsqu’observé comme un tout, c’est solide. De moments atmosphériques planants à passages rock carré, The Century of Self est parfait pour les amateurs d’indie rock. Ce n’est peut-être pas Source Tags & Code que, personnellement, je n’ai même pas écouté (je me fis à la critique des autres, chose dangereuse!) mais, on peut difficilement reprocher à l’album un manque de solidité.

Note : 3.5/5

Minnaars – Minnaars EP [2009]

minnaarsminnaarsepJe me fais toujours regarder étrangement lorsque je parle de math-rock à mes amis. C’est un genre tres méconnu qui possède un nom particulier. Maths + rock? Le terme est mal choisi tant et aussi longtemps que l’on en écoute pas, parce qu’à entendre la complexité et l’immensité musicale d’un groupe comme Battles, on comprend très bien l’appellation mathématique du genre. Les tempos anti orthodoxes, les arrêts fréquents dans les mélodies, les structures brumeuses incalculables et l’utilisation répétée des loops rappellent la logique cartésiennes, les formules, les graphiques et les formes géométriques carrées. De la musique robotique, un peu futuriste, calculée et méthodique. Et dans tout ça, Minnaars fait du math-rock. Et du dance-rock aussi, un peu.

Donc, pour mon triomphal retour après presque 20 jours d’absence sur mon blog, chose dûe à la procrastination, je vais parler de Minnaars. Dans son EP lancé en ligne (ici, un peu plus bas à gauche cliquez sur l’image de la pochette) à cause de problèmes avec leur maison de disque, Minnaars EP, le groupe propose un mélange sympathique entre complexité progressive et des rythmes remixables. Les moments math-rock complexes et tordus sont agrémentés de rythmes dansant. Il s’agit d’un espèce de mutation entre le guitariste geek et le hipster qui danse dans un club alternatif. Un bon compromis. Et la dernière chanson, Your Heart My Embassy, exprime très bien ce que je veux dire.

Le problème de ce EP, c’est que les 4 chansons se ressemblent tous. On dirait une seule et unique piste d’environ 18 minutes, avec une finale solide. Bon, c’est pas si grave, c’est un EP, mais espérons que l’album se diversifie quelque peu. Parce que le potentiel est là.

Note : 3/5

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