Mot clé: indie rock

Tracklist : Arcade Fire – Month of May / The Suburbs

Arcade Fire - The SuburbsSi le 12″ The Suburbs / Month of May, premières lueurs musicale d’Arcade Fire entendues depuis longtemps, est en vente officielle à partir du 1er juin, le prochain album du groupe, aussi nommé The Suburbs, sera lancé le 3 août prochain en Amérique du nord, la veille en Europe. En attendant, voici les deux premiers extraits, entendus cette semaine.

Arcade Fire - Month of May

Arcade Fire - The Suburbs

Videotape : The National – Bloodbuzz Ohio

Voici le dernier clip de The National pour la chanson Bloodbuzz Ohio, lancé la même journée qu’High Violet en Amérique du Nord. On y retrouve Matt Berninger qui flâne un peu partout, seul, et l’ambiance sombre et claustrophobe d’High Violet se fait ressentir aisément.

The National – « Bloodbuzz Ohio » (official video) from The National on Vimeo.

The National – High Violet [2010]

The National - High VioletThe National
High Violet

4ad
États-Unis
Note : 8/10

Après le succès des deux précédents opus, le brute Alligator et le magistral Boxer, la pression devait être immense sur les épaules de Matt Berninger et de sa troupe de musiciens. Et afin de mieux préparer ce qui suivrait ces deux albums, le groupe s’est entouré de collaborateurs puissants, tels que Sufjan Stevens et Justin Vernon, permettant ainsi de produire un disque beaucoup plus enrobé, où les chorales et les cordes jouent un rôle de premier plan pour supporter la claustrophobie lyrique de Berninger.

Dès les premières secondes de Terrible Love on entend ce changement : guitare très dense avec effet de tremolo qui meuble le fond sonore et voix amplifiée avec reverb sont à la base du couplet, alors qu’au refrain s’ajoute des frappes de batterie signées Bryan Devendorf et très caractéristiques de The National. Au deuxième couplet on retrouve la lenteur mélodique précédente bonifiée avec voix arrière avant d’accéder à un crescendo d’intensité avec l’augmentation des frappes de percussion. Exit la douceur mélodique de Boxer ou l’émotion frustrée et criée d’Alligator ; le groupe passe à des structures et des articulations plus répandues.

Mais High Violet est loin d’être un album mainstream. Le groupe originaire de Brooklyn continue d’étendre son identité musicale à chaque moment. Vanderlyle Crybaby Geek s’amorce avec une envolée de cordes avant que le baryton de Berninger n’intervienne pour ramener le tout sur terre. Bloodbuzz Ohio possède toutes les qualités pour se classer comme la chanson « de base » pour identifier le groupe : rythme de batterie toujours cassé, arrangements sublimes mais subtils, interventions de notes de piano lors des ponts musicaux, guitare omniprésente mais timide et voix noble troublée. A Little Faith, Lemon World et Conversation 16 sont trois morceaux inquiétants et construits autour des problèmes urbains de notre époque : société fragmentée, problèmes relationnels, mensonges, etc. Runaway peut faire penser à Green Gloves avec son arpège de guitare acoustique, ses refrains apaisants et un climax toujours grandissant.

Ce qui fait la force de l’album est sa capacité à venir toucher directement l’auditeur sans avoir à exagérer ou employer une panoplie de clichés. S’il y a effectivement beaucoup plus de violons et de chorales que sur les précédents albums, High Violet n’a tout de même pas sa place sur une bande FM parasitée par des surproductions majoriennes polies et lissées jusqu’à en perdre l’essentiel. Jamais Matt Berninger et son groupe ne franchissent la frontière entre arrangements nobles et saturation ridicule. Même England, qui constitue certainement la piste dont l’émotion est la plus générée par des instruments à cordes et à vent, demeure dans la catégorie du respectable. Il s’agit même de la meilleure pièce de l’album, morceau capable de faire flancher notre bonne humeur d’un coup de refrain. Il s’agit donc d’une énième réussite pour The National, qui se renouvelle sans perdre de vue ses visées originales, c’est-à-dire composer de l’excellente musique par des citoyens aux problèmes ordinaires pour des citoyens aux problèmes ordinaires.

Videotape : The Besnard Lakes – Albatross

Voici le superbe clip, en primeur sur Pitchfork.tv, pour l’extrait Albatross de l’excellent dernier disque de The Besnard Lakes, The Besnard Lakes are the Roaring Night. Histoire d’espionnage, cinéma des années 30, carnets remplis de codes et ambiance de guerre froide sont présentés.

The Hold Steady – Heaven is Whenever [2010]

The Hold Steady - Heaven is WheneverThe Hold Steady
Heaven is Whenever

Vagrant Records
États-Unis
Note : 6.5/10

The Hold Steady nous a habitué à des hymnes rock à saveur de taverne et composés avec une forte influence de la culture traditionnelle des États-Unis. Sur Heaven is Whenever, lancé aujourd’hui même en Amérique du Nord, la bonne vieille recette nous est encore proposée, le tout sans la contribution de Franz Nicolay, moustachu par excellence de l’ancien quintette. Force est de constater que la contribution de l’ex-claviériste permettait au groupe de forcer ses limites et d’amener sa musique vers de plus haut sommet tant Heaven is Whenever nage en eaux connues.

On le réaliste dès les premières secondes de The Sweet Part of the City : guitare acoustique sur fond de batterie à intensité moyenne et la voix de Craig Finn qui raconte, encore et toujours, des histoires modernes héritées des récits américains. L’alcool, l’amour, les relations brisées, les endroits sales ; tout y passe. La slide guitar, la guitare électrique à forte dose de distorsion, la basse, tout y est aussi. Guitare en palm mute sur Soft in the Center avec une histoire lourde sur les relations hommes et femmes (You can’t get every girl / You get the ones you love the best ), alternance entre guitare propre et sale ainsi que refrain appuyé par des hoo hoo en fond de mix sur The Weekenders, etc. On reconnaît The Hold Steady très aisément, prouvant que, malgré la perte de Nicolay, le groupe possède toujours son identité.

Et c’est probablement le gros problème de cet album : un manque flagrant d’innovation. L’impression de déjà vu se ressent dans chaque chanson. Rock Problems démarre avec un riff électrique avant que celui-ci ne laisse sa place à de la guitare propre rythmée par une batterie solidement rock, mais déjà entendue des centaines de fois. We Can Get Together laisse la place à la guitare acoustique, Barely Breathing aux accords intermittents et A Slight Discomfort à la finale instrumentale épique prolongée. C’est un peu comme si Heaven is Whenever représentait le guide parfait pour composer le disque rock typique.

Mais, comme cela a été précédemment mentionné, The Hold Steady demeure le même groupe et ne se fait pas piéger par l’envie d’un renouvellement trop précipité. Les pièces s’enchaînent parfaitement, l’écoute est agréable, le message est clair et précis et l’effet désiré est obtenu. On peut donc dire que, malgré tout, Heaven is Whenever demeure un bon disque de rock, sans plus.

We Only Said – We Only Said [2009]

We Only Said - We Only SaidWe Only Said
We Only Said

Range ta chambre
France
Note : 7/10

On peut faire de bien belles découvertes sur le net. Paru sur Range ta chambre, petit label indépendant camouflé 14 mètres sous terre, l’album éponyme de We Only Said offre pourtant de bien bons moments de musique, hérités de l’indie pop-rock à la Blonde Redhead et mélangés à un peu de brit-pop. Rien de bien merveilleux, rien de vraiment nouveau. Et pourtant, il s’agit bel et bien d’un collage de quelques morceaux qui finissent par mériter notre attention.

Le ciment qui unit l’album se constitue particulièrement d’une ambiance crasse bien représentée par la pochette de l’album, le tout fondu et séché avec un mélange de mélancolie, de tristesse et de déception. Our Monochrome Life est la pièce la moins sale du disque, ainsi que son introduction. La mélodie en arpège de Killjoy s’harmonise parfaitement avec le rythme cassant de la batterie et la voix brisée de Florian Marzano. Your Drab Eyes se base sur un piano avec énormément de reverb et une guitare à la tonalité héritée de The Smiths et Go Rotten sur un piano inquiétant en arpège. Et si le tout paraît fortement pop et surfait, il faut écouter pour comprendre comment les mélodies s’emboîtent très bien avec l’instrumentation et l’atmosphère rouillée de l’album.

Cette façon de faire revient un peu partout tout au long du disque : piano qui laisse la place à la grosse guitare souillée sur Eighty-Sixed, héritage marqué d’Interpol sur I Discover the Murder, ainsi de suite. Ce qui fait que We Only Said mérite de faire parler de lui est que le groupe réussit à ramasser des influences très populaires au cours de la dernière décennie sans pour autant perdre de vue son identité propre. Pas de dance-rock fluo à la Elefant ni de pop-rock aréna surfait comme The Bravery ou Editors donc.

Tracklist : Interpol – Lights

Interpol - LightsDepuis hier, le quatuor New-Yorkais Interpol rend disponible sur son site web, en échange d’une adresse e-mail, le premier extrait de leur prochain album dont on ne connaît toujours pas le nom et la date de sortie. Tout de même, avec l’ambiance gloomy de la page web, la typographie très 80′s et sombre du design, les guitares remplies de reverb et la voix hantée de Paul Banks, on peut s’attendre à un retour en force du groupe. Et on l’espère.

Interpol - Lights

Tracklist : Beach House et le Record Store Day

Beach House - ZebraEn l’honneur du Record Store Day, ce samedi, Beach House lancera un EP limité à 500 exemplaires sur lequel on pourra retrouver The Arrangement, une nouvelle piste exclusive pour l’événement, ainsi que Zebra et Baby. En voici deux extraits.

Beach House - The Arrangement

Beach House - Zebra

Liars – Sisterworld [2010]

Liars - SisterworldLiars
Sisterworld

Mute
États-Unis
Note : 8/10

Le spectre de l’indie rock représente un large horizon de genres. Si, d’un côté, on peut avoir les mélodies réconfortantes d’un Yo La Tengo, à l’opposé se cache The XX ou Interpol, prêts à pourfendre le moral d’un auditeur mal préparé. Dans un détour sombre et caché, Sisterworld se prépare pour l’embuscade, prêt à sauter au moment venu pour troubler quiconque passera sur le chemin. Chaotique, énervant et à la limite violent, le dernier bébé de Liars s’écoute comme une épave hantée au bord d’un océan brumeux et inquiétant, oscillant entre des dérives post-punk, du rock agressif et des étendues de post-rock cassantes.

On y pénètre avec Scissor et la voix dérangée et grave d’Angus Andrew sur fond de chorales post-mortem et de cordes qui engouffrent l’attention. Et puis boom, la schizophrénie explose en dérapage où la batterie frappe tout le monde et la guitare impose son rythme en tonalités mineures. Plus loin, mêmes variations surprenantes et habilement construites pour faire monter la tension. Les pièces suivantes, No Barrier Fun, Here Comes all the People et Drip sont construites de la même façon, avec des arrangements et des mélodies tout droit sorties d’un cauchemar mal rêvé.

Scarecrows on a Killer Slant s’inscrit dans un registre purement post-punk, avec un refrain rythmé par une guitare variant sur 3 accords subséquents, des voix criées, voire beuglées et une batterie travaillant fortement sur les cymbales. La même chose revient sur la deuxième moitié d’I Still Can See an Outside World et The Overachievers. Post-punk agressif dirigé par des musiciens d’expérience capables de manier différents matériaux de construction pour développer une musique.

Surprise sur Proud Evolution, où l’on peut entendre des influences de krautrock proche de la pièce Atrocity Exhibition de Joy Division : tambours omniprésents, mélodie haute, presque atmosphérique, derrière le mix, voix qui s’entremêlent bref, changement de ton après autant de décharges effrayantes. Un peu comme Proud Evolution, Too Much, Too Much, élaborée à partir d’un synthétiseur glacial et répétitif et d’une basse accrocheuse mais sombre, fait varier les visages de l’album. Andrew scande « I am dead/I am dead » tout doucement, alors que le processus musical se déroule derrière sa voix, le tout dignement hérité des meilleurs moments du cold-wave. Album très inquiétant et marquant, Sisterworld ne vole pas sa position parmi les bons albums de ce premier tiers de l’année 2010.

The Besnard Lakes – Are the Roaring Night [2010]

The Besnard Lakes - Are the Roaring NightThe Besnard Lakes
Are the Roaring Night

Jagjagwar
Canada – Québec
Note : 8.5/10

Considérant que le deuxième album d’un groupe est, bien souvent, celui qui confirme ou infirme leur talent musical, on peut affirmer que The Besnard Lakes avait, avec Are the Dark Horse, livré la marchandise au-delà des attentes. Et pour leur troisième opus, le désormais quatuor a décidé d’emprunter la voie de la continuité. Et si les guitares lourdes, les cordes aériennes, les voix atmosphériques et les ambiances psychédéliques sont choses communes, Are the Roaring Night s’impose parmi la masse grâce à sa finesse de composition implacable.

L’album débute par un crescendo tourbillonnant et assourdissant, qui se termine sur Like the Ocean, Like the Innocent Pt 2: The Innocent et une voix hautement perchée. Une batterie lente s’ensuit et installe une ambiance brumeuse découlant de la pièce d’introduction. Ce train avance jusqu’au refrain, où embarque une guitare opaque digne des meilleurs moments de Ride. S’entremêlent les voix d’Olga Goreas et Jace Lasek, le tout dans une éruption psychédélique spontanée.

Le principal trait qui sépare Are the Roaring Night de son excellent prédécesseur consiste en l’influence du shoegaze sur les compositions et les arrangements. Lorsque le disque ultérieur s’envolait vers des nuages de fumée noire éclatée ou des contrées émotives oppressantes, celui-ci demeure beaucoup plus carré et structuré que le précédent. On sent cette nuance sur Albatross, où les guitares, la batterie et la basse ne s’échappent pas du tempo ni de la convention mélodique signée dès le début de la chanson. Ce qui ne l’empêche en rien de constituer une vraie perle grâce à des nuances sonores entre l’influence de Swervedriver et de The Flaming Lips.

La fixation shoegaze du quatuor se ressent aussi sur Glass Printer, avec des sonorités de guitares bourrées de distorsion et d’effets de modulation. L’instrument à 6 cordes le plus populaire du monde est donc mis de l’avant sur la majorité des chansons, ce qui n’empêche pas la batterie de jouer son rôle de chien de garde rythmique nuancé. Les percussions demeurent infiniment mesurées et jamais les tambours ne résonnent sans raison.

L’objectif des Montréalais s’affiche clairement avec Are the Roaring Night : toucher le coeur du public en le transportant dans un voyage au fond d’un monde troublé et difficile à percer. Land of Living Skies Pt.2: The Living Skies ressuscite les envolées philosophiques des années 70, alors que And This is What we Call Progress déboule sur ses percussions incessantes, comme une armée en marche, sur lesquels se greffent des interventions de guitares à trémolo et distorsion. Pas vraiment de refrain, pas de structure pop préétablie, simplement une intervention musicale issue d’un processus créatif rempli de surprises et d’originalité.

Le contenu musical de Are the Roaring Night est à l’image de la pochette du disque : éthéré, opaque, brûlant et, encore une fois, racontant une histoire d’espionnage troublante. Une réussite complète pour ces puissants musiciens de la métropole québécoise, et possiblement l’album québécois qui passera dans l’ombre cette année.

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