Mot clé: indie pop

Clara Clara – Comfortable Problems [2010]

Clara Clara - Comfortable ProblemsClara Clara
Comfortable Problems

Clapping Music
France
Note : 7.5/10

S’il est fréquent de tomber, lorsque l’on fouille chez les étiquettes de disques indépendantes, sur de pâles copies simplistes de groupes über-hypés grâce aux champions de la critique musicale à l’ère du web, il arrive parfois que l’inverse se produise. Le critique, avec son scepticisme d’universitaire réfléchi et posé, pose la première écoute avec une oreille attentive, mais redoutable. Et pourtant, Comfortable Problems de Clara Clara s’accueille très facilement dans nos crânes d’adeptes de nouveautés grâce à sa composition hybride entre mélodies pop fraîches et sonorités  indie rock presque noisy, quelque part entre The Unicorns et tout l’arsenal de groupes alternatifs des années 90.

On subit très rapidement la jouissance corrosive de cette galette dès le premier titre, Paper Crowns. Avec un début aux synthétiseurs épars et bruyants, on se retrouve écrasé par un rouleau compresseur mélodique où le mariage entre dance punk, indie rock et noise pop est célébré avec furie. Cette recette se perpétue tout au long des 8 pistes du disque, avec parfois plus ou moins d’envolées bruyantes.

Si Paper Crowns épate avec son climax final, Versus Education of Artistic Peace emprunte la voie contraire ; l’intensité demeure la même tout au long de ses 5 minutes 30 mais les mélodies plastiques, avec l’aide d’une batterie carrée et d’une basse jouant le rôle de colonne vertébrale, s’assument complètement et assurent une écoute de qualité avec une belle palette de variations de rythmes.

Parfois, le rendu est beaucoup plus pop et posé. Sur One on One, la basse mène le ton avec un riff très commun et rempli de distorsion, alors que les synthétiseurs accompagnent la rythmique par des interventions intermittentes. Et pourtant, bien que la pièce n’apporte aucune nouveauté exceptionnelle au genre, les passages bruyants, découlant presque d’un no wave ramolli, finissent par surprendre grâce à une mise en scène musicale mélodieuse et sale. La situation est semblable sur Infinity, chanson menée par des battements de synthés à chaque temps au départ, pour ensuite varier sur une mélodie plus rapide, le tout posé sur un fond de batterie accommodant, qui laisse toute la place aux variations d’effets mélodiques.

L’influence de The Unicorns se fait ressentir, particulièrement sur We Won’t Let You All Alone, conclusion de l’album. Les synthétiseurs à mi-chemin entre caoutchouc élastique et pop new-wave des années 80 rappellent sans aucun doute Ghost Mountain, ou encore Jellybones, merveilles issues de Who Will Cut our Hair When We’re Gone. Le même genre de progression indie pop rock est identifiable sur Comfortable Problems : mélodies accrocheuses, tonalités très alternatives issues d’un alliage de la texture des années 80 et de la saleté des années 90 et passion pour le plaisir.

Clara Clara ne constitue donc pas une pâle copie de ces champions prédécesseurs : le groupe présente une pop alternative trop bien construite dans un univers où la recherche du plaisir semble avoir laissée sa place à la facilité d’écriture sans ambition.

Atlas Sound – Logos [2009]

atlassound - logosAtlas Sound
Logos

4AD
États-Unis
Note : 9/10


Bradford Cox, chanteur de la formation Deerhunter, a lancé un second album solo génial qui combine la pop indie à une atmosphère shoegaze complexe et brumeuse. Prouvant une fois de plus son génie musical, Cox emprunte les concepts de base de son groupe pour les personnaliser, les raffiner et les polir. Le résultat de cet effort donne un superbe mix entre douceur, profondeur et créativité.

Dès l’introduction The Light That Failed, une ambiance intime et conviviale, comme une petite pièce éclairée grâce à une lampe multicolore s’installe. Dominée par une mélodie répétée de guitare acoustique et dirigée par des entrées et sorties de sonorités électroniques modérées, c’est-à-dire bien dosées pour ne pas sombrer dans l’électro-pop sucré et fluo, Bradford répète encore et encore le titre de la chanson comme pour nous marteler et nous convaincre de l’ambiance. La recette se répète sur la pièce suivante, An Orchid, qui suit sans trop réellement s’afficher, comme si les deux chansons en constituaient qu’une seule.

En compagnie de Loah Lennox suit Walkabout, morceau grassement pop avec sa mélodie de presque piano joyeux, la voix de Bradford trafiquée et brumeuse et les fonds vocaux angéliques de Lennox. Tout cela évoque une renaissance pop cachée derrière des rideaux de shoegaze et des nuages d’effets postproductions cinématographiques. Il s’agit du gros point fort de l’album : la capacité du leader de Deerhunter à embrouiller ses créations douces et timides dans un enveloppe de sons électroniques opaques, de voix harmonieuses éjectées de nulle part ou de guitare rythmée.

Les morceaux du disque s’emboîtent l’un dans l’autre pour former une mosaïque de sons qui s’entremêlent. Chaque envolée pop est maîtrisée par une structure, des sonorités ou des mélodies hors du commun bien dosées de par leur diversité. L’album s’écoute d’un bout à l’autre sans que l’on réalise les changements de chanson tellement tout est bien calculé et mélangé subtilement.

Bradford Cox possède un génie créatif musical parmi les plus puissants de cette fin de décennie. En solo ou avec Deerhunter, le mec repousse les limites de l’alternatif avec son shoegaze pop faussement électro et probablement indie. Une barrière de plus de brisée avec ce disque.

Jeepster – What if all the Rebels Died? [2009]

jeepsterwhatifalltherebelsdied

Jeepster
What if All the Rebels Died?

Distile
États-Unis
Note : 7.5/10


La Californie possède un charme particulier. Avec le caricatural Arnold Schwarzenegger à sa tête, cet État constitue un paradoxe en lui-même : dirigé par un républicain, possède un passé considéré progressiste avec des histoires de présences étudiantes, homosexuelles ou autres groupes ne faisant pas parti de la majorité silencieuse appuyant Nixon, berceau des nouvelles technologies à la Google et Yahoo, deux superpuissances exemplaires de cette région cerveau qualifiée d’environnementaliste mais dont les meilleurs fleurons sucent l’énergie électrique et consomment sans modération dans une ère où l’habitat des êtres humains semble posséder un futur incertain.

Si j’introduis mon article par une comparaison du spectre gauche-droite californien, c’est pour deux raison. Premièrement, oui, Jeepster est basé en Californie. Le contraire aurait mené à une introduction encore plus hors-sujet, chose presque blasphématoire étant donné que celle-ci l’est déjà beaucoup. Ensuite, pour mettre en évidence le concept de paradoxe, puissant en Californie, tout comme dans ce disque, What if all the Rebels Died? de Jeepster.

Jeepster, c’est deux anciens membres de O!The Joy renforcés par Jonah Wales (sans lien de parenté avec le Prince of Wales). Jeepster, c’est de la pop aux influences très années 70. Dès l’introduction «A Day in the Dark», les synthétiseurs sont mis de l’avant en jouant le rôle de mélodie de tête, avec basse et batterie dans le rôle de section rythmique. Couplet, refrain couplet, refrain, pont musical alliant tambours roulants et bruits étranges et passages similaires au couplet. Le reste de la chanson se continue comme la base, tout en proposant des arrêts rythmiques  créant un effet mélodique supplémentaire.

S’ensuit «Don’t Go Too Far», avec le même synthétiseur, cette fois basé sur une batterie roulante variant avec un rythme plus conventionnel. Ce qui surprend, c’est l’efficacité de la simplicité proposée ici. Chansons courtes avec structures moyennement conventionnelles et parfois plus éclatées, instrumentation de base avec guitare, batterie, basse et clavier, influences rock et pop des années 70 et, dans une moindre mesure, les années 2000 (on retrouve un peu de The Walkmen dans les arrangements parfois) et voix en falsetto fantomatique enregistrée avec beaucoup de hautes fréquences.

Si la musique de Jeepster peut, à première vue, sembler facile, plus profondément ça semble différent. Le disque est très court (29 minutes 57 secondes réparties en 10 chansons), permettant ainsi de puncher les chansons sans les étirer inutilement. Le groupe joue ce qu’il a a joué sans faire de copier coller pour doubler le temps d’écoute. Que ce soit des moments plus instrumentaux ou dans les chansons pop plus conventionnelles, Jonah Wales et sa band ont concocté un bon mélange de simplicité et d’efficacité. Ce n’est peut-être pas aussi paradoxal que la Californie, ça demeure quand même surprenant. À écouter plusieurs fois, question de bien assimiler la musique.

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