GURL : Un hip-hop au féminin sold out

Je suis allée à l’évènement attendu de plusieurs, Gurl: Hip-hop au féminin, au Groove Nation, hier soir. J’ai pu interviewer une des neuf organisatrices de cet évènement qui avait lieu dans le cadre d’un cours universitaire, Marie-Joëlle Cromp. Retour sur cette soirée haute en jeunes énergies.

Je vais commencer avec le commencement, comme mon bon ami Charles Tisseyre sait si bien le faire… Je me rends au Groove Nation, ma première fois dans cet endroit ben relax certes, mais aussi doté de touches ma-bière-va-être-flat-mais-po-grave.

Lucenda est sur scène lorsque je traverse le rideau post-vestiaire. Cool vibe, mais je dois être honnête que le son sortant de cette performance me laisse perplexe. Ça me donne envie de me réfugier dans le coin VIP pour que le son soit davantage doux. Pis en plus, dans le coin VIP, y’a des bonbons (Halloween quand tu nous tiens). Cependant, overall, Lucenda me charme par la qualité de la livraison de ses verses, les slow jams et sa façon d’encourager les GURLs dans la foule.

Lucenda / Photo: Marielle Normandin Pageau

Lors de la pause entre Lucenda et MODLEE, toujours dans le VIP, je peux interviewer MJ.

Voici:

Marielle: Pourquoi cet évènement?

MJ: Le groupe GURL, ce sont neuf personnes dans notre classe pour qui le hip-hop est important. C’est le coordonnateur du cours qui a conseillé de mettre la femme en avant-plan; qu’on donne une prestance à la femme dans le monde du hip-hop actuel. Y’a plusieurs évènements hip-hop à Montréal, mais on parle rarement de la femme. On veut faire un statement et on veut donner une base aux femmes qui veulent commencer dans le hip-hop. On pense faire une deuxième édition, vu la popularité de l’évènement de ce soir.

Marielle: Fais-tu du rap?

MJ: Je fais du rap dans les karaokés! Sinon je traîne beaucoup avec du monde de trap et de rap. J’écris beaucoup de poésie; le rap vient me chercher.

Marielle: Pour l’évènement, est-ce que vous avez choisi seulement des artistes de Montréal?

MJ: La seule qui ne vient pas de Montréal est MODLEE, qui vient de Québec pour venir faire le show!

Marielle: Sont-elles toutes francophones?

MJ: Notre première rappeuse, ce soir, FIDES, elle est franco. C’est la seule francophone dans l’évènement de ce soir, mais on veut en mettre plus dans les évènements à venir.

Marielle: As-tu des appuis du monde du rap masculin pour votre organisation GURL?

MJ: Je ne peux pas dire que c’est du monde très connu, mais oui on a beaucoup de soutien et d’encouragements. Y’a autant de femmes que d’hommes qui nous encouragent là-dedans. Cependant y’a des gars qui se demandaient si c’était un évènement pour gars aussi *rires*. On ouvre la porte aux femmes dans le hip-hop, mais on ne veut pas juste des femmes en tant que spectateurs! On a tellement eu de demandes après que l’évènement soit sorti. On a une grande demande des artistes. Pour les prochains évènements, on ne veut pas juste avoir des performances. On veut des open mics, des rap battles, des expositions, des encans silencieux, etc. Mais ce soir c’est au-delà de nos attentes, on est vraiment contentes.

MODLEE et le swag / Photo: Marielle Normandin Pageau

MODLEE commence avec toute la grandeur de son swag. L’accord voix & beats envahit la foule et en surprend quelques-uns, qui ne la connaissaient vraisemblablement pas. Accompagnée de Vlooper aux sons, les deux nous livrent une prestation qui me donne envie de dire à la foule parlante de se clore le clapet. Je suis absorbée par son Queendom. Elle nous fait une prestation d’environ 45 minutes et je suis sous le charme.

MODLEE et Vlooper et des hoodies blancs / Photo: Marielle Normandin Pageau

Un break de quelques minutes et l’animateur de la soirée remercie les artistes et le public en disant environ treize fois les mots shout out. Prochaine fois que je le vois faire un speech, je pars un drinking game avec la foule et chaque fois qu’il dit shout out on prend un shot de Sortilège.

Je me sens un peu «out of the UQAM gang» (je ne porte pas de bracelets fluos). Ceci dit, le contenu performances des artistes est bien apprécié.

Animateur aux moult shout out / Photo: Marielle Normandin Pageau

La soirée se termine avec une compétition de breakdance sur des old/new school jams, livrés par DJ Nelles. Moi une Dj qui met Outta Control de G-Unit, c’est oui. Je pop quelques moves jusqu’au très sympathique vestiaire.

Yes Mccan: Le love c’est pas pour les niaiseux

Yes Mccan

PS. Merci pour le love

Make It Rain Records

***½

yes580

 

Si on lui demande, Yes Mccan vous dira probablement qu’il est le meilleur MC au Québec ou qu’il le sera, et ce, déjà à 27 ans. Ça fait six ans qu’il l’a crié sur la scène du Club Soda pour le 9e WordUp! et après avoir atteint cet âge en novembre, il est sans contredit rendu dans la stratosphère du rap québ. Avec Dead Obies, il n’est pas loin d’être plus connu que Marc Labrèche. Pour son premier EP en solo, PS. Merci pour le love, Mccan sait exactement ce qu’il veut dire et comment il veut que ça sonne.

C’est sur la nouvelle étiquette Make It Rain Records (filière de Bonsound) qu’il lance ce projet dont la production est assurée entièrement par VNCE CARTER, le beatmaker de Dead Obies. L’unité du projet, c’est Yes Mccan lui-même. Un EP de réflexion sur le chemin accompli et où il veut se rendre ensuite. Que ce soit avec agilité sur F.P.T.N. (le refrain de CDX est ma nouvelle dépendance, comme en 2007 ) ou sur son banger trap Double Cup, Mccan montre ses muscles de MC en autoproclamant sa supériorité à répétition.

Si l’on se fit seulement à Double Cup, c’est facile de le croire. Transporté par un beat tout en distorsions agressives, Mccan est dans une classe à part avec tous ses punchlines de haut niveau. Ma favorite:

«L’ange de la Rolls frappe le parapet/Tout ce que je voulais c’était pas m’faire prendre/Vouloir tout prendre c’est venu par après.»

Pendant qu’il affirme sa suprématie, l’insécurité se pointe le bout du nez. Les références répétées à l’ADISQ, qui boude Dead Obies à cause de la trop forte présence de l’anglais dans les textes, sont mentionnées sur cinq des sept tracks. Quand on pense que l’intro est complètement instrumentale, on peut présumer que ça touche une corde sensible.

En martelant l’ADISQ ou la radio commerciale, il ne joue pas à la victime. Il contre-attaque ce snobisme et cet intérêt malsain pour créer des polémiques autour du franglais. Au lieu de se concentrer sur la reconnaissance d’une vieille industrie, Mccan donne toute son attention à ses homies, la scène rap et ses admirateurs. L’essentiel, c’est l’entourage, contrairement à l’argent d’une clique hermétique comme il rappe en ouverture de Louvre:

«Mais au moins j’ai mes homies y’ont mon motherfucking back/We motherfucking back comme tu savais qu’on allait no matter what

PS. Merci pour le love, c’est un EP aux thématiques assez récurrentes dans la culture rap et hip-hop. Le p’tit gars de banlieue qui rêvait au succès et qui l’a obtenu. Par contre, du sommet, il réalise ne pas être à la même hauteur qu’un Future ou d’un Kendrick dans la reconnaissance locale. La paye n’arrive pas encore à la cheville de l’ambition et du talent.

Heureusement que Yes Mccan s’en fout, puisqu’il est en réalisation d’un album à paraître en 2018. Si sa plume reste aussi énergique et son flow aussi musclé et versatile, ça sera la sortie rap de l’année.

PS.: À quand un album pour VNCE CARTER? Il faut une suite à Me & My DJ, ça presse.

[critique] Critique de l’album Vieux frères – Partie 1 de Fauve

Fauve - Vieux Frères - Partie 1

Les amateurs de musique francophone qui se demandent quel est le disque incontournable paru ces dernières semaines devraient arrêter leurs recherches et écouter l’excellent Vieux Frères – Partie 1 de Fauve.

Fauve - Vieux Frères - Partie 1Formé « entre 2010 et 2011 » aux dires de Fauve, le collectif français a réussi à se bâtir un important bassin de fans après avoir fait paraître cinq singles, un ep et l’excellent Vieux Frères – Partie 1, son premier long-jeu. Sur ce dernier, les Parisiens continuent à explorer le son qu’ils avaient préconisé sur leur ep intitulé Blizzard sorti en 2013.

Tout au long des onze morceaux, Fauve propose un savant éclectisme musical qui se traduit en un amalgame de rock électrique, de hip-hop et d’électro ambiant. Ce mélange des genres fait de Vieux Frères – Partie 1 une œuvre aboutie et fascinante.

Les arrangements sont l’une des raisons qui font de ce disque l’un des meilleurs parus depuis le début de l’année. Les Parisiens incorporent habilement une panoplie d’instruments à leur musique. Que ce soit la guitare électrique, le piano, le violon, la batterie ou les appareils électroniques, chacun des instruments trouve sa place au sein d’une création nuancée et texturée.

À titre d’exemple, Voyou, la première pièce, est une composition hip-hop mettant l’accent sur les instruments rythmiques et les arrangements de violon. D’ailleurs, sans en être une vulgaire copie, Voyou rappelle l’excellente chanson titrée The Point of No Return du rappeur latino-américain Immortal Technique. La ressemblance entre Fauve et ce dernier ne s’arrête pas là. Dans les deux cas, les artistes abordent des sujets qui touchent notamment les temps modernes et le politique.

Pour revenir à Vieux Frères – Partie 1, sur ce disque, les Parisiens qui ont décidé de rester dans l’anonymat traitent avec lucidité de la quête identitaire, de l’amour de soi et d’autrui ainsi que de la marginalité. Par exemple, ce dernier thème est au cœur de la très bonne chanson intitulée De ceux. Elle aborde la question des « mésadaptés sociaux ».

Qu’il chante ses textes ou qu’il les récites en spokenword, le chanteur de Fauve réussit toujours à livrer les paroles avec une sincérité frappante.

Depuis plusieurs années, certains artistes québécois tentent leur chance de l’autre côté de l’Atlantique. Récemment, on n’a qu’à penser à Peter Peter, Lisa Leblanc et Pierre Lapointe. Cette fois-ci, c’est pour le plus grand plaisir des Québécois que Fauve a tenté de venir conquérir le Québec. Mission accomplie.

Les 5 meilleurs albums rap de 2013

#5  The Underachievers – Indigoism

The-Underachievers-Indigoism

Il semble que trois moules différents aient sculpté la quasi-totalité des artistes rap à avoir réussi à émerger depuis 2009. Le premier moule est celui du rap classico-nostalgique des années 1990 (Joey Bada$$), le deuxième est celui de l’artiste agressivement bizarroïde et souhaitant l’être (OFWGKTA) et finalement, le troisième est celui de l’after-party rap, généralement ankylosé sous l’effet de la codéine, (A$AP).

Chez The Underachievers, l’exploration sérieuse et réfléchie des perceptions ressenties à l’intérieur du mysticisme psychédélique cultivé par les deux rappeurs se rapproche d’un cheminement plus cartésien.

Cela place le groupe à l’extérieur des moules évoqués plus haut et à l’intérieur du top 5.

 

#4 Earl Sweatshirt – Doris

C’est le plus haut niveau d’écriture que le rap ait atteint en 2013. Earl fait preuve sur Doris d’une capacité prodigieuse à manipuler habilement un vocabulaire dense lui permettant d’exprimer efficacement sa résignation envers le présent, ainsi que son pessimisme envers l’avenir.

« From a city that’s recession hit/ Where stressed niggas could flex metal with pedals to rake pennies in. »

Doris est l’image d’un moment de réflexion qui s’arrête sur le présent, et qui s’arrête sur la quatrième place de ce palmarès.

 

#3 Kevin Gates – The Luca Brasi Story

Kevin-Gates-The-Luca-Brasi-Story

Avant 2013, Kevin Gates était relativement inconnu à l’extérieur de Bâton Rouge et de la Louisiane, mais il suffit d’écouter IHOP pour comprendre pourquoi, à 27 ans, cet homme mérite notre attention.

Sur ce dernier argument de Luca Brasi Story, Gates présente dans un rap a cappella, l’histoire d’un homme qui survit à une tentative d’assassinat pour exécuter sa vengeance. La pièce de Gates ne s’attarde toutefois pas sur la glorification d’une invincibilité personnelle, mais sur la perte de contrôle émotionnelle. Une sensibilité d’un déterminisme glacial, qui résume bien l’album.

La troisième place, parce que c’est la trame sonore idéale pour se réveiller avec une tête de cheval dans son lit.

 

#2 Run the Jewels – Run the Jewels

Run-The-Jewels-Cover

Killer Mike et El-P nous sortent un deuxième excellent album en autant d’années. Les deux hommes arrivent sans problème à démontrer qu’il est possible de vieillir et de peaufiner son art, en l’inscrivant à la fois dans la grâce et dans la férocité.

Malgré leurs 38 ans, les deux rappeurs, ne montrent aucun signe de faiblesse ou de relâchement. Au contraire, Mike et El-P semblent se plaire à continuer d’effectuer des tours d’honneur, volant la vedette aux plus jeunes et taxant au passage leur argent de poche ainsi que leurs collations.

Un album à la gloire des hasbeens et une méritée deuxième place.

 

#1 Chance the Rapper – Acid Rap

Chance-The-Rapper-Acid-Rap

L’oreille du critique cherche souvent l’anti-traditionalisme et la rébellion créative. Acid Rap ne se démarque toutefois pas en particulier par son caractère innovateur, subversif ou par son ambition.

Acid Rap, c’est une goutte d’optimisme qui fait déborder un verre d’anxiété. Loin de la déclaration de grandeur, on tombe ici dans l’exaltation candide. Acid Rap est une brillante composition de réalisme, une méditation pour trouver l’oasis au milieu d’un Chicago surnommé Chiraq.

Paranoïa (la deuxième moitié de Pusha Man) est un hymne anti-été, la saison où le soleil fait peur, où les jeunes traînent dans les rues et où les gens se font abattre. La saison où Chancelor Bennett en vient même à réfléchir « what’s worst between knowing it’s over or dying first ».

On pourrait croire que le jeune homme est sur le point de céder, tandis qu’il s’apprête pourtant à nous balancer le jazz-rap, à la fois nostalgique et festif, de Cocoa Butter Kisses.

Chance nous livre un album hanté par la mémoire de Rodney Kyles Jr., un ami poignardé à mort devant les yeux du jeune rappeur, mais cela ne l’empêche toutefois pas de prendre deux minutes et demie pour nous rappeler que « there ain’t nothing better than falling in love ».

C’est une lucidité tentant désespérément d’apprécier la vie tout en comprenant la vulnérabilité de celle-ci face à la mort. C’est aussi la première place de ce top.

 

Mentions spéciales

Kanye West – Yeezus

Yeezus n’est en mon sens pas une réussite (peut-être le 11/12 album rap de l’année selon moi), mais il aura permis à beaucoup de gens une première rencontre avec une forme de rap plus expérimentale. Juste pour ce rôle ambassadeur, je tenais à lui donner une mention spéciale.

Dead Obies – $ud $ale

Il y a eu le rap français de Dubmatic, le rap créole de Muzion, le rap américain de Sans Pression, mais depuis 2012/13 j’ai l’impression qu’avec le mouvement piu piu et avec des groupes comme Loud x Lary x Adjust et Dead Obies, Montréal a enfin trouvé un son qui lui est propre.

$ud $ale est le meilleur album de rap sorti de cette nouvelle scène musicale montréalaise. Mention spéciale !

Critique de l’album Matangi de M.I.A.

mia-matangi

L’innovation musicale se fait désormais par le mélange des genres et M.I.A. l’a bien compris.

mia-matangiMatangi est un audacieux amalgame de sonorités modernes et traditionnelles issues de styles et de cultures diversifiés.

Le quatrième album de M.I.A., d’abord prévu pour la fin 2012, est enfin paru la semaine dernière après de nombreux mois d’attente et de conflits entre l’artiste et sa maison de disques. Bien souvent, le fait de retarder la date de sortie d’un album ne fait qu’accroître les attentes des gens, ce qui résulte malheureusement trop souvent en déception. Pour une artiste connue et acclamée en grande partie pour son caractère innovateur, il est légitime de se demander si Matangi est suffisant pour permettre à M.I.A. de continuer à être surprenante au plan musical.

Autant dans sa distribution que dans son contenu, Matangi vient confirmer une fois de plus que M.I.A. refuse systématiquement les compromis. L’album se compose de morceaux parfois sobres, voire minimalistes. C’est d’ailleurs de cette façon que l’album débute avec Karmageddon, une pièce lente et lourde qui, d’emblée, installe cette atmosphère urgente et inquiétante présente sur l’ensemble de l’opus. Les chansons de ce type ne sont pas particulièrement nombreuses et bien qu’elles soient efficaces, ce ne sont pas les plus marquantes. En fait, Matangi se caractérise essentiellement par une succession de chansons rapides, dynamiques et très chargées au plan sonore.

Matangi n’est assurément pas l’album le plus accessible et le plus facile à écouter, mais c’est le pari qu’a pris M.I.A. en présentant des chansons nécessitant une véritable attention. Le travail d’instrumentation et d’orchestration est précis et peu commun, surtout en matière d’électro/hip-hop, ce qui est tout à l’honneur de la chanteuse.

Dans l’ensemble, on peut effectivement décrire Matangi comme étant un album électro/hip-hop. M.I.A. est tout de même une artiste bien difficile à catégoriser. Au sein d’un même album, elle parvient à intégrer de nombreux styles musicaux. Elle réussit avec brio à suivre un fil conducteur tout au long de l’album et ce, même en mélangeant électro, hip-hop, rap, du reggae ainsi que plusieurs sections instrumentales traditionnelles indiennes. Très peu d’artistes, tous genres confondus, peuvent se vanter d’avoir un son et un style qui leur est propre, unique. C’est pourtant le cas de M.I.A. puisque Matangi ne sonne comme rien d’autre.

Par ailleurs, l’album prend beaucoup de valeur grâce au volet technique soigneusement travaillé. Dans l’ensemble, les structures de chansons surprennent constamment en raison des modulations très prononcées, tant au niveau rythmique que mélodique. Le montage et le mixage jouent donc un rôle majeur dans la qualité des morceaux présents sur Matangi puisque c’est ce qui permet de créer l’atmosphère et tout l’aspect lyrique de l’album.

Ce plus récent album de M.I.A. constitue un très beau mélange de genres peu communs à notre oreille. Des sonorités et des passages entiers de musique traditionnelle indienne sont fréquents et remarquablement assumés. Ces derniers sont régulièrement mélangés à des sons et des structures correspondant davantage aux standards pop occidentaux. C’est grâce à ce cocktail de genres que cet album prend tout son sens. Tout au long de l’album, M.I.A. parvient à réunir des sons et des styles complètement variés et différents, et c’est sans doute là où réside toute la force et l’intérêt de Matangi.

Les Dead Obies lancent fort

Le groupe de rap originaire de la rive-sud de Montréal, les Dead Obies, lançait leur tout premier album, produit sur le label Bonsound mercredi soir au Cabaret du Mile-End.

Il fallait arriver tôt au Cabaret du Mile-End mercredi soir si l’on voulait vraiment assister à ce fameux lancement. C’est ce que je croyais faire en arrivant tout juste passé 19:30, alors que le démarrage était prévu pour 21:00. Erreur. Si ce n’eut pas été d’une amie qui trônait au tout début de l’énorme line-up, s’apprêtant tout juste à entrer lorsque j’arrivais (et qui me fit entrer avec elle sous les hués générales), cette chronique n’aurait jamais vu le jour et c’eut été triste, mais pas autant que moi : retour sur une soirée presque parfaite.

En entrant, c’est la scène que je remarque en premier; juste derrière le booth du DJ, une grande affiche plaquée du logo des Dead Obies, sur fond noir, deux mètres par trois. De chaque côté trônent deux longs écrans sur lesquelles seront projetées de multiples vidéos – filles nues, scènes de jeux vidéo, footage psychélique – pendant la prestation des six comparses qui ne lésinent décidément jamais sur l’esthétique.

Vers 21h30 – un show qui commence avec trente minutes de retard est un show qui commence en avance – les Dead Obies s’avancent sur la scène devant une salle archi-comble avec assurance et entament les premières mesures du premier morceau de leur premier album. Si cela fait beaucoup de premières fois, ce n’est visiblement pas leurs premiers pas en matière de performance scénique, eux qui enfilent les verses à tour de rôle avec un aplomb à tout casser.

Joe RCA joue l’anonymat, la tête enfoncée sous un capuchon et une paire de lunettes fumées devant les yeux; Yes McCan est accoutré comme une Geisha; Snail Kid porte un large chapeau de pêcheur et la veste assortie; OG Bear semble arborer une camisole en cuir par-dessus lequel pend un médaillon qui est peut-être ostentatoire, mais j’en doute; TwentySome ne déroge pas à son éternelle casquette vissée sur la tête et VNCE le Deejay est habillé de tout noir, chapeau à large bord et bandana remonté jusque sous les yeux de telle sorte que c’aurait pu être un imposteur, on ne l’aurait jamais su (on l’aurait su : inimitable, le VNCE). Les gars ont beau venir du sud sale, ils étaient sur leur trente-et-un hier soir à n’y pas douter.

Le Cabaret du Mile-End semblait se prêter parfaitement à un spectacle (post)-rap, avec son plafond bas qui faisait rebondir la lourde basse de VNCE et sa, somme toute, petite superficie. Les décibels entrèrent dans les oreilles satisfaites des mélomanes au même rythme que la fumée illicite leur entra dans les narines, provenant des quatre coins de la salle (j’écris ce texte sous influence bien que n’ayant pas tenu un seul joint dans mes mains de toute la soirée).

Les pièces s’enchaînèrent dans le même ordre que celui sur l’album, disponible en ligne depuis mardi. Et comme nous avions affaire ici à une foule d’habitués, eh bien une partie d’entre elle connaissait déjà les paroles qu’elle prenait plaisir à chanter avec les gars sur scène : « ta bitch est su’l chat / a veut fuck ac moé », pouvait-on entendre une masse de gens crier en choeur vers 23:27 sur le parterre du Cabaret du Mile-End, où il faisait nettement plus chaud que dehors, où une ligne de badauds attendaient toujours, remplis d’espoir de peut-être rentrer.

Juste avant Dead Zeppelin, les cinq rappeurs et le DJ quittèrent la scène et revinrent dans un nouvel accoutrement, que je ne vous décrirai pas à nouveau ici, me contentant de vous indiquer qu’il y eut un retour dans le temps de quelques décennies et que VNCE le Deejay portait une chemise fleurie et que sur la tête de Joe RCA trônait à présent un chapeau couvert de tie-dyes.

Enthousiaste, YesMcCan a commencé à raconter que l’an passé, à la même date, le groupe se produisait, inconnu, devant 20 personnes dans une salle qui l’était tout autant : « C’était à ma fête », se rappelle-t-il avec émotion, avant d’être coupé par le beat tranchant et son compagnon Bear qui entame les premières lignes de la prochaine chanson. « Je vous raconterai ça plus tard », s’excuse-t-il avant d’attaquer le morceau en faisant mine de rien.

Nous aussi, YesMccan, on est content pour vous. On est content que vous vous produisiez désormais devant des salles bondées, que vous soyez signés sur la même étiquette que Radio Radio et Lisa Leblanc, seulement un an et des poussières après avoir formé le groupe, que vous fassiez du hip-hop québécois bien foutu, peu importe s’il est en français ou en franglais, que vous pondiez des textes sincères et bien ficelés, que votre DJ soit professionnel au point de voir son travail qualifié d’« excellent » par le mélomane Alain Brunet de Cyberpresse, bref que vous remettiez un peu de couleur dans ce hip-hop québécois en qui nous étions sur le point de perdre foi.

Et puis ce qui devait arriver arriva : la toute dernière trame, Tony Hawk, fit entendre ses premières notes. La foule s’active, bouge, saute, en quelques secondes un trash s’organise; c’est le délire, les corps s’entrechoquent, je tombe à la renverse, reçoit un coup dans les côtes, me relève, perd mon Vans droit, le retrouve, retombe, perd mon Vans gauche, ne le retrouve pas.

Je me tiens à côté d’un des portiers, trempé de sueur quelques minutes après la fin, à le questionner sur l’achalandage de la soirée. 450 personnes se sont pointées, et au moins deux cents autres ont attendu en vain sur le trottoir, me révèle-t-il en mentionnant au passage que la capacité de la salle est de 427 personnes, pas une de plus. Il me fixe et me décoche un clin d’oeil complice.

Une fille s’approche alors avec quelque chose dans les mains, qu’elle lève au niveau de mon visage. C’est un Vans gris, le mien.

Me voici donc maintenant bien chaussé pour vous annoncer que les Dead Obies sont lancés, comme leur album, et que peu de choses semblent pouvoir se mettre en travers du chemin de croix de nos six Jésus en route vers de mystérieux sommets.

Critique de l’album Montréal $ud de Dead Obies

dead-obies-montreal-sud

Un album qui mesure 6 pieds 4, pèse 234 livres et qui va générer beaucoup de hate. Mais aussi beaucoup de love.

Fraîchement signés sur Bonsound, les Dead Obies droppent demain leur premier vrai disque, qui fait suite à la compilation Collation Vol.1. Entre les Alaclair Ensemble et Loud x Lary x Ajust du hip-hop québécois, Dead Obies s’est taillé une place à mi-chemin entre la gang de tough qui défend son $ud $ale et les artistes de scène qui donnent toujours un excellent show. Avec Montréal $ud, le groupe confirme son importance dans le rap queb, au grand dam des haters.

À la différence de Collation Vol.1, Montréal $ud est conçu comme un album à part à entière. Chaque morceau s’écoute en soi, mais l’album a un storytelling bien précis, de Trafic à Tony Hawk. On passe de faire du cash et être pogné dans le trafic à faire le party, pour conclure sur un hangover et des regrets. En plus des sujets abordés par les rappeurs, les chansons s’enchaînent merveilleusement bien grâce à l’impeccable production de VNCE.

D’ailleurs, la production est l’un des points forts de l’album. On peut écouter Montréal $ud en auto avec de la grosse bass, dans le salon pour feeler les lyrics ou dans des écouteurs pour entendre les détails méticuleusement arrangés des beats.

Outre la production, les gars de Dead Obies se partagent le micro avec une aise peu commune. C’est fluide, ça coule et c’est très musical, chose rare dans le hip-hop. On est loin du simple « drop un beat et je rappe par-dessus ». Les beats sont arrangés pour suivre les rappeurs, et vice versa, ce qui donne un résultat beaucoup plus mélodique que dans le rap conventionnel. Il y a même une référence à Kraftwerk (Dead Obies Express), qui fait le pont entre Runnin’ et Montréal $ud.

Montréal $ud est par contre un peu long. Quand ton album fait 17 morceaux et dure plus de 70 minutes, c’est normal de trouver quelques points faibles. Mais c’est vite oublié grâce à Tony Hawk, qui termine l’album comme un middle finger envoyé au monde (probablement à tous ces bien-pensants qui ont attaqué le groupe pour leur utilisation du franglais). Et c’est tant mieux.

Montréal $ud, c’est un gros 4×4 pogné dans le trafic sur le pont Jacques-Cartier avec 6 gars qui font des middle fingers aux autres conducteurs et ce, en fumant du weed. C’est gros, c’est dérangeant, ça fesse, mais ça fonctionne. Ça fonctionne très bien.