Critique de l’album 27 Club de Ponctuation

Ponctuation
27 Club

Bonsound
Canada
Note: 7.5/10

 

Nostalgie du temps où vous passiez vos soirées assis sur un divan en velours bourgogne à écouter votre ami et son groupe répéter dans le garage d’un de leurs parents. Le divan sentait l’humidité, il faisait vraiment trop chaud et le son était mal balancé. Tout ça, c’est dans 27 Club: le premier album, un vrai, de Ponctuation.

Le duo, formé des frères Chiasson, nous a d’ailleurs donné un avant-goût de leur médecine avec À bout de souffle, la troisième piste de l’album.

Un petit quelque chose des Breastfeeders dans la voix et dans le rock’n’roll, un petit quelque chose de Galaxie,  un peu, aussi, de Xavier Caféine. Un effort qui vient rafraîchir, avec une pop saupoudrée, le rock francophone québécois.

Un beau mélange un peu sale, poussiéreux et éraillé, mais un son assez pur, et pas de flafla, créé de seulement deux instruments et de deux voix. Juste assez trop de place à la guitare et aux cymbales grinçantes d’un drum sur lequel on pioche de toutes ses forces.

C’est en mai 2011 que Guillaume (voix, guitare) et Maxime Chiasson (voix, drum) ont mis un nom sur leur rock garage au rythme parfois désaxé. Après deux EP (Lèche-vitrine et Toute est dans toute), leur rock’n’roll grunge, blotti sous l’aile de Bonsound, a donné naissance à ces 10 pièces musicales endiablées. D’ailleurs, la pochette de l’album, très graphique, est complètement psychédélique, quasi incompréhensible.

Mais mon bémol, c’est la place de la voix qui est presque inexistante et qui semble même, parfois, avec été utilisée comme son de background.

Tout de même, c’est toute leur énergie de spectacle qu’ils ont réussi à encapsuler dans 10 tounes, avec quelques bières et des gouttes de sueur.

Le 20 mars, rendez-vous au Divan Orange pour le lancement. Et même si cette belle petite galette-là sort le 19, c’est définitivement de la musique qui se révèle en show. Allez donc voir Ponctuation en show, parce que ça vaut la peine.

Ty Segall Band – Slaughterhouse [2012]

ty segall slaughterhouseTy Segall Band
Slaughterhouse

In the Red Records
États-Unis
Note : 8/10

 

Il y a trente ans, David Bowie nous invitait dans son tube Let’s Dance à porter notre plus belle paire de souliers rouges et à chasser notre mélancolie sous les projecteurs des discothèques. Depuis, la mode a visiblement changé, mais le message est resté d’actualité. Dans un format plus rock et plus noise, le compositeur américain Ty Segall nous lance la même invitation que l’icône sur Slaughterhouse. Pourtant cette fois-ci, les converses et le vieux cuir sont plutôt de mises.

C’est sans surprise que, depuis son entrée sur la scène en 2008 comme musicien solo, Ty Segall revient fréquemment visiter les bacs de nos disquaires. Le prolifique guitariste et chanteur passe sa vie en studio et participe à de nombreux projets musicaux. Son dernier disque Goodbye Bread n’est pas vieux plus vieux d’un an qu’il nous lance déjà Slaughterhouse, un album pour rockeur accompli. Et il y a à peine quelques mois, c’était en compagnie des White Fence que Ty Segall nous avait offert une autre galette, Hair.

Dans cette foulée de sorties, Slaughterhouse, le tout dernier du musicien américain, est celui qui saura le mieux accrocher vos tympans. Malgré la dureté de son titre, les pièces de cet album ne sont pas d’une violence à tout casser. Oui, le premier morceau commence par un orage de guitare sans queue ni tête, mais c’est pour installer dès les premières notes cette ambiance un peu sale et glauque qui vous fera danser le rock comme des morts-vivants sortis de l’ère grunge. La meilleure façon de décrire cet album serait de le qualifier d’androgyne. Pourquoi androgyne? Et bien parce qu’il est difficile de départir les deux styles totalement contrastés qu’utilisent Ty Segall sur Slaughterhouse. On le remarque surtout dans la façon que le musicien crée ses mélodies vocales. Imaginez John Lennon qui essayerait de chanter comme Kurt Cobain. Ty Segall est cet androgyne. Les sonorités du disque sont à l’image de ce mariage sonore. Ce qui résulte de très bonnes pièces. I Bought my Eyes, Wave Goodbye et Muscle Man en sont deux bons exemples.

Même si Slaughterhouse n’est pas fait pour être joué dans les mêmes discothèques que Bowie , on sait que cet été le dernier disque de Ty Segall risque de faire craqueler les murs de nombreux voisins. À vous de ne pas taper trop fort du pied.

Mark Lanegan – Blues Funeral [2012]

gonjasufi.muzzleMark Lanegan
Blues Funeral

4AD
États-Unis
Note : 8/10

La différence entre un chanteur et un crooner se traduit par la richesse d’une voix. Sur une scène, un crooner n’a pas besoin d’instruments ou de paroles. Pour lui, la musique et les vers ne sont que de discrets accompagnateurs vocaux. Quand Jim Morrison prenait un micro, les musiciens des Doors devenaient des adjudants. Mark Lanegan n’est pas Jim Morrison, mais il est lui aussi un crooner. C’est pour cette raison qu’il a su poser sa voix sans problème sur différentes harmonies pendant près de trente ans de carrière. Dans Blues Funeral, son septième album solo, le gaillard des Screaming Trees et Queens of the Stone Age se fait plaisir et change son registre pour qu’on l’entende enfin chanter.

L’artiste renoue avec sa carrière solo après une pause de huit ans, dans laquelle il a concocté trois albums avec Isobel Campbell, la belle de Belle and Sebastian. Le mariage musical des deux artistes avait insufflé une nouvelle dynamique à la carrière de Mark Lanegan. Étiqueté comme un rocker invétéré, il a réussi, grâce au succès de son duo, à s’éloigner de ses racines grunge et à courtiser les scènes soul et indie. Blues Funeral est la suite logique à cette relation.

Ce disque représente un nouveau chapitre dans la carrière du goualeur populaire. Les claviers, synthétiseurs et boîtes à rythmes deviennent monnaies courantes, tandis que les guitares grasses se font moins présentes. L’artiste renie pourtant un changement dans sa vision musicale. En entrevue, il a affirmé que ses goûts musicaux sont restés sensiblement les mêmes depuis ses beaux jours dans les Screaming Trees. Pourtant, on sent que son expérience musicale avec Isobel Campbell est pour quelque chose au changement de registre. Blues Funeral n’aurait pas pu apparaître à un autre moment dans la carrière du chanteur à la voix rauque. Ode to Sad Disco a l’âme d’une pièce de piste de danse, et le récital de Mark Lanegan, sur cette pièce, est bien plus lyrique qu’autrefois.

Ce changement qui peut paraître étrange et dangereux pour certains – on se souviendra de Chris Corneil et son disque produit par Timbaland –  avantage pourtant la voix particulière de Mark Lanegan. Avec son timbre rauque et grave,  l’Américain sonne comme un Leonard Cohen qui aurait abusé de quelques verres, mais qui se garderait quand même une petite gêne pour ne pas tomber dans les chaussures de Tom Waits. Sur Blues Funeral, on écoute en silence et avec attention Mark Lanegan, qu’il soit dans un cabaret jazz ou dans la cour d’un quelconque groupe indie. Dans Bleeding Muddy Waters, par exemple, l’artiste s’envole pendant six minutes sur une mélodie blues et ne démontre aucun talent pour le métier de parolier. Pourtant, on l’écoute jusqu’au bout, et seulement pour l’écouter crooner.

Pearl Jam vu par Cameron Crowe

Par Mathieu Saint-Jean

Ceci n’est pas une critique. Ceci est un incitatif. Ceci est un incitatif, afin de vous obliger à vous déplacer. Vous déplacer d’ici jeudi soir dans le but d’aller voir et entendre l’histoire d’un des groupes rock les plus marquants des vingt dernières années. Le tout guidé par la lentille et la narration du cinéaste, mais avant tout mélomane : Cameron Crowe.

Aucune autre personne n’aurait pu s’approprier ce projet. Cameron Crowe était la personne la mieux placée pour transposer cette histoire au grand écran. Ancien journaliste du magazine Rolling Stone (ce qui allait inspirer son Almost Famous), il s’installe à Seattle à la fin des années 80. C’est de cet endroit qu’il sera témoin de la naissance du mouvement grunge. Un évènement qui lui inspirera le film Singles. Un film qu’il aura complété début 1991, mais que le studio gardera sous clés jusqu’en septembre 1992. Ne sachant comment exploiter la thématique. Et puis, il y aura un raz-de-marée sur tous les palmarès. Seattle et sa scène musicale se retrouveront sur toutes les lèvres. Le studio comprendra enfin ce que Crowe avait en tête. Avec Pearl Jam Twenty, il vient donc boucler cette aventure musicale entamée il y plus de vingt ans; entre autre avec les membres de Pearl Jam (qui jouaient un petit caméo dans Singles avant même d’avoir lancé Ten).

Disposant de plus de 1200 heures d’images (de toutes les qualités), Crowe semble s’être donné comme mission de propager l’amour et l’admiration qu’il porte face à la bande d’Eddie Vedder. Une bande qui aura survécu à plusieurs évènements sombres au cours des vingt dernières années. De la mort d’Andrew Wood (Mother Love Bone) d’une surdose d’héroïne en 1990, jusqu’à la tragédie du festival Roskilde au Danemark en 2000 (où neufs fans furent piétinés à mort). Ce qui justifie ce montage final de Crowe qui défile au rythme de Alive.

Pearl Jam Twenty nous permet de pénétrer dans l’univers d’un groupe qui a toujours refusé de jouer le jeu des médias. Un groupe qui a toujours gardé une mainmise sur son image. Un groupe qui a toujours fait les choses à sa façon. Des choix qui pouvaient éveillés des doutes à l’époque, mais qui se seront montrés payants des années plus tard. D’où aussi cette relation si vraie qu’ils entretiennent depuis des années avec Neil Young. Monsieur Intégrité en personne. Si ce n’est déjà fait, vous devez absolument vous procurer leur collaboration sur album avec Mirror Ball (1995) et l’influence qu’il en découlera sur l’album suivant du groupe No Code (1996).

Un documentaire essentiel pour tous les fans de musique et d’archives vidéo. Un brillant travail de recherches! Si vous désirez en connaître davantage sur Eddie Vedder, je vous suggère aussi de mettre la main sur une émission de l’excellente série Iconoclasts (présentée au Sundance Channel), qui présente une rencontre entre Vedder et le surfer professionnel Laird Hamilton. Sinon, pour les autres, Cameron Crowe devrait présenter son prochain film We Bought a Zoo pour Noël. Un film dont la partie musicale aura été confiée à Jónsi (Sigur Ròs).

Pearl Jam Twenty présenté en exclusivité au Cinéma du Parc jusqu’à jeudi…

Foo Fighters – Wasting Lights [2011]

foo-fighters-wasting-lights

foo-fighters-wasting-lightsFoo Fighters
Wasting Lights

RCA
États-Unis
Note : 8/10

On dit que le septième est chanceux, on croit qu’il porte bonheur ou qu’il porte en lui la magie. Le septième album des Foo Fighters porte la magie, par la promesse qu’il transporte. D’abord une association du chanteur et guitariste Dave Grohl avec Butch Vig pour la production de l’album, faisant ainsi écho à 1991 où Vig avait alors produit le mythique Nevermind de Nirvana, au côté de Kurt Cobain en personne. La promesse de qualité de rock se poursuit avec le retour de Pat Smear à la guitare, de même qu’avec la participation, sur la pièce I Should Have Known, de Krist Novoselic, ancien bassiste de Nirvana. Les Foo Fighters avaient promis tout ça et avaient même laissé entendre un retour aux sources : un album de bon vieux rock qui sent les boules à mites.

Et cette promesse tenue, c’est Wasting Light : un album très rock qui sait flirter à merveille avec la pop pour ainsi devenir un écho d’hier qui ne sonne pas dépassé. Les Foo Fighters ne déçoivent pas et ne retombent pas dans une nostalgie pénible du rock des 90’s. Ils savent jouer avec celui-ci, mais ils connaissent les besoins musicaux actuels du grand public et offrent ainsi certaines pièces plus commerciales, proposant un rock moins corrosif. Pour les gens qui seraient profondément déçus par cette dernière affirmation, sachez que la pièce White Limo propose un rock plus cru et moins adapté à l’oreille de ma grand-mère : c’est très apprécié!

La facette plus contrôlée de la musique des Foo Fighters n’est pas triste pour autant. Des pièces tout à fait délectables accrochent l’oreille qui n’en finit plus de vouloir rester accrochée. Arlandria, These Days et I Should Have Known font d’ailleurs partie des meilleurs morceaux que Grohl ait écrits.

Une récurrence désagréable qui était malheureusement présente sur les autres parutions des Foo Fighters refait surface sur Wasting Light : certaines pièces sont d’anthologies alors que certaines peuvent être écoutées une seule fois et être remisées ensuite sans regret. Le manque d’éclat de Miss the Misery est un bon exemple de cette lacune. Il est cependant intéressant de constater à quel point certaines pièces, comme Bridge Burning par exemple, perdraient rapidement de leur éclat si ce n’était de la voix si poignante si poussée et si caractéristique de Dave Grohl. Il y a un excellent dosage entre l’émotion des textes, la voix si particulière du chanteur et la violence musicale.

En bout de ligne, reste que peu de groupes peuvent se targuer d’avoir pris naissance des ruines de Nirvana, peu de groupes savent manier le rock comme les Foo Fighters le manœuvrent. Beaucoup s’autoproclament musiciens ou chanteurs rock, mais peu disent vrai. Je crois que l’on peut affirmer sans mentir que les Foo Fighters font partie des rares qui peuvent encore donner le frisson du véritable rock à l’auditeur puriste, nostalgique ou tout simplement avare d’authenticité musicale. Parole d’amatrice de rock : It’s A Matter of Time avant que vous ne tombiez sous le charme des riffs de Wasting Light.

True Widow – Skull Eyes

My Bloody Valentine n’aura jamais été aussi près de Nirvana. Voix féminine éthérée, guitare lourde saturée d’une multitude d’effets qui allongent le son et batterie mid-tempo très 90’s sont les ingrédients de cette chanson du groupe texan True Widow. La piste est pesante, mais balance bien ses influences. La lenteur du rythme dissout le gras des instruments électriques et, au final, le résultat est assez léger.

Et bien qu‘As High As The Highest Heavens And From The Center To The Circumference Of The Earth soit un titre d’album bien trop long, sa sortie est tout de même prévue pour le 29 mars sur l’étiquette Kemado.

Olivier Morneau

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