Mot clé: grande-bretagne

Videotape : M.I.A. – Born Free

Réalisé par Romain Gavras, le même qui a créé le puissant clip pour la chanson Stress de Justice, Born Free de M.I.A. ressemble plus à un court-métrage de guerre qu’à un vidéo pour accompagner une chanson. Avec une escouade tactique américaine qui kidnappe des roux, les transporte en plein milieu du désert sur une route jonchée de révolutionnaires pour ensuite les descendre à coup de M203, parions que ce clip se fera censuré et/ou refusé sur les écrans de télévision. On y remarque très clairement l’influence des Tigres Tamouls, dont étaient membre les parents de M.I.A.. Attention, c’est violent.

M.I.A, Born Free from ROMAIN-GAVRAS on Vimeo.

Gorillaz – Plastic Beach [2010]

Gorillaz - Plastic BeachGorillaz
Plastic Beach

Parlophone
Grande-Bretagne
Note : 8.0/10

« Pop! » C’est le son que fait Plastic Beach, le dernier disque de Gorillaz, lorsqu’il se décolle de son esthétique boîtier. Sur la pochette, on peut voir l’œuvre d’ingénieux graphistes avec un tableau conçu à l’ordinateur d’une île artificielle sous forme de champignon nucléaire qui flotte sur un océan déshumanisé. À l’intérieur du lecteur de disques, le « pop » se continue de belle façon avec un excellent mélange de hip-hop, d’orchestration orientale et d’électro que seuls des personnages animés et hallucinés peuvent dessiner avec autant de charme.

C’est pour une troisième fois que Murdoc, 2D, Noodle et Russel reprennent vie dans leur rôle de super groupe virtuel et cela pour satisfaire les imaginaires visuels et auditifs de l’ex-membre de Blur, Damon Albarn, et du dessinateur de la bande-dessinée Tank Girl Jamie Hewlett. Le duo ne revient pas avec le même schéma musical que celui de son album précédent, Demon Days et n’offre rien qui ressemble aux expérimentations de son premier opus éponyme. Les simples à succès comme Clint Eastwood et Feel Good Inc n’y sont pas non plus présents, au grand bonheur de toutes les seize pièces bien travaillées de Plastic Beach. Cette galette est un album concept qui ne peut s’écouter que dans son œuvre intégrale. Ainsi, les chansons se suivent et se répondent parfaitement l’une après l’autre sans jamais s’éclater individuellement. Bien sûr, certaines sortent du lot avec des sonorités plus intéressantes mais ce n’est pas au dam des autres.

Avec une introduction orchestrale d’au moins une minute, Gorillaz surprend et intrigue l’auditeur comme si d’un bateau, un observateur pressentait la terre s’approcher à l’horizon. Le rappeur Snoop Dogg est le premier à rompre le silence vocal en clamant de son vibe funky « Gorillaz and the boss dog, planet of the apes » dans Welcome to the World of the Plastic Beach. Synthétiseurs et claviers juteux abondent dans cette pièce sous fond d’électro-pop. Ne s’éloignant jamais de la surprise, la troisième pièce White Flag débute avec une parade solo d’une minute de l’Orchestre National libanais pour la musique orientale pour finalement se joindre à un duel hip-hop entre les rappeurs Kano et Bashy.

Rhinestone Eyes, rare pièce à n’avoir aucun invité spécial, est le rêve lucide d’une balade nocturne en ville au cœur de rues habitées par des discothèques électroniques colorées. Les synthétiseurs jouent ici le rôle de grands faisceaux lumineux qui aveuglent l’auditeur jusqu’à lui faire comprendre le sens des paroles. Jamais Albarn n’a sonné aussi mélancolique et passionné sur des paroles de lunatiques. Le premier simple Stylo suit avec son hymne aux groupes new wave comme New Order et au disco synthétisé des années 80. Bobby Womack utilise sa voix édifiante pour construire une trame sonore répétitive sur laquelle Mos Def improvise quelques passes de rap. Redondante, Stylo a son charme lorsqu’elle est écoutée avec le reste de l’album mais, à elle seule, elle est un simple très ordinaire.

En plein centre de l’album, Glitter Freeze exploite l’électronique avec une montée instrumentale qui n’est pas sans rappeler la progression de vieilles chansons rock comme One of These Days de Pink Floyd. Après cet ovni musical, la troupe animée ralentit son tempo et tente des expérimentations avec des invités de tout genre comme le chanteur de Velvet Underground, Lou Reed, et le guitariste et bassiste des Clash, Mick Jones et Paul Simonon. Toutes aussi alléchantes, ces pièces révèlent des accents pop qui réussissent à atteindre l’effet désiré, soit d’hypnotiser son auditeur dans l’aventure que raconte Plastic Beach.

Gorillaz donne à l’artificiel une forme musicale qui, ironiquement, s’emprunte à l’une des meilleures pop du moment. Damon Albarn réussit encore le pari qu’il a débuté en 2001 en créant le groupe virtuel le plus populaire au monde. Plastic Beach aurait facilement pu tomber dans la pop facile mais il a plutôt un effet dévastateur pour les oreilles qui sont prêtes à s’imbiber de toxines électro-chimiques.

Hot Chip – One Life Stand [2010]

Hot Chip - One Life StandHot Chip
One Life Stand

EMI
Grande-Bretagne

voici une critique concept : un double-avis partagé avec Olivier de Five Minutes

Avis de Feu à volonté!

À mi-chemin entre musique de danse, électro-pop futuriste et musique de fond presque quétaine, One Life Stand, dernier effort de Hot Chip, accumule les moments négligeables et laisse de côté les meilleurs attributs musicaux au profit de quelque chose d’ennuyeux et de répétitif. En résulte un album profondément inégal à la limite du négligeable.

Thieves in the Night, pièce d’introduction, démarre sur un synthétiseur spatial avant de se faire prendre en charge par un kick et une mélodie de basse électronique, le tout agrémenté d’une voix raisonnablement aiguë. Le mélange s’écoute suffisamment bien pour mériter de se faire qualifier d’électro pop de qualité. Hand me Down Your Love s’inscrit dans un registre moyen, avec son rythme de batterie commun et sa trame mélodique empreinte de répétitions.

Du bon côté de la médaille on retrouve I Feel Better qui, malgré son auto-tune exécrable et son rythme de base assuré par un clavier transformé en cordes synthétiques débordantes de reverb caramélisé, accomplit l’exploit de transformer ces deux défauts en qualités grâce à un rythme constant qui donne envie de danser. S’ensuit One Life Stand, piste titre de l’album. Menée par un arsenal de mélodies basses, celle-ci s’écoute merveilleusement bien lorsque le temps est venu de donner une ambiance électro-futuriste. We Have Love possède le même genre de qualité, avec un certain cachet de piste de danse supplémentaire.

Malheureusement, le reste de l’album laisse à désirer. Brothers constitue un morceau incroyablement fromagé d’électro-pop répétitive à l’atmosphère légère mais redondante. Le résultat est pire sur Slush, avec aucun enthousiasme musical ou rebondissement captant l’attention. Alley Cats, Keep Quitet et Take It In demeurent tout autant redondantes et musicalement négligeables. Pourtant, rien sur l’album n’est vraiment mauvais ; on a simplement l’impression d’entendre quelque chose de bien composée mais avec trop de déjà vu.

Note : 6.5/10

Avis de Fives Minutes

Trêve de bavardages, parlons musique immédiatement! Les anglais de Hot Chip ne sont presque plus à présenter, leur électro-pop ayant pour moi atteint les sommets avec l’excellent The Warning en 2006. Ajoutons-y un premier album encourageant en 2004, Coming on strong, un troisième opus que j’avais trouvé moins novateur en 2008, Made in the Dark, et une pelletée de remixes et on obtient un groupe chéri de la critique musicale. Arrive donc ce quatrième opus très attendu : que va nous réserver la bande à Alexis Taylor et Joe Goddard (qui fin 2009 a sorti un sublime album solo intitulé Harvest Festival que je vous conseille fortement d’aller écouter)? A voir la pochette de l’album qui pourra figurer dans le top des « pochettes les plus laides de l’année », les anglais sembleraient annoncer qu’ils ont perdu la tête et qu’ils veulent donc nous surprendre.

Le moins que l’on puisse dire c’est qu’en effet les premières écoutes m’ont littéralement désarçonné et à dire vrai déçu. La veine électro s’est doucement laissée voler la vedette par l’influence pop, de même que la volonté de taquiner les dancefloors s’est fortement accentuée. Similitude de parcours avec un Calvin Harris, si j’exagère au maximum. Cependant, une fois le postulat d’électro pop pleinement accepté, il ne reste plus qu’à savourer le talent de nos anglais qui, même s’ils tombent un peu dans la facilité dans certains titres, regorgent d’inventivité.

Thieves in the Night tape juste d’entrée. Un beat oppressant et des synthés qui entrent en contraste avec la voix lumineuse et si pop d’Alexis Taylor. Une rythmique très rapide, des synthés un peu vintage omniprésents au service d’un refrain pop vite addictif. Titre électro-pop, marqué du sceau de la mélodie et du contraste, cette sucrerie se savoure sans retenue.

Hand me Down Your Love vient vite atténuer cette première très bonne impression. Morceau assez mou qui répète à n’en plus pouvoir le titre, on garde la fâcheuse impression d’un titre inachevé. Heureusement, on peut se rattacher au très beau refrain porté par les violons qui offre une trouée de soleil dans la grisaille monotone de ce morceau. I Feel Better résume assez clairement, quant à lui, les sentiments contraires qui m’animent à l’écoute de cet album. La voix est pop à l’excès, l’univers instrumental grandiloquent mais assez simplifié, l’utilisation de l’auto-tune contestable mais la mélodie s’insinue subrepticement en nous au fil des écoutes, on se surprend alors à chantonner.

Le beat addictif de One Life Stand et son univers plus sombre nous rassurent, Hot Chip n’a pas perdu son talent pour les titres plus électro. Même le refrain plus lumineux s’inscrit parfaitement dans l’univers du titre. Ce  talent électro jaillira de nouveau avec le superbe Take it in, véritable joyau des dancefloors qui clôture l’album tout en beauté.

La deuxième partie de One Life Stand est moins homogène et plus variée. Brothers séduit par son contraste entre un beat de fond et des choeurs où apparaît une voix féminine quand surgit Slush qui demeure pour moi un véritable point d’interrogation. Cette ballade qui se présente presque comme un appel du pied fait  à la hype de la folk expérimentale des Grizzly Bear s’est perdue au milieu de l’album, morceau certes pas désagréable mais qui ne répond pas à la dynamique de l’ensemble. Alley Cats s’écoute sans sourciller quand l’attention se réveille à l’écoute de We Have Love, superbe morceau porté par une rythmique plus affirmée et des sonorités électros. Les picotements dans les jambes font leur apparition et l’envie de danser devient obsédante, tout de suite atténuée par l’univers instrumental très sombre de Keep Quiet, que n’aurait pas renié Massive Attack.

Hot Chip aura pris plaisir à jouer avec nos envies tout au long de cet opus en alternant morceaux clairement pop et bijoux électros. L’impression que le groupe n’a pas réussi à choisir une ligne directrice reste en arrière-plan mais il est incontestable que, dans la catégorie pop influencée par les sonorités dance, cet album est une belle réussite. Finalement, on ne peut que féliciter nos anglais d’avoir pris le risque d’innover.

Four Tet – There Is Love in You [2010]

Four Tet - There Is Love in YouFour Tet
There Is Love in You

Domino
Grande-Bretagne
Note : 8.5/10

Avant d’écouter et avant même de scruter le nom des chansons de There is Love in You, j’ai regardé la pochette. Non pas que regardé, mais assurément apprécié cette jaquette où l’on voit une répartition de petites images ovales se baladant sur fond noir comme de petits souvenirs dans notre mémoire. La couverture figurant fièrement au-dessus de la dernière galette du Londonien Kieran Hebden, rebaptisé Four Tet à l’occasion de certains albums électroniques, exprime tout simplement l’essentiel de l’album : une collection de petites bulles sonores s’activant à former un tout esthétique bien calculé.

Ce n’est qu’après nous avoir suffisamment intrigué le regard que There is Love in You se met à l’œuvre pour offrir ce qu’il fait de mieux, un massage auditif. Il ne faut pas s’attendre à des éclats dignes des pistes de danse ou encore à des refrains extatiques. Non, Four Tet assure plutôt une réponse aux frénétiques de musique électronique ambiante dûment travaillée.

Sur Angel Echoes, première pièce de cet album, un sentiment de déjà-vu s’installe. Le découpage d’une voix rappelant le calibre d’Imogen Heap  débute à l’arrière-plan de la pièce pour finalement s’incorporer lentement à la tête du morceau. Cette partition vocale habilement répartie par Kieran Hebden nous chante avec sincérité « There is love . . . in you », le titre de l’album.

S’il devait y avoir une pièce maîtresse à la dernière œuvre de Four Tet, il s’agirait sans aucun doute de la seconde pièce, Love Cry. On peut y entendre un morceau de percussion aux sonorités latines qui n’est pas sans rappeler She Wants to Move, le succès thématique du groupe hip-hop NERD. Parfaite pour une marche ou une promenade en automobile, cette deuxième pièce installe réellement l’ambiance que préserve le reste de l’album avec d’autres bons coups, comme Plastic People et la très mélancolique She Just Likes to Fight.

Fait intéressant, les titres des pièces s’assombrissent au fur et à mesure que l’album avance. Ainsi, l’écho que jadis chantait un ange lors de la première pièce, se transforme en douloureuse bataille avec « elle » dans She Just Likes to Fight. Comme si le souvenir d’une relation nous revenait d’abord à l’esprit comme un moment lumineux pour finalement s’assombrir dans la nostalgie de la fin.

C’est lors de diverses tentatives dans des clubs londoniens que Kieran Hebden en est venu à finalement achever cette expérience électronique très particulière qu’il mène depuis la sortie de l’EP Ringer en 2008. Avec la réussite de There is Love in You, il faut espérer que Four Tet en a encore pour longtemps à mixer ses petites bulles auditives intemporelles.

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