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We Only Said – We Only Said [2009]

We Only Said - We Only SaidWe Only Said
We Only Said

Range ta chambre
France
Note : 7/10

On peut faire de bien belles découvertes sur le net. Paru sur Range ta chambre, petit label indépendant camouflé 14 mètres sous terre, l’album éponyme de We Only Said offre pourtant de bien bons moments de musique, hérités de l’indie pop-rock à la Blonde Redhead et mélangés à un peu de brit-pop. Rien de bien merveilleux, rien de vraiment nouveau. Et pourtant, il s’agit bel et bien d’un collage de quelques morceaux qui finissent par mériter notre attention.

Le ciment qui unit l’album se constitue particulièrement d’une ambiance crasse bien représentée par la pochette de l’album, le tout fondu et séché avec un mélange de mélancolie, de tristesse et de déception. Our Monochrome Life est la pièce la moins sale du disque, ainsi que son introduction. La mélodie en arpège de Killjoy s’harmonise parfaitement avec le rythme cassant de la batterie et la voix brisée de Florian Marzano. Your Drab Eyes se base sur un piano avec énormément de reverb et une guitare à la tonalité héritée de The Smiths et Go Rotten sur un piano inquiétant en arpège. Et si le tout paraît fortement pop et surfait, il faut écouter pour comprendre comment les mélodies s’emboîtent très bien avec l’instrumentation et l’atmosphère rouillée de l’album.

Cette façon de faire revient un peu partout tout au long du disque : piano qui laisse la place à la grosse guitare souillée sur Eighty-Sixed, héritage marqué d’Interpol sur I Discover the Murder, ainsi de suite. Ce qui fait que We Only Said mérite de faire parler de lui est que le groupe réussit à ramasser des influences très populaires au cours de la dernière décennie sans pour autant perdre de vue son identité propre. Pas de dance-rock fluo à la Elefant ni de pop-rock aréna surfait comme The Bravery ou Editors donc.

Clara Clara – Comfortable Problems [2010]

Clara Clara - Comfortable ProblemsClara Clara
Comfortable Problems

Clapping Music
France
Note : 7.5/10

S’il est fréquent de tomber, lorsque l’on fouille chez les étiquettes de disques indépendantes, sur de pâles copies simplistes de groupes über-hypés grâce aux champions de la critique musicale à l’ère du web, il arrive parfois que l’inverse se produise. Le critique, avec son scepticisme d’universitaire réfléchi et posé, pose la première écoute avec une oreille attentive, mais redoutable. Et pourtant, Comfortable Problems de Clara Clara s’accueille très facilement dans nos crânes d’adeptes de nouveautés grâce à sa composition hybride entre mélodies pop fraîches et sonorités  indie rock presque noisy, quelque part entre The Unicorns et tout l’arsenal de groupes alternatifs des années 90.

On subit très rapidement la jouissance corrosive de cette galette dès le premier titre, Paper Crowns. Avec un début aux synthétiseurs épars et bruyants, on se retrouve écrasé par un rouleau compresseur mélodique où le mariage entre dance punk, indie rock et noise pop est célébré avec furie. Cette recette se perpétue tout au long des 8 pistes du disque, avec parfois plus ou moins d’envolées bruyantes.

Si Paper Crowns épate avec son climax final, Versus Education of Artistic Peace emprunte la voie contraire ; l’intensité demeure la même tout au long de ses 5 minutes 30 mais les mélodies plastiques, avec l’aide d’une batterie carrée et d’une basse jouant le rôle de colonne vertébrale, s’assument complètement et assurent une écoute de qualité avec une belle palette de variations de rythmes.

Parfois, le rendu est beaucoup plus pop et posé. Sur One on One, la basse mène le ton avec un riff très commun et rempli de distorsion, alors que les synthétiseurs accompagnent la rythmique par des interventions intermittentes. Et pourtant, bien que la pièce n’apporte aucune nouveauté exceptionnelle au genre, les passages bruyants, découlant presque d’un no wave ramolli, finissent par surprendre grâce à une mise en scène musicale mélodieuse et sale. La situation est semblable sur Infinity, chanson menée par des battements de synthés à chaque temps au départ, pour ensuite varier sur une mélodie plus rapide, le tout posé sur un fond de batterie accommodant, qui laisse toute la place aux variations d’effets mélodiques.

L’influence de The Unicorns se fait ressentir, particulièrement sur We Won’t Let You All Alone, conclusion de l’album. Les synthétiseurs à mi-chemin entre caoutchouc élastique et pop new-wave des années 80 rappellent sans aucun doute Ghost Mountain, ou encore Jellybones, merveilles issues de Who Will Cut our Hair When We’re Gone. Le même genre de progression indie pop rock est identifiable sur Comfortable Problems : mélodies accrocheuses, tonalités très alternatives issues d’un alliage de la texture des années 80 et de la saleté des années 90 et passion pour le plaisir.

Clara Clara ne constitue donc pas une pâle copie de ces champions prédécesseurs : le groupe présente une pop alternative trop bien construite dans un univers où la recherche du plaisir semble avoir laissée sa place à la facilité d’écriture sans ambition.

The Dodoz – The Dodoz [2009]

the dodoz - the dodoz The Dodoz
The Dodoz

MurrayField Music
France
Note : 6/10


Les effets de la nouvelle vague new wave se ressentent encore. Dance-rock, rythmes années 80 et autres caractéristiques de ce mouvement frappent toujours, que ce soit sur des merdes radiophoniques à la Metro Station ou The New Cities, sur des groupes de second ordre comme Editors ou des initiateurs de mouvements tels que Bloc Party, ce son particulier s’entend un peu partout. Utilisation accrocheuse de la cymbale, mélodies de guitare fracassées pour créer un rythme de danse, harmonies vocales semblables et basse parfois inspirée de l’époque disco pour faire péter les cages thoraciques sur les pistes de danse alternatives. Le mouvement, tout comme dans les années 80, s’en retrouve saturé, à tel point qu’il est viable de se demander si un new-no-wave serait sur le point de naître. Ici s’inscrit The Dodoz, groupe de jeunes originaires de Toulouse baignant dans les influences indie rock conventionnelles : Sonic Youth, Bloc Party et une bonne part de tout ce qui se classifie alternatif dans les années 2000. Malheureusement pour eux, on a toujours l’impression d’entendre quelque chose de déjà vu.

Le titre de départ, Middle of the Night, démarre sur une guitare propre à laquelle s’ajoute la voix de Géraldine, pas mauvaise, mais loin d’être exemplaire. Ça explose ensuite sur quelque chose de bien connu : rythme saccadé, guitare fracassée à la Silent Alarm, refrain avec voix supplémentaires et tremolo picking. Bien qu’il s’agisse de l’une des meilleures chansons de l’album, il ne s’agit en aucun cas de quelque chose de bien novateur. Un pont musical intéressant avec une base presque progressive ne réussit pas à relever vraiment le niveau de l’écoute. Boyfriend in Oxford est une chanson bien moyenne avec pas grand-chose d’intéressant, mais rien de raté, excepté les paroles tirées de quelque chose comme un journal intime de jeune fille de 11 ans, tout comme celles de Do You Like Boys?. Sur celle-ci, les influences de Bloc Party coulent d’un peu partout : le rythme et l’aura de Positive Tension s’entend à des kilomètres à la ronde.

C’est probablement ce qui nuit le plus aux jeunes musiciens de The Dodoz : ne pas avoir réussi à s’éloigner suffisamment de leurs influences et du courant musical général dans le milieu de l’indie rock anglo-saxon. Ils possèdent le talent de surprendre aux moments opportuns. Middle of the Night, comme mentionné plus haut, possède son passage musical signé avec talent, l’introduction de Bet donne envie de sauter partout avec les voix nerveuses qui s’empilent et la basse agressive qui réussit à diriger la voix de Géraldine vers un climax de tension avant de se coucher sur une mélodie beaucoup moins nerveuse et plus conventionnelle. Généralement, les mélodies sont accrocheuses, donnent le goût de danser et affectent le système nerveux de façon positive.

Mais la même rengaine revient à chaque changement de rythme ou de tempo. On dirait du Bloc Party. On dirait du Phoenix. Un peu de Sonic Youth. Franz Ferdinand. The Bravery. Les chansons sont construites pour toujours tourner autour d’une mélodie qui se danse, affectant ainsi chaque instrument pour s’acclimater à cette structure. Mais il ne faut pas se leurrer sur le talent des Toulousains parce qu’il existe. Un premier album écoutable, mais se classant dans la section indie rock avec saveur déjà surutilisée.

Victory Hall – The Dull Commando’s Merchandise [2009]

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Victory Hall
The Dull’s Commando Merchandise

Total Heaven
France
Note : 5.5/10


La musique anglo-saxonne, en ces ères de mondialisation et d’internationalisation des cultures, existe désormais partout. Ou presque. Dans un coin reculé et isolé d’une région agraire de la Chine il est fort probable que, disons, Paul McCartney, les guitares électriques et la musique pop soient inconnus, tout comme en Corée du Nord. Mais autrement, la vente d’albums avec pochettes de plastique a pu se développer sur tous les continents, être distribuée à des centaines de différents peuples et faire profiter une poignée de marchands industriels, principalement anglo-saxons.

La culture, dans ce nouveau marché grouillant d’un néo-libéralisme où la monnaie bancaire constitue à la fois le fer de lance et la fondation institutionnelle, n’est plus qu’un simple produit comme les autres, malléable, commercialisable, exploitable et distribuable, ce qui peut, à long terme, finir par affaiblir complètement le concept de nationalisme et les États qui en découle.

Pourquoi cette introduction socialiste à saveur marxiste et pro-nationale? Il n’y a rien de mal, au contraire, au mélange des identités. Le partage des connaissances et des concepts entre des groupes d’individus, communément appelé nation ou peuple, constitue en soi une excellente chose permettant l’avancement des idées et le progrès de la civilisation. Seulement, parfois, et c’est particulièrement le cas avec la culture anglo-saxonne, la notion artistique finit par se perdre dans un melting pot de concepts de commercialisation et la base même de l’identité culturelle désignée par la vertu nationale disparaît avec l’intégration d’une trop grande quantité de jus de tomate Campbell à la soupe populaire de la majorité ethno-culturelle.

Bon d’accord. Je me suis emporté. Cette introduction n’a pas grand chose à voir avec ce disque de Victory Hall, The Dull’s Commando Merchandise, si ce n’est que ceux-ci font définitivement de la musique purement anglo-saxonne. Une espèce de concoction post-Beatles, définitivement pop avec une petite touche de rock par moments. Et ce n’est pas parce qu’ils sont Français que j’ai donné cette note ; il s’agit plutôt d’un constat qui, selon moi, relève quelque peu du manque de créativité des membres du groupe.

Avec les instruments traditionnels pour le pop-rock, c’est-à-dire guitare électrique, basse électrique, batterie et synthétiseurs années 60-70 et des structures de chansons assez traditionnelles malgré quelques petits passages moins communs, The Dull’s Commando Merchandise ne réinvente pas la roue. Il ne réinvente pas non plus le feu, l’agriculture ou la Vis d’Archimède. Même que le groupe n’invente pas grand chose, ce qui demeure son principal défaut.

Niveau divertissement, la bande livre la marchandise. 16 chansons souvent plutôt courtes, diversité sur le disque au niveau des rythmes et des mélodies, solos, passages instrumentaux bref, on y retrouve d’à peu près tout grâce à cette quantité de pistes. Malheureusement, comparé au reste du bouillon musical mondial, Victory Hall ne se distingue pas. On pourrait les qualifier d’«encore un autre groupe pop anglo-saxon» sans problème tant tout cela se fond dans la masse.

Par contre, on ne peut pas nier leur talent d’écriture musicale. Les mélodies sont finement aiguisées, les arrangements bien cadrés et les solos de bon goût. Le potentiel est là, simplement il semble être mal utilisé. Sans pour autant être dull, cet album de Victory Hall demeure profondément remplaçable dans le paysage musical pop anglo-saxon mondial. Enfin, le groupe demeure à surveiller et pourrait, espérons, causer une petite surprise dans l’avenir.

Control Club – Morphine Ballroom [2009]

controlclubmorphineballroomLa pop, ça prend vraiment plusieurs formes. De trucs électroniques à la Depeche Mode (critique à venir) à Pas chic chic ou The Last Shadow Puppets, on peut faire de la pop avec de la guitare, de la basse, de la batterie et du clavier, des cordes, des cuivres et des ordinateurs portables sur lesquels sont installés de coûteux programmes de banques de son digitales. Bref, la pop, c’est vague. Et à l’intérieur de celle-ci on retrouve toute une palette de talents, allant des pires artistes du monde jusqu’à certains des meilleurs. Céline Dion versus Animal Collective, par exemple. Et ici, Control Club se situe environ en plein milieu du spectre. Le problème, c’est que la pop a pour but principal de divertir, chose que Control Club, avec leur Morphine Ballroom, ne fait pas vraiment.

Dès le départ, Inconsolable Master donne le ton. Tout au long de cette exagération lyrique, on y découvre les excès ridicules du groupe. Des paroles beaucoup trop flamboyantes et simili-grandioses sur une musique rapide qui ne sais jamais dans quelle direction aller. La batterie est trop agressive, le clavier joue trop de sons à la fois, la basse se prend à la fois pour New Order et un groupe de punk-rock quelconque. Mais surtout, surtout, la voix est beaucoup trop forcée et saturée d’émotion vraiment invisible. La chanson suivante, Ni les douanes, n’est pas mieux. Bien que plus calme et moins remplie de son désagréables, on y retrouve rien de trop créatif. Et que dire des carrément désagréables chansons chantées dans la langue de Shakespeare (en particulier la merde Play avec ses ridicules paroles dignes d’un journal intime d’un garçon de 12 ans).

Mais malgré toutes mes coups d’épée dans l’eau faits plus haut, ce n’est pas SI pire par moments. On reconnaît un certain talent au niveau des compositions. C’est tout de même un peu mélodieux et accrocheur quand même de temps en temps mais il s’agit toujours du même schéma musical répété encore et encore. Rien de nouveau, rien de vraiment génial, du recyclé qui ne réussit pas à viser juste. Et, au final, il s’agit peut-être de mon opinion de québécois ici mais, merde, la voix est vraiment TROP mais TROP forcée, avec un accent quasi-exagéré, surtout en anglais. Non vraiment, désolé les gars, mais je déconseille.

Note : 2/5

Stuck in the Sound – Shoegazing Kids [2009]

stuckinthesoundshoegazingkidsCet album me faisait peur, au début. La pochette est pas trop belle, le nom du groupe veut pas dire grand chose, certains titres de chansons à oublier (dont Ouais et son refrain qui répète ça à vive voix et What?! et ses marques de ponctuations qui, euh, font très laid). Ensuite, le réalisateur de l’album a travaillé avec Sonic Youth, ce qui peut faire peur, parce qu’après avoir travaillé avec des musiciens du niveau de Thurston Moore et compagnie, on peut peut-être essayer d’en faire trop avec un groupe peu connu et relativement nouveau. Appréhensions, appréhension. Et après une première écoute ennuyeuse, une troisième potable et une cinquième intéressé, Shoegazing Kids se révèle finalement intéressant et bon. Comme quoi les premières impressions sont à éviter.

Une intro purement instrumentale en Zapruder, excepté quelques petites voix off, qui montre bien le style de l’album : du indie rock qui s’inspire sans retenues de ce qui se fait dans les milieux anglo-saxons. S’ensuit justement Ouais, avec des grosses guitares lourdes et une batterie syncopée, ce qui sera le son principal du reste de l’album. Beaucoup de guitares qui débordent, avec parfois des moments un peu noisy rappellant trop facilement Sonic Youth (Gore Machine en est un bon exemple). Teen Tale me rappelle vraiment étrangement du Frank Monnet, que je n’avais pas écouté depuis quelque chose comme 3 ans.

Malgré des influences parfois trop repérables, Stuck in the Sound réussit le difficile passage du deuxième album. Parce que c’est efficace, bien ficelé, bien réalisé et sympathique. Bref, le groupe de l’heure pour les étudiants qui portent des converses et les intellos en manque d’indie rock.

Note : 3.5/5

Alain Bashung – Bleu Pétrole [2008]

alainbashungbleupetroleAcclamé par presque tous mes acolytes français comme étant l’un des meilleurs albums de l’année 2008, Bleu Pétrole d’Alain Bashung m’est complètement passé à côté, simplement parce que je ne suis pas Français mais Québécois. Alain Bashung. J’avais sérieusement aucune idée que ce gars-là existait jusqu’à ce que plusieurs blogs décident de lui rendre l’hommage mentionné précédemment. Un bon mois plus tard, c’est à mon tour de dire ce que j’en pense de cet album, ma foi, très bon.

Le disque commence raide. Pas de chanson d’introduction avec crescendo, ni de skit rapide, rien. Ça débute avec une chanson rythmée à la guitare acoustique accompagnant la très forte voix de Bashung. La guitare est omniprésente tout au long de l’album, plus souvent qu’autrement acoustique et quelques fois électrique. Banjo, piano, arrangements divers sont aussi au menu. Mais ce qui m’a vraiment le plus marqué, se sont les paroles. Comme un lego est un véritable poème ultra-imagé de 9 minutes porté par l’émotion de la voix de Bashung, à la fois fantastique :
«La faiblesse des tout-puissants / Comme un lego avec du sang / La force décuplée des perdants / Comme un lego avec des dents / Comme un lego avec des mains» mais aussi terriblement terre à terre et connecté au réel : «Car si la terre est ronde / Et qu’ils s’y agrippent / Au delà c’est le vide / Assis devant le restant d’une portion de frites / Noir sidéral et quelques plats d’amibes».

Bien qu’il n’a pas été composé par lui-même mais bien par Gaëtan Roussel et Gérard Manset, le dernier disque de Bashung est très solide. Il aurait mérité sa place dans mon top 20 de l’année 2008 mais il est trop tard. Tant pis, il restera le disque caché de l’année.

Note : 4/5

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