Mot clé: folk

Owen Pallett – Heartland [2010]

Owen Pallett - HeartlandOwen Pallett
Heartland

Domino
Canada
Note : 9/10

Créature hybride composée de pop orchestrale épique, de folk subtile et d’une construction indie rock, Heartland, premier disque d’Owen Pallett sous son véritable nom, se qualifie aisément de trésor canadien laissé pour compte. Pourtant, ce mélange entre nervosité de trame sonore pour jeu vidéo et arrangements flamboyants constitue le meilleur disque en ce début d’année.

L’écoute peut s’avérer difficile, étant donné l’audace et la créativité assez avancées de l’album. L’instrumentation se compose essentiellement du violon de Pallett, d’un orchestre de Prague et d’ajouts électroniques fréquents, mais extrêmement bien dosés. S’il ne s’agit en aucun cas de musique classique, l’impression qui s’en dégage demeure semblable : celle d’être profondément touché et troublé par la majesté d’une expérience noble mais purement organique.

Par exemple, sur Lewis Takes Action, le rythme se base sur des cuivres et des cordes intermittents, laissant une bonne partie de l’espace sonore à la voix du multi-instrumentiste. Entre les blocs vocaux, des envolées de cordes dominent l’écoute, tout ça pour se terminer sur une mélodie extrêmement fantaisiste. The Great Elsewhere se compose d’une architecture électronique détachée et complexe à laquelle se greffent une batterie et l’orchestre. Ce mélange donne lieu à une escapade musicale dégringolante et inquiétante de par le mélange entre les frappes de percussions et les orchestrations magistrales, le tout assimilé à une ambiance de course contre la montre.

Lewis Takes Off His Shirt constitue un suspense auditif, avec une présence électronique nerveuse et des arrangements sublimes toujours localisés au bon moment pour créer un effet. La chanson monte en crescendo pour redescendre aussitôt, accouchant ainsi d’une sensation globale de transport maritime coincé dans le courant se brisant, au final, sur un récif rocailleux.

Un autre point fort d’Heartland, outre son improbable mélange entre folk, indie rock et pop orchestrale et sa splendeur flamboyante, est sa capacité à transporter l’auditeur dans un voyage à travers le concept du disque. La trame narrative se compose essentiellement d’un dialogue entre un violent fermier nommé Lewis et son créateur, Pallett, le tout dans un monde nommé Spectrum. Si ça peut paraître étrange, le résultat se rapproche d’un conte, hanté et tordu, à propos du contrôle et du pouvoir vis-à-vis sa propre destinée.

À travers les 12 pistes de l’album, on découvre un musicien extrêmement talentueux et inspiré, capable de mélanger des genres incongrus pour aboutir à un résultat immensément riche et surprenant. Entre l’aventure épique, l’orchestre magique, l’enchantement musical et l’alternatif, Heartland fait bande à part et impressionne grandement.

St. Vincent – Actor [2009]

stvincentactor

St. Vincent
Actor

4AD
États-Unis
Note : 9/10


J’ai un préjugé complet sur les albums dont la pochette est composée du visage de l’artiste. Il me semble que, créativement parlant, cela constitue un vide visuel profond, comme si la couverture d’un disque ne constituait uniquement d’une espèce de vitrine publicitaire qui, lorsque le consommateur se rend chez le disquaire, pourrait intercepter la pupille de l’oeil et ainsi faire gonfler les ventes d’une manière indirecte et subtile. Ce qui est probablement le cas pour les «artistes» pantins de compagnies de production et d’autres groupes capitalistes pour qui l’art n’est qu’une manière de faire de l’argent et peut être exploitée et transformée pour se fonde aux besoin du marché.

Voilà pourquoi je n’ai pas écouté le deuxième album de St. Vincent dès le début, malgré toutes les bonnes critiques que j’ai pu lire. Arrangements géniaux, voix superbe d’accord, mais vous faites quoi de SA FACE PLANQUÉE SUR LA POCHETTE? Ça ne ment jamais! J’aurais dû réfléchir : un visage sur une pochette rime avec commercialisation de la musique lorsqu’il s’agit d’un produit et non d’une oeuvre d’art. Je me suis donc fait jouer un vilain tour, pour finalement me rendre compte que Actor est un album merveilleux.

Mon idée préconçue fut brisée dès la première chanson, «The Strangers». Chanson folk assez douce, dirigée par des arpèges de guitare acoustique et rythmée par une batterie basse synthétique battant chaque temps. Alternant entre chorales et sons plus classiques, la chanson explose à 2 minutes 33 secondes après un petit crescendo. Exploser est un bien grand mot. Disons plutôt qu’elle augmente d’intensité avec la guitare électrique, l’addition d’une vraie batterie et la mélodie désormais assurée par un espèce de violon artificiel. Surprise totale, la voix d’Annie Clark était suffisamment douce pour laisser croire que les compositions de son disque seront particulièrement basées sur ce fait.

Le son de l’album est principalement caractérisé par un mélange entre ce folk plutôt doux, un peu mignon et presque juvénile tellement il peut paraître naïf. Et si ce n’était que de ce simple côté-là, Actor consisterait en un simple album folk qui se flatte bien. Mais non. Pas pour Annie Clark. Pas pour St. Vincent.

«Actor Out of Work» constitue le meilleur exemple du deuxième visage que montre ce disque. Batterie presque militaire tapant un rythme continue comme une espèce de marche rapide sur fond de guitare électrique et de trompette/guitare modifiée par ordinateur troublante et montées vocales lors du refrain faisant contre-poids aux «I think I love you / I think I’m mad» répétés.

«Black Rainbow» suit et contient des mélanges entre cordes, cuivres et flûte à bec évoluant tout en douceur vers le ciel. Mais une petite sensation torturée se cache dans l’ombre et sort du sac un peu avant la 150e seconde de la chanson et se termine en un crescendo complètement épique et troublant mêlant, et ce à l’opposé total du reste de la chanson, violons captivants et douloureux et rythme agressif et violent tenus par les tambours et guitares. Et, comme pour conclure sur la chanson suivante, Annie déclare : «Just like amnesia I’m trying to get my senses back».

Ces surprises d’instrumentation pleuvent tout au long de l’écoute de Actor. On se surprend toujours des arrangements unissant moments de tendresse menés par la charmante voix de la jeune dame et agressions musicales presque héritées de Nine Inch Nails par moments. Cocktail rafraîchissant dans le monde où la pop baigne dans crasse de sa propre répétition. Le risque est mort! Vive le risque!

Animal Collective – Merriweather Post Pavilion [2009]

animalcollectivemerriweatherpostpavillonLe premier disque que j’écoute cette année est, probablement, celui qui aura subi la plus grande hype de l’année. Qualifé de meilleur disque de l’année 2009 selon certains blogs et média, le dernier bébé d’Animal Collective se devait d’être fort. Il ne pouvait pas en faire autrement, ça aurait déçu trop de gens. Mais pas moi. Je l’avoue très franchement que ce disque est le premier du groupe que j’écoute. Je veux dire, j’ai 19 ans, je viens de découvrir donc j’ai le droit de ne pas avoir entendu ce qui venait avant. Remarquez : cela m’avantage peut-être, puisque je n’ai aucune idée des acquis du groupe, tout ce que je peux analyser en écoutant Merriweather Post Pavillon est la qualité de l’album uniquement, pas ce que le groupe est devenu et blabla. Justement, ce disque, il est comment? Très franchement, il me fait chier. Pas parce qu’il est mauvais, au contraire, c’est le meilleur disque que j’ai écouté depuis, au moins, l’année 2007. Non, ce n’est pas ça le problème. Il me fait chier parce que je n’arrive pas à lui donner une note précise.

Il est comment, donc, cet enfant chéri 2009 du web 2.0? Exceptionnel, rêveur, puissant et fantaisiste sont les mots qui me viennent le plus rapidement à l’esprit (sauf pour fantaisiste, j’ai dû y réfléchir quelque peu). La première fois que j’ai écouté le disque, je venais à peine de l’uploader sur mon Ipod et j’embarquais dans l’autobus pour un trajet d’environ 30 minutes. J’ai écouté, attendu un peu de voir ce que ces musiciens avaient à m’offrir et, à peine 2 minutes plus tard, j’avais les yeux fermés et j’étais transporté ailleurs. Blâmez In the Flowers, la chanson d’introduction. Ça monte doucement en émotions avec une arpège électronique de 3 notes magiquement planante et on se laisse charmer tranquillement, jusqu’à la 150e seconde parce que là, ça explose, ça nous renverse et nous domine, comme si la musique voulait rire de nous parce que l’on s’est laissé faire prisonnier par cette géniale chanson. Tout ça est suivi du premier simple, My Girls, grâce à une sorte d’interlude entre les deux chanson qui donne l’impression de changer de paysage.

Parce que Merriweather Post Pavillon, c’est justement cela, des paysages musicaux magnifiques. Tout au long du disque, on a l’impression d’être dans un autre monde, magique et improbable. On croirait visiter des lieux psychédéliques et à la fois exotiques, beaux, laids, rudes, doux. On dirait un monde de fantaisie, là où les montagnes sont énormes et majestueuses, là où les jungles sont à la fois dangereuses et énigmatiques, les océans remplis de surprises et le ciel mystérieux et sensible (non mais, vous voyez le genre? C’est peut-être juste moi qui a trop joué à des jeux vidéos dans son enfance mais bon, moi, je l’imagine mon monde). Chaque changement de rythme donne l’impression d’être arrivé à l’embouchure d’une nouvelle région. Chaque crescendo est comme une envolée directe pour une autre fiction, pareille mais tellement différente.

Non, vraiment, ce disque est transporteur, créatif, original, puissant et foutrement bon. Ce n’est pas ça qui me cause des soucis.

Le problème est que, donner une note à un album implique de le comparer avec les autres disques ayant la même note. C’est une façon de regrouper les créations des musiciens en un certain nombre de paquets plus ou moins comparables entre eux et avec les autres paquets. Il est où, donc, le problème? Merriweather Post Pavillon est trop bon pour mériter la note de 4.5/5, mais mérite-t-il une note parfaite, en l’occurence 5/5? Est-il assez fort pour se classer aux côtés des Kid A, Closer, Harvest, Animals, The Velvet Underground & Nico et autres chef-d’oeuvre de ce monde? Je manque certainement de temps pour juger cela. Au pire, si je ne suis pas content de ma note, je peux toujours me rectifier. Mais, dans ce cas, je raterais mon objectif d’analyse objective qui me tient à coeur. C’est peut-être ça, aussi, un chef d’oeuvre : quelque chose qui trouble celui qui l’analyse au point qu’il se sent obligé de se remettre en question. Parce que certainement, dans 5 ou 10 ans, j’analyserai différemment cet opus et aurai beaucoup plus de chance de lui donner une note plus juste. Un disque comme ça, ça prends du temps à analyser, parce que…

Ah et au diable, voilà, tu le mérite ta note parfaite Merriweather Post Pavillon. Tu as gagné. Je suis obligé de m’incliner. Tu es trop fort pour moi. 4.99/5 n’est décidément pas la note qui te convient. J’espère ne pas me planter parce que, sinon, tu seras maudit!

Note : 5/5

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