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Black Rebel Motorcycle Club – Beat the Devil’s Tattoo [2010]

Black Rebel Motorcycle Club - Beat the Devil's TattooBlack Rebel Motorcycle Club
Beat the Devil’s Tattoo

Vagrant
États-Unis
Note : 3.9/10

Le prix du pire titre d’album de l’année est remis au trio rock américain Black Rebel Motorcycle Club qui nous livre ici une galette intitulée Beat the Devil’s Tattoo. Un opus qui s’inspire du rock de la vieille école et qui ne fera certainement pas de jaloux aux artistes du genre. Jack White et ses troupes des Raconteurs, de Dead Weather et des White Stripes peuvent donc respirer en paix puisque BRMC offre malgré un bon départ une compilation de pièces redondantes qui ne feraient pas grincer d’un pouce le moteur d’une motocyclette.

Les gars et la fille en cuir de BRMC sont connus chez les Britanniques comme le groupe qui a brisé le plancher du Leeds Town Hall, une salle vieille de 150 ans. Le secret plane sur eux depuis qu’ils ont quitté la compagnie de disques RCA à la conclusion d’un mitigé quatrième album Baby 81 en 2007. L’année suivante, le groupe prend tout le monde par surprise avec The Effects of 333, un opus électronique lancé sur le Net qui est très loin des sonorités psychédéliques et rock des quatre albums précédents.

Sur cette sixième galette, le trio de San Francisco lâche l’électronique pour revenir à ses premiers amours, le rock classique. Guitare et basse bien grasse alimentent des airs de déjà-vu qui sauraient accrocher les amateurs les plus frileux de reconstitutions historiques musicales. Le problème de cet album, c’est qu’il existe déjà. On le connait sous le nom de Attack & Release des Black Keys, Cosmic Egg de Wolfmother ou Hello Master de Priestess.

Une guitare acoustique nous chante du folk à l’introduction de la première piste Beat the Devil’s Tattoo. Quatre mesures plus tard, une progression lourde en instruments électrifiés s’amorce et perdure jusqu’à la fin. Très rythmée Conscience Killer, la pièce suivante, est définitivement la plus appréciable du lot. Elle représente simplement ce que BRMC aurait voulu offrir à ses admirateurs, une trame musicale sur laquelle s’écraser violemment. Peter Hayes propose dans cette chanson de passer une soirée sans conscience et sans soucis du lendemain. Ce qui n’est pas une si mauvaise idée après tout. Le seul hic de l’histoire c’est que bien avant le lendemain ou la fin de l’album le groupe s’étouffe et ne récidive plus.

Pire encore, le trio a une prise de conscience durant la ballade folk Sweet Feeling. Dans cette pièce, ils tentent en accrochant quelques notes aiguës de créer une chanson à la Bon Iver. Il est inutile de vous dire qu’ils ratent l’occasion. Ce qui est tout de même dommage, puisque Black Rebel Motorcycle Club a déjà écrit du très bon folk. De magnifiques pièces vocales se retrouvent d’ailleurs sur Howl, l’excellent album folk du groupe en 2005, avec des morceaux comme Weight of the World et Complicated Situation.

Crise existentielle pour un groupe qui n’a rien à apprendre de la musique et qui a tout à découvrir de lui-même. Malgré ce retour fragile, BRMC a le potentiel de rebondir très bientôt avec un album plus travaillé et plus intéressant. Pour y arriver, ils devront retrouver la soif de la création qui les a habités lors des albums BRMC et Howl. S’ils n’arrivent pas à décoller en studio, au moins ils pourront se consoler et nous étonner en tournée avec leurs fameuses destructions de salles de spectacles.

Spoon – Transference [2010]

Spoon - TransferenceSpoon
Transference

Merge
États-Unis
Note : 7.5/10

En amour pour les mauvaises raisons avec la pop, le quartet américain Spoon se divorce du style et explore le thème de l’incompréhension avec Transference, son septième opus. Ici, le génie ne réside pas dans l’accroche-oreille, mais plutôt dans le plaisir de la simplicité. C’est donc dire que le groupe se secoue dans un grand café velouté qui se corse à l’occasion, mais qui ne délivre rien d’aromatisé.

Dès la première note, on le réalise. Spoon ne répète pas sa fameuse recette « pop-bonbon-alternative » qui lui a permis de quitter les bars. Kill the Moonlight et Ga Ga Ga Ga Ga, des albums qui ont été très bien évalués par des critiques de tout genre, sont loin du son moins clair et plus trash de Transference, et tant mieux. Le quartet d’Austin lève d’un cran le volume de ses guitares et présente un album plus recherché et élaboré, mais aussi moins astiqué du point de vue de la production.

Le chanteur Britt Daniels a déclaré que son groupe a voulu produire Transference pour donner une idée à ses admirateurs de ce que Spoon peut livrer lorsqu’aucune restriction n’est de mise. Le résultat est audible. Des surprises comme la voix ralentie et incompréhensible sur fond de solo dans I Saw the Light et les synthétiseurs dépolis et découpés de manière saccadée dans The Mystery Zone, agrémentent l’album sans pour autant prendre le dessus des instruments effrénés. D’ailleurs, la pièce I Saw the Light représente le principal tour de force de Transference. Morceau central de l’album, cette dernière pièce entraîne l’auditeur dans une pluie de partitions instrumentales s’enchaînant une à la suite de l’autre pour finalement se terminer dans un jam qui côtoie l’agressivité électrique de la guitare et la mélancolie du piano pendant plus de trois minutes.

De leurs côtés, les premiers simples Written in Reverse et Got Nuffin n’atteignent pas le calibre et le charisme des Out Go the Lights et The Mystery Zone qui à eux représentent de biens meilleurs moments musicaux. La ravissante ambiance de Out Go the Lights rappelle par sa lente progression les ballades populaires 1979 et Mayonnaise des Smashing Pumpkins. On peut y entendre d’intéressants détails comme le bruit ralenti d’une caisse frappée qui simule ainsi le son d’un long soupir.

Quant au titre de l’album, le mot Transference signifie l’emprisonnement psychologique dans lequel s’enferment inconsciemment certains individus pour qu’ils puissent s’attacher à une personne qui, en réalité, leur en rappelle une autre. La réalisation de cette réflexion apparaît brillamment dans les paroles de Britt Daniels comme dans la première ligne du morceau Before Destruction qui amorce l’album « Before destruction a man’s heart is haughty » (avant la destruction, le cœur d’un homme est très fier).

S’il fallait analyser l’album dans la carrière du groupe, ce septième opus représenterait pour Spoon la fin d’une belle et malsaine romance qu’il a entretenue avec la pop, mais il désignerait aussi le début d’une nouvelle ère. Malgré quelques imperfections, Transference a le potentiel de se recréer dans de futurs albums et chansons.

Vampire Weekend – Contra [2010]

Pochette de l'album Contra, par Vampire Weekend

Vampire Weekend
Contra

XL recording
États-Unis
Note : 7/10

Vampire Weekend a accompli l’exploit de maintenir secret le contenu de Contra jusqu’à environ 1 semaine avant sa sortie, c’est-à-dire lorsque le groupe a rendu disponible les chansons sur son Myspace. Ce fut peut-être une bonne chose pour ce groupe, qualifié pour se joindre à la catégorie des bands propulsés extrêmement rapidement grâce au web 2.0 et à la hype. Le mystère est donc resté entier pour, finalement, nous avoir fait saliver d’attente pour un bon disque, sans plus.

Horchata, connue du public depuis belle lurette, constitue une introduction solide au reste de l’album. Les moments moins intenses, conduits par des sonorités afro-pop basées sur une esthétique indie-rock très new-yorkaise, se retrouvent séparés par un refrain avec rythme caribéen et voix en choeur. Sans être magnifiquement entraînante, elle demeure efficace grâce aux variations de rythmes et de mélodies.

Dans le même registre on retrouve White Sky, moment léger incluant des sonorités similaires et un refrain presque comique où Ezra Koenig, chanteur et guitariste, s’amuse à pousser sa voix ridiculement aiguë. Run et Diplomat’s Son font aussi parti de cette portion plus afro-pop et, si la première constitue l’un des points forts grâce, encore, à la variété de rythmes et de sons, la seconde ennuie lors des couplets avec une mélodie simili-dub et une voix paresseuse sans énergie

Ce dernier concept demeure pourtant ce qui fait la force du groupe et celui-ci le prouve avec Cousins, chanson énergique manoeuvré avec un combo batterie-basse appuyé, par moments, par des explosions de guitare cassantes. Ezra, et le reste du groupe, semble s’amuser comme un fou à chanter à propos d’absolument rien et à crier des AY! AY! AY! jusqu’à un crescendo final accompagné de cloches de célébration.

Lorsque l’énergie manque (I Think Ur a Contra, Taxi Cab), le groupe endort avec des tentatives ratées d’Ezra de chanter bas et doucement. Musicalement, l’atmosphère de Vampire Weekend demeure, mais pas le résultat, sans nervosité ou rehaussement spontané. La saveur pop réjouissante se retrouve diluée dans des sections molles où le groupe finit par perdre son identité.

Et que dire de California English, construite sur un bon rythme mais parasitée par de l’auto-tune maladif qui gâche la voix qui, au milieu du bordel sonore, se perd et brise les sonorités pourtant bien choisies.

Par moments mal proportionné, par d’autres porteur d’une énergie pandémique doublée à une atmosphère tropicale hybride avec de l’indie rock nordique, Contra demeure un bon disque qui, par contre, risque de décevoir les plus ardents fans du premier opus.

Atlas Sound – Logos [2009]

atlassound - logosAtlas Sound
Logos

4AD
États-Unis
Note : 9/10


Bradford Cox, chanteur de la formation Deerhunter, a lancé un second album solo génial qui combine la pop indie à une atmosphère shoegaze complexe et brumeuse. Prouvant une fois de plus son génie musical, Cox emprunte les concepts de base de son groupe pour les personnaliser, les raffiner et les polir. Le résultat de cet effort donne un superbe mix entre douceur, profondeur et créativité.

Dès l’introduction The Light That Failed, une ambiance intime et conviviale, comme une petite pièce éclairée grâce à une lampe multicolore s’installe. Dominée par une mélodie répétée de guitare acoustique et dirigée par des entrées et sorties de sonorités électroniques modérées, c’est-à-dire bien dosées pour ne pas sombrer dans l’électro-pop sucré et fluo, Bradford répète encore et encore le titre de la chanson comme pour nous marteler et nous convaincre de l’ambiance. La recette se répète sur la pièce suivante, An Orchid, qui suit sans trop réellement s’afficher, comme si les deux chansons en constituaient qu’une seule.

En compagnie de Loah Lennox suit Walkabout, morceau grassement pop avec sa mélodie de presque piano joyeux, la voix de Bradford trafiquée et brumeuse et les fonds vocaux angéliques de Lennox. Tout cela évoque une renaissance pop cachée derrière des rideaux de shoegaze et des nuages d’effets postproductions cinématographiques. Il s’agit du gros point fort de l’album : la capacité du leader de Deerhunter à embrouiller ses créations douces et timides dans un enveloppe de sons électroniques opaques, de voix harmonieuses éjectées de nulle part ou de guitare rythmée.

Les morceaux du disque s’emboîtent l’un dans l’autre pour former une mosaïque de sons qui s’entremêlent. Chaque envolée pop est maîtrisée par une structure, des sonorités ou des mélodies hors du commun bien dosées de par leur diversité. L’album s’écoute d’un bout à l’autre sans que l’on réalise les changements de chanson tellement tout est bien calculé et mélangé subtilement.

Bradford Cox possède un génie créatif musical parmi les plus puissants de cette fin de décennie. En solo ou avec Deerhunter, le mec repousse les limites de l’alternatif avec son shoegaze pop faussement électro et probablement indie. Une barrière de plus de brisée avec ce disque.

Dinosaur Jr. – Farm [2009]

dinosaurjrfarm

Dinosaur Jr.
Farm

Jagjaguwar
États-Unis
Note : 8.5/10


Dinosaur Jr.. C’est un fait connu que Jay Mascis a très largement contribué à créer un son typique du son alternatif grâce, entre autres, à l’utilisation de la Fender Jazzmaster. En découle le son de Sonic Youth puisque, à la fois Thurston Moore et Lee Ranaldo utilisent cette guitare depuis qu’ils ont découvert ce dont étaient capables Mascis et son arme de prédilection. Et que dire de Kevin Shields, principal artisan derrière My Bloody Valentine, lui aussi fan de la Jazzmaster (et des pédales d’effet qui n’en finissent plus)?

Il s’agit ici de trois groupes majeurs pour la musique alternative des années 80 à nos jours. L’utilisation massive de distorsion dans la guitare, les feedbacks, les murs de son bref, depuis You’re Living All Over Me, on entend l’héritage de Dinosaur Jr. un peu partout. Et c’est sans compter ici la valorisation du lead guitar qui peut souvent être absent dans ce courant musical (Interpol, quelqu’un?). Mais avant toutes choses, Dinosaur Jr. a produit plusieurs disques de qualité, dont celui-ci, Farm.

Dès «Pieces», pièce d’introduction, ça sonne fort. Accords barrés remplis de fuzz sur une batterie tappante suivies de la voix, très mélancolique et toujours aussi cassante de Mascis. Aux accords rythmiques se succèdent des passes de mélodies rock sans crier gare, passant de l’un à l’autre sans avertissements pour créer une chanson de rock, point final. Et merde, c’est bon. Rien de surproduit, rien de trop poussé, aucune tentative de vernir le tout pour mieux faire passer tout ça à la radio. Non, du rock bruyant, solide et captivant. «I Want You to Know», «Friends» et «There’s No Here» se classent parmi la même catégorie de chansons. Structures éclatées mais pas trop, passages forts et bruyants, solos parfois trop longs.

Parfois ça va être plus noisy. «Plans», du haut de ses 6 minutes 42 secondes de durée, crée l’émotion grâce au timbre de voix de Mascis qui se fond complètement avec les accords bruyants de guitare et les cassures mélodiques lentes et pleines de tremolo en alternance. Mélangeons à cela des paroles profondes et émotives («I got nothing left to be/Do you have some plans for me?/I know you do/I know you do» et on obtient une réussite touchante de par l’atmosphère rendue par l’émotion absorbée par le bruit ambiant qui, tout en tentant d’enterrer la voix de Mascis, la rend plus forte et lui donne du sens, comme crier dans un oreiller.

«Your Weather» s’inscrit dans le même registre, avec une intro de guitare très smog-ish, des couplets avec deux pistes de guitares séparées dans chaque canal sur fond de batterie roulante. Chaque passage se fait barrer la route par la réapparition du riff d’introduction, jusqu’au refrain qui monte en crescendo pour finir sur des solos de guitare qui cessent, reviennent et retournent au refrain. Situation semblable pour «Over It», où Mascis fait sonner ses cordes de façon explosive dans les refrains. La mélodie se compose d’un riff en wah-wah et le refrain coupe brusquement le rythme en le faisant décoller avec des trombes de tambour.

Ce qui fait que cet album est un aussi solide disque de rock alternatif repose essentiellement sur les concepts même du rock. Lead guitar, basse, batterie, distortion, feedback et autres caractéristiques de ce genre de musique sont présentes mais, contrairement à Nickelback ou tout autre groupe plastique filtré plusieurs fois en studio pour assuré d’une qualité de son ridiculement artificielle, il ne s’agit pas d’un pur produit élaboré par un esprit marchand d’un major quelconque.

Alors qu’ils auraient bien pu se concentrer sur des refrains accrocheurs, des couplets s’envolant en crescendo, des solos après chaque second refrain, les membres heureusement réunis de Dinosaur Jr. ont tout simplement relâché un disque de rock alternatif dans toute sa splendeur, démontrant que la musique n’est pas que du divertissement mais plutôt quelque chose de culturel et d’artistique représentant les identités des civilisations.

St. Vincent – Actor [2009]

stvincentactor

St. Vincent
Actor

4AD
États-Unis
Note : 9/10


J’ai un préjugé complet sur les albums dont la pochette est composée du visage de l’artiste. Il me semble que, créativement parlant, cela constitue un vide visuel profond, comme si la couverture d’un disque ne constituait uniquement d’une espèce de vitrine publicitaire qui, lorsque le consommateur se rend chez le disquaire, pourrait intercepter la pupille de l’oeil et ainsi faire gonfler les ventes d’une manière indirecte et subtile. Ce qui est probablement le cas pour les «artistes» pantins de compagnies de production et d’autres groupes capitalistes pour qui l’art n’est qu’une manière de faire de l’argent et peut être exploitée et transformée pour se fonde aux besoin du marché.

Voilà pourquoi je n’ai pas écouté le deuxième album de St. Vincent dès le début, malgré toutes les bonnes critiques que j’ai pu lire. Arrangements géniaux, voix superbe d’accord, mais vous faites quoi de SA FACE PLANQUÉE SUR LA POCHETTE? Ça ne ment jamais! J’aurais dû réfléchir : un visage sur une pochette rime avec commercialisation de la musique lorsqu’il s’agit d’un produit et non d’une oeuvre d’art. Je me suis donc fait jouer un vilain tour, pour finalement me rendre compte que Actor est un album merveilleux.

Mon idée préconçue fut brisée dès la première chanson, «The Strangers». Chanson folk assez douce, dirigée par des arpèges de guitare acoustique et rythmée par une batterie basse synthétique battant chaque temps. Alternant entre chorales et sons plus classiques, la chanson explose à 2 minutes 33 secondes après un petit crescendo. Exploser est un bien grand mot. Disons plutôt qu’elle augmente d’intensité avec la guitare électrique, l’addition d’une vraie batterie et la mélodie désormais assurée par un espèce de violon artificiel. Surprise totale, la voix d’Annie Clark était suffisamment douce pour laisser croire que les compositions de son disque seront particulièrement basées sur ce fait.

Le son de l’album est principalement caractérisé par un mélange entre ce folk plutôt doux, un peu mignon et presque juvénile tellement il peut paraître naïf. Et si ce n’était que de ce simple côté-là, Actor consisterait en un simple album folk qui se flatte bien. Mais non. Pas pour Annie Clark. Pas pour St. Vincent.

«Actor Out of Work» constitue le meilleur exemple du deuxième visage que montre ce disque. Batterie presque militaire tapant un rythme continue comme une espèce de marche rapide sur fond de guitare électrique et de trompette/guitare modifiée par ordinateur troublante et montées vocales lors du refrain faisant contre-poids aux «I think I love you / I think I’m mad» répétés.

«Black Rainbow» suit et contient des mélanges entre cordes, cuivres et flûte à bec évoluant tout en douceur vers le ciel. Mais une petite sensation torturée se cache dans l’ombre et sort du sac un peu avant la 150e seconde de la chanson et se termine en un crescendo complètement épique et troublant mêlant, et ce à l’opposé total du reste de la chanson, violons captivants et douloureux et rythme agressif et violent tenus par les tambours et guitares. Et, comme pour conclure sur la chanson suivante, Annie déclare : «Just like amnesia I’m trying to get my senses back».

Ces surprises d’instrumentation pleuvent tout au long de l’écoute de Actor. On se surprend toujours des arrangements unissant moments de tendresse menés par la charmante voix de la jeune dame et agressions musicales presque héritées de Nine Inch Nails par moments. Cocktail rafraîchissant dans le monde où la pop baigne dans crasse de sa propre répétition. Le risque est mort! Vive le risque!

Jeepster – What if all the Rebels Died? [2009]

jeepsterwhatifalltherebelsdied

Jeepster
What if All the Rebels Died?

Distile
États-Unis
Note : 7.5/10


La Californie possède un charme particulier. Avec le caricatural Arnold Schwarzenegger à sa tête, cet État constitue un paradoxe en lui-même : dirigé par un républicain, possède un passé considéré progressiste avec des histoires de présences étudiantes, homosexuelles ou autres groupes ne faisant pas parti de la majorité silencieuse appuyant Nixon, berceau des nouvelles technologies à la Google et Yahoo, deux superpuissances exemplaires de cette région cerveau qualifiée d’environnementaliste mais dont les meilleurs fleurons sucent l’énergie électrique et consomment sans modération dans une ère où l’habitat des êtres humains semble posséder un futur incertain.

Si j’introduis mon article par une comparaison du spectre gauche-droite californien, c’est pour deux raison. Premièrement, oui, Jeepster est basé en Californie. Le contraire aurait mené à une introduction encore plus hors-sujet, chose presque blasphématoire étant donné que celle-ci l’est déjà beaucoup. Ensuite, pour mettre en évidence le concept de paradoxe, puissant en Californie, tout comme dans ce disque, What if all the Rebels Died? de Jeepster.

Jeepster, c’est deux anciens membres de O!The Joy renforcés par Jonah Wales (sans lien de parenté avec le Prince of Wales). Jeepster, c’est de la pop aux influences très années 70. Dès l’introduction «A Day in the Dark», les synthétiseurs sont mis de l’avant en jouant le rôle de mélodie de tête, avec basse et batterie dans le rôle de section rythmique. Couplet, refrain couplet, refrain, pont musical alliant tambours roulants et bruits étranges et passages similaires au couplet. Le reste de la chanson se continue comme la base, tout en proposant des arrêts rythmiques  créant un effet mélodique supplémentaire.

S’ensuit «Don’t Go Too Far», avec le même synthétiseur, cette fois basé sur une batterie roulante variant avec un rythme plus conventionnel. Ce qui surprend, c’est l’efficacité de la simplicité proposée ici. Chansons courtes avec structures moyennement conventionnelles et parfois plus éclatées, instrumentation de base avec guitare, batterie, basse et clavier, influences rock et pop des années 70 et, dans une moindre mesure, les années 2000 (on retrouve un peu de The Walkmen dans les arrangements parfois) et voix en falsetto fantomatique enregistrée avec beaucoup de hautes fréquences.

Si la musique de Jeepster peut, à première vue, sembler facile, plus profondément ça semble différent. Le disque est très court (29 minutes 57 secondes réparties en 10 chansons), permettant ainsi de puncher les chansons sans les étirer inutilement. Le groupe joue ce qu’il a a joué sans faire de copier coller pour doubler le temps d’écoute. Que ce soit des moments plus instrumentaux ou dans les chansons pop plus conventionnelles, Jonah Wales et sa band ont concocté un bon mélange de simplicité et d’efficacité. Ce n’est peut-être pas aussi paradoxal que la Californie, ça demeure quand même surprenant. À écouter plusieurs fois, question de bien assimiler la musique.

…And You Will Know Us By The Trail Of Dead – The Century of Self [2009]

andyouwillknowusbythetrailofdeadthecenturyofself10 mots, c’est vachement long pour un nom de groupe. Et quand ça commence avec des points de suspension, en plus, ça ne peut être rien d’autre qu’un groupe d’indie rock. Ce n’est certainement pas un petit band rock post-grunge radiophonique merdique qui se choisirait un nom du genre, ça serait trop dur à retenir. Donc, Trail of Dead, c’est du indie rock avec 2 batteurs et plein de musiciens. Après de courtes recherches sur leur passé, j’ai remarqué qu’ils avaient, à leur actif, un certain Source Tags & Codes, très bien coté et apprécié un peu partout chez les critiques. Je me suis donc lancé dans leur dernier disque, The Century of Self, en espérant découvrir quelque chose de bien.

J’ai été assez bien servi. Les genres se mélangent bien, passant d’indie rock pur à des passages plus progressifs ou noisy. Isis Unveiled, d’une durée de 6 minutes et demi, est séparée en plein milieu par un long passage en decrescendo, le genre qui va plaire à ceux qui détestent les structures de chansons plates et trop rapides. Ça descend, ça descend, pour finalement revenir aux musicalités de départ, intense et rock. Pareillement pour Far Pavilions. Fields of Coal est une hymne, avec chorale, moments de grandeurs habituels et montée en puissance, bien agréable. Vers la fin, on nous propose un microcosme de 4 chansons, dont une micro-intro et une micro-outro au piano, moitié avec aspirations à la splendeur un peu cliché, moitié avec objectif émotif atteint. An August Theme pourrait bien être la chanson de menu d’un jeu de rôle moyen pour Playstation tellement ses arrangements de cordes sont grands à la manière d’un monde fantaisiste.

Qu’à cela ne tienne : on a affaire à de la bonne musique. Rien de trop exceptionnel, rien de trop nouveau, très simplement un bon disque dans son ensemble. Séparées, les chansons semblent ne pas être bâties sur grand chose mais, lorsqu’observé comme un tout, c’est solide. De moments atmosphériques planants à passages rock carré, The Century of Self est parfait pour les amateurs d’indie rock. Ce n’est peut-être pas Source Tags & Code que, personnellement, je n’ai même pas écouté (je me fis à la critique des autres, chose dangereuse!) mais, on peut difficilement reprocher à l’album un manque de solidité.

Note : 3.5/5

Animal Collective – Merriweather Post Pavilion [2009]

animalcollectivemerriweatherpostpavillonLe premier disque que j’écoute cette année est, probablement, celui qui aura subi la plus grande hype de l’année. Qualifé de meilleur disque de l’année 2009 selon certains blogs et média, le dernier bébé d’Animal Collective se devait d’être fort. Il ne pouvait pas en faire autrement, ça aurait déçu trop de gens. Mais pas moi. Je l’avoue très franchement que ce disque est le premier du groupe que j’écoute. Je veux dire, j’ai 19 ans, je viens de découvrir donc j’ai le droit de ne pas avoir entendu ce qui venait avant. Remarquez : cela m’avantage peut-être, puisque je n’ai aucune idée des acquis du groupe, tout ce que je peux analyser en écoutant Merriweather Post Pavillon est la qualité de l’album uniquement, pas ce que le groupe est devenu et blabla. Justement, ce disque, il est comment? Très franchement, il me fait chier. Pas parce qu’il est mauvais, au contraire, c’est le meilleur disque que j’ai écouté depuis, au moins, l’année 2007. Non, ce n’est pas ça le problème. Il me fait chier parce que je n’arrive pas à lui donner une note précise.

Il est comment, donc, cet enfant chéri 2009 du web 2.0? Exceptionnel, rêveur, puissant et fantaisiste sont les mots qui me viennent le plus rapidement à l’esprit (sauf pour fantaisiste, j’ai dû y réfléchir quelque peu). La première fois que j’ai écouté le disque, je venais à peine de l’uploader sur mon Ipod et j’embarquais dans l’autobus pour un trajet d’environ 30 minutes. J’ai écouté, attendu un peu de voir ce que ces musiciens avaient à m’offrir et, à peine 2 minutes plus tard, j’avais les yeux fermés et j’étais transporté ailleurs. Blâmez In the Flowers, la chanson d’introduction. Ça monte doucement en émotions avec une arpège électronique de 3 notes magiquement planante et on se laisse charmer tranquillement, jusqu’à la 150e seconde parce que là, ça explose, ça nous renverse et nous domine, comme si la musique voulait rire de nous parce que l’on s’est laissé faire prisonnier par cette géniale chanson. Tout ça est suivi du premier simple, My Girls, grâce à une sorte d’interlude entre les deux chanson qui donne l’impression de changer de paysage.

Parce que Merriweather Post Pavillon, c’est justement cela, des paysages musicaux magnifiques. Tout au long du disque, on a l’impression d’être dans un autre monde, magique et improbable. On croirait visiter des lieux psychédéliques et à la fois exotiques, beaux, laids, rudes, doux. On dirait un monde de fantaisie, là où les montagnes sont énormes et majestueuses, là où les jungles sont à la fois dangereuses et énigmatiques, les océans remplis de surprises et le ciel mystérieux et sensible (non mais, vous voyez le genre? C’est peut-être juste moi qui a trop joué à des jeux vidéos dans son enfance mais bon, moi, je l’imagine mon monde). Chaque changement de rythme donne l’impression d’être arrivé à l’embouchure d’une nouvelle région. Chaque crescendo est comme une envolée directe pour une autre fiction, pareille mais tellement différente.

Non, vraiment, ce disque est transporteur, créatif, original, puissant et foutrement bon. Ce n’est pas ça qui me cause des soucis.

Le problème est que, donner une note à un album implique de le comparer avec les autres disques ayant la même note. C’est une façon de regrouper les créations des musiciens en un certain nombre de paquets plus ou moins comparables entre eux et avec les autres paquets. Il est où, donc, le problème? Merriweather Post Pavillon est trop bon pour mériter la note de 4.5/5, mais mérite-t-il une note parfaite, en l’occurence 5/5? Est-il assez fort pour se classer aux côtés des Kid A, Closer, Harvest, Animals, The Velvet Underground & Nico et autres chef-d’oeuvre de ce monde? Je manque certainement de temps pour juger cela. Au pire, si je ne suis pas content de ma note, je peux toujours me rectifier. Mais, dans ce cas, je raterais mon objectif d’analyse objective qui me tient à coeur. C’est peut-être ça, aussi, un chef d’oeuvre : quelque chose qui trouble celui qui l’analyse au point qu’il se sent obligé de se remettre en question. Parce que certainement, dans 5 ou 10 ans, j’analyserai différemment cet opus et aurai beaucoup plus de chance de lui donner une note plus juste. Un disque comme ça, ça prends du temps à analyser, parce que…

Ah et au diable, voilà, tu le mérite ta note parfaite Merriweather Post Pavillon. Tu as gagné. Je suis obligé de m’incliner. Tu es trop fort pour moi. 4.99/5 n’est décidément pas la note qui te convient. J’espère ne pas me planter parce que, sinon, tu seras maudit!

Note : 5/5

Kanye West – 808’s and Heartbreaks [2008]

kanyewest808andheartbreaksTout bonnement, comme ça, Kanye West s’est imposé comme l’une des plus grandes puissances du hip-hop de la présente décénnie. Avec 3 excellents disques, chacun ayant été acclamé autant par les critiques et par les fans, monsieur West, probablement le plus geek des rappeurs, a tout pour être heureux : argent, grande maison bref, le bonheur capitaliste parfait. Tout bonnement, comme ça, Kanye a lancé son quatrième album dans la foulée de la préparation des palmarès de l’année (ce qui lui a empêché d’être dans le mien, je l’avais pas assez écouté). Tout bonnement, comme ça, mais avec des avertissements, le titan a changé de style. Il a décidé de faire différent, de créer quelque chose d’autre qui ne ressemblerait pas à son style habituel. Car, malgré son immense succès, l’homme a du affronter des épreuves, comme la mort de sa mère quelque part entre son 3e et 4e disque. Alors on en est là, un 808’s and Heartbreaks qui ressemble plus à un album hors-série, un espèce de disque bonus qui ne s’inclut pas vraiment dans la discographie de West mais qui réussit magnifiquement à prouver son immense talent. Car il en a, le jeune homme.

Les grosses différences entre cet album est les autres de Kanye sont les suivantes : remplacement de vocals rappés et de beats hip-hop par du RnB noir, un peu atmosphérique et profond, l’utilisation du vocodeur sur pratiquement toutes les voix de l’album et des pistes se regroupant autour des thèmes de la peine d’amour, de la tristesse, des mauvais côtés de la célébrités et autres trucs du genre. Donc, ça fait quoi exactement, un Kanye West en pleurs?

Ça débute son disque par une chanson lente, poussée par de petits sons électroniques, une chorale synthétisée et un chant robotique à la Daft Punk. Il en résulte 6 minutes 18 secondes déroutantes, inatendues qui tire sa mélodie de la profonde noirceur dégagée plus que de l’explosion musicale qui ne viendra jamais. S’ensuit la très bonne Welcome to Heartbreak, plus rythmée que la précédente mais gardant la même palette de couleurs comme ambiance. On y retrouve des paroles assez surprenante : « My friend showed me pictures of his kids / And all I could show him was pictures of my cribs / He said his daughter got a brand new report card / And all I got was a brand new sports car », qu’on aurait peut-être jamais cru pouvoir sortir de la main de Kanye. Plus loin, Love Lockdown, avec son rythme lent, sombre et propulsé uniquement par 2 notes de basse électronique et un petit riff de piano, est un single excellent avec son refrain explosif qui met en scène des tambours africains mélodiques et puissants. Paranoid fait un peu contraste avec ce qui a été dit jusqu’à présent, avec son aura électro-pop fluo et la rapidité du tempo.

Robocop démarre avec un beat qui pourrait aller jusqu’à faire penser à Nine Inch Nails pour ensuite dramatiquement donner la place à des orchestrations de cordes allant très hautes et suivant la rythmique de départ. Street Light pourrait presque se qualifier de noise-RnB (!) avec le bruit de fond ultra-permanant tout au long de la chanson. Mentionnons aussi See You in my Nightmares, en collaboration avec Lil Wayne, morceau de pop-électronique noir suivant logiquement le reste de l’album.

On en conclut quoi alors? Disons que Kanye West n’avait vraiment pas besoin de prouver son talent puisqu’il l’avait déjà fait avec ses précédents opus. Non, ici, il prouve être capable d’une puissante diversité, qu’il ne se répétera pas et que le conventionnel n’est pas vraiment le manteau qu’il aime porter. Le minimalisme des 11 chansons de l’album est surprenant et agréable. Ça peut devenir un peu redondant à la longue, par contre. Tout de même, malgré que ce soit le pire album de Kanye West depuis le début de sa carrière, il n’a vraiment rien à se reprocher, ce disque est bon, même s’il ne tournera pas autant dans les clubs.

Note : 3.5/5

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