Mot clé: électronique

Hot Chip – One Life Stand [2010]

Hot Chip - One Life StandHot Chip
One Life Stand

EMI
Grande-Bretagne

voici une critique concept : un double-avis partagé avec Olivier de Five Minutes

Avis de Feu à volonté!

À mi-chemin entre musique de danse, électro-pop futuriste et musique de fond presque quétaine, One Life Stand, dernier effort de Hot Chip, accumule les moments négligeables et laisse de côté les meilleurs attributs musicaux au profit de quelque chose d’ennuyeux et de répétitif. En résulte un album profondément inégal à la limite du négligeable.

Thieves in the Night, pièce d’introduction, démarre sur un synthétiseur spatial avant de se faire prendre en charge par un kick et une mélodie de basse électronique, le tout agrémenté d’une voix raisonnablement aiguë. Le mélange s’écoute suffisamment bien pour mériter de se faire qualifier d’électro pop de qualité. Hand me Down Your Love s’inscrit dans un registre moyen, avec son rythme de batterie commun et sa trame mélodique empreinte de répétitions.

Du bon côté de la médaille on retrouve I Feel Better qui, malgré son auto-tune exécrable et son rythme de base assuré par un clavier transformé en cordes synthétiques débordantes de reverb caramélisé, accomplit l’exploit de transformer ces deux défauts en qualités grâce à un rythme constant qui donne envie de danser. S’ensuit One Life Stand, piste titre de l’album. Menée par un arsenal de mélodies basses, celle-ci s’écoute merveilleusement bien lorsque le temps est venu de donner une ambiance électro-futuriste. We Have Love possède le même genre de qualité, avec un certain cachet de piste de danse supplémentaire.

Malheureusement, le reste de l’album laisse à désirer. Brothers constitue un morceau incroyablement fromagé d’électro-pop répétitive à l’atmosphère légère mais redondante. Le résultat est pire sur Slush, avec aucun enthousiasme musical ou rebondissement captant l’attention. Alley Cats, Keep Quitet et Take It In demeurent tout autant redondantes et musicalement négligeables. Pourtant, rien sur l’album n’est vraiment mauvais ; on a simplement l’impression d’entendre quelque chose de bien composée mais avec trop de déjà vu.

Note : 6.5/10

Avis de Fives Minutes

Trêve de bavardages, parlons musique immédiatement! Les anglais de Hot Chip ne sont presque plus à présenter, leur électro-pop ayant pour moi atteint les sommets avec l’excellent The Warning en 2006. Ajoutons-y un premier album encourageant en 2004, Coming on strong, un troisième opus que j’avais trouvé moins novateur en 2008, Made in the Dark, et une pelletée de remixes et on obtient un groupe chéri de la critique musicale. Arrive donc ce quatrième opus très attendu : que va nous réserver la bande à Alexis Taylor et Joe Goddard (qui fin 2009 a sorti un sublime album solo intitulé Harvest Festival que je vous conseille fortement d’aller écouter)? A voir la pochette de l’album qui pourra figurer dans le top des « pochettes les plus laides de l’année », les anglais sembleraient annoncer qu’ils ont perdu la tête et qu’ils veulent donc nous surprendre.

Le moins que l’on puisse dire c’est qu’en effet les premières écoutes m’ont littéralement désarçonné et à dire vrai déçu. La veine électro s’est doucement laissée voler la vedette par l’influence pop, de même que la volonté de taquiner les dancefloors s’est fortement accentuée. Similitude de parcours avec un Calvin Harris, si j’exagère au maximum. Cependant, une fois le postulat d’électro pop pleinement accepté, il ne reste plus qu’à savourer le talent de nos anglais qui, même s’ils tombent un peu dans la facilité dans certains titres, regorgent d’inventivité.

Thieves in the Night tape juste d’entrée. Un beat oppressant et des synthés qui entrent en contraste avec la voix lumineuse et si pop d’Alexis Taylor. Une rythmique très rapide, des synthés un peu vintage omniprésents au service d’un refrain pop vite addictif. Titre électro-pop, marqué du sceau de la mélodie et du contraste, cette sucrerie se savoure sans retenue.

Hand me Down Your Love vient vite atténuer cette première très bonne impression. Morceau assez mou qui répète à n’en plus pouvoir le titre, on garde la fâcheuse impression d’un titre inachevé. Heureusement, on peut se rattacher au très beau refrain porté par les violons qui offre une trouée de soleil dans la grisaille monotone de ce morceau. I Feel Better résume assez clairement, quant à lui, les sentiments contraires qui m’animent à l’écoute de cet album. La voix est pop à l’excès, l’univers instrumental grandiloquent mais assez simplifié, l’utilisation de l’auto-tune contestable mais la mélodie s’insinue subrepticement en nous au fil des écoutes, on se surprend alors à chantonner.

Le beat addictif de One Life Stand et son univers plus sombre nous rassurent, Hot Chip n’a pas perdu son talent pour les titres plus électro. Même le refrain plus lumineux s’inscrit parfaitement dans l’univers du titre. Ce  talent électro jaillira de nouveau avec le superbe Take it in, véritable joyau des dancefloors qui clôture l’album tout en beauté.

La deuxième partie de One Life Stand est moins homogène et plus variée. Brothers séduit par son contraste entre un beat de fond et des choeurs où apparaît une voix féminine quand surgit Slush qui demeure pour moi un véritable point d’interrogation. Cette ballade qui se présente presque comme un appel du pied fait  à la hype de la folk expérimentale des Grizzly Bear s’est perdue au milieu de l’album, morceau certes pas désagréable mais qui ne répond pas à la dynamique de l’ensemble. Alley Cats s’écoute sans sourciller quand l’attention se réveille à l’écoute de We Have Love, superbe morceau porté par une rythmique plus affirmée et des sonorités électros. Les picotements dans les jambes font leur apparition et l’envie de danser devient obsédante, tout de suite atténuée par l’univers instrumental très sombre de Keep Quiet, que n’aurait pas renié Massive Attack.

Hot Chip aura pris plaisir à jouer avec nos envies tout au long de cet opus en alternant morceaux clairement pop et bijoux électros. L’impression que le groupe n’a pas réussi à choisir une ligne directrice reste en arrière-plan mais il est incontestable que, dans la catégorie pop influencée par les sonorités dance, cet album est une belle réussite. Finalement, on ne peut que féliciter nos anglais d’avoir pris le risque d’innover.

Four Tet – There Is Love in You [2010]

Four Tet - There Is Love in YouFour Tet
There Is Love in You

Domino
Grande-Bretagne
Note : 8.5/10

Avant d’écouter et avant même de scruter le nom des chansons de There is Love in You, j’ai regardé la pochette. Non pas que regardé, mais assurément apprécié cette jaquette où l’on voit une répartition de petites images ovales se baladant sur fond noir comme de petits souvenirs dans notre mémoire. La couverture figurant fièrement au-dessus de la dernière galette du Londonien Kieran Hebden, rebaptisé Four Tet à l’occasion de certains albums électroniques, exprime tout simplement l’essentiel de l’album : une collection de petites bulles sonores s’activant à former un tout esthétique bien calculé.

Ce n’est qu’après nous avoir suffisamment intrigué le regard que There is Love in You se met à l’œuvre pour offrir ce qu’il fait de mieux, un massage auditif. Il ne faut pas s’attendre à des éclats dignes des pistes de danse ou encore à des refrains extatiques. Non, Four Tet assure plutôt une réponse aux frénétiques de musique électronique ambiante dûment travaillée.

Sur Angel Echoes, première pièce de cet album, un sentiment de déjà-vu s’installe. Le découpage d’une voix rappelant le calibre d’Imogen Heap  débute à l’arrière-plan de la pièce pour finalement s’incorporer lentement à la tête du morceau. Cette partition vocale habilement répartie par Kieran Hebden nous chante avec sincérité « There is love . . . in you », le titre de l’album.

S’il devait y avoir une pièce maîtresse à la dernière œuvre de Four Tet, il s’agirait sans aucun doute de la seconde pièce, Love Cry. On peut y entendre un morceau de percussion aux sonorités latines qui n’est pas sans rappeler She Wants to Move, le succès thématique du groupe hip-hop NERD. Parfaite pour une marche ou une promenade en automobile, cette deuxième pièce installe réellement l’ambiance que préserve le reste de l’album avec d’autres bons coups, comme Plastic People et la très mélancolique She Just Likes to Fight.

Fait intéressant, les titres des pièces s’assombrissent au fur et à mesure que l’album avance. Ainsi, l’écho que jadis chantait un ange lors de la première pièce, se transforme en douloureuse bataille avec « elle » dans She Just Likes to Fight. Comme si le souvenir d’une relation nous revenait d’abord à l’esprit comme un moment lumineux pour finalement s’assombrir dans la nostalgie de la fin.

C’est lors de diverses tentatives dans des clubs londoniens que Kieran Hebden en est venu à finalement achever cette expérience électronique très particulière qu’il mène depuis la sortie de l’EP Ringer en 2008. Avec la réussite de There is Love in You, il faut espérer que Four Tet en a encore pour longtemps à mixer ses petites bulles auditives intemporelles.

Numéro# – Sport de combat [2009]

numéro#sportdecombat

Numéro#
Sport de combat

Saboteur
Québec
Note : 6.5/10


Il y a trois ans, Numéro# lançait son premier disque, L’idéologie des stars, sur la même étiquette que Dj Champion, Saboteur. Dans cette œuvre se trouvait le single qui a occupé plusieurs heures de temps d’antenne sur les plateformes médiatiques ciblant surtout les jeunes et qui fut enregistrée avec Omnikrom : Chewing gum fraise. Avec son vidéoclip carrément quétaine, sa base pop-électronique années 80 et son sujet adolescent et naïf, Chewing gum fraise ne représentait pas grand chose du reste de l’album de ce groupe. En fait, si l’instrumentation demeurait la même, c’est-à-dire basée sur des musiques synthétiques, synthétisées et informatisées, les thèmes variaient d’un extrême à l’autre puisque l’essence du disque reposait sur le sarcasme et le cynisme vis-à-vis les élites de la société. Attaquant tour à tour le snobisme de certains intellectuels se croyant au-dessus de la mêlée, les artistes se pensant cool  et ainsi de suite, Pierre Crube et Jérôme Rocipon tentèrent une manœuvre périlleuse : critiquer la pop tout en faisant de la pop. Visiblement, l’objectif a été atteint et, trois ans plus tard, Sport de combat, leur deuxième opus, voit le jour. Force est de constater que le groupe a changé de voie.

Pour remplacer les paroles satiriques et les assauts verbaux, Jérôme a écrit des textes tournant plutôt autour de ses angoisses et de ses peurs. Évidemment, la musique a prit le même tournant et les arrangements fluos sont désormais plus sombres et agressifs. Le premier titre de l’album, Tonton klaxonne, constitue un single à part entière avec sa mélodie électronique rapide en double-croche, les tambours alternants entre notes hautes et notes basses à chaque temps, la structure de chanson traditionnelle avec bridge après le deuxième refrain et le refrain, justement, accrocheur à souhaits. On sent que Pierre Crube, artisan du niveau musical du groupe et producteur, a peaufiné sa technique d’échantillonnage. Les textures de son se retrouvent bien rodées et souvent beaucoup plus profondes que ce que la musique pop a à offrir lorsque l’on regarde du côté des stations radiophoniques. Synthétiseurs agressifs, envolées saturées, relais mélodiques entre pistes de sons, en général Crube a fabriqué des plateaux musicaux soutenant convenablement la voix de son camarade.

L’ambiance de l’album tourne autour des questions majoritairement émotionnelles posées par Jérôme. Sur Tout est parfait, la mélodie électronique basse et effréné supporte les paroles un peu simplistes du chanteur : « Tout est parfait/digne, héroïque/pourquoi vivre autrement? ». Ce genre de réflexion existentielle abonde dans les paroles un peu partout tout au long des 38 minutes et 55 secondes composant l’album. Les thèmes alternent autour du sarcasme rôdant autour des bases de la société, l’homme perdu sur une île incapable de retourner sur la terre ferme, le mensonge, l’angoisse et la transformation, des êtres humains, en machine à consommer. Et sur ce point, Numéro# garde sa verve de base en critiquant, sur des points différents, des problèmes de notre société post-moderne et consommatrice.

Tout de même, certaines pistes sont moins sombres musicalement. Angoisse, paresse, panique, malgré son titre froid, possède un refrain accrocheur grâce aux envolées magiquement efficaces évoluant en crescendo avant de tomber dans un bridge nerveux à deux arpèges. Faux tempo base sa progression sur un piano modifié et une sympathique mélodie synthétique très années 80 avant de sombrer dans une très réussie cassure rythmique passant du bas niveau à un sommet d’ambiance mélangeant le piano et les paroles rêveuses de Jérôme se terminant avec la fin de la chanson.

Il est important de l’avouer : Numéro# constitue un groupe pop bien au-dessus de la moyenne dans ce genre de style. Si, la plupart du temps, ce type d’artiste se contente de concepts et de structures constructrices empruntées à la radio, Jérôme et Pierre font de leur mieux pour faire les saumons et remonter la rivière à contre-courant. Si c’est parfois efficace, parfois ça l’est moins. L’auto-tune, popularisée par Kanye West, T-Pain et autres, aurait facilement pu être mise à la poubelle étant donné que Jéröme est suffisement apte à faire vibrer ses cordes vocales sans l’aide d’un codec informatique pour ajuster son timbre. Lorsque le duo n’invente pas quelques chansons dénonçant la société dans laquelle il vit, il s’approprie quelque peu les mauvais côtés de cette culture. On aime Numéro# pour leurs propos intelligents rythmées sur des musiques accrocheuses mais, sur ce disque, ils prouvent qu’ils abaissent parfois leurs gardes intellectuelles pour devenir des produits de la société. Comme quoi tout le monde est humain.

Animal Collective – Merriweather Post Pavilion [2009]

animalcollectivemerriweatherpostpavillonLe premier disque que j’écoute cette année est, probablement, celui qui aura subi la plus grande hype de l’année. Qualifé de meilleur disque de l’année 2009 selon certains blogs et média, le dernier bébé d’Animal Collective se devait d’être fort. Il ne pouvait pas en faire autrement, ça aurait déçu trop de gens. Mais pas moi. Je l’avoue très franchement que ce disque est le premier du groupe que j’écoute. Je veux dire, j’ai 19 ans, je viens de découvrir donc j’ai le droit de ne pas avoir entendu ce qui venait avant. Remarquez : cela m’avantage peut-être, puisque je n’ai aucune idée des acquis du groupe, tout ce que je peux analyser en écoutant Merriweather Post Pavillon est la qualité de l’album uniquement, pas ce que le groupe est devenu et blabla. Justement, ce disque, il est comment? Très franchement, il me fait chier. Pas parce qu’il est mauvais, au contraire, c’est le meilleur disque que j’ai écouté depuis, au moins, l’année 2007. Non, ce n’est pas ça le problème. Il me fait chier parce que je n’arrive pas à lui donner une note précise.

Il est comment, donc, cet enfant chéri 2009 du web 2.0? Exceptionnel, rêveur, puissant et fantaisiste sont les mots qui me viennent le plus rapidement à l’esprit (sauf pour fantaisiste, j’ai dû y réfléchir quelque peu). La première fois que j’ai écouté le disque, je venais à peine de l’uploader sur mon Ipod et j’embarquais dans l’autobus pour un trajet d’environ 30 minutes. J’ai écouté, attendu un peu de voir ce que ces musiciens avaient à m’offrir et, à peine 2 minutes plus tard, j’avais les yeux fermés et j’étais transporté ailleurs. Blâmez In the Flowers, la chanson d’introduction. Ça monte doucement en émotions avec une arpège électronique de 3 notes magiquement planante et on se laisse charmer tranquillement, jusqu’à la 150e seconde parce que là, ça explose, ça nous renverse et nous domine, comme si la musique voulait rire de nous parce que l’on s’est laissé faire prisonnier par cette géniale chanson. Tout ça est suivi du premier simple, My Girls, grâce à une sorte d’interlude entre les deux chanson qui donne l’impression de changer de paysage.

Parce que Merriweather Post Pavillon, c’est justement cela, des paysages musicaux magnifiques. Tout au long du disque, on a l’impression d’être dans un autre monde, magique et improbable. On croirait visiter des lieux psychédéliques et à la fois exotiques, beaux, laids, rudes, doux. On dirait un monde de fantaisie, là où les montagnes sont énormes et majestueuses, là où les jungles sont à la fois dangereuses et énigmatiques, les océans remplis de surprises et le ciel mystérieux et sensible (non mais, vous voyez le genre? C’est peut-être juste moi qui a trop joué à des jeux vidéos dans son enfance mais bon, moi, je l’imagine mon monde). Chaque changement de rythme donne l’impression d’être arrivé à l’embouchure d’une nouvelle région. Chaque crescendo est comme une envolée directe pour une autre fiction, pareille mais tellement différente.

Non, vraiment, ce disque est transporteur, créatif, original, puissant et foutrement bon. Ce n’est pas ça qui me cause des soucis.

Le problème est que, donner une note à un album implique de le comparer avec les autres disques ayant la même note. C’est une façon de regrouper les créations des musiciens en un certain nombre de paquets plus ou moins comparables entre eux et avec les autres paquets. Il est où, donc, le problème? Merriweather Post Pavillon est trop bon pour mériter la note de 4.5/5, mais mérite-t-il une note parfaite, en l’occurence 5/5? Est-il assez fort pour se classer aux côtés des Kid A, Closer, Harvest, Animals, The Velvet Underground & Nico et autres chef-d’oeuvre de ce monde? Je manque certainement de temps pour juger cela. Au pire, si je ne suis pas content de ma note, je peux toujours me rectifier. Mais, dans ce cas, je raterais mon objectif d’analyse objective qui me tient à coeur. C’est peut-être ça, aussi, un chef d’oeuvre : quelque chose qui trouble celui qui l’analyse au point qu’il se sent obligé de se remettre en question. Parce que certainement, dans 5 ou 10 ans, j’analyserai différemment cet opus et aurai beaucoup plus de chance de lui donner une note plus juste. Un disque comme ça, ça prends du temps à analyser, parce que…

Ah et au diable, voilà, tu le mérite ta note parfaite Merriweather Post Pavillon. Tu as gagné. Je suis obligé de m’incliner. Tu es trop fort pour moi. 4.99/5 n’est décidément pas la note qui te convient. J’espère ne pas me planter parce que, sinon, tu seras maudit!

Note : 5/5

Kanye West – 808’s and Heartbreaks [2008]

kanyewest808andheartbreaksTout bonnement, comme ça, Kanye West s’est imposé comme l’une des plus grandes puissances du hip-hop de la présente décénnie. Avec 3 excellents disques, chacun ayant été acclamé autant par les critiques et par les fans, monsieur West, probablement le plus geek des rappeurs, a tout pour être heureux : argent, grande maison bref, le bonheur capitaliste parfait. Tout bonnement, comme ça, Kanye a lancé son quatrième album dans la foulée de la préparation des palmarès de l’année (ce qui lui a empêché d’être dans le mien, je l’avais pas assez écouté). Tout bonnement, comme ça, mais avec des avertissements, le titan a changé de style. Il a décidé de faire différent, de créer quelque chose d’autre qui ne ressemblerait pas à son style habituel. Car, malgré son immense succès, l’homme a du affronter des épreuves, comme la mort de sa mère quelque part entre son 3e et 4e disque. Alors on en est là, un 808’s and Heartbreaks qui ressemble plus à un album hors-série, un espèce de disque bonus qui ne s’inclut pas vraiment dans la discographie de West mais qui réussit magnifiquement à prouver son immense talent. Car il en a, le jeune homme.

Les grosses différences entre cet album est les autres de Kanye sont les suivantes : remplacement de vocals rappés et de beats hip-hop par du RnB noir, un peu atmosphérique et profond, l’utilisation du vocodeur sur pratiquement toutes les voix de l’album et des pistes se regroupant autour des thèmes de la peine d’amour, de la tristesse, des mauvais côtés de la célébrités et autres trucs du genre. Donc, ça fait quoi exactement, un Kanye West en pleurs?

Ça débute son disque par une chanson lente, poussée par de petits sons électroniques, une chorale synthétisée et un chant robotique à la Daft Punk. Il en résulte 6 minutes 18 secondes déroutantes, inatendues qui tire sa mélodie de la profonde noirceur dégagée plus que de l’explosion musicale qui ne viendra jamais. S’ensuit la très bonne Welcome to Heartbreak, plus rythmée que la précédente mais gardant la même palette de couleurs comme ambiance. On y retrouve des paroles assez surprenante : « My friend showed me pictures of his kids / And all I could show him was pictures of my cribs / He said his daughter got a brand new report card / And all I got was a brand new sports car », qu’on aurait peut-être jamais cru pouvoir sortir de la main de Kanye. Plus loin, Love Lockdown, avec son rythme lent, sombre et propulsé uniquement par 2 notes de basse électronique et un petit riff de piano, est un single excellent avec son refrain explosif qui met en scène des tambours africains mélodiques et puissants. Paranoid fait un peu contraste avec ce qui a été dit jusqu’à présent, avec son aura électro-pop fluo et la rapidité du tempo.

Robocop démarre avec un beat qui pourrait aller jusqu’à faire penser à Nine Inch Nails pour ensuite dramatiquement donner la place à des orchestrations de cordes allant très hautes et suivant la rythmique de départ. Street Light pourrait presque se qualifier de noise-RnB (!) avec le bruit de fond ultra-permanant tout au long de la chanson. Mentionnons aussi See You in my Nightmares, en collaboration avec Lil Wayne, morceau de pop-électronique noir suivant logiquement le reste de l’album.

On en conclut quoi alors? Disons que Kanye West n’avait vraiment pas besoin de prouver son talent puisqu’il l’avait déjà fait avec ses précédents opus. Non, ici, il prouve être capable d’une puissante diversité, qu’il ne se répétera pas et que le conventionnel n’est pas vraiment le manteau qu’il aime porter. Le minimalisme des 11 chansons de l’album est surprenant et agréable. Ça peut devenir un peu redondant à la longue, par contre. Tout de même, malgré que ce soit le pire album de Kanye West depuis le début de sa carrière, il n’a vraiment rien à se reprocher, ce disque est bon, même s’il ne tournera pas autant dans les clubs.

Note : 3.5/5

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