Mot clé: électronique

Videotape : Caribou – Sun

Ce n’était probablement pas ce que vous aviez en tête lorsque vous écoutiez l’excellente piste Sun du dernier album de Caribou. Par contre, pour Daniel Victor Snaith, des femmes d’un certain âge qui dansent dans un hall en compagnie de danseurs de mauvais goût, c’est le cas. Voyez par vous-mêmes :

Tracklist : Flying Lotus – Quakes / Heave(n)

Flying Lotus - CosmogrammaMême si Quakes et Heave(n) ne sont pas sur l’excellent Cosmogramma, elles demeurent 2 excellents titres qui auraient tout à fait leur place sur le disque. Quakes se développe doucement avant de se terminer sur une finale énigmatique, tandis que Heave(n) fait grandir un climax qui aboutit sur des sons électroniques de jeux vidéos avant de lentement diminuer.

Flying Lotus - Quakes

Flying Lotus - Heave(n)

LCD Soundsystem – This is Happening [2010]

LCD Soundsystem - This is HappeningLCD Soundsystem
This is Happening

DFA Records
États-Unis
Note : 8.5/10

Tout doucement. Quelques percussions molles, un peu de basse par-ci par-là, James Murphy qui radote comme un vieillard. This is Happening débute négligemment avec Dance Yrself Clean, comme pour nous faire croire que ce disque n’allait pas être à la hauteur des précédents. Mais, comme on peut s’y en attendre, à 3 minutes 8 secondes survient la secousse qui change tout. Vous vouliez danser? Vous aller danser. Basse et synthétiseur spatial s’entremêlent pour composer une mélodie post-disco efficace. Les percussions s’agrémentent pour créer un rythme structuré et le producteur de DFA Records se lève de son siège pour véritablement chanter. Et, au refrain, on ne tient plus en place. Bien joué James, te voilà transformé en Sun Tzu musical grâce à une tromperie prenant la forme d’une montée d’intensité magnifiquement maîtrisée.

L’héritier de Brian Eno est effectivement de retour avec un troisième disque enflammé. Les morceaux sont parfois fabriqués sur mesure pour user nos hanches alors que, d’autres fois, il s’agit de pièces moitié dance-punk/disco. Drunk Girls, déjà partout sur le net, reprend les conceptions du maître Eno tout en y ajoutant une basse sensiblement apparente à North American Scum. En résulte un presque 4 minutes mélangeant, où l’envie de bouger se frappe à une complexité mélodique qui décourage cette envie. LCD Soundsystem possède le talent pour pondre des titres à la fois complets et aussi mélodiques qu’un bijou pop.

One Touch constitue une merveille pour les pistes de danse et représente bien l’évolution de la bande à James Murphy : là où le son d’LCD Soundsystem se caractérisait, sur les deux précédents albums, comme de l’art-rock à fortes doses de disco et de dance-punk, on retrouve ici beaucoup moins ce côté brute pour faire la découverte de textures beaucoup plus électroniques, comme une offensive de basse qui occupe 7 temps sur 8 pendant toute la chanson. Et si « One touch is never enough », une écoute ne l’est pas non plus. Pow Pow est bâti autour de concepts similaires, avec une batterie axée sur les cymbales et un rythme très disco.

En fin de disque se retrouve Home, un autre morceau au rythme puissant et à l’inventivité solide. Comme pour le reste de l’album, James Murphy se montre sous un angle de sarcasme et d’ironie, comme s’il avait l’intention de dire « Hé, regardez-moi. Je suis tellement cool que je peux marier le disco, le post-punk, le dance-punk et à peu près n’importe quoi et vous allez quand même danser. » Et nous, comme pour lui répondre, on appuie sur play une fois de plus. Bien joué James.

Flying Lotus – Cosmogramma [2010]

Flying Lotus - CosmogrammaFlying Lotus
Cosmogramma

Warp
Pays
Note : 8.5/10

Bien qu’extrêmement difficile à pénétrer, la carapace du nouveau venu du Californien Flying Lotus, lorsqu’entrouverte, laisse découvrir un album à la croisée de presque tous les chemins possibles. Superbement bien ficelé avec des influences de jazz, de hip-hop, de dub, d’électronique et de rock, Cosmogramma nous propose une palette de son comme on en voit rarement. Avec 17 pistes, généralement entre une ou deux minutes chacune, le musicien s’attarde rarement longtemps sur une ambiance précise, nous faisant donc transporter partout en un temps record.

Introduction avec Clock Catcher et une décharge de sons électroniques hérités des premières consoles de jeux vidéo. Et, presque naturellement, tout cela se calme et laisse déposer la poussière nerveuse sur une mélodie de harpe tranquille, avec en fond des percussions qui vont et viennent. Et après 72 secondes, on passe à autre chose. Pickled se base sur une basse jazzy sur laquelle s’impose un son aiguë et des percussions tribales rugissantes. Nose Art, véritable joyau, reprend les percussions et la basse de la piste précédente pour en faire un suivi qui se fond sur une atmosphère presque spatiale, avant de décrocher sur une mélodie grave purement électronique et groovy.

Ce qui fait la force de l’album, c’est sa capacité à recycler chaque texture musicale pour l’incorporer dans la chanson suivante, créant ainsi une impression de déjà vu dans un emballage tout frais. On est donc en présence d’une oeuvre fortement unie, presque inaccessible en milieu de disque. Excepté …And The World Laugh With You, en collaboration avec Thom Yorke, Do the Astral Plane et la précédemment mentionnée Nose Art, les titres de Cosmogramma ne peuvent s’écouter sans le contexte musical qui les entoure. Do the Astral Plane base son rythme sur une alternance de percussions et sa mélodie sur un son électronique caoutchouc avec un peu de fuzz. Très difficile de ne pas avoir envie de danser.

Étant le neveu d’Alice Coltrane, Flying Lotus, de son vrai nom Steven Ellison, possède donc la fusion musicale directement dans son sang. C’est peut-être pourquoi il semble autant insister sur des mélanges musicaux parfois étranges, comme l’accouplement entre jazz et une exécution presque shoegaze sur Arkestry. Toujours en parfait contrôle de son laptop, Flying Lotus débarque encore une fois pour nous défoncer les oreilles et nous donner envie de bouger. Cosmogramma est donc le résultat très accompli d’un excellent architecte du son.

Videotape : M.I.A. – Born Free

Réalisé par Romain Gavras, le même qui a créé le puissant clip pour la chanson Stress de Justice, Born Free de M.I.A. ressemble plus à un court-métrage de guerre qu’à un vidéo pour accompagner une chanson. Avec une escouade tactique américaine qui kidnappe des roux, les transporte en plein milieu du désert sur une route jonchée de révolutionnaires pour ensuite les descendre à coup de M203, parions que ce clip se fera censuré et/ou refusé sur les écrans de télévision. On y remarque très clairement l’influence des Tigres Tamouls, dont étaient membre les parents de M.I.A.. Attention, c’est violent.

M.I.A, Born Free from ROMAIN-GAVRAS on Vimeo.

Videotape : LCD Soundsystem – Drunk Girls

Après les chansons, Feu à volonté! se lance dans la publication vidéo. Chaque clip considéré intéressant par notre rédaction sera donc publié, pour votre plaisir.

Et pour commencer, Drunk Girls, gracieuseté et LCD Soundsystem. James Murphy et sa bande semblent se faire kidnapper par des pandas terroristes, qui les forcent à chanter et se déshabiller contre leur gré. This is Happening nous arrive le 11 mai prochain, via DFA Records.

Tracklist : deux nouvelles pistes de LCD Soundsystem

LCD Soundsystem - This is HappeningDeux nouvelles chansons du prochain album de LCD Soundsystem on fait surface sur le net aujourd’hui. La première, Change (ou I Can Change, selon d’autres sources), est de bonne qualité alors que la deuxième, Dance Yrself Clean (ou Dance Yourself Clean, encore selon d’autres provenances), a moins de chance. Néanmoins, il s’agit bel et bien de James Murphy et cie, peu importe l’épellation des titres.

LCD Soundsystem - Change

LCD Soundsystem - Dance Yrself Clean

Hot Chip – One Life Stand [2010]

Hot Chip - One Life StandHot Chip
One Life Stand

EMI
Grande-Bretagne

voici une critique concept : un double-avis partagé avec Olivier de Five Minutes

Avis de Feu à volonté!

À mi-chemin entre musique de danse, électro-pop futuriste et musique de fond presque quétaine, One Life Stand, dernier effort de Hot Chip, accumule les moments négligeables et laisse de côté les meilleurs attributs musicaux au profit de quelque chose d’ennuyeux et de répétitif. En résulte un album profondément inégal à la limite du négligeable.

Thieves in the Night, pièce d’introduction, démarre sur un synthétiseur spatial avant de se faire prendre en charge par un kick et une mélodie de basse électronique, le tout agrémenté d’une voix raisonnablement aiguë. Le mélange s’écoute suffisamment bien pour mériter de se faire qualifier d’électro pop de qualité. Hand me Down Your Love s’inscrit dans un registre moyen, avec son rythme de batterie commun et sa trame mélodique empreinte de répétitions.

Du bon côté de la médaille on retrouve I Feel Better qui, malgré son auto-tune exécrable et son rythme de base assuré par un clavier transformé en cordes synthétiques débordantes de reverb caramélisé, accomplit l’exploit de transformer ces deux défauts en qualités grâce à un rythme constant qui donne envie de danser. S’ensuit One Life Stand, piste titre de l’album. Menée par un arsenal de mélodies basses, celle-ci s’écoute merveilleusement bien lorsque le temps est venu de donner une ambiance électro-futuriste. We Have Love possède le même genre de qualité, avec un certain cachet de piste de danse supplémentaire.

Malheureusement, le reste de l’album laisse à désirer. Brothers constitue un morceau incroyablement fromagé d’électro-pop répétitive à l’atmosphère légère mais redondante. Le résultat est pire sur Slush, avec aucun enthousiasme musical ou rebondissement captant l’attention. Alley Cats, Keep Quitet et Take It In demeurent tout autant redondantes et musicalement négligeables. Pourtant, rien sur l’album n’est vraiment mauvais ; on a simplement l’impression d’entendre quelque chose de bien composée mais avec trop de déjà vu.

Note : 6.5/10

Avis de Fives Minutes

Trêve de bavardages, parlons musique immédiatement! Les anglais de Hot Chip ne sont presque plus à présenter, leur électro-pop ayant pour moi atteint les sommets avec l’excellent The Warning en 2006. Ajoutons-y un premier album encourageant en 2004, Coming on strong, un troisième opus que j’avais trouvé moins novateur en 2008, Made in the Dark, et une pelletée de remixes et on obtient un groupe chéri de la critique musicale. Arrive donc ce quatrième opus très attendu : que va nous réserver la bande à Alexis Taylor et Joe Goddard (qui fin 2009 a sorti un sublime album solo intitulé Harvest Festival que je vous conseille fortement d’aller écouter)? A voir la pochette de l’album qui pourra figurer dans le top des « pochettes les plus laides de l’année », les anglais sembleraient annoncer qu’ils ont perdu la tête et qu’ils veulent donc nous surprendre.

Le moins que l’on puisse dire c’est qu’en effet les premières écoutes m’ont littéralement désarçonné et à dire vrai déçu. La veine électro s’est doucement laissée voler la vedette par l’influence pop, de même que la volonté de taquiner les dancefloors s’est fortement accentuée. Similitude de parcours avec un Calvin Harris, si j’exagère au maximum. Cependant, une fois le postulat d’électro pop pleinement accepté, il ne reste plus qu’à savourer le talent de nos anglais qui, même s’ils tombent un peu dans la facilité dans certains titres, regorgent d’inventivité.

Thieves in the Night tape juste d’entrée. Un beat oppressant et des synthés qui entrent en contraste avec la voix lumineuse et si pop d’Alexis Taylor. Une rythmique très rapide, des synthés un peu vintage omniprésents au service d’un refrain pop vite addictif. Titre électro-pop, marqué du sceau de la mélodie et du contraste, cette sucrerie se savoure sans retenue.

Hand me Down Your Love vient vite atténuer cette première très bonne impression. Morceau assez mou qui répète à n’en plus pouvoir le titre, on garde la fâcheuse impression d’un titre inachevé. Heureusement, on peut se rattacher au très beau refrain porté par les violons qui offre une trouée de soleil dans la grisaille monotone de ce morceau. I Feel Better résume assez clairement, quant à lui, les sentiments contraires qui m’animent à l’écoute de cet album. La voix est pop à l’excès, l’univers instrumental grandiloquent mais assez simplifié, l’utilisation de l’auto-tune contestable mais la mélodie s’insinue subrepticement en nous au fil des écoutes, on se surprend alors à chantonner.

Le beat addictif de One Life Stand et son univers plus sombre nous rassurent, Hot Chip n’a pas perdu son talent pour les titres plus électro. Même le refrain plus lumineux s’inscrit parfaitement dans l’univers du titre. Ce  talent électro jaillira de nouveau avec le superbe Take it in, véritable joyau des dancefloors qui clôture l’album tout en beauté.

La deuxième partie de One Life Stand est moins homogène et plus variée. Brothers séduit par son contraste entre un beat de fond et des choeurs où apparaît une voix féminine quand surgit Slush qui demeure pour moi un véritable point d’interrogation. Cette ballade qui se présente presque comme un appel du pied fait  à la hype de la folk expérimentale des Grizzly Bear s’est perdue au milieu de l’album, morceau certes pas désagréable mais qui ne répond pas à la dynamique de l’ensemble. Alley Cats s’écoute sans sourciller quand l’attention se réveille à l’écoute de We Have Love, superbe morceau porté par une rythmique plus affirmée et des sonorités électros. Les picotements dans les jambes font leur apparition et l’envie de danser devient obsédante, tout de suite atténuée par l’univers instrumental très sombre de Keep Quiet, que n’aurait pas renié Massive Attack.

Hot Chip aura pris plaisir à jouer avec nos envies tout au long de cet opus en alternant morceaux clairement pop et bijoux électros. L’impression que le groupe n’a pas réussi à choisir une ligne directrice reste en arrière-plan mais il est incontestable que, dans la catégorie pop influencée par les sonorités dance, cet album est une belle réussite. Finalement, on ne peut que féliciter nos anglais d’avoir pris le risque d’innover.

Four Tet – There Is Love in You [2010]

Four Tet - There Is Love in YouFour Tet
There Is Love in You

Domino
Grande-Bretagne
Note : 8.5/10

Avant d’écouter et avant même de scruter le nom des chansons de There is Love in You, j’ai regardé la pochette. Non pas que regardé, mais assurément apprécié cette jaquette où l’on voit une répartition de petites images ovales se baladant sur fond noir comme de petits souvenirs dans notre mémoire. La couverture figurant fièrement au-dessus de la dernière galette du Londonien Kieran Hebden, rebaptisé Four Tet à l’occasion de certains albums électroniques, exprime tout simplement l’essentiel de l’album : une collection de petites bulles sonores s’activant à former un tout esthétique bien calculé.

Ce n’est qu’après nous avoir suffisamment intrigué le regard que There is Love in You se met à l’œuvre pour offrir ce qu’il fait de mieux, un massage auditif. Il ne faut pas s’attendre à des éclats dignes des pistes de danse ou encore à des refrains extatiques. Non, Four Tet assure plutôt une réponse aux frénétiques de musique électronique ambiante dûment travaillée.

Sur Angel Echoes, première pièce de cet album, un sentiment de déjà-vu s’installe. Le découpage d’une voix rappelant le calibre d’Imogen Heap  débute à l’arrière-plan de la pièce pour finalement s’incorporer lentement à la tête du morceau. Cette partition vocale habilement répartie par Kieran Hebden nous chante avec sincérité « There is love . . . in you », le titre de l’album.

S’il devait y avoir une pièce maîtresse à la dernière œuvre de Four Tet, il s’agirait sans aucun doute de la seconde pièce, Love Cry. On peut y entendre un morceau de percussion aux sonorités latines qui n’est pas sans rappeler She Wants to Move, le succès thématique du groupe hip-hop NERD. Parfaite pour une marche ou une promenade en automobile, cette deuxième pièce installe réellement l’ambiance que préserve le reste de l’album avec d’autres bons coups, comme Plastic People et la très mélancolique She Just Likes to Fight.

Fait intéressant, les titres des pièces s’assombrissent au fur et à mesure que l’album avance. Ainsi, l’écho que jadis chantait un ange lors de la première pièce, se transforme en douloureuse bataille avec « elle » dans She Just Likes to Fight. Comme si le souvenir d’une relation nous revenait d’abord à l’esprit comme un moment lumineux pour finalement s’assombrir dans la nostalgie de la fin.

C’est lors de diverses tentatives dans des clubs londoniens que Kieran Hebden en est venu à finalement achever cette expérience électronique très particulière qu’il mène depuis la sortie de l’EP Ringer en 2008. Avec la réussite de There is Love in You, il faut espérer que Four Tet en a encore pour longtemps à mixer ses petites bulles auditives intemporelles.

Numéro# – Sport de combat [2009]

numéro#sportdecombat

Numéro#
Sport de combat

Saboteur
Québec
Note : 6.5/10


Il y a trois ans, Numéro# lançait son premier disque, L’idéologie des stars, sur la même étiquette que Dj Champion, Saboteur. Dans cette œuvre se trouvait le single qui a occupé plusieurs heures de temps d’antenne sur les plateformes médiatiques ciblant surtout les jeunes et qui fut enregistrée avec Omnikrom : Chewing gum fraise. Avec son vidéoclip carrément quétaine, sa base pop-électronique années 80 et son sujet adolescent et naïf, Chewing gum fraise ne représentait pas grand chose du reste de l’album de ce groupe. En fait, si l’instrumentation demeurait la même, c’est-à-dire basée sur des musiques synthétiques, synthétisées et informatisées, les thèmes variaient d’un extrême à l’autre puisque l’essence du disque reposait sur le sarcasme et le cynisme vis-à-vis les élites de la société. Attaquant tour à tour le snobisme de certains intellectuels se croyant au-dessus de la mêlée, les artistes se pensant cool  et ainsi de suite, Pierre Crube et Jérôme Rocipon tentèrent une manœuvre périlleuse : critiquer la pop tout en faisant de la pop. Visiblement, l’objectif a été atteint et, trois ans plus tard, Sport de combat, leur deuxième opus, voit le jour. Force est de constater que le groupe a changé de voie.

Pour remplacer les paroles satiriques et les assauts verbaux, Jérôme a écrit des textes tournant plutôt autour de ses angoisses et de ses peurs. Évidemment, la musique a prit le même tournant et les arrangements fluos sont désormais plus sombres et agressifs. Le premier titre de l’album, Tonton klaxonne, constitue un single à part entière avec sa mélodie électronique rapide en double-croche, les tambours alternants entre notes hautes et notes basses à chaque temps, la structure de chanson traditionnelle avec bridge après le deuxième refrain et le refrain, justement, accrocheur à souhaits. On sent que Pierre Crube, artisan du niveau musical du groupe et producteur, a peaufiné sa technique d’échantillonnage. Les textures de son se retrouvent bien rodées et souvent beaucoup plus profondes que ce que la musique pop a à offrir lorsque l’on regarde du côté des stations radiophoniques. Synthétiseurs agressifs, envolées saturées, relais mélodiques entre pistes de sons, en général Crube a fabriqué des plateaux musicaux soutenant convenablement la voix de son camarade.

L’ambiance de l’album tourne autour des questions majoritairement émotionnelles posées par Jérôme. Sur Tout est parfait, la mélodie électronique basse et effréné supporte les paroles un peu simplistes du chanteur : « Tout est parfait/digne, héroïque/pourquoi vivre autrement? ». Ce genre de réflexion existentielle abonde dans les paroles un peu partout tout au long des 38 minutes et 55 secondes composant l’album. Les thèmes alternent autour du sarcasme rôdant autour des bases de la société, l’homme perdu sur une île incapable de retourner sur la terre ferme, le mensonge, l’angoisse et la transformation, des êtres humains, en machine à consommer. Et sur ce point, Numéro# garde sa verve de base en critiquant, sur des points différents, des problèmes de notre société post-moderne et consommatrice.

Tout de même, certaines pistes sont moins sombres musicalement. Angoisse, paresse, panique, malgré son titre froid, possède un refrain accrocheur grâce aux envolées magiquement efficaces évoluant en crescendo avant de tomber dans un bridge nerveux à deux arpèges. Faux tempo base sa progression sur un piano modifié et une sympathique mélodie synthétique très années 80 avant de sombrer dans une très réussie cassure rythmique passant du bas niveau à un sommet d’ambiance mélangeant le piano et les paroles rêveuses de Jérôme se terminant avec la fin de la chanson.

Il est important de l’avouer : Numéro# constitue un groupe pop bien au-dessus de la moyenne dans ce genre de style. Si, la plupart du temps, ce type d’artiste se contente de concepts et de structures constructrices empruntées à la radio, Jérôme et Pierre font de leur mieux pour faire les saumons et remonter la rivière à contre-courant. Si c’est parfois efficace, parfois ça l’est moins. L’auto-tune, popularisée par Kanye West, T-Pain et autres, aurait facilement pu être mise à la poubelle étant donné que Jéröme est suffisement apte à faire vibrer ses cordes vocales sans l’aide d’un codec informatique pour ajuster son timbre. Lorsque le duo n’invente pas quelques chansons dénonçant la société dans laquelle il vit, il s’approprie quelque peu les mauvais côtés de cette culture. On aime Numéro# pour leurs propos intelligents rythmées sur des musiques accrocheuses mais, sur ce disque, ils prouvent qu’ils abaissent parfois leurs gardes intellectuelles pour devenir des produits de la société. Comme quoi tout le monde est humain.

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