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Bilan du mois de mars 2010 (première partie)

S’il y a bien quelque chose de dommage dans l’exercice d’entretenir un blogue de musique, il s’agit certainement de ne pas avoir le temps pour écrire quelques lignes à propos de chaque artiste ou album que l’on considère digne de mention. Désormais nourri par deux têtes et deux paires de mains, la rédaction de Feu à volonté! s’est décidée à, chaque fin de mois, si possible, dresser un bilan des albums oubliés au cours des dernières semaines. Parce que l’on s’en voudrait trop de passer à côté de tant de mines d’or.

Ce bilan du mois de mars sera, tout d’abord, complètement imparfait (avec Teen Dream, lancé en janvier) comme n’importe quel lancement de projet, et ensuite merveilleusement rock avec plusieurs très solides sorties des dernières semaines. Et vous l’aurez compris, la suite s’en vient bientôt.

Titus Andronicus - The MonitorTitus Andronicus
The Monitor

Xl Recordings
États-Unis
8.5/10

Pour son deuxième album, The Monitor, le quintette américain Titus Adronicus nous raconte à sa manière la Guerre de Sécession en embrassant à pleine bouche le punk et le shoegaze. Le mélange se révèle comme étant un véritable coup de poing à la mâchoire pour l’auditeur qui n’est pas un habitué du groupe. Après une seule écoute, on réalise assez vite que chacune des pièces sur The Monitor a le pouvoir de se présenter comme digne candidate au prochain hymne national américain. Sur A Pot In Which to Piss, un fantastique morceau de huit minutes, on croit entendre Kurt Cobain, avec quelques cigarettes de plus sur la gorge, chanter une version bien personnelle de Born to Run du chanteur folk rock Bruce Springsteen. La tragédie derrière ce dernier opus de Titus Adronicus est qu’un seul disque n’est pas suffisant pour rassasier tout l’enthousiasme qu’il provoque. (W.F.)

Xiu Xiu - Dear God I Hate MyselfXiu Xiu
Dear God I Hate Myself

Kill Rock Stars
États-Unis
8.5/10

Façonné dans un enrobage art-rock bourré d’arrangements électroniques et de surprenantes textures musicales sorties à la fois d’un jeu vidéo des années 90 et d’une dépression nerveuse et existentielle, Dear God I Hate Myself possède énormément de qualités susceptibles de lui ouvrir les portes des palmarès de fin d’année. Étant à la fois charmante, déprimante et surprenante, la dernière création de Xiu Xiu et de son gourou, Jamie Stewart, nous plonge dans un univers émotif établi sur des bases infiniment créatives et originales. La guitare acoustique se mélange à des explosions d’électronique lo-fi, le piano à des tambours synthétiques retravaillés, le tout dirigé de manière ingénieuse et mis en pièce par la troublante voix détruite de Stewart. (O.M.)

Beach House - Teen DreamBeach House
Teen Dream

Sub Pop
États-Unis
8.5/10

S’il est vrai que l’état de veille chez l’être humain est un moment de rêve contrôlé, il est alors fort possible que ce soit dans un rêve lucide que le groupe Beach House a enregistré l’essentiel de son troisième opus, Teen Dream. Le duo de Baltimore avoue avoir réussi son album le plus accompli et cela à l’aide de meilleures ressources pour la production. La chanteuse Victoria Legrand a d’ailleurs avoué que le temps supplémentaire à la conception de Teen Dream a permis au groupe de faire un album à la hauteur de ses espérances. Beach House n’utilise qu’une guitare, une batterie et un synthétiseur pour accompagner la voix planante de Victoria Legrand. Ce minimalisme instrumental n’enlève en rien à l’ambiance riche et étoffée que l’on retrouve sur chacune des pièces. Le morceau Norway s’avère être un tour de force majestueux auquel s’apprête le groupe. À la fin de l’album, Teen Dream s’évapore doucement de nos esprits pour nous ramener sur pieds après un passage du côté des rêves lucides, là où zèbres roses et ballades dans le parc se mélangent comme guitare et voix. (W.F.)

These New Puritans - HiddenThese New Puritans
Hidden

Domino
Royaume-Uni
8/10

Si l’entrée en scène de cuivres atmosphériques sur Time Xone précédant l’incongrue suite dominée par des textures orientales et une construction art-rock avec rythme plus électronique que rock ne vous convainc pas du talent de composition de ce groupe originaire de Southend-on-Sea, rien ne le pourra. Avec des titres de chansons comme We Want War, Attack Music et Fire-Power, These New Puritans ne cache pas son désir de créer une atmosphère explosive et violentes, employant parfois même des bruits de canon et d’épée mélangées à des cordes ou des cuivres pour accoucher d’un mélange troublant et difficile d’accès. Mais une fois apprivoisée, la musique de Hidden comporte de superbes moments musicaux, comme l’épique Orion ou encore la finale, 5. (O.M.)

Fang Island - Fang IslandFang Island
Fang Island

Sargent House
États-Unis
8/10

Définition de Fang Island, nom de groupe singulier : quintette constitué de trois guitaristes explosifs, un bassiste et un batteur, se présentant sur son premier disque comme le digne enfant de trois générations musicales. Rassemblant le rock épique des années 70 avec ses avalanches de guitares à la Thin Lizzy, les mélodies punk à la saveur de Blink-182 et les harmonies vocales folk de Fleet Foxes, le groupe a le pouvoir de se créer un grand bassin d’amateurs. Propulsé à sa première pièce Dream of Dreams par le son de feux d’artifices, le groupe de Providence au Rhodes Island démontre un savoir faire illimité pour la guitare. D’ailleurs, le premier solo de l’instrument est synthétisé de la même manière qu’Eddie Van Halen s’est exercé pour bâtir son succès Jump. La suite est tout aussi époustouflante. Fang Island ne s’épuise jamais et pousse même plus loin avec les morceaux Daisy, Life Coach et Sideswiper. Cet album éponyme lance les bases pour un groupe rempli de potentiel qui, à l’avenir, aura le luxe et la chance de concevoir des disques plus long que trente minutes. (W.F.)

Lightspeed Champion - Life is Sweet! Nice to Meet youLightspeed Champion
Life is Sweet! Nice to Meet you

Domino
États-Unis
6.5/10

Avec la voix de Devonté Hynes toujours à l’avant scène, Life is Sweet! Nice to Meet You, malgré la qualité de sa composition et de sa réalisation, n’arrive pas vraiment à surprendre. Tout est bien ficelé, bien poli et bien entretenu et c’est ce qui créé une certaine impression de déjà vu. Puisant dans tous les cercles possibles et imaginables de l’indie rock, du folk et dans tout ce qui se nomme alternatif pas trop sale, l’album s’écoute extrêmement bien, comportant quelques hymnes vachement sympathiques (There’s Nothing Underwater, The Big Guns of Highsmith). Par contre, il s’épuise quelque peu vers la fin et quelques moments peuvent facilement s’oublier. Néanmoins, Lightspeed Champion offre beaucoup de plaisir aux amateurs de musique, sans toutefois offrir de révélation. (O.M.)

Four Tet – There Is Love in You [2010]

Four Tet - There Is Love in YouFour Tet
There Is Love in You

Domino
Grande-Bretagne
Note : 8.5/10

Avant d’écouter et avant même de scruter le nom des chansons de There is Love in You, j’ai regardé la pochette. Non pas que regardé, mais assurément apprécié cette jaquette où l’on voit une répartition de petites images ovales se baladant sur fond noir comme de petits souvenirs dans notre mémoire. La couverture figurant fièrement au-dessus de la dernière galette du Londonien Kieran Hebden, rebaptisé Four Tet à l’occasion de certains albums électroniques, exprime tout simplement l’essentiel de l’album : une collection de petites bulles sonores s’activant à former un tout esthétique bien calculé.

Ce n’est qu’après nous avoir suffisamment intrigué le regard que There is Love in You se met à l’œuvre pour offrir ce qu’il fait de mieux, un massage auditif. Il ne faut pas s’attendre à des éclats dignes des pistes de danse ou encore à des refrains extatiques. Non, Four Tet assure plutôt une réponse aux frénétiques de musique électronique ambiante dûment travaillée.

Sur Angel Echoes, première pièce de cet album, un sentiment de déjà-vu s’installe. Le découpage d’une voix rappelant le calibre d’Imogen Heap  débute à l’arrière-plan de la pièce pour finalement s’incorporer lentement à la tête du morceau. Cette partition vocale habilement répartie par Kieran Hebden nous chante avec sincérité « There is love . . . in you », le titre de l’album.

S’il devait y avoir une pièce maîtresse à la dernière œuvre de Four Tet, il s’agirait sans aucun doute de la seconde pièce, Love Cry. On peut y entendre un morceau de percussion aux sonorités latines qui n’est pas sans rappeler She Wants to Move, le succès thématique du groupe hip-hop NERD. Parfaite pour une marche ou une promenade en automobile, cette deuxième pièce installe réellement l’ambiance que préserve le reste de l’album avec d’autres bons coups, comme Plastic People et la très mélancolique She Just Likes to Fight.

Fait intéressant, les titres des pièces s’assombrissent au fur et à mesure que l’album avance. Ainsi, l’écho que jadis chantait un ange lors de la première pièce, se transforme en douloureuse bataille avec « elle » dans She Just Likes to Fight. Comme si le souvenir d’une relation nous revenait d’abord à l’esprit comme un moment lumineux pour finalement s’assombrir dans la nostalgie de la fin.

C’est lors de diverses tentatives dans des clubs londoniens que Kieran Hebden en est venu à finalement achever cette expérience électronique très particulière qu’il mène depuis la sortie de l’EP Ringer en 2008. Avec la réussite de There is Love in You, il faut espérer que Four Tet en a encore pour longtemps à mixer ses petites bulles auditives intemporelles.

Owen Pallett – Heartland [2010]

Owen Pallett - HeartlandOwen Pallett
Heartland

Domino
Canada
Note : 9/10

Créature hybride composée de pop orchestrale épique, de folk subtile et d’une construction indie rock, Heartland, premier disque d’Owen Pallett sous son véritable nom, se qualifie aisément de trésor canadien laissé pour compte. Pourtant, ce mélange entre nervosité de trame sonore pour jeu vidéo et arrangements flamboyants constitue le meilleur disque en ce début d’année.

L’écoute peut s’avérer difficile, étant donné l’audace et la créativité assez avancées de l’album. L’instrumentation se compose essentiellement du violon de Pallett, d’un orchestre de Prague et d’ajouts électroniques fréquents, mais extrêmement bien dosés. S’il ne s’agit en aucun cas de musique classique, l’impression qui s’en dégage demeure semblable : celle d’être profondément touché et troublé par la majesté d’une expérience noble mais purement organique.

Par exemple, sur Lewis Takes Action, le rythme se base sur des cuivres et des cordes intermittents, laissant une bonne partie de l’espace sonore à la voix du multi-instrumentiste. Entre les blocs vocaux, des envolées de cordes dominent l’écoute, tout ça pour se terminer sur une mélodie extrêmement fantaisiste. The Great Elsewhere se compose d’une architecture électronique détachée et complexe à laquelle se greffent une batterie et l’orchestre. Ce mélange donne lieu à une escapade musicale dégringolante et inquiétante de par le mélange entre les frappes de percussions et les orchestrations magistrales, le tout assimilé à une ambiance de course contre la montre.

Lewis Takes Off His Shirt constitue un suspense auditif, avec une présence électronique nerveuse et des arrangements sublimes toujours localisés au bon moment pour créer un effet. La chanson monte en crescendo pour redescendre aussitôt, accouchant ainsi d’une sensation globale de transport maritime coincé dans le courant se brisant, au final, sur un récif rocailleux.

Un autre point fort d’Heartland, outre son improbable mélange entre folk, indie rock et pop orchestrale et sa splendeur flamboyante, est sa capacité à transporter l’auditeur dans un voyage à travers le concept du disque. La trame narrative se compose essentiellement d’un dialogue entre un violent fermier nommé Lewis et son créateur, Pallett, le tout dans un monde nommé Spectrum. Si ça peut paraître étrange, le résultat se rapproche d’un conte, hanté et tordu, à propos du contrôle et du pouvoir vis-à-vis sa propre destinée.

À travers les 12 pistes de l’album, on découvre un musicien extrêmement talentueux et inspiré, capable de mélanger des genres incongrus pour aboutir à un résultat immensément riche et surprenant. Entre l’aventure épique, l’orchestre magique, l’enchantement musical et l’alternatif, Heartland fait bande à part et impressionne grandement.

Arctic Monkeys – Humbug [2009]

arctic monkeys - humbugArctic Monkeys
Humbug

Domino
Royaume-Uni
Note : 8/10


Arctic Monkeys n.m. Groupe de rock anglais dont la carrière a connu un fulgurant essor grâce à un très bon premier disque ayant fait fureur en Angleterre, un second opus moins puissant et, depuis le 25 août de cette présente année, un troisième album nommé Humbug faisant office de changement de cap de la part du groupe, flirtant désormais avec des influences beaucoup plus près des années 70.

Bien que ce blogue ne constitue pas un dictionnaire de groupes, on pourrait plus ou moins approximativement considérer une entrée pour le groupe anglais Arctic Monkeys comme cela. Propulsés au sommet des chartes de vente en Angleterre avec Whatever People Say I Am It’s What I’m Not, les quatre jeunes musiciens, Alex Turner en tête, ont connu une ascension extraordinaire. Et contrairement à la plupart des vedettes instantanées de notre ère post-moderne vantant le réchauffé, ceux-ci méritaient d’avoir les caméras, appareils photo et micros braqués devant eux. Peut-être pas autant, mais quand même pas mal.

Dans un engouement commercial et populaire marqué, le groupe a lancé cet été son troisième album. Après les deux premiers efforts vachement indie rock, le groupe nous revient avec une troisième charge beaucoup plus posée. Au lieu de jongler avec la distorsion dans le tapis et l’énergie dévastatrice de la jeunesse en furie, les musiciens ont réfléchi à leur disque pour pondre quelque chose de plus psychédélique, avec retenue évidemment, et de moins agressif. La voix de Turner s’est calmée, nageant dans des eaux quelques fois plus graves et souvent moins criardes.

L’album débute par My Propeller, rythmée par une batterie solide de par sa capacité à conduire la voiture mélodique propulsée par une guitare propre et grave. Turner ne crie pas, ne beugle pas, chante dans une tonalité plus mature et les effets de guitare s’apparentent beaucoup plus à The Last Shadow Puppets qu’à Brianstorm. L’effet est réussi : la force vitale des Monkeys, reposant en leur capacité à transformer leurs ambitions de jeunesse en musique solide, se recycle pour devenir beaucoup plus imagée et profonde.

Concrètement, des chansons comme My Propeller et Crying Lighting possèdent des bases de rock progressif et psychédélique. Voix off, chorus en fond sonore et mélodies cinématographiques emballantes font office de support à la voix calmement rapportée de Turner. Crying Lighting mélange le refrain fonceur avec la voix lancée de façon saccadée par-dessus une batterie roulante avant d’exploser sur un passage coupé très carré sorti de nulle part. Le batteur, Matt Helders, tire toujours son épingle du jeu avec des percussions qui reprennent les points faibles des autres instruments. Lorsqu’un passage devient répétitif, les tambours s’affichent présents pour relever d’un cran les compositions musicales en apportant une variante au rythme ou à la mélodie. Crying Lighting en est un bon exemple. Et lorsqu’elle s’allie à la basse, comme sur le refrain de Dangerous Animals, le duo est dévastateur : mélodie en croche toujours un peu plus haute ou plus basse pour capter l’attention de l’auditeur le maintiennent dans cet état.

Les Arctic Monkeys ont tout planifié pour cet album. Le producteur est Josh Homme. Les influences psychédéliques, alternatives et post-punk. Les maisons de disque indépendante et major. Et surtout, on comprend que la tête dirigeante du groupe est définitivement Alex Turner, qui semble posséder le désir de transformer tout ce qu’il touche en possible trame sonore de film de cowboy ou d’espion.

Franz Ferdinand – Tonight [2009]

franzferdinandtonightEst-il possible pour les gars de Franz Ferdinand de recréer l’ambiance et les rythmes absolument géniaux de leur premier disque éponyme? Avec des mélodies dance-rock accrocheuses au maximum et un petit air d’arrogance se dégageant des paroles et de la voix d’Alex Kapranos, Franz Ferdinand avait réussi à se faire remarquer par la planète indie et à effleurer le monde musical populaire et radio. Tout le monde, ou presque, a déjà entendu et/ou danser sur Take Me Out, c’est inévitable, c’est trop accrocheur. Après un deuxième album correct, pas plus brillant que la moyenne, ils sont de retour. Et avec claviers électroniques, chers amis.

L’album débute par le premier single qui tourne depuis un moment, Ulysses. On peut déjà prévoir qu’avec un titre du genre, le groupe n’a pas perdu son attitude à moitié jeune à moitié déplacée mais humoristique. Et effectivement, «Y’ou’re never going home/You’re not Ulysses/Baby», ça parle comme avant. Mais musicalement, c’est le clavier qui domine cette chanson. Turn it On, la chanson suivante, est menée par le combo basse/guitare habituel, sauf pour le bridge dominé par faux son d’alarme avertissant l’explosion de la batterie quelques secondes avant la fin. En général, le trio clavier/guitare/basse est très efficace pour créer des rythmes dance rock de dancefloor indépendants. Tout est bien composé, bien ficelé, bien pensé et entraînant, particulièrement No You Girls. La grosse surprise se nomme Lucid Dreams, d’une durée de presque 8 minutes. Après un départ musical comme le reste de l’album, l’instrumentation évolue pour se transformer en machine électronique complète vers la moitié de la chanson et ce, jusqu’à la fin. Ça fait le saut, on ne se serait pas attendu à quelque chose du genre de la part de ces mecs.

Un album donc surprenant, efficace mais pas complètement réussi. Les explosions se font rares, les moments vraiment intenses aussi. Une suite tout de même agréable, même si j’aurais préféré plus.

Note : 3.5/5

Animal Collective – Merriweather Post Pavilion [2009]

animalcollectivemerriweatherpostpavillonLe premier disque que j’écoute cette année est, probablement, celui qui aura subi la plus grande hype de l’année. Qualifé de meilleur disque de l’année 2009 selon certains blogs et média, le dernier bébé d’Animal Collective se devait d’être fort. Il ne pouvait pas en faire autrement, ça aurait déçu trop de gens. Mais pas moi. Je l’avoue très franchement que ce disque est le premier du groupe que j’écoute. Je veux dire, j’ai 19 ans, je viens de découvrir donc j’ai le droit de ne pas avoir entendu ce qui venait avant. Remarquez : cela m’avantage peut-être, puisque je n’ai aucune idée des acquis du groupe, tout ce que je peux analyser en écoutant Merriweather Post Pavillon est la qualité de l’album uniquement, pas ce que le groupe est devenu et blabla. Justement, ce disque, il est comment? Très franchement, il me fait chier. Pas parce qu’il est mauvais, au contraire, c’est le meilleur disque que j’ai écouté depuis, au moins, l’année 2007. Non, ce n’est pas ça le problème. Il me fait chier parce que je n’arrive pas à lui donner une note précise.

Il est comment, donc, cet enfant chéri 2009 du web 2.0? Exceptionnel, rêveur, puissant et fantaisiste sont les mots qui me viennent le plus rapidement à l’esprit (sauf pour fantaisiste, j’ai dû y réfléchir quelque peu). La première fois que j’ai écouté le disque, je venais à peine de l’uploader sur mon Ipod et j’embarquais dans l’autobus pour un trajet d’environ 30 minutes. J’ai écouté, attendu un peu de voir ce que ces musiciens avaient à m’offrir et, à peine 2 minutes plus tard, j’avais les yeux fermés et j’étais transporté ailleurs. Blâmez In the Flowers, la chanson d’introduction. Ça monte doucement en émotions avec une arpège électronique de 3 notes magiquement planante et on se laisse charmer tranquillement, jusqu’à la 150e seconde parce que là, ça explose, ça nous renverse et nous domine, comme si la musique voulait rire de nous parce que l’on s’est laissé faire prisonnier par cette géniale chanson. Tout ça est suivi du premier simple, My Girls, grâce à une sorte d’interlude entre les deux chanson qui donne l’impression de changer de paysage.

Parce que Merriweather Post Pavillon, c’est justement cela, des paysages musicaux magnifiques. Tout au long du disque, on a l’impression d’être dans un autre monde, magique et improbable. On croirait visiter des lieux psychédéliques et à la fois exotiques, beaux, laids, rudes, doux. On dirait un monde de fantaisie, là où les montagnes sont énormes et majestueuses, là où les jungles sont à la fois dangereuses et énigmatiques, les océans remplis de surprises et le ciel mystérieux et sensible (non mais, vous voyez le genre? C’est peut-être juste moi qui a trop joué à des jeux vidéos dans son enfance mais bon, moi, je l’imagine mon monde). Chaque changement de rythme donne l’impression d’être arrivé à l’embouchure d’une nouvelle région. Chaque crescendo est comme une envolée directe pour une autre fiction, pareille mais tellement différente.

Non, vraiment, ce disque est transporteur, créatif, original, puissant et foutrement bon. Ce n’est pas ça qui me cause des soucis.

Le problème est que, donner une note à un album implique de le comparer avec les autres disques ayant la même note. C’est une façon de regrouper les créations des musiciens en un certain nombre de paquets plus ou moins comparables entre eux et avec les autres paquets. Il est où, donc, le problème? Merriweather Post Pavillon est trop bon pour mériter la note de 4.5/5, mais mérite-t-il une note parfaite, en l’occurence 5/5? Est-il assez fort pour se classer aux côtés des Kid A, Closer, Harvest, Animals, The Velvet Underground & Nico et autres chef-d’oeuvre de ce monde? Je manque certainement de temps pour juger cela. Au pire, si je ne suis pas content de ma note, je peux toujours me rectifier. Mais, dans ce cas, je raterais mon objectif d’analyse objective qui me tient à coeur. C’est peut-être ça, aussi, un chef d’oeuvre : quelque chose qui trouble celui qui l’analyse au point qu’il se sent obligé de se remettre en question. Parce que certainement, dans 5 ou 10 ans, j’analyserai différemment cet opus et aurai beaucoup plus de chance de lui donner une note plus juste. Un disque comme ça, ça prends du temps à analyser, parce que…

Ah et au diable, voilà, tu le mérite ta note parfaite Merriweather Post Pavillon. Tu as gagné. Je suis obligé de m’incliner. Tu es trop fort pour moi. 4.99/5 n’est décidément pas la note qui te convient. J’espère ne pas me planter parce que, sinon, tu seras maudit!

Note : 5/5

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