La grande enquête du meilleur public des Goules : édition Montréalo-Maskoutaine

La nouvelle est arrivée à mes oreilles pour la première fois à l’automne 2015, quand un ami m’a interpelé alors que je portais mon chandail des Goules. «Hey, Les Goules, tu sais qu’ils font une tournée bientôt?» Médusé, je réponds que c’est impossible. Pas selon l’entrevue longue, donnée à Michaël Bergeron dans le Voir. «Si les Goules reprennent le plancher, c’est qu’on va avoir du nouveau stock.» À moins que…

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Les Goules/Photo: Etienne Galarneau

Depuis l’automne, donc, je vis un Noël inversé; plutôt que de compter les dodos avant le passage du père Noël, je compte ceux où je me réveille dans un monde où aucune tournée ou nouvel album pour mon groupe favori n’est annoncé.

J’ai découvert la bande de Keith Kouna à 16 ans, alors que j’amorçais mon entrée au cégep et qu’eux faisaient leur tournée d’adieux en promouvant leur dernier album en date, Les Animaux. J’ai eu la chance de les voir trois fois durant cette tournée puis, ensuite, quatre fois après leur soi-disant trépas.

On peut même me voir dans la plupart des vidéos YouTube de cette période. Exemple: à 2:08 de l’extrait de «C’est quoi ton son?», interprétée durant leur spectacle de 2012 au Scanner à Québec, on voit jeune-moi, hésitant à porter la barbe ou non, qui vole le micro de Kouna pour compléter la phrase «une pute de fer, yeah / celle-là qui t’a vu naître». Un grand moment.

Bref, je les attendais. Je n’avais pas assez d’aller voir Kouna dans tous ses spectacles de rodage pour la tournée de Du plaisir et des bombes et lui demander qu’il joue Ses Gros Seins Ce N’est Que Du Tape À l’Œil, extrait d’une minute, caché dans les vingt minutes de contenu supplémentaire de l’album Memories (allez regarder vos affaires, les smatts). Il fallait la formation complète, avec les costumes, les ritournelles de scène qui introduisent les mêmes chansons. Tout.

Égoïstement, je n’aurais pas voulu qu’un collègue couvre leur spectacle. Sauf que mon attente est si grande que j’aurais probablement offert une mauvaise critique. «Hey, ils n’ont pas fait telle chose qu’ils ont faite les sept dernières fois et ont préféré innover. Je suis scandalisé. Aux poubelles». Non. Vous valez mieux que ça.

Du coup, on profite de leur tournée pour ouvrir une nouvelle chronique: Où est le meilleur spectacle? (nom très, très temporaire).

Entendons-nous: j’aurais eu de la difficulté à être pleinement objectif sur un spectacle des Goules. Je vais aimer ça et vous défendre que c’est une expérience transcendante qui mérite d’être vécue ad nauseam. Ça ne mène pas à grand-chose. À la place, nous allons prendre toutes les occasions possibles pour aller voir le spectacle – si possible le même, et évaluer l’état des lieux. Où est la meilleure foule? Quel est le meilleur contexte de spectacle? Un festival? Un petit bar? À Montréal? Québec? Chicoutimi? Le moyen optimal de le savoir, c’est d’évaluer les lieux dans le cadre du même spectacle.

La grille d’évaluation sera donc la suivante: Setlist, Engouement de la foule, Énergie sur scène.

Biais méthodologique: s’ils décident de jouer Ses Gros Seins…, le spectacle sera automatiquement «le meilleur qu’ils auraient pu donner» et le contexte gagnera celui de «meilleur pour voir un spectacle».

J’ai un biais méthodologique.

Les deux premières destinations sont: Montréal (22 avril 2016) et Saint-Hyacinthe (23 avril 2016).

MONTRÉAL

Le doublé Montréal-St-Hyacinthe est intéressant puisque tous les deux présentent Deux Pouilles en Cavale en première partie. La similarité et la capacité d’évaluer les deux publics sont particulièrement fortes.

On entre donc dans la Sala Rossa au moment où les Pouilles commencent leur spectacle. Il va sans dire que ces trois gaillards ont toujours le don de nous surprendre avec leurs structures déconstruites, leur virtuosité et leurs chorégraphies minimalistes, mais efficaces. L’échange d’instruments entre le batteur Pascal Rousseau et le multi-instrumentiste Simon Gauthier permettant à Rousseau de faire un long monologue dans un micro individuel est toujours un moment qui laisse présager un gain considérable de folie dans la performance. Le groupe est rodé, efficace et solide, mais la foule est très peu réceptive. Se gardent-ils des forces pour Les Goules ou sont-ils foncièrement ennuyants? La suite nous le dira.

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Deux Pouilles en Cavale/Photo: Etienne Galarneau

Ensuite, se présentent finalement Les Goules. On peut sortir la grille d’évaluation.

LISTE DES CHANSONS JOUÉES:

Parle Parle, Bouddha, Taupe, Matelot, Fifotte, Coat de Cuir, Blanc Bœuf, Coma, Piranhas, Folk, Les Animaux*, Fétiche, Kill, Régimes, Vendeur, Pendaison, Baleine, Crabe. EN RAPPEL : Biker, Dynamite, Ville.

Évidemment, puisque la tournée est pour faire la promotion de Coma, le dernier album de la bande à Kouna, on devait s’attendre à une prestation riche en titres de cet opus. On remarque cependant une présence plus marquée des classiques de leur album homonyme et un peu moins de Memories et Les Animaux. Memories est tout de même présent en fin de parcours, mais, durant les quatorze premiers titres, on se demande si, avec recul, il ne serait pas l’enfant faible des quatre albums dans le regard de ses parents. À quatre titres contre deux pour Les Animaux, on rectifie notre jugement.

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Les Goules/Photo: Etienne Galarneau

*Les Animaux se trouve à cet endroit dans le setlist, mais très clairement, la pièce était réservée pour plus tard, car que le groupe passe cinq minutes à s’obstiner que ce n’est pas celle qu’ils avaient préparée, alors que Kouna, l’ayant introduite, a juste mal lu sa feuille de route collée au sol. On présume qu’elle devait se glisser juste après Fétiche.

ENGOUEMENT DE LA FOULE:

Peut-être en fait que l’aspect «enfant faible» qu’on a cru déceler pour Memories et Les Animaux n’est pas dans l’œil des artistes, mais du public. La foule se déchaîne sur les titres de Coma et de l’album homonyme, mais bien vite, je réalise que je suis le seul qui s’énerve dans le moshpit pour les titres du troisième album. Certains me dévisagent même quand je scande la liste de prénoms dictés dans la chanson titre de Les Animaux. L’énergie regagne cependant lorsqu’ils entament leurs vieux classiques ou leurs nouveautés. J’ai d’ailleurs dû abandonner la lutte dans le pit à deux reprises, soit après Coat de Cuir et après Vendeur. «Un vrai work-out» me dit une spectatrice lorsque nous faisons la file pour le vestiaire.

ÉNERGIE SUR SCÈNE:

Malgré les problèmes de guitare de Ken Pavel et de Kouna, les shooters renversés et la pièce interprétée au mauvais moment qui contrevient à l’équilibre du spectacle, les gars donnent tout ce qu’ils ont. Le spectacle vaut définitivement le détour et la foule répond bien (lorsque ce ne sont pas des titres de Memories ou des Animaux, comme on disait).

JUGEMENT FINAL:

J’avais peur que les Montréalais ne dansent pas. J’ai fait fausse route. La Sala Rossa est une solide compétitrice. Voyons ce que le lendemain nous dira.

SAINT-HYACINTHE

Pour des raisons incontrôlables, ni Deux Pouilles en Cavale, ni moi n’avons été en mesure de nous rendre au spectacle de Saint-Hyacinthe. Le groupe est évidemment pardonné, mais pour ma part, ça m’a valu le titre de «trop laid» auprès des organisateurs de la soirée.

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Crédit : Joëlle Turcotte

Nous pourrons donc nous reprendre avec cette chronique lors de leur performance dans le cadre du Festif! de Baie-Saint-Paul ainsi que dans les différents festivals qui vont – peut-être – annoncer la présence du groupe dans leur programmation pour cet été.

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Ponctuation et Deux pouilles en cavale : du saran-wrap dans face

La Maison de la culture du quartier se remplit tranquillement en ce vendredi soir pas mal doux, dans le cadre de la série Révèle la relève. Côté musique indépendante, on peut pas dire qu’il y a de l’action tous les jours dans le quartier Maisonneuve, alors quand il y a un bon show, ça vaut la peine de se déplacer.

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À leur habitude, les soirées Révèle la relève nous offrent un programme haut en couleur avec les performances de Ponctuation et Deux pouilles en cavale, des groupes francophones à l’univers particulier et sans compromis.
Ça commence donc avec la montée en scène de Deux pouilles en cavale. Le trio post-rock qui s’est démarqué aux Francouvertes ouvre son set avec une improvisation ambiante ponctuée de poésie. Suit une cabale de rythme anguleux où le rock alternatif et le blues flirt avec les mathématiques.

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Cette opposition entre le calme et la frénésie est à l’image de la performance qu’offre le band pendant les quelques quarante minutes suivantes. Son énergie palpable nous apparaît amplifiée par les plages de calme détraqué et de spoken word qui lient les différentes sections de son répertoire. «Des fois c’est du punk, des fois c’est du rock…» nous dit une des pouilles entre deux chansons. «Mais à soir c’est du jazz!»

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Fait saillant de la soirée : dans un moment des plus expérimentaux, le drummer se présente à l’avant-scène et s’enroule la face dans du saran wrap… Le geste semble lourd de symbolique. Au soulagement général, il finit sa performance avant le point de suffocation.

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Suit Ponctuation, un duo devenu quintette par la force des choses. Après une première chanson énergique, le chanteur et guitariste Guillaume Chiasson invite le public de la Maison culturelle à se lever. Qu’à cela ne tienne, les gens qui étaient restés assis jusqu’à présent s’avancent et se mettent à danser, comme s’ils n’attendaient que de se faire inviter.

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Les compos du band sont pour la plupart dans un registre pop garage, avec certaines belles influences psychédéliques et/ou rockabilly. Par contre, ici on évite judicieusement le pastiche. Ponctuation fait de la musique d’aujourd’hui et enchaîne les morceaux à un rythme haletant, ne ralentissant que lors d’une pièce instrumentale au rythme lourd.

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Comme toujours, leur présence sur scène est magnétique : les membres ont une belle cohésion et ils sont agréable à regarder. Ils jouent de la bonne musique, mais surtout, ils offrent un show! Leur plaisir d’être sur scène est contagieux.
Photos: Mathias BP

Le buffet de la semaine : Salomé Leclerc et une sculpture d’ananas

Chaque lundi au matin, on vous envoie la dose de nouveautés locales qui ont potentiellement passé sous votre radar la semaine passée. C’est un gros buffet à volonté avec plein d’affaires : servez-vous.

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Un nouveau vidéoclip tourné entièrement avec des pellicules périmées. Un bien joli recyclage Salomé Leclerc!

Le premier extrait de A Taller Us qui verra le jour plus tard cette année. Foxtrott, une voix assurée sur une trame électronique recherchée.

Un remix, une nouvelle toune pour Alaclair Ensemble. Quelque chose de solide pour te donner la drive qu’il te manquait pour commencer ton lundi.

Dralms, belle musique planante de Vancouver, en collaboration avec les boys de Siskiyou.

Deux pouilles en cavale, version enregistrement avec budget. Ça s’entend et ça fit sûrement avec ton lundi matin: Ce matin le grille-pain N’a pas voulu m’aider Et ma tasse de café Riait aux éclats.

Pop ben fun fun: The Muscadettes. Un premier EP solidement convaincant. Style 80’s, The Bangles much.

Francouvertes – soir 7: drôle de sandwich

Sandwich intriguant que cette dernière soirée des préliminaires aux Francouvertes: viande goûteuse pop-rock au centre avec Cherry Chérie, précédé par le folk introspectif de Nicole et le rock puissant de PONI qui a su s’élever vers le 3e rang du palmarès.

Nicole / Photo: Élise Jetté
Nicole / Photo: Élise Jetté

Difficile de ne pas être immédiatement apaisé par les mélodies folks pesantes de Nicole, première formation à avoir gravi les marches de la scène. C’est un son qui oscillait entre la douce lourdeur d’Antoine Corriveau et un americana plus assumé de bottes de cowboys et de mâchouillage de tabac. D’ailleurs, le chanteur Frédéric Christian chantait avec une gomme dans la bouche. Soit sa mère ne lui a jamais dit que c’était pas poli de mâcher de la gomme devant les gens, soit il essayait de marcher et mâcher de la gomme en même temps comme Denis Coderre. Pour ce qui est de l’impression générale, c’est le type de langueur de laquelle on apprécie s’imprégner dans les moments plus tristounets, ce qui a pu tracasser lorsque vient le temps de «donner un show».

Cherry Chérie / Photo Élise Jetté
Cherry Chérie / Photo Élise Jetté

Cherry Chérie a poursuivi avec sa pop rock rétro et sexy. Sexy, oui, car le trio de frontmans pratiquait le déhanchement synchronisé (probablement prochaine discipline olympique) avec une fougue sensuelle et langoureuse. «On aime tellement ça les steppettes. On fait toujours des steppettes et c’est pas ce soir que ça va changer bébé» ont-ils scandé dès le début du numéro. L’agilité avec laquelle les membres du groupe s’échangeaient le lead de la prestation était vraiment impressionnante. On a immédiatement entendu leur background, les mille autres fois où ils ont joué chaque chanson. Dire que leurs jeux de guitares (et de bassins) étaient au point serait un euphémisme. On ne pouvait pas ne pas se brasser le derrière sur les notes beatlesques des beaux gars de Cherry Chérie. Dur à croire qu’ils n’aient pu se tailler une place dans le top 9.

PONI / Photo Élise Jetté
PONI / Photo Élise Jetté

C’est PONI qui a mis un terme à la dernière soirée des préliminaires des Francouvertes. C’était une deuxième année consécutive aux Francouvertes pour deux des membres du groupe qui étaient de la finale l’an dernier avec Deux pouilles en cavale. C’est un rock qui rentre dedans, tout en étant beaucoup plus modéré qu’avec les pouilles. Les morceaux plus posés font d’ailleurs leur effet, basés sur un fond dense de basse. Mon bémol avec ce type de band demeure l’effacement des textes. Dans un concours de chanson franco, ça me dérange, mais il n’en demeure pas moins que c’est un son travaillé et maîtrisé de bord en bord.

Palmarès final des préliminaires des Francouvertes 2015:

1- The Urban Indians

2- Samuele

3- PONI

4- Rosie Valland

5- Anatole

6- Émile Bilodeau

7- Yokofeu

8- Dylan Perron et Élixir de Gumbo

9- C-Antoine Gosselin

On se donne rendez-vous aux demi-finales les 13,14 et 15 avril au Lion d’Or.

Philippe Brach gagne les 18e Francouvertes et il le mérite

Les porte-parole des 18e Francouvertes, Karim Ouellet et Les sœurs Boulay, ont joué les premières notes de cette soirée de finale extrêmement riche de talents qui se déroulait hier au Club Soda. Tannées, disaient-elles, de chanter toujours les mêmes chansons, Les sœurs Boulay y sont allées d’une nouvelle composition, Les couteaux à beurre (on a hâte à un nouvel album). Karim Ouellet nous a plutôt ramenés à l’époque où il faisait lui-même partie des concurrents des Francouvertes, en interprétant une chanson de son premier album, Plume. Le trio de porte-parole a conclu la première partie en interprétant à trois Marie-Jo, une pièce de Karim.

Pas facile de réchauffer une salle remplie de personnes munies de crayons et prêtes à juger la musique de toutes leurs forces. C’est à Philippe Brach qu’on avait assigné la tâche d’injecter un peu de vie dans une foule plutôt froide.

Avec une attaque tellement entrainante au début de chaque pièce, il nous a fait retomber en amour avec chacune des ses compositions, des textes sensibles et abrupts, tantôt livrés avec un brin d’humour dosé, tantôt lancés comme une tonne de briques en nous laissant muets devant son regard sur le propos.

Une chose est certaine : il y a quelque chose dans l’espace-temps qui s’arrête quand Phil Brach pousse une note aiguë du plus profond de sa gorge en fermant les yeux. Un son qui te fait sourire ou pleurer dépendamment de l’état dans lequel tu accueilles la toune. En commençant son set avec les deux chansons les plus douces de son répertoire, Alice et Ressac sur ta peau, il a établi le contact : un lien fragile de complicité où il se dévoile à celui ou celle qui veut bien l’entendre. Il a ramené bien vite sur le plancher des vaches tous les auditeurs qui auraient pu se laisser captiver par le pointage du CH sur leur téléphone avec son sens du rythme et sa façon de nous faire sentir comme s’il était broche à foin au moment où il pousse au contraire la pièce la plus tight de la soirée.

Le nuage envoûtant de Julie Blanche, qui a obtenu la seconde place sur le podium, a ensuite paralysé la foule dans un sentiment confortable d’abandon. La sincérité du tourment qu’elle partage avec celui ou celle qui l’écoute est saisissante. On sent un genre d’agressivité retenue et libérée peu à peu pendant que chaque chanson avance. La performance amenée sur la scène pour la finale était clairement ponctuée d’un travail colossal sur la présence scénique. Les yeux bien ouverts de la chanteuse semblaient s’adresser à moi, toi et toi. Tout le monde était dans la bulle charmante de Julie Blanche, entourée une fois de plus de son band dramatiquement talentueux pour faire naître les ambiances.

Le rock mathématique de Deux pouilles en cavale a bouclé la boucle de cette édition du concours. Avec une précision toujours aussi calculée, les trois musiciens ont livré leur meilleure performance de la saison des Francouvertes. Cette audace électrifiée prenante et gorgée de génie musical ne remportera malheureusement jamais un concours comme les Francouvertes, mais la drive du trio nous donne envie de partir un concours qui leur irait comme un gant.

Photos par Élise Jetté

Pour revoir notre entrevue et perfo avec le gagnant, c’est juste là :

Demi-finales des Francouvertes, soir 3: Deux pouilles en cavale en finale

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Relisez aussi nos entrevues avec Deux pouilles en cavaleLes Hôtesses d’Hilaire et Jacques Bertrand junior.

Les performances de Deux pouilles en cavale, Les Hôtesses d’Hilaire et Jacques Bertrand junior ont mis fin aux demi-finales des Francouvertes hier. Au terme des neuf prestations en trois jours, trois formations ont obtenu leur laissez-passer pour la finale du 12 mai : Philippe Brach, Julie Blanche et Deux pouilles en cavale.

Ça se démarque. Ce n’est pas ce qu’on a l’habitude d’entendre aux Francouvertes, c’est audacieux et bien fait. Le rock progressif de Deux pouilles en cavale nous amène carrément à l’extérieur du sentier. Les deux acolytes, qui jouent ensemble depuis de nombreuses années, ont appris à jouer de la musique ensemble, mais non seulement ça. Ils n’ont pas suivi de formation et ont plutôt établi ensemble leurs propres codes. Cette espèce de chimie et cette originalité brute qui émanent de leurs performances sont impressionnantes. Certes, on ne se retrouve pas devant un texte extrêmement élaboré, mais je crois qu’une virtuosité musicale pareille méritait sa place en finale, du moins pour créer de la variété.

Encore plus trash que lors des préliminaires, le groupe Les Hôtesses d’Hilaire a su nous faire rire un bon coup. Sans enlever les excellentes qualités de musiciens à tous les membres du groupe sur scène (particulièrement le guitariste qui semble trop petit pour sa guitare), ce band néo-brunswickois nous fait rire davantage qu’il nous touche musicalement. Que ce soit à cause textes grossiers, des histoires déjantées (Éric Lapointe dans une cellule de prison qui aide Serge, le chanteur, à découvrir le sens de sa vie) ou parce que le chanteur se douche sur scène avec le contenu d’une bouteille de Heineken, on ne peut pas ne pas rire.

Jacques Bertrand junior clôturait la série de demi-finales et je dois dire qu’on s’attendait à plus. Une énergie étrange planait sur scène pendant sa performance. Autant son enthousiasme extravagant avait capté mon attention au plus haut point lors des préliminaires, autant, cette fois, je me demandais quand ça allait lever. Son maniement exemplaire de la langue est inéluctable, mais on sentait que sa folie intéressante prenait tranquillement le chemin de la folie bizarre. Le personnage qu’est carrément son guitariste alimentait cette atmosphère glauque avec des danses impromptues. C’était spécial. Dire que je lui avais déjà décerné une place en finale dans mon for intérieur.

Le 12 mai, voyez la grande finale des 18e Francouvertes avec Philippe Brach, Julie Blanche et Deux pouilles en cavale. En attendant, vous pouvez voter en ligne pour le prix du public.

Photos par Élise Jetté

Élise aux Francouvertes, semaine 7 : Deux pouilles en cavale et Les Hôtesses d’Hilaire se joigneront aux demi-finales

Relisez nos entrevues avec Protofiev, Les Hôtesses d’Hilaire et Deux pouilles en cavale pour en apprendre plus sur ces trois artistes.

La septième et dernière soirée des préliminaires des Francouvertes s’est déroulée sous le signe du gros rock sale. C’est vraiment la soirée où les groupes en prestation ont su démontrer que les musiciens, dans un band, ne sont pas que des accessoires. Les trois dernières formations à monter sur scène avaient, chacune à leur façon, une symbiose musicale qui était la force première de chacune des pièces que nous avons entendues. Si Protofiev n’a pas convaincu le jury et la foule, Deux pouilles en cavale et Les Hôtesses d’Hilaire se sont, eux, mérités respectivement la 3e et la 8e place du fameux top 9.

Avec peu de mots tous enterrés par un rock bruyant, un son saturé, le trio Protofiev a ouvert la dernière soirée des préliminaires. Le chanteur s’est adressé à la foule tel un ado en crise : avec peu de respect et peu de vocabulaire. « Coudonc, avez-vous du fun? », a-t-il lancé entre deux chansons. C’est sûr que les spectateurs assis tranquilles en train de remplir leur formulaire de vote n’allaient pas se mettre à casser leur chaise sur le plancher du Lion d’Or pour démontrer qu’ils « avaient du fun ». Ça a tout de même prouvé que Les Francouvertes n’était peut-être pas la place de tous les styles. Musicalement, ils se sont sérieusement décollés de la masse (des Francouvertes et du Québec en général). Ça ne sonnait comme rien d’autre, une coche plus abrupt que Deux pouilles en cavale.

Les Hôtesses d’Hilaire, avec un rock classique déviant tantôt sur le blues, tantôt sur quelque chose de plus rockabilly, ont suivi. Le groupe originaire du Nouveau-Brunswick fonctionne extrêmement bien ensemble malgré la disparité des membres (plus jeunes et plus vieux). « Maxence et Mathieu, notre batteur et notre guitariste ont l’air jeunes, a expliqué le chanteur. On les a pêchés sur exploiteunenfant.com. C’est pratique en tournée, ils fitent dans le même lit. » Malgré la jeunesse de certains membres, l’expérience, elle, est palpable chez l’ensemble du groupe. Se rinçant la dalle durant toute la durée de la perfo à même le goulot d’une bouteille de vin, le chanteur est un personnage attachant : mélange entre Jean-François Mercier et Hagrid. Les textes crus du genre « gun sur le scrotum » et « crosses » en devenaient presque acceptables.

Le tout dernier groupe à s’exécuter aux préliminaires, Deux pouilles en cavale a impressionné avec ses « 12 tounes en 25 minutes ». Le plaisir qui transparaissait durant toute la durée du numéro captivait l’auditeur. C’est du rock progressif très imaginatif, qui n’évolue dans aucun cadre. C’est rare que je sois attirée par le côté mélodique de ce genre de rock plus bruyant qui met à l’épreuve la sensibilité du tympan, mais la composition était juste trop tight pour ne pas être remarquée.

Le palmarès final des préliminaires des 18e Francouvertes :

1 – Joëlle Saint-Pierre
2 – Philippe Brach
3 – Deux pouilles en cavale
4 – Jacques Bertrand junior
5 – Julie Blanche
6 – MARITZA
7 – Bobby One
8 – Les Hôtesses d’Hilaire
9 –  P.A.P.A (Pas d’Argent Pas d’Agent)

On vous attend aux demi-finales les 14, 15 et 16 avril, juste après les élections. Après avoir voté pour le gouvernement, vous pourrez aussi voter pour le prix du public des Francouvertes dès le 14 avril.

Photos par Élise Jetté