Mot clé: dare to dare

Quelques bons albums à écouter en hiver

L’hiver est une saison mal-aimée, détestée par plusieurs pour ses longues nuits froides, ses impressionnantes quantités de neiges annulant tout trafic routier, l’obligation de pelleter l’entrée chaque jour et celle de porter de gros manteaux chauds pour se défendre contre les ardentes rafales poudreuses.

Pourtant, la saison froide apporte avec elle une atmosphère extrêmement calme, profonde et envoûtante, comme un rideau de scène recouvrant le ciel de façon permanente. Et puisqu’il faut passer à travers ces trois mois, aussi bien le faire avec plaisir. Voici donc une courte liste, purement subjective et dans le désordre, d’albums parfaits à écouter en plein blizzard, à -30°.

Agaetys Byrjun - Sigur Ros

Sigur Rós
Ágætis byrjun

Fatcat
Islande
1999-2000

Tout en étant un album phare de la décennie et du courant post-rock, Ágætis byrjun se compose essentiellement d’une musique éthérée, planante et atmosphérique. Né dans les froides landes nordiques de l’Islande, l’aura de l’album rappelle de grands paysages couverts de blanc sur lesquels tombe des flocons reflétant la lumière lunaire. Bref, un chef-d’oeuvre à savourer couché sur le lit ou durant l’observation de la décomposition des nuages lors des longues nuits froides.

Trompe-l'oeil - MalajubeMalajube
Trompe-l’oeil

Dare to Dare
Québec
2006

Ne serait-ce que pour la classique Montréal -40°C, Trompe-l’oeil s’inscrit tout naturellement dans cette liste. Entre pop jouissive et indie rock amusant, le deuxième opus des quatre natifs de Sorel-Tracy semble avoir été arrangé spécifiquement pour une écoute à travers les rues de Montréal un après-midi de janvier. Entre « l’ours polaire dans l’autobus », les guitares froides, les synthétiseurs glacés, la voix effacée de Julien Mineau déambulant dans des corridors de textes axés sur la maladie, Trompe-l’oeil constitue un passage obligé lorsque l’on passe une semaine à éternuer couché dans son lit. À ne pas oublier, la triomphale La monogamie, superbe climax de l’album.

theknife_silentshoutThe Knife
Silent Shout

Rabid
Suède
2006

On ne peut négliger le duo suédois dans ce genre d’exercice. Olef Dreijer et Karin Dreijer Andersson, frères et soeurs, se sont certainement inspirés des paysages de leur patrie natale lors de la composition de ce disque. Charges électroniques caverneuses mais lumineuses sur Neverland, explosion d’une source mélodique chaude à l’intérieure mais hivernale à l’extérieure sur We Share Our Mothers’ Health et gouttes d’eau mêlées à des atmosphères de nuits troublées sur Like a Pen, Silent Shout est, d’une part, un excellent disque et, d’autre part, parfait pour la saison froide.

Bjork - HomogenicBjörk
Homogenic

One Little Indian
Islande
1997

Il y a, chez Björk, cet aspect fondamental de la destruction et reconstruction musicale. Tout démolir pour rebâtir quelque chose depuis les ruines du chaos de la même façon que le phénix renaît de ses cendres ou que les arbres reviennent à la vie au printemps. Et entre temps, Homogenic, avec ses rythmes électroniques fusionnés à des instruments à cordes synthétiques utilisés comme quartier général pour la merveilleuse voix de la chanteuse, propose le parfait habillage nostalgique et dramatique comme trame sonore en cette période où la nature se retrouve comateuse et endormie.

arcadefire_funeralArcade Fire
Funeral

Merge
Québec
2004

Vivant en symbiose avec l’hiver montréalais, étant donné ses inspirations (la crise du verglas en 1998, les nombreux décès dans les familles des musiciens du groupe), Funeral a radicalement changé le monde musical de la métropole québécoise dès sa sortie. Enregistré dans un studio analogique avec, au départ, peu de moyens, l’album s’écoute comme une décharge d’espoir lyrique se frayant un chemin dans un monde profondément fataliste déterminé par la glaciation des âmes et l’emprise de la mort, un peu comme l’hiver maintient la verdure prisonnière de son manteau blanc, le soleil éloigné avec d’énormes nuages gris et les vents chauds à distance avec de grands murs de glace.

thewalkmen_youandmeThe Walkmen
You & Me

Gigantic
États-Unis
2008

Les rois du treble s’insèrent dans cette liste grâce à leur acoustique, haute en fréquences et présentée avec beaucoup d’écho. Cette sonorité rappelle celle des grands endroits ouverts et enneigés, où ce dernier élément constitue rembourrage reflétant et amplifiant le son. Et la lumière. Tout comme You & Me, album d’indie rock à la fois lumineux de par les mélodies craquantes et cassantes et les arrangements engloutissant toute ambiance extérieure. Et quelle meilleure chanson possible pour célébrer la première véritable fête de l’hiver, le Nouvel An, qu’In the New Year? « I know that it’s true/It’s gonna be a good year/Out of the darkness/And into the fire », clame Hamilton Leithauser, question de passer une excellente saison.

paschicchic_aucontrairePas chic chic
Au contraire

Semprini
Québec
2008

Complètement ignoré au Québec lors de sa sortie (et encore aujourd’hui), Au contraire a pourtant placé Pas chic chic au sommet de la créativité musicale québécoise. Et avec un amalgame de synthétiseurs cinématographiques et d’harmonies de voix partagées entre cordes vocales féminines et masculines localisées, dans le mix, en hauteur, cet album cadre parfaitement avec un décor de glace et de ciel couvert.

Comme cela a été mentionné au départ, cette liste est basée sur des critères, purement subjectifs, de ce que constitue un bon album d’hiver. Ces critères étant, vous l’aurez compris, une musique souvent froide, atmosphérique, pleine d’écho et dotée d’une acoustique particulière. Si vous, lecteurs, avec des suggestions d’albums pour cette liste, n’hésitez pas à en faire part. Sur ce, bonne saison froide!

Malajube – Labyrinthe [2009]

malajubelabyrinthe

Malajube est arrivé comme une explosion dans le paysage musical indie québécois. Un premier disque garage, brute et un peu sale. Un second plus retapé, comme si la matière première préalablement exploitée était passée au travers toute les étapes nécessaires pour raffiner un produit. On peut donc dire, en gros, que Le Compte Complet s’apparente à du pétrole brut et que Trompe-l’oeil constitue sa transformation, c’est-à-dire de l’essence. Et à voir le coût du carburant depuis quelques années, cette métaphore plutôt moyenne s’applique et tient la route, surtout en considérant la valeur musicale de Trompe-l’oeil. Outre ces énergétiques considérations, Malajube a aussi fait le tour du monde en spectacle, débouchant sur quelque chose autour de 250 spectacles si ma mémoire ne me fait pas défaut. Considérons aussi tous les prix reçus, les acclamations critiques et populaires et Malajube se retrouve propulsé au sommet du monde musical québécois des derniers temps. Et ils accouchent ce mois-ci de Labyrinthe, oeuvre qui se différencie drastiquement du passé en proposant du contenu beaucoup plus lourd, posé, réfléchi et complexe. Suivez le guide pour passer au travers ces complexes dédales musicaux.

Une petite mélodie douce de piano, qui se métamorphose rapidement en combo habituel (guitare, basse, batterie, clavier) un peu pop, constitue le portail d’entrée de l’album. Mais brusquement, les gars de Malajube nous lancent un mur de son directement à notre visage : batterie rapide et forte multipliée à de la guitare à rythme rapide et une voix froide laissée en fond de mix, comme une espèce de narration décrivant notre passage au travers de cet album-aventure. S’ensuit un passage plus doux lui-même suivi par d’autres mélodies et rythmes qui varient sans crier gare. Cette chanson pop-rock à influence très progressive se termine par un 2 minutes 30 dominé par la basse et par une guitare électrique composant un crescendo absolument digne des meilleurs groupes de post-rock.

Évidemment, on n’en sort pas sans conséquences. Personne n’aurait cru qu’un jour notre groupe d’indie pop-rock tomberait dans le shoegaze, le progressif ou le post-rock. Et si certains fans pourraient en être choqués, les autres seront certainement satisfaits et heureusement surpris de découvrir une évolution musicale très appréciée. Tout n’est quand même pas perdu : Porté Disparu aurait très bien pu se retrouver chez Trompe-l’oeil sans cette espèce d’aura inquiétante générée par des synthétiseurs old-school glaciaux.

Et Labyrinthe porte vraiment bien son nom. Il est très difficile de se localiser lors de notre permier parcours. Ce nouveau son est surprenant mais aussi très complexe, et retrouver notre chemin dans ces sinueux dédales relève du défi au départ. De Casablanca, qui démarre d’une façon tellement douce qu’elle en est presque ridicule pour monter un climax avec un solo de guitare qui va certainement donner lieu à Julien Mineau de le faire coucher sur le sol, à 333, piste indie rock angoissante et lourde du niveau de Neon Bible d’Arcade Fire, on traverse un vrai complexe où la sortie semble loin et inaccessible. Dès la fin de 333, par contre, on respire un peu avec Les Collemboles, chanson prog-pop hyper intéressante et motivante, se terminant dans une explosion sombre et malade. On respire ensuite avec le skit suivant, Hérésie où, probablement de façon volontaire, Julien nous demande justement d’inspirer et d’expirer pour prendre une pause.

Influences progressives québécoises sur Dragon de glace. Chanson triste classique de Malajube en Le tout-puissant. On se dit que l’on a tout vu, que cet album ne nous résèrve surement rien d’autre. Mais on se met le doigt dans l’oeil, parce que l’épique finale Cristobald se veut une chanson carrément épaisse et brumeuse, franchement post-rock dérivant presque parfois vers le métal. On fait, réellement, le saut.

Mais au final, à la sortie de cet environnement mi-hostile mi-flamboyant mais toujours glacé, on découvre une nouvelle facette de Malajube. On savait qu’ils avaient du talent, beaucoup de talent. Mais on ignorait qu’ils étaient capables d’emprunter ce genre de sentier, de créer de la musique immensément complexe, étourdissante et tournoyante. Et que dire de la pochette, tout en relief. Bravo Malajube.

Note : 4/5

*et à tous ces journalistes et chroniqueurs incapables de voir plus loin que la voix de Mineau, placée très loin dans le mix, ouvrez-vous. C’est complètement ridicule et chiant de parler d’un album en ne donnant que des infos sur la voix (compris, Sylvain Cormier?) et en ne prenant pas compte de la qualité de la musique. Et comme l’a dit Marie-Hélène Poitras à ce sujet, ce serait comme de demander à Sonic Youth de jouer avec des instruments accordés. Tsss…

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