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Videotape : Caribou – Sun

Ce n’était probablement pas ce que vous aviez en tête lorsque vous écoutiez l’excellente piste Sun du dernier album de Caribou. Par contre, pour Daniel Victor Snaith, des femmes d’un certain âge qui dansent dans un hall en compagnie de danseurs de mauvais goût, c’est le cas. Voyez par vous-mêmes :

The Besnard Lakes – Are the Roaring Night [2010]

The Besnard Lakes - Are the Roaring NightThe Besnard Lakes
Are the Roaring Night

Jagjagwar
Canada – Québec
Note : 8.5/10

Considérant que le deuxième album d’un groupe est, bien souvent, celui qui confirme ou infirme leur talent musical, on peut affirmer que The Besnard Lakes avait, avec Are the Dark Horse, livré la marchandise au-delà des attentes. Et pour leur troisième opus, le désormais quatuor a décidé d’emprunter la voie de la continuité. Et si les guitares lourdes, les cordes aériennes, les voix atmosphériques et les ambiances psychédéliques sont choses communes, Are the Roaring Night s’impose parmi la masse grâce à sa finesse de composition implacable.

L’album débute par un crescendo tourbillonnant et assourdissant, qui se termine sur Like the Ocean, Like the Innocent Pt 2: The Innocent et une voix hautement perchée. Une batterie lente s’ensuit et installe une ambiance brumeuse découlant de la pièce d’introduction. Ce train avance jusqu’au refrain, où embarque une guitare opaque digne des meilleurs moments de Ride. S’entremêlent les voix d’Olga Goreas et Jace Lasek, le tout dans une éruption psychédélique spontanée.

Le principal trait qui sépare Are the Roaring Night de son excellent prédécesseur consiste en l’influence du shoegaze sur les compositions et les arrangements. Lorsque le disque ultérieur s’envolait vers des nuages de fumée noire éclatée ou des contrées émotives oppressantes, celui-ci demeure beaucoup plus carré et structuré que le précédent. On sent cette nuance sur Albatross, où les guitares, la batterie et la basse ne s’échappent pas du tempo ni de la convention mélodique signée dès le début de la chanson. Ce qui ne l’empêche en rien de constituer une vraie perle grâce à des nuances sonores entre l’influence de Swervedriver et de The Flaming Lips.

La fixation shoegaze du quatuor se ressent aussi sur Glass Printer, avec des sonorités de guitares bourrées de distorsion et d’effets de modulation. L’instrument à 6 cordes le plus populaire du monde est donc mis de l’avant sur la majorité des chansons, ce qui n’empêche pas la batterie de jouer son rôle de chien de garde rythmique nuancé. Les percussions demeurent infiniment mesurées et jamais les tambours ne résonnent sans raison.

L’objectif des Montréalais s’affiche clairement avec Are the Roaring Night : toucher le coeur du public en le transportant dans un voyage au fond d’un monde troublé et difficile à percer. Land of Living Skies Pt.2: The Living Skies ressuscite les envolées philosophiques des années 70, alors que And This is What we Call Progress déboule sur ses percussions incessantes, comme une armée en marche, sur lesquels se greffent des interventions de guitares à trémolo et distorsion. Pas vraiment de refrain, pas de structure pop préétablie, simplement une intervention musicale issue d’un processus créatif rempli de surprises et d’originalité.

Le contenu musical de Are the Roaring Night est à l’image de la pochette du disque : éthéré, opaque, brûlant et, encore une fois, racontant une histoire d’espionnage troublante. Une réussite complète pour ces puissants musiciens de la métropole québécoise, et possiblement l’album québécois qui passera dans l’ombre cette année.

Owen Pallett – Heartland [2010]

Owen Pallett - HeartlandOwen Pallett
Heartland

Domino
Canada
Note : 9/10

Créature hybride composée de pop orchestrale épique, de folk subtile et d’une construction indie rock, Heartland, premier disque d’Owen Pallett sous son véritable nom, se qualifie aisément de trésor canadien laissé pour compte. Pourtant, ce mélange entre nervosité de trame sonore pour jeu vidéo et arrangements flamboyants constitue le meilleur disque en ce début d’année.

L’écoute peut s’avérer difficile, étant donné l’audace et la créativité assez avancées de l’album. L’instrumentation se compose essentiellement du violon de Pallett, d’un orchestre de Prague et d’ajouts électroniques fréquents, mais extrêmement bien dosés. S’il ne s’agit en aucun cas de musique classique, l’impression qui s’en dégage demeure semblable : celle d’être profondément touché et troublé par la majesté d’une expérience noble mais purement organique.

Par exemple, sur Lewis Takes Action, le rythme se base sur des cuivres et des cordes intermittents, laissant une bonne partie de l’espace sonore à la voix du multi-instrumentiste. Entre les blocs vocaux, des envolées de cordes dominent l’écoute, tout ça pour se terminer sur une mélodie extrêmement fantaisiste. The Great Elsewhere se compose d’une architecture électronique détachée et complexe à laquelle se greffent une batterie et l’orchestre. Ce mélange donne lieu à une escapade musicale dégringolante et inquiétante de par le mélange entre les frappes de percussions et les orchestrations magistrales, le tout assimilé à une ambiance de course contre la montre.

Lewis Takes Off His Shirt constitue un suspense auditif, avec une présence électronique nerveuse et des arrangements sublimes toujours localisés au bon moment pour créer un effet. La chanson monte en crescendo pour redescendre aussitôt, accouchant ainsi d’une sensation globale de transport maritime coincé dans le courant se brisant, au final, sur un récif rocailleux.

Un autre point fort d’Heartland, outre son improbable mélange entre folk, indie rock et pop orchestrale et sa splendeur flamboyante, est sa capacité à transporter l’auditeur dans un voyage à travers le concept du disque. La trame narrative se compose essentiellement d’un dialogue entre un violent fermier nommé Lewis et son créateur, Pallett, le tout dans un monde nommé Spectrum. Si ça peut paraître étrange, le résultat se rapproche d’un conte, hanté et tordu, à propos du contrôle et du pouvoir vis-à-vis sa propre destinée.

À travers les 12 pistes de l’album, on découvre un musicien extrêmement talentueux et inspiré, capable de mélanger des genres incongrus pour aboutir à un résultat immensément riche et surprenant. Entre l’aventure épique, l’orchestre magique, l’enchantement musical et l’alternatif, Heartland fait bande à part et impressionne grandement.

Japandroids – Post-Nothing [2009]

japandroids_post-nothingJapandroids
Post-Nothing

Polyvinyl
Canada
Note : 8.5/10


Japandroids, c’est deux jeunes natifs de Vancouver fraîchement sortis de l’université qui ont un message à lancer à leurs collègues mous et sans idées : réveillez-vous. Un duo noise rock faisant plus de bruit et d’impact que bien d’autres groupes pseudo alternatifs.

À cette époque du web 2.0 et du tout-le-monde-a-raison, le cynisme occupe une place de choix dans l’environnement mental de nous, occidentaux occupés à tenter de régler une crise économique débile, des problèmes environnementaux toujours délaissés et des brisures sociales béantes et oubliées.

Dans cette société du je-m’en-fou-il-n’y-a-pas-de-solution-de-toute-façon, la jeunesse semble être incapable de s’envoler et de crier haut et fort sa frustration face aux vieilles peaux crasses qui se débattent jours et nuits pour maintenir en place leur système désillusionnant. Surconsommation, cynisme, aveuglement volontaire et pessimisme occupent désormais les idées d’une partie grandissante des enfants de la mondialisation. Et ça se répercute en musique, avec des groupes faussement anglo-saxons inspirés des plus grandes méthodes de mise en marché des commerçants et des industriels. Peut-être pas partout, non. Pas tout le monde non plus, heureusement.

Voilà où intervient le duo. Empruntant ses concepts de base à des groupes comme Sonic Youth, Pavement et autres génies alternatifs des années 90, les deux musiciens impriment leur énergie pendant les 8 chansons de l’album. Dès The Boys Are Leaving Town on découvre le pas très subtil mélange entre batterie mélodique, guitare noisy rythmique qui défoule, harmonies vocales lo-fi et plaisir inconditionnel du son, du bruit, de la musique et de la jeunesse. Avec autant de punch, on croirait entendre deux animaux pris en cage frappant, griffant et mordant les barreaux de leur prison.

Young Hearts Spark Fire débute comme du The Pains of Being Pure at Heart mais, contrairement à ceux-ci, il y a de l’énergie. Entre les «Yeaah», le duo s’acharne à clamer «We used to dream, now we worry about dying. I don’t want to worry about dying, I just want to worry about those sunshine girls» et «Young Hearts Spark Fire», tout en frappant sur tout ce qui bouge pour s’assurer d’être entendu.

Wet Hair et Sovereignty s’attaquent aux aussi à des thèmes naïfs et jeunes, tout en n’ayant pas peur de faire du bruit et s’assumer leur identité de destructeur d’ordre social calme, doux et bien établi. Mur de guitare opaque et coloré de graffitis qui se continuent tout au long de la chanson, percussions imprévisibles, mais organiques et vivantes de par leur imprévisibilité et toujours une envie aussi interminable de sauter partout, d’avoir du plaisir et de se sentir en vie.

Cette guitare lo-fi bruyante à un niveau parfait pour faire fuir les vieilles matantes grincheuses et les obsédés de l’esthétisme photoshopé et une batterie volcanique qui crache son tempo et dirige la musique avec des doses d’énergies bien calculées pour maintenir un rythme constant, Post-Nothing, premier album du groupe, vise en plein coeur de la mortalité musicale du moment : la mollesse, la sur-commercialisation, le manque de plaisir et la mise de côté de la créativité. Le son d’une jeunesse qui n’en peut plus de la douceur sociale ambiante.

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