Mot clé: 4ad

Videotape : The National – Bloodbuzz Ohio

Voici le dernier clip de The National pour la chanson Bloodbuzz Ohio, lancé la même journée qu’High Violet en Amérique du Nord. On y retrouve Matt Berninger qui flâne un peu partout, seul, et l’ambiance sombre et claustrophobe d’High Violet se fait ressentir aisément.

The National – « Bloodbuzz Ohio » (official video) from The National on Vimeo.

The National – High Violet [2010]

The National - High VioletThe National
High Violet

4ad
États-Unis
Note : 8/10

Après le succès des deux précédents opus, le brute Alligator et le magistral Boxer, la pression devait être immense sur les épaules de Matt Berninger et de sa troupe de musiciens. Et afin de mieux préparer ce qui suivrait ces deux albums, le groupe s’est entouré de collaborateurs puissants, tels que Sufjan Stevens et Justin Vernon, permettant ainsi de produire un disque beaucoup plus enrobé, où les chorales et les cordes jouent un rôle de premier plan pour supporter la claustrophobie lyrique de Berninger.

Dès les premières secondes de Terrible Love on entend ce changement : guitare très dense avec effet de tremolo qui meuble le fond sonore et voix amplifiée avec reverb sont à la base du couplet, alors qu’au refrain s’ajoute des frappes de batterie signées Bryan Devendorf et très caractéristiques de The National. Au deuxième couplet on retrouve la lenteur mélodique précédente bonifiée avec voix arrière avant d’accéder à un crescendo d’intensité avec l’augmentation des frappes de percussion. Exit la douceur mélodique de Boxer ou l’émotion frustrée et criée d’Alligator ; le groupe passe à des structures et des articulations plus répandues.

Mais High Violet est loin d’être un album mainstream. Le groupe originaire de Brooklyn continue d’étendre son identité musicale à chaque moment. Vanderlyle Crybaby Geek s’amorce avec une envolée de cordes avant que le baryton de Berninger n’intervienne pour ramener le tout sur terre. Bloodbuzz Ohio possède toutes les qualités pour se classer comme la chanson « de base » pour identifier le groupe : rythme de batterie toujours cassé, arrangements sublimes mais subtils, interventions de notes de piano lors des ponts musicaux, guitare omniprésente mais timide et voix noble troublée. A Little Faith, Lemon World et Conversation 16 sont trois morceaux inquiétants et construits autour des problèmes urbains de notre époque : société fragmentée, problèmes relationnels, mensonges, etc. Runaway peut faire penser à Green Gloves avec son arpège de guitare acoustique, ses refrains apaisants et un climax toujours grandissant.

Ce qui fait la force de l’album est sa capacité à venir toucher directement l’auditeur sans avoir à exagérer ou employer une panoplie de clichés. S’il y a effectivement beaucoup plus de violons et de chorales que sur les précédents albums, High Violet n’a tout de même pas sa place sur une bande FM parasitée par des surproductions majoriennes polies et lissées jusqu’à en perdre l’essentiel. Jamais Matt Berninger et son groupe ne franchissent la frontière entre arrangements nobles et saturation ridicule. Même England, qui constitue certainement la piste dont l’émotion est la plus générée par des instruments à cordes et à vent, demeure dans la catégorie du respectable. Il s’agit même de la meilleure pièce de l’album, morceau capable de faire flancher notre bonne humeur d’un coup de refrain. Il s’agit donc d’une énième réussite pour The National, qui se renouvelle sans perdre de vue ses visées originales, c’est-à-dire composer de l’excellente musique par des citoyens aux problèmes ordinaires pour des citoyens aux problèmes ordinaires.

Tracklist : The National (Afraid of Everyone et Sin-Eaters)

The National - Bloodbuzz OhioDirectement du très attendu prochain album de The National, un nouvel extrait, Afraid of Everyone, fait des ravages sur le net. Avec l’aide de la voix de Sufjan Stevens, Matt Berninger clame de sombres paroles dans un tourbillon qui s’enfonce de plus en plus. En bonus, une piste qui sera présente sur l’EP Bloodbuzz Ohio, à sortir le 4 mai. De son côté, High Violet sera en vente le 11 mai, via 4AD.

The National - Afraid of Everyone

The National - Sin-Eaters

Atlas Sound – Logos [2009]

atlassound - logosAtlas Sound
Logos

4AD
États-Unis
Note : 9/10


Bradford Cox, chanteur de la formation Deerhunter, a lancé un second album solo génial qui combine la pop indie à une atmosphère shoegaze complexe et brumeuse. Prouvant une fois de plus son génie musical, Cox emprunte les concepts de base de son groupe pour les personnaliser, les raffiner et les polir. Le résultat de cet effort donne un superbe mix entre douceur, profondeur et créativité.

Dès l’introduction The Light That Failed, une ambiance intime et conviviale, comme une petite pièce éclairée grâce à une lampe multicolore s’installe. Dominée par une mélodie répétée de guitare acoustique et dirigée par des entrées et sorties de sonorités électroniques modérées, c’est-à-dire bien dosées pour ne pas sombrer dans l’électro-pop sucré et fluo, Bradford répète encore et encore le titre de la chanson comme pour nous marteler et nous convaincre de l’ambiance. La recette se répète sur la pièce suivante, An Orchid, qui suit sans trop réellement s’afficher, comme si les deux chansons en constituaient qu’une seule.

En compagnie de Loah Lennox suit Walkabout, morceau grassement pop avec sa mélodie de presque piano joyeux, la voix de Bradford trafiquée et brumeuse et les fonds vocaux angéliques de Lennox. Tout cela évoque une renaissance pop cachée derrière des rideaux de shoegaze et des nuages d’effets postproductions cinématographiques. Il s’agit du gros point fort de l’album : la capacité du leader de Deerhunter à embrouiller ses créations douces et timides dans un enveloppe de sons électroniques opaques, de voix harmonieuses éjectées de nulle part ou de guitare rythmée.

Les morceaux du disque s’emboîtent l’un dans l’autre pour former une mosaïque de sons qui s’entremêlent. Chaque envolée pop est maîtrisée par une structure, des sonorités ou des mélodies hors du commun bien dosées de par leur diversité. L’album s’écoute d’un bout à l’autre sans que l’on réalise les changements de chanson tellement tout est bien calculé et mélangé subtilement.

Bradford Cox possède un génie créatif musical parmi les plus puissants de cette fin de décennie. En solo ou avec Deerhunter, le mec repousse les limites de l’alternatif avec son shoegaze pop faussement électro et probablement indie. Une barrière de plus de brisée avec ce disque.

St. Vincent – Actor [2009]

stvincentactor

St. Vincent
Actor

4AD
États-Unis
Note : 9/10


J’ai un préjugé complet sur les albums dont la pochette est composée du visage de l’artiste. Il me semble que, créativement parlant, cela constitue un vide visuel profond, comme si la couverture d’un disque ne constituait uniquement d’une espèce de vitrine publicitaire qui, lorsque le consommateur se rend chez le disquaire, pourrait intercepter la pupille de l’oeil et ainsi faire gonfler les ventes d’une manière indirecte et subtile. Ce qui est probablement le cas pour les «artistes» pantins de compagnies de production et d’autres groupes capitalistes pour qui l’art n’est qu’une manière de faire de l’argent et peut être exploitée et transformée pour se fonde aux besoin du marché.

Voilà pourquoi je n’ai pas écouté le deuxième album de St. Vincent dès le début, malgré toutes les bonnes critiques que j’ai pu lire. Arrangements géniaux, voix superbe d’accord, mais vous faites quoi de SA FACE PLANQUÉE SUR LA POCHETTE? Ça ne ment jamais! J’aurais dû réfléchir : un visage sur une pochette rime avec commercialisation de la musique lorsqu’il s’agit d’un produit et non d’une oeuvre d’art. Je me suis donc fait jouer un vilain tour, pour finalement me rendre compte que Actor est un album merveilleux.

Mon idée préconçue fut brisée dès la première chanson, «The Strangers». Chanson folk assez douce, dirigée par des arpèges de guitare acoustique et rythmée par une batterie basse synthétique battant chaque temps. Alternant entre chorales et sons plus classiques, la chanson explose à 2 minutes 33 secondes après un petit crescendo. Exploser est un bien grand mot. Disons plutôt qu’elle augmente d’intensité avec la guitare électrique, l’addition d’une vraie batterie et la mélodie désormais assurée par un espèce de violon artificiel. Surprise totale, la voix d’Annie Clark était suffisamment douce pour laisser croire que les compositions de son disque seront particulièrement basées sur ce fait.

Le son de l’album est principalement caractérisé par un mélange entre ce folk plutôt doux, un peu mignon et presque juvénile tellement il peut paraître naïf. Et si ce n’était que de ce simple côté-là, Actor consisterait en un simple album folk qui se flatte bien. Mais non. Pas pour Annie Clark. Pas pour St. Vincent.

«Actor Out of Work» constitue le meilleur exemple du deuxième visage que montre ce disque. Batterie presque militaire tapant un rythme continue comme une espèce de marche rapide sur fond de guitare électrique et de trompette/guitare modifiée par ordinateur troublante et montées vocales lors du refrain faisant contre-poids aux «I think I love you / I think I’m mad» répétés.

«Black Rainbow» suit et contient des mélanges entre cordes, cuivres et flûte à bec évoluant tout en douceur vers le ciel. Mais une petite sensation torturée se cache dans l’ombre et sort du sac un peu avant la 150e seconde de la chanson et se termine en un crescendo complètement épique et troublant mêlant, et ce à l’opposé total du reste de la chanson, violons captivants et douloureux et rythme agressif et violent tenus par les tambours et guitares. Et, comme pour conclure sur la chanson suivante, Annie déclare : «Just like amnesia I’m trying to get my senses back».

Ces surprises d’instrumentation pleuvent tout au long de l’écoute de Actor. On se surprend toujours des arrangements unissant moments de tendresse menés par la charmante voix de la jeune dame et agressions musicales presque héritées de Nine Inch Nails par moments. Cocktail rafraîchissant dans le monde où la pop baigne dans crasse de sa propre répétition. Le risque est mort! Vive le risque!

Get Adobe Flash playerPlugin by wpburn.com wordpress themes