Art Angels : le nouveau féminisme girly de Grimes

Grimes

Art Angels

4AD

****1/2

grimes-art-angels-051115-616x440_converted

Assurément l’un des albums les plus attendus de l’année, Art Angels de Grimes en aura surpris plusieurs par son côté pop assumé qui se distancie quelque peu des précédents opus de la canadienne expatriée.

Après Visions, album majeur paru en 2012, et le succès majeur de son single Oblivion, sacré meilleure chanson de cette première moitié de décennie par Pitchfork, le nouvel album de Grimes se faisait attendre. Disons-le d’emblée, le processus qui a mené Art Angels jusqu’à nous n’a pas non plus été simple. Claire Boucher, maintenant établie en Californie, doit affronter un nouvel univers et elle est confrontée à une industrie américaine difficile et clairement patriarcale, en plus de faire face à une forte critique de ses propres fans. La sortie du single Go, enregistré avec Blood Diamonds, pourtant excellent, puis de Entropy avec le groupe Bleachers, ont été mal accueillis.

Loin de témoigner de cette frustration, Art Angels se présente plutôt comme une production étonnamment lumineuse et franchement plus pop par rapport à ses dernières créations. Gardant néanmoins l’aspect novateur et le message féministe qui nous a fait connaître Grimes, les influences sont pourtant très américaines, jumelées par moment à un apport K-Pop dansant et étrangement satisfaisant. N’étant moi-même normalement pas un fan – pas du tout – de ces genres, je dois avouer que la production reste excellente.

Avec des singles dansants et profondément joyeux, comme California, le moment Vampire Weekend de l’album, ou la parfaite Flesh Without Blood, et des chansons plus sombres et innovatrices, comme Kill V. Main ou les duos Scream avec Aristophanes et Venus Fly avec Janelle Monáe, Art Angels transite de façon fluide entre plusieurs univers. L’album se renouvelle bien, sans devenir jamais lassant. Sans être parfait non plus, il offre quelques chansons un peu moins satisfaisantes, mais finit par former un ensemble qui encourage tout de même son écoute complète, qualité de plus en plus rare en cette ère du single.

Un album heureux, aérien, engagé, charnel et un come back attendu. Art Angels s’offre comme une contribution majeure à l’industrie musicale qui viendra en réconcilier plusieurs avec la pop, à commencer par moi. Au final, Grimes réussit encore tout simplement à démontrer son génie.

À noter: l’artiste sera en performance chez nous la semaine prochaine dans le cadre de M pour Montréal, un show qui affiche bien entendu déjà complet.

The National – Trouble Will Find Me [2013]

the-national-trouble-will-find-me

the-national-trouble-will-find-meThe National
Trouble Will Find Me

4AD
États-Unis
Note: 7/10

 

The National en est, déjà, à son sixième album. Après les très acclamés Boxer et Alligator et le superbe High Violet, le groupe a récemment avoué en entrevue qu’il n’était pas certain de continuer pendant encore cinq prochaines années. Si Trouble Will Find Me avait à être le dernier album du quintette de Brooklyn, on pourra dire que le dernier opus du groupe représente très bien sa carrière.

Trouble Will Find Me, c’est de la musique composée par The National, jouée par The National, pour les fans de The National. Rien de plus, rien de moins. Le groupe nage toujours dans sa zone de confort et quitte très peu les sentiers qu’il a lui-même battus. Dès I Should Live In Salt, on reconnaît la signature musicale du groupe : un indie rock profond et immensément introspectif. Le genre de musique qui s’écoute (probablement comme elle a été écrite d’ailleurs) au coucher du soleil avec un verre de vin (rouge, de préférence) à la main, en réfléchissant sur notre propre vie.

Le premier single Demons n’a pas fait l’unanimité chez bien des gens. Il est vrai que le morceau peut faire pâle figure dans une discographie qui inclut des bijoux comme Fake Empire, mais bien placée entre I Should Live in Salt et Don’t Swallow the Cap comme deuxième chanson du disque, il s’écoute sans problème.

Les critiques de The National ont toujours aimé affirmer que le groupe était monotone et que toutes leurs chansons étaient identiques. C’était défendable avec Boxer et sur High Violet. Avec Trouble Will Find Me, même le fan que je suis a eu besoin de deux ou trois écoutes avant de bien faire distinction entre certains passages. Particulièrement, Don’t Swallow the Cap, This is The Last Time, Graceless et Humiliation sont calquées sur le même brouillon, avec un roulement de batterie rock à l’avant-plan en compagnie du baryton de Berninger. On finit par différencier les morceaux, mais ça prend quelques écoutes.

Trouble Will Find Me se situe quelque part entre Boxer et High Violet, et montre que le groupe a trouvé sa vitesse de croisière. Les fans aimeront l’album, les détracteurs n’aimeront pas, et les neutres écouteront dans leurs moments les plus introspectifs.

À noter : la poésie de Matt Berninger, toujours aussi imagée à quelques exceptions près. Les « Remember when you lost your shit and / Drove the car into the garden / And you got out and said I’m sorry / To the vines and no one saw it » (I Need My Girl), « You didn’t see me I was falling apart / I was a white girl in a crowd of white girls in the park / You didn’t see me I was falling apart / I was a television version of a person with a broken heart » (Pink Rabbits) et « Graceless / Is there a powder to erase this? / Is it dissolvable and tasteless? » nous font rappeler pourquoi les albums sont vendus avec les livrets de parole.

Deerhunter – Monomonia [2013]

young-galaxy-ultramarineDeerhunter
Monomonia

4AD
États-Unis
Note: 8/10

 

La sortie d’un nouvel album de Deerhunter est un événement en soi. La troupe du chanteur Bradford Cox a su à travers les années offrir du matériel de qualité à ses adeptes sans jamais se démoder. C’est le genre de groupe qui se retrouve année après année dans la section « next big thing » des magazines, mais qui ne se retrouve jamais sur les couvertures. Trop indie pour être mainstream et pas assez pour passer inaperçu, Deerhunter est le parfait name drop d’un hipster assumé. Mais au-delà de ça, ces musiciens font de la bonne musique et, parfois, de la très très bonne musique. Deux de ces opus précédents, Halcyon Digest et Microcastle, sonnent aussi bien que vos soirées les plus arrosées à la Rockette.

Monomonia peut être lui aussi décrit de la sorte. Un peu plus trash qu’à ses habitudes, Deerhunter s’amuse à chanter la pomme à la nuit dans de grands manteaux de cuir. Le groupe se fiche de vos tympans. Après tout, Monomonia s’adresse aux athlètes de la nuit qui veilleront bien au-delà des premières lueurs du matin. Un peu comme la célèbre banane jaune des Velvet underground, ce disque vous amène dans une expérience où l’imprécision génère de la satisfaction. Pourtant, il ne dépasse pas les attentes des adeptes et ne regarnira pas les bases de fans du groupe.

Pour les nostalgiques de T-Rex et d’un Bowie plus glam, des pièces comme Dream Captain et The Missing sauront raviver vos nuits. Pour les moins nostalgiques, et bien, disons que ce disque tombera à plat. D’ailleurs vous n’avez qu’à lire ce qu’en pense Gabrielle Lauzier-Hudon ci-bas.


Mais d’où vient un groupe avec une sonorité tellement vieux rock  un peu « band de garage »? Après quelques recherches (car le groupe m’était complètement inconnu) j’en apprends un peu sur leur citoyenneté américaine, en direct d’Atlanta. J’aurais dû y penser, même leur nom rappelle l’américain stéréotypé : masculin et carnivore. Deerhunter, pour une végétarienne comme moi, donne un peu envie de vomir. La voix du chanteur, Bradford Cox, ajoute par ailleurs automatiquement une ambiance de steakhouse où elle passe.

Pour tous ceux qui se tapent en boucle les séries de Freaks and Geeks sur Netflix et qui maudissent la mort du rock & roll, cet album est pour vous. Léger coup de cœur pour Blue Agent, qui donne envie de partir en roadtrip au Tennessee. J’exagère tout de même. L’album grandit un peu plus après chaque écoute. N’empêche que le son un peu vieillot qui perdure au fil des chansons donne envie de crier à l’intention du chanteur d’arrêter de vivre dans le passé.

Daughter – If You Leave [2013]

daughter-if-you-leave

daughter-if-you-leaveDaughter
If You Leave

4AD
Royaume-Uni
Note: 6/10

 

Un trio tout droit sorti de Londres avec une instrumentation juste assez planante et « poignante » : les dés étaient déjà joués d’avance pour le jeune groupe Daughter. Comme si les astres s’étaient déjà alignés dans l’univers exprès, attendant impatiemment leur arrivée sur la scène indie mondiale. Sorti en mars dernier au Royaume-Uni, ce n’est que cette semaine que le premier album du groupe, If You Leave (4AD) fera son apparition en chair et en os chez les disquaires de la ville et d’Amérique du Nord.

À la première écoute de cet opus, on est rapidement charmé par l’univers indie-pop planant, à limite du dream pop, des trois musiciens. Les pièces qui partent le bal, Winter et Smother, se chargent de nous injecter ce goût doux-amer qui caractérise si bien les bons albums d’hiver. Parce que oui, Daughter apparaît d’emblée comme le genre de groupe à écouter durant la saison des grosses tempêtes. Et c’est là où le bât blesse.

En fait, ce qui dérange ici c’est le nombre de groupes qui rentrent déjà dans cette catégorie. Plus l’album If You Leave avance, plus une odeur étrange commence à se faire sentir. C’est avec la pièce Still que le tout se confirme : une odeur-impression de déjà-vu.

Ce premier album de Daughter apparaît malheureusement comme un pastiche des albums de plusieurs groupes indie qui ont éclos entre 2009 et 2011. Prenez la voix de Florence Welch (Florence & The Machine), la musicalité derrière Of Monsters & Men et l’univers mélancolique de la jeune Birdy, fermez la boîte, brassez-la : vous avez If You Leave. Effet garanti. Cet effet est encore plus accentué sur des morceaux comme Youth ou encore Human où on sent vraiment cette touche commune.

Il serait néanmoins difficile de parler de « mauvais album » ici vu que tout y est, tout se tient. Même que par moments, on se surprend à souffler les mélodies – exemple, sur la très sombre Still. Le danger des premiers albums est souvent de vouloir à tout prix coller à un genre. Dans tous les cas, ça passe ou ça casse. Dans ce cas-ci, ça a cassé. Sorry.

Musique: The National – Don’t Swallow the Cap

Après Demons, les Brooklynois de The National nous offrent une deuxième chanson de leur prochain album, Trouble Will Find Me. Don’t Swallow the Cap est un morceau rock, toujours avec la voix de Matt Berninger bien à l’avant-plan sur un fond musical quelque peu orchestral.

Trouble Will Find Me sera disponible le 21 mars sur l’étiquette 4AD.

Cinq albums à ne pas rater en septembre

The-xx-Coexist

Ça y est, l’été se terminera déjà dans quelques semaines. Fini les canicules interminables, au revoir le smog qui plane dangereusement au-dessus de Montréal et bonjour l’automne. Mais la saison intermédiaire entre l’été et l’hiver est celle de la rentrée musicale, et beaucoup d’artistes lancent leur nouveau matériel durant cette période. Alors donc, retrouvez vos sourires, et voyez ce qui nous attend dans les prochaines semaines.

Mardi 4 septembre

Animal-Collective-Centipede-HzAnimal Collective – Centipede Hz [Domino]

Animal Collective doit être le groupe le plus créatif des dernières années. Strawberry Jam était explosif, Merriweather Post Pavilion magique, et Centipede Hz ne devrait pas décevoir. Si vous ne connaissez pas déjà ce quatuor (parce que Deakin est de retour!) et aimez la musique qui sort des sentiers battus, il est temps de découvrir Animal Collective, dès demain.


Mardi 11 septembre

The-xx-CoexistThe xx – Coexist [Young Turks]

Le retour de ces jeunes Britanniques mélancoliques remplis d’humanité va en ravir beaucoup. Leur album éponyme a été on-ne-peut plus apprécié par la critique et les fans de musique à travers le monde. Si vous avez aimé votre voyage à travers les émotions d’adolescents incompris, Coexist vous plaira sans l’ombre d’un doute.

St.-Vincent-David-Byrne-Love-This-GiantDavid Byrne avec St. Vincent – Love This Giant [4AD/Todo Mundo]

Les «supergroups» ne sont pas toujours une réussite. Quand on pense à Them Crooked Vultures, The Dead Weather et cie, on réalise que ce n’est pas parce qu’une poignée d’excellents musiciens se retrouvent ensemble en studio que le résultat est à la hauteur des attentes. Mais là, la fusion entre St. Vincent et David Byrne (The Talking Heads) risque d’être extrêmement intéressante, comme une hydre indie à deux têtes distinctes.


Mardi 18 septembre

dinosaur-jr-i-bet-on-skyDinosaur Jr. – I Bet on Sky [Jagjaguwar]

Les géants du pré-grunge Dinosaur Jr. lanceront une suite à Farm ce septembre. Et à en juger par la pochette de l’album, leur musique ne devrait pas trop dévier de ce qu’ils nous ont offert en 2009. Guitare enrobante à souhait et à la limite du shoegaze, solos interminables de J. Mascis et un retour dans le passé quelque part entre la fin des années 80 et le début des années 90 sont à prévoir.


Mardi 25 septembre

dinosaur-jr-i-bet-on-skyBernard Adamus – N° 2 [Grosse Boîte]

Après Brun, Bernard Adamus est prêt à nous présenter son numéro deux (mauvais jeu de mot, of course) vers la fin septembre. Le phénomène folk-country-rap pas trop éloigné de Buck 65 est l’un des albums les plus attendus du Québec cet automne, à égalité avec l’album solo de Louis-Jean Cormier (Karkwa).

Ariel Pink’s Haunted Graffiti – Mature Themes [2012]

Ariel Pink’s Haunted Graffiti
Mature Themes

4AD
États-Unis
Note: 8/10 

Maître incontesté de l’auto-sabotage (diront certains), le Californien Ariel Marcus Rosenberg nous revient avec un deuxième enregistrement sous étiquette 4AD. Pouvant toujours compter sur son Haunted Graffiti pour soutenir ses idées brouillonnes, Rosenberg est de retour avec un album qui laisse croire que Before Today (4AD, 2010) n’aurait pu être qu’une erreur de parcours. Du moins, aux premières écoutes…

Fraîchement sorti de quelques sessions d’enregistrements auprès de son mentor et grand parrain du mouvement lo-fi R.Stevie Moore, Rosenberg semble avoir repris goût à cet esthétisme qui, avant tout, priorise les idées sur les qualités auditives. Un changement de cap qui, au plus grand bonheur des fans de la première heure, impliquait un retour de Rosenberg derrière la console. Pour leur part, les fans de la réalisation léchée de Before Today peuvent toujours se rassurer en se disant qu’on est encore loin de l’époque où l’imprévisible musicien s’accompagnait en frappant sur des boîtes de souliers.

Le choix du premier simple tiré de Mature Themes (un vieux titre oublié d’un duo soul kitsch) nous confirme que le groupe souhaitait éviter toute impression de surplace. Sérieusement, qui d’autre que Rosenberg aurait pu opter pour une reprise de Donnie & Joe Emerson, afin de promouvoir un nouvel album? Surtout pour suivre un album qui avait reçu une couverture médiatique aussi notable et positive.

De tout ça découle un enregistrement qui peut se montrer assez déconcertant lors des premières écoutes. Après l’électrochoc de Before Today, peu se doutaient que Rosenberg ferait un pas vers l’arrière pour se réapproprier ses racines lo-fi. Encore moins, qu’il nous offrirait un album autant construit autour des claviers.

Des claviers spacerock sur Nostradamus & Me et un essai dansant moins réussit sur Pink Slime. Des claviers qui peuvent aussi donner des airs d’hymnes d’Halloween à certaines compositions et lorsqu’on parle d’Halloween, The Cure ne sont jamais trop loins. Alors que les similarités visuelles sont frappantes entre les pochettes de Mature Themes et Seventeen Seconds (Fiction, 1980), Driftwood et Early Birds of Babylon pourraient se trouver une place de choix sur le classique Pornography (Fiction, 1982). Côté pop, tout le monde s’entend pour dire que l’excellent deuxième simple Only in My Dreams regorge d’harmonies dignent des Byrds. Dans son ensemble, Mature Themes pourrait se voir comme étant un croisement entre Of Montreal, Beck époque pré-Odelay et les premiers disques de Captain Beefheart. Quand même pas si mal!

La qualité qui se retrouve sur la majorité des nouveaux morceaux de Rosenberg compensent amplement pour la faiblesse d’une ou deux interludes qui auraient pu être laissées de côté. Quelques écoutes déstabilisantes et puis, la satisfaction suivra.

En spectacle au Cabaret du Mile-End le 18 septembre.

Les 25 meilleurs albums de l’année : les positions 5 à 1

La voici, la voilà. La conclusion de notre palmarès des meilleurs albums de l’année. Régalez-vous.

#5 PJ Harvey – Let England Shake [Island/Vagrant]

let-england-shake1 À 41 ans, à son 10e album, Polly Jean Harvey a toujours autant d’aplomb. Un rock folklorique savoureux, si l’on puisse dire, où l’on reconnaît sa sauvage profondeur sans se lasser ni moins trouver la formule répétitive. Si dans ses dernières réalisations, White Chalk et A Woman a Man Walked by —une de ses nombreuses collaborations avec John ParrishPJ mettait davantage à l’avant-scène piano et guitare effrénée, dans une tendance un peu plus épurée. Ici, on a droit à un large éventail instrumental, mais l’instrument par excellence de PJ Harvey se joue par ses cordes vocales. Cette voix qui, sur cet album, à la puissance qu’on lui connaît, taraude entre indignation, complainte et espoir. Et elle use de ses sensibles accents toniques pour, comme à son habitude, avancer des paroles dérangeantes, et pour ici dépeindre le climat de guerre, précisément celui de la Première Guerre mondiale, qui a bel et bien shake the England. -É.B.

PJ Harvey – The Glorious Land

 

#4 Destroyer – Kaputt [Merge]

destroyer-kaputt Sur son neuvième album Kaputt, Destroyer nous ramène 30 ans en arrière dans une démarche musicale aussi surprenante qu’intéressante. Dan Bejar confirme le retour des années 80 à la mode en mélangeant à l’habituel style électro de son groupe le jazz acide qui rappellera (peut-être) aux plus vieux de nos lecteurs la musique marquante d’une époque pas si lointaine. Kaputt, de l’allemand « cassé », marque une brisure avec d’autres albums marquants de l’année. On ne s’en plaindra pas. –J.L.

Destroyer – Chinatown

 

#3 St. Vincent – Strange Mercy [4AD]

stvincent Strange Mercy est sans conteste le meilleur des trois albums de la formation. Avec des riffs de guitares absolument excentriques à l’avant-plan, des envolées électroniques et des voix truquées jusque dans la corde vocale, ce troisième opus vient vous chercher dans votre plus profonde ambiguïté. Des morceaux attendrissants vont faire place à des pièces aux sonorités plus tordues. Ainsi on se retrouve avec un disque qui nous fait monter dans les plus vertigineuses hauteurs autant que dans les plus sombres profondeurs.

Ses textes viennent toucher, tout comme la nébuleuse voix d’Annie Clark qui nous propose de grandioses et inédites mélodies. Dans une ambiance électro, métallique, lourde tout en étant touchante, St. Vincent nous propose ici un des plus beaux moments musicaux de l’année. –J-F.T.

St. Vincent – Surgeon

 

#2 Fleet Foxes – Helplessness Blues [Sub Pop]

FLEET-FOXES-HELPLESSNESS-BLUESRobin Pecknold, le chanteur du groupe, traversait une rupture et une crise existentielle évidente lors de la réalisation de l’album. Investi démesurément dans l’écriture des pièces de ce deuxième effort, le musicien de Seattle livre dans ses vers l’incertitude qui l’a affligé. On peut l’entendre sur la pièce Helplessness Blues : « If I know only one thing / it’s that everything that I see / of the world outside is so inconceivable / often I barely can speak ». Parfois joyeux, parfois mélancolique, le disque suit la courbe d’un esprit tourmenté, mais serein en surface.

En écoutant Helplessness Blues, on se sent encore une fois plongé dans un univers folk/baroque nostalgique et émouvant. À la différence de leur premier album éponyme, on y retrouve des paroles intimistes et des mélodies pour la plupart modestes, mais tout aussi fignolées. Les morceaux plus orchestraux révèlent, quant à eux, une instrumentation originale et bien dosée. Fleet Foxes prouve sur ce deuxième effort que le groupe a su évoluer et amener sa musique ailleurs, tout en gardant son charme des débuts. –R.d-F.

Fleet Foxes – The Shrine:An Argument

 

#1 Bon Iver – Bon Iver [Jagjaguwar]

On pourrait nous reprocher de tomber dans la facilité ici. Bon Iver, album de l’année? Il ne suffit donc que quelques arrangements bien léchés et précieux, des synthétiseurs, une voix trafiquée et une grosse hype pour être dans les bonnes grâces de Feu à volonté?

La réponse est non. Si le deuxième album du chouchou des milieux alternatifs se mérite la première position de son palmarès, c’est parce que son disque est excellent, parfaitement composé et d’une fraîcheur très appréciée. Il débute avec Perth, qui montre un nouveau Bon Iver, plus puissant, plus orchestral, mais tout autant intimiste avec l’auditeur. Même combat pour Holocene, Towers, Calgary.

Jamais le groupe de Justin Vernon ne tombe dans la facilité. Mais il ne se complique jamais la vie non plus. Et avec une fin comme Beth/Rest, morceaux sublime, mais qualifié par plusieurs d’atroce et de ridicule, Bon Iver ne mérite rien de moins que le titre d’album de l’année. Et peut-être de meilleur disque depuis deux bonnes années. –O.M.

Bon Iver – Holocene

Je sens venir les mises en accusation. Dans un domaine comme celui de la critique musicale, les comparaisons sont inévitables. On nous reprochera d’avoir évité Adele, Drake, Jay-Z et Kanye West, quatre figures populaires bien représentées dans les palmarès cette année. Certains iront même jusqu’à nous accuser de vouloir être le Pitchfork québécois. Ce à quoi je répondrai : bien sûr.

Bon Iver, Fleet Foxes, St. Vincent, Destroyer et PJ Harvey. Cinq artistes oeuvrant généralement dans les milieux moins connus. Cinq artistes qui trônent au sommet de notre palmarès de l’année. Pourquoi? Parce que ce sont parfois des groupes plus ou moins connus? Parce qu’on veut être indie, être plus cool que les autres?

Non. Il s’agit simplement des artistes qui ont lancé les meilleurs albums cette année. Et si ces musiques ne jouent pas à la radio, ne gagnent pas de prix lors des galas (sauf peut-être pour Bon Iver, on verra) et n’ont pas de temps d’antenne à la télévision populaire, c’est parce qu’elles ne cadrent pas avec ces marchés qui priorisent le lucratif devant l’artistique.

Je n’accuse pas ici Adele, Drake, Jay-Z ou Kanye West d’être des artistes « vendus ». Ils ont lancé de bons albums, mais, selon nous, pas assez pour être dans ce palmarès.

Alors, quoi répondre lors de notre mise en accusation? Oui, nous aimerions bien être le Pitchfork québécois. Parce que Pitchfork, avant d’être le magazine qui donne toujours les mêmes notes aux albums, qui décide d’avance qui mérite une bonne ou une mauvaise note ou qui lance des hype sans valeur, est l’un des rares médias à être resté indépendant d’esprit et à chercher la nouveauté.

Sans Pitchfork, quelques groupes bien populaires aujourd’hui n’auraient peut-être pas eu le même succès. Vous aimez Arcade Fire? J’imagine. Nous aussi. Et Pitchfork les aimait probablement avant vous. Regardez maintenant le résultat. -O.M.

Là-dessus, toute l’équipe de Feu à volonté vous souhaite un très agréable temps des fêtes. Profitez-en et gâtez vos êtres chers avec de la bonne musique. On se revoit quelque part en janvier, lors d’un lundi encore inconnu. Entre-temps, amusez-vous!

25 – 21 | 20 – 16 | 15 – 11 | 10 – 6 | 5 – 1