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We Only Said – We Only Said [2009]

We Only Said - We Only SaidWe Only Said
We Only Said

Range ta chambre
France
Note : 7/10

On peut faire de bien belles découvertes sur le net. Paru sur Range ta chambre, petit label indépendant camouflé 14 mètres sous terre, l’album éponyme de We Only Said offre pourtant de bien bons moments de musique, hérités de l’indie pop-rock à la Blonde Redhead et mélangés à un peu de brit-pop. Rien de bien merveilleux, rien de vraiment nouveau. Et pourtant, il s’agit bel et bien d’un collage de quelques morceaux qui finissent par mériter notre attention.

Le ciment qui unit l’album se constitue particulièrement d’une ambiance crasse bien représentée par la pochette de l’album, le tout fondu et séché avec un mélange de mélancolie, de tristesse et de déception. Our Monochrome Life est la pièce la moins sale du disque, ainsi que son introduction. La mélodie en arpège de Killjoy s’harmonise parfaitement avec le rythme cassant de la batterie et la voix brisée de Florian Marzano. Your Drab Eyes se base sur un piano avec énormément de reverb et une guitare à la tonalité héritée de The Smiths et Go Rotten sur un piano inquiétant en arpège. Et si le tout paraît fortement pop et surfait, il faut écouter pour comprendre comment les mélodies s’emboîtent très bien avec l’instrumentation et l’atmosphère rouillée de l’album.

Cette façon de faire revient un peu partout tout au long du disque : piano qui laisse la place à la grosse guitare souillée sur Eighty-Sixed, héritage marqué d’Interpol sur I Discover the Murder, ainsi de suite. Ce qui fait que We Only Said mérite de faire parler de lui est que le groupe réussit à ramasser des influences très populaires au cours de la dernière décennie sans pour autant perdre de vue son identité propre. Pas de dance-rock fluo à la Elefant ni de pop-rock aréna surfait comme The Bravery ou Editors donc.

Tracklist : Loco Locass – Le but

Loco Locass - Le butCette chanson s’adresse, presque exclusivement, aux fans du Canadien de Montréal. Avec l’exceptionnel match qu’a jouée l’équipe hier, et en particulier le gardien Jaroslav Halak et ses 53 arrêts, la ville peut désormais espérer passer en deuxième ronde des séries éliminatoires et vaincre la puissante équipe de Washington et son leader, Ovechkin. Et entre temps, voici la seule chanson que Loco Locass nous a lancé depuis plusieurs années. Bien que sa sortie remonte à l’an passé, elle constitue un feu brûlant d’actualité en prévision du match de demain. Voilà donc, Le but, du trio Loco Locass.

Loco Locass - Le but

Bilan de l’année 2009

Si faire un palmarès permet de mettre de l’avant les meilleurs albums de l’année, certains disques, tout de même dignes de mention, se retrouvent oubliés lors de ce genre de manoeuvre. Voici une liste, pas trop lourde, de mentions honorables, ainsi que de mentions moins honorables, pour l’année 2009.

Mentions honorables

Leonard Cohen - Live in LondonLeonard Cohen
Live in London

Âgé de 75 ans, Leonard Cohen a laissé une trace indélébile sur Montréal, n’en déplaise à l’un des grands disparus du Québec cette année, Pierre Falardeau. Long de 27 chansons, on ne peut que se réjouir face à ce coffret de deux disques qui trace un bon portrait de la carrière du chansonnier.

Julian Plenti - ...is SkyscraperJulian Plenti
…is Skyscraper

Si le dernier disque d’Interpol a reçu un mauvais accueil, autant de la part des fans que de la presse, Paul Banks permet à tout le monde de respirer grâce à ce disque, certes imparfait mais tout de même bien meilleur qu’Our Love to Admire, fabriqué avec une subtilité mélodique contenue dans des chansons courtes mais solides.

Record Club - The Velvet Underground & NicoRecord Club
The Velvet Underground & Nico

L’idée de Beck de mettre sur pied une espèce de super groupe pour enregistrer une reprise d’un disque en entier en 24 heures était bien. Et The Velvet Underground & Nico constituant un gros morceau, la tâche s’annonçait colossale. Mais la mission est accomplie. On sent bien la réappropriation dans chaque chanson, et même la mythique Heroin s’écoute très bien.

Les disques passés sous silence

The XX - XXThe XX
XX

L’album éponyme présent dans tous les palmarès fut exclu de celui-ci. Piste après piste, on croirait entendre toujours la même chose : The Cure version new new wave. Beaucoup trop près, dans les tons de guitare, les percussions et l’atmosphère dégagée, de la bande au légendaire Robert Smith, les 3, à l’époque 4, jeunes britanniques démontrent néanmoins du talent pour la composition. Mais pas suffisamment.

Girls - AlbumGirls
Album

Ici, l’incompréhension totale. Avec une voix beaucoup trop forcée et directement sortie de la bouche d’un perdant de film d’adolescent états-unien et une musique prétentieuse qui mélange mal l’indie rock aux Beach Boys, on termine ce disque avec, dans la bouche, un goût d’hormones et de gras de visage. Ennui total provoqué par un nostalgique de l’époque où il pleurait dans les jupes de sa maman.

Patrick Watson - Wooden ArmsPatrick Watson
Wooden Arms

On surestime souvent la musique native de notre propre coin, ce qui explique surement l’engouement de la presse québécoise pour ce disque, pourtant bien banal, répétitif et bourré de clichés, c’est-à-dire du pop-rock facilement recyclé hérité de Radiohead. Close to Paradise valait le coup, pas Wooden Arms.

Voilà. Bonne année 2010, en retard, à tous les lecteurs de Feu à volonté!. Bientôt, de nouvelles critiques.

Top 20 de l’année 2009

2009 fut une année de triche. Dès janvier, le 6 pour être précis, l’album de l’année pour plusieurs, Merriweather Post Pavilion d’Animal Collective, fut lancé. La hype web fut sans pitié tout au long de l’année pour les autres concurrents aspirant à ce titre. Tout de même, cette fin de décennie constitue l’un des meilleurs, au niveau de la musique, 365 jours des années 2000. Feu à volonté! a développé, en parallèle avec le top des blogueurs, son propre palmarès annuel, quelque part entre le premier et le 18 décembre. Voici les résultats.

lilyallen_itsnotmeitsyou20. Lily Allen
It’s Not Me, It’s You

L’électro pop peut contenir des trésors cachés. Usant d’ironie et de cynisme pour dénoncer tout en faisant des détours par la naïveté, l’attaque directe et le plaisir sain ou malsain, It’s Not Me, It’s You place Lily Allen une coche au-dessus des autres artisans de ce genre de musique qui va très rarement puiser dans des sources d’inspiration aussi variées.

thehorrors_primarycolors19. The Horrors
Primary Colors

Peut-être un peu trop proche de Joy Division et de My Bloody Valentine dans son influence, Primary Colors, lorsqu’écouté attentivement, a le mérite d’être allé piger dans le krautrock et le new wave, en plus du cold wave et du shoegaze, et d’avoir bouclé ce mélange avec talent. En résulte un monstre post-punk, évidemment très froid et torturé, mais tout autant complexe et surprenant par moment.

yacht_seemysterylights18. Yacht
See Mystery Lights

Le plaisir et la célébration sont à l’honneur sur le dernier album de YACHT. Sonorités tropicales mêlées à une façon de faire festive résultant en une production lisse et sympathique, ce qui apporte avec elle la propension à s’éclater avec un vent d’optimisme jouissif parfait pour les longues nuits.

arctic monkeys - humbug17. Arctic Monkeys
Humbug

Critiqué ou cajolé, Humbug prouve le talent des Arctic Monkeys. L’étape cruciale du troisième opus fut fièrement franchie grâce à un savant mélange d’influences psychédéliques, progressives et rock garage, avec des musiciens se relayant à tour de rôle pour maintenir la qualité de l’opus. Le résultat se camoufle dans l’ombre d’Ennio Morricone et des films d’espion.

yolatengo_popularsongs16. Yo La Tengo
Popular Songs

Yo La Tengo a décidé de faire les choses simplement pour son plus récent disque, Popular Songs. Mélodies douces de guitares naïves ou de claviers, rythmes contemporains et compositions arrangées de manière adulte et mature constituent le lot de points forts de cet album doux, mais profond.

feverray_feverray15. Fever Ray
Fever Ray

Premier album du projet solo de la moitié féminine du groupe électronique culte The Knife, Fever Ray se décrit comme un récit tordu où s’imaginent les longs soirs d’hiver et le kitsch des années 80. Mélodique, mais simple, l’album rappelle certains bons moments de The Knife tout en ayant une personnalité grave qui lui est propre.

malajube_labyrinthe14. Malajube
Labyrinthe

Tout en prenant tout le monde par surprise, Labyrinthe confirme le talent du groupe originaire de Sorel. Faisant volte-face et ajoutant des influences progressives à leur pop rock alternatif insouciant, les musiciens du groupe ont offert un opus épique qui a comblé l’auditeur par ses paradoxes et ses arrangements accomplis.

valleys_sometimewaterkillspeople13. Valleys
Sometime Water Kills People

D’un groupe anglophone de Montréal, Sometime Water Kills People se fonde sur des bases folk pour grimper vers des cieux lo-fi et rock avec parfois une esthétique brouillonne et brumeuse, à l’image de la rosée et du brouillard matinal. Mélodies caressantes avec instrumentation classique sont à l’honneur sur ce très bon disque.

fuckbuttons_tarotsport12. Fuck Buttons
Tarot Sport

Là où le premier disque de Fuck Buttons a échoué, le second a réussi. Les explosions noisy s’appuient sur des bases électroniques en feu d’artifice pour créer une mixture enivrante. Les sons électroniques clairs à la Animal Collective se frottent aux lacérations bruyantes et aux mélodies groovy des deux Britanniques pour accoucher d’un résultat hybride entre l’ambiance et la transe.

clues_clues11. Clues
Clues

Le grand album délaissé par les médias de masse au Québec est celui de Clues. Groupe formé par un ancien membre d’Arcade Fire et un ancien de The Unicorns, tous les ingrédients sont réunis pour concocter de l’indie rock solide à l’arrière-goût montréalais quartier Mile End. Entre le lyrisme de la bande à Win Butler et le brouillard des Unicorns, la mission de lancer un premier disque mémorable est accomplie.

bearinheaven_beastrestforthmouth10. Bear in Heaven
Beast Rest Forth Mouth

Usant avec force du psychédélisme, Beast Rest Forth Mouth marrie le LSD au krautrock avec des claviers enivrants et rock tribal paléolithique. Une voix intrigante, fusionnée avec des rythmes électro et des doses débordantes d’éclatement artistique, a donné un disque somptueux et enrobant où se mêlent le réconfort du feu de foyer et la psychose d’une nuit sur l’acide.

dinosaurjr_farm9. Dinosaur Jr.
Farm

Second album après le retour du trio original, Farm reprend la voix mélancolique et brisée de J. Mascis pour l’accoupler à de l’indie rock absolument solide et rigoureux. Surfant par moments sur le succès critique et musical de You’re Living All Over Me, la puissance musicale du trio a encore une fois pondu un album remarquable.

theflaminglips_embryonic8. The Flaming Lips
Embryonic

La bande à Wayne Coyne repousse encore une fois les limites de l’acceptable musicalement avec Embryonic, album massif d’une durée de plus de 70 minutes bondé de détours complexes, de moments bruyants mélodieux et d’innovation instrumentale où se croisent tout et n’importe quoi de manière convenue et massacrante. Oreilles sensibles s’abstenir.

florence and the machine_lungs7. Florence and the Machine
Lungs

À mi-chemin entre une voix à la Lily Allen, entre de la pop de chambre contemporaine, de la pop britannique et une fabrication rock globale, Florence and the Machine, ainsi que Lungs, leur premier disque, apparaissent de nulle part avec une chanteuse troublée et charismatique. Musicalement, l’album frappe grâce à ses mélanges alchimiques improbables mais complètement réussis.

japandroids_post-nothing6. Japandroids
Post-Nothing

Si la nouvelle vague noise mettant en vedette No Age, Wavves et The Pains of Being Pure At Heart s’inspire en partie de Kevin Shields et des autres bruyants de la fin des années 80, Japandroids reprend plutôt les années 90 et l’indie rock dans un format duo en feu. Batterie explosive et guitare puissante se mêlent à l’envie d’une jeunesse de tout faire péter et de crier son existence.

grizzlybear_veckatimest5. Grizzly Bear
Veckatimest

Considéré comme l’un des principaux concurrents au trône de l’album de l’année, Veckatimest est le point culminant du folk alternatif de 2009. Harmonies vocales bien placées, instrumentation souvent simple mais efficace et constructions mélodiques surprenantes établissent les principales qualités de cet album.

theantlers_hospice4. The Antlers
Hospice

Hospice constitue l’album de 2009 le plus bourré d’émotions. Une voix haute et triste, sur fond musical atmosphérique créé par des claviers aériens, des guitares sourdes et des arrangements lourds et neutres, qui déblatère une histoire de mort et d’amour ayant lieu dans un hôpital. Ici s’entremêlent romantisme lyrique et fatalisme à la Arcade Fire pour donner un résultat déstabilisant et marquant.

atlassound_logos3. Atlas Sound
Logos

Bradford Cox prouve encore une fois son génie grâce à un alliage entre la pop électronique de chambre et le shoegaze nuageux et opaque. Chaque sonorité est traitée pour ne ressembler à rien de commun, chaque mélodie est exploitée à son plein potentiel et les arrangements sont innovateurs et créatifs.

stvincent_actor2. St. Vincent
Actor

Annie Clark et sa bande ont créé un album folk débordant de paradoxes et de créativité. Alternant entre presque balades douces menées par la voix gracieuse de la dame et passages torturés risqués et dramatiques, la force de l’album se cache dans la naïveté de la leader, toujours brisée par des drames agressifs et pointus, ce qui fait en sorte qu’Actor constitue un monde fantastique, mignon, mais tordu.

animalcollective_merriweatherpostpavillon1. Animal Collective
Merriweather Post Pavilion

Acclamé dès le début de l’année par les sbires du web 2.0, Merriweather Post Pavilion aura réussi, grâce à son mélange pop édifié sur des bases de folk et d’électronique accouplées à un sacré vaccin de créativité dans le choix des sonorités et dans la création des mélodies, à tenir le fort jusqu’en fin d’année pour demeurer le meilleur disque de cette fin de décennie. Tout cela grâce à des paysages musicaux qui font éclater des barrières trop souvent respectées.

Suite à ce palmarès sera publié prochainement un bilan plus détaillé contenant quelques analyses. En attendant, profitez-en pour écouter la nouvelle playlist Grooveshark des meilleurs albums de l’année, dans le menu de droite.

Top des blogueurs 2009

Le Top Blogueurs 2009 : La sélection des meilleurs albums de l’année :

Le Top des Blogueurs regroupe 37 passionnés de musique réunis autour d’un classement des meilleurs albums de l’année avec pour objectif de défendre leurs coups de cœur et découvertes sans pour autant négliger les incontournables de 2009. Après de longs débats et plus de 580 disques cités, nous sommes heureux de vous présenter cet article collaboratif publié à l’identique sur tous nos blogs !

St Vincent - Actor St Vincent – Actor

Panda Panda : Dans le monde merveilleux d’Annie Clark, les instruments à vent et à cordes dansent ensemble d’une jolie manière, parfois balayés par l’horreur tapie dans un coin qui ressurgit sous la forme de déflagrations électriques et tordues, l’imaginaire de la belle étonne et ne ressemble à nul autre avec ses cent idées à l’heure. C’est donc tout naturellement et avec un plaisir immense qu’on retrouve ce drôle d’Actor à cette vingtième place. (A lire également la chronique d’Olivier)

Marie-Flore - More than thirty seconds if you pleaseMarie-Flore – More than thirty seconds if you please

Arbobo : Le parcours de trop de « grands » a fait oublier combien un premier disque pouvait être fort, déjà brillant, déjà puissant. Combien c’est rare de faire des débuts aussi bluffants. L’air de rien, Marie-Flore réussit à nous faire lever les poils du premier au dernier titre. Avec ses morceaux tout sauf standard, son sens de la mélodie et sa voix sortie d’un livre de sortilèges, on se demandait si elle saurait nous impressionner autant sur disque qu’elle le fait sur scène. Oui, évidemment, oui. (A lire également la chronique de Benjamin F)

The Tiny - Gravity & GraceThe Tiny – Gravity & Grace

Saab : Trop souvent, on voudrait intellectualiser la musique, qu’elle rentre dans un format cartésien nous permettant de différencier la bonne de la mauvaise. Mais la musique est essentiellement une question d’émotions et le groupe suédois The Tiny en témoigne avec leur troisième album Gravity and Grace, petit chef d’oeuvre inclassable entre folk boisé et pop de chambre. Le chant déchirant d’Ellekari Larsson y est inoubliable. (A lire également la chronique de Daniel)

The XX- S/TThe XX- S/T

Christophe : Le buzz est un fleuve intarissable qui prend sa source, selon les cas, à Londres ou Brooklyn. Concernant The XX, c’est de la capitale anglaise qu’est parti l’incendie cold-wave et il a tout ravagé sur son passage, jusqu’au line-up du groupe amputé depuis d’un de ses membres. Il y a comme toujours avec ce genre de phénomène, les « pour » et les « anti » mais une chose est sûre, The XX aura marqué d’une belle empreinte l’année 2009. (A lire également la chronique de Paul)

Fever Ray - Fever RayFever Ray – Fever Ray

Kris : Il se déroule toute une vie parallèle dans les univers perpétuels de The Knife, et aujourd’hui chez Karin Dreijer Andersson en solo sous le pseudo de Fever Ray. Chaque rythme, chaque production, chaque profondeur atteint dans cet album sonne comme des anathèmes foudroyants du monde qui est le nôtre. Cette rugosité empathique, cette urgence apocalyptique, font de Fever Ray une expérience incontournable et impitoyable. (A lire également la chronique de Rod)

Benjamin Biolay - La SuperbeBenjamin Biolay – La Superbe

Romink : Conquis, comme tombé sous les charmes de La superbe. Un disque d’hiver, enivrant, enveloppant et compact à la fois malgré son format. Pudique et exhibitionniste, parfois dur, parfois tendre, il berce, stresse, repose et interroge. Comme une météorite qui pénètre l’atmosphère, le double album de Benjamin Biolay illumine l’automne et laissera, c’est certain, son empreinte dans la mémoire collective. (A lire également la chronique de JS)

Dominique A - La MusiqueDominique A – La Musique

Christophe : Depuis la mort de Bashung, ils ne sont plus très nombreux les artistes français capables de réconcilier les amoureux de chansons à texte, à la française, et les adeptes de mélodies pop-rock à l’anglo-saxonne. Dominique A est de ceux-là, sans doute même son plus beau représentant. Après presque 20 ans de carrière, il vient une nouvelle fois de prouver tout son talent sur un double album somptueux. (A lire également la chronique de Benoit)

Current 93 - Aleph at Hallucinatory MountainCurrent 93 – Aleph at Hallucinatory Mountain

Mr Meuble : Album à l’image du groupe, trouble, halluciné et vibrant. Les chants tibétains y côtoient les chants de Maldoror et milles expérimentations cathartiques. Un voyage fascinant qui sonne à la fois comme la bande son de l’apocalypse et celle de la rédemption. (A lire également la chronique de Twist)

Converge - Axe to fallConverge – Axe to fall

Systool : Inutile de le nier, Converge aura une fois de plus attaqué notre cortex de plein fouet via les constructions complexes et les guitares abrasives de Axe to Fall. Si on peut louer les collaborations de membres éminents de Neurosis, Cave In ou encore Genghis Tron, on sait pertinemment que tout le mérite revient à Jacob Bannon et à ses trois acolytes. Une écoute traumatisante, indispensable pour cette année 2009 résolument folky. (A lire également la chronique de Benjamin F)

Bill Callahan - Sometimes I Wish We Were An EagleBill Callahan – Sometimes I Wish We Were An Eagle

Dali : Il se cachait depuis longtemps derrière le pseudo Smog, Bill Callahan sortait cette année un deuxième album en son nom propre : Sometimes I Wish We Were An Eagle. Un disque folk mélancolique et doux, aux mélodies subtiles, en apparence un peu austère : à l’image de Callahan lui même, droit, un peu grave et d’une classe folle, qui se bonifie avec le temps, et les écoutes. (A lire également la chronique de Thibault)

DM Stith - Heavy GhostDM Stith – Heavy Ghost

Disso : Cet album est un chef d’œuvre empli de grâce et de douceur. Des fantômes sur la pointe des pieds dansent sur la mousse des sous-bois, les anges emplissent l’air de leurs chœurs et DM Stith, berger mystique d’une troupe céleste, nous envoute avec sa musique au charme gracile et glacial. (A lire également la chronique de Erwan)

The Limes - S/TThe Limes – S/T

Violette : Un « Groupe Super » où chacun apporte son énergie, sa douceur et sa poésie au petit édifice pour rendre ce premier disque, à première vue basique, unique une fois dans la platine. On ne peut s’empêcher d’être fier et rassuré de voir une jeune relève française sachant s’affranchir des frontières pour notre bien (essayez donc de lire cette phrase à haute voix !). (A lire également la chronique de Arbobo)

Vic Chesnutt - At the CutVic Chesnutt – At the Cut

Mmarsupilami : Vic Chesnutt, vingt ans de carrière, quinze albums et un couronnement de plus avec At The Cut. Les complices musiciens du label Constellation s’effacent pour créer une oppressante ambiance musicale faite de cordes, drones et menaces. La voix de Chesnutt zèbre et éclaire cet orage électrique de sa fulgurance. Prises au piège de l’humanité, les pierres en pleureraient… (A lire également la chronique de Thomas)

Cougar - PatriotCougar – Patriot

Anousonne : Cougar est une des surprises de l’année, mais amplement méritée tant Patriot a réussi à synthétiser le raffinement de Tortoise, l’intensité fleuve d’un Do Make Say Think tout en s’accordant des plongées mélodiques échappées du cerveau de Four Tet. Patriot est un album angulaire, instrumental, bruyant, puissant, jouissif, intense où Cougar redéfinit musicalement sa vision du post-rock. (A lire également la chronique de Martin)

Aufgang - S/TAufgang – S/T

Benjamin L : « 2 pianos, 1 batterie : ascenseur pour l’inouï », voila comment est vendu Aufgang par son label. En réalité, l’album est tout simplement un des projets les plus ambitieux de ce début de siècle. Un savant mélange entre musique électronique et musique classique, composé comme un mouvement symphonique, avec un début, une fin et surtout un contenu. Précis, incisif, puissant mais mélodieux, cet album pourrait, d’ici quelques années, servir de manifeste à une nouvelle génération de musique. (A lire également la chronique de Violette)

Danger Mouse & Sparklehorse - Dark Night of the SoulDanger Mouse & Sparklehorse – Dark Night of the Soul

Laurent : Un casting trop luxueux face à un producteur trop en vue, le tout magnifié par les images de David Lynch, Dark Night Of The Soul avait tout pour n’être qu’un feu de paille de plus. Mais c’était sans compter sur le songwriting de Mark Linkous qui insuffle ici une vraie cohérence via des instrumentations racées, écrin idéal pour les voix abîmées de Vic Chesnutt, Franck Black et Iggy Pop. Au final, une œuvre où les talents ne nuisent jamais à l’intimité. (A lire également la chronique de Ju)

Fuck Buttons - Tarot SportFuck Buttons – Tarot Sport

Ed Loxapac : Le duo Fuck Buttons transforme l’essai avec le magistral Tarot Sport. Bien aidés par la production d’Andrew Weatherall, ils réalisent un album épique, telle une déflagration sonique digne d’un moteur d’avion au décollage. Diffusant un air étrangement euphorisant, Tarot Sport franchit le mur du son en ne laissant derrière lui que cendres et poussières. (A lire également la chronique de Eddie)

Animal Collective - Merriweather Post PavilionAnimal Collective – Merriweather Post Pavilion

Sfar : 2008 déjà : un EP époustouflant, des versions live prometteuses d’un album à venir. Mi janvier 2009 : personne ne sort indemne de la sortie de Merriweather Post Pavilion. On évoque alors tout et son contraire : de l’œuvre géniale à l’imposture musicale. Une tournée, une année sont passées et l’album est toujours présent sur nos platines. CQFD. (A lire également la chronique de François)

Grizzly Bear - VeckatimestGrizzly Bear – Veckatimest

Mathieu G : Veckatimest possède une indéniable force mélodique, quelque chose qui redonne à la pop un peu de son sens originel, la bande son qui améliorerait les petits tracas de notre vie quotidienne. En étant à la fois acoustique et puissant dans ses constructions qui partent dans une multitude de directions ; Grizzly Bear vient de réaliser le grand moment pop de l’année. (A lire également la chronique de Julien)

Ramona FallsRamona Falls – Intuit

Lyle : Qui l’aurait cru en début d’année : un album du leader de Menomena classé ici ? Mais sous le nom de Ramona Falls, Brent Knopf, accompagné d’un tas d’amis, a mis de l’ordre dans la pop foutraque de son groupe pour en garder le meilleur : une musique aux influences variées, complexe dans ses arrangements mais extrêmement entrainante et accessible. Digne d’être plébiscitée par le plus grand nombre. (A lire également la chronique de Thibault)

Les participants au Top des Blogueurs 2009 :

Anousonne de Grandcrew ; Benjamin F de Playlist Society et du Ricard sa Live Music ; Benjamin L de Soul Kitchen, Benoit de Pop Revue Express, de Hop Blog et de Benzine ; une bonne partie de l’équipe de Dans le mur du son : avec Arbobo de Arbobo, Erwan de The man of Rennes steals our hearts, Lyle de J’écoute de la musique de merde, Thomas du Golb et de Culturofil, et Twist de I left without my hat ; Dali de This Is All About Audio Dynamite ; Daniel de Listen See Feel ; Disso de Derrière la fenêtre ; Ed Loxapac de Chroniques Electroniques ; trois Indie Pop Rockeurs avec Christophe de La Tête à Toto, Mathieu de Ramdom Songs et Paul de Pomme de Pin ; Eddie du Choix de Mlle Eddie ; François de Dans Mon Mange-Disque ; JS de Good Karma ; Ju de Des Oreilles Dans Babylones ; Julien de Des Chibres et Des Lettres et de Goûte mes Disques ; Kris d’Au bout du chemin et de Sound Of Violence ; Laure de Not For Tourists ; Laurent de Rocktrotteur ; Martin de Branche Ton Sonotone ; Mmarsupilami de Little Reviews ; Mr Meuble de Sous les pavés, la Plage ; Olivier de Feu à Volonté ; Panda Panda de Ears of Panda ; Pierre de Musik Please ; Rod du Hiboo ; Romink de My(Good)Zik ; Saab de With Music In My Mind ; Sfar de Toujours un coup d’avance ! ; Systool du Gueusif Online ; Thibault de La Quenelle Culturelle et Violette des Rigolotes chrOniques futiLes et insoLentes

Vous pouvez retrouver l’intégralité des disques cités dans le classement ici

Chef de projet : Benjamin F / Conception et Logo : Laurent / Communication : Waaa

Atlas Sound – Logos [2009]

atlassound - logosAtlas Sound
Logos

4AD
États-Unis
Note : 9/10


Bradford Cox, chanteur de la formation Deerhunter, a lancé un second album solo génial qui combine la pop indie à une atmosphère shoegaze complexe et brumeuse. Prouvant une fois de plus son génie musical, Cox emprunte les concepts de base de son groupe pour les personnaliser, les raffiner et les polir. Le résultat de cet effort donne un superbe mix entre douceur, profondeur et créativité.

Dès l’introduction The Light That Failed, une ambiance intime et conviviale, comme une petite pièce éclairée grâce à une lampe multicolore s’installe. Dominée par une mélodie répétée de guitare acoustique et dirigée par des entrées et sorties de sonorités électroniques modérées, c’est-à-dire bien dosées pour ne pas sombrer dans l’électro-pop sucré et fluo, Bradford répète encore et encore le titre de la chanson comme pour nous marteler et nous convaincre de l’ambiance. La recette se répète sur la pièce suivante, An Orchid, qui suit sans trop réellement s’afficher, comme si les deux chansons en constituaient qu’une seule.

En compagnie de Loah Lennox suit Walkabout, morceau grassement pop avec sa mélodie de presque piano joyeux, la voix de Bradford trafiquée et brumeuse et les fonds vocaux angéliques de Lennox. Tout cela évoque une renaissance pop cachée derrière des rideaux de shoegaze et des nuages d’effets postproductions cinématographiques. Il s’agit du gros point fort de l’album : la capacité du leader de Deerhunter à embrouiller ses créations douces et timides dans un enveloppe de sons électroniques opaques, de voix harmonieuses éjectées de nulle part ou de guitare rythmée.

Les morceaux du disque s’emboîtent l’un dans l’autre pour former une mosaïque de sons qui s’entremêlent. Chaque envolée pop est maîtrisée par une structure, des sonorités ou des mélodies hors du commun bien dosées de par leur diversité. L’album s’écoute d’un bout à l’autre sans que l’on réalise les changements de chanson tellement tout est bien calculé et mélangé subtilement.

Bradford Cox possède un génie créatif musical parmi les plus puissants de cette fin de décennie. En solo ou avec Deerhunter, le mec repousse les limites de l’alternatif avec son shoegaze pop faussement électro et probablement indie. Une barrière de plus de brisée avec ce disque.

Japandroids – Post-Nothing [2009]

japandroids_post-nothingJapandroids
Post-Nothing

Polyvinyl
Canada
Note : 8.5/10


Japandroids, c’est deux jeunes natifs de Vancouver fraîchement sortis de l’université qui ont un message à lancer à leurs collègues mous et sans idées : réveillez-vous. Un duo noise rock faisant plus de bruit et d’impact que bien d’autres groupes pseudo alternatifs.

À cette époque du web 2.0 et du tout-le-monde-a-raison, le cynisme occupe une place de choix dans l’environnement mental de nous, occidentaux occupés à tenter de régler une crise économique débile, des problèmes environnementaux toujours délaissés et des brisures sociales béantes et oubliées.

Dans cette société du je-m’en-fou-il-n’y-a-pas-de-solution-de-toute-façon, la jeunesse semble être incapable de s’envoler et de crier haut et fort sa frustration face aux vieilles peaux crasses qui se débattent jours et nuits pour maintenir en place leur système désillusionnant. Surconsommation, cynisme, aveuglement volontaire et pessimisme occupent désormais les idées d’une partie grandissante des enfants de la mondialisation. Et ça se répercute en musique, avec des groupes faussement anglo-saxons inspirés des plus grandes méthodes de mise en marché des commerçants et des industriels. Peut-être pas partout, non. Pas tout le monde non plus, heureusement.

Voilà où intervient le duo. Empruntant ses concepts de base à des groupes comme Sonic Youth, Pavement et autres génies alternatifs des années 90, les deux musiciens impriment leur énergie pendant les 8 chansons de l’album. Dès The Boys Are Leaving Town on découvre le pas très subtil mélange entre batterie mélodique, guitare noisy rythmique qui défoule, harmonies vocales lo-fi et plaisir inconditionnel du son, du bruit, de la musique et de la jeunesse. Avec autant de punch, on croirait entendre deux animaux pris en cage frappant, griffant et mordant les barreaux de leur prison.

Young Hearts Spark Fire débute comme du The Pains of Being Pure at Heart mais, contrairement à ceux-ci, il y a de l’énergie. Entre les «Yeaah», le duo s’acharne à clamer «We used to dream, now we worry about dying. I don’t want to worry about dying, I just want to worry about those sunshine girls» et «Young Hearts Spark Fire», tout en frappant sur tout ce qui bouge pour s’assurer d’être entendu.

Wet Hair et Sovereignty s’attaquent aux aussi à des thèmes naïfs et jeunes, tout en n’ayant pas peur de faire du bruit et s’assumer leur identité de destructeur d’ordre social calme, doux et bien établi. Mur de guitare opaque et coloré de graffitis qui se continuent tout au long de la chanson, percussions imprévisibles, mais organiques et vivantes de par leur imprévisibilité et toujours une envie aussi interminable de sauter partout, d’avoir du plaisir et de se sentir en vie.

Cette guitare lo-fi bruyante à un niveau parfait pour faire fuir les vieilles matantes grincheuses et les obsédés de l’esthétisme photoshopé et une batterie volcanique qui crache son tempo et dirige la musique avec des doses d’énergies bien calculées pour maintenir un rythme constant, Post-Nothing, premier album du groupe, vise en plein coeur de la mortalité musicale du moment : la mollesse, la sur-commercialisation, le manque de plaisir et la mise de côté de la créativité. Le son d’une jeunesse qui n’en peut plus de la douceur sociale ambiante.

Arctic Monkeys – Humbug [2009]

arctic monkeys - humbugArctic Monkeys
Humbug

Domino
Royaume-Uni
Note : 8/10


Arctic Monkeys n.m. Groupe de rock anglais dont la carrière a connu un fulgurant essor grâce à un très bon premier disque ayant fait fureur en Angleterre, un second opus moins puissant et, depuis le 25 août de cette présente année, un troisième album nommé Humbug faisant office de changement de cap de la part du groupe, flirtant désormais avec des influences beaucoup plus près des années 70.

Bien que ce blogue ne constitue pas un dictionnaire de groupes, on pourrait plus ou moins approximativement considérer une entrée pour le groupe anglais Arctic Monkeys comme cela. Propulsés au sommet des chartes de vente en Angleterre avec Whatever People Say I Am It’s What I’m Not, les quatre jeunes musiciens, Alex Turner en tête, ont connu une ascension extraordinaire. Et contrairement à la plupart des vedettes instantanées de notre ère post-moderne vantant le réchauffé, ceux-ci méritaient d’avoir les caméras, appareils photo et micros braqués devant eux. Peut-être pas autant, mais quand même pas mal.

Dans un engouement commercial et populaire marqué, le groupe a lancé cet été son troisième album. Après les deux premiers efforts vachement indie rock, le groupe nous revient avec une troisième charge beaucoup plus posée. Au lieu de jongler avec la distorsion dans le tapis et l’énergie dévastatrice de la jeunesse en furie, les musiciens ont réfléchi à leur disque pour pondre quelque chose de plus psychédélique, avec retenue évidemment, et de moins agressif. La voix de Turner s’est calmée, nageant dans des eaux quelques fois plus graves et souvent moins criardes.

L’album débute par My Propeller, rythmée par une batterie solide de par sa capacité à conduire la voiture mélodique propulsée par une guitare propre et grave. Turner ne crie pas, ne beugle pas, chante dans une tonalité plus mature et les effets de guitare s’apparentent beaucoup plus à The Last Shadow Puppets qu’à Brianstorm. L’effet est réussi : la force vitale des Monkeys, reposant en leur capacité à transformer leurs ambitions de jeunesse en musique solide, se recycle pour devenir beaucoup plus imagée et profonde.

Concrètement, des chansons comme My Propeller et Crying Lighting possèdent des bases de rock progressif et psychédélique. Voix off, chorus en fond sonore et mélodies cinématographiques emballantes font office de support à la voix calmement rapportée de Turner. Crying Lighting mélange le refrain fonceur avec la voix lancée de façon saccadée par-dessus une batterie roulante avant d’exploser sur un passage coupé très carré sorti de nulle part. Le batteur, Matt Helders, tire toujours son épingle du jeu avec des percussions qui reprennent les points faibles des autres instruments. Lorsqu’un passage devient répétitif, les tambours s’affichent présents pour relever d’un cran les compositions musicales en apportant une variante au rythme ou à la mélodie. Crying Lighting en est un bon exemple. Et lorsqu’elle s’allie à la basse, comme sur le refrain de Dangerous Animals, le duo est dévastateur : mélodie en croche toujours un peu plus haute ou plus basse pour capter l’attention de l’auditeur le maintiennent dans cet état.

Les Arctic Monkeys ont tout planifié pour cet album. Le producteur est Josh Homme. Les influences psychédéliques, alternatives et post-punk. Les maisons de disque indépendante et major. Et surtout, on comprend que la tête dirigeante du groupe est définitivement Alex Turner, qui semble posséder le désir de transformer tout ce qu’il touche en possible trame sonore de film de cowboy ou d’espion.

Dinosaur Jr. – Farm [2009]

dinosaurjrfarm

Dinosaur Jr.
Farm

Jagjaguwar
États-Unis
Note : 8.5/10


Dinosaur Jr.. C’est un fait connu que Jay Mascis a très largement contribué à créer un son typique du son alternatif grâce, entre autres, à l’utilisation de la Fender Jazzmaster. En découle le son de Sonic Youth puisque, à la fois Thurston Moore et Lee Ranaldo utilisent cette guitare depuis qu’ils ont découvert ce dont étaient capables Mascis et son arme de prédilection. Et que dire de Kevin Shields, principal artisan derrière My Bloody Valentine, lui aussi fan de la Jazzmaster (et des pédales d’effet qui n’en finissent plus)?

Il s’agit ici de trois groupes majeurs pour la musique alternative des années 80 à nos jours. L’utilisation massive de distorsion dans la guitare, les feedbacks, les murs de son bref, depuis You’re Living All Over Me, on entend l’héritage de Dinosaur Jr. un peu partout. Et c’est sans compter ici la valorisation du lead guitar qui peut souvent être absent dans ce courant musical (Interpol, quelqu’un?). Mais avant toutes choses, Dinosaur Jr. a produit plusieurs disques de qualité, dont celui-ci, Farm.

Dès «Pieces», pièce d’introduction, ça sonne fort. Accords barrés remplis de fuzz sur une batterie tappante suivies de la voix, très mélancolique et toujours aussi cassante de Mascis. Aux accords rythmiques se succèdent des passes de mélodies rock sans crier gare, passant de l’un à l’autre sans avertissements pour créer une chanson de rock, point final. Et merde, c’est bon. Rien de surproduit, rien de trop poussé, aucune tentative de vernir le tout pour mieux faire passer tout ça à la radio. Non, du rock bruyant, solide et captivant. «I Want You to Know», «Friends» et «There’s No Here» se classent parmi la même catégorie de chansons. Structures éclatées mais pas trop, passages forts et bruyants, solos parfois trop longs.

Parfois ça va être plus noisy. «Plans», du haut de ses 6 minutes 42 secondes de durée, crée l’émotion grâce au timbre de voix de Mascis qui se fond complètement avec les accords bruyants de guitare et les cassures mélodiques lentes et pleines de tremolo en alternance. Mélangeons à cela des paroles profondes et émotives («I got nothing left to be/Do you have some plans for me?/I know you do/I know you do» et on obtient une réussite touchante de par l’atmosphère rendue par l’émotion absorbée par le bruit ambiant qui, tout en tentant d’enterrer la voix de Mascis, la rend plus forte et lui donne du sens, comme crier dans un oreiller.

«Your Weather» s’inscrit dans le même registre, avec une intro de guitare très smog-ish, des couplets avec deux pistes de guitares séparées dans chaque canal sur fond de batterie roulante. Chaque passage se fait barrer la route par la réapparition du riff d’introduction, jusqu’au refrain qui monte en crescendo pour finir sur des solos de guitare qui cessent, reviennent et retournent au refrain. Situation semblable pour «Over It», où Mascis fait sonner ses cordes de façon explosive dans les refrains. La mélodie se compose d’un riff en wah-wah et le refrain coupe brusquement le rythme en le faisant décoller avec des trombes de tambour.

Ce qui fait que cet album est un aussi solide disque de rock alternatif repose essentiellement sur les concepts même du rock. Lead guitar, basse, batterie, distortion, feedback et autres caractéristiques de ce genre de musique sont présentes mais, contrairement à Nickelback ou tout autre groupe plastique filtré plusieurs fois en studio pour assuré d’une qualité de son ridiculement artificielle, il ne s’agit pas d’un pur produit élaboré par un esprit marchand d’un major quelconque.

Alors qu’ils auraient bien pu se concentrer sur des refrains accrocheurs, des couplets s’envolant en crescendo, des solos après chaque second refrain, les membres heureusement réunis de Dinosaur Jr. ont tout simplement relâché un disque de rock alternatif dans toute sa splendeur, démontrant que la musique n’est pas que du divertissement mais plutôt quelque chose de culturel et d’artistique représentant les identités des civilisations.

The Dodoz – The Dodoz [2009]

the dodoz - the dodoz The Dodoz
The Dodoz

MurrayField Music
France
Note : 6/10


Les effets de la nouvelle vague new wave se ressentent encore. Dance-rock, rythmes années 80 et autres caractéristiques de ce mouvement frappent toujours, que ce soit sur des merdes radiophoniques à la Metro Station ou The New Cities, sur des groupes de second ordre comme Editors ou des initiateurs de mouvements tels que Bloc Party, ce son particulier s’entend un peu partout. Utilisation accrocheuse de la cymbale, mélodies de guitare fracassées pour créer un rythme de danse, harmonies vocales semblables et basse parfois inspirée de l’époque disco pour faire péter les cages thoraciques sur les pistes de danse alternatives. Le mouvement, tout comme dans les années 80, s’en retrouve saturé, à tel point qu’il est viable de se demander si un new-no-wave serait sur le point de naître. Ici s’inscrit The Dodoz, groupe de jeunes originaires de Toulouse baignant dans les influences indie rock conventionnelles : Sonic Youth, Bloc Party et une bonne part de tout ce qui se classifie alternatif dans les années 2000. Malheureusement pour eux, on a toujours l’impression d’entendre quelque chose de déjà vu.

Le titre de départ, Middle of the Night, démarre sur une guitare propre à laquelle s’ajoute la voix de Géraldine, pas mauvaise, mais loin d’être exemplaire. Ça explose ensuite sur quelque chose de bien connu : rythme saccadé, guitare fracassée à la Silent Alarm, refrain avec voix supplémentaires et tremolo picking. Bien qu’il s’agisse de l’une des meilleures chansons de l’album, il ne s’agit en aucun cas de quelque chose de bien novateur. Un pont musical intéressant avec une base presque progressive ne réussit pas à relever vraiment le niveau de l’écoute. Boyfriend in Oxford est une chanson bien moyenne avec pas grand-chose d’intéressant, mais rien de raté, excepté les paroles tirées de quelque chose comme un journal intime de jeune fille de 11 ans, tout comme celles de Do You Like Boys?. Sur celle-ci, les influences de Bloc Party coulent d’un peu partout : le rythme et l’aura de Positive Tension s’entend à des kilomètres à la ronde.

C’est probablement ce qui nuit le plus aux jeunes musiciens de The Dodoz : ne pas avoir réussi à s’éloigner suffisamment de leurs influences et du courant musical général dans le milieu de l’indie rock anglo-saxon. Ils possèdent le talent de surprendre aux moments opportuns. Middle of the Night, comme mentionné plus haut, possède son passage musical signé avec talent, l’introduction de Bet donne envie de sauter partout avec les voix nerveuses qui s’empilent et la basse agressive qui réussit à diriger la voix de Géraldine vers un climax de tension avant de se coucher sur une mélodie beaucoup moins nerveuse et plus conventionnelle. Généralement, les mélodies sont accrocheuses, donnent le goût de danser et affectent le système nerveux de façon positive.

Mais la même rengaine revient à chaque changement de rythme ou de tempo. On dirait du Bloc Party. On dirait du Phoenix. Un peu de Sonic Youth. Franz Ferdinand. The Bravery. Les chansons sont construites pour toujours tourner autour d’une mélodie qui se danse, affectant ainsi chaque instrument pour s’acclimater à cette structure. Mais il ne faut pas se leurrer sur le talent des Toulousains parce qu’il existe. Un premier album écoutable, mais se classant dans la section indie rock avec saveur déjà surutilisée.

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