FME 2020, jour 2 & 3: la fin ou le début du monde

Parce qu’on était loin d’être remis de notre karma de cul de la veille, on a commencé notre vendredi au FME en mangeant chacun une pomme parce que s’il y a une chose que tu peux manger pour raligner tes chakras, pas mal certain que c’est le fruit chaudement recommandé pour éloigner le médecin pour toujours.

Par Julien Roche et Élise Jetté

La voiture est tombée en panne à nouveau entre deux entrevues avec des artistes du FME. Le vendredi après-midi a donc été consacré à magasiner et installer une batterie de char. On ne peut pas dire qu’on n’est pas fiers de l’avoir installée nous-mêmes avec un outil acheté sur le fly dans la rangée 38 du Canadian Tire de Rouyn.

Élise teste ladite batterie en se rendant au fin fond de l’oubli, au lac Flavrian où Rosie Valland s’exécute pour le 5 à 7.

Comme si quelqu’un de mal intentionné voulait nous narguer, les sièges offerts aux spectateurs sont des pneus de voiture. Very funny, FME, very funny.

De la provocation/Photo: Élise Jetté

Au moment où l’on arrive sur place, une dame inconnue est en train de chanter et de jouer du piano. C’est avec une attitude circonspecte que nous allons nous asseoir en nous disant quand même «c’est pas Rosie, ça.»

C’était finalement la mairesse de Rouyn venue pour démontrer qu’elle peut accueillir quelques milliers de citoyens de zones covidiennes avec le sourire.

Au moment où Rosie s’installe au clavier, elle remarque que la mairesse a changé son set up. «Scusez, c’est la mairesse qui est venue jouer», dit-elle. Un sabotage volontaire? J’investiguerais.

Comme son album est sorti très peu de temps avant la pandémie, Rosie est heureuse de regagner la scène. C’est un duo avec son amoureux Frédéric Levac qu’elle nous présente en toute simplicité alors que la pluie s’en mêle. «Il faisait vraiment beau avant que tu arrives», m’annonce la bénévole à l’entrée. Avec la chance qui ne nous court vraiment pas après, on n’est pas surpris.

Rosie Valland/Photo: Élise Jetté

Rosie Valland nous annonce une sortie en novembre: un EP acoustique piano-voix inspiré par un show auquel nous avons assisté à La Chapelle l’hiver dernier. Une expérience sans micro et sans ampli qui donnait à voir la version la plus pure de la musique.

Rosie Valland/Photo: Élise Jetté

Pendant ce temps, Jonathan Personne s’exécute à la presqu’île du lac Osisko, réplique rouynorandienne de l’amphithéâtre de Pompéi, sous un ciel chamailleur où un immense nuage gris ponctue la lumière dorée d’averses intermittentes. On tirera grand bénéfice des chaleurs californiennes du rock de Personne, fraîchement équipé de son nouvel album Disparitions, déjà un de nos préférés cette année. Jonathan Robert transforme tout ce qu’il touche en or, c’est pas compliqué – un fait passablement frustrant pour les humains ordinaires que nous sommes, condamnés à l’insuffisance devant ce demi-dieu du rock. 

Jonathan Personne/Photo: Julien Roche

À 19 h, Le Couleur se donne en prestation secrète à l’intersection des rues Principale et Perreault. La température enfin radieuse sied parfaitement à leur électro-pop franchement plus rock qu’à l’habitude. Au détour d’un des nombreux licks de funk du guitariste Tellier, on se désole intérieurement de la foule engagée mais éparse: Le Couleur a du stock pour faire groover une foule d’un millier, et ils l’auraient fait avec brio dans un FME régulier. On se promet, pour l’après-covid, de revoir ce band avec une foule à la hauteur de ses ambitions.

Le Couleur/Photo: Julien Roche
Les Louanges/Photo: Élise Jetté

Rendez-vous, ensuite, avec Les Louanges à l’Agora des Arts, un spectacle qui affichait complet après trois minutes de libération des billets. Vincent Roberge met très peu de temps à établir pourquoi il est le nouveau roi du sexe au Québec en déformant sa figure sinueuse en déhanchements lascifs et maîtrisés. Pendant que tous les ovaires dans la salle tournent à trois cents tours-minute, on prend la mesure de l’ascension vertigineuse du band: c’est seulement deux ans plus tôt qu’on entendait, à Rouyn, et en primeur, la riche matière de l’album La Nuit est une panthère, véritable gamechanger pour le R&B francophone. Il nous parle d’ailleurs de cette soirée norandienne où il vivait son premier show avec une file à l’extérieur.

Les Louanges/Photo: Élise Jetté

«J’ai atteint mon premier million, j’ai des bagues maintenant», nous ment-il au milieu du set alors que le sax se fait aller comme si la musique allait mourir demain.

«Comment ça va Rouyn?, mais putain, ça ressemble à un vrai concert», dit Roberge avec un accent français pêché au début de la pandémie durant ses frasques européennes. Il fait quelques réflexions au sujet de notre absence de sueur en ces temps restrictifs en ce qui a trait au mouvement (c’est toujours un show assis). «Moi je vais suer pareil», annonce-t-il alors qu’on voit déjà ses mouvements de bassins dignes de Dirty Dancing.

Les Louanges/Photo: Élise Jetté

Vincent finit son show masqué. Parce que.

La salle au complet quitte rangée par rangée et tout le monde a envie de faire l’amour. C’est l’effet Louanges.

Les Louanges/Photo: Élise Jetté
Backxwash/Photo: Élise Jetté

Notre soirée se termine au Cabaret de la dernière chance pour le spectacle de Backxwash qui attire les meilleures prédictions en ce qui concerne une victoire au Polaris 2020. Parmi les choisis de la shortlist, l’artiste s’exécute sur la petite scène, ébahie par l’intérêt viscéral des convives, captivées par autant d’aplomb.

Backxwash/Photo: Élise Jetté

C’est en quelque sorte le triomphe de la musique devant tout le reste. Beaucoup de messages réussissent à passer dans ses textes et c’est avec elle qu’on termine la soirée.

Samedi, rendez-vous aux abords du lac Flavrian, en début de soirée, pour la rencontre la plus exploratoire de cette 18e édition du FME. Encore une fois, une lourde chape de gris couvre nos têtes, de sorte qu’en dépit du temps initialement sec, tout le monde a prévu de quoi se protéger de la pluie. Mathieu David Gagnon, figure centrale du projet Flore Laurentienne, prend d’ailleurs la parole pour nous remercier d’être là: le spectacle n’a tenu qu’à un fil, menacé par une brève et intense averse d’après-midi. 

Flore Laurentienne/Photo: Julien Roche

Forte d’un quatuor à cordes et d’une montagne de claviers, la formation à sept présente la plupart du matériel de l’album Volume 1 à un parterre muré dans le plus grand des silences. Pas celui du désintérêt – cette scène étant la plus excentrée du festival, les gens qui sont ici ont VRAIMENT envie d’y être – mais celui d’une intense attention, d’un respect total. Lents crescendos, percussions feutrées, violons tantôt piqués, tantôt en canon, lignes mélodiques patiemment construites: tout dans cette musique invite à une écoute active et entière.

Quand l’acide kick in/Photo: Julien Roche

Puis la pluie, en crescendo puis en trombe, s’invite parmi nous. On sent grandir dans l’air le dilemme des spectateurs: rester sur place, stoïques, à subir le frisson pour l’amour de la musique, ou chercher refuge sous les résineux environnants? On y voit le signe d’une grande appréciation qu’autant aient subi volontairement cette Flotte Laurentienne (merci à Émilie Rioux de CHYZ 94,3 pour ce flash!) qui atteint un vertigineux sommet avec Fleuve No. 3  avant d’être récompensée en toute fin de parcours par une radieuse éclaircie. 

Oui/Photo: Julien Roche

Au golf, c’est Maude Audet qui garde captifs les spectateurs qui se concentrent sur le show pour ne pas mourir de froid. L’auteure-compositrice-interprète prend d’ailleurs à de nombreuses reprises le pouls de la foule, hésitant à mettre fin à la prestation pour permettre aux fans de se réchauffer dans leur char. Mais tout le monde en redemande. «On est là et on est plus forts que la pluie», dit simplement Maude, optimiste.

Elle demande d’ailleurs, dans toute sa bonté, aux spectateurs de s’avancer alors qu’ils n’ont pas le droit de quitter leur petit poteau.

À la fin, elle nous offre la dernière toune, car «ce serait un peu niaiseux de sortir de scène et d’aller mettre mon masque dans ma van en attendant le rappel», dit Maude.

Le froid et la pluie nous étaient passés de bord en bord, on a donc décidé d’aller goûter les plaisirs de l’Italie au Mikes.

Même une fois rendus au paradis de la pâte, on était rendus trop épais pour comprendre le code QR du menu. Le FME peut avoir cet effet: te mener bien haut et te lancer au fond du baril la dernière journée quand tu commences déjà à sentir la nostalgie arriver.

Heureusement, ils nous ont laissé manger pareil.

On n’a pas eu la chance d’aller voir Gab Bouchard pour son set, mais on lui a parlé quand même. De toute façon, on l’aimait déjà comme en témoigne notre retour sur son lancement que vous pouvez lire ici.

On avait littéralement tout donné ensuite. Notre samedi se termine donc par un film de James Bond version pour malentendants sur le câble de l’hôtel et une bonne nuit de sommeil à 21h45. On n’a plus vingt ans!

La route du retour s’est faite d’un trait, sans panne ni crevaison. Seulement avec un mal de dos et une salutation émotive au Point S sans qui nous n’aurions pas vécu cette ivresse musicale de 3 jours.

Le facteur COVID-19 a été un incontournable de ce curieux FME, et les règles des sécurité sanitaire ont été appliquées magistralement par le staff du festival, dont les membres portaient le masque en permanence. Pas plus de relâche pour les festivaliers: masque obligatoire lors de tous les déplacements dans les lieux publics, intérieurs ET extérieurs; places assises et assignées dans tous les parterres intérieurs; capacités de visiteurs fortement réduites, voire littéralement décimées: de ~35 000 pré-covid à ~3000 en 2020. Dans les circonstances, c’est un immense honneur d’avoir même été invités à le couvrir en tant que membres des médias. On n’a aucun doute que la santé publique soufflait fort à la nuque de l’organisation du FME, a fortiori considérant que l’Abitibi-Témiscamingue au grand complet n’avait même pas eu 200 cas au total depuis le début de la pandémie. Si une éclosion se déclare dans les prochains jours, les festivaliers seront premiers dans la liste de suspects; c’est une perspective qui nous pèse avec une lourdeur croissante depuis notre retour.

Si la pandémie est une neige folle qui s’est abattue sur le milieu du spectacle, le FME avait la lourde tâche de se parer de raquettes et de tracer le sentier pour toute une ribambelle d’artistes, organisateurs, diffuseurs et autres acteurs essentiels qui s’attaqueront à la tâche de redémarrer, à petits pas, l’industrie de la musique live au Québec. La PCU, ce n’est pas une saine manière de vivre, pas plus qu’il n’est sain pour la musique de n’avoir aucune scène à meubler.

Merci infiniment à l’organisation du FME, à la population rouynorandienne pour l’accueil et l’aventure en tous points hors du commun. On dit que l’on est toujours plus conscients de ce qu’on aime une fois qu’on l’a perdu. Cette fin de semaine, le FME nous a plutôt démontré qu’on aime la musique de manière démesurée une fois qu’on la retrouve. Merci aux organisateurs du festival et aux artistes de nous avoir aussi bien accueillis à bras ouverts que s’ils avaient réellement eu le droit de nous ouvrir les bras. Vous nous avez permis de recommencer à rêver au prochain festival.

À l’an prochain, Rouyn. En espérant te voir la face (démasquée) cette fois.

Lisez notre retour sur le JOUR 1 du FME

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